Publié dans Bouquinade, Roman

Tout quitter (Anaïs Vanel)

Ami du jour, bonjour !

Non non, je n’ai aucun mérite, je ne lis pas plus vite, je lui simplement plus longtemps, et des petits livres qui me reposent des pavés que je viens de terminer. Avant que je ne te reparle d’albums (parce que j’en ai quelques-uns à chroniquer), restons sur le roman, avec une lecture que je dois à l’illustratrice Margaux Motin. Et pour l’avoir vendu, elle l’a vendu ; je partais donc avec de très fortes attentes…

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Sarakontkoi ?
Il s’agit en fait plus d’un récit autobiographique que d’un roman. Anaïs, éditrice de renom, décide de tout quitter du jour au lendemain. Elle se lève simplement, pars de sa réunion, prend des cartons et les jette dans un Berlingo pour rejoindre l’océan et se mettre au surf…

Tenpenskoi ?
C’est très compliqué de lire un livre dont on vous a vanté les mérites à ce point (dixit la nana qui vient limite de vous mettre un flingue sur la tempe pour que vous lisiez La Passe-Miroir). Et pour être honnête, il y a des choses que j’ai beaucoup aimées. D’autres que j’ai moins appréciées.

Pour commencer, je m’attendais à une randonnée en pleine montagne, avec de fortes bourrasques et des tempêtes de neige (c’est une métaphore, tu as bien compris…) et j’ai eu une jolie promenade un dimanche de printemps. C’est moins puissant que ce à quoi je m’attendais. Mais plus réaliste que le gars qui donne toutes ses chaussettes et part avec un t-shirt et un pantalon.

Le style est extrêmement lapidaire. Je veux dire que les phrases ne dépassent que rarement 4 mots, souvent sans verbe. J’aime les écritures lapidaires, mais j’ai aussi besoin qu’elles soient un contraste. Pas la totalité de l’œuvre. Sinon, ça devient trop hermétique. Et là, c’est parfois le cas. Je sens bien qu’on essaie de me faire comprendre quelque chose, mais on m’en donne parfois trop peu. En même temps, ça va avec le propos. Revenir à zéro pour retrouver l’essentiel petit à petit. Se réappartenir. De même, les pages du roman sont très peu remplies. 90% du temps, c’est du 2/3 – 1/3 : 2/3 de blanc, 1/3 d’écriture. Un paragraphe par page quoi. J’ai eu 2 réactions : « 18€ pour ça ? » Puis « ah ouais, c’est sympa cette mise en page aérée ! » j’ai compris que là encore, on servait le propos du bouquin, mais quand même : 18€ pour ça ?

Enfin — et je suis désolée parce que c’est une remarque toute personnelle, et sans doute déplacée et très matérialiste face à cette introspection — je me suis dit tout le long du bouquin que, OK, tu quittes ton job, ton mec, ton appart pour partir faire ce que tu aimes (ici du surf, pourquoi pas, elle aurait pu vouloir élever des vers de terre, c’était pareil) mais faut avoir les moyens quoi ! Même en vivant de rien. Et là, la réflexion tourne en rond, parce que je sais qu’Anaïs Vanel se livre dans ce bouquin, et que rien de ce qu’elle a écrit n’est facile à dire, parce qu’il lui a fallu faire face à ses choix, à son parcours, se remettre en question. Mais c’est ou trop, ou pas assez. Ou trop personnel ou pas assez développé.

Bref, juger un texte aussi personnel est très compliqué. Alors je conclurai de cette manière : c’est très pertinent, et je trouve qu’on traduit bien le tiraillement des millennials (les personnes nées entre les années 80 et 90) qui ont hérité de la société de consommation irréfléchie de leurs parents, mais qui trouvent son poids trop lourd à porter et rêvent d’évasion. C’est un bon témoignage de son époque ; donc lis-le, c’est très court, et c’est intéressant. Mais parfois, ce n’est pas assez.

Pour info :
éditions Flammarion, 188 pages (pas remplies), 18€

Publié dans Bouquinade, Roman

En attendant Bojangles (Olivier Bourdeaut)

Ami du soir, bonsoir !

Aucun mérite à te parler d’un autre bouquin en si peu de temps, il fait à peine 170 pages. Mais quel roman ! Coup de cœur de ma collègue libraire et formatrice, et vif conseil de ma maman, je ne pouvais pas passer à côté.

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Sarakontkoi ?
C’est l’histoire d’un amour fou. Fou, il l’est dans tous les sens du terme. Une histoire entre une folle et un mythomane, racontée par l’enfant qu’ils ont eu ensemble. L’histoire de la douceur, de la passion, des vrais mensonges, et des fausses vérités. Des vérités qui ne sont vraies que pour cette famille atypique, et après tout, pourquoi pas.

Tenpenskoi ?
C’est d’une  poésie incroyable ! J’en ai lu un passage à voix haute à Chéri, et c’est cette lecture qui a mis le doigt sur l’étincelle de folie du texte, celle qui m’a ouvert les yeux sur son rythme, ses sautillements joyeux, ses soubresauts de colère, ses élans de peine. Rien que pour la beauté du texte, ce bouquin valait le coup d’être lu.

Quant au propos, j’ose paraphraser ma collègue (je suis certaine que si tu lis ces lignes, Véro, tu ne m’en voudras pas) : « dans ce roman, la douce folie côtoie la folie dure. » Les points de vue naïf mais perspicace de l’enfant et réaliste du père se succèdent pour nous raconter les cocktails, les voyages, les jeux. Ce qui fait pétiller l’œil du lecteur, c’est la délicieuse évidence qui se dégage de ce texte. Car après tout, n’est-il pas merveilleux de vivre dans un appartement parisien avec un oiseau africain, de partir en vacances dans un château en Espagne chaque fois qu’on en ressent l’envie, et de danser tous les soirs un slow sur les notes mélancoliques de Mr. Bojangles ? Bref, faites jouer à votre vieille platine des disques de Nina Simone et embarquez avec Olivier Bourdeaut pour cette parenthèse courte et intense dans une famille hors du commun.

Pour info :
Grand format : éditions Finitude, 160 pages, 15,50€
Format poche : Gallmiard, Folio, 176 pages, 6,90€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

La Passe-Miroir (Christelle Dabos)

Ami du jour, bonjour !

Je te l’ai dit hier, j’ai terminé les 4 tomes des aventures d’Ophélie. Je n’ai pas pu poster hier, par manque de temps, mais aussi parce que c’est très difficile pour moi d’écrire quelque chose de cohérent à chaud. Dire au-revoir à un tel univers, c’est déchirant…

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Sarakontkoi ?
Si tu l’as pas déjà lu, je mets là un lien vers la chronique du tome 1, que j’avais publiée à sa sortie. Et je te ressors le même résumé, parce qu’en fait, il était pas dégueu (main sur l’épaule).
Un monde, que l’on suppose être le nôtre, a explosé en plusieurs morceaux, appelés des Arches. Sur chaque Arche, un esprit de famille, sorte de Dieu immortel et vestige de l’ancien monde, règne en maître sur les habitants. Ophélie, jeune fille frêle et effacée, s’occupe tranquillement de son musée sur Anima. Sa spécialité ? Lire les objets, c’est à dire voir le passé de leur ancien propriétaire. Du jour au lendemain, elle se retrouve fiancée à un haut dignitaire d’une Arche hostile et glaciale, le Pôle. Elle devra y suivre son fiancé dans le flot perpétuel des complots de cour. Mais elle découvrira qu’elle n’a pas été choisie au hasard…

Tenpenskoi ?
Je vous le disais hier, je pense que parmi les écrivains, il existe des conteurs, des passeurs d’histoires qui savent fédérer leur lectorat autour de leurs œuvres. Christelle Dabos est de ceux-là. Non seulement elle a su s’affranchir des clichés d’un genre surexploité en littérature aujourd’hui, mais en plus, elle le fait avec une apparente simplicité. Lire ces 4 romans m’a fait le même effet que quand je regarde un ballet classique : la meuf doit se tuer les pieds, tirer sur ses muscles, s’essouffler, mais toi, tout ce que tu vois, c’est qu’elle a l’air de peser que dalle et d’être en caoutchouc. Et c’est d’une grâce… !

Cette lecture m’a retourné les entrailles, parce qu’en plus de me raconter une histoire, Christelle Dabos m’a parlé. Ses personnages, dans leurs certitudes, leur imperfection, leurs peurs et leurs échecs m’on touchée en plein cœur. Ophélie, Thorn, Bérénilde, Archibald, tous grandissent, évoluent, sont mis face à leurs choix, à leur miroir. La complexité évolue également au fil des romans. Mais il est important de se laisser porter et de faire confiance à l’auteure.

C’est l’histoire d’une erreur commise pour un idéal, d’un combat pour la liberté — individuelle et commune. C’est bourré de réflexions, d’aventures, ce n’est jamais long, c’est toujours juste. J’ai pleuré, j’ai ri, j’ai tremblé. C’est de ces sagas qui laissent leur empreinte sur toute une génération de lecteurs. J’ai tourné la dernière page du dernier roman, et je n’ai qu’une envie, le faire vivre encore et encore en le mettant entre toutes les mains.

Pour info : 
GRAND FORMAT
Les Fiancés de l’hiver, Gallimard Jeunesse, 528 pages, 18€
Les Disparus du Clair de Lune, Gallimard Jeunesse, 560 pages, 18€
La Mémoire de Babel, Gallimard Jeunesse, 496 pages, 18€
La Tempête des Echos, Gallimard Jeunesse, 576 pages, 19,90€

FORMAT POCHE
Les Fiancés de l’hiver, Gallimard Jeunesse, collection Pôle fiction, 608 pages, 8,65€
Les Disparus du Clair de Lune, Gallimard Jeunesse, collection Pôle fiction, 704 pages, 8,65€
La Mémoire de Babel, Gallimard Jeunesse, collection Pôle fiction, 576 pages, 8,65€

Publié dans Bouquinade, Policier / Thriller

Les enquêtes de Cromoran Strike (Robert Galbraith)

Ami du jour, bonjour !

Aïe, dur dur de reprendre le clavier et de se dérouiller un peu… ce n’est pas tellement que je ne lis pas, mais comme j’essaie de commencer et terminer quelques séries, que j’ai 5 livres sur le feu, et que je lis quelques manuscrits, j’ai du mal à terminer. Problème de riche me diras-tu. Alors j’essaie, à partir de maintenant (et parce que si tu as suivi un peu mon compte Insta, tu sais que ma PAL vient de prendre un sacré coup avec Noël), de terminer mes lectures en cours pour repartir sur de bonnes bases. Et ça inclut les livres audio. En l’occurrence, 2 livres audio de la même série.

Sarakontkoi ?
Bon, une fois n’est pas coutume, je te pitche l’histoire globale de la série, et je te fais un petit topo sur les bouquins ensuite. Les romans suivent les enquêtes de Cormoran Strike, vétéran unijambiste taciturne recyclé en détective privé, fils non reconnu d’un célèbre rockeur, et Robin, son assistante, engagée suite à l’erreur d’une agence d’intérim.
Dans le premier tome, L’Appel du coucou, Strike et Robin sont engagés par le frère d’une top modèle décédée, persuadé que la police a conclu trop vite à suicide.
Dans le second tome, Le Ver à soie, la femme d’un écrivain leur demande de retrouver son époux disparu, un homme imbu de lui-même venant de livrer un scandaleux manuscrit.

Tenpenskoi ?
Pour commencer, sache que Robert Glabraith est en fait le pseudonyme de J.K. Rowling, la maman d’Harry Potter. Personnellement, je n’avais pas lu Une Place à prendre, son premier polar sous pseudo, écrit à la suite de Harry Potter. Là, c’est un échange sur Instagram avec Aurélie qui a porté cette série à ma connaissance. Honte à moi, je n’en avais jamais entendu parler. Bref, Aurélie me dit que la relation que Rowling tisse entre ses protagonistes, le privé et son assistante, est intéressante. Et c’est vrai.

Quand on parle d’auteur, on parle souvent de style, d’accessibilité. Ce qui me plaît, moi, c’est la manière dont on me raconte les histoires. C’est de sentir que l’auteur va mettre son égo de côté pour se consacrer à moi, à ma découverte de son roman, de ses personnages, de son histoire. Pour ça, Rowling est très bonne, elle l’avait déjà démontré dans Harry Potter. C’est également le cas ici. J’ai passé un très bon moment, je me suis prise au jeu, à essayer de deviner. Par contre, elle conserve les clefs de son dénouement. Si son protagoniste semble comprendre où le mène son enquête, ce n’est pas notre cas, puisque beaucoup d’éléments sont volontairement laissés sous silence pour le lecteur, bien que l’enquêteur en ait connaissance. Il faut accepter de se laisser guider. C’est bourré de faux indices, de faux-semblants… c’est chouette !

Bref, une lecture somme toute très sympa, que je recommande pour passer un bon moment. Maintenant, si vous voulez bien m’excuser, je vais cesser de procrastiner et me mettre un bon coup de pied aux fesses pour ENFIN terminer le dernier tome de La Passe-miroir, dont je vous parlerai d’ici peu.

Pour info :
L’Appel du Coucou : Le Livre de Poche, 696 pages, 8,90€
Le Ver à soie : Le Livre de Poche, 696 pages, 8,90€

Publié dans Le mot du jour, Madame Je-Sais-Tout

Le mot du jour : pétrichor

Ami du jour, bonjour !

Cessez donc de vous en faire, je ne laisse tomber aucune de mes catégories. Parfois, elles passent à l’as un certain temps, et puis elle reviennent. C’est le cas du mot du jour.

Le mot du jour : pétrichor.

Il aurait été tout à fait de saison cet été puisque le petrichor (sans accent ici car tiré de l’anglais) désigne le liquide huileux que produisent les plantes lors des fortes chaleurs pour se protéger et protéger leurs graines. Ce liquide est ensuite absorbé par les sols argileux et rocheux. Du grec perta (la pierre) et ichor (le sang), ce mot a été créé en 1964 par Isabel Joy Bear et Roderick G. Thomas dans leur article « Nature of argillaceous odour » (magazine Nature de mars 1964).

Et c’est là que ça devient intéressant. Lorsqu’il commence à pleuvoir après ces fortes chaleurs, une odeur très particulière et fugace (puisqu’elle dure peu) se dégage de la terre. Le pétrichor désigne également cette odeur (que j’aime particlièrement). Il aurait été dommage de quitter les canicules estivales sans leur faire un petit clin d’œil !

 

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Le Sorceleur, T1 : Le Dernier Vœu

Ami du jour, bonjour !

Toi-même tu sais, Le Sorceleur (ou The Witcher dans sa version originale) va sortir en décembre sur Netflix. Ni une ni deux, j’ai enfilé ma plus belle laine, et j’ai commencé à faire le mouton sauvage en suivant le mouvement. Et puis bon, la magie, les monstres, les contes, toussa toussa… Et les conseils de mon coupain Flo !

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Sarakontkoi ?
Geralt de Riv est ce qu’on appelle un sorceleur. Ni sorcier, ni humain, ni monstre, il est un mutant. Dressé à combattre les abominations — stryges, génies, ondines et autres vampires — il n’est pourtant pas accepté parmi les humains, qui le craignent autant qu’ils ont besoin de lui. De mission en carnage, il file vers celle qui scellera sa destinée…

Tenpenskoi ?
Un premier tome constitué de plusieurs petites histoires (c’est visiblement le cas pour le second également, puis les tomes suivants filent une histoire par roman, mais à vérifier). Le format rend la lecture très rythmée, et simple. Il ne s’agit cependant pas de nouvelles, qui couperaient le personnage dans son évolution. Chaque histoire est liée. Le texte est immersif et fait la part belle à l’action.

Détail intéressant, les petites histoires sont tirées de contes classiques. Tu me connais, j’adore les réécritures de contes. Alors la Bête n’est pas un jeune prince arrogant mais un fils de fermier qui a mal tourné, et la Belle est en fait une créature de la nuit, et j’en passe.

Geralt est un personnage charismatique, froid et attachant parfois. On aime suivre ses raisonnements, ses combats moraux. Je ne cache pas que le roman ne fait pas la part belle aux femmes qui, bien que très présentes, ont bien souvent besoin de l’appui de leurs homologues masculins ; et que quelques dialogues sentent bon le macho qui aime se les gratter. Pour tout te dire, j’ai la version audio, et le liseur est hilarant. En gros, imagine Stalone qui te lit une histoire du soir. Bah voilà. Pire Mais bon, on l’excuse pour le coup.

Pour info :
Broché : Bragelonne, collection Fantasy, 307 pages, 15,90€
Poche : Bragelonne, collection Gaming, 384 pages, 7,10€

Publié dans Bouquinade, Roman, Roman historique

Anna Karénine (Leon Tolstoï)

Ami du jour, bonjour !

On est aujourd’hui dans la section « je me cultive, parce qu’au niveau classiques, c’est un peu faiblard tout ça ». Et pour cette découverte de la littérature russe, j’ai lu, comme l’indique le titre du billet, Anna Karénine, de Leon Tolstoï. Ainsi ai-je été introduite aux grands classiques russes.

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Sarakontkoi ?
Russie, fin du XIXe. Se joue dans la grande société russe un drame amoureux : Lévine, amoureux de Kitty, amoureuse de Vronski, amoureux d’Anna. Une femme persuadée d’être courtisée par un homme dont elle est follement amoureuse, un courant d’air s’éprenant d’une respectable épouse, une femme mariée combattant ses propres inclinations. C’est aussi simple que ça. Autour de ces quatre personnages graviteront époux, parents, amis, les uns bienveillants, les autres bienséants. Mais tout ne peut pas bien finir pour tout le monde.

Tenpenskoi ?
Pour commencer, c’est très long. Personnellement, je ne l’ai pas lu, je l’ai écouté (merci Audible, on a beau dire, ça sauve des vies) ; j’avoue que, connaissant l’issue tragique par avance, j’ai voulu plus d’une fois qu’on en finisse. Je ne sais pas si j’aurais été capable de lire la version papier, ma patience se serait vite épuisée.

En revanche, j’en parlais avec une amie qui ne porte pas Tolstoï dans  son cœur (bah ouais, c’est longuet quoi), je trouve que Tolstoï a ce don, en tout cas dans ce roman-ci, de tout montrer. Il ne prend pas partie pour ses personnages, et laisse chacun d’eux s’exprimer (traduis : on se retrouve avec autant de points de vue que de personnages). Tout n’est pas bon à prendre, bien entendu, mais au moins, la lecture du roman s’adaptera au lecteur.

Je m’explique : beaucoup de lecteurs décrient le comportement d’Anna, qui abandonne mari et enfant pour suivre son amant. Personnellement, j’y ai vu la condition d’une femme prisonnière de son rôle d’épouse, courtisée par un homme qui se soucie plus de sa propre passion que de la vie qu’il pourra offrir à celle qu’il aime. Une femme qui avait le choix entre être malheureuse, ou être montrée du doigt. Enfermée quel que soit son choix. Elle est la méchante de l’histoire, s’attirant malheur et déshonneur. Mais elle seule subit le poids de ses décisions. Et sa décision, finale, n’est que l’issue logique d’un problème sans solution.

Le roman oppose le bonheur d’un couple malheureux qui trouve le bonheur à celui d’un couple heureux qui attire peu à peu sur lui le malheur. C’est en ça que le roman est intéressant. Les réflexions qui mènent les personnages vers leur destin. Au-delà de ça, oui, j’ai trouvé le roman un peu long. Mais je suis heureuse de pouvoir dire que je l’ai lu.

Pour info :
Le livre de poche, collection Classiques, 1024 pages

 

Publié dans Highway to FIV

Une pause s’impose

Salut les loulous !

Quoi, déjà un nouveau post FIV ? Quelle célérité !

Un billet un peu spécial aujourd’hui. Chéri et moi avons décidé de faire une pause. D’arrêter d’essayer. De nous donner une chance de vivre. La journée d’hier a été très difficile. Je n’avais pas pleuré à l’annonce de la mauvaise nouvelle, et j’étais plutôt fière de moi. Mais chassez le naturel, il revient au triple galop. Et en pire !

En pleurant, je parle beaucoup, je dis des choses que je ne savais même pas que je pensais. C’est pénible pour Chéri, qui aimerait tant que j’aille bien. Mais tout sort d’un coup, comme quand tu parviens à te moucher alors que tu as le nez bouché depuis quelques jours. Il s’avère que j’ai trop mal. Mal dans ma tête. Mal à mon cœur. Mal dans mon corps. Les échographies me font mal, les piqûres, les anesthésies (« si si, en local, ça passe, je te demande pas franchement ton avis »), les ponctions me font mal. L’échec me fait mal. Alors on dit pause. On dit qu’on s’occupe de nous. On dit qu’on cherche d’autres solutions.

Me revient à l’esprit une conversation que j’avais eue avec quelqu’un au tout début du traitement. Je lui parlais un peu de ce qu’il se passait, de mes doutes, de mes peurs, des délais, du fait qu’on était très (trop ?) nombreuses, anonymes, etc., et cette personne, grande défenseuse de l’égalité des droits devant l’Éternel (sans ironie aucune) me répond, sur un ton quelque peu amer : « et encore, tu as de la chance, les lesbiennes et les femmes seules n’ont pas encore droit à la FIV ». Sur le coup, je n’ai pas fait attention, mais 2 ans après, ces paroles reviennent, comme un boum boum entêtant. Le droit à la procréation pour tous est une cause que j’ai toujours défendue, mais sur le coup, la remarque m’a fait tellement de mal ! Est-ce que ça insinuait que moi, j’avais de la chance ? Du coup, avant de fermer pour un temps cette rubrique, il y a une chose que j’aimerais dire à vous, qui me lisez et connaissez quelqu’un dans ma situation. Si elle (ou il) vous en parle, il y a des choses que vous devez apprendre à ne pas dire :

– tu sais, j’ai une amie / je connais quelqu’un / j’ai entendu à la TV… ces gens dont on parle sont les 0.0000000001% de ceux qui gagnent au loto, pas une majorité. Son histoire à elle / à lui n’est pas celle des autres.
– la prochaine fois, c’est la bonne.
– tu sais, y’a pire, le cancer, les pays pauvres, etc. (si elle doit s’en rendre compte, elle le fera seule).

De manière générale, ne la comparez pas à une autre. Et si vous êtes démunis, que vous ne savez pas quoi dire, ne dites rien. Parfois, être là, ça suffit. Et aux sites de fivettes, PMettes et j’en passe, essayez de parler aussi de ces histoires où ça n’a pas fonctionné, de ces mères en puissances qui se battent avec d’autres armes, arrêtez de montrer des jolis livres bleus et roses, des phrases tirées de La Motivation pour les nuls. C’est probablement nous qui nous sentirons moins nulles et moins isolées dans notre échec. Donner de l’espoir, c’est bien, aider à accepter le deuil, c’est tout aussi méritant.

Enfin, à celles qui attendent leurs résultats, à celles qui doivent rappeler le CHU pour une nouvelle date, à celles qui attendent encore que leur tour vienne, je veux dire ceci : vous êtes courageuses, vous avez peur, vous êtes peut-être perdues. Mais rappelez-vous : c’est votre vie, votre corps, votre décision. Écoutez-vous. Quand on a commencé, il était inconcevable de mettre ce projet sur pause tant qu’on n’aurait pas réussi ou épuisé nos chances. Je ne savais pas que je pouvais moi-même avoir des limites. Le courage, ce n’est pas de continuer coûte que coûte. C’est de connaître votre propre limite.

Je vous embrasse fort, je vous retrouve sur des billets lecture, des mots du jour, et j’en passe. Je reviendrai ici quand je serai prête (mais bien sûr, si, comme quelques-unes d’entre vous l’ont déjà fait, vous souhaitez échanger, poser des questions, etc., je reste dispo).

Prenez soin de vous.

Sincères poutous.

 

Publié dans Highway to FIV

Il y a aussi des jours où ça va

Salut les loulous !

Bon, aujourd’hui, c’est pas la joie. Après une piqûre de Decapeptyl, 10 de Ménopur dosé à 300Ul, une ponction, 7 ovocytes, 3 embryons (dont un seul a survécu), 40 ovules de Progestan, je peux officiellement annoncer… que je ne suis toujours pas enceinte. On dit qu’on s’habitue à tout, même à la douleur. C’est vrai.

Et cette fois-ci, au lieu de vous parler des étapes du traitement, que vous connaissez si vous avez suivi les tentatives précédentes, je vais vous parler de ce qu’il se passe dans la tête de quelqu’un comme moi. Peut-être comme d’autres. Et si vous lisez ce billet et que vous vous reconnaissez, ça veut dire que peut-être je ne suis pas si folle que ça.

Quand tu es dans notre situation, à Chéri et moi, la première chose que tu te dis, c’est qu’il y a des signes. Que la vie a un dessein pour toi. Que s’il arrive des trucs extraordinaires, ça veut peut-être dire que c’est la bonne, parce que tu en auras des anecdotes à raconter ! Par exemple, et je ne parle que de cette tentative : hier, au moment de passer à notre labo habituel pour faire la prise de sang, il était fermé. Grève. Drôle, il faut trouver un autre labo d’urgence, ça fera un truc à raconter. Ensuite, nous avons décidé avec Chéri d’ouvrir les résultats ensemble. Je dois donc attendre jusqu’à ce qu’il rentre à la maison pour ouvrir ce foutu mail que pourtant j’ai pourtant reçu il y a  des heures. Hier, son N+3 l’a chopé alors qu’il partait (en vitesse pour rentrer au plus vite à la maison) pour lui parler de trucs urgents… pendant une demi-heure. Ca nous a fait rire, une anecdote en plus. Je ne parle pas de mon PC qui refuse de s’allumer et du reste. En fait, on ne se les racontera qu’à nous, ces histoires.

À l’approche d’un résultat, je suis du genre névrosée. On ne dirait pas comme ça, mais je me mets à faire des paris avec moi-même : si j’atteins la porte avant la fin de la chanson, c’est que c’est bon. Si je passe au vert, c’est que c’est bon. Si j’arrive à la porte avant qu’elle se ferme, c’est que c’est bon. Et j’en passe.

Le plus difficile, c’est que tu vois les gens galérer autour de toi. Ils savent pas trop comment se comporter. Tes amies craignent de t’annoncer leur grossesse, de te parler de leur projet de 2e bébé, ta famille t’aime tellement qu’elle veut que tu ailles bien. Mais c’est ça le truc, tu ne vas PAS bien. Ma maman m’a dit l’autre jour un truc qui m’a marquée. Elle m’a dit « toi, tu n’as peut-être pas de bébé, mais moi, j’en ai un, et je le vois sombrer, et je sais pas quoi faire ». L’impuissance.

Et puis, il y a la colère. Oui, je suis en colère. Par exemple, je ne lis plus et ne regarde plus les infos, mais parfois ça filtre. Par chez nous, on a l’affaire Fiona, tu connais ? Une mère et son mec qui font croire que leur gamine a été enlevée, les marches blanches, les groupes de recherche, tout ça pour qu’on apprenne que peut-être ils étaient trop défoncés pour se souvenir d’où ils avaient enterré la gamine qu’ils avaient battue à mort. Et encore, si elle est morte. Bref. Bah cette meuf là, dont le procès est toujours en cours, retombe enceinte. Et toi, t’es là, avec tes putains de piqûres, les 3 internes qui crèchent entre tes cuisses une fois tous les 6 mois, et cette envie d’enfant qui te crève le bide. Merde.

Quand tu parles de ta situation, tout le monde connaît quelqu’un pour qui ça a miraculeusement marché. On oublie les 70% de cas dans lesquels les couples sont restés sans enfant. On te dit de garder espoir. On devrait te dire qu’il se peut que tu n’y arrives jamais, et qu’il faut peut-être t’ouvrir à d’autres projets. Les docteurs, ils font leurs 4 tentatives par patiente, ils s’en foutent que ça marche ou pas. Ils changent un peu le dosage. Te disent « il vaut mieux 5 beaux ovocytes que 15 petits ». Ils ont 200 dossiers à traiter par semaine, autant d’échographies, d’ordonnances, de crises de larmes. Ils se blindent. Toi, tu te sens juste seule. Alors oui, y’a des psys. Je veux pas qu’un psy m’explique la vie. Je veux que mon médecin me regarde dans les yeux et nous parle, à nous, M. et Mme Rastoix, de notre dossier. De notre cas… Ca me fout dans une rogne !

Avant, je disais que ma vie, c’était de la merde. Maintenant, j’ai compris que j’avais beaucoup de choses : Chéri, mes parents (même si parfois, ils sont maladroits), mes frangines (si bourrines ou têtes en l’air soient-elles), mes amis, qui font ce qu’ils peuvent. Mon chat. Je dois trouver autre chose que cet enfant. Trouver un autre but, parce que je ne veux pas que ma vie ait un goût d’inachevé, ou passer à côté d’elle parce que j’ai décidé qu’elle ne vaudrait la peine d’être vécue que si j’étais mère. En janvier on part à Berlin, que j’aime tant. Peut-être New-York, maintenant qu’on a un passeport. J’adopte des plantes que j’essaie de garder en vie, je compense (pas avec un animal, Madame Agatha ne le permet pas). Ma vie, c’est pas de la merde, mais il y a des merdes dans ma vie, c’est différent. Alors je m’accorde 5 minutes d’auto-appitoiement et je continue. Pace qu’il y a aussi des jours où ça va.

Publié dans Albums, Bouquinade

Les Riches Heures de Jacominus Gainsborough ( Rébecca Dautremer)

Ami du soir, bonsoir !

Alors oui, ce n’est pas vraiment l’heure à laquelle j’ai l’habitude de poster. Mais ce soir, au lieu de regarder un film, Chéri et moi avons décidé d’être créatifs. Ce qui sous-entend pour lui Inktober, et pour moi… le blog, oui ! Comme d’habitude, je suis à la traîne et comme d’habitude, je laisse poireauter mes bouquins 20 plombes sur mon étagère en me disant que j’attends juste le bon moment. Bah voyons. En dehors du fait que j’aime beaucoup le travail de Rébecca Dautremer, je dois avouer qu’avoir vu cet album trôner sur le piano de *tu te reconnaîtras* m’a donné plus qu’envie de faire son acquisition. Ni une ni deux, c’est au salon de Brive que je rencontre brièvement Rébecca le temps d’une dédicace. Suis-moi !

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Sarakontkoi ?
C’est l’histoire d’une vie, celle de Jacominus Gainsborough, faite de souvenirs, d’actes manqués, de gadins, d’amours et d’amitiés. De peurs, de larmes, et de joies. Une petite vie bien normale, qui a un début et une fin. Une vie riche de ce qu’on y a mis. Ni plus, ni moins.

Tenpenskoi ?
Écoute, j’avoue que j’avais un peu peur de le lire. Je ne saurais pas bien t’expliquer pourquoi. J’avais peur qu’il soit très long. Il m’intimidait presque. Je sais, c’est stupide. Quelle erreur c’eût été de continuer à nous regarder en chien de faïence, lui du haut de son étagère, moi bien emmitouflée dans mes couvertures !

C’est simple, ça glisse tout seul. Les illustrations rythment le texte autant qu’elles l’accompagnent. Et puis, on en parle justement de ces illustrations ? C’est coloré, nostalgique, ça nous raconte un autre temps, un autre endroit, en même temps, c’est partout, c’est toujours. On y trouve juste ce qu’il faut de la tendresse des histoires de Beatrix Potter (avec un hommage à l’autrice-illustratrice anglaise d’ailleurs), sublimée par le trait caractéristique de Rébecca Dautremer.

Quant au texte : de la poésie dans son état le plus simple. Quelque chose qui te parle sans que tu réfléchisses vraiment. Le genre d’histoire qui va droit de tes grands yeux à ton petit cœur sans réellement passer par ton cerveau. C’est d’une évidence reposante. J’ai d’ailleurs, je dois bien l’avouer, versé ma petite larmichette. Bref, trouve-le, lis-le, partage-le.

Un léger aperçu de mes planches favorites :

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Pour info :
éditions Sarbacane, 56 pages, 19,50€