Publié dans Bouquinade, Roman

Sans foi ni loi (Marion Brunet)

Ami du jour, bonjour !

Mars au féminin est passé sans que j’aie eu le temps de te parler de ma lecture de Sans foi ni loi… et au final, ce n’est pas plus mal. Pépite du Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil l’an dernier, j’ai tanné mon amie M., éditrice chez PKJ. pour qu’elle me l’envoie. Ce qu’elle a fait. Le problème, quand tu places beaucoup d’attentes dans un livre (ou autre chose d’ailleurs), c’est que tu es souvent déçu. Fut-ce mon cas ? Je m’en vais te le dire de suite !

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Sarakontkoi ?
Ambiance braquage de banque au Far West. Abigail Stenson s’enfuit avec un sacré magot et se réfugie chez le pasteur local, un homme violent et strict. Afin de couvrir sa fuite, elle prend en otage son fils, Garett. Garett a 16 ans, il est introverti, usé déjà par les sévices paternels. Alors si au premier abord Ab le terrorise, elle finit par le fasciner. Leur voyage les mènera jusqu’aux racines d’Ab, et à la liberté de Garett. Mais tout a un prix.

Tenpenskoi ?
Sur le papier, c’est une super idée, nous raconter la vie badass d’une meuf badass, qui se conduit comme un mec, s’habille comme un mec, boit comme un mec. La nana qui gagne sa place au comptoir, dégaine plus vite que son ombre. Celle qui va ouvrir les yeux d’un tout jeune gamin et lui offrir la liberté. Ouaip, sur le papier c’est chouette. Et je dirais même que je n’ai pas détesté la fin, ce dernier quart de roman où tout s’emballe, où les personnages se révèlent, où ça tire, ça se bat, ça s’enfuit. Chacun courant vers son destin.

Mais et les 3 premiers quarts ? me demanderas-tu. Bah c’est… long en fait. Toutes les trois lignes, on te montre à quel point Ab est une femme forte, habillée en mec, solitaire, cachant ses sentiments. Et non seulement on te le fait comprendre, mais en plus, comme on est sur le point de vue subjectif du personnage de Garett, qui la trouve trop forte, bah on nous le dit. Et on nous le répète encore et encore. Ce roman, c’est un motel à Vegas avec un panneau clignotant qui dit « ceci parle d’une femme forte ». Au final, les personnages sont trop peu développés à mon goût, il ne se passe pas grand-chose, sauf à la fin, et cette initiation à la vie, cette leçon qu’une femme devait apprendre à un tout jeune garçon, et que j’attendais tant, bah je l’ai pas eue. Si, il a appris à tirer. Et même pas avec la nénette, avec un pote à elle. Bref, on a trop martelé le message, et le tout manque de subtilité mais pas de longueurs… c’est dommage, l’intention était honorable, ça manque juste d’approfondissement… j’ai trouvé ça bien mais pas top.

Pour info :
éditions PKJ.,  224 pages, 16,90€

Publié dans Bouquinade, Roman

L’Appel de la forêt (Jack London)

Ami du jour, bonjour !

Il y a quelques temps, nous sommes allés au cinéma, Chéri, mes parents et moi, pour se mater L’Appel de la forêt. J’étais pas franchement chaude parce que Jack London me fait un peu peur, je pensais que ça serait contemplatif… Mais l’amour de maman pour Harrison Ford l’a emporté. Ce que Mère veut… Et j’ai adoré le film en fait ! À tel point que je voulais presque adopter un chien, alors que je déteste les chiens ! Du coup, vu la taille du bouquin, je me suis dit « qu’à cela ne tienne, je vais me l’écouter, c’est pas bien long » (merci Audible).

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Sarakontkoi ?
Buck est un chien de salon. Bien charpenté, aimé de ses maîtres, fier de sa position… or, dans le grand Nord, les chercheurs d’or paieraient cher pour un chien comme lui, assez fort pour tirer les lourds traîneaux dans la neige. Il se fait kidnapper (ou dognapper ?) et est embarqué malgré lui dans la plus grande aventure de sa vie ; de travail rude en maître violent, en passant par de paisibles marchands, Buck apprendra à renouer avec ses racines, avec son instinct, et entendra un appel qui vient du plus profond de lui. L’appel de la forêt.

Tenpenskoi ?
Je ne sais pas si avoir vu les images magnifiques du film y a fait (c’est probablement le cas), mais ce livre m’a fait l’effet un courant d’air revigorant. Je vous le disais dans un de mes derniers billets, en ce moment, j’aime ce qui me parle de grands espaces, de nature, d’instinct. Et là, on est pile poil dedans. London adopte le point de vue d’un animal, qui pense, réagit. Qui observe. On est sans arrêt en mouvement avec Buck, tantôt sur les routes enneigées du courrier, tantôt dans les forêts des cimes. Bref, on ne s’ennuie pas. J’ai d’ailleurs suggéré ce livre à un jeune collégien qui l’avait sur la liste que lui avait donnée sa prof. Lui qui n’aimait pas lire, il s’est laissé emporter, c’est dire !

L’édition que j’ai prise (la version audio d’Audible, qui proposait gratuitement des classiques sur une courte période) comporte également un épilogue de London, expliquant sa démarche. Il s’y défend face au président Roosevelt et John Burroughs, naturaliste de son état, qui l’accusent d’être un « maquilleur de la nature » prêtant aux animaux un instinct mais surtout une intelligence que Rossevelt et Burroughs nient. Toute sa réflexion sur le fait que les animaux raisonnent est extrêmement intéressante. C’est ce genre de considération, parmi beaucoup d’autres, qui a probablement mené à l’évolution du statut juridique, inscrit au Code Civil, que nous accordons depuis le 17 février 2015 à nos compagnons : l’animal est officiellement reconnu comme « un être vivant doué de sensibilité » et non plus comme un « bien meuble ». Du coup, quand on comprend la portée du roman, on y voit autre chose, et je pense le relire un jour avec le filtre de cette réflexion en tête. Bref, à lire, à relire, c’est court, c’est génial, ça cause de nos compagnons à poils… et allez voir le film, il vaut le coup !

Pour info :
Le livre de poche jeunesse, 192 pages, 4,95€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique), Policier / Thriller

Les Sept Morts d’Evelyn Hardcastle (Stuart Turton)

Ami du jour, bonjour !

Je te l’ai dit, en ce moment, je lis très lentement, et je m’endors quand je lis 3 pages. Heureusement, j’ai mon compte Audible, et je peux écouter mes romans dans la voiture… Celui-ci m’a été chaudement recommandé par ma collègue Camille (si chaudement que je l’ai commandé pour mon rayon à la librairie). Et voilà que j’ai passé mes après-midis à l’écouter !

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Sarakontkoi ?
Aiden Bishop se réveille au petit matin dans une forêt, amnésique, dans un corps qui n’est pas le sien, criant le nom d’une femme qu’il ne connaît pas. Il ne se souvient même pas de son propre nom. Il croise un personnage masqué qui l’informe que cette journée se répétera 7 fois, et qu’il la vivra dans le corps de 7 hôtes différents. Son objectif : trouver qui a tué Evelyn Hardcastle, et ce avant les autres hôtes envoyés dans la demeure de Blackheath, et bien entendu, avec la fin du 7e jour. Alors seulement, il sera libéré de cette boucle infernale et retrouvera ses souvenirs. Mais les apparences sont trompeuses et il se peut que son enquête l’entraîne sur un terrain qu’il ne souhaitait pas arpenter…

Tenpenskoi ?
Comme je l’ai expliqué au début de ce billet, ce roman m’a été conseillé par ma collègue, à la suite de quoi je l’ai commandé pour mon rayon. Et c’est en le recevant et en voyant cette magnifique couverture bleu nuit et fer à dorer (ça brillait quoi) que j’ai subitement eu envie de le lire. Mais j’avais peu de temps et une PAL qui ne désemplissait pas, bien au contraire. J’ai donc fait ce que je fais dans ce genre de situation : chercher la version audio, afin de pouvoir l’écouter en faisant autre chose.

Et je n’ai pas été déçue ! On peut se dire qu’une journée qui tourne en boucle, c’est long. Et répétitif. Aucunement, vous répondrai-je. Parce que des incidents qui se produisent au début du livre et qu’on ne comprend pas prennent tout leur sens au fur et à mesure de la lecture. Ce qui est dangereux avec ce genre d’exercice, c’est que l’auteur peut vite se perdre dans sa propre chronologie, semer des détails qu’il ne réutilisera pas (ce qui frustre le lecteur) et laisser des incohérences. Ici, chaque détail a son importance, et si le « pourquoi » du meurtre a au final peu d’importance (et n’a selon moi rien d’extraordinaire), on se laisse emporter par ce qui n’est au départ qu’un jeu de piste mais se termine en course haletante contre la montre.

Il y est question de faux-semblants bien entendu, mais aussi de rédemption, de choix, et de destin. C’est une ambiance à la Agatha Christie (et je ne parle jamais d’Agatha à la légère), un récit intelligent, du genre qui cache son jeu. C’est une façon originale d’aborder le polar, et un chouette puzzle. Bref, tout comme Camille, je ne saurai que trop vous conseiller la lecture de ce délicieux polar…

Pour info :
Grand format : éditions Sonatine, 544 pages, 22€
Poche (dispo le 4 juin 2020 si le confinement le permet et que la date n’est pas repoussée) chez 10/18, 9,10€

Publié dans BD, Bouquinade

La tête dans les étoiles (Jen Wang)

Ami du jour, bonjour !

Je t’avais dit qu’on allait parler BD, premièrement parce que j’avais envie de BD ces derniers temps, et secondement parce que j’ai une flemme internationale de lire des romans en ce moment (enfin, j’en écoute et je lis un peu dans mon dodo, mais trèèèèès lentement). C’est donc avec une BD que je reviens te voir. Et quelle BD !

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Sarakontkoi ?
Christine est une adolescente chinoise très calme et posée. Sa famille, très impliquée dans la communauté chinoise d’une petite ville des États-Unis, décide un jour de venir en aide à une mère célibataire et sa jeune fille, Moon, du même âge que Christine. Moon est aussi excentrique, créative et passionnée que Christine est calme, posée et studieuse. Entre les deux adolescentes naît une amitié qui les changera à jamais.

Tenpenskoi ?
Je tiens à dire que le résumé en 4e de couv’ m’a perdue. On y parle d’êtres célestes, d’une autre planète… Et s’il est vrai que Moon évoque ses amis invisibles dans le récit, ce n’est pas du tout ce que pourrait penser le lecteur. D’ailleurs, ce résumé alambiqué est en partie responsable de mon refus de lire cette BD d’une autrice/illustratrice que j’avais pourtant adorée après Le Prince et la couturière ! Pour le coup, un big up au résumé Amazon qui rattrape un peu celui du bouquin.

Mais que voulez-vous, j’ai fini par me laisser convaincre, curiosité oblige, et je dois avouer que je ne suis absolument pas déçue ! Le dessin de Jen Wang, si épuré, laisse toujours autant de place à l’émotion. Rien n’est surfait, rien n’est de trop. Le trait et la couleur sont doux et portent magnifiquement cette histoire d’amitié.

Quant à l’histoire, elle est en partie inspirée de celle de l’autrice. Les liens qui unissent ces communautés, ces familles, et surtout ces deux jeunes filles, sont précieux. Et s’il est parfois question d’élans passionnels, de chamailleries et de jalousie, c’est toujours le positif que l’on retient. J’ai même versé une petite larme. Bref, de 7 à 77 ans, et même après, lisez La Tête dans les étoiles.

Pour info :
éditions Akileos, 218 pages, 19€

Publié dans BD, Bouquinade

Thérapie de groupe (Manu Larcenet)

Ami du jour, bonjour !

Causons peu, causons bien, causons BD. Je te l’ai dit, je me suis fait, avant le confinement, une petite razzia du côté de nos amis les livres à phylactères (et si tu vois pas de quoi ça s’agit, je te propose un petit tour par ici). Je vais donc continuer de publier régulièrement sur le sujet. Et celui du jour m’est tombé dans les mains à la suite de de La Grande Librairie consacré à mon héros, Daniel Pennac. Le rapport entre Pennac et la BD (en dehors, merci ceux qui suivent, du petit trésor dont nous avons parlé il y a quelques semaines) ? C’est l’invité de l’émission, Manu Larcenet, qui est venu parler de son travail.

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Sarakontkoi ?
Manu Larcenet aime se mettre en scène dans ses BD. Enfin, lui et sa bipolarité. Ici, tout part d’une interview avec un journaliste à la radio, et de la question qu’il lui pose : quelle est votre prochaine idée ? De là part toute une réflexion, à la limite de la folie, sur l’inspiration, la naissance des idées, et surtout, la poursuite de l’idée du siècle…

Tenpenskoi ?
Bien qu’il m’arrive de ne pas être sensible à l’humour, et en particulier à l’humour noir, en BD, j’avoue que j’ai été captivée par la réflexion. En dehors du traitement complètement loufoque et borderline du sujet, Manu Larcenet nous expose un point crucial : la création demande du travail, des heures de réflexion, de doute, des pages blanches arrachées. Si certains peuvent vous pondre un livre par an, un tableau par jour, une symphonie par semaine, tant mieux pour eux. Mais la majorité de ces génies que l’on acclame s’arrache les cheveux, pleure sur son nouveau document Word intitulé Nouveau document Word, dont la page est aussi vierge qu’une nonne tout juste ordonnée.

Mélangez cet enfer créatif avec les troubles bipolaires dont l’auteur souffrait, et ça donne un sacré bazar ! De délires psychédéliques en désespoir profond, Manu Larcenet nous emporte dans un processus créatif très éloigné des paillettes illusoires du showbiz littéraire, là où le créateur, l’artiste, vend son âme à son œuvre et oscille entre génie et folie. C’est drôle, et c’est vrai. J’ai aimé.

Pour info :
éditions Dargaud, 56 pages, 15€

Publié dans Bouquinade, Roman

Dans les branches (Emmanuelle Maisonneuve)

Ami du jour, bonjour !

Dans le présent billet, je reviens à mes premières amours, la littérature dite « de jeunesse » (parce qu’en vrai, on peut tous la lire), avec un titre conseillé par ma responsable. J’ai mis un peu de temps à m’y mettre, mais bon, comme c’est ma chef, et que c’est toujours bien de pouvoir échanger avec son/sa chef, bah je me suis dit « go ma petite, faut t’y mettre ». Et m’y voilà.

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Sarakontkoi ?
Mo est un adolescent de 14 ans, passionné par son jeu vidéo en ligne, Endof World. Solitaire, il vit sa vie dans un monde virtuel. Alors que sa mère, suite à un accident de voiture qui l’a partiellement handicapée, décide de retourner dans sa région natale auprès de son frère, Mo va vivre une expérience qui changera sa vie : il se perd dans les bois. Terrorisé, il sera persuadé d’être poursuivi par un troll, un vrai troll, comme dans Endof World. Un troll qui lui sauve la vie ? Mo n’aura alors de cesse de trouver la vérité… et de se trouver lui-même.

Tenpenskoi ?
Sincèrement, à la lecture des première pages, j’ai été déroutée… Disons que d’habitude, les registres trop familiers à base de contractions, de négations incomplètes (hors dialogue), toussa toussa, ça me gonfle. Et là, BOUM. Pas du tout ! L’écriture est cohérente avec le personnage, sans en faire trop. Un bon point pour l’autrice donc.

Je continue ma lecture, persuadée qu’il s’agira d’un roman fantasy ou un peu fantastique. Et là, BIM, pas du tout. Je ne veux pas en dire trop, parce que je pense, tout comme ma responsable, que chaque lecteur doit faire son bonhomme de chemin aux côtés de Mo. Mais laisse-moi te dire que j’ai été retournée. J’ai tour à tour été furieuse, attendrie, triste. J’ai été menée en bateau, et j’ai aimé ça. Malgré le côté très ouèch que se donne le texte, il parviendra, j’en suis certaine, à emballer petits et grands. Et quelle intelligence dans l’écriture ! Partir d’un récit centré sur les MMORPG (jeux vidéos en ligne) et parvenir à attirer le lecteur vers le personnage, puis vers son environnement physique, c’est du génie ! Bref, à mettre entre toutes les mains. Et pis, ça m’a bien donné envie d’une bonne balade en forêt moi !

Pour info : 
Le Livre de Poche, 352 pages, 6,90€

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Le Cercle du dragon-thé (Katie O’Neill)

Ami du jour, bonjour !

Tu l’auras compris (et tu le verras probablement sur mes prochains billets) je suis dans une période bande-dessinée. J’ai envie de bouquins qui se lisent vite, avec de jolis illustrations, mais pas des albums. Ergo : la BD. Et celle-ci, je l’ai attendue un bout de temps… toute une aventure, je te jure. Mais y’a un mais…

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Sarakontkoi ?
Dans un univers féerique, peuplé de faunes, de dragons et d’hommes, Greta apprend le métier ancestral de forgeron. Un jour, elle rencontre un drôle de petit dragon qui semble s’être échappé de la boutique de thé, à la limite de la ville. En l’y rapportant, elle fait la connaissance d’Hesekiel, Erik et Minette, qui élèvent et soignent les dragons-thé. Mais ces soigneurs sont de plus en plus rares, et Greta décide d’apprendre elle aussi à soigner ces créatures mystérieuses.
Tenpenskoi ?
Alors, pour le coup, j’ai du très bon, et du moins bon. Pour commencer, le très bon : le dessin est sublime, c’est craquant de mignonnerie, c’est coloré, c’est des bonbons à la bergamote qui fondent sur la langue. J’aime aussi beaucoup l’univers, cette idée que les feuilles qui poussent sur les cornes des dragons-thé renferment les souvenirs qu’ils partagent avec leur soigneur. Bref, toute la mythologie est vraiment sympa et originale, pour ce que j’en connais. L’autrice met aussi un point d’honneur à souligner l’importance du passage de savoir faire, ici dans le soin du dragon-thé ou dans la forge et la ferronnerie, mais en général aussi. Perso, je trouve que ce sont des messages nécessaires à faire passer aux jeunes générations.

Ceci dit, même si pour toutes les raisons énumérées au-dessus, j’ai apprécié ma lecture, j’avoue que deux choses m’ont gênée. Premièrement, j’ai trouvé l’histoire un peu courte : l’univers a l’air super riche, c’est dommage qu’il ne soit pas plus développé. Ou alors, il faut supprimer l’histoire des personnages secondaires, parce que soit on m’en dit trop, soit pas assez. Bon, disons que c’est pour un jeune public, et que ça suffit.

La seconde chose qui m’a fait hérisser le poil, c’est un problème de relecture / correction de la dernière partie de la BD (extraits du Guide du dragon-thé) : des coquilles orthographiques, grammaticales, et parfois même, des mots qu’on a oublié de supprimer en modifiant la phrase. Sans compter que la traduction, je suis désolée, laisse à désirer sur cette partie — autant dans les dialogues, ça passe parce que c’est court, autant dans un texte plus long… Outre les coquilles, certaines tournures sont à peine correctes et le texte pue la traduction à plein nez. C’est très dommage ! C’est comme si on me donnait Brad Pitt, mais que quand il ouvrait la bouche, il s’avérait bête comme ses pieds. Bref, lecture en demi-teinte, et comme mon Brad Pitt un peu neuneu, je l’exposerai, pour faire joli… 😦

Pour info :
Bliss comics éditions, 60 pages, 15€

Publié dans BD, Bouquinade

Un amour exemplaire (Daniel Pennac / Florence Cestac)

Ami du jour, bonjour !

Nouvelle lecture, et une fois n’est pas coutume, il s’agit d’une bande dessinée. Et pas n’importe laquelle ! Un scénario de Pennac (pour lequel vous connaissez mon amour) ! Figurez-vous que je n’aurais jamais su que cette BD existait si la médiathèque de mon quartier — dont je n’ouvre jamais les newsletters, mais là, si — ne m’avait pas envoyé un rappel pour m’inscrire à une rencontre avec — attention — M. Pennac himself ! Peu m’importait la raison pour laquelle il passait dans notre patelin, il était impératif que je participe à cette rencontre. Il s’avère qu’il s’agissait d’un échange avec des collégiens autour de ladite BD et du spectacle qui en a été tiré. Joué par un couple d’acteurs au top, accompagné de Pennac, et Cestac…

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Sarakontkoi ?
Pennac nous raconte l’histoire d’un couple atypique qu’il a connu dans son enfance, un vieux couple sans enfant. L’époux, un aristo déshérité amoureux des livres, a tout abandonné pour la couturière qui confectionnait la robe que sa mère devait porter à son mariage. Ils ont vécu toutes sortes d’aventures avant de faire leur nid dans la maisonnette d’un gardien de domaine. C’est là que le jeune Daniel a fait leur connaissance tout gamin.

Tenpenskoi ?
Sincèrement, j’ai beaucoup de mal à discerner la BD de la pièce, que je suis allée voir du coup. Cette BD est écrite du point de vue d’un enfant, le jeune Daniel Pennac, qui voue un amour inconditionnel à ses voisins, les Bosignac. Entre intrigues de village (est-ce que Bosignac triche aux cartes ?) et histoires extraordinaires (Mme Bosignac enlevée par son père après son mariage et j’en passe), ce livre, plein de tendresse, trace le portrait du bonheur. Pas le tout beau, pas le parfait, mais le vrai.

Et comme d’habitude, quand c’est Pennac qui raconte, dans la BD comme sur scène, c’est doux, c’est frais, et ça donne à réfléchir. Le spectacle se détache de la BD, selon les mots de l’auteur, en ce que le point de vue n’est plus celui du gamin qui vit cette histoire, mais celui des Bosignac, qui regardent avec une tendresse cet enfant s’attacher à eux, eux qui n’ont pas pu donner la vie. C’est un mélange de scènes entrecoupées de narration, relevées par le dessin, en direct s’il vous plaît (à la manière d’une lecture dessinée pour ceux qui connaissent) de Florence Cestac. Et en cela, les deux œuvres sont complémentaires. Du coup, lisez la BD, parce que c’est drôle, touchant et très vrai. Et puis, si d’aventure il passait par chez vous, allez voir le spectacle, parce qu’il vaut le détour !

Pour info :
éditions Dargaud, 64 pages, 15€

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Le Bal des folles (Victoria Mas)

Ami du jour, bonjour !

Je te cause aujourd’hui de ma lecture du Renaudot des lycéens 2019, écrit par la fille de Jeanne Mas. Un premier roman. Et comme beaucoup de premiers romans, je lui trouve du bon, et du « peut mieux faire ».

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Sarakontkoi ?
1885. Eugénie est une jeune fille de bonne famille réduite, comme toutes les jeunes filles de sa condition, à un sage silence qu’elle n’accepte pas. Geneviève est infirmière depuis 20 ans à la Salpêtrière, le fameux hôpital de Paris où l’on interne les folles. Leurs destins vont se croiser lorsque Eugénie, qui avoue à sa grand-mère qu’elle peut voir et entendre les esprits, est internée par son père, qui la renie. C’est à travers le regard de ces deux femmes que nous découvrirons les conditions et les raisons d’internement de celles que l’on nomme « folles », souvent plus par commodité que pour de réels motifs…

Tenpenskoi ?
Pour être honnête, j’attendais beaucoup de ce roman. Déjà parce qu’il avait reçu un prix assez prestigieux, et parce que j’ai trouvé le sujet extrêmement intéressant. Je savais déjà qu’à une certaine époque, on enfermait les femmes à l’asile parce qu’elles avaient des opinions, parce qu’elles avaient été violées et qu’on voulait les faire taire, ou simplement parce qu’elles refusaient d’adopter un comportement dit normal. La colère, la joie, la peur, le désir sexuel, tout pouvait les mener dans ces hôpitaux où l’on faisait Dieu sait quelles expériences sur elles.

De ce point de vue, même si l’on apprend l’histoire de quelques femmes, et que l’on suit leur évolution, j’ai trouvé le roman léger. J’aurais aimé qu’au lieu de me décrire 2 séances d’hypnose et une scène d’attouchements peu scrupuleux de la part d’un médecin, on m’en dise plus sur les recherches faites à l’époque, sur les combats, peut-être, menés par des hommes et des femmes. On me parle de Charcot, de ses séances d’hypnose, certes, je comprends où on veut m’emmener en tant que lectrice. Mais ça reste trop en surface. Quant à cette histoire d’esprits, qui s’avère être réelle, même si elle m’a touchée, je n’ai pas vu ce que l’autrice voulait en faire, si ce n’est un prétexte à l’enfermement, puis à la libération.

Un mot rapide sur quelques erreurs de concordances de temps (il est dangereux de jouer avec le présent et le passé de narration, parce que la concordance des faits antérieurs doit se faire soit au passé composé, soit au plus-que-parfait, pas au passé simple… petit souci de relecture sur ce point…)

En bref, ce roman m’a laissée sur ma faim. J’aurais aimé voir certains aspects être plus développés, qu’on m’en apprenne plus sur les mœurs, les combats de l’époque, qu’on me situe le livre dans la grande Histoire et pourquoi pas qu’on l’y mêle… Bref, une lecture très sympa, je ne peux pas le nier, mais qui a manqué d’un je-ne-sais-quoi.

Pour info :
éditions Albin Michel, 256 pages, 18.90€

Publié dans Bouquinade

Le Consentement (Vanessa Springora)

Ami du jour, bonjour !

J’ai repoussé un peu l’écriture de ce billet, parce que le livre dont je vais te parler est assez difficile à classer, et ensuite, à aborder. Déjà parce que ce n’est pas une littérature sur laquelle j’ai l’habitude de m’arrêter. Ensuite parce que le sujet est extrêmement délicat…

consentement

Sarakontkoi ?
Dans ce texte, Vanessa Springora nous raconte comment, à 14 ans, elle est tombée amoureuse de l’écrivain Gabriel Matzneff, de 35 ans son aîné. Comment elle a vécu sous cette emprise. Comment elle s’est retrouvée seule face aux doutes qui sont nés après les débuts. Comment elle a rompu. Comment elle a dû réapprendre à vivre, et à aimer.

Tenpenskoi ?
Y a-t-il quoi que ce soit à penser de tout ça ? C’est une expérience extrêmement personnelle que nous raconte l’autrice. Personnelle, mais de la plus haute importante pour la Chose Publique. Parce que nous avons besoin de ces petits bouts d’histoires personnelles pour comprendre, appréhender, et corriger des comportements comme celui de M. Matzneff.

Pendant toute sa vie de jeune femme, Vanessa Springora a été vampirisée par un homme égocentrique et narcissique, qui n’apprécie son reflet que dans le sein juvénile des adolescentes, ces jeunes femmes non encore « hystériques et désabusées », comme il le dira à Pivot en 1990. Un homme qui lui aura volé son image et sa personne pour en faire un personnage de fiction de sa propre vie, qu’il peut manipuler. Qui l’aura déconstruite pour la reconstruire à l’image qu’il aime : la docilité, la servilité. Parce que c’est ce qu’il a fait : sous de jolies phrases et un style travaillé, Matzneff a longtemps, et impunément, fait publier ses journaux où il relatait ses aventures pédocriminelles, avec de jeunes lycéennes, mais aussi avec de très jeunes garçons lors de ses voyages « exotiques ».

Au cours d’un long combat contre elle-même, contre la société des gens lettrés qui, sous couvert de créativité et d’art, commettent des actes plus que répréhensibles, Vanessa Springora a pu enfin prendre la plume pour se libérer des chaînes qu’on avait forgées pour elle. Pour à son tour enfermer Matzneff dans un livre. Sans haine, sans colère, et en évitant les écueils du pathos bien souvent symptomatiques de ce genre de récit, elle relate ce qu’était son quotidien auprès de cet homme. Bref, je ne l’ai pas lâché, et pour le coup, le bouquin a fait mouche. Je ne saurais que le recommander.

Et pour mettre tout ça en relief, l’interview que Pivot avait faite de Matzneff => ici.

Pour info :
éditions Grasset, 216 pages, 18€