Publié dans Bouquinade, Policier / Thriller

Cinq petits cochons (Agatha Christie)

Amis du jour, bonjour !

Peut-être que vous le savez, peut-être pas, mais j’adore Agatha Christie. Depuis que ma maman m’a fait découvrir Dix petits nègres (pardon : Ils étaient dix), mon amour pour elle n’a cessé de croître. La preuve, elle a donné son nom à l’énorme loukoum bavard qui me sert de chat (que j’aime à la folie). J’ai lu ses romans les plus connus, et quelques autres au gré de mes trouvailles en boîte à lire, et j’avoue que j’ai éprouvé un regain d’intérêt en écoutant les retours d’Alexis sur sa chaîne YouTube Linksoff. Cinq petits cochons est un roman qu’il a adoré, je me suis donc lancée…

Sarakontkoi ?
Le célèbre Hercule Poirot est sollicité par une jeune femme sur le point de se marier. Incapable de construire son avenir sans démêler son passé, elle souhaite résoudre l’énigme que sa mère lui a laissée avant de mourir ; dans une dernière missive, elle confie en effet à sa fille, après 16 ans de prison, qu’elle n’est pas coupable du meurtre de son père. Il est temps pour Hercule Poirot de déterrer des secrets enfouis.

Tenpenskoi ?
L’originalité de ce roman tient dans sa narration puisque la journée durant laquelle le meurtre a été commis vous est racontée pas moins de quatorze fois ! Par les avocats des deux partis et deux agents de police, pour commencer, mais aussi par les cinq personnes présentes sur les lieux, une fois en personne directement à Hercule Poirot, puis une fois par écrit. J’imagine d’ici vos yeux exorbités : quatorze fois la même histoire ? Oui oui cher lecteur, et laisse-moi te dire une chose : pas une seule fois je n’ai trouvé ça long. Les points de vue ne sont pas les mêmes, pour commencer, mais les récits deviennent de plus en plus personnels, et sont donc de plus en plus biaisés. Ce sont ces biais que déchiffre Poirot, avec le génie que nous lui connaissons.

L’histoire de cette jeune femme, la manière dont elle a construit sa vie, et dont elle entrevoit son avenir m’ont beaucoup émue. C’est une histoire d’héritage, de jalousie, d’amour, d’ambition. Et comme Poirot, on est tantôt fascinés, tantôt sceptiques face aux incohérences qu’a dessinées le temps, et si je n’ai pas résolu l’enquête moi-même, je me suis délectée du travail des petites cellules grise du plus belge des détectives. Agatha Christie fait mouche, encore une fois, même si son génie n’est plus à démontrer…

Pour info :
éditions Le Livre de poche, trad. de Jean-Michel Alamagny, 256 pages, 5.60€

Publié dans Bouquinade, Roman

Petit déjeuner chez Tiffany (Truman Capote)

Ami du jour, bonjour !

Si tu as vu ma dernière vidéo, dans laquelle je te présente tous les livres que j’aimerais — non, que je vais — lire en 2024, tu y as forcément aperçu celui-ci. C’est l’un des romans qui a le plus attendu que je le lise. Mon petit cœur se serre à la pensée que son tour est enfin venu…

Sarakontkoi ?
Dans le New-York de l’après-guerre, le narrateur replonge dans ses souvenirs de la jeune et libre Holly Golightly, de ses rêves, de sa fougue et de son amour pour le magasin Tiffany, dont le luxe l’apaise. Pas une croqueuse de diamants, pas une enfant, mais pas tout à fait une femme, Holly Golightly charme et marque au fer rouge les hommes et les femmes qui croisent sa route.

Tenpenskoi ?
Ma maman ayant adoré l’adaptation cinématographique, Diamant sur canapé (que l’on ne présente plus), j’ai sauté sur l’occasion lorsque, pour mon premier salon du livre, j’ai vu un exemplaire du roman dans un élégant coffret. Tu l’auras peut-être compris, il a attendu bien longtemps sur mes étagères. Le livre, à ma grande surprise, ne contient pas un roman, mais quatre nouvelles, dont la plus longue a donné son nom au recueil. On y rencontre cette jeune femme d’une apparente naïveté, libre et farouche, brûlant pourtant de trouver la personne qui la fera se sentir chez elle. En attendant, elle multiplie soirées et rencontres, allumant dans le cœur des hommes une flamme qui consume les femmes de jalousie. Franche comme seuls les enfants savent l’être, impatiente, mélancolique, parfois capricieuse, je n’ai pu m’empêcher de voir en Holly un personnage tragique, qui dans son désir d’appartenance court encore et toujours après un rêve dont elle ignore tout.

Dans une très jolie réplique, qui m’a rappelé Le Petit Prince, Holly explique, en parlant de son chat qu’elle refuse de nommer : « nous ne nous appartenons pas. C’est un indépendant et moi aussi. Je ne veux rien avoir à moi jusqu’à ce que je trouve l’endroit où moi et les choses, on pourra s’appartenir ».

Dans les trois autres nouvelles, La Maison de fleurs, La Guitare de diamants, et Un souvenir de Noël, Capote explore les même thèmes, l’inexorabilité, l’envie d’autre chose, le besoin d’appartenance, les liens que l’on tisse et qui ne se brisent pas… En bref, une lecture marquante, des personnages forts où de petites histoires tentent de se faire grandes… et 14 ans, 7 déménagements et 2 faux espoirs plus tard, la magie a opéré !

Pour info :
éditions Folio, trad. de Germaine Beaumont, 192 pages, 8.30€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Collection Court Toujours / Fantasy

Ami du jour, bonjour !

Aujourd’hui, un billet un peu particulier, je vous parle d’une collection et non d’un roman. Et mieux encore, je vous parle d’une sous-collection ! Il y a quelques années, Nathan a lancé sa collection Court Toujours, de très courts romans — je dirais même de novellas (non, les truc espagnols à l’eau de rose, ce sont des novelas, c’est différent) — qui proposait aux adolescents de découvrir le texte en version papier, e-book ou audio. Très chouette démarche donc. Et encore mieux, deux de ces textes sont de la fantasy…

Sarakontkoi ?
Il était ma légende : Le fils d’un noble rêve de rencontrer Elok d’Endar, son héros, celui qui a terrassé les ombres qui menaçaient le royaume. Il décide donc de quitter ses privilèges pour être formé par lui. Mais il découvre un terrible secret qui remet tout en cause…
Le roi des Sylphes : Le royaume des Monts Brumeux, où vivent les Sylphes, est de plus en plus menacé par les humains. Il est temps pour le jeune prince des Sylphes de prendre sa place de futur roi et de subir le rituel qui effacera en lui toute humanité. Mais il ne rêve que d’une chose : rejoindre le monde des humains.

Tenpenskoi ?
Moi, quand tu me parles de fantasy, je me dis toujours que ça demande une grosse construction d’univers, que c’est nécessairement long. Estelle Faye et David Bry ont pulvérisé cet a priori. C’est tout le talent des nouvellistes : écrire des histoires courtes et pourtant complètes et percutantes. Ici, je ne suis même pas certaine que le nom des protagonistes soit cité, en tout cas, je ne m’en souviens pas du tout, et ça ne me gêne aucunement.

La nouvelle, c’est par définition un texte court qui comporte deux éléments essentiels : une unité d’action (il y a UN élément perturbateur, UNE péripétie) et peu de personnages. Et puis, si je m’écoutais, une bonne chute. Une nouvelle, c’est comme une blague, ça se construit, ça se raconte, mais surtout, il faut que la chute soit bonne. En l’occurrence, c’est le cas, et j’ai été bluffée par l’efficacité de ces deux textes, très similaires dans leur construction (raison pour laquelle j’ai choisi de n’en faire qu’un billet).

Alors, on le conseille à qui ? À des ados donc la lecture n’est pas l’activité favorite, et à tous les lecteurs, petits et grands, qui veulent s’essayer à la fantasy. De mon côté, je surveille les prochaines propositions du genre chez Court Toujours, et vous conseille de vous pencher sur cette jeune et néanmoins efficace collection.

Pour info :
chez Nathan, coll. Court Toujours
Il était ma légende, de Estelle Faye, 63 pages, 8.50€
Le Roi des Sylphes, de David Bry, 64 pages, 8.50€

Publié dans BD, Bouquinade

Avez-vous lu les classiques de la littérature ? Vol. 1 (Pascale Frey/Soledad Bravi)

Ami du jour, bonjour !

Partons du côté d’un graphique humoristique mais aussi très instructif qui m’a été offert par ma frangine et me permet de me la péter et de prétendre que j’ai lu beaucoup de classiques, ce qui est faux et cette phrase est beaucoup trop longue.

Sarakontkoi ?
Dans un style léger et très moderne, Soledad Bravi et Pascale Freye découpent et résument pour nous, en quelques cases explicites et hilarantes, l’histoire des grands classiques de la littérature. De Gatsby à Autant en emporte le vent, en passant par À la recherche du temps perdu ou Au bonheur des dames, les classiques passent sous l’œil scrutateur des deux autrices.

Tenpenskoi ?
En plus d’être drôle, il faut avouer que ça désacralise beaucoup ces classiques qui nous effraient par leur niveau de langue, leur complexité, leur longueur. Franchement, en dehors de Proust, qui reste indigeste même une fois résumé, je me suis dit « oui, pourquoi pas ». Un tel ouvrage a deux utilités : primo, si tu ne souhaites pas lire les ouvrages en question, tu peux toujours savoir grosso merdo de quoi ça parle, et comment ils sont articulés, connaître les noms des protagonistes et ainsi ne pas avoir l’air con quand ton intello de collègue te sort une ref que tu n’as pas. Secundo, si comme moi tu es une petite nature et que les classiques te font une peur bleue, genre pire que The Blair Witch Project parce que là au moins tu sais à quoi t’en tenir, connaître l’histoire peut désacraliser l’œuvre et la rendre beaucoup plus accessible (les romans sont sortis au millénaire dernier les gens, à un moment, c’est fini la peur des spoilers).

J’estime donc qu’en plus d’une belle tranche de rire, j’ai aussi gagné une porte d’entrée très utile vers ces romans qui autrement auraient pris la poussière sur mes étagères et n’auraient servi qu’à me faire passer pour une intellectuelle que je ne suis pas. D’utilité publique donc !

Pour info :
éditions Rue de Sèvre, 168 pages, 15€

Publié dans Albums, Bouquinade

Il était une autre fois (Anne-Fleur Multon/Célia Housset)

Ami du jour, bonjour !

L’an dernier, comme chaque année, j’ai proposé au mois de juin une table des fiertés, sur laquelle je proposais aux enfants/ados/adultes de découvrir de la littérature queer. Parmi les propositions qui m’avaient été faites lorsque j’ai interrogé la communauté Instagram, il en est une qui a retenu mon attention… Et c’est ce dont je vous parle aujourd’hui.

Sarakontkoi ?
Une fois n’est pas coutume, comme il s’agit d’un recueil d’histoires, je vais utiliser le résumé éditeur, pour ne pas trop divulgacher…

Dans un décor d’hiver glacé, trois contes bien connus ont été revisités.
Il était un royaume, déposé près d’un lac et bordé d’une forêt…
Où Sandre n’était pas un garçon mais bien la libre Cendrillon.
Où Belle affrontait une Bête qui ne l’était pas et découvrait le consentement.
Où un petit garçon recevait pour Noël un étrange Casse-Noisette.
Il était temps qu’il soit une autre fois.

Tenpenskoi ?
Dès le départ, j’ai été intriguée par la démarche. Tu le sais si tu es ici depuis quelques années, j’aime les réécritures de contes, et c’est comme ça que j’ai appréhendé ce recueil. Comment réécrire des histoires surannées, donner un nouveau visage aux personnages surexploités dont le message initial a été balayé il y a belle lurette ? On change leur sexe, et on leur greffe de nouveaux messages, de nouveaux combats. Les contes sont le reflet des sociétés qui se les transmettent. Et le combat ici semble se tourner vers l’identité de genre, la différence et la tolérance.

On garde donc le matériau de base et on change le sexe/l’orientation sexuelle du/de la protagoniste. Ma première réflexion fut : faut-il être queer pour être différent ? Et puis je me suis dit que non, pas forcément, mais qu’ici c’était le sujet du recueil, point. Les textes comme les illustrations sont très chouettes et ouvrent les cœurs comme les esprits. Sandre veut être une princesse ? Il a le droit pardi ! Bref, c’était pétillant, coloré et plein de bon sens, on en reprendrait bien !

Pour info :
éditions On ne compte pas pour du beurre, 72 pages, 17€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

N.E.O., la quadrilogie (Michel Bussi)

Ami du jour, bonjour !

S’il y avait bien un livre que je ne pensais/voulais pas lire, c’est bien celui-ci ! Parce que mes foutus préjugés, et les auteurs adultes qui viennent en jeunesse, ça va bien 5 minutes. Mais un petit lutin chez PKJ m’a affirmé que c’était très bon, et que je devait tenter l’aventure. Bon d’accord, j’essaie, mais c’est sans garantie !

Sarakontkoi ?
Paris, dans quelques décennies. Une catastrophe chimique a eu lieu 13 ans auparavant. Ne restent que des enfants de 13 ans qui n’ont pas été touchés par le nuage de gaz parce que dans le ventre de leur mère. Certains adultes ont survécu assez longtemps pour inculquer les bases de la survie à ces enfants. Justement, à Paris, deux groupes se sont formés : ceux du Tipi (la tour Eiffel), quasi illettrés, vivant au fil des saisons et de leurs cultures. Et ceux du Château (le Louvre), une poignée de privilégiés qui a vécu au rythme des leçons vidéo de Marie Lune, préparés à être les garants de la survie de notre culture. Lorsque Zyzo, qui n’a connu que le Tipi et sa tribu, s’aventure au Château pour espionner, il fait une étrange découverte…

Tenpenskoi ?
Allez, je casse le suspens : j’ai adoré ! Je ne l’ai pas lu mais écouté. Et comment te dire qu’écouter Leonardo DiCaprio (ou sa voix française, Damien Witecka) te lire un bouquin, c’est quelque chose ! Et puis il y a le texte de Michel Bussi qui, contre toutes (mes) attentes, s’est révélé être un excellent conteur. Et moi, je t’en ai déjà parlé, j’aime les conteurs. C’est fluide et solide, la base d’un texte qui t’embarque. Parce que tu fais confiance, l’auteur sait ce qu’il fait et tu as juste besoin de te laisser guider.

Les jeunes protagonistes sont tous incroyablement attachants, à commencer par Zyzomys et Alixe. J’ai un faible pour Saby l’effrontée et Lupo… pour l’étrange Chrysanthe et sa poupée. Bref, une superbe brochette de forts caractères. Au-delà de la survie, la force des liens qui unissent ces gosses est émouvante, certains trahissent d’autres se sacrifient, les jeux de pouvoir s’installent. Tous les ingrédients sont présents et clairement, on n’attend que le dénouement et les révélations qui entourent certains protagonistes (si si, on les sent venir les petites surprises).

Je m’arrête quelques secondes sur la version audio, incroyablement interprétée. Je pense que la lecture de Damien Witecka est pour beaucoup dans mon amour pour cette série, parce qu’il a su donner vie aux personnages. Bien lire, ce n’est pas donné à tout le monde, et là, je dis bravo à Lizzie, la plateforme qui a produit ce livre audio, ainsi qu’à Damien, of course !

Comme quoi, parfois, on est gagnant à ne pas faire la tête de mule !

Pour info :
éditions PKJ
Tome 1 : La chute du soleil de fer, 512 pages, 19.90€
Tome 2 : Les deux châteaux, 672 pages, 19.90€
Tome 3 : L’empire de la mort, 640 pages, 19.90€
Tome 4 : Les moulins de Pandore, 496 pages, 19.90€

Publié dans Bouquinade, Roman historique

L’Apprentie Cartomancienne (Aurélie Croizé)

Amis du jour, bonjour !

Il est temps pour moi de vous parler d’un roman qui me tient à cœur puisque j’ai eu le privilège de faire partie des bêta-lectrices de son autrice avant présentation aux éditeurs (et que j’ai donc connu ses personnages cloués au pilori de leur passion). C’était une merveilleuse rencontre, et un très chouette projet, que je m’en vais vous présenter sans délai !

Sarakontkoi ?
Dans le Paris napoléonien, la jeune Louise vit seule dans les rues, elle est diseuse de bonne aventure, pas qu’elle soit voyante, mais elle sait très bien observer. Lorsque Marie- Anne Lenormand la repère, elle la prend sous son aile. Tandis que sa mentore est arrêtée pour trahison, Louise doit utiliser ses cartes pour aider l’inspecteur Brandicourt à élucider un étrange meurtre.

Tenpenskoi ?
Mais que voilà un récit intelligent, bien écrit, amoureux de son sujet, porté par la plume humble et légère de son autrice ! Et je ne dis pas ça parce qu’elle m’est chère… vous connaissez ma réticence à lire des romans auto-édités ou avant édition ; eh bien ceux d’Aurélie, je les lis. Et je les aime. Parce que derrière la plume maîtrisée, il y a cette femme modeste et avide de savoir et de partage. Le souci apporté aux détails historiques est tel qu’elle fait souvent appel, dans ses projets à des professionnels (historiens, psychologues, etc.). Et ça, c’est un premier argument de choc.

J’ai aimé visiter la cour de Joséphine, les bas-fonds parisiens et les tripots, l’univers de la divination, que je connais très peu, et je découvre dans le roman édité des notes de bas de page sur le contexte historique et la culture à cette époque, sur les cartes, et même quelques doses d’humour ! Louise est douce, patiente intelligente, et j’aime beaucoup la relation de confiance qu’elle établit avec Brandicourt. La romance est chou (moins sulfureuse que dans les premiers jets, clin d’œil) sans être prédominante. Bref, c’est un roman tout en douceur, qui maîtrise son rythme et son sujet, que du bonheur ! On espère en voir plus (LOL, on va en voir plus), pas forcément dans une suite, mais sur d’autres thématiques, d’autres époques et pourquoi pas d’autres univers…

Pour info :
éditions Gulf Stream, collection Echos, 288 pages, 17€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Fourth Wing, tome 1 (Rebecca Yarros)

Amis du jour, bonjour !

Si vous suivez un peu les réseaux (j’allais dire « la blogosphère », mais LOL, plus personne ne tient de blog en dehors de quelques millennials !), vous avez forcément vu passer ce roman, au moins une fois ! Quel.le influenceur.se n’a pas essayé de vous le vendre dans sa V.O., n’a pas taquiné votre curiosité en vous annonçant sa sortie en français ? Eh bien chers lecteurs, je l’ai lu, mouton dévoué à la cause que je suis.

Sarakontkoi ?
Violet Sorrengail, atteinte d’une maladie chronique invisible (on s’en doute, ce n’est jamais nommé), se destinait à devenir scribe. Mais sa mère, Générale à la tête de l’Académie, grande Cavalière (chevaucheuse de dragons) elle-même, en a décidé autrement : elle aussi chevauchera un dragon. Dans ce quadrant de l’Académie, où les faibles sont éliminés par la difficulté des épreuves, leurs propres camarades ou les dragons eux-mêmes, Violet devra survivre, en gardant dans son viseur le fils du chef rebelle, lui aussi forcé d’intégrer l’Académie. Et il a des raisons de la détester : c’est la Générale Sorrengail qui a fait exécuter son père et tous les autres rebelles…

Tenpenskoi ?
Moi, on m’a vendu une fantasy avec de la romance, qui n’était pas une romantasy. Quelle est la différence ? En romantasy, la romance est un peu l’enjeu du truc, à la rigueur, l’arrière-plan, on s’en fout un peu. Là, c’est limite-limite… mais j’y reviendrai.

En termes de style, je n’ai rien à dire. Mais vraiment. Rien. Ce n’est ni bon, ni mauvais. Disons que vous ne sortirez pas ce bouquin de vos étagères parce qu’il est bien écrit, mais vous ne le poserez pas parce qu’il est mal écrit. En revanche, je ne sais pas à quoi m’attendre sur la traduction… En tout cas, l’intrigue est bien menée, ça se lit tout seul. J’ai trouvé intéressant de voir Violet évoluer et se maintenir au niveau par des subterfuges divers plutôt que par la force, qu’elle n’a pas. C’est une héroïne intelligente pas (trop) casse-bonbons, ce qui change de bien des protagonistes féminines en fantasy/romantasy (coucou Feyre). Le protagoniste masculin, Xaden, est fort intéressant, physiquement intelligent (mais pas que), il se dévoile comme un bon maroilles : ça pue au début, mais en fait, c’est vachement bon.

Pourquoi je parlais de romantasy tout à l’heure ? Violet et Xaden, son soi-disant ennemi, c’est grillé qu’ils vont se sauter dessus ! Leur souffle se coupe quand ils s’approchent, elle, elle a la chair de poule dès qu’elle le voit… et on a droit à deux scènes de sexe (consenti) monumentales (10 pages !) qui ont fait grimper la température dans ma culotte Dim 100% pur coton ! Beaucoup argueront donc que ce n’est pas de la romantasy, moi je trouve qu’on flirte dangereusement avec quand même.

Le glop : une héroïne intelligente et forte, des dragons trop cools (vraiment, ce son des personnages à part entière, leurs motivations et leur mode de fonctionnement sont intéressants), la formation d’une chouette bande de camarades, et un personnage atteint d’une maladie chronique invisible (syndrome d’Ehlers-Danlos visiblement, dont souffre l’autrice). Le pas glop : mais POURQUOI quand une nana est forte, c’est le mec qui doit la valoriser ? Xaden insiste beaucoup sur la force de Violet (contrairement à d’autres personnages masculins), il la pousse à dans ses retranchements, mais pourquoi faut-il que ce soit lui qui défende sa valeur et son courage ?

Bref, lecture très sympa (mon plaisir coupable, je l’avoue), mais d’après ce que j’ai entendu du tome 2, ça me donne peu envie de m’y replonger… c’est dommage !

Pour info :
éditions Stardust (trad. Karine Forestier), 400 pages, collection Romantasy (alors les rageux !), 21.50€

Publié dans Bouquinade, Utopie / Dystopie

Noblesse oblige (Maïwenn Alix)

Amis du jour, bonjour !

Il y a quelques temps, la fabuleuse Carole (qui nous dorlote, nous, libraires de Paris et de Province) m’a envoyé un texte prometteur et m’a demandé si j’étais d’accord pour lui faire un retour. Vous me connaissez, je ne dis jamais non quand on me demande de donner mon avis (la grosse relou).

Sarakontkoi ?
Imagine, la Révolution française a échoué, la monarchie, la noblesse et les privilèges sont restés établis. Dans un contexte très moderne, la France va, une saison encore, voir les fils de noble famille choisir leurs épouses devant les caméras de la télé-réalité Noblesse Oblige. Gabrielle Lacroix, dame de compagnie d’une riche famille, à qui la noblesse française a tout pris, décide d’accepter d’intégrer l’émission afin de donner aux révolutionnaires de quoi faire tomber la monarchie…

Tenpenskoi ?
Je vais être franche, sur les premiers chapitres, je me suis retrouvée dans La Sélection, de Kiera Cass , mais à la française, à la seule différence que si les USA étaient retournée à la monarchie, la France, elle, ne l’avait jamais quittée. Sur cette première partie, j’ai eu du mal à me dire que si le pays avait conservé ce régime politique fait de fausse bigoterie et de privilèges, jamais elle n’aurait pu évoluer technologiquement et ressembler autant à ce que nous connaissons aujourd’hui. Et cette pensée m’a accompagnée tout le long des premiers chapitres. À peine avais-je fait taire cette petite voix que le roman commençait à basculer vers une sorte de romance un peu étrange, pas vraiment affirmée. Enfin, alors que je me demandais on se dirigeait le texte, il a carrément pris un virage à 180°, pour me gifler d’une aller-retour bien senti.

On garde les frous-frous, les cancans et les faux-semblants propres à ce Bachelor archaïque, mais on y rajoute un brin de violence. Et quand je dis violence, je dis violence. Ça surprend quand on n’est pas averti (croyez-moi, j’ai fait partie des victimes). Le propos n’est pas beaucoup plus étoffé, mais on plonge plus dans une ambiance de thriller que dans la romance. Sur la dernière partie du roman, j’avoue, je me suis un peu bouffé les petites peaux autour des ongles (ma façon à moi de te dire que j’étais pas sereine). Et tu serres les fesse pour les personnages secondaires… à raison. Toutes les têtes peuvent tomber, et vu le ton du roman, la victoire de Gabrielle n’est absolument pas garantie.

On en pense quoi du coup ? Du très bon : le suspens, la construction de l’antagoniste, et la fin, quand même ouais, la fin. Mais aussi du moins bon : pour moi, le contexte historique était un peu facile (pas de Révolution donc la France, c’est comme aujourd’hui, mais avec un roi et des exécutions), les personnages secondaires très cools mais un peu sous-exploités, j’aurais pas dit non à quelques chapitres de plus. Et c’est con, mais c’est cette naïveté politique qui m’a empêché d’avoir le coup de cœur que beaucoup ont eu… Alors que purée, la fin quoi !

Pour info :
éditions Slalom, 400 pages, 18.95€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Mille Pertuis, tome 1 : La Sorcière sans nombil (Julia Thevenot)

Ami du jour, bonjour !

J’en cause, j’en cause (sur les réseaux, autour de moi) mais il serait peut-être que temps que je rédige cette chronique, nom d’une pipe en bois !

Sarakontkoi ?
Ortie a une quinzaine d’années. C’est une sorcière, et la sorcellerie, c’est une histoire de femmes. Très jeune, Ortie apprend qu’elle devra suivre son destin, son Nord, auquel elle est rattachée par le nombril. Seulement voilà, quand on est une enfant, qu’on joue avec les copains, ces histoires métaphoriques de Nord, de destin, de secret autour de la magie, ça ne veut pas dire grand-chose. Et Ortie commet la plus grosse erreur qu’une sorcière puisse commettre… Et passe les années qui suivent à tenter de la réparer.

Tenpenskoi ?
Quand j’ai reçu le bouquin de la part de Gallimard Jeunesse (parce que oui, c’est un service presse), ma première réaction a été « chouette couverture ! » En lisant la quatrième, je me suis gratté un peu le scalp. C’était chelou. Une sorte d’aura étrange se dégageait du roman. Et puis cette couverture, quoi ! Des Tic-tac, un stylo, des plantes, une cup menstruelle… aucun sens. J’ai commencé ma lecture, et j’ai calé. L’espace d’un instant, je me suis demandé ce qu’on m’avait envoyé. Mais j’étais fascinée, de cette fascination qui maintient nos yeux ouverts devant une scène bizarre au ciné. Et enfin, sans que je comprenne comment ni pourquoi, je me suis retrouvée, telle une mouche imprudente, prise dans la toile de Julia Thévenot.

Mille Pertuis, c’est une histoire de femmes, au sens le plus littéral et cru du terme. La sorcellerie est un monde de femme, et la magie vient de leur corps. Leur salive, leur sang… et donc leurs menstrues (oh, écoute, prends un dico !). C’est une magie viscérale, crue, organique, pas jolie. Mais tellement pratique, physique, tangible ! Ortie est un personnage touchant, dès son enfance. Sa petite sœur, l’impayable Ronce au régime alimentaire peu habituel (sauf si t’aimes la Javel), et la parfaite aînée Épine, fière et appliquée, la mère mystérieuse, sont géniales. Bref, je sens bien qu’on ne me dit pas tout, que comme Ortie, je navigue à vue. J’ai beau avoir 34 ans, mais j’ai l’impression de découvrir mon corps en même temps qu’elle !

C’est drôle, ça questionne, ça avance, ça s’aventure, ça bégaye, ça embraye, et ça finit trop vite. La suite n’arrivera jamais assez tôt !

Pour info :
Gallimard Jeunesse, 432 pages, 19.90€