Publié dans Bouquinade, Roman

Là où chantent les écrevisses (Delia Owens)

Ami du jour, bonjour !

Tentons de nous mettre à jour dans nos retour de lecture… surtout moi ! Et pour le coup, cette lecture (cette écoute pour être exacte) a attendu dans mes tiroirs un petit bout de temps, tout de même. Depuis ma merveilleuse lecture de Dans la forêt, je n’avais pas réellement relu de nature writing survivaliste, et celui-ci me faisait de l’œil depuis le rayon littérature de mon collègue. Qu’à cela ne tienne, merci mon abonnement Audible, j’ai sauté sur l’occasion !

Sarakontkoi ?
Successivement abandonnée par sa mère, ses frères et sœurs plus âgés, et enfin par son père alcoolique et violent, la jeune Kya, 10 ans, la « Fille des marais » comme l’appellent les habitant de la Barkley Cove (Caroline du Nord), n’a d’autre choix que de survivre par elle-même. Incollable sur la faune et la flore des marais, elle pêche et cueille, et vend le fruit de son travail en ville. Sa rencontre avec le jeune Tate, qui voit en elle autre chose que la sauvageonne analphabète, bouleverse sa vie… Lorsqu’une quinzaine d’années plus tard, un corps est retrouvé dans la boue du marais, c’est forcément sur elle que portent les soupçons.

Tenpenskoi ?
Un récit initiatique survivaliste ? Il n’en fallait pas plus pour m’intriguer, m’appeler, m’obséder, et pour finalement me faire craquer. Et j’en ai eu pour mon argent. Le roman a deux temporalités : une première, fin des années 70, où le corps du beau gosse, star locale, est retrouvé dans le marais, et où le lecteur suit l’enquête du shérif. Et la seconde dans les années 60, qui s’étend sur une dizaine d’années, où l’on voit Kya survivre, s’instruire, grandir dans une solitude quasi totale. Les connaissances qu’elle acquiert et emmagasine te donnent juste envie de dévorer des bouquins sur le biotope du marais. Kya y met un tel amour, une telle passion, surtout chez une gamine qui part de rien, c’est juste une pure merveille.

Le style de Delia Owens se fait tantôt poétique, presque lyrique, lorsque Kya observe la nature autour d’elle, et plus directe et factuel lorsqu’il s’agit d’humains, comme si Kya ne pouvait voir en ses semblables la beauté qu’elle observe dans son marais. Si le récit de l’enquête puis le procès — dont les passages s’intercalent avec l’enfance et l’adolescence de Kya — restent très anecdotique, l’évolution de la jeune femme qu’elle devient est fascinante. J’ai avalé ce roman comme on déguste un met étranger : avec un peu de méfiance au début, puis une gourmandise inattendue. J’ai particulièrement aimé la fin, que j’ai trouvée touchante à sa manière. Beaucoup m’ont demandé si je l’avais lu parce que Reese Witherspoon en avait parlé pour son club de lecture et avait adoré. Que nenni, je n’avais rien entendu à son sujet avant de l’ouvrir. Bref, une lecture que je recommanderai aux curieux, aux amoureux de nature writing et aux amateurs de chemin de vie.

Pour info :
éditions Points (traduit de l’anglais par Marc Amfreville), 480 pages, 8.50€

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Attention Spoiler (Olivia Dade)

Ami du jour, bonjour !

Avant de partir en congés cet été, j’ai remarqué dans le rayon littérature sentimentale de mon collègue un roman dont le personnage féminin sur la couverture était assez hors du commun (du genre bien en chair). Je me suis dit : romance + perso féminin en surpoids. Idéale pour les vacances, je prends, on verra bien…

Sarakontkoi ?
Marcus, acteur dans une série TV à succès, et April, géologue complexée par son corps, ont une chose en commun : ils écrivent des fan-fictions sur la série dans laquelle joue Marcus. Lui répare les désolantes platitudes des scénaristes en écrivant sous pseudos, elle développe une romance totalement sous-valorisée à l’écran. Sans savoir qui ils sont, ils échangent via le serveur créé par April. Jusqu’au jour où April ose poster une photo d’elle dans un cosplay de la série, et que certains commentaires plus qu’haineux poussent Marcus, révolté, à intervenir…

Tenpenskoi ?
Mon intuition s’est avérée exacte : lecture de vacances très sympa. Je dois te prévenir, le roman contient des scènes explicites. Oui, ça veut dire qu’on parle de sexe et qu’on décrit dans le menu détail quelques parties de jambes en l’air. Le roman, fort heureusement, ne se résume pas à ça. Il met en scène des personnages quarantenaires (ou presque), un peu écorchés, elle par son aspect physique que ses parents ne peuvent s’empêcher de pointer du doigt, lui par des difficultés personnelles (que je vous laisse découvrir) l’empêchant d’être le fils parfait de ses deux universitaires de parents. Ils se réduisent l’un comme l’autre à d’insignifiantes déceptions parentales. Mais leur rencontre, sur les réseaux comme IRL, les amène à reconsidérer l’image qu’ils ont d’eux-mêmes.

Beaucoup de positivisme dans cette sympathique romance. La relation d’April et Marcus, loin de ce que je peux voir passer, n’est pas malsaine, ni destructrice. Ils se poussent l’un-l’autre à avancer, à trouver leur valeur, à accepter d’être ce que l’autre recherche. Une belle construction de personnages donc. On ne va pas se mentir par contre, le roman est construit comme une comédie romantique (se rencontrer – s’apprivoiser et s’aimer – se disputer – se réconcilier). J’ai aimé qu’April s’accepte peu à peu, D’aucuns diront que le roman a un petit côté moralisateur. Je ne le vois pas comme ça. Certes, le côté acceptation de soi est très poussé chez April comme chez Marcus, mais je me dis que c’est un premier pas vers la désuniformisation des personnages. Marcus est beau gosse mais il cache ses propres fêlures. Bref, une chouette lecture, même si elle ne sera pas la plus mémorable de cette année. Et puis, que la meuf hors canons physiques se tape le beau gosse, c’est un peu mon guilty pleasure…

Pour info :
éditions Hauteville (trad. de l’anglais par Claire Allouch), 512 pages, 18.50€

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Le plan extravagant de Vita Marlowe (Katherine Rundell)

Ami du jour, bonjour !

Laisse-moi te présenter aujourd’hui la petite chose que j’ai reçue au courrier, ce roman sur lequel je ne me serais probablement jamais arrêtée si Gallimard Jeunesse ne me l’avait envoyée, et si ma copine Charlotte ne m’avait pas proposé de le lire avec elle. Laisse-moi te présenter Vita Marlowe.

Sarakontkoi ?
Dans le New-York des années 20, la jeune Vita Marlowe (12 ans) tente avec sa mère de convaincre son grand-père de rentrer en Angleterre avec elles. Le vieil homme se morfond depuis la mort de son épouse et la perte de son manoir au profit d’une canaille de la pire espèce, un type louche qui semble tirer profit des propriétaires du quartier. Vita n’entend pas abandonner son grand-père au désespoir si facilement. Aidée d’un jeune acrobate et d’un dresseur d’animaux, ainsi que d’une pique-pocket, elle met en place un plan ingénieux… mais dangereux.

Tenpenskoi ?
On revient sur mon histoire de « roman à couettes », trop guilleret pour que je l’apprécie vraiment… bah c’est pas le cas ici. Vita est une gamine vive d’esprit, qui porte les séquelles d’une maladie infantile, mais qui ne s’en laisse pas compter. Et si parfois son courage semble vaciller, elle n’en reste pas moins pleine de ressources. Les autres gosses ne sont pas en reste. Artistes d’un cirque ambulant établi dans le théâtre situé en face de chez son grand-père, leurs rêves et leur talent sont leurs plus gros atouts.

Une histoire de gangster pour gosses qui fleure bon le New-York post Première Guerre Mondiale, des cabrioles, des retournements de situation, bref, un roman d’aventure comme on les aime. Des gosses suffisamment inconscients pour qu’on ait peur pour eux, des méchants crédibles (genre vraiment méchants), et cette étincelle d’effronterie propre aux enfants. Tu l’auras compris, j’ai du mal à développer sur le sujet, mais ce fut une chouette récréation pour moi, bien écrite qui plus est. Katherine Rundell a le chic pour écrire des personnages attachants, et pour raconter des histoires aux jeunes sans les prendre pour des imbéciles. Donc pas de romans à couettes, juste des lectures très cools, que je recommande sans hésiter ! Personnellement, je me ferais bien Cœur de loup, et L’Explorateur, de la même autrice, histoire de vérifier que je transforme bien l’essai…

Pour info :
éditions Gallimard Jeunesse (trad. de l’anglais par Alice Machand), 320 pages, 16€

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My dear f***ing prince (Casey McQuiston)

Ami du jour, bonjour !

Ayant terminé le roman du jour il y a bien 3 mois, on aurait pu penser que le billet serait prêt depuis belle lurette. Ceci dit, ce serait mal connaître ma tendance maladive à la procrastination. Qu’à cela ne tienne, je m’y attèle aujourd’hui, et ça tombe bien, parce que c’est aujourd’hui que vous le trouverez en librairie !

Sarakontkoi ?
Dire qu’Henry, héritier de la couronne britannique, et Alex, fils de la (première femme) présidente des USA, ne s’aiment pas serait un euphémisme. Ils se détestent. Mais en politique, faire bonne figure est essentiel, et les deux jeunes gens, pour apaiser les tabloïdes, doivent passer ensemble un week-end promotionnel. Il se pourrait que ce soit l’élément déclencheur d’une belle amitié… et plus si affinités.

Tenpenskoi ?
Il y avait, dans ce roman, un je-ne-sais-quoi d’intrigant. Une femme présidente et mère célibataire, un « premier fils » un brin rebelle, un prince héritier écrasé par son devoir… Et l’image et la politique qui s’en mêlent. J’avoue, pour un roman d’été, c’était idéal. La structure est un classique du ennemies-to-lovers (ils se détestent, et en fait, ils finissent par bien s’aimer), mais la petite étincelle qui a fait la différence avec une romance classique, c’est la question : de nos jours, qu’en serait-il d’une romance homosexuelle dans les plus hautes sphères politiques ?

Alex et Henry sont des personnages adorables, têtus, parfois imbuvables, mais fragiles à leur façon. Leur affection est touchante, et si elle soulève forcément un débat (on en revient au fameux débat), elle est aussi symbole de rassemblement, et d’espoir quelque part. J’aimerais que cette petite lueur, ce répit qui nous est offert ici, soient réels. J’ai aimé que le roman ne soit pas un poing levé, un cri de révolte, mais une histoire d’amour qui s’écrivait, passionnée parfois, compliquée surtout, mais tendre et légère.

J’en suis ressortie le sourire aux lèvres, le cœur gonflé d’espoir et de guimauve (oui, faut pas oublier que c’est de la romance non plus). En revanche, c’est clairement une lecture pour jeunes adultes (16 voire 18+), même si je sais qu’on se passe After dans les cours de collège. Les (quelques) scènes de sexe sont très explicites. Vous serez prévenus.

Pour info :
éditions Lumen (traduction de l’anglais : Céline Morzelle et Sarah Dali), 602 pages, 17€

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Cette nuit-là (Aurélie Massé)

Ami du jour, bonjour !

Aujourd’hui sort un roman dont je t’ai parlé sur Instagram il y a quelques temps maintenant (je crois l’avoir terminé début juillet). Les éditions Slalom me l’avaient fait parvenir, accompagné d’un espoir : celui que ce roman, qui les avait marqués, laisse sa trace sur moi. C’est assez réussi je dois dire.

Sarakontkoi ?
C’est l’histoire de cette nuit où tout a basculé, où tout s’est libéré. Gabriel reçoit un appel puis la visite de son meilleur ami, Eden, dans un état de choc effroyable. Ils sont bientôt rejoints par Sarah, Alex et Agathe. Chacun d’entre eux cache une fêlure et menace de s’effondrer. Mais ce soir, c’est Eden qui compte, Eden qui parle enfin, Eden qui avoue l’inavouable…

Tenpenskoi ?
Voilà un roman qui fait partie de ceux que j’ai lus d’une traite. Il m’a retourné les tripes et plus d’une fois j’ai senti mes mains serrées sur le livre trembler, ma gorge se serrer. Au-delà du délicat sujet de l’inceste, traité ici avec beaucoup de sensibilité et de retenue, c’est ce putain d’amour inconditionnel de cinq amis, le genre qui t’écorche et te fait vivre à la fois, qui m’a bouleversée. Tous ces gamins sont un peu déglingués, de l’anorexique à l’hyperactive, en passant par le timide soumis à l’autorité d’un père rabaissant. Mais tous éprouvent pour Eden cet amour sans retenue que ne peuvent éprouver que les enfants prisonniers d’un présent permanent.

Le roman serpente dans les méandres d’une amitié sincère, celle d’un groupe d’amis hétéroclite, pour revenir de temps à autres au présent, au silence d’Eden, à ses aveux. Certaines scènes sont d’une violence émotionnelle insoutenable, du genre à te foutre un coup dans le bide. Et pourtant il émane de cette lecture une tendresse incroyable. Avec un style maîtrisé, jamais dans le sensationnel, Aurélie Massé raconte une nuit. Elle raconte une amitié, cinq combats, et une promesse. Et je n’ai pas grand chose à dire de plus, si ce n’est que le roman vibre et irradie, projetant sa lumière et ses ombres en plein dans nos petits cœurs de lecteur…

Pour info :
éditions Slalom, 384 pages, 15.95€

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Felix ever after (Kacen Callender)

Ami du soir, bonsoir !

Oui, oui, je sais, le billet arrive un peu tard. MAIS… je viens te parler d’une nouveauté parue mi-août chez Slalom, que j’ai reçue de l’éditeur (merci Carole).

Sarakontkoi ?
Felix est un jeune homme réservé et peu sûr de lui, artiste dans l’âme. Il suit des cours d’été dans son lycée pour tenter de décrocher une bourse pour un cursus d’art dans une prestigieuse université. Mais Felix a bien du mal à créer son book. Parce qu’il ne sait plus qui il est. Né fille, il est en pleine transition, sans être certain d’être 100% garçon. Et plus que tout, Felix voudrait trouver l’amour. Peut-on cependant trouver l’amour quand on n’est pas sûr d’en être digne ?

Tenpenskoi ?
Pour commencer, je salue la démarche. Kacen Callender, né femme, a commencé sa transition à 25 ans. Il connait son sujet, et offre au lecteur concerné, comme au lecteur curieux, un témoignage sincère. C’est probablement grâce à ce genre de lecture que le dialogue peut s’ouvrir, que les personnalités peuvent se révéler. C’est aussi la première fois que j’entends parler d’un récit où la personne transgenre est perdue, où, sans remettre en question sa démarche, elle avoue ne pas savoir qui elle est avec certitude. D’habitude, on est plutôt sur un ton revendicatif. Ici, on est en pleine introspection. Un bon point donc pour la démarche.

La palette de personnages est touchante. Felix, dans ses doutes, dans son insécurité, dans sa recherche presque désespérée de sa personnalité. Son meilleur ami Ezra, fort, fragile, tendre. Et leur bande de potes imparfaits, jaloux, compréhensifs. On plonge la tête la première dans une génération en quête de reconnaissance et d’amour, et franchement, c’est chouette. Alors oui, stylistiquement, j’ai déjà lu mieux (le ton est très enfantin parfois), et quelques retournements sont un peu faciles, mais c’est pas non plus la cata, et le roman a vite fait de t’embarquer.

Mention spéciale aux ressources que Kacen Callender nous propose (en anglais), accompagnées par celles, en français, d’Anakin Ponchon (activiste des minorités) chargé de ce qu’on appelle la relecture sensible, pour s’assurer qu’aucune maladresse ou erreur ne subsiste dans le roman. Un roman réfléchi donc, dans son écriture comme dans sa traduction, touchant et libérateur, que je conseille à tous.

Pour info :
éditions Slalom (traduit de l’anglais par Manu Causse), 368 pages, 17,95€

Publié dans Bouquinade, Roman

Lorsque le dernier arbre (Michael Christie)

Ami du jour, bonjour !

Je t’en parle souvent, mais encore une fois j’ai eu la chance de découvrir un roman de la rentrée littéraire grâce au Picabo River Book Club, et aux éditions Albin Michel, bien entendu. Lorsque Léa nous a proposé Lorsque le dernier arbre, j’ai été séduite par la couv’ (la nana superficielle) avant de lire le résumé, et de me dire qu’il était décidément pour moi ce bouquin !

Sarakontkoi ?
2038. La grande majorité des arbres sur Terre sont morts à cause de maladies, de champignons, du changement climatique et de la déforestation massive. Tandis qu’adultes et enfants meurent de la Craquante, une violente toux causée par les poussières qui saturent l’air, le tourisme arboricole fait fureur. Jake Greenwood est guide touristique dans la Cathédrale, une des dernières parcelles de forêt primaire au monde, située sur Greenwood Island, au Canada. Lors d’une de ses visites, elle reconnaît des signes de maladie sur l’un des plus grands pins de l’île…

Tenpenskoi ?
Je ne m’attendais pas à ça ! Je pensais lire une espèce d’enquête, qui aurait un début, un déroulement, et une conclusion, qui proposerait potentiellement une solution à tout ce merdier. Rien à voir. Et pourtant, je me suis laissé embarquer je ne sais trop comment dans la valse des souvenirs. Parce que c’est de ça qu’il s’agit. Le roman commence en 2038 avec Jake, une simple jeune femme écrasée par la dette de son emprunt étudiant, condamnée à voir mourir les arbres qu’elle a étudiés et tenté de sauver. Puis on remonte le temps, pour faire la connaissance de son père, de la mère de son père, et de l’homme par qui tout a commencé, au début du siècle. Et si on nous raconte le monde en filigrane du roman, il s’agit bien d’une histoire à taille humaine. Exit les grands combats pour la liberté, la vie, l’avenir. Ces personnages que l’on suit, la vie ne les a pas épargnés. Et tant bien que mal, au fil de leurs décisions, bonnes ou mauvaises, il se fraient un chemin à travers les guerres, les crises, les catastrophes.

C’est un roman intimiste et discret, fort, violent, qui met l’humain au centre de tout, mais nous montre qu’on a bien peu de contrôle. L’histoire à tout d’une grande tragédie, où les personnages, ballotés par le destin et les coups du sort, se battent contre les courants souvent défavorables. Et s’il ne propose pas de grand remède à la vie, à la destruction et à l’individualisme, il nous propose de continuer à avancer. Dans quel but ? Il ne nous le dit pas. Sa grande force, ce sont ces personnages, des gueules cassées qui avancent parce qu’elles n’ont pas d’autre choix. Qui font avec. Parce que si l’homme est l’instrument de sa propre destruction, il en est également la première victime.

Un roman poignant donc, magistralement bien écrit, dans un style simple, épuré, emprunt de mélancolie. J’avoue que depuis que je l’ai lu, je ne peux m’empêcher d’observer les arbres dont je croise la route, de remarquer leur feuillage parfois clairsemé, et d’éprouver une crainte sourde pour notre avenir… et le leur.

Pour info :
éditions Albin Michel (traduit de l’anglais par Sarah Gurcel), collection Terres d’Amérique, 658 pages, 22.90€

Publié dans Bouquinade, Roman

The Kissing Booth (Beth Reekles)

Ami du jour, bonjour !

Continuons pour un temps notre tournée des lectures estivales. À l’approche de la sortie du 3e opus sur Netflix, je te propose de découvrir ce que j’ai pensé de ma lecture de The Kissing Booth. Et franchement, je ne le dis pas souvent, mais… le film est mieux.

Sarakontkoi ?
Elle et Lee sont amis depuis leur plus tendre enfance. Pour la fête du lycée, ils décident de proposer un stand à bisous. Un imprévu force Elle à animer le stand ; parmi les garçons qu’elle doit embrasser se trouve Noah, le grand frère de Lee, dont elle est secrètement amoureuse depuis des années. Ce premier baiser fait naître de nouveau sentiments entre les deux adolescents, qui cachent leur relation naissante à Lee. Parce que, pour Lee, Noah + Elle, c’est impossible…

Tenpenskoi ?
Franchement ? Aucun intérêt. Cela dit, j’avoue que mon avis est tout à fait biaisé par le fait que le film Netflix est vraiment cool. La relation complice entre Lee et Elle ? Disparue. Leur amour du Dance Dance Revolution ? Envolé. La tension entre Elle et Noah ? Bof bof. Franchement, en dehors des passages de léchouillage de face et le fait qu’Elle trouve Noah « trop beau », il ne se passe pas grand chose. Elle est naïve, parfois franchement bêbête. Le roman manque cruellement de bienveillance envers ses personnages qui sont un ramassis de clichés. Là où le film n’hésite pas à évoquer un certain éveil sensuel, on trouve une gamine prude. Toute la profondeur du personnage de Noah, son combat perpétuel contre la violence qu’il contient, tout ça, poubelle. C’est un simple jeu de cache-cache avec Lee qui s’installe.

Le style est inexistant, le roman est même parfois vulgaire. Bref, je n’ai pas grand chose de plus à dire si ce n’est : regardez les films sur Netflix et lisez Quatre filles et un jean si vraiment vous voulez des dilemmes adolescents, une découverte du corps, de la sexualité, une recherche profonde sur ce qu’on aimerait devenir plus tard… parce que là, franchement, c’est raté.

Pour info :
Traduction : Brigitte Hébert
Grand Format : éditions Hachette Romans, 288 pages, 15.90€
Poche : Le Livre de Poche Jeunesse, 288 pages, 5.90€

Publié dans Bouquinade, Roman

Les Sept Sœurs, T1 : Maia (Lucinda Riley)

Ami du jour, bonjour !

Une fois n’est pas coutume, je te parle d’un premier tome sans avoir lu la suite de la série (si tu suis le blog depuis un petit bout de temps, tu sais que je préfère te parler de la série dans son intégralité). Mais là, c’est l’été, et pour le coup, c’est une chouette lecture pour l’été. Donc l’un dans l’autre, c’est une bonne idée de t’en parler maintenant. CQFD.

Sarakontkoi ?
Un riche millionnaire adopte à travers le monde 6 petites filles qu’il nomme d’après les Pleiades. À sa mort, dans de mystérieuses circonstances, il lègue à chacune d’elle un indice qui leur permettra de découvrir leurs origines, et l’histoire de leur famille. Ce premier tome suit les pas de Maia, l’aînée, qui quitte la maison familiale pour suivre les traces de son aïeule au Brésil…

Tenpenskoi ?
J’ai écouté le roman sur Audible, après avoir décidé qu’il était important pour moi de découvrir ce best-seller qui enflamme nos lectrices à la librairie (soyons honnêtes, le lectorat est plutôt féminin…). Pour ne pas perdre le précieux temps que je ne trouve déjà pas pour lire les romans que j’ai dans mes étagères, j’ai opté pour l’audio. Et pour être tout à fait honnête… j’ai bien aimé ! Ce fut une lecture/écoute très récréative, qui m’a emportée à travers le début du XIXe chez les nouveaux riches de la haute société de Rio de Janeiro. On y suit la conception et la construction du Christ Rédempteur sur le Corcovado, en même temps que l’histoire de l’aïeule de Maïa, déchirée entre son devoir de fille héritière et son envie de liberté, entre l’amour d’un père et celui d’un homme qui ne peut lui offrir ni confort ni sécurité. C’est aussi l’histoire de la jeune Maïa, trop longtemps enfermée dans sa petite vie reculée à la villa d’Atlantis, poussée par son père à découvrir qui elle est vraiment.

C’est une chouette enquête personnelle, mêlée à l’Histoire, et une introduction bien construite à une série qui, je l’espère, tiendra ses promesses. La fin laisse présager un mystère qui planera, je pense, sur la totalité de la série. Ce premier opus présente également les six sœurs, leurs caractères très différents, et laisse planer le doute sur l’existence d’une septième sœur (les Pleiades sont sept, et il en est plusieurs fois question au début du roman). Le style est fluide et factuel, immersif, les aller-retours entre les époques bien gérés. Bref, une lecture fort agréable qui éveille ma curiosité sur les suites. Je pense donc continuer mon écoute en saupoudrant mes temps morts des tomes suivants.

Pour info :
Traduction de l’anglais : Fabienne Duvigneau
Grand format : éditions Charleston, 527 pages, 19€
Poche : éditions Le Livre de Poche, 672 pages, 8.90€

Publié dans Bouquinade, Roman

Plus drôle que toi (Rebecca Elliott)

Ami du jour, bonjour !

Allez, on part pour une lecture qui n’était pas au programme, mais comme je reçois deux-trois petites choses de chez Gallimard Jeunesse, faut bien que je voie ce que ça donne. Cet éditeur restera celui de mon cœur, que je défendrai bec et ongles quoi qu’il arrive, celui d’Harry Potter, de Timothée de Fombelle, de Roald Dahl et de Motordu… mais parfois, quand même, faut savoir être objectif. Et là…

Sarakontkoi ?
Haylah, 14 ans, est grosse. Et plutôt que de subir les moqueries, elle préfère prendre les devants : elle veut qu’on l’appelle Truie. Et puis, Haylah est une rigolote, elle aime faire rire. Son rêve : faire du stand-up. Alors lorsque Leo Jackson, le beau gosse du lycée, présente un petit numéro devant tous ses camarades, Haylah se dit qu’elle pourrait utiliser ses dons pour souffler quelques bonnes vannes à Leo, mais en secret, genre Cyrano de Bergerac. Mais est-ce vraiment une bonne idée ?

Tenpenskoi ?
Sincèrement, je ne m’attendais pas à grand chose… et je suis quand même déçue. Sans pour autant dire que le livre est mauvais, je l’ai trouvé fade. J’ajouterai même que plusieurs aspects m’ont dérangée dans cette histoire. Pour commencer, une adolescente en surpoids qui veut garder le contrôle de son image et impose à ses camarades de l’affubler d’un sobriquet aussi vulgaire et rabaissant que « Truie« , ça m’a choquée. Même si une partie du roman va explorer le chemin d’Haylah vers l’acceptation d’elle-même, je trouve ça d’une violence incroyable. Et ça m’a complètement sortie de ma lecture.

Ensuite, toute l’intrigue se concentre sur l’humour, et insiste sur le fait que les personnages sont drôles. Pente glissante, balle dans le pied ! Surtout quand on assiste aux performances desdits personnages que, personnellement, je n’ai pas trouvé drôles. Parce que le stand-up, c’est plus que de la réplique qui fait mouche : c’est une prestance, des intonations, des silences… Vouloir retranscrire ça à l’écrit, ça a un effet… forcé. Du coup, on dirait de mauvais comiques au Jamel Comedy Club, le genre qui te mitraille de vannes qu’il veut percutantes mais qui tombent à l’eau.

Et puis les stéréotypes sur les ados. Et puis le style… Bref, j’ai trouvé cette lecture très anecdotique, pas si drôle alors qu’on me survend l’humour, et assez clichée. Franchement, pas nul pour autant, parce que j’étais contente pour Haylah à la toute fin du roman, mais pas bon non plus. Sans grand intérêt donc. Ce qui me fait réfléchir, c’est qu’il s’agit d’une traduction, ce qui veut dire qu’il a fallu acheter les droits de ce roman à l’étranger, ET le faire traduire ce qui, après avoir lu le texte, me paraît être une perte de temps et d’argent. M’enfin, si vraiment tu n’as rien d’autre sous la main et deux heures à tuer, pourquoi pas. Pour ma part, ça part en boîte à lire.

Pour info :
Gallimard Jeunesse (traduit de l’anglais par Faustina Fiore), 400 pages, 17.90€