Publié dans Bouquinade, Roman

Les sœurs Lakotas (Benoît Severac)

Ami du jour, bonjour !

Causons aujourd’hui d’un roman que j’ai vu passer une fois ou deux sur Instagram. Comme il m’intriguait, je me suis fendue d’un DM à la Community Manager, et je lui ai demandé s’il était possible de recevoir ce roman. Ni une, ni deux, une semaine plus tard, il était dans ma PAL !

Sarakontkoi ?
Alors que leur mère vient d’être incarcérée un an pour conduite en état d’ivresse, trois sœurs natives américaines lakotas se voient contraintes de fuir pour ne pas être séparées par les services sociaux pendant l’année d’absence de leur mère. Mais Bearfoot n’a que 16 ans, et aucun plan pour s’occuper de Santee, 10 ans, et Ray, 6 ans. Les rencontres qu’elles feront risquent bien de changer leur regard sur le monde…

Tenpenskoi ?
Le sujet de la culture amérindienne fait l’objet chez moi d’une sorte de fascination. Dans la littérature, ça s’est traduit par la découverte d’un texte fort, Ici n’est plus ici, de Tommy Orange, qui m’avait à l’époque bouleversée. Puis j’avais tenté le premier tome de la série de Jim Fergus, Mille femmes blanches, qui, dans un autre genre, peignait une fresque guerrière et sauvage, empreinte de mythes et de croyances. Et puis, il y a eu le merveilleux Celle qui venait des plaines, de Charlotte Bousquet, qui m’a arraché le cœur comme on a tenté d’arracher leur culture à de jeunes indigènes. Bref, tu l’auras compris, lorsque j’ai vu passer Les sœurs Lakotas, je n’ai pas hésité.

J’ai trouvé dans ce roman quelques petites choses bien sympas, et d’autres qui m’ont moins plu. Commençons par le négatif et finissons sur le meilleur. Bien que le roman se lise très très rapidement, j’ai ressenti comme un ton professoral, quelque chose qui tient du cours magistral sur l’histoire compliquée des cultures natives américaines et du traitement qui leur est réservé encore aujourd’hui. Benoît Severac fait souvent répéter à son héroïne à quel point la misère est présente au sein des réserves, combien il est difficile de faire prendre conscience des injustices qui entourent les peuples natifs américains. Tout ça dans la bouche d’une ado de 16 ans qui n’a elle-même pas réellement vécu ces injustices, et qui n’a fait que les observer.

Bien entendu, je garde en tête qu’il s’agit d’un roman pour jeune adolescent, d’ailleurs écrit avec l’aide d’une classe de 5e SEGPA. C’est l’un des gros points positifs : le roman s’inscrit dans la démarche de l’association Réparer le langage, je peux, qui organise avec le concours d’auteurs volontaires, des ateliers d’écriture au sein de classes de collèges afin de renouer leur lien avec la littérature. De là, je ne peux que prendre du recul sur le texte, et me dire que s’il s’agit d’un travail collectif entre un auteur et des collégiens, c’est franchement pas mal. D’autant que j’y ai trouvé beaucoup de positif, de mains tendues sur le chemin de ces frangines qui se sentent abandonnées par un système injuste. Et je me dis que si c’est ce qui ressort d’une histoire écrite par des collégiens en difficulté scolaire, sur lesquels nous avons (on ne va pas se mentir) beaucoup d’a priori, alors le monde n’est pas perdu. Qui plus est, le style est bien meilleur qu’une grande partie des romans que j’ai pu lire dernièrement, ce qui ne mange pas de pain. Bref, une sympathique lecture que je suis heureuse de pouvoir partager avec vous…

Pour info :
éditions Syros, co-écrit avec Nathalie Quentin et les collégiens de 5e SEGPA du collège Clémence Isaure à Toulouse, 256 pages, 17.95€

Publié dans Bouquinade, Roman

Ici et seulement ici (Christelle Dabos)

Ami du jour, bonjour !

Ça fait plusieurs mois maintenant que Gallimard Jeunesse nous annonce l’arrivée du prochain Christelle Dabos. Et vas-y que je t’en fais tout un mystère, d’abord révélation du titre avec promesse d’un genre très différent de La Passe-Miroir. Je commence à flipper sévère. Et puis une sorte d’annonce très vague sur ce qu’est cet Ici dont il est question dans le titre, quelques extraits d’entretiens… Je commence à bouillir. Et puis, miracle, il atterrit dans ma boîte aux lettres. C’est fou ! Il n’a manqué que l’impulsion d’une lecture commune avec Marilyn pour que je saute sur mon bouquin, qui pourtant me terrorise. Laisse-moi te dire qu’il y a un avant et un après…

Sarakontkoi ?
La voilà, la vraie question. Celle qui nous hante. Nous chuchote d’horribles visions à la pensée de devoir parler de ce livre à nos chers lecteurs… de quoi ça parle ? Si je veux la faire courte, je te dis « du collège ». Mais d’une, c’est pas sexy et tu vas tourner les talons. De deux, c’est ça sans l’être. Je ne te dirai que ceci : tu as peut-être bien vécu tes années « collège ». Tu étais peut-être la star de ta classe. Ou bien tu étais celle qui veut se fondre dans le décor, ne pas sortir du rang ; ou encore celui qui subissait les moqueries, les violences parfois physiques. Celui pour qui le collège fut un enfer. Quel que soit l’adolescent.e que tu as été, ces quelques années ont suffi à te marquer au fer rouge. Bienvenue Ici.

Tenpenskoi ?
Smiley « tête qui explose » les gars. Je vais tenter de rester concise, mais comment ? Comment, après avoir refermé ce livre, ne pas avoir envie de vous livrer toutes mes théories, ne pas vous raconter cette adolescente que j’étais ? Comment ne pas décortiquer chaque passage, annoter chaque page, citer chaque ligne ? On nous avait dit de ne surtout pas attendre un nouveau Passe-Miroir, il a donc fallu déconstruire toutes nos attentes. Premières pages : aouch, je pige que dalle. Chaque personnage de ce roman polyphonique a sa propre voix, mais je n’entends pas celle de Christelle. Je rame, je rame. Et puis, d’un coup d’un seul, je lâche prise. Et je comprends. Je ne lis pas une histoire, je fais partie d’une expérience quasi universelle, d’un tout que je vais nourrir de ma propre histoire. Comme le dirait Yoda lorsque Luc lui demande « qu’y a-t-il là dedans ? » : « juste ce que tu y apporteras. » Sage Yoda.

Les vocaux s’enchaînent entre Marilyn et moi : « t’as remarqué ce choix de mots ? », « tu penses que c’est une coïncidence ? », « j’ai noté un million de citations ». L’idée selon laquelle une fois que l’auteur a livré son texte à ses lecteurs, il ne lui appartient plus, prend tout son sens ici. Le texte est à nous, devient nous, se charge de nos intentions, de nos peurs et de nos espoirs. Rien n’est très clair, mais tout parle à cette petite partie de moi cachée tout au fond. Je comprends sans comprendre. On est entre un Ionesco et un Kafka, version ado. Et en bonne autrice, en merveilleuse passeuse, Christelle enlève les petites roues de notre vélo, donne une légère poussée dans notre dos, et nous regarde nous éloigner seuls sur le chemin qu’elle a tracé, vers ce que nous ferons de son roman.

Perso, je vais me payer le luxe d’une relecture. Ici et seulement Ici, ce n’est pas un texte facile. Il se mérite. Il écorche, il secoue tes entrailles, il ricoche et résonne. C’est autre chose, et une fois encore, c’est du génie.

Pour info :
éditions Gallimard Jeunesse, 256 pages, 15.50€

Publié dans Bouquinade, Roman, Roman historique

Blackwater T1 à 6 (Michael McDowell)

Ami du jour, bonjour !

Quand Monsieur Toussaint Louverture sort un bouquin, je suis là. Mais quand ils sortent une série, format feuilleton, dans des écrins soignés, forcément, je saute dessus, et je fais aveuglément confiance… quitte à entraîner dans ma chute les collègues (oui oui, ils l’ont tous lu) et la famille !

Sarakontkoi ?
Perdido, Alabama, avril 1919. Les rivières Perdido et Blackwater ont submergé le village. Alors qu’Oscar Caskey fait un tour de reconnaissance en barque, il aperçoit dans l’hôtel de la ville une jeune femme seule, bloquée dans sa chambre par la montée des eaux. C’est ainsi qu’Elinor Damert fait irruption dans la vie du clan Caskey, qu’elle va totalement bouleverser… au désespoir de la matriarche, Mary Love Caskey.

Tenpenskoi ?
En voilà un texte magique comme on en fait peu ! Ce n’est pas le meilleur texte jamais écrit, mais il exerce sur ses lecteurs une sorte de fascination. On traverse la première moitié du XXe siècle auprès du clan Caskey, de l’étrange Elinor (best personnage ever !) au fil des guerres, des crises, des années d’abondance. Le clan est en perpétuelle évolution, de nouveaux personnages arrivent, d’autres partent. Ils sont un microcosme qu’on aime étudier. La saga (parce que pour une fois, il s’agit d’une saga) est ponctuée de touches de fantastique qu’on ne parvient jamais vraiment à expliquer, mais qui entourent chacun des tomes d’une sorte d’aura de mystère.

Le style est d’une fluidité telle qu’on ne voit passer ni les années, ni les tomes. Si tu cherches un peu d’action, passe ton chemin. Mais si tu veux voir des personnages évoluer, s’épanouir ou pourrir ; si tu aimes les histoires dans l’Histoire ; si toi aussi tu veux traverser ces 50 ans les pieds dans la boue rouge de la Perdido, alors n’attends plus. Et quel travail sur les livres ! Sur les couvertures, l’embossage, le fer à dorer, tout est parfait. Pedro Oyarbide fait un travail formidable d’illustration, et si vous observez de près ces petits chefs-d’œuvre, vous y verrez tout le romans déroulé en quelques gravures. Prodigieux !

Bref, c’est beau, c’est bon, quoi dire de plus que : si vous n’avez pas encore testé, qu’attendez-vous pour plonger dans les eaux rouges de la Perdido ?

Pour info :
éditions Monsieur Toussaint Louverture, traduit de l’anglais par Yoko Lacour et Hélène Charrier
T1 : La Crue, 256 pages, 8.40€
T2 : La Digue, 244 pages, 8.40€
T3 : La Maison, 240 pages, 8.40€
T4 : La Guerre, 255 pages, 8.40€
T5 : La Fortune, 255 pages, 8.40€
T6 : La Pluie, 255 pages, 8.40€

Publié dans Bouquinade, Roman

Will & Will (John Green / David Levithan)

Ami du jour, bonjour !

Voilà un bouquin qui attend d’être chroniqué depuis janvier, mais toi et moi, on n’est plus à ça près. De fait, tu auras eu mon retour vidéo (si tu ne connais pas encore ma chaine YouTube, c’est la vidéo des lectures de janvier) avant le retour écrit. Ne cherche aucune logique, j’espère me rattraper bientôt !

Sarakontkoi ?
Quelle était la chance que deux Will Grayson habitent la même ville ? Par un merveilleux hasard, c’est le cas de Will, ado discret qui ne rêve que de se faire oublier et dont l’exubérant meilleur ami, Tiny Cooper, colossal ado homosexuel, est tout le contraire de lui. L’autre Will, lui, est un ado taiseux, constamment en colère, qui préfère entretenir une relation sur internet avec un certain Adam que de vivre sa vie. La rencontre fortuite entre ces deux Will risque bien de changer leurs vies…

Tenpenskoi ?
Lorsque j’ai dit que je lisais ce roman, on a crié tantôt au chef-d’œuvre, tantôt à l’arnaque. J’étais bien contente de me faire mon propre avis. De base, je trouvais le pitch intrigant. Je pensais qu’il allait y avoir une réelle interaction entre les deux Will. Or, après leur rencontre, on les voit rarement ensemble. Ils ont été un déclencheur, une sorte de gâchette dans la vie de l’autre, qui a mis le feu aux poudres. Il est question d’acceptation de soi (obésité, homosexualité) et d’ouverture aux autres. En dehors de ça, j’ai observé leur vie un peu pathétique, un peu pleurnicharde, et le seul personnage qui, à la fin, a vraiment valu le détour, c’est Tiny Cooper. Dommage pour un roman qui porte littéralement le prénom des deux Will. Mention spéciale tout de même à la scène finale qui m’a serré la gorge (dans le sens positif de la chose : j’ai été très émue).

En termes de style, y a pas de quoi se claquer le cul par terre comme dirait l’autre. Chaque auteur a écrit un Will, les différenciant par un détail typographique : le Will taiseux narre sans majuscule et met en page ses dialogues comme des scripts de théâtre. Au-delà de ça, c’était très correct (donc déjà meilleur que beaucoup de romans que j’ai lus dernièrement) sans pour autant me toucher plus que ça. Bref, une lecture agréable sur laquelle, tu peux le voir, je n’ai pas grand chose à dire, et qui ne restera pas gravée dans ma mémoire (en dehors du colossal Tiny Cooper).

Pour info :
Trad. de l’anglais par Nathalie Peronny
Grand format : éditions Gallimard Jeunesse, collection Scripto, 384 pages, 15€
Poche : éditions Gallimard Jeunesse, collection Pôle Fiction, 384 pages, 7.80€

Publié dans Bouquinade, Roman

Avant minuit (Julie Murphy)

Ami du jour, bonjour !

Un peu de bonne humeur et d’amour de soi aujourd’hui — oserais-je parler d’inclusivité ? — parce qu’on cause d’une héroïne qui fait péter les standards en même temps que la taille 38 !

Sarakontkoi ?
Cindy a perdu sa maman toute petite, puis son papa s’est remarié et est décédé à son tour. L’histoire, on la connaît, Cendrillon va racler les chaudrons et récurer la cuisine… que nenni, parce qu’Erica Tremaine –sa belle-mère et célèbre productrice d’un show genre Bachelor— et Drew et Anna, ses deux demi-sœurs, l’adorent. Lorsque Cindy propose d’intégrer le casting des prétendantes de Avant Minuit, ledit show, non pour rencontrer le merveilleux célibataire, mais pour l’utiliser comme vitrine pour ses créations (elle crée des chaussures), Erica a des doutes : Cindy est hors standards, elle est grosse et risque de ne récolter que moqueries et humiliations. Mais Cindy n’en démord pas : elle aussi a sa place sous les projecteurs…

Tenpenskoi ?
Je t’avais parlé il y a quelques temps de Attention Spoilers… on est dans le même schéma, clairement, les scènes de sexe explicites en moins (raison pour laquelle il a fini dans mon rayon). On parle d’une ouverture vers l’autre qui passe par une acceptation de soi. Et, loin d’être stigmatisant, le roman n’hésite pas à râler contre les marques (de luxe ou populaire d’ailleurs) qui, même lorsqu’elles se targuent de proposer des « grandes tailles », ne les ont que rarement en rayon, obligeant les consommateurs XL à se fringuer sur le net. Je peux te le dire, je l’ai connue moi, la petite brindille de chez Etam Lingerie qui vient te voir direct pour te dire que si ta taille n’est pas en rayon, elle doit avoir quelques grandes tailles en arrière boutique. Ca fait du bien de voir un personnage gros oser l’ouvrir pour dire que c’est injuste.

Et si on parle d’inclusivité, on n’oublie pas les personnages gays, ou bi, les non genrés (bien qu’en anglais, l’emploi du pronom they/them me fasse toujours me demander combien ils sont… avant de comprendre que c’est leur façon de dire iel). Et pour autant, ces personnages n’ont pas besoin de porter un drapeau ou de réellement revendiquer ce qu’ils sont. Ils sont eux, et ils sont là, et c’est cool.

Alors bien entendu, on n’échappe pas à la romance entre la curvy et le beau gosse. Mais on aime, on aime ! C’est un peu notre plaisir coupable… Et quel plaisir de voir une réécriture de Cendrillon où la marâtre assume pleinement son rôle de mère de substitution, et où les demi-sœurs sont de réels soutiens pour Cindy ! Petit bonus pour le remaniement des personnages de Gus et Jack, dont je ne parlerai pas plus ici, pour vous laisser le plaisir de la découverte. Ok, ça n’a plus grand chose à voir avec l’original, mais quand même, c’était une lecture sans prise de tête, qui m’a dit ce qu’elle avait à dire, et dans laquelle, pour le coup, il m’est arrivé de me retrouver. On attend le prochain relooking de conte !

Pour info :
éditions Hachette (traduction Nadège Gayon-Debonnet), collection Modern Princess, 512 pages, 17,95€

Publié dans Bouquinade, Roman

Comme un oiseau dans les nuages (Sandrine Kao)

Ami du jour, bonjour !

Parfois, il faut plus que de l’envie pour lire un bouquin, il faut de la motivation. Souvent, je trouve la mienne dans les lectures communes que je fais avec les copines. Ici, il s’agit d’une épreuve non corrigée reçue à la librairie, qui traînait dans ma PAL de services presse et que, fort heureusement, ma copine Charlotte devait lire aussi ! Il ne m’en fallait pas plus…

Sarakontkoi ?
Anna-Mei est une virtuose du piano, elle vit seule avec son père, et est très proche de sa grand-mère maternelle, qui est également son seul lien avec la culture taïwanaise, sa maman étant décédée alors qu’elle n’était qu’un bébé. À la suite d’un concours de piano qu’elle pense avoir raté, Anna-Mei s’effondre sans raison apparente. Lorsque sa grand-mère l’emmène voir un docteur en médecine chinoise, il devient clair que le traumatisme de Anna-Mei n’est pas le sien, qu’il a été porté par des générations de femmes silencieuses, jusqu’à elle. Sa grand-mère doit briser le silence.

Tenpenskoi ?
Avant de te donner un réel avis sur le roman, je vais te rapporter ce que m’a dit Charlotte, qui en avait discuté avec une autre copine instagrameuse (très renseignée sur le sujet de par son métier, coucou Marilyn !). Le roman traite d’un sujet très particulier, mais surtout très peu abordé en littérature jeunesse : le traumatisme intergénérationnel. Et si je ne connaissais pas le terme exact, j’avoue avoir instinctivement compris qu’il en était plus ou moins question. Pour faire simple, il s’agit d’un traumatisme subi par une génération, et passé aux générations suivantes, souvent aggravé par le silence de la première. Le traumatisme se manifeste souvent à l’adolescence, sous forme d’accès de violence, de pertes de conscience, de crises de panique, etc.

Tu l’auras compris, Anna-Mei a besoin de comprendre d’où elle vient, et le traumatisme qu’ont subi ses aïeules dans une Chine en pleine révolution communiste, au climat malsain, du genre qui puait encore les traditions avilissantes ou la délation entre voisins, l’essor économique qui broyait les travailleurs, et j’en passe. C’est également pour elle l’occasion de s’ouvrir à sa grand-mère, et de cesser de laisser pourrir en elle le malaise grandissant qui la consume et flétrit toute relation qu’elle pourrait construire. Effectivement, dans ce sens-là, le roman n’est pas dénué d’intérêt.

Et si le format « dialogue » direct, à la 2e personne, n’est pas une mauvaise idée, il entraîne parfois son lot de maladresses en termes de narration. Les protagonistes répondent à des réactions que le lecteur ne voit pas, et l’autrice doit donc les décrire dans le texte (exemple : « tu es étonnée ? Je comprends… »). C’est un choix de style, auquel j’ai été sensible au début de ma lecture, mais qui m’a un peu lassée sur la fin. Certainement aussi parce que la grand-mère racontait plus un cours d’Histoire dans lequel elle insérait par nécessité les membre de sa famille. Du coup, toutes ces horreurs paraissaient désincarnées, et c’est un peu dommage, parce que ça n’a pas le même impact émotionnel.

Bref, pour moi, c’est un roman intéressant, mais il ne m’a pas touchée autant qu’il aurait dû/pu, la faute à une technique de narration parfois un peu lourde et au côté historique trop présent, au détriment de l’histoire personnelle de la famille d’Anna-Mei.

Pour info :
éditions Syros, 288 pages, 16.95€

Publié dans Bouquinade, Policier / Thriller, Roman

Inheritance Games, Tome 1 (Jennifer Lynn Barnes)

Ami du jour, bonjour !

Je m’en viens te causer d’une petite trilogie prometteuse, du genre jeux de pistes un peu dangereux, dans lesquels j’ai tout de même aimé me perdre…

Sarakontkoi ?
Avery Grambs n’a plus rien. Sa mère est décédée, son père joue les hommes invisibles depuis toujours, elle crèche chez sa demi-sœur et son copain violent… c’est à se demander si elle pourra même terminer le lycée. Tout change lorsqu’elle apprend qu’elle est l’héritière d’un milliardaire dont elle n’a jamais entendu parler, au détriment de ses propres enfants et petits enfants. Seule condition : vivre un an dans l’immense demeure du défunt, sous le même toit que les héritiers déchus. Entre jeux de séduction et intimidations, Avery se trouve plongée dans un incroyable jeu de piste. Mais est-elle un joueur ou un pion ?

Tenpenskoi ?
Pour commencer, chers éditeurs, c’est intéressant, tout de même, de préciser qu’il s’agit d’un premier tome. J’ai lu le roman en lecture commune avec ma copine Charlotte, et sincèrement, heureusement qu’elle m’a prévenue qu’on n’avait pas de résolution dans ce tome, j’aurais été terriblement frustrée ! J’ai tout de même sauté sur les éditions en VO pour pouvoir continuer ma lecture, je ne suis donc pas rancunière…

Le jeu de piste paraît dès le début très emmêlé, et je me suis sentie perdue, tout comme Avery, au milieu de ces joueurs aguerris, qui semblent constamment avoir deux ou trois longueurs d’avance. Ceci dit, le terme « page turner » n’a jamais été si approprié. Sur la fin, j’ai eu du mal à m’arrêter tellement j’étais tendue. Les jeux sont cruels, les personnages aussi. Aucun des quatre petits-fils Hawthorn ne semble digne de confiance, et pourtant chacun d’eux déchaîne les passions. Ils sont intenses, passionnés, et enfermés dans une spirale auto-destructrice. Je l’avoue, Avery est un peu ballottée par les événements, et j’ai trouvé le personnage un peu fade. Mais cette intrigue, cette intrigue…! On ne passe pas loin du coup de cœur, la faute à quelques clichés et longueurs dont je me serais bien passée.

Pour info :
éditions PKJ (trad. de l’anglais : Guillaume Fournier), 449 pages, 18,50€

Publié dans Bouquinade, Roman

A(ni)mal (Cécile Alix)

Ami du jour, bonjour !

Je dois avouer que je suis toujours très curieuse de découvrir des romans plébiscités par des personnes qui ont toute ma confiance littéraire. Alors lorsque Carole (merveilleuse chargée de relations libraires et responsable commerciale chez Edi8, dont fait partie Slalom) m’a fortement conseillé A(ni)mal, je n’ai pas eu le choix, tu t’en doutes. Et pourtant, comme pour Cette nuit-là (que Carole m’avait également chaudement recommandé), ce n’était pas franchement pas gagné d’avance.

Sarakontkoi ?
La mère de Miran, 15 ans, lui confie quelques billets cachés sous un corset de ruban adhésif, et une consigne : oublie qui tu es, d’où tu viens. Et redeviens quelqu’un, ailleurs. Parce que Miran fuit son pays en guerre, les violences et la dictature. Il fuit pour rejoindre la France, ce pays dont son père lui a tant parlé, celui où il pourra redevenir un homme. Sur son chemin, l’humiliation, la faim, la soif, la terreur, la méfiance. Mais aussi l’espoir, le partage, et des mains tendues. Miran voyage les yeux baissés, mais la tête haute.

Tenpenskoi ?
Chaque fois que je parle de ce bouquin, j’ai la gorge qui se serre, et les yeux qui s’embuent. L’histoire de Miran, c’est aussi l’histoire de millions d’autres jeunes gens, parents, enfants, qui tentent de fuir la terreur, la mort et l’humiliation. Pas pour trouver le bonheur, on est bien loin de ces considérations, mais pour trouver un semblant de paix, dormir sans se réveiller sur les cadavres de ceux qui se sont battus pour la liberté ou la justice, et ne pas avoir à s’excuser d’exister. Le lecteur est Miran. Avec lui, il se cache et s’entasse dans des camions citernes pour traverser un désert brûlant. Il survit à la mer déchaînée dans un esquif digne du Radeau de la Méduse. Puis il est tour à tour dénoncé, accueilli, soigné, rejeté.

La lecture de ce roman te fait comprendre. Elle est pour tous les Miran du monde, qui luttent pour redevenir simplement humains, eux qui ne souhaitent qu’être suffisamment invisibles pour survivre. Qui ont cédé leur dignité pour gagner le droit d’exister. Loin d’être misérabiliste et tire-larmes, ce roman est plein d’espoir, de compassion, de résilience (puisque c’est le terme à la mode), c’est une ode à la liberté et au partage, et un regard chargé d’espoir vers demain. C’est un texte que je conseille à absolument tous, ados et adultes, qui souhaitent s’ouvrir à la question de l’émigration (et oui, je le pose dans ce sens-là, du côté de ceux qui fuient). Chapeau bas à Cécile Alix pour ce sans-faute.

Pour info :
éditions Slalom, 264 pages, 14.95€

Publié dans Bouquinade, Roman

À un cheveu (Maëlle Desard)

Ami du jour, bonjour !

Je t’ai rebattu les oreilles avec cette autrice, je t’ai parlé et reparlé de ses romans, et, forcément, lorsque j’ai appris, par le plus grand des hasards, qu’elle publiait chez Slalom, j’ai sauté sur ma chargée de relations libraires favorite, et je l’ai suppliée de m’envoyer le texte en numérique (une envie pressante, ça n’attend pas). Toutes affaires cessantes, je me suis donc jetée sur le manuscrit, espérant recevoir le roman papier par la suite… Il est arrivé, c’est donc le moment pour moi de poster mon avis. Prépare-toi, c’est drôle, c’est percutant, et ça sort le 28 avril.

Sarakontkoi ?
C’est un nouveau départ pour Emma, 17 ans, qui vient d’emménager dans un nouvel appartement avec ses parents et son frère, d’un an son aîné. Très protecteur envers elle, il a déclenché une bagarre dans leur ancien lycée. La raison ? Emma est atteinte d’alopécie, une maladie congénitale à cause de laquelle elle perd peu à peu tous ses cheveux, jusqu’à devenir quasiment chauve et le centre de l’attention moqueuse de ses anciens camarades. Dans ce lycée, ce sera différent : dissimulé sous une perruque, son crâne ne sera plus la cible des mauvaises blagues, ni des regards scrutateurs, même si pour cela, Emma doit abandonner sa passion, la natation, et mentir chaque jour, en vivant dans la terreur que son secret ne soit révélé.

Tenpenskoi ?
Si un roman porte le nom de Maëlle, tu l’auras compris, je fonce sans réfléchir. Au-delà des personnages hors-normes à qui elle prête sa plume, son style désinvolte, désopilant et sarcastique cache toujours sous sa légèreté un message d’auto-acceptation. Et c’est ce que j’aime : au final, que tu acceptes ses personnages, elle s’en tape un peu, l’important, c’est toujours qu’ils s’acceptent eux-mêmes. On arrête donc de faire du pied au lecteur avec de jolis textes bien pensants, on sort son plus beau chapelet d’injures fleuries, et on fonce.

Maëlle parle ici de différence et d’acceptation, mais surtout d’un sujet qui la touche personnellement, ce qui rend le texte et cette espèce de résilience face à la fatalité très réels. Et elle ne s’arrête pas là : elle aborde des sujets comme les relations toxiques que l’on entretien parce qu’on s’y sent obligés pour ne pas perdre pieds ; l’exposition des ados aux réseaux sociaux, leurs bienfaits comme leurs risques ; et enfin, les liens qui unissent les membres d’une même famille, parfois complexes, forts, inavoués, désintéressés. C’est plein de bonnes ondes, mais ça dit ce que ça a à dire. Ce roman est d’utilité publique, il est urgent de le lire, petits et grands lecteurs, de le lire, et de partager votre lecture. Maëlle rend ses lettres de noblesse à une littérature ado/YA française contemporaine dont je n’attendais plus grand chose. Et rien qu’avec cet argument, toi qui connais la parcimonie avec laquelle je distribue les compliments, tu devrais déjà avoir sauté dans ta voiture pour aller te procurer ce livre chez ton libraire !

Pour info :
éditions Slalom, 317 pages, 14.95€

Publié dans Bouquinade, Roman

Today, tonight, tomorrow (Rachel Lynn Solomon)

Ami du jour, bonjour !

L’année commence bien, même si j’aurais préféré entamer 2022 avec une bonne lecture. D’ailleurs, ne pense pas que je suis à jour dans mes billets parce que je te parle de la lecture que je viens de terminer ; simplement, ce roman sortira aussi vite de ma tête qu’il est entré dans ma bibliothèque, donc je t’en parle rapidement, avant d’oublier. Tu l’auras compris, je ne suis guère convaincue par cette romance ado…

Sarakontkoi ?
Dernier jour de lycée pour Rowan, qui marque aussi la fin de sa rivalité avec son plus grand adversaire : Neil McNair, toujours premier lorsqu’elle est seconde, toujours sur ses talons lorsqu’elle arrive en tête. En dehors de ses études, Rowan a un intérêt : la littérature sentimentale, intérêt dont ses proches se moquent gentiment. Ce soir, c’est la dédicace de l’autrice favorite de Rowan, mais c’est aussi la Traque, jeu de piste géant organisé pour les Séniors par les 3e année. Ce soir, Rowan devra jongler avec ses amies, un Niel McNair pas si agaçant, et une passion dont elle a honte. Et si cette nuit était la clé pour tout changer ?

Tenpenskoi ?
Je suis un peu triste de te dire ce que j’ai réellement pensé de ce roman. Parce qu’il est bourré de bonnes intentions ! D’ailleurs, commençons par là : l’autrice aborde des thèmes tels que la libération de la sexualité chez les adolescentes et l’inexpérience d’un jeune homme face à une jeune femme expérimentée, le dialogue autour des envies sexuelles dans un couple adolescent, les préjugés face à une communauté donnée (ici, la communauté juive). Et tout ça, c’est vraiment cool !

Mais c’est fait avec une telle maladresse… et j’en suis la première désolée. Les solutions sont téléphonées aux protagonistes de manière peu subtiles. Tu cherches une réponse à une énigme ? Bah justement, t’appelles ta mère pour tout autre chose et elle te raconte une anecdote pleine de nostalgie qui n’a rien à voir avec le schmilblick et qui contient la réponse. Les dialogues manquent cruellement de naturel. Et puis alors ce troisième acte (tu sais, celui où les n’amoureux ils sont plus si z’amoureux parce qu’il y en a un qui comprend un truc de travers)… Là, j’ai pas compris. J’ai eu envie de frapper Rowan. Cette colère n’avait aucun sens, ça sortait de nulle part. Ca servait juste l’intrigue, et dans ces quelques paragraphes, je ne lisais que : « scénario scénario scénario, scénario scénario, scénario ! »

Parlons de la passion de Rowan pour la littérature sentimentale. Elle en fait des caisses, des montagnes même ! Et vas-y que « la littérature sentimentale est un genre écrit pour les femmes qui se penche sur leurs envies et qui elles sont vraiment », ou encore c’est « le seul genre où les relations entre les personnages sont au centre de l’action », et je te passe les scènes d’aveux à ses proches, genre « bonjour, je m’appelle Rowan Roth, j’aime la littérature sentimentale, accepte-le ». À un moment, j’ai eu envie de hurler « Rowan, c’est pas un coming out ma fille, remets-t’en ». Ce roman n’est pas une purge, loin de là. Mais il manque de style et de subtilité. Ma note : dommage/20. J’en ai un autre de la collection, on verra bien ce que ça donne.

Pour info :
éditions Milan (trad. de l’anglais par Leslie Damant-Jeandel), 416 pages, 16.90€