Publié dans Bouquinade, Roman

Falling like leaves (Mitsy Wilson)

Amis du jour, bonjour !

Aujourd’hui, on se prête à un exercice des plus compliqués : parler d’un bouquin que j’ai lu il y a des plombes, dont je ne garde aucune trace de retour, ni écrit, ni sur les réseaux. A la guerre comme à la guerre, c’est tipar pour causer d’une romance ado (non je n’utiliserai pas le terme Young Adult, c’est mort).

Le pitch :
Ellis est arrachée à sa vie new-yorkaise, à son stage dans un prestigieux journal, pour suivre sa maman à Bramble Falls, où elle a passé du temps dans son enfance. Elle se réjouit néanmoins d’y retrouver Cooper, un ami perdu de vue qui lui a donné son premier baiser. Mais Cooper se montre distant, et pour couronner le tout, Ellis doit participer au festival d’automne de la ville…

Mon avis :
Quand ma Binôme, suite à une ènième crise de rage contre la dark romance que lisent des ados bien trop jeunes, m’a conseillé de donner une chance à ce roman, je me suis dit « pourquoi pas ». La romance pour la romance, on ne va pas se mentir, c’est loin d’être ma tasse de thé, mais il faut ce qu’il faut, je suis libraire jeunesse/ado, nom d’un chien, alors je m’y jette.

Je précise aussi que j’aime beaucoup Gilmore Girls, alors petit village et fête d’automne, je dis balancez les clichés, je suis prête. Et si l’histoire est très attendue, trouver une romance ado non toxique, c’est déjà une victoire. Cooper est chou, Ellis est un cliché de fille de la ville. Le meilleur ami de Cooper, Jake, est un personnage qui gagne à être connu : un peu lourd sur les bords, il n’en est pas moins celui qui pardonne et encourage, et ça, chez un personnage masculin adolescent, c’est assez rare pour être souligné.

La question des parents d’Ellis, de leur « pause » dans le couple, est aussi un des aspects du livre qui m’a plu. Ces figures parentales ne sont pas de grosses exceptions, mais j’ai aimé qu’on parle d’un couple où l’un a été phagocyté par les ambitions de l’autre sans réelles mauvaises intentions. Que la mère d’Ellis ait le courage de s’opposer aux volontés de sa fille, de reprendre sa vie en main. C’est un beau cheminent.

Quant à Ellis, ma foi, c’est une adolescente, donc têtue, se croit badass et libre, essaie d’avoir le dernier mot. Bon, sans être révolutionnaire, ça passe, et si on aime les romances tranquilles, saines, les histoires doudous et les ambiances cosys avec des personnages cools, j’ai envie de dire allez-y. En tout cas, c’est une carte de plus dans ma manche pour proposer aux adolescentes leur dose d’eau de parfum fleur bleue !

Pour info :
Elegy, trad. de Alison Jacquet-Robert, 320 pages, 2025

Publié dans Bouquinade, Roman

La Couleur des sentiments (Kathryn Stockett)

Amis du jour, bonjour !

Il est temps de vous parler d’une pavasse qui traînait dans ma PAL depuis des lustres ; depuis, en fait, que je l’avais trouvée en boîte à lire, en me disant « ouh, le gros livre, en plus je connais le titre ». Le genre de truc que tu as dans ta bibli parce que tu sais qu’il faudrait que tu le lises, mais t’as tellement d’autres trucs à lire avant…! Voilà, ce livre qui, fort heureusement pour lui (et pour moi) a été tiré au sort pour le club de lecture ayant pour thème les livres primés.

Le pitch :
1962, en pleine Amérique ségrégationniste, les femmes noires font le ménage chez les blanches et élèvent leur enfants. Aibilieen en a vécu, des injustices. Mais lorsqu’une patronne folle et tyrannique renvoie injustement son amie et ruine sa réputation auprès des autres blanches, Aibileen n’y tient plus : elle accepte la proposition de la jeune Skeeter, blanche et privilégiée, de raconter ce qu’elle vit, de la manière la plus objective possible. Se lève alors un vent de révolte, qui gronde peu à peu et pourrait bien ébranler le petit confort des privilégiés.

Mon avis
Vous le savez maintenant, quand il s’agit de littérature, je suis en sucre. Le moindre choque émotionnel peut me détruire. Je ne parle pas des pseudo-horreurs décrites dans des romans à l’eau de rose pour augmenter le capitale sympathie (ou pitié) du protagoniste. Non. Je te parle des horreurs bien réelles, celles qu’on ne raconte pas, mais qui sont les fondements de notre histoire moderne. Celle qui nous font baisser les yeux de honte à la pensée qu’il n’y a pas si longtemps (et de nos jours encore) de telles horreurs aient pu être perpétrées. Je te parle de la déshumanisation banalisée et systémique de toute une culture. Et ça, c’est bien plus réel pour moi que tous les passés compliqués des Kimberley du campus.

Mais, loin d’être misérabiliste et d’en faire des tonnes, c’est la froideur du récit, son refus de tomber dans le pathos, son ton factuel et son souci du détail qui le rendent si attachant. Le spectre du tortionnaire va du cruel à l’impuissant, de celui qui mord et aboie à celui qui se tait. Et au milieu de tout ça, l’amour, l’entraide, la terreur, le deuil.

Le style est simple et pudique ; il sait s’effacer pour laisser pleinement s’exprimer les faits. Tantôt très oral et chantant, tantôt courant, il sait adopter le point du vue des narratrices. Nous sommes plongés dans le quotidien de ces femmes blanches prisonnières du regard des leurs, des femmes noires réduites à un silence avilissant, et ce sont deux tragédies sociales qui se jouent : celle des maîtresses sans pouvoir et celle des persécutés sans volonté. Celle de ces femmes blanches elles-mêmes soumises à leurs époux, jouant les petits chefs dès qu’elles le peuvent, et de ces femmes noires fatiguées des abus. Et au milieu de tout ça Aibileen, toujours capable d’aimer. Aibileen, toujours capable d’impressionner. Aibileen, toujours capable d’écrire.

Bref, c’est un roman d’une sensibilité peu commune, qui ne vient pas chercher vos larmes mais les trouvera sans l’ombre d’un doute.

Pour info :
Grand format : éditions Jacqueline Chambon, trad. de Pierre Girard, 525 pages, 2010
Poche : éditions Actes Sud / Babel, 624 pages, 2012

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique), Roman

La Maison aux sortilèges (Emilia Hart)

Amis du jour, bonjour !

J’aime qu’on me conseille des bouquins, mais surtout, j’aime aimer les bouquins qu’on me conseille. C’est le cas ici, alors forcément, je suis heureuse de vous en parler !

Le Pitch :
Trois femmes. Trois époques. Mais toujours le joug des hommes. Légal. Familial. Physique. Trois cris à travers les époques ; d’une femme accusée de sorcellerie à l’originale de la famille, jusqu’à la femme soumise qui ose enfin dire stop. La fin d’une boucle, le début d’une histoire.

Mon avis :
J’ai toujours très peur de ce genre de récits. Ils sont souvent violents, et entendre les cris de détresse d’êtres innocents, ressentir dans mes os l’injustice qu’ielles subissent me met souvent en PLS puis en rage, physiquement. Sincèrement, c’est pas beau à voir.

Alors forcément, quand on me dit que ce n’est pas un destin brisé mais trois que je vais devoir me farcir, j’ai juste envie de pleurer. On me dit aussi que le roman est fort et qu’il vaut le coup. Bon, ok, je m’y jette. Et quelle réussite ! Si effectivement certains passages m’ont fait monter la bile dans la gorge, le rouge aux joues, les larmes aux yeux, je n’ai jamais autant souri, ni entamé le bitume des trottoirs d’un talon si victorieux qu’en écoutant ce roman. Toute cette rage qui se déchaîne, ces trois femmes qui relèvent les yeux au pire moment. La parole qui se libère, et surtout la force intrinsèque de chacune…

Le tout porté par un style doux, qui sait se faire factuel, urgent, implorant… Chaque femme a sa voix, une voix de son époque. Je n’ai rien à redire. Je ne peux que vous le conseiller, et garder en mémoire toutes ces femmes que nous devons être aujourd’hui. C’est un régal !

Pour info :
éditions Les Escales, trad. de Alice Delarbre, 504 pages, 2023

Publié dans Bouquinade, Roman

L’Homme qui lisait des livres (Rachid Benzine)

Amis du jour, bonjour !

Causons aujourd’hui d’un très court roman qui m’a, une fois n’est pas coutume, été recommandé par mon collègue en littérature. Lui-même l’avait découvert lors de la présentation du titre pour la rentrée littéraire. Qui dit roman pas très long dit pratique à lire pendant mes heures de caisse… c’est parti !

Le Pitch :
Un photographe de presse est envoyé à Gaza dans le but de rapporter des clichés « sensationnels » des zones détruites de la ville. Mais ce qu’il trouve au milieu des ruines le fascine bien plus, notamment ce vieux libraire qui continue de dispenser ses conseils littéraires et de boire son thé devant la porte de son échoppe…

Mon avis :
Je suis clairement l’Européenne moyenne, pas très douée en géopolitique (pour ne pas dire complètement à la ramasse). Je connais en très très gros l’histoire de la fin du mandat de gestion britannique et du partage de la Palestine par l’ONU ayant mené à la création de l’état d’Israël en 1948, mais pour tout le reste, j’avoue mon ignorance. Alors me plonger dans cette Gaza en ruines, au début, ça m’a foutu les boules. Mais le roman est court, le discours clair, je me suis dit qu’au pire, c’était comme arracher un pansement.

Et puis ce vieux libraire a eu raison de moi. Celui qui a accueilli le photographe, qui lui a donné son accord pour une photo, mais pas avant de lui avoir raconté son histoire. Pour que la photo ait du sens. Et nous voici à (re)vivre ces nuits de 1948 qu’on appellera plus tard la Nakba (la « catastrophe », en arabe). Ces quelques nuits où les Palestiniens, poussés par la peur ou, pour les plus coriaces, par des fusils pointés dans leur dos, ont quitté sans cérémonie leur foyer pour faire place à la nouvelle nation qui s’installerait bientôt sur leurs terres. Le vieux raconte aussi la vie dans les camps d’accueil, la colère et la radicalisation de son frère, le courage de sa mère, qui accoucha en plein exode. Il raconte les chances qui lui ont été données, les mains qui lui ont été tendues, ses voyages et la vie qu’il a tenté de construire. Ses erreurs, ses deuils.

Malgré tout, on ressent une certaine paix avec son passé, une sérénité face au présent qui ne dure jamais qu’une seconde, sans avenir, sans passé. La mémoire et l’immédiat qui s’envolent dans une douce valse. C’est un très court texte donc, mais une intéressante porte d’entrée. Pas neutre (l’est-on jamais ?), mais qui a eu le mérite d’éveiller mon intérêt pour cette histoire qui n’est pas la mienne. Le style est évident, simple, et m’a donné envie de garder en mémoire bien des citations. En bref, quel que soit votre degré d’intérêt pour cette période historique, ou encore pour ce conflit, c’est un beau roman qui reste très accessible et qui pourrait, pourquoi pas, vous donner envie d’approfondir un peu la question…

Pour info :
éditions Julliard, 128 pages, 2025

Publié dans Bouquinade, Roman

Rentrer son ventre et sourire, tome 1 (Laurence Beaudoin-Masse)

Amis du jour, bonjour !

Causons d’un roman que je conserve dans mes rayons à la librairie depuis quelques années ; il attise ma curiosité parce que je me suis persuadée qu’il causait d’acceptation de soi et de son corps. Il a été tiré au sort pour le club de lecture. L’occasion, le larron… bref.

Le Pitch :
Sur sa chaîne YouTube, Elie tente de prouver qu’avec un rythme de vie sain, on peut se reprendre en main. Elle-même est passée de boulotte à belle gosse, sa chaîne a pris de l’ampleur, elle a aujourd’hui un agent, son petit ami est l’équivalent de Justin Bieber ; malgré tout, elle ne parvient pas à lâcher prise, et ce qui devait être une preuve que tout est possible commence à tourner à l’obsession, et se teinte d’hypocrisie…

Mon avis :
Honnêtement, je n’ai pas trouvé dans ce roman ce que je suis venue y chercher. Je voulais une prise de conscience, un empowerment, un peu de plomb dans la cervelle quoi ! Quand on parle d’acceptation du corps, surtout lorsqu’il s’agit d’une perte de poids, et de la dérive qui y est souvent rattachée, je suis prête à lire un roman compliqué, qui soit m’amène vers une vraie réflexion et vers du mieux, soit se termine en drame.

Elie est bloquée dans un entre-deux, entre ses obsessions et ses propres contradictions. Elle s’est fait une prison de perfection et ne parvient plus à s’en sortir, d’autant que les réseaux sociaux ont cadenassé sa vie. Elle n’a plus le choix, elle doit mettre en scène son propre bonheur et y croire assez fort pour se tromper elle-même. Voilà un postulat intéressant.

Mais tout est malaisant : sa relation aux hommes (en particulier son petit ami), à sa famille, à sa nutritionniste même ! D’insignifiante et soumise, elle passe à… insignifiante, soumise et menteuse. J’ai eu l’impression d’un personnage qui n’évolue pas, qui est très passif dans son histoire, et à la rigueur, j’aurais pu l’accepter si dans le tome 2, Elie avait évolué, ou changé. On m’a divulgaché ladite suite… et sans vous en dire trop, je me suis dit : tout ça pour ça ?! Donc si tu cherches un roman qui te bouscule, qui te blesse, qui t’émeut, passe ton chemin. C’est l’histoire pas ouf d’une meuf qui s’est pris pour une carpette. Et c’est tout ce que j’en retiens. Ah oui, et les réseaux c’est toxique. Petite remarque : le roman est truffé de vocabulaire propre au français québécois, ce qui ne m’a personnellement pas dérangée, mais a fait tiquer certaines filles du club…

Pour info :
éditions Alice, coll. Tertio, 336 pages, 2020

Publié dans Bouquinade, Roman

Nos Constellations (Florence Quentin)

Amis du jour, bonjour !

S’il y a un truc qui me rend à la fois euphorique et nerveuse, c’est quand on vient me voir avec un texte en me disant : « j’ai ce roman, faut que tu le lises, je pense que ça va te plaire ». La pression ! Surtout quand c’est quelqu’un qui a bossé dessus, alors là, je me sens pousser des ailes, et je fais un peu pipi dans ma culotte, parce que… et si j’aimais pas…?

Le Pitch :
L’été de leurs 11 ans a probablement été pour Maxence et Aurélien le plus doux de tous les étés. Il a vu naître une tendre amitié, et… un peu plus ? Sept ans plus tard, Maxence a tenté de mettre fin à ses jours, Aurélien a perdu sa maman. Rien n’est plus pareil, pourtant, c’est auprès d’Aurélien, qu’il n’a pas revu depuis, que Maxence demande à passer un nouvel été…

Mon avis :
C’est Sonya qui est venue me trouver pour me proposer cette lecture. Les dramas, les trucs qui font pleurer, vraiment, c’est pas un argument de vente chez moi. « Rassure-toi », m’a-t-elle dit, « je suis certaine que ça peut te plaire, et j’ai vraiment envie de porter ce texte ». (Tu la sens la pression là ?) Bon, quand faut y aller, faut y aller. Et purée, j’ai pris une claque.

C’est clairement une lecture à se faire en été. La douceur du Sud sauvage (on est du côté d’Avignon si je me souviens bien), les terrasses des cafés dans les petits villages, les promenades en forêt et les bivouacs en bord de lac… En juin prochain, tu sais ce que tu lis.

Stylistiquement, c’est doux, c’est beau, c’est fort, violent parfois. Mais surtout, on n’en fait pas des caisses. C’est toujours juste. Pourtant, on avait matière à tomber dans le pathos, je te le dis ! Et pas du tout. Il est pourtant question de harcèlement scolaire, d’homophobie, d’amour maternel inexistant, et de deuil. Mais la douceur de ce qui se crée entre Maxence et Aurélien fonctionne bien mieux qu’un Mercurochrome, le pansement des héros ! Se réparer, s’écouter, s’accepter. C’est le chemin qu’ils vont arpenter.

Drame : check. Romance : check (et avec élégance s’il-vous-plaît). Les cigales, les douces brises chaudes : check. La douceur des petits villages, l’esprit communautaire : check et check. Donc on arrête de tourner autour du pot, on prend un billet pour Avignon, et on laisse Maxence et Aurélien nous faire vivre le plus beau des étés !

Pour info :
éditions Didier Jeunesse, 471 pages, 2025

Publié dans Bouquinade, Roman

Hyper (Emilie Chazerand)

Amis du jour, bonjour !

Je n’étais pas certaine de rédiger cette chronique, pour des raisons qui m’appartiennent, mais je le fais, parce que le roman fut malgré tout un beau moment de lecture.

Le Pitch :
Myriam a 17 ans, elle est grosse. Non, d’après elle, elle est énorme. Elle partage sa vie avec sa mère, qui se comporte comme une ado sans cervelle. D’ailleurs, Myriam a vécu un drame dans son enfance, un drame qui ne semble avoir touché qu’elle. Alors dans un moment d’épuisement et de désespoir, elle tente d’en finir… ce qui la mène droit chez le psy. D’après lui, tenir un journal, en plus des séances, lui ferait du bien. Mais connaissant sa fouineuse de mère, Myriam préfère en tenir deux…

Mon avis :
Ce qui commence comme un drama plutôt drôle d’un point de vue d’adulte tourne vite au crève-cœur. Myriam est en détresse, elle ne sait plus quoi faire de son corps, ni communiquer avec une mère qui semble avoir baissé les bras. Elle se sent vide, alors pour remplir ce vide, elle mange. Beaucoup. Parce que Myriam est trop. Trop grosse, trop grande, trop grande gueule. Myriam est HYPER casse-burettes.

Elle est enfermée dans une sorte de paranoïa de la persécution, tout semble injuste. Myriam est constamment en colère. Néanmoins, le roman se paie le luxe d’être dôle et de faire preuve de finesse (quand il le peut). L’évolution de la relation entre Myriam et sa mère suscite quelque chose de très fort, qui oscille entre l’amour (parfois vache) et la haine. Mais c’est aussi un chemin vers le dialogue et la compréhension, vers l’acceptation et le pardon. Bref, c’est un roman qui m’a émue.

Pour info :
éditions PKJ, 288 pages, 2025

Publié dans Bouquinade, Roman

Sainte-Marie-des-Haines-Infinies (Louise Mey)

Amis du jour, bonjour !

Tu le sais peut-être, je fonctionne beaucoup par auteurice. Quand j’aime une plume, en général, je la suis. Dans ce cas précis, je garde en mémoire l’efficacité et la concision de Louise Mey. Alors quand je vois paraître, chez le même éditeur engagé que L’Orage qui vient, le nouveau roman de Louise Mey, je dis banco.

Le Pitch :
Sainte-Marie est un collège privé, dans lequel a été envoyée notre héroïne après son déménagement. Si les élèves y sont issus de familles aisées, les hypocrisies fleurissent telles des taches de moisissure sur les murs des couloirs. Il reste trois lundis. Trois lundis pour fignoler le plan. Trois lundis avant que tout n’explose, avant que les humiliations, le harcèlement et les passe-droits ne prennent fin…

Mon avis :
Encore une claque. On conserve ici tout ce qui fait des romans de Louise Mey des textes percutants. En tant que lecteurice, tu plonges à pieds joints dans la fange, tu sens gonfler la rage adolescente, celle qui écorche et qui étouffe. C’est une thématique récurrente chez Louise Mey. Plus que la rage adolescente, c’est la rage d’une jeune femme que tente de contenir ce tout petit livre, et il frappe fort.

Tantôt témoins, tantôt complices, il nous est impossible de prendre de la distance. La colère finit par nous étouffer, le chagrin par nous aveugler, et c’est là que le roman fait très fort : il crée une soupape de décompression pour apporter satisfaction et apaisement à la dernière page. Il y avait quelque chose de très cathartique dans la rage de cette ado, et en même temps, j’ai été touchée par sa détresse… J’aurais peur d’en dire beaucoup plus et de rédiger un avis plus long que le roman, mais sache qu’il y est question de thèmes importants, comme la sexualité, la responsabilité face à ses agissements, le harcèlement… bref, un roman qui parlera forcément aux plus jeunes comme aux moins jeunes.

Pour info :
éditions La Ville Brûle, 144 pages, 2025

Publié dans Bouquinade, Roman, Roman historique

On achève bien les chevaux (Horace McCoy)

Amis du jour, bonjour !

Je suis toujours très curieuse dans mes lectures, même s’il est vrai que j’ai du mal à sortir de ce que je connais… à moins qu’on ne me jette dans les mains (en me le vendant très bien) un roman sur lequel je n’aurais pas posé les yeux. Ce fut le cas pour celui-ci, d’abord présenté par Lemon June sur sa chaîne Youtube, puis oublié, puis remis sur le devant de la scène par Madame Tapioca sur son compte Instagram.

Le Pitch :
Peu avant la Seconde Guerre mondiale, Robert et Gloria, deux âmes seules ayant fait face à de nombreux échecs et drames personnels, décident de concourir ensemble à un marathon de danse. Pour l’argent, dont ils manquent cruellement, mais aussi parce que parmi les richissimes et célèbres spectateur avides de drame social, un producteur pourrait bien les repérer et leur offrir un rôle à Hollywood. Alors pendant des heures, des jours, des mois, ils dansent sans relâche, bêtes de foire volontaires promis à un tragique destin…

Mon avis :
C’est un roman extrêmement court, diablement efficace dans son propos. Ces marathons de danse auxquels s’inscrivaient les plus pauvres, les plus désespérés ont réellement existé. Véritables événements, ils étaient l’équivalent nauséeux de nos télé-réalités, celles sur lesquels nous jetons un regard condescendant, heureux de voir ce que la misère humaine offre de plus avilissant. La différence, c’est que les participants de ces marathons pouvaient mourir. Imaginez : se reposer dix minutes toutes les deux heures. Dix minutes pour manger. Dix minutes pour dormir, pour se laver, se changer. Et retour sur la piste, quelque soit la maladresse du pas. Parce que non, il n’était pas nécessaire de savoir danser, il fallait simplement se déplacer… Les sprints étaient là pour booster l’ambiance et amuser la galerie.

Un traitement inhumain vécu de l’intérieur, majoritairement narré par Robert, qui nous raconte l’hébétude, la perte de repères, le manque d’air frais, sa partenaire qui ne souhaite qu’une chose : que sa vie s’arrête. Sa vie inutile, sa vie fragile, sa vie sans substance. Qu’elle s’arrête pour qu’elle puisse enfin se reposer. Voilà, c’est ça : le malheur des uns qui fait le divertissement des autres. Et l’hypocrisie d’une société qui ne peut supporter ce qu’elle juge politiquement incorrect (le désir féminin, la grossesse, le faux mariage) mais concède aux rois du pétrole de s’abreuver à la fontaine de la misère sociale. Ce roman, c’est tout ça, et ça résonne encore aujourd’hui. Dans l’ambiance et côté SF, en plus oppressant mais sur le même modèle narratif, je vous propose de découvrir Marche ou Crève, de Stephen King. Y sont traités des sujets similaires, avec, cette fois-ci, la mort assurée pour tous ceux qui s’arrêtent en chemin…

Pour info :
éditions Gallimard (1946), trad. de Marcel Duhamel, 211 pages

Publié dans Bouquinade, Roman

Better than the movies (Lynn Painter)

Amis du jour, bonjour !

Je ne le dirai jamais assez, mais nous vivons une époque formidable (par certains côtés, ne poussons pas le bouchon). Lorsque des plateformes comme NetGalley nous permettent de découvrir des romans en version numérique ou audio, on aurait tort de s’en priver ! Sans ça, je ne me serais probablement pas arrêtée sur ce roman-ci.

Le Pitch
Liz a hérité de sa mère son amour des comédies romantiques, auxquelles elle se raccroche d’autant plus depuis son décès. D’ailleurs, dans sa vie, il y a ça, ses tenues rétro-cute, et l’agacement intersidéral qu’elle éprouve pour Wes, son voisin, à qui elle mène une guerre sans merci pour une place de parking en face de chez eux. Enfin, ça, c’était avant le retour de l’ancien grand amour de Liz et meilleur ami de Wes, qui pourrait bien redistribuer les cartes…

Mon avis
Ce roman et moi, on est un peu partis du mauvais pied. Sur toute la première partie, j’ai chopé des migraines ophtalmiques à force de rouler des yeux, et ce pour deux raisons : la première, je déteste le name dropping. Tu sais, cette pratique qui consiste à te bombarder de noms de films que tu adores, genre « eh, t’as vu, on a trop les mêmes ref’, on kiffe toutes les deux ces films que tout le monde trouve nuls ». Je suis moi-même grande adoratrice des comédies romantiques devant l’éternel, mais je sais reconnaître que beaucoup d’entre elles sont surannées. Et les voir portées aux nues comme si elles étaient une référence en termes de… bah de romantisme, dans le monde qui est le nôtre aujourd’hui, j’ai un peu grincé des dents. J’aurais aimé qu’on me propose d’autres modèles.

La seconde chose que je déteste, c’est quand un gars apprend à une fille comment se comporter et s’habiller pour plaire à un autre gars. En l’occurrence, ce côté-ci a été gommé par le dernier tiers du livre où le love interest semble s’intéresser à autre chose qu’aux fringues de la protagoniste. Et puisqu’on découpe le roman en tiers, parlons du premier, pendant lequel Liz tourne en boucle sur sa place de parking, et « il est trop beau » et la place de parking et « mes comédies romantiques » et la place de parking… bref, c’est long. Un petit élagage n’aurait pas été de trop.

En conclusion, c’est malgré tout mignon comme romance. Je ne la mettrai pas en haut du panier, parce qu’elle ne fait que réécrire ce que j’ai déjà lu 100 fois, mais c’est un texte sympa, que je recommanderai sans souci aux ados romantiques, et qui s’inscrit à merveille dans la ligne éditoriale de Comet, nouveau fournisseur de mignonneries pour (très) jeunes adultes.

Pour info :
éditions Comet, trad. de Charlotte Le Chapelain, 384 pages, 19.95€