Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

La Fille d’encre et d’étoiles (Kiran Millwood Hargrave)

Ami du jour, bonjour !

Toi qui me suis sur Insta, tu auras remarqué le décalage entre mes retours en stories et mes retours écrits… Les boules, il faut vraiment que je rédige mes chroniques au fur et à mesure. Je le dis, mais vais-je le faire ? C’est parfois compliqué de faire un retour écrit, et donc construit, à chaud. C’est parti pour une lecture que j’ai terminée en janvier, qui traînait dans ma PAL depuis 3 ans (c’est pas si pire, crois-moi), que j’ai sorti grâce à Justine (du compte @lesgardiensdelabibliothèque) pour une lecture commune.

Sarakontkoi ?
Il y a bien des années est arrivé sur l’île de Joya un gouverneur tyrannique qui a décrété que personne ne pouvait plus en partir, ni se rendre au nord de l’île, déclarée zone interdite. Isabella, 13 ans, vit sur l’île avec son papa, un cartographe renommé. Sa meilleure amie n’est autre que Lupe, la fille du gouverneur, avec qui elle se dispute, et qui, pour prouver sa valeur, s’enfuit dans les forêts du Nord. Envahie par la culpabilité, Isabella accompagne, en tant que fille de cartographe, le gouverneur et sa suite pour tenter de sauver Lupe…

Tenpenskoi ?
Résumer ce roman s’est avéré assez complexe pour moi ; je t’ai parlé d’une partie de l’histoire, mais il me paraît évident que tout ça est bien vide, parce que je ne t’ai pas parlé des légendes de l’île. L’intrigue principale est imprégnée de tout un folklore local, de combats entre une bonne déesse nourricière et un démon avide. C’est un réel conte initiatique, que j’ai rapproché dans sa forme de celui de Vaiana (oui oui, le Disney) où la protagoniste grandit, mais entraîne également dans son sillage bien des changements, et la réalisation d’une sorte de prophétie. Il y est question de vengeance divine, de combat entre le bien et le mal, la nature et le feu.

Le roman, tant dans la légèreté — et presque la poésie — de son texte, que dans la construction de ses personnages, est un réel délice. L’autrice n’essaie pas de créer des personnages d’enfants (souvent trop ingénus/perspicaces/innocents), elle les laisse au contraire s’épanouir ; elle ne les épargne d’ailleurs pas dans leurs épreuves. Elle fait appel à l’intelligence émotionnelle du jeune lecteur en ponctuant son récit de mille dangers (tout à fait réels), en les confrontant à la mort et au mensonge. La fin en particulier m’a beaucoup touchée, parce que bien qu’elle soit assombrie par des événements dramatiques, c’est aussi une libération, au sens propre comme au figuré. Une libération de la parole, des désirs, des espoirs, un renouveau. Bref, une superbe lecture, tout à fait inattendue.

Pour info :
éditions Michel Lafon (trad. de l’anglais par Philippe Mothe), collection Poche, 307 pages, 6.60€

Publié dans BD, Bouquinade

Bergères Guerrières, T1 à 4 (Jonathan Garnier / Amélie Fléchais)

Ami du jour, bonjour !

Tu le sais peut-être, parler d’un coup de cœur, c’est compliqué. Parce qu’on a peur de ne pas rendre justice à ces petits chefs-d’œuvre, de mal expliquer, ou de ne pas savoir quoi dire, à part : « c’est trop bien » (ce qui ne constitue pas un réel argument en soi). Alors je me lance, et si je me plante, tu le sauras, j’ai kiffé sa maman.

Sarakontkoi ?
Voilà 10 ans que les hommes sont partis à la guerre, et que les femmes du village sont sans nouvelles. Face au mal mystérieux contre lequel ils sont partis se battre, hors de question de rester sans défense ! Alors les plus braves des mères, épouses et filles forment le clan des Bergères Guerrières, qui forme les femmes, jeunes ou moins jeunes, à se battre. Cette année, c’est au tour de Molly d’intégrer la formation, accompagnée de son fidèle mouton, Barbe Noire, mais aussi du jeune Liam, qui rêve de faire partie des Bergères Guerrières. Parce qu’au delà des frontières du village, un mal étrange semble se répandre…

Tenpenskoi ?
Une. Pépite. C’est pas un argument, mais c’est la série de BD que je recommande le plus ! Parlons de l’histoire, de cette prise en main du village par un groupe de femmes dont le courage ferait pâlir Merida. Ou des personnages, dont la jeune et intrépide Molly, et de son meilleur ami Liam qui rêve de revêtir la cape des Bergères. C’est drôle et léger, mais suffisamment inquiétant pour qu’on ait envie de s’y plonger, et de comprendre. Pourquoi les hommes ne sont-ils jamais revenus ? Qu’est-ce qui gronde aux frontières des terres connues ? Quel est ce mal qui semble infecter la nature et les animaux ? C’est à la fois une quête, un combat, un conte.

Et c’est foutrement beau ! Coloré, tout choupi, mais aussi inquiétant quand il le faut ! Le trait est rond, les personnages sont expressifs, et cette colorisation ! On dirait de l’aquarelle (ce dont je ne suis pas certaine, il me semble qu’il y a eu un processus numérique, à vérifier). C’est universel et terriblement actuel, ça parle d’écologie, de peur de l’autre, de différence, d’acceptation, de sacrifice. Bref, c’est tout ça, et c’est pour les filles ET les garçons, grands ou petits. Je suis presque triste que ce soit terminé. Je sais pas quoi te dire de plus. Lis la série.

Pour info :
Tome 1 – La Relève, Glénat, 72 pages, 15.50€
Tome 2 – La menace, Glénat, 72 pages, 15.50€
Tome 3 – Le périple, Glénat, 64 pages, 15.50€
Tome 4 – L’Abîme, Glénat, 104 pages, 18.50€

Publié dans BD, Bouquinade

Lore Olympus (Rachel Smythe)

Ami du jour, bonjour !

Quand c’est la cacatastrophe et que ton hôte fait n’importe quoi, faut le dire ! Et avoir une pile à chroniquer aussi grande que sa pile à lire, c’est n’importe quoi. Alors on prend son courage à deux mains et (excuse le langage fleuri) son cul à poignée, ainsi que son carnet de lectures, et on s’y met ma cocotte ! Je vais saigner des doigts, parce que j’en suis encore à te parler de bouquins que j’ai lus en novembre dernier. C’est parti mon kiki !

Sarakontkoi ?
Tu connais le mythe grec de Perséphone, la déesse qui a été enlevée par Hadès pour vivre avec lui aux enfers, mais sa mère, Demeter, trop vénère, décide de laisser les Humains crever de faim si on ne lui rend pas sa fille ? Bah là, c’est cette histoire, mais transposée dans un monde moderne, et Perséphone, cette fois, n’est plus la demoiselle en détresse, mais une jeune fille qui tente d’être maîtresse de sa vie…

Tenpenskoi ?
Je t’ai fait grâce dans mon résumé de toutes les circonvolutions du scénario, mais pour la faire courte, prends une déesse grecque pas trop badass, fais-en une jeune première qui tente de se faire une place dans le monde par ses propres moyens, qui fait ses erreurs et ses choix, et boum, ça fait des Chocapics. J’ai découvert cet univers alors que c’était encore un WebToon (une BD publiée direct sur internet en petits épisodes qui paraissent chaque semaine, ndlr pour sa maman). L’ambiance graphique m’a de suite accrochée. Ces couleurs franches, le trait de crayon, les personnages voluptueux ou anguleux selon leur caractère, bref, un bonbon pour les yeux. J’avoue que le côté épisodique rendait la lecture frustrante, et j’ai arrêté de suivre le WebToon. C’est pourquoi je me suis réjouie de voir qu’il sortait en dur !

Tu l’auras donc compris, je kiffe l’histoire, je kiffe les graphismes. Mais il y a un mais. Deux, même. Le premier, c’est le même reproche (sortons les grandes références) que l’on a fait à Dumas (et que l’on fait encore) : le côté épisodique, c’est sympa, mais tout regroupé dans un ouvrage, ça fait quelques longueurs, même si dans les deux cas, l’œuvre a été retravaillée. Le second « mais » découle également de la forme originelle du WebToon : la mise en page est bof-bof. Comprenez, on est loin du gauffrier (la mise en page avec des cases régulières, genre Tintin), et à la rigueur, ce n’est pas vraiment ce que je demande. Mais comme les cases sont censées être lues sur un écran (plus probablement de téléphone), et défiler de haut en bas (mais jamais de gauche à droite), ça donne un côté très brouillon avec des grands vides blancs entre les accumulations de cases. Je ne dis pas que l’éditeur n’a pas suffisamment retravaillé le visuel (tu la sens la prétérition ?), mais la quasi totalité des cases aurait mérité un retraitement pour que la mise en page soit plus harmonieuse.

Ceci étant dit, j’ai kiffé ma lecture, et même reçu le tome 2 (sorti cet été), et précommandé le T3. Donc c’est tipar !

Pour info :
éditions Hugo BD (traduit de l’anglais par Bligh), 384 pages, 24.95€

Publié dans Bouquinade, Policier / Thriller

Le Fracas et le silence (Cory Anderson)

Ami du jour, bonjour !

Que le Dieu des bloggeurs me pardonne, je suis toujours sur les lectures de novembre, et en plus, une lecture commune avec ma copine Charlotte pour un roman qui nous disait bof-bof au départ, mais qui fut une réelle surprise pour moi.

Sarakontkoi ?
C’est l’hiver. Jack Dahl, 17 ans, retrouve sa mère pendue dans sa chambre. Lui qui n’avait déjà pas grand-chose doit à présent s’occuper de son petit frère, qu’il refuse de confier aux services sociaux. Son seul espoir : un sac plein d’argent que son escroc de père aurait planqué avant de finir en prison.
Ava a 17 ans. Fille d’un baron de la drogue, sa vie ne lui appartient pas. Fermée à tout lien social, elle s’ouvre pourtant à Jack, qu’elle ressent le besoin d’aider bien malgré elle. Mais Jack recherche le sac plein de billets que l’associé du père d’Ava lui a dérobé. Trois gamins, un but… survivre.

Tenpenskoi ?
J’ai adoré ! Bien malgré moi, puisque les romans super dramatiques qui écrasent leurs personnages sous des couches et des couches de misère, je trouve ça un peu chiant. Mais là, on a cette espèce de course à la survie, l’urgence de chaque instant, les plans foireux, et la neige. Toujours la neige, là, comme une protagoniste discrète mais omniprésente, celle qui colle, qui s’insinue partout. Mon conseil : à lire sous un plaid, les enfants !

J’ai adoré ces gamins paumés, qui ne peuvent compter que les uns sur les autres, qui prennent de mauvaises décisions (et tu le sais, toi, lecteur, que c’est pas malin ce qu’ils font). Cory Anderson te ballote, te tire à droite, puis à gauche, te fait croire tantôt que tout est perdu, tantôt qu’il y a un espoir. J’avoue, j’ai été touchée par la misère de Jack et de son frangin. Touchée aussi par la froideur d’Ava dont les certitudes et les barrières s’effondrent. Le style est froid, efficace, brutal. Comme la neige. Le roman est sorti à la fois chez Fleuve noir (adultes) et chez PKJ (ados), et je comprends. La violence dont fait parfois preuve le récit est digne d’un roman noir. Mais ce ne sont que des gamins. Deux éditeurs pour une histoire qui te bouffe les tripes, c’est une belle collaboration.

Pour info :
éditions PKJ, 400 pages, 18.90€
éditions Fleuve Noir, 400 pages, 18.90€
(Traduit de l’anglais par Claire-Marie Clévy)

Publié dans Bouquinade, Policier / Thriller

Angie, T1 (Marie-Aude et Lorris Murail)

Ami du jour, bonjour !

Je suis ravie aujourd’hui de te présenter un duo d’auteurs au talent incontestable (rappelons que MAM vient d’être récompensée du prestigieux prix Hans Christian Andersen) dont le partenariat s’avère d’une efficacité redoutable. C’est aussi le chant du cygne de Lorris Murail, qui signe avec cette série sa dernière œuvre dans une magnifique collaboration avec sa sœur. Et l’épopée de ce roman est tout aussi fascinante que l’histoire de ses protagonistes, crois-moi !

Sarakontkoi ?
Le Havre, début de pandémie. Angie est une gamine de 12 ans tout à fait incroyable. Elle est hypermnésique (se souvient d’absolument tout ce qu’elle voit et entend), et d’une intelligence bien trop dangereuse pour son âge. Elle vit seule avec sa mère, et se prend d’affection pour son voisin de palier, Augustin Maupetit, un capitaine de police taiseux et grincheux immobilisé dans un fauteuil roulant à la suite d’un accident sur les docks. Maupetit, aidé de sa chienne Captain, était sur une affaire de trafic de drogue et de meurtre lorsqu’il a été percuté par une moto. D’abord ennuyé par cette gamine un peu collante, il se prend vite au jeu, et en fait son assistante de terrain, ce qui risque fort de la mettre en grand danger…

Tenpenskoi ?
Les enquêtes policières à la française, chez moi, ça sent jamais bon… en vrai, ça a souvent un petit côté ringard de Derrick, tu vois le genre ? Du coup, Marie-Aude et Lorris ne partaient pas gagnants. Mais j’avais reçu le roman pour une rencontre VLEEL (Varions les Éditions en Live, le compte d’Anthony qui fait un super taf pour organiser des rencontres virtuelles avec des auteurs et des éditeurs). Alors il fallait bien que je le lise. Et puis, je ne refuse jamais un Murail. Et tel est pris qui croyait prendre, je suis tombée dans le panneau de ce roman tout à fait inclassable. Oui, c’est un policier… Mais jeunesse ? Potentiellement. Pas forcément. C’est l’histoire d’une disparition. D’un trafic. D’une gamine géniale. D’un capitaine de police qui craint de rester sur le carreau. D’une mère célibataire. De tout ça. C’est écrit avec une intelligence folle, chaque ficelle d’intrigue se tricottant avec les autres à l’insu du lecteur. Et quand tu t’y attends le moins, boum !, on tire sur un fil, ça détricote mais ça fait autre chose de tout aussi génial.

Et la légèreté de ce style, on en reprendrait bien une part (ça tombe bien, c’est un tome 1, j’ai le 2 sur mes étagères, donc tu en entendras des nouvelles) ! Je te parlais de l’histoire de ce roman : c’est celle de deux frangins, dont l’un, très malade, décide de dédier les dernières années de sa vie à écrire un romans à quatre mains avec sa sœur. Les coups de téléphone le soir, les séances de travail erratiques, épuisantes, les insomnies de l’un qui nourrissent la plume de l’autre. Tout ça sur 4 tomes, dont le dernier sera un ultime hommage de la grande Marie-Aude Murail à ce frère dont elle est si fière. Lis-le, quel que soit ton âge, c’est top !

Pour info :
éditions l’école des loisirs, collection M+, 448 pages, 17€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Londinium, T1 : Un Lapin sous le dôme (Agnès Mathieu-Daudé)

Ami du jour, bonjour !

Attardons-nous aujourd’hui sur un roman qui serait passé tout à fait inaperçu dans ma vie de lectrice et de libraire si je ne l’avais pas reçu, là encore, dans le cadre d’une visio VLEEL (Varions les Éditions en Live, pour rappel). Et quelle perte c’eût été !

Sarakontkoi ?
Dans Londinium cohabitent les Hommes et les Animaux. Ces derniers sont dotés de parole, et vivent peu ou prou comme leurs compatriotes humains. C’est là que vit Arsène, lapin de son état, détective (le meilleur !) de profession. Alors, lorsque son meilleur ami lui demande de retrouver une jeune lapine dont il est fort épris, Arsène mène l’enquête. Cette disparition n’aurait-elle pas un lien avec les attaques de renards, les nouvelles lois peu favorables aux animaux, ou encore d’étranges vols commis un peu partout ? Ses investigations conduiront Arsène jusque sous le Dôme, cet espace privilégié où les Animaux ne sont pas vus d’un très bon œil…

Tenpenskoi ?
Comme je le disais en début de billet, ce n’est franchement pas le roman qui me faisait envie quand je l’ai reçu. Mais c’est l’école des loisirs, et je suis curieuse, parce que je sais qu’ils proposent en général des textes de qualité. Et puis tout ça avait un parfum de Watership Down et de Zootopie, mêlés à du Hercule Poirot (parce que même si Arsène porte le prénom d’un certain Lupin, il n’en a pas moins quelque ressemblance avec un détective belge que j’affectionne particulièrement, doublé d’un locataire de Baker Street).

Alors on te parle d’un roman jeunesse, mais en soi, ça ne l’est pas plus que Watership Down ne l’était ; l’anthropomorphisme a cela de trompeur qu’on a tendance à l’attribuer seulement aux jeunes lecteurs. Il n’empêche que les sujets peuvent être d’une gravité toute adulte ! On y parle discrimination, remaniement social et sociétal, migration de population, ghettos, misère sociale et j’en passe. Et pourtant, ces petits lapins, souris et autres blaireaux, ça rend tout ça diablement accessible. Un roman très court, pourtant parfaitement efficace dans son dérouler. Il ne manque rien, tout y est. C’est un chouette voyage à travers l’Histoire de ce début de XXe siècle, et les conflits qui l’ont jalonné. J’ai aimé, donc.

Pour info :
éditions école des loisirs, collection M+, 208 pages, 14.50€

Publié dans Bouquinade, Roman

À un cheveu (Maëlle Desard)

Ami du jour, bonjour !

Je t’ai rebattu les oreilles avec cette autrice, je t’ai parlé et reparlé de ses romans, et, forcément, lorsque j’ai appris, par le plus grand des hasards, qu’elle publiait chez Slalom, j’ai sauté sur ma chargée de relations libraires favorite, et je l’ai suppliée de m’envoyer le texte en numérique (une envie pressante, ça n’attend pas). Toutes affaires cessantes, je me suis donc jetée sur le manuscrit, espérant recevoir le roman papier par la suite… Il est arrivé, c’est donc le moment pour moi de poster mon avis. Prépare-toi, c’est drôle, c’est percutant, et ça sort le 28 avril.

Sarakontkoi ?
C’est un nouveau départ pour Emma, 17 ans, qui vient d’emménager dans un nouvel appartement avec ses parents et son frère, d’un an son aîné. Très protecteur envers elle, il a déclenché une bagarre dans leur ancien lycée. La raison ? Emma est atteinte d’alopécie, une maladie congénitale à cause de laquelle elle perd peu à peu tous ses cheveux, jusqu’à devenir quasiment chauve et le centre de l’attention moqueuse de ses anciens camarades. Dans ce lycée, ce sera différent : dissimulé sous une perruque, son crâne ne sera plus la cible des mauvaises blagues, ni des regards scrutateurs, même si pour cela, Emma doit abandonner sa passion, la natation, et mentir chaque jour, en vivant dans la terreur que son secret ne soit révélé.

Tenpenskoi ?
Si un roman porte le nom de Maëlle, tu l’auras compris, je fonce sans réfléchir. Au-delà des personnages hors-normes à qui elle prête sa plume, son style désinvolte, désopilant et sarcastique cache toujours sous sa légèreté un message d’auto-acceptation. Et c’est ce que j’aime : au final, que tu acceptes ses personnages, elle s’en tape un peu, l’important, c’est toujours qu’ils s’acceptent eux-mêmes. On arrête donc de faire du pied au lecteur avec de jolis textes bien pensants, on sort son plus beau chapelet d’injures fleuries, et on fonce.

Maëlle parle ici de différence et d’acceptation, mais surtout d’un sujet qui la touche personnellement, ce qui rend le texte et cette espèce de résilience face à la fatalité très réels. Et elle ne s’arrête pas là : elle aborde des sujets comme les relations toxiques que l’on entretien parce qu’on s’y sent obligés pour ne pas perdre pieds ; l’exposition des ados aux réseaux sociaux, leurs bienfaits comme leurs risques ; et enfin, les liens qui unissent les membres d’une même famille, parfois complexes, forts, inavoués, désintéressés. C’est plein de bonnes ondes, mais ça dit ce que ça a à dire. Ce roman est d’utilité publique, il est urgent de le lire, petits et grands lecteurs, de le lire, et de partager votre lecture. Maëlle rend ses lettres de noblesse à une littérature ado/YA française contemporaine dont je n’attendais plus grand chose. Et rien qu’avec cet argument, toi qui connais la parcimonie avec laquelle je distribue les compliments, tu devrais déjà avoir sauté dans ta voiture pour aller te procurer ce livre chez ton libraire !

Pour info :
éditions Slalom, 317 pages, 14.95€

Publié dans BD, Bouquinade

Les Campbell – Récit complet (Munuera)

Ami du jour, bonjour !

Changeons de registre, veux-tu ? Je te cause un brin BD, avec cette intégrale que m’a (fortement) suggérée mon collègue. En même temps, c’est vrai que c’était chouette (la meuf qui divulgache ses billets –‘).

Sarakontkoi ?
On est sur de la bonne piraterie les enfants ! Campbell a raccroché sa vie de pirate après le décès de son épouse. Aujourd’hui, il s’occupe seul de ses deux filles. Mais un écho venu du passé, un secret de famille bien enfoui, refait surface et l’oblige à reprendre du service.

Tenpenskoi ?
Je suis très mauvais juge en ce qui concerne les illustrations, parce que je n’y connais rien. En revanche, ce que je peux te dire, c’est que celles-là m’ont plu. Le dessin très cartoonesque nous rend les personnages hyper sympathiques. Et cette colorisation ! Toujours dans les tons un peu jaunâtres, elle sait jouer finement pour différencier le présent du passé. Parce que les sauts dans le passé sont le fondement de cette histoire.

L’histoire, venons-y justement. Si sur les premières pages, je me suis dit « moui, pourquoi pas, m’enfin ça casse pas trois pattes à un canard boiteux », au fil du récit et des retours dans le passé, je me suis très fortement attachée à notre protagoniste. On découvre ses ambitions, son amour de la liberté, de la justice (au sens moral du terme), sa fougue et son enthousiasme. Cet amour pour un frère protecteur et omniprésent. Et on commence à rattacher les morceaux petit à petit. C’est beau ! Toute l’histoire tourne autour de la famille au sens large comme au sens intime du terme. Des rancœurs qui restent et qui gangrènent, qui pourrissent. De la rédemption. Du pardon. Petite larmichette sur les dernières pages tout de même… Vraiment, c’était beau, bien construit et touchant, saupoudré de cet humour que je qualifierais d’asterixesque, rapport aux nombreuses références anachroniques un peu chelou, et au nom de certains personnages. Bref, une lecture que je te recommande, sous forme d’intégrale, ou bien tome par tome (la série en compte 5 si je ne m’abuse).

Pour info :
Intégrale : éditions Dupuis, 304 pages, 30.90€
Tomes individuels :
1 – Inferno, 56 pages, 14.95€
2 – Le redoutable pirate Morgan, 56 pages,14.95€
3 – Kidnappé !, 56 pages, 14.95€
4 – L’or de San Brandamo, 14.95€
5 – Les trois malédictions, 64 pages, 14.95€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Virgile & Bloom (Joanne Richoux)

Ami du jour, bonjour !

Parfois, les livres qui nous obsèdent sont ceux qui nous déçoivent le plus. Pas qu’ils soient intrinsèquement mauvais, mais nos attentes semblaient un peu trop élevées. Peut-on imputer la déception à ce pauvre roman dans ce cas ? Tentons de répondre à cette question.

Sarakontkoi ?
Bloom est étudiante en psycho et prend, à ses heures perdues, des cours de violoncelle avec Virgile. Virgile, beau, ténébreux, mystérieux, qui ne boit jamais le café qu’il se sert, et qui semble préférer l’abris des ombres aux plages ensoleillées. Bloom le sait, c’est un vampire. Et un vampire dépressif qui plus est. Or, la dépression et les vampires ne font pas bon ménage, alors pour chasser sa morosité, Bloom lui propose un voyage en forêt de Brocéliande, afin de le forcer à s’y sociabiliser avec d’autres créatures de l’ombre…

Tenpenskoi ?
Moi, j’étais en manque de Maëlle Désard, c’est tout ce que je sais. Et si tu ne sais pas de quoi je parle, zyeute-moi un peu cet article sur Les Tribulation d’Esther Parmentier. Je voulais de ce genre de récit drôlissime, sans prise de tête, avec une héroïne brute de décoffrage au langage peu châtié, qui ne s’en laisse pas conter. De côté-là, je suis servie. Le style très familier rythme une intrigue qui peine parfois à décoller, et emprunte quelques raccourcis malheureux. Et puis, parfois, il fait mouche. Parfois, on kiffe.

Mais jamais Bloom n’arrive à la cheville d’Esther. Dans le rôle de la jeune adulte paumée et désabusée, on en fait un peu trop. Et comme on arrive en plein milieu du schmilblick (Bloom et Virgile se connaissent déjà, et elle lui avoue qu’elle sait qu’il est un vampire dans les premières pages), on n’a pas le temps de comprendre ce qu’est leur relation qu’on est déjà sur la route. Et c’est un peu symptomatique de tout le récit ; en dehors des jérémiades de Bloom, toutes les péripéties sont plus ou moins survolées. Une fin du monde s’annonce ? C’est 10 pages avant la fin du roman. Virgile doit passer des épreuves super difficiles pour intégrer cette petite communauté de monstres ? Elles n’ont de douloureux que quelques mots au détour d’un couloir. On ne voit rien, tout nous est reporté dans des dialogues et quelques observations des personnages. Ce qui fait que je n’ai développé aucune empathie avec Virgile, ni avec Bloom. Et les flashbacks de la vie de Virgile n’ont pas aidé. Trop longs et un peu « meh » à mon goût, ils coupent le rythme que je trouvais déjà un peu lent.

Dommage donc, parce que l’idée de base est sympa, et même originale. Et même si le style est assez cool, et incisif, ça manque trop de développement pour que je m’implique réellement. C’est un tant pis/20.

Pour info :
éditions Actes Sud Junior, 304 pages, 16€

Publié dans Bouquinade, Roman

Today, tonight, tomorrow (Rachel Lynn Solomon)

Ami du jour, bonjour !

L’année commence bien, même si j’aurais préféré entamer 2022 avec une bonne lecture. D’ailleurs, ne pense pas que je suis à jour dans mes billets parce que je te parle de la lecture que je viens de terminer ; simplement, ce roman sortira aussi vite de ma tête qu’il est entré dans ma bibliothèque, donc je t’en parle rapidement, avant d’oublier. Tu l’auras compris, je ne suis guère convaincue par cette romance ado…

Sarakontkoi ?
Dernier jour de lycée pour Rowan, qui marque aussi la fin de sa rivalité avec son plus grand adversaire : Neil McNair, toujours premier lorsqu’elle est seconde, toujours sur ses talons lorsqu’elle arrive en tête. En dehors de ses études, Rowan a un intérêt : la littérature sentimentale, intérêt dont ses proches se moquent gentiment. Ce soir, c’est la dédicace de l’autrice favorite de Rowan, mais c’est aussi la Traque, jeu de piste géant organisé pour les Séniors par les 3e année. Ce soir, Rowan devra jongler avec ses amies, un Niel McNair pas si agaçant, et une passion dont elle a honte. Et si cette nuit était la clé pour tout changer ?

Tenpenskoi ?
Je suis un peu triste de te dire ce que j’ai réellement pensé de ce roman. Parce qu’il est bourré de bonnes intentions ! D’ailleurs, commençons par là : l’autrice aborde des thèmes tels que la libération de la sexualité chez les adolescentes et l’inexpérience d’un jeune homme face à une jeune femme expérimentée, le dialogue autour des envies sexuelles dans un couple adolescent, les préjugés face à une communauté donnée (ici, la communauté juive). Et tout ça, c’est vraiment cool !

Mais c’est fait avec une telle maladresse… et j’en suis la première désolée. Les solutions sont téléphonées aux protagonistes de manière peu subtiles. Tu cherches une réponse à une énigme ? Bah justement, t’appelles ta mère pour tout autre chose et elle te raconte une anecdote pleine de nostalgie qui n’a rien à voir avec le schmilblick et qui contient la réponse. Les dialogues manquent cruellement de naturel. Et puis alors ce troisième acte (tu sais, celui où les n’amoureux ils sont plus si z’amoureux parce qu’il y en a un qui comprend un truc de travers)… Là, j’ai pas compris. J’ai eu envie de frapper Rowan. Cette colère n’avait aucun sens, ça sortait de nulle part. Ca servait juste l’intrigue, et dans ces quelques paragraphes, je ne lisais que : « scénario scénario scénario, scénario scénario, scénario ! »

Parlons de la passion de Rowan pour la littérature sentimentale. Elle en fait des caisses, des montagnes même ! Et vas-y que « la littérature sentimentale est un genre écrit pour les femmes qui se penche sur leurs envies et qui elles sont vraiment », ou encore c’est « le seul genre où les relations entre les personnages sont au centre de l’action », et je te passe les scènes d’aveux à ses proches, genre « bonjour, je m’appelle Rowan Roth, j’aime la littérature sentimentale, accepte-le ». À un moment, j’ai eu envie de hurler « Rowan, c’est pas un coming out ma fille, remets-t’en ». Ce roman n’est pas une purge, loin de là. Mais il manque de style et de subtilité. Ma note : dommage/20. J’en ai un autre de la collection, on verra bien ce que ça donne.

Pour info :
éditions Milan (trad. de l’anglais par Leslie Damant-Jeandel), 416 pages, 16.90€