Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

La Maison Chapelier (Tamzin Merchant)

Ami du jour, bonjour !

Aujourd’hui, on se tourne vers la littérature jeunesse avec un roman qui m’a été envoyé par Gallimard Jeunesse. Le bouquin sort demain, et si tu traines un peu se les réseaux ce soir, tu auras un avant goût de ce qui t’attend ! Entre magie et aventure, la promesse est-elle tenue ?

Sarakontkoi ?
Dans le monde de Codelia Chapelier, l’artisanat renferme une étincelle de magie, présente en chacun de nous. Cette magie est transmise à travers les créations des artisans (chapeaux, gants, capes, bottes et autres montres et cannes) à celui qui les porte. Le père de Cordelia a disparu en mer alors qu’il était parti chercher une plume très rare pour le chapeau du roi. Cordelia, persuadée que son père n’est pas mort, compte bien le retrouver, même si pour cela, elle doit déjouer les complots qui menacent la Cour d’Angleterre.

Tenpenskoi ?
Pour commencer, et comme je l’ai mentionné sur Instagram, j’ai toujours très peur des romans destinés à cette tranche d’âge. Je trouve que beaucoup d’auteurs qui écrivent sciemment pour les jeunes, en particulier pour les 10-13 ans, ont tendance à infantiliser leur lectorat, et à nous pondre des romans que je qualifie de « sautillants » (parce que j’imagine toujours une gamine avec des couettes, une petite jupe et une sucette qui sautille en chantonnant). Bref, ça se veut loufoque et gai… mais avouons que parfois, c’est trop.

Ici, je ne cacherai pas que le roman est un peu sautillant. Pas au point de me faire soupirer d’agacement, c’est déjà ça. La volonté est clairement de créer un monde fantasque et coloré, et pour le coup, c’est réussi. L’intrigue est bien menée, et si l’un des gros méchants est grillé illico (parce qu’il est vraiment très méchant), il y a quand même un(e) des antagonistes qu’on avait pas vu venir. Le roman est parfois drôle, de temps en temps surprenant dans certaines thématiques qu’on croise l’air de rien et qu’on attendait pas, et là, c’est chapeau !

Mais j’avoue, je ne l’ai pas trouvé touchant. Et si l’aventure et l’enquête m’embarquent, j’ai du mal à éprouver une quelconque empathie pour cette fillette. Je parviens à être en colère avec elle, à rire avec elle, mais pas à ressentir sa tristesse suite à la perte de son père. La faute à des personnages un peu survolés. Et c’est ce maque de profondeur que je reproche justement aux romans 10-13. On fait la part belle aux intrigues, pour garder le lecteur éveillé, mais pour le reste, développer un personnage est visiblement perçu comme secondaire. Ce qui fait que ces petits gars, c’est plutôt des fonctions (le rigolo, le peureux, l’ami, le combatif, etc.) que de réelles personnalités. Donc ça ne me touche pas.

On ne pourra pas enlever au roman son style et sa traduction, c’est du beau travail. Vocabulaire recherché, jeu sur les sonorités et les rythmes. Non, vraiment, de ce côté, c’est un gros plus ! Une bonne lecture donc, surtout lorsque tout le complot se met en place et se dévoile, mais pas un coup de cœur, parce que j’aurais clairement aimé y trouver plus de profondeur.

Pour info :
éditions Gallimard Jeunesse (traduit de l’anglais par Marie Leymarie), 432 pages, 18€

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Grisha (Leigh Bardugo)

Ami du jour, bonjour !

Comme toi, j’en suis certaine (ou pas), j’ai dévoré la série Shadow & Bone sur Netflix, tirée des romans de Leigh Bardugo, Grisha et Six of Crows. J’ai donc, en libraire appliquée, décidé de les lire avant de bouffer tous les épisodes. Tu me connais maintenant, je lis comme un escargot. Tu sais donc que lire 5 romans de 400 pages en moyenne, c’est pas de la tarte pour moi. Mais je l’ai fait. Tu connais mon avis sur Six of Crows. Voilà ce que j’ai pensé de Grisha.

Sarakontkoi ?
Depuis des siècles, le royaume de Ravka est coupé en deux par le Fold, une sorte de no man’s land fait de ténèbres, habité par des monstres cruels. Alina Starkow découvre par accident qu’elle est une Grisha, un être capable de manipuler les éléments, la lumière dans son cas. Sa vie bascule alors qu’elle doit rejoindre les autres Grishas à la cour, afin d’y être formée. Elle est la seule à pouvoir aider le Darkling, un lointain descendant du puissant Grisha qui a créé le Fold, à détruire cette atrocité qui affaiblit son pays. Mais les apparences sont trompeuses et Alina devra prendre en main son destin.

Tenpenskoi ?
Mettons-nous d’accord, je vais te donner un avis sur la trilogie complète, puisque je l’ai lue d’une traite. Je connaissais déjà la plupart des retournements de situation du premier tome, puisque j’avais regardé la série (et qu’en ayant lu Six of Crows, j’avais une vague idée de ce que pouvait être la fin). Ceci dit, la lecture du premier tome fut agréable. L’univers est inventif, j’ai bien du mal à le rapprocher d’un concept que je connais déjà. Le roman ne se situe pas dans notre monde mais dans ce qui pourrait s’apparenter à la Russie du début du XXe (vêtements, langage, armement, nom des personnages et des lieux). La touche de fantastique est appelée « petite science », ce qui rapproche l’ambiance du steampunk (oui, c’est très léger, on est d’accord) et la magie à proprement parler, le Merzost, est diabolisée et considérée comme contre nature.

Donc l’ambiance, l’univers, c’est cool, vraiment ! Il en est tout autrement pour les personnages, que j’ai trouvés indécis, stéréotypés à faire pleurer, et franchement bêtes par moment. La petite nana toute fragile qui se dévalorise et se sous-estime constamment, au cœur d’un triangle amoureux. Le beau gosse un peu trop con et trop fier pour avouer ses sentiments (ou qui les refoule « pour son bien »)… bref, le couple star, tu as juste envie de le tarter. Quelques personnages secondaires auxquels je veux rendre hommage (big up les gars… et les meufs) : Bagrah, la vieille sorcière aigrie et clairvoyante, Nikolaï, le prince qui a un peu trop la confiance, mais une foi inébranlable en ses combats, et le Darkling, qui se bat avec les mauvaises armes, mais pour de bonnes raisons. Ces personnages sont les prémices des chefs-d’œuvre de Six of Crows.

En termes de rythme, en revanche, je ne comprends pas ce qui est passé par la tête de Leigh Bardugo. Les tomes 2 et 3 sont bieeeeeeeen trop longs ! Ca tourne en rond, encore et encore. C’est simple : il aurait fallu faire une coupe nette sur les deux derniers tiers du tome 2 et la première moitié du tome 3. En bref, proposer une duologie plutôt qu’une trilogie, qui souffre clairement de péripéties de remplissage qui n’étoffent même pas les personnages. C’est visiblement une leçon qu’a retenue Leigh Bardugo pour Six of Crows (oui, encore). Et si certains haineux (oui oui, on vous voit les gens) te diront que ça finit trop bien, c’est qu’ils n’ont pas la mesure des sacrifices qu’ont dû faire chacun des protagonistes. Le pire, c’est que le style est franchement correct ! Fluide sans être une pépite de lyrisme et de poésie, il se prête très bien à la narration. Pour conclure, est-ce que je te recommande la lecture de Grisha ? Oui, c’est dommage de passer à côté de cette chouette aventure. Mais sincèrement, lis en diagonale la seconde partie du tome 2 et la première partie du tome 3.

Pour info :
INTÉGRALE : éditions France Loisirs, 1152 pages, 21,50€

Tome 1 : éditions Milan (trad. Nenad Savic), 352 pages, 15.90€
Tome 2 : éditions Milan (trad. Anath Riveline), 448 pages, 16.90€
Tome 3 : éditions Milan (trad. Anath Riveline), 416 pages, 16,90€

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Six of Crows, T1&2 (Leigh Bardugo)

Ami du jour, bonjour !

Tu le sais maintenant, je tiens à terminer autant que faire se peut les séries de romans avant de te les présenter, au risque de ne te présenter qu’un tome 1. Je te parle donc d’une duologie que j’ai terminée il y a plusieurs semaines maintenant (oui, parce que je voulais la terminer avant la sortie de Shadow & Bones sur Netflix).

Sarakontkoi ?
Kaz Brekker, alias Dirty Hands, est un petit voyou influent du Barrel, un quartier mal famé de Ketterdam. Premier sur tous les coups juteux, il n’hésite pas à accepter une mission suicide que lui propose un riche marchand : délivrer un homme du Palais des Glaces, une forteresse imprenable au cœur du royaume Fjerdan. Et ce n’est pas n’importe quel homme : il s’agit d’un scientifique qui a inventé une drogue permettant d’amplifier dangereusement les pouvoirs des Grishas. À mission exceptionnelle, il faut une équipe exceptionnelle. De plans risqués en coups foireux, jusqu’où iront Dirty Hands et sa bande pour mener à bien leur mission ?

Tenpenskoi ?
Au début ? Ouille ! Quand tu entres dans un univers dont tu n’es pas familier en passant par l’entrée des artistes, tu te sens un peu paumé. Personnellement, je n’avais pas lu la trilogie Grisha, donc je n’avais aucune idée de ce qu’était un Grisha, des enjeux politiques et économiques, des luttes de pouvoir. Ceci dit, avec un peu de déduction, et de quoi remplir les blancs, je suis parvenue à percer les mystères de l’univers qu’a créé l’autrice et à avancer sereinement dans ma lecture.

Une fois ce constat établi, que vaut le texte ? Ma foi, j’ai adoré ! Mais vraiment ! J’entendais beaucoup parler de Leigh Bardugo, pour Grisha, certes, mais surtout pour son roman plus « adulte », La Neuvième Maison, paru chez De Saxus. Je me suis rendu compte au fil de mes lectures que SoC est un roman qui ne prémâche pas tout, et laisse l’espace au lecteur pour faire son propre cheminement. Le style est fluide sans être complexe (bien meilleur que celui de Grisha pour ceux qui l’ont lu, moins… naïf, dirais-je). Les retournements de situation m’ont laissée sur le cul pour la plupart, que ce soit dans le tome 1 ou le tome 2 (dont les enjeux sont différents).

Mais ce qui a terminé de me conquérir, c’est l’intelligence avec laquelle l’autrice a écrit ses personnages. Attachants, caractériels, incisifs, ils ont tous une personnalité propre, un passé sombre. Par dessus tout, ils ont de la ressource ! Le roman rebondit chaque fois qu’un plan foire, on a l’impression de le voir sautiller agilement de péripétie en péripétie, un vrai travail d’acrobate ! Et, mention spéciale, c’est la première fois que je ne lève pas les yeux aux ciels en lisant des personnages féminins ! Ils sont tous parfaits.

Bref, tu l’auras compris, une vraie bonne lecture, de celles qui marquent. Une histoire portée par des personnages bien écrits et une intelligence émotionnelle notable. Un gros kiff !

Pour info :
Tome 1 (traduit de l’anglais par Anath Riveline) : éditions Milan, 576 pages, 17,90€
Tome 2 (traduit de l’anglais par Anath Riveline) : éditions Milan, 672 pages, 18.90€

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La carte des confins, T1 (Marie Reppelin)

Ami du jour, bonjour !

Si tu me suis sur les réseaux, tu sais que la chronique que tu t’apprêtes à lire risque de faire mal. Encore une fois, c’est un avis personnel basé sur mes goûts…

Sarakontkoi ?
Blake, jeune et fougueux capitaine pirate respecté et craint de tous, est à la recherche d’un compas magique censé le conduire vers ce qu’il désire le plus : la carte des confins. Callie, jeune et fougueuse voleuse (oui, le parallèle est répétitif, et assumé), est en possession dudit compas. Leurs chemins étaient destinés à se croiser. Mais leur coopération risque d’être assombrie par de lourds secrets, bien enfouis dans leurs passés.

Tenpenskoi ?
Je suis navrée pour Marie Reppelin, qui par ailleurs semble être une personne charmante et une libraire passionnée. Mais j’ai détesté, haï, honni ma lecture. Ma première envie a été d’assassiner ce roman. Et si tu as suivi mes pérégrinations en story, tu le sais. Les exemplaires qui nous ont été envoyés par PKJ étant des épreuves non corrigées, le texte avait été très peu, voire pas du tout, travaillé. Grossière erreur. On ne peut pas demander au lecteur de passer par dessus autant de coquilles, d’erreurs de temps, de clichés et de répétitions. Ce serait comme de lui demander de traduire le roman instantanément. Et puis, HEUREUSEMENT, j’ai mis le nez dans la version définitive du roman, celle qu’on vend en librairie, et je dis merci à la vie, je chante la vie, je ne suis qu’amour, l’éditeur a fait un travail de fou avec l’autrice, et disons que ça passe mieux.

Pourquoi donc n’ai-je pas aimé ce roman ? Pour plusieurs raisons. Et je commence par le style que je qualifierai d’inexistant. Ni meilleur ni moins bon qu’une liste de courses. Je sais que beaucoup d’entre vous me disent que le style n’est pas leur priorité tant que l’histoire est bien. Et si on veut aller par là, effectivement Hunger Games, Les Âmes vagabondes, ou encore Grisha même, n’étaient pas des chefs-d’œuvre de littérature, et ce sont pourtant des lecture que j’ai adorées. Alors quoi ?

Le second point qui m’a fait tiquer, c’est le développement de l’histoire. J’ai eu l’impression de lire un squelette de roman (c’est à dire une liste succincte et chronologique de toutes les péripéties) à peine étoffé. Rien, absolument rien, ne dure plus d’une page. Les abordages, les combats, les échanges entre les personnages, rien. J’ai eu l’impression d’assister au défilement d’une pile de diapos. D’ailleurs, rien n’a vraiment d’enjeu. Le bateau fait des aller-retours entre les ports pour chercher une carte, mais on ne comprend pas vers quoi elle mène (c’est quoi les confins, bordel ?). Les plans sont à peine élaborés, ou expliqués, et tout est la plupart du temps éludé par un « bref, tu comprends ce que je veux dire ». Euh, non. Aucune révélation n’en était vraiment une. J’ai senti qu’on ne voulait tellement pas me perdre qu’on a semé mon chemin de lectrice de cailloux fluos. Sauf qu’à trop nous montrer les rouages, on finit par ne plus croire à la magie. Et surtout, SURTOUT, on est loin de la règle du « show, don’t tell » (montre, ne dis pas). Tout est trop explicite, rien n’est vraiment subtil.

Et alors, parlons des personnages. Une belle rousse, fine et forte, et un beau brun ténébreux, qui se lancent LES MÊMES VACHERIES de « je t’insulte, mais en vrai, je te kiffe » tout le long du roman ! Ce n’est pas une romance. Rien n’évolue. Dès la première page, ils se tournent autour. Ce n’est un ennemies to lovers qu’en apparence, puisque clairement, comme on a un point de vue alterné entre les deux personnages, on le sait qu’ils se chauffent ! Du coup, tout le long du roman, c’est pareil. Il est grivois, elle est trop forte. Et j’utilise volontairement le mot « grivois », parce qu’on le voit littéralement toutes les 5 pages (je pense que ça fait partie des corrections qui ont été apportées, dites-le moi ceux qui ont lu la version définitive).

Bref, je voulais un roman d’aventure, une romance pourquoi pas, mais un peu de subtilité, et un peu de magie. J’ai eu un texte sans enjeu, un enchainement de péripéties à peine liées les unes autres autres, des révélations sans grande surprise et une jolie pile de clichés. Sans compter que j’avais la musique de Pirates de Caraïbes dans la tête tout le long, parce que le compas + la carte, ça fait beaucoup de références dans un seul roman quand même. Ca me peine d’autant plus que Marie a l’air, encore une fois, adorable et vraiment investie dans son histoire, et surtout très humble quant à son travail. Mais clairement, je ne suis pas la lectrice qu’il fallait à ce roman. Parce que j’en attendais plus.

Pour info :
éditions PKJ, 456 pages, 17,90€

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Trilogie : La Marque des anges (Laini Taylor)

Ami du jour, bonjour !

Finir une série entamée plusieurs années auparavant, ça me donne toujours une sensation de travail accompli. Non pas que la lecture soit une tare, mais tant qu’une série n’est pas terminée — et bien entendu SI j’ai choisi de la terminer — elle reste dans un coin de ma tête. Mettre fin à ce voyage entrepris il a parfois plusieurs années, c’est comme libérer de l’espace dans le petit disque dur qu’est mon cerveau. Bref, tout ça pour dire que je suis ravie de pouvoir archiver cette lecture et de la supprimer de la mémoire tampon, si tu suis le raisonnement…

Sarakontkoi ?
Karou, 17 ans, vit à Prague. Elle partage sa vie entre le monde que nous connaissons — ses cours à l’école d’Arts, ses amis — et son activité de coursière pour Brimstone, une chimère qui vit dans un univers parallèle au nôtre. Elle a toujours vécu ainsi, entre les mondes. Sa famille se compose de monstres mi-humains, mi-animaux. Mais lorsque son chemin croise celui d’Akiva, une sorte d’ange, elle commence à questionner son passé. Qui est-elle ? Pourquoi Brimstone la garde-t-il secrète ? Pourquoi Akiva lui semble-t-il si familier ?

Tenpenskoi ?
Pour commencer, si tu es observat.eur.rice, tu verras que je parle dans l’intitulé du billet d’une trilogie et qu’il n’y a sur la photo que deux livres. La raison en est simple : le 3e tome n’est jamais sorti en France. J’ai donc dû l’écouter en VO sur Audible, et je ne peux pas te montrer de visuel.

Pour ce qui est du texte, je te l’ai déjà dit, la première lecture, il doit y avoir 10 ans maintenant, m’a complètement transportée. C’était avant que l’autrice ne soit connue pour sa duologie Le Faiseur de rêves. J’avais trouvé, et je trouve encore, l’univers original. Le thème de la chimère revient assez peu en littérature, et le traitement qu’en fait Laini Taylor était — et est toujours — novateur. Je n’ai pas lu tous les livres du monde dans le monde, mais c’est mon ressenti. C’est un jeu avec les époques, un constant aller-retour entre le passé commun de Karou et d’Akiva, et leur combat présent. On ne va pas se mentir, le couple maudit, très roméo-et-juliettien (oui oui, je viens d’inventer l’adjectif), c’est du déjà vu. Mais c’est bien fait, c’est intense, et juste, c’est empreint de combats pour la paix, l’acceptation de ce qui est différent.

La construction du premier livre, notamment les révélations sur le passé de Karou, dont le flash-back prend une bonne partie du roman, a gêné beaucoup de lecteurs. Pas moi. J’ai trouvé tout ça très fluide. Alors oui, ça demande d’être un minimum attentif à ta lecture, mais franchement, comme le style n’est pas exigeant, c’est pas la mer à boire. Si le premier tome est clairement le meilleur pour moi, le second se défend pas mal, et le troisième, malgré quelques longueurs, conclut bien la trilogie. Un bémol sur une sous-intrigue qui s’ouvre en fin de tome 2, devient l’intrigue principale en milieu de tome 3 et se conclut un peu vite sur la fin de la trilogie. Bon, vu la longueur du 3e tome, on aurait effectivement pu un peu mieux doser tout ça. Cela dit, je garde une très bonne impression de ma lecture, et j’espère que Gallimard Jeunesse ne t’aura pas ressorti le premier tome en poche pour ne jamais te traduire la suite… d’ailleurs, je te pose un visuel de la nouvelle couverture juste en dessous, histoire que tu voies à quoi ça ressemble.

Pour info :
Fille des chimères, en poche (seule dispo à la vente actuellement), Gallimard Jeunesse, collection Pôle fiction, 528 pages, 8.70€

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Le Prince cruel (Holly Black)

Ami du jour, bonjour !

Allez, je suis prête à me faire taper sur les doigts, parce que je vais te causer d’un bouquin que je n’ai pas aimé, alors que les critiques ont été majoritairement dithyrambiques, et que certains attendaient même sa sortie en français depuis longtemps…

Sarakontkoi ?
Jude, sa sœur jumelle Taryn et leur demi-sœur Vivienne ont été enlevée enfants par le père de Vivienne, un cruel général fae, qui a tué leurs parents sous leurs yeux. Toutes deux humaines, Jude et Taryn doivent se battre chaque jour pour survivre à la cruauté de leurs camarades faes. Farouchement déterminée à prouver sa valeur, Jude n’hésite pas à défier le plus jeune prince du royaume, quitte à mettre les pieds dans un complot qui la dépasse et qui pourrait mettre tout le royaume en danger.

Tenpenskoi ?
Après l’avoir vu passer si souvent, avant même sa sortie en France mais surtout après avoir écouté les lectrices en pâmoison parler de la VO, j’ai décidé de donner une chance à ce roman. Une fois sur deux, c’est un désastre. Ici, c’est pas de chance, ce fut la cas.

J’ai trouvé le début tellement long ! On a compris que Jude était badass, qu’elle ne se laissait pas faire, qu’elle ne reconnaissait aucune autorité. Mais sur 1/3 du bouquin, c’est long. Et toutes ces intrigues qui s’entrecroisent, les faux-semblants, perso, je me suis complètement paumée ! Après, ce sont des intrigues de Cour donc, oui, forcément, c’est compliqué. Et puis, oui, c’est bon, j’ai capté que le prince était cruel, que toute sa famille l’était aussi. Que les faes étaient parfois très méchants. Mais franchement, me faire entrer l’info dans le crâne à coups de marteau, c’est un peu lourd. Même les relations entre les personnages ne sont pas très claires : ils s’aiment, se haïssent, se sont aimés…

Bref, beaucoup de clichés, de lieux communs et j’en passe pour une histoire trop compliquée à mon goût. La chronique est courte, mais je ne sais pas quoi dire d’autre. C’était pas une daube intersidérale. Mais clairement, je ne perdrai pas mon temps avec la suite.

Pour info :
éditions Rageot, 544 pages, 18.90€

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Duma Key (Stephen King)

Ami du jour, bonjour !

Bon, c’est toujours un peu la même rengaine mais si tu me suis sur les réseaux sociaux, tu sais un peu de quoi que j’m’apprête à te causer. C’est la deuxième année que j’essaie de lire un peu de King et en général, le challenge #automneduking est une bonne excuse. Et quand je veux lire du King, mais que je ne sais pas trop quoi lire, je me tourne vers mon amie Laura, qui est une grande admiratrice de l’auteur. C’est ce que j’ai fait cette année, avec pour consigne « un long King, en un tome » parce que je les écoute et qu’en ce moment, j’ai beaaaaaucoup de temps (j’écoute en bossant) mais un nombre de crédits limités. Elle m’en a proposé plusieurs, et mon choix final s’est porté sur Duma Key, puisque c’est celui dont je vais te parler.

Sarakontkoi ?
Edgar Freemantle, la cinquantaine, a tout pour être heureux. Son entreprise de construction se porte mieux que jamais, il aime sa femme et ses deux filles, surtout la plus jeune, Ilse. Mais un grave accident de grue lui coûte une partie de ses capacités physiques, son avant-bras droit et son mariage. Après une période de convalescence, son psy lui conseille de changer d’air, et Edgar trouve une maison sur une petite île de Floride, une key comme on les appelle, du nom de Duma. Là, il se met à peindre frénétiquement des tableaux surréalistes, dans lesquels il peint parfois le futur, parfois un passé qui lui est inconnu. Pire, il semble avoir réveillé une présence malfaisante sur l’île. Mais quel est le lien entre lui, la vieille propriétaire riche et sénile, son gardien, et l’horrible passé des habitants de Duma ?

Tenpenskoi ?
Lorsqu’elle m’a conseillé ce bouquin, Laura m’a dit « tu verras, c’est très introspectif, c’est une ambiance particulière, et il y a une grosse réflexion autour de l’art ».

Alors, pour ce qui est de l’ambiance, je valide. Cette espèce de malaise poisseux ne vous lâchera pas de tout le bouquin (en plus, en audio, le liseur est particulièrement bien choisi, il a une voix très profonde). Je l’ai dit sur les réseaux, mais je le redis ici, le roman prend son temps (on parle de plus de 800 pages tout de même). J’avoue que j’ai dû pousser un peu pour avancer sur la première partie, parce que c’était surtout le quotidien d’un homme blessé, diminué, et que, bon, ça a duré un peu quand même. Est-ce que je couperais ? Est-ce que j’accélèrerais ? Pas du tout, cette entrée en matière est nécessaire à l’élaboration de la suite du roman.

Au début, c’est un vrai sac de nœuds. On mélange deux récits : celui d’Edgar, de son quotidien, et un second niveau de récit, qui parle d’art, de dessin. Au début, on ne voit pas bien où veut en venir King. Et puis peu à peu, cette seconde voix se dessine et trouve sa placet, jusqu’au déclic, le « aaaaaaaah, mais oui, c’est bien sûr ». Que dire d’autre ? On a deux ou trois petits moments de frayeur, mais je vous rassure, seul un m’a réellement ébranlée, le reste fait partie du décorum. Donc si comme moi tu es une flipette, tu peux tout de même y aller. Parce qu’on est plutôt dans le fantastique que dans l’horreur. Alors certes, il est question de présence, de marches qui grincent, d’apparitions, mais ce n’est pas une histoire de fantômes. On y parle plus du pouvoir de l’art, de sa capacité à donner vie, à transcender la réalité, à la dépasser. L’acte de création est puissant.

En bref, j’ai beaucoup aimé. C’est du grand King, c’est un vrai travail sur l’ambiance, les personnages, qui apporte une réflexion sous-jacente sur la place de l’art dans l’esprit humain. Du moins, c’est la lecture de j’en ai faite.

Pour info :
éditions Le Livre de Poche, 864 pages, 9.70€

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Les Tribulations d’Esther Parmentier, T1 : Cadavre hâché, vampire fâché (Maëlle Desard)

Ami du jour, bonjour !

Tu te sens morose, tout chose, patraque, pouf-pouf ? Ta vie a besoin d’une étincelle de lumière, d’un truc aussi confortable que ton vieux pilou-pilou tout moche ? Attends, bouge pas, j’ai ce qu’il te faut !

Sarakontkoi ?
Esther, strasbourgeoise, la vingtaine, a ce qu’on pourrait appeler un job chiant comme la pluie, un truc de compta où son stage consiste entre autres à fournir des cafés. Un jour, en passant devant le centre commercial, elle est littéralement aspergée d’une pluie de paillettes dorée. L’agent de police posté devant les portes l’informe qu’il y a eu un meurtre, et sur un malentendu, la prend pour la sorcière chargée d’enquêter sur l’affaire. Il se trouve qu’Esther est effectivement une sorcière qui s’ignore, capable de déceler les traces de magie sous forme de douches de paillettes. S’ouvre alors un tout nouveau monde, peuplé de créatures magiques, sorcières, loups-garous et autres vampires…

Tenpenskoi ?
Première chose : j’ai ri, mais j’ai ri ! Esther est une jeune femme sarcastique, à l’humour mordant, parfois un peu lourd. Elle est aux antipodes des belles héroïnes que l’on voit fleurir comme de délicates pâquerettes dans la littérature. Elle jure comme un charretier, coincée dans ses bourrelets, elle n’est pas endurante pour deux sous, un peu flemmarde sur les bords. Bref, c’est la nana que je rêve de voir dans les romans ! Parce que je m’y reconnais.

Le contraste entre Esther et son collègue et « tuteur de stage », un séduisant vampire, en est d’autant plus frappant. Et c’est là que le roman prend le contrepied des romans young adult habituels. La meuf est paumée, ne parle qu’en références de culture pop un peu usées, c’est un délice ! Et pour couronner le tout, il semblerait que le charme des créatures magiques ne lui fasse aucun effet. L’histoire est bien ficelée, très sympa, mais au pire, on s’en fiche, parce que c’est surtout pour la belle brochette de personnages qu’on a envie de le lire. Si vous connaissez la série The Office, c’est un peu le genre d’ambiance ici.

Bref, tu prends une bonne dose de fraîcheur dans la figure, et pour le coup, ça fait du bien, surtout au vu de la situation actuelle ! Je te le recommande x 3000, et moi, j’attends le tome 2, que Maëlle Desard est en train d’écrire… vite, Maëlle, vite !

Pour info :
éditions Rageot, 384 pages, 15.90€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique), Roman, Utopie / Dystopie

Eve of man (Giovanna et Tom Fletcher)

Ami du jour, bonjour !

En contemplant la liste des billets que je n’ai pas écrits, je commence à prendre peur, alors il va falloir que j’enclenche la deuxième… ou la onzième plutôt ! Et encore une fois, les billets que je repousse le plus sont ceux dans lesquels je vous parle des livres que j’ai le plus aimés. -_-

Sarakontkoi ?
Dans un monde où aucune fille n’a vu le jour depuis 50 ans, l’arrivée d’Eve est un miracle. Depuis sa plus tendre enfance, elle est entourée de soins, et de toutes les attentions possibles. Ce sont les Mères, des femmes âgées dont beaucoup ont connu l’ancien monde, qui s’occupent de son bien-être et de son éducation. Sa seule amie est un hologramme, Holly.
Derrière le visage de Holly se cache, entre autres, Bram, fils du grand patron de la société qui gère le confort et l’éducation d’Eve. Bram connaît tout d’Eve, il est sa meilleure amie depuis l’enfance. Le système semble parfait, sans faille et Eve pourrait bien être la solution à l’absence de naissances, et sauver l’espèce humaine. Mais Eve est, elle aussi, un être humain.

Tenpenskoi ?
Sincèrement, ce bouquin m’a achevée. Il m’a fait à peu près le même effet que Les Puissants (ouh, deux coups de cœur dans la même année…). En dehors du fait que le roman est rythmé, que les personnages sont bien écrits, et que le contexte est suffisamment plausible pour être effrayant, c’est un roman qui parlera probablement à beaucoup de jeunes femmes. Tout au long de ma lecture, je me suis demandé « la sauvegarde de l’espèce justifie-t-elle de priver de liberté un être humain ? » Le corps de cette jeune fille est-elle la propriété du peuple sous prétexte qu’elle est la dernière de son espèce, si l’on peut dire ?
Il est également question de l’éthique biologique, de l’enfantement à tout prix. De la douleur, du manque d’humanité. Faire un enfant, des enfants, à quel prix, et pourquoi ? Forcément, dans beaucoup de passages, j’ai reconnu mon propre parcours, et j’ai questionné mon propre désir d’enfants. Parce que, chaque fois, revient cette question : à quel prix ? Personnellement, j’ai un avis très tranché sur la question de la survie de l’espère humaine, avis que je ne partagerai pas ici, mais dont nous pouvons discuter par ailleurs si le sujet vous intéresse.
Je crois que le roman est un tome 1 (le reste de la trilogie est encore à paraître en français, mais le tome deux est dispo en VO), et on pourrait lui reprocher de concentrer l’action sur le dernier tiers, ce qui peut donner un effet précipité à cette dernière partie ; cela dit, remis dans son contexte de premier tome, je le trouve très réussi.
Bref, une lecture à la hauteur de mes attentes, que je vous recommande. Y’a pas à dire, Milan a le vent en poupe chez moi en ce moment !

Pour info :
Editions Milan, 448 pages, 17.90€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Les Puissants (Vic James)

Ami du jour, bonjour !

Voilà, c’est l’histoire d’une fille qui te parle d’une trilogie trop géniale, qui a contacté l’autrice et tout et tout, et qui n’écrit pas son billet. 50% de procrastination, 50% de « il est tellement bien que je n’ai aucune idée de comment lui rendre justice ». Bah, un coup de pied aux fesse ma fille, et en selle !

Sarakontkoi ?
Dans un monde où une partie de l’humanité est dotée du Don tandis qu’une grande majorité n’en dispose pas, l’Angleterre est devenue une oligarchie gouvernée par ces Puissants, appelés Égaux, qui font montre d’habiletés mentales particulières. L’économie du pays repose sur les « roturiers » qui doivent donner 10 ans de leur vie en esclavage. Abigail (18 ans) pense avoir trouvé pour sa famille — son frère Luke (16 ans), sa petite sœur Daisy (10 ans) et ses parents — la solution idéale. Pour ne pas être séparés les uns des autres, et échapper aux villes industrielles, elle a proposé leurs services à une famille d’Égaux, les Jardine. Mais rien ne passe comme elle le souhaite : Luke est envoyé à Milmoor, une ville industrielle où la révolte gronde…

Tenpenskoi ?
Au départ, je me suis dit « oui, pourquoi pas ». J’étais passée devant un certain nombre de fois en rangeant mon rayon de littérature grand format, j’étais intriguée et franchement à la recherche d’un page turner. Ayant une pile à lire conséquente, je me suis tournée vers Audible… et j’ai dévoré la trilogie complète en moins de 2 semaines. C’est dire !

C’est inattendu. Chaque décision, chaque couloir, chaque recoin peut être fatal. Et c’est ce qui rend le récit si addictif ! Vic James semble n’avoir aucune pitié pour ses pauvres personnages, et le nombre de morts augmente à chaque tome. Si Game of Thrones fut douloureux pour toi, alors que 10 personnages sur 50 meurent, imagine quand le récit n’en compte que 10. Le ratio n’est pas le même.

Les réflexions politique, sociale et morale sont extrêmement poussées, et j’avoue avoir posé, à la fin de ma lecture, un regard dégoûté sur le monde qui m’entoure tant le roman y fait échos. J’ai eu beaucoup de tendresse pour certains protagonistes, j’en ai haï quelques uns, et j’ai été trahie par d’autres. Chaque trahison m’a fait plus mal que la précédente. Préparez-vous à ne vous attendre à rien, à être menés en bateau, et à poser sur la politique actuelle un regard plus qu’acerbe. La révolte gronde, amis lecteurs. Quelle sera votre place ?

Pour info :
T1, Esclaves : éditions Nathan, 440 pages, 17.95€
T2, Égaux : éditions Nathan, 484 pages, 17.95€
T3, Libres : éditions Nathan, 512 pages, 17.95€