Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

La Douane volante (François Place)

Depuis le temps que j’en entends parler, il fallait bien que je finisse par me forger ma propre opinion. Niune, ni deux, le bouquin est dans le bureau, j’en profite, je le subtilise et le rends aussi sec, ni vu, ni connu… Mais entre temps, j’aurais voyagé.

Gwen, un jeune garçon de 14 ans, vit dans un petit village breton. Malgré sa santé fragile, ses parents le poussent à travailler sur un bateau de pêche. Une tempête dont il ressort en piteux état lui vaut une toux permanente et incontrôlable, et le surnom de Gwen le tousseux. Bon à rien, Gwen part donc en apprentissage chez le rebouteux du village, que tout le monde craint (bien que chacun soit heureux de le trouver lorsque besoin est). À la mort du rebouteux, Gwen récupère sa maison. Un soir, alors qu’il dort, il entend le bruit d’une charette. C’est la grande Faucheuse qui vient le chercher, ça ne fait aucun doute… à son réveil, il se retrouve dans un pays étrange où une « Douane Volante », omniprésente, fait régner l’ordre d’une main de fer, et où on n’apprécie pas beaucoup les étrangers qui prétendent descendre de la charette de la Mort en personne…

Le voyage initiatique d’un jeune garçon à travers un pays aux mœurs étranges, l’histoire de rencontres, mais aussi l’occasion d’en apprendre plus sur soi. Personnellement, je me suis demandé, comme chaque personne qui a lu ce livre, où l’auteur pouvait bien vouloir en venir. Pas de grande quête, pas question de sauver le monde. Il s’agit simplement pour Gwen de rentrer chez lui, et la question que je me pose après coup est : pourquoi ? Rien ne le retenait en Bretagne, et même si ce monde étrange dans lequel il était arrivé peut paraître injuste, il réussit petit à petit à se créer une vie. Bref, on se rend compte à la fin que le but n’est pas tellement la chute du roman, mais le plaisir d’en parcourir les péripéties… À lire tranquillement couché dans son lit, sous ses petites couvertures.

Pour info :
Gallimard Jeunesse, collection Roman Jeunesse / Hors série littérature, 333 pages

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Mathieu Hidalf, tome 2 : La Foudre Fantôme (Christophe Mauri)

Le tome 2 des aventures du jeune Mathieu (que nous avions laissé au lendemain de sa bêtise colossale dans le tome 1) que je ne peux résister à vous pré-présenter (merci les privilèges).

Je n’en dirai pas grand chose (motus et bouche cousue, au moins jusqu’à une semaine avant sa sortie), simplement que le résultat est… bluffant. Un second tour de magie, une étincelle de génie, ou de folie. Et ce petit quelque chose de malicieux et de généreux mais d’inavoué dans l’œil de Mathieu, comme dans celui de son « papa » (Christophe Mauri, ndlr), que les jeunes lecteurs ont pu rencontrer lors du salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil. Un grand merci à Christophe (et à ses éditeurs de chez Gallimard, si, si !). Et tenez-vous prêts pour ce second tome !

Me voici, en retard de deux bonnes semaines, comme à mon habitude. Certains le savent et s’y attendent, pour les autres, je vous présente mes plus sincères excuses…

Crédits couverture : Benjamin Bachelier,    © Gallimard Jeunesse

Nous retrouvons Mathieu, à la veille de ses 11 ans, et de son examen d’entrée à l’école de l’Élite, son rêve. Mais pensez-vous qu’il a lu la centaine d’ouvrages qui s’imposent ? Qu’il a révisé, travaillé ? Bien sûr que non, les Contes de la grand-mère édentée sont bien plus intressants ! Qui plus est, Mathieu a un plan : il va tricher, au vu et au su de tous. De courses dans les couloirs sombres de l’école en morts qui ne le sont pas vraiment, en passant par des prophéties et des secrets, des amours secrètes et des alliés inattendus, Mathieu, fidèle à lui même, nous entraîne dans sa quête à l’exploit.

Ce mot est sur toutes les bouches lorsque l’on parle de Mathieu Hidalf, mais peut-on trouver un meilleur épithète que « facétieux » ? Un gamin capricieux d’un égoïsme incroyable, mais si attachant, et dont les farces et les plans le servent autant, sinon plus, que l’intérêt général. Mais lorsque son héros, le capitaine de l’Élite, est en danger et que chacun de ses plans pour rester dans l’école se solde par un échec, Mathieu doute. Et si lui n’a pas toujours les idées qu’il faut au moment où il le faut, il sait utiliser les qualités, les forces et les faiblesses de chacun pour arriver à ses fins. Tant mieux si elles collent avec le bien du royaume, mais ce n’est que par hasard.

Une histoire drôle, pleine de rebondissements – et croyez-moi, quand je parle de rebondissements, c’est qu’on y croit à chaque fois – et de révélations. Une récréation après le métro, un sorbet en pleine canicule, un bain chaud après le ski. Bref, un roman rempli de bonne humeur, que je conseille autant aux enfants et aux ados qu’aux adultes qui ont gardé leur âme d’enfant (et aux autres aussi).

Pour info :
Gallimard Jeunesse, Roman Jeunesse / Hors série littérature, 352 pages

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A comme Association (Pierre Bottero/Erik L’Homme)

Diantre que le temps passe vite ! Mémoire, boulot, boulot, mémoire et recherche d’appartement (sur Paris, je précise), c’est pas facile facile ! Et déménagement et préparation de la foire de Francfort… ou comment se faire oublier. Alors voilà, je me retrouve avec 40 bouquins lus et pas chroniqués, et donc 40 fois plus de boulot. Enfin, boulot non, mais j’espère ne pas vous décevoir ! Je commence donc par un billet un peu spécial, puisque je vais présenter – non pas un livre – mais 4 livres ! D’un coup oui, puisqu’il s’agit d’une série, et que les remarques de fond et de formes restent les mêmes selon les tomes (oui, et que je suis en retard aussi). Prêt ? Feu. Partez !

Les limites obscures de la magie

Ombe est étudiante. Mais pas que. Comme son acolyte, Jasper (voir le billet sur le tome 1 de la série), elle a été recrutée par l’Association pour combattre les anormaux. Après avoir remis à leur place des gobelins un peu envahissants, elle est envoyée en tant qu’interprête dans un congrès pour tenter d’empêcher une vente immobilière qui menacerait une créature séculaire cachée dans un lac… Quelqu’un tire les ficelles, et ce n’est pas forcément celui qu’on croit.

L’étoffe fragile du monde

On a laissé, à la fin du tome 1, un Jasper suspendu pour avoir pris trop de risques lors de sa dernière mission. Mais personne ne peut empêcher le jeune homme de voler au secour de sa belle Ombe, qu’il croit en danger. En s’élançant à sa poursuite, Jasper rencontre Erlug, le troll, qu’un sort force à vouloir tuer Ombe, ainsi que le reste de sa tribu, dont la sœur du troll, Aglae, qui ne le laisse pas indifférent. Jasper va essayer de libérer Erlug du sort qui le prive de sa liberté ; il doit pour cela trouver le sorcier qui en est à l’origine et le tuer. Mais le chasseur devient la proie et les deux compères se retrouvent coincés dans un monde magique où rien, si ce n’est l’intelligence du jeune homme, ne pourra les aider…

Le subtil parfum du soufre

Certainement mon tome préféré. Ombe est envoyée en mission dans un entrepôt désaffecté : elle doit recueillir des informations sur un partenariat improbable entre vampires et garous, autour d’une sinistre affaire de drogue qui affecterait nos anormaux aux dents pointues. Ce qu’elle n’avait pas prévu, c’est qu’elle serait témoin d’un interrogatoire musclé lors duquel un loup-garou serait torturé par les siens. N’écoutant que son courage, elle vole à son secours et, à ses côtés, tente (autant que ses hormones lui en laissent la liberté) de faire la lumière sur cette sombre affaire.

Là où les mots n’existent pas

Attention, sur ce tome-là, spoiler ! Si vous ne voulez pas qu’on vous gâche la surprise, arrêtez-vous là !
Ombe est morte, touchée par un rayon de magie puissante. Cette attaque n’était pas la première dont étaient victimes les deux agents stagiaires. Jasper, fou de chagrin, décide de se lancer seul à la recherche de l’assassin d’Ombe. Pour cela, il utilisera la moindre piste qu’il trouvera, même s’il doit, pour cela, faire appel à de vieilles connaissances. Il découvrira que l’Association n’est pas exactement ce qu’elle semble être…

Verdict : la série tient debout (et comment !) et les personnages sont on ne peut plus attachants, aussi lourds et maladroits que des ados, dans leur récit comme dans leurs actes. On aime la façon dont ils se tirent des situations les plus compliquées, les pirouettes utilisées par les auteurs pour guider leurs personnages à travers le labyrinthe du paranormal.

Le principe de la série, de ces personnages qui se répondent d’un livre à l’autre, des parallèles qu’on aime retrouver dans chaque tome, tout ça est très étudié, et l’idée de départ était soutenue par un duo de choc. Hélàs, Pierre Bottero est mort récemment d’un accident de moto, et c’est Erik seul qui est chargé de terminer la série (dont le sixième tome, sur 8, sort dans quelques jours). Seul inconvénient : les répétitions. On finit par savoir à la fin ce qu’est l’Association ! Dans chaque tome, l’explication est reprise plus ou moins longement… c’est un peu répétitif pour le coup

Bref, coup de maître pour cette série fantasy légère et agréable à lire. Un bon moment de détente, pour se plonger dans des aventures toujours plus extrêmes.

Pour info :
Gallimard Jeunesse, collection Hors Série Littérature
Et la série a un site dédié : http://www.acommeassociation-leslivres.fr/

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A comme Association : La pâle lumière des ténèbres (Erik L’Homme)

Bonjour à tous !

En attendant de pouvoir poster le billet sur Mathieu Hidalf, je continue ma lancée dans la série Littérature Gallimard Jeunesse. Et tant qu’à commencer, autant commencer fort avec la série phare du moment : A comme Association.

Jasper est un adolescent de 15 ans, en apparence tout à fait normal. Il a un sens de l’humour déplorable, un look pas franchement recherché et il joue de la cornemuse dans un groupe de rock médiéval. Mais Jasper est également un Agent stagiaire de l’Association, une structure qui gère l’insertion des Anormaux (vampires, loups-garous, goules, gobelins, etc.) dans notre monde avec l’aide des Paranormaux (des humain dotés de facultés spéciales). En tant que stagiaire, Jasper n’est pas censé partir en mission. Mais il fait fi de cette règle et se lance à la poursuite d’une bande de dealers pas très clairs qui semblent avoir des choses à cacher…

La plume d’Erik L’Homme, impertinente, nous dépeint un personnage plein d’auto-dérision, conscient de son statut de ringard. Jasper est un passionné de magie, super doué pour lancer des sorts et inventer ses propres incantations, qui en plus fonctionnent. On s’attache à ses diarrhées verbales, à son humour pas drôle, à son étourderie… et à son manque total du sens des réalités qui fait qu’il fonce sans arrêt dans le tas et s’en sort en général grâce à une chance insolente.

Bref, un ado auquel nos ados aimeront s’identifier (et pas que) et un court récit dans lequel on se plonge avec le plus grand délice, portés par la fraîcheur du style de l’auteur et le côté abracadabrantesques des frasques de son héros, qui n’a pas sa langue dans sa poche, mais des ressources plein sa sacoche. Mais après tout, pourquoi pas ? À lire !

Pour info :
Gallimard Jeunesse, collection Hors série littérature, 153 pages.

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Mathieu Hidalf, tome 1 : Le premier défi de Mathieu Hidalf (Christophe Mauri)

Allez, petit article en avant première. Le livre ne sortira pas avant septembre. Mais il a atterri entre mes mains… qui ne l’ont pas lâché. Mais pas de spoiler sur la chronique… dans quelques jour (mais avant la sortie, promis).

Enfin le moment que nous attendions tous : moi de vous dévoiler ce petit trésor, et vous de le découvrir, j’en suis sure.

Mathieu Hidalf a dix ans et deux passions : faire tourner son père en bourrique et les bêtises. Pas le chocolat renversé ou la poupée d’une de ses trois sœurs balancée dans les toilettes. Non, des bêtises qui se répercutent dans tout le royaume astrien. Et ces bêtises, savamment orchestrées par le jeune esprit de notre héros, ne se déroulent pas n’importe quel jour. Non. C’est précisément le jour de l’anniversaire du roi, et accessoirement du sien, que Mathieu accomplit ses méfaits. Cette année, pour ses dix ans, Mathieu a mis en place la plus énorme bêtise de sa vie… dont l’accomplissement se trouvera mis à mal par la rupture d’un contrat de paix et la menace pesant sur le capitaine de l’Élite, le héros de Mathieu.

En voilà, un concept original : un jeune garçon, très intelligent pour son âge, lié à son père par divers contrats que ce dernier lui a fait signer. Mathieu se trouve alors plongé dans un monde où les règles sont celles des adultes et il n’a d’autre choix que d’y chercher les solutions à ses problèmes en mettant les lois (oui oui, carrément) de son côté. Les personnages de pestes, en général, ne sont pas ma tasse de thé. Mais celui-ci fait preuve d’une telle ingéniosité qu’il en devient irrésistible. Il a ses rêves d’enfant (entrer à la prestigieuse école de l’Élite entre autres) et doit se défendre avec les armes des adultes.

Christophe Mauri, jeune auteur de 23 ans, fait preuve d’une totale inconvenance, d’une impertinence, d’une insolence fascinantes. On se délecte de son imagination, et on goûte au plaisir que, j’imagine, il a pris en donnant vie au personnage de Mathieu. Le premier tome d’une série dont on attend la suite avec impatience. À lire, que dis-je, à dévorer !

Pour info :
Gallimard Jeunesse, collection Hors série littérature,  250 pages

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Des fleurs pour Algernon (Daniel Keyes)

Sur conseils de Nico. Moi la SF, c’est pas mon truc, mais là, j’avais promis. On a parfois de bonnes surprises à suivre des conseils…

Charlie est un jeune arriéré mental. Il ne demande rien à personne et mène tranquillement sa vie, qu’il partage entre son job à la boulangerie et ses cours du soir pour apprendre à lire et à écrire. Son plus grand souhait : devenir intelligent. Un jour, on lui propose une opération qui pourrait faire de lui un génie. Commence alors une longue série de tests, durant lesquels Charlie devra notamment mesurer son intelligence à celle d’Algernon, une souris qui a elle aussi subi l’opération. Après l’opération, rien n’est plus pareil.

L’histoire d’un homme qui, en devenant intelligent, prend conscience de sa condition. La question de l’humanité : qu’est-ce que c’est ? Un homme est-il toujours humain ? Quel rapport avec la conscience qu’il a de ses actes ? Il est clair que la différence gêne, qu’elle soit issue d’une infériorité ou d’une supériorité mentale. Charlie ne trouve pas sa place. Et l’intelligence, si  elle est parfois un moteur si utilisée à bon escient, est aussi le nid des secrets, de la mesquinerie et des peines.

Un récit extrêmement bien mené, où Charlie nous conte lui-même son histoire. On peut ainsi le voir progresser, et comprendre ses comportements qui nous paraîtraient odieux vus de l’extérieur. On est témoins de sa fulgurante ascension et de ses conséquences, de sa vie qui ne lui appartient plus, qui ne lui a jamais appartenu, des révélations sur ses amis. Témoins oui, mais tellement impuissants face à son désarroi… on est aspirés dans un vortex de réflexions sur la nature humaine, sur l’intelligence, et j’ai peur de citer la psychologie, de peur que ce gros mot ne vous fasse passer à côté de ce petit bijou, classique de la S.F. (légère la S.F., on n’est pas dans un lointain futur avec voitures volantes et voyages sur Mars). À lire.

Pour info :
J’ai lu, collection Science-fiction, 252 pages.

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Céleste, ma planète (Timothée de Fombelle)

L’oreille tendue dans le service où je travaille actuellement, j’ai entendu pas mal d’éloges au sujet de ce livre. Et puis, Timothée de Fombelle, je connaissais pour Tobie, et c’est un peu la star de chez Galli Jeunesse. Alors bon, je n’ai pas pris un grand risque.

Un jeune collégien vivant dans un futur possible, une ville où l’on ne pose pas pied à terre, où l’on passe d’un immeuble à un autre via des passerelles, où même les ascenseurs des centres commerciaux sont des centres commerciaux miniatures, ou le sommets des tours se perd dans des nuages de pollution condensés. Une ville qui pourrait être partout et nulle part. Le garçon a décidé de ne plus tomber amoureux, ça fait trop mal. Mais un jour, il tombe sur Céleste, il tombe sous son charme, il tombe amoureux et il tombe de haut. Lorsque Céleste disparaît, il se lance à sa recherche et découvre une terrible vérité.

Une histoire d’amour, mais pas que. Parler de ce livre comme d’un simple traité écologique serait aussi très réducteur. C’est avant tout l’histoire d’un espoir. D’une confiance en l’avenir, en l’être humain, et en sa capacité à ouvrir les yeux sur ce qui l’entoure. Sauver l’amour de sa vie, sauver sa Maison, sa planète. Timothée nous montre que les deux combats ne sont pas si éloignés l’un de l’autre.

Un texte très court, très simple. Adressé aux enfants (ou du moins aux jeunes de plus de 10 ans) de par son ton et ses personnages, ce petit livre reste une magnifique métaphore de l’amour que l’on peut porter à sa planète si on la regarde bien. Loin des discours moralisateur, De Fombelle nous dessine simplement, en quelques pages, ce qui pourrait être. Ce que nous pourrions être. Un vrai petit rayon de soleil ! À lire, pour les grands comme les petits (en même pas une heure, c’est fait).

Pour info :
Gallimard Jeunesse, collection Folio Junior, 92 pages

 

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L’amour dure plus qu’une vie (Ann Brashares)

Une des dernières acquisitions de Gallimard Jeunesse (un achat à l’étranger quoi). Le titre était prometteur (en particulier pour les fleur bleues)… et il s’agit de l’auteure de la quadrilogie Quatre filles et un jean (également publié chez Galli Jeunesse). Alors je me suis dit : Let’s see!

Lucy est une lycéenne à première vue banale. Et comme toutes les lycéennes banales, elle en pince pour le mystérieux Daniel, qui ne semble pas lui prêter plus d’attention que ça. Au bal de fin d’année du lycée, il vient pourtant la voir et lui affirme qu’ils se connaissent depuis longtemps. Plusieurs siècles. Lucy, submergée par un flot de sentiments contradictoires et de souvenirs qui ne sont pas les siens, s’enfuit. Quelques années plus tard, elle cherche à connaître la vérité. Son chemin la mènera vers ses passés communs avec Daniel.

C’est le premier roman du genre que je lis. Les réincarnations, tout ça, c’est peut-être du vu et revu, pour moi c’était tout neuf. Et il y a aussi la question de la mémoire. Que faire lorsque l’on se souvient de ses vies antérieures, que l’on dispose de cette Mémoire ? N’être qu’une personne tout au long de son existence, constante dans son caractère, ses centres d’intérêt jusqu’à son prénom, au-delà des contraintes de sexe, d’époque et de milieu social ? Ou bien vivre chaque vie comme elle nous est proposée et construire des liens et une nouvelle vie dans chacune d’entre elles ? Daniel a fait le premier choix. Et c’est au long de ses nombreuses vies que son amour, sa passion pour Lucy, se sont renforcés.

Le livre est plein d’aller-retours dans le temps. J’ai eu peur, au début, que ça ne perturbe la lecture. Mais il s’avère que chaque période est bien ancrée et délimitée, et suit l’avancée logique et chronologique de cette histoire d’amour pas comme les autres. Chaque chapitre est daté et localisé. Pas de soucis de ce côté là. Mais quelques longueurs dans le récit, pour pas grand chose parfois. Je dirais que c’est sympa, mais un peu lourd et un peu long pour une fin dont on ignore si elle est la fin du livre ou la fin de l’histoire (une suite ?). Pas de forte impression sur celui-ci. Mais je vais enfin pouvoir lire Promise ! C’est le bon côté de la chose.

Pour info :
Gallimard Jeunesse, collection Hors Série Littérature, 368 pages

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La mécanique du cœur (Mathias Malzieu)

Et un petit bijou, un ! Conseillé par Nicolas. Pas un premier choix pour moi à première vue, mais c’est pour ça que parler bouquin a du bon : on a parfois d’agréables surprises…

Jack est né le jour le plus froid du monde, chez une femme un peu sorcière qui répare les choses, enfanté par un femme qui les a abandonnés, lui et son cœur brisé par le froid et une mauvaise chute. Docteur Madeleine répare le petit cœur de Jack avec une horloge, qui le maintient en vie. Et Jack grandit, bercé par l’amour bancal de grands blessés de la vie : deux prostituées abonnées aux avortements et un vieillard à la colonne vertébrale littéralement rouillée qui lui apprend à voir la vie à travers la chanson Oh when the saint ! Jack doit vivre selon trois règles : ne pas toucher les aiguilles de son horloge, ne pas se mettre en colère, mais surtout, ne pas tomber amoureux, sous peine de dérégler la mécanique du cœur.

Une métaphore géante, celle d’un enfant qui dessine l’amour de ses petits doigts innocents. La fraîcheur et la candeur des mots de Malzieu nous enrobent d’un cocon de coton. Chaque mot est à sa place, chaque verbe est pesé. Chaque phrase nous déchire, nous tire, et la mécanique des mots fait résonner et déraisonner dans notre propre cœur les échos de joie et de pleurs passés.

Un roman écrit sur du papier musique dont l’histoire est soufflée par l’instrument de Malzieu. Le livre est accompagné d’une bande originale quelque peu déroutante qui colle aux talons de Jack. Les voyages, les rencontres, tout le pousse, nous pousse, vers cet autre, cet inconnu pourtant évident qui se loge au fond de nous. Aimer c’est avoir mal. Oui, et alors ? De la pure poésie.

Pour info :
J’ai lu, collection J’ai Lu Roman, 155 pages.

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Terrienne, J.-C. Mourlevat

Une incontournable nouveauté de chez Gallimard Jeunesse, la couverture m’a tapé dans l’œil, même si l’histoire, au départ, m’a laissée perplexe. Et puis, en jeune étudiante appliquée, je me devais de me familiariser avec le catalogue de la maison où je suis maintenant en stage pour 4 mois…

Crédit couverture : Patrick Léger pour Gallimard Jeunesse (modèle : Laure)

Sarakontkoi ?
C’est l’histoire d’une jeune femme, Anne, dont la sœur a disparu le jour de son mariage. Anne savait que quelque chose clochait avec le marié. Elle décide de se lancer à sa recherche un an plus tard, lorsqu’elle reçoit un étrange SOS via son poste radio. Le roman commence alors que Anne rencontre Etienne Virgil, un écrivain vieillot sur le déclin qui la prend en stop. M. Virgil est intrigué par cette jeune fille et par son histoire, dont il va bientôt faire partie lui aussi. Avec Anne, il va passer de l’Autre Côté, dans une sorte de monde parallèle, aseptisé, ou personne ne respire, ne rit, où rien n’a de goût, d’odeur, où tout obéit à une logique implacable. Où l’on ne meurt que lorsque l’ennui nous emporte et que l’on décide de « s’asseoir » et de se résigner avant d’être euthanasié et brûlé. Où les Terriens ne sont qu’un mythe…

Tenpenskoi ?
Un thème universel joliment traité. Et le lectorat est loin d’être sélectif : vieux, jeunes, garçons, filles, nous sommes tous concernés. Pas de morale à deux francs six sous sur l’écologie ou l’amour et l’amitié. Mais tout se dépeint en négatif tout au long de cette aventure haletante où le lecteur comprendra seul combien chaque son, chaque goût, chaque odeur et chaque sensation, toute gratuite qu’elle soit, n’en est pas moins inestimable, précieuse.

Avec juste ce qu’il faut d’aventure, de suspens et d’émotion, Mourlevat nous fait passer son message : notre maison n’est pas parfaite, elle est sale, elle pue. Mais c’est chez nous, et c’est cette imperfection qui la rend belle. Les personnages, attachants et parfois décalés, nous racontent une histoire, leur histoire et la nôtre un peu aussi. La fin est ouverte, faites votre choix. À lire !

Pour info :
Gallimard Jeunesse (Hors série fiction), 400 pages.