Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Aurora Squad : Trilogie (A. Kaufman/J. Kristoff)

Ami du jour, bonjour !

Vous le savez, il me tient à cœur chaque jour de tenir mes engagements, et j’y emploie tout mon être (c’est faux). C’est donc à l’instant même où j’ai refermé le dernier tome de cette fabuleuse trilogie (également faux) que je rédige ce billet. Dans les faits, je l’ai terminé ce mois-ci, je ne suis donc pas totalement dans les choux.

Sarakontkoi ?
2380, quelque part dans la Voie Lactée. Des légionnaires de la paix sont formés à l’académie Aurora. Tyler est l’un d’entre eux. Futur chef d’escouade, il capte la veille de son Affectation un S.O.S. qui provient d’un vaisseau disparu il y a 200 ans. À l’intérieur de ce vaisseau, une unique survivante cryogénisée : Aurora. Affecté, suite à ce laborieux sauvetage, à une équipe de bras cassés qu’il n’a pas choisie, il est loin d’imaginer que c’est sur lui, son équipage et sur cette étrange fille que repose la survie de la galaxie.

Tenpenskoi ?
Bon, bah on part sur un coup de cœur ! Si tu me suis sur les réseaux, tu m’as entendue qualifier la trilogie de « buddy book », référence aux fameux « buddy movies » (les films avec des groupes de copains, maman). Parce que, comme c’était le cas pour Six of Crows, la force de la série repose sur ses personnages, et sur la pure synergie qui émane d’eux. Brisés, déchirés, déconstruits, ils en ont bavé les petits. Et, miracle, je serais bien incapable de choisir un favori, ou de te dire que l’un d’eux m’a agacée. Je les ai tous aimés : Tyler, le beau gosse aux plans « jamais foireux » ; sa jumelle, l’irrésistible et vive Scarlett ; la froide et intelligente Zila ; Finn, l’incroyable mécano casse-pieds ; Kal, le guerrier torturé ; la mystérieuse Aurora. Même Magellan, l’intelligence artificielle, est incroyablement attachant !

J’en ai pris plein la poire, et c’est peu dire. Ce sont des torrents d’émotions qui déferlent sur toi, Jay et Amie n’épargnent ni leurs personnages, ni ton petit cœur, et tu auras mal, promis. Certaines scènes sont d’une intensité inattendue (oui, je l’avoue, ma gorge s’est serrée à des moments peu opportuns) ; malgré tout, la trilogie est une course contre la montre, pure adrénaline, elle ne s’arrête jamais. Et encore, je me dis que j’ai pu enchaîner les tomes ! Je n’imagine même pas ce qu’ont pu ressentir les lecteurs qui ont dû patienter entre chaque roman… On résume : des personnages au top, une intrigue barrée toujours à fond, de l’enjeu, de l’émotion… Mais fonce enfin !

Pour info :
éditions Casterman
Tome 1 : 528 pages, 17.90€
Tome 2 : 528 pages, 17.90€
Tome 3 : 544 pages, 17.90€

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L’École de Minuit (Maëlle Désard)

Ami du jour, bonjour !

Je répare aujourd’hui une impardonnable bévue, un effroyable oubli, une monumentale erreur (toujours plus) : je l’ai lu, je l’ai encensé, je l’ai fait gagné, mais l’ai-je chroniqué ? Nope. Je me rachète donc par ce billet, dont vous connaissez le contenu si vous me suivez sur les réseaux.

Sarakontkoi ?
Siméon, 15 ans, est un jeune hybride, mi-humain, mi-vampire, qui s’apprête à intégrer l’école de Minuit. Cette école un peu particulière accueille en fait dans le monde des Diurnes, les humains, des habitants de Minuit, le pays des créatures surnaturelles. Timide, mal à l’aise avec son corps, binoclard, Siméon n’a hérité de sa mère vampire que son régime alimentaire sanguin. Contre toute attente (surtout la sienne), Siméon parvient tout de même à se faire un petit groupe d’amis : une liche (Joël, fabriqué à base d’autres créatures mortes), un triton (Colin, un garçon-sirène) et une louve (Eir). Entre trafic de thaume (la substance magique qui fait vivre le monde de Minuit) et disparitions d’élèves, l’école paraît à Siméon de plus en plus louche… jusqu’à la disparition de sa grande sœur, qui le fait plonger à pieds joints dans une histoire qui pourrait bien le dépasser.

Tenpenskoi ?
C’est une vraie question ? J’ai A-DO-RÉ ! Le roman n’est pas exempt de défauts sur lesquels je ne vais passer que très rapidement (c’est mon billet, je fait ce que je veux) : quelques ellipses temporelles que j’ai trouvées maladroites (parce qu’un peu rapides), une ou deux conjugaisons hasardeuses, et (Maëlle, enfin !) 4 « je vous partage ». Rien d’impardonnable quoi.

Tout le reste : 20/10. Je manque d’objectivité ? Certes. Mais qu’est-ce que c’est fin ! Toujours le bon mot, toujours drôle, avec des expressions que même ta grand-mère, elle aurait des doutes dessus. Comme pour Esther, le roman est truffé de références pop, les personnages n’ont pas leur langue dans leur poche, et surtout, ils sont… improbables. Un vampire binoclard en surpoids ? Une liche dealeuse d’artéfacts magiques ? Un feu-follet agressif et grossier ? Mais vas-y, remets-en une couche. Tu peux ouvrir le roman à n’importe quelle page, tu ris ! Siméon, c’est le gamin mal dans sa peau du fond de la classe, celui qui veut qu’on l’oublie mais qui rêve de briller. C’est le fils surprotégé, dissimulé dans l’ombre d’une sœur formidable, qui doit se prouver sa propre valeur. Je m’y suis reconnue, et je suis certaine de d’autres y trouveront également cette ambiance de pause dej’ au self, entre une heure de perm et un cours de gym. Une rencontre improbable entre Malcolm et Buffy que, j’en suis certaine, tu ne peux qu’adorer !

Pour info :
éditions Rageot, 384 pages, 15.90€

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L’Empire du vampire, T1 (Jay Kristoff)

Ami du jour, bonjour,

Laisse-moi te conter l’histoire de ma rencontre avec Jay Kristoff. Pas physique bien entendu (bien que cette lecture ait été motivée par sa venue dans mon Auvergne chérie, et ma collègue adorée), mais littéraire. Et quelle rencontre !

Sarakontkoi ?
Depuis 30 ans, le soleil est voilé, et la guerre qui oppose l’humanité aux vampires a clairement tourné à l’avantage des buveurs de sang. Seul rempart contre les monstres, l’Ordre d’Argent, constitué de bâtards mi-vampires, mi-humains, est quasiment éteint. Dernier des siens, Gabriel de Léon est prisonnier de ces êtres qu’il a juré de combattre. Il doit pourtant, pour survivre, leur raconter son histoire, et sa quête du dernier espoir de l’humanité : la Saint-Graal.

Tenpenskoi ?
Mama mia que c’est dense ! Intense, maîtrisé, tout en profondeur, complexe dans sa narration, et pour autant tout à fait accessible (je l’ai écouté en anglais, c’est dire), c’est un petit bijou de littérature fantastique. Je ne fais pas durer le suspens ! Je l’ai dit plusieurs fois déjà, de maintes façons, j’aime les univers développés. Je ne veux pas qu’on me fasse un cours d’histoire-géo pour tout m’expliquer ; le talent d’un bon auteur réside dans sa capacité à infuser dans sa narration un décor suffisamment pensé pour que le lecteur soit à l’aise dans sa progression. Lire un roman, pour moi, c’est comme regarder le monde derrière ma fenêtre : je n’en vois qu’une partie, mais pour comprendre ce qui se passe dans ma rue, je dois pouvoir, si j’en ai envie, sortir la tête, me pencher et voir au-delà de mon jardin. Récemment, j’ai fait beaucoup de lectures où le paysage était très beau, mais dès que je voulais me pencher pour admirer la complexité du monde, je me cognais à un joli tableau très bien peint, mais sans profondeur, étriqué. Je ne sais pas si tu comprends, mais c’est ce que je ressens. Ce n’est pas le cas ici, puisque le rythme des descriptions, des explications et des scènes d’action est clairement étudié.

Les personnages détestables sont délectables, les héros ne le sont pas vraiment, et avec tout ça, on se questionne sur le Bien et le Mal, et les motivations de chacun. Très honnêtement, j’aurais tendance à dire qu’on ressent tout l’amour de l’auteur pour ses personnages, ceci dit, vu les épreuves par lesquelles ils passent (incluant la mort), je soupçonne un certain sadisme chez Jay Kristoff (qui se confirme à la lecture de ses autres romans). Alors oui, le récit est par moment aspergé d’hémoglobine, de torture, de trahison, mais qu’est-ce que c’est bon ! Bref, tu l’auras compris, je suis conquise, et je me suis d’ailleurs plongée dans une autre trilogie de l’auteur dont je te parlerai… j’ai envie de dire « très vite », mais ça dépendra de l’ordre de publication de mes billets !

Pour info :
éditions De Saxus, traduit de l’anglais (australien) par Benoît Domis, 953 pages, 24.90€

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Terreur à Smoke Hollow (Katherine Arden)

Ami du jour, bonjour !

En voilà une lecture pas DU TOUT de saison dont la chronique arrive un poil trop tard, d’autant que la lecture, je l’ai faite en février dernier… c’est pas grave, vieux motard que jamais comme on dit dans le métier !

Sarakontkoi ?
Ollie a 12 ans, elle vit seule avec son père depuis le décès de sa maman. Solitaire, elle se réfugie souvent dans la lecture. Lorsqu’elle croise la route d’une étrange femme qui tente de jeter un livre maudit à l’eau, elle s’empare de l’ouvrage et commence à lire l’histoire d’Elizabeth et de ses deux fils, disparus après avoir fait un pacte avec un homme étrange. Le lendemain, elle visite avec sa classe une ferme qui ressemble étrangement à celle où a vécu Elizabeth. Le staff y agit bizarrement, et en repartant, le bus tombe en panne au milieu d’un inquiétant brouillard…

Tenpenskoi ?
Moi, la seule fois où j’ai eu un Chair de Poule entre les mains, j’avais une douzaine d’années, et je ne l’ai pas lu, je l’ai planqué sous une pile de t-shirts dans mon armoire fermée à clef tellement j’avais les chocottes… Oui, je suis une flipette. Je regardais bien les Fais-moi peur (on se souvient tous de ce générique hyper flippant) et j’avais un livre sur les fantômes, mais je n’ai jamais été très brave.

Alors lire ce roman, j’avoue que ça ne me rassurait pas vraiment. Mais bon, l’amour du métier, toussa toussa, et son éditrice me l’avait vendu de ouf comme la série qui pourrait nous changer des romans de R.L. Stine. Et ça fonctionne, parce que l’autrice a repris quelques ingrédients diablement efficaces : une gamine solitaire qui finit par se faire des amis (donc un petit groupe soudé d’outsiders), une bonne dose de mystère et… des épouvantails. Ris pas, j’ai eu les boules une ou deux fois ! Ces adultes aveugles à l’étrangeté, ces personnages inexpressifs, presque absents. Cette brume, et ces recoins sombres. Très efficaces. Ça rampe, ça sourit, ça craque, ça croule sous une ambiance lourde et la promesse d’une suite (oui, j’espère un peu revoir l’antagoniste dans les suites, parce qu’il n’en a clairement pas fini avec la petite bande).

Dans un style différent de celui de R.L. Stine, on retrouve le goût de la pétoche douce, pour ceux qui aimeraient trouver une bonne lecture d’Halloween… à déguster planqué sous la couette.

Pour info :
éditions PKJ, traduit de l’anglais par Maud Ortalda, 256 pages, 14.90€

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Les Royaumes immobiles, T1 : La Princesse sans visage (Ariel Holzl)

Ami du jour, bonjour !

Lorsque tu aimes un auteur, tu as envie d’aimer tous ses livres, quitte à te forcer un peu parfois. Quand j’ai entendu parler du prochain Ariel Holzl chez Slalom, j’ai foncé demander à la merveilleuse Carole (qui gère les relations libraires), de m’envoyer le texte, ce qu’elle a fait. Et puis c’est tombé à plat. Attends, je m’avance un peu, laisse-moi t’expliquer pourquoi.

Sarakontkoi ?
Les Royaumes Immobiles sont fait d’un flux de magie, contrôlé et façonné par quatre monarques sans qui le monde serait chaos. Le trône de la Cour d’Automne est vaquant depuis trop longtemps ; les trois autres reines décident donc de lui trouver un héritier en organisant des épreuves. Ivy, 18 ans, bâtarde du roi d’Automne, vit seule dans son château en ruines. Elle est une belle à mourir : quiconque voit son visage devient fou et se tue. Et voilà qu’on vient la chercher pour lui annoncer qu’elle fera partie des prétendantes au trône de son père. Comment survivre dans un panier de crabes quand on ne connaît rien aux us et coutumes des courtisans sans merci ?

Tenpenskoi ?
Je te l’ai dit, j’aime Ariel Holzl depuis que je l’ai découvert dans la trilogie Les Sœurs Carmine. Et puis je l’ai trouvé très intéressant mais moins précis dans Temps mort. Ici, c’est rebelotte. Une vraie proposition d’univers, de personnages, qui, pris individuellement ont un vrai potentiel mais dont je ne comprends pas les interactions. C’est comme s’ils agissaient sur des plans différents les uns des autres, et qu’aucun n’était vraiment touché par le fil de l’histoire. Histoire que j’ai trouvé un brin banale d’ailleurs.

C’est si frustrant de lire un roman prometteur à ce point, dans lequel je n’ai absolument pas réussi à m’investir ! Et pourtant, à chaque page, je me disais « bonne idée », ou « bien dit ! » Même Ivy est à côté de ses pompes. Ni particulièrement intelligente, ni particulièrement sensible, elle semble traverser le roman comme un fantôme, sans être jamais actrice de sa propre histoire. Elle ne parvient à relever aucun défi grâce à ses propres qualités, on l’aide continuellement, du coup, j’ai du mal à m’identifier, où à vouloir lui ressembler. Cette histoire de belle à mourir, qui constitue un élément surprenant, n’est au final que peu exploité. Le final fut abrupt et aurait bien mérité un chouilla plus d’approfondissement.

En conclusion : une super idée de départ, un univers vraiment riche, des personnages prometteurs, mais il a manqué un liant pour que l’émulsion se fasse… c’est dommage. Si en revanche, vous avez aimé le roman, le tome deux sort dans quelques semaines (19 janvier 2023) !

Pour info :
éditions Slalom, 400 pages, 16.95€

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A Forgery of roses (Jessica S. Olson)

Ami du jour, bonjour !

Parfois, je reçois au magasin des services presse qui attisent vraiment ma curiosité. Alors lorsque, en plus, ma consœur et copinette me dit que c’est un coup de cœur, je dis banco.

Sarakontkoi ?
Époque indéfinie mais quand même ça ressemble beaucoup à l’époque victorienne, quelque part en Angleterre (je crois, j’ai oublié le nom du bled). Myra vit seule avec sa petite sœur malade depuis la disparition de leurs parents. Elle travaille dans l’atelier de peinture de sa mère et de son associée et subvient de justesse à leurs besoins. Son destin bascule lorsque la femme du gouverneur fait appel à elle pour peindre son fils. Parce que Myra est une prodige, sa peinture lui permet de prendre sur elle le mal de ceux qu’elle peint, et que le jeune fils du gouverneur vient de décéder. Myra n’a pas le choix. pour leur avenir à sa sœur et elle, elle doit ressusciter l’héritier d’un gouverneur qui traque les siens, et pour ça, elle doit comprendre les circonstances de sa mort…

Tenpenskoi ?
Il y avait de quoi faire ! L’idée de base est excellente : un soupçon du portrait de Dorian Gray, une enquête, un mystère… Tout était là ! Et pourtant, c’est retombé comme un soufflet. Je ne peux pas dire que j’ai détesté ma lecture, et bien au contraire, j’étais cramponnée à mon exemplaire sur certains passages !

Mais il y a un « mais », forcément, sinon je t’aurais parlé de coup de cœur bien avant… Le premier détail qui m’a gênée est un petit anachronisme : la petite sœur de Myra, Lucy, étudie la pollution du fleuve qui traverse la ville. Parler de pollution, à cette époque ? Étrange. D’autant que le crapaud qui lui sert d’animal de compagnie a été sauvé d’un déchet plastique… Et je passe les techniques médicales qui n’existaient pas encore. Bref, des petites inattentions qui m’ont complètement sortie de l’histoire, et qui auraient dû être corrigées par l’éditeur. Je vous vois les « mais c’est pas pour de vrai, c’est une histoire, et un monde imaginaire ». Hello ! Si tu me décris un monde qui ressemble au mien, dans une époque qui ressemble à une période historique que je connais, le contrat qu’on a passé toi et moi, c’est que tu dois te plier aux codes de cette époque, c’est ce contrat entre le lecteur et l’auteur qui permet la suspension consentie de l’incrédulité (en gros, toi lecteur pas critiquer histoire avec trucs qui existent pas, genre la magie). C’est comme oublier un gobelet Starbucks en plein milieu d’une scène de Game of Thrones, ça te sort du truc.

C’est le seul point noir ? me demanderez-vous. Les personnages du romans passent leur temps à rougir (ils rougissent littéralement chaque fois qu’ils se regardent), à surréagir à tout. August, le personnage masculin, souffre d’anxiété (qu’on essaie de nous rendre sexy), mais grâce à la magie de l’amour ça va mieux. Et cette histoire d’amour qui sort de nulle part, clairement forcée, portée par des dialogues insipides… je m’en serais passée (ou alors faut la bosser un peu ma petite dame !).

Franchement, c’est tellement dommage, parce que dans la narration, l’autrice a du style, et une écriture très imagée vraiment plaisante à lire ! L’action est cool, l’idée de base originale… Je le classerai dans les « oubliables corrects », la faute à un manque de maîtrise de la part de l’autrice.

Pour info :
éditions BigBang (traduit de l’anglais par Laurence Boischot), 480 pages, 22€

Publié dans Bouquinade, Roman, Roman historique

Blackwater T1 à 6 (Michael McDowell)

Ami du jour, bonjour !

Quand Monsieur Toussaint Louverture sort un bouquin, je suis là. Mais quand ils sortent une série, format feuilleton, dans des écrins soignés, forcément, je saute dessus, et je fais aveuglément confiance… quitte à entraîner dans ma chute les collègues (oui oui, ils l’ont tous lu) et la famille !

Sarakontkoi ?
Perdido, Alabama, avril 1919. Les rivières Perdido et Blackwater ont submergé le village. Alors qu’Oscar Caskey fait un tour de reconnaissance en barque, il aperçoit dans l’hôtel de la ville une jeune femme seule, bloquée dans sa chambre par la montée des eaux. C’est ainsi qu’Elinor Damert fait irruption dans la vie du clan Caskey, qu’elle va totalement bouleverser… au désespoir de la matriarche, Mary Love Caskey.

Tenpenskoi ?
En voilà un texte magique comme on en fait peu ! Ce n’est pas le meilleur texte jamais écrit, mais il exerce sur ses lecteurs une sorte de fascination. On traverse la première moitié du XXe siècle auprès du clan Caskey, de l’étrange Elinor (best personnage ever !) au fil des guerres, des crises, des années d’abondance. Le clan est en perpétuelle évolution, de nouveaux personnages arrivent, d’autres partent. Ils sont un microcosme qu’on aime étudier. La saga (parce que pour une fois, il s’agit d’une saga) est ponctuée de touches de fantastique qu’on ne parvient jamais vraiment à expliquer, mais qui entourent chacun des tomes d’une sorte d’aura de mystère.

Le style est d’une fluidité telle qu’on ne voit passer ni les années, ni les tomes. Si tu cherches un peu d’action, passe ton chemin. Mais si tu veux voir des personnages évoluer, s’épanouir ou pourrir ; si tu aimes les histoires dans l’Histoire ; si toi aussi tu veux traverser ces 50 ans les pieds dans la boue rouge de la Perdido, alors n’attends plus. Et quel travail sur les livres ! Sur les couvertures, l’embossage, le fer à dorer, tout est parfait. Pedro Oyarbide fait un travail formidable d’illustration, et si vous observez de près ces petits chefs-d’œuvre, vous y verrez tout le romans déroulé en quelques gravures. Prodigieux !

Bref, c’est beau, c’est bon, quoi dire de plus que : si vous n’avez pas encore testé, qu’attendez-vous pour plonger dans les eaux rouges de la Perdido ?

Pour info :
éditions Monsieur Toussaint Louverture, traduit de l’anglais par Yoko Lacour et Hélène Charrier
T1 : La Crue, 256 pages, 8.40€
T2 : La Digue, 244 pages, 8.40€
T3 : La Maison, 240 pages, 8.40€
T4 : La Guerre, 255 pages, 8.40€
T5 : La Fortune, 255 pages, 8.40€
T6 : La Pluie, 255 pages, 8.40€

Publié dans Bouquinade

Un chant de Noël : Une histoire de fantômes (J.-L. Munuera)

Ami du jour, bonjour !

Fait assez rare, je vais te parler bande-dessinée (j’en lis définitivement trop peu). Je continue ma découverte d’un scénariste/illustrateur que j’ai découvert grâce à mon collègue, et dont j’ai immédiatement adoré le style et la plume (tu le sais si tu as jeté un œil à ma chronique sur Les Campbell).

Sarakontkoi ?
Le conte, tu le connais déjà : un vieil homme acariâtre et avare reçoit, la veille de Noël, la visite de trois esprits (passé, présent et futur), qui lui montrent qu’il doit changer s’il ne veut pas finir sa vie seul. Ici, c’est la même, sauf que Scrooge est une femme, et qu’elle apprend une leçon… disons… différente.

Tenpenskoi ?
Premier constat : c’est beau. Je pourrais me perdre dans la fluidité visuelle de Munuera pendant des heures ! Le gars a bossé pour des studios d’animation (coucou Eldorado) et ça se sent. En tant que lectrice de BD néophyte, je reçois son dessin en pleine face, et je sais que, malgré le travail, ça paraît facile ; c’est le signe du vrai talent. Les couleurs, la création des personnages, les rues de Londres, tout est superbe.

S’agissant du propos, la première chose qui saute aux yeux, c’est « ah, une femme ». Parce que remplacer la moitié des personnages masculins par leur penchant féminin semble être à la mode (hello le MCU), je me suis dit « encore du femwashing« . Que dalle. Le mec a tout compris. Compris que ce qu’une femme veut voir dans les médias, ce ne sont pas d’autres gonzesses méga fortes, mais d’autres nanas qui galèrent, qui ne comprennent pas ce que la société attend d’elles et qui décident de tracer leur propre chemin. Alors oui, ça fait pas très joli, ça demande de sacrifier l’estime de ses pairs, ces même pairs qui créent des règles sans vous en donner les clefs. Scrooge se bat avec ses armes, retourne contre Dieu son appel à la pitié, rendant sa responsabilité à chacun. Et c’est dans un dernier désir de défendre ses idéaux qu’elle décide d’agir. Pas par peur de la solitude ou de Dieu, mais par défiance, et par conviction. Une très belle réécriture du roman de Dickens, que je conseille à chacun.

Pour info :
éditions Dargaud, 80 pages, 17€

Publié dans Bouquinade, Policier / Thriller

Dix (Marine Carteron)

Ami du jour, bonjour !

Premier billet de l’année, et ça commence bien puisque c’est un livre que je viens de terminer. Si tu me suis sur Instagram, tu sais déjà plus ou moins ce que j’en ai pensé. Sinon… bienvenue dans mes bonnes résolutions !

Sarakontkoi ?
Sept adolescents, venant d’un même lycée, sont invités, encadrés par une prof de français, une ancienne infirmière et un ex-flic, à participer à un escape game littéraire sur une île perdue au large de la Bretagne. Isolés, sans aucun moyen de joindre la côte, ils meurent les uns après les autres, après avoir entendu d’étranges messages… quel sombre secret les lie ?

Tenpenskoi ?
Attention, quand on s’attaque à un pilier — que dis-je ? –, une queen du polar telle que Madame Christie, il faut faire les choses bien ! Le postulat de base a tout pourtant pour insuffler un air de modernité au récit d’Agatha, Ils étaient dix : une télé-réalité, quoi de mieux pour isoler des esprits tourmentés et les faire payer ? Je pars donc dans ma lecture confiante, bien que consciente que personne n’égalera jamais mon autrice de polars favorite. Et je mets de l’eau dans mon vin.

J’ai pris du plaisir à ma lecture, c’est déjà un premier excellent point. Sur les deux derniers tiers du roman, les personnages tombent comme des mouches, et j’avoue que chaque fois que quelqu’un entre dans une pièce, tu t’attends à ce qu’elle se referme et que le personnage meure dans d’affreuses souffrances. C’est généralement ce qui arrive. On ajoute même deux ou trois accès de folie, et on a le parfait cocktail flippant, avec, viscères sur le gâteau, pas mal de descriptions bien frontales et sadiques de morts méritées. En termes de catharsis, on est bien.

Mais il y a un mais. Deux choses m’ont dérangée. D’abord, un certain manque de subtilité. On sait de suite, dès notre rencontre avec ces personnages, qu’ils sont coupables, et mal à l’aise dès le voyage en train. On nous le répète tout le long du roman, les points de vue internes s’enchaînant rapidement, les discours coupables cherchant pourtant l’apaisement sont martelés, et franchement, on a bien compris que tous sont bien pourris. Le second point qui m’a gênée, c’est le final. Là où Agatha punit également son meurtrier (qui se déclare d’ailleurs lui-même coupable et s’inclut dans sa propre sentence), notre marionnettiste ici est extérieur à l’affaire, et a tout orchestré grâce à la magie d’un bon compte en banque et d’une imagination fertile. C’est presque trop facile, et un peu torché en trois pages. D’autant plus que je me suis sentie légèrement trahie. Là où dans le roman d’Agatha Christie, le meurtrier est suffisamment subtil pour ne pas jouer les étonnés, ici, il a l’air tout aussi ignorant que les autres (rappelons-le, le point de vue est interne, donc on est dans la tête des personnages !). Quelques fausses notes donc, qui ne m’auront pas empêchée de passer un bon moment…

Pour info :
éditions du Rouergue, collection DOADO noir, 303 pages, 15.30€

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Joyeux anniversaire ! 13 ans, c’est grand.

13 ans de blog. 586 posts, soit en moyenne 45 posts de par an. Attention, je n’ai pas cette régularité, à des moments, je l’ai complètement laissé tomber. J’ai changé de nom 2 fois, de layout au moins 4 fois. À la base, créer ce blog, c’était le projet d’un cours à la fac, histoire de tester les différents CMS (Content Management System). Et puis c’est devenu une vitrine, ma maison, mon journal. Et 13 ans après, il est toujours là. Alors un petit Q&R (questions/réponses), pour te causer de moi. Encore.

Pourquoi / Comment as-tu choisi ce nom pour ton blog ?
Depuis… aussi longtemps que je me souvienne, je porte des lunettes. J’en ai eu des vertes à coccinelles, des discrètes, des originales. Aujourd’hui, sans elles, je me sens à poil. Alors je vois le monde de derrière mes binocles. D’où le nom du blog !

Quel est  le tout premier livre que tu as chroniqué ?
No idea. Attends, je cherche (la tricheuse) : c’était une BD, Fée et tendres automates ! Sur conseil de celle qui allait devenir ma coloc’, Evy.

Tu ne peux lire qu’un genre littéraire pour le reste de ta vie. Quel est-il ?
Jocker !

Quel est ton premier coup de cœur littéraire ?
Ex-aequo, La longue marche des dindes, chez l’école des loisirs que j’ai miraculeusement retrouvé, fait entrer dans mes rayons, et chroniqué.
Et Le Passage, toujours chez l’école des loisirs que j’ai également acquis récemment, et chroniqué.

Pour les adaptations ciné / séries des bouquins ou pas ?
Ca dépend de l’adaptation. Si c’est pour se taper Le Septième Fils (adaptation de la célèbre série L’Épouvanteur), non merci. Des trucs comme le premier Hunger Games ou certains Harry Potter, Ready Player One ou Jurassic Park (surtout Jurassic Park), je signe de suite !

L’endroit où tu préfères lire.
Les toilettes. Mon lit. Un fauteuil. Les transports… Bon, si je dois réduire la liste, je dirais les toilettes et les transports.

De quel livre / univers voudrais-tu être le héros ?
Les Quatre Filles du Docteur March. Et naturellement, je serais Jo.
Ou Anne des Pignons Verts.

Si tu écrivais un livre, de quoi parlerait-il ?
Napoleon Bonaparte.

Arrives-tu à laisser un livre inachevé ou poursuis-tu ta lecture malgré tout ?
Avant, impossible.
Maintenant, plus de scrupules, trop de livres à lire, pas assez de temps. Et Daniel Pennac l’a dit dans ses 10 droits du lecteur (lisez Comme un roman).

Livres nickels/pages cornées ?
Alors là, je te le dis de suite : je m’en tamponne le coquillard que mes livres soient nickels. Un livre marqué est un livre lu, et je préfère de loin ce type de bouquins. Je corne en haut pour les passages que j’aime, je corne en bas pour les coquilles ou les passages que je n’ai pas aimés. Au moins, quand je les prête, je prête plus qu’un simple bouquin, je partage une expérience de lecture, et je dialogue avec le lecteur suivant. C’est de la poésie. Alors bien entendu, je ne le fais pas sur des bouquins à 60 boules, mais les grands formats et les poches, 0 scrupules ! Et pour info, le truc que je déteste à la librairie : les clients « exigeants » qui me montrent un défaut qui nécessite une loupe pour être vu.

Ton rêve le plus fou.
Impossible de choisir. Ma vie entière est un rêve fou. Et petit à petit, je fais ce que je peux pour cocher ma liste mentale des trucs fous à faire. Rêver c’est bien, vivre c’est mieux quand même !

Cite une autre passion que la lecture.
Je sais pas… ne rien faire ? Apprendre des langues, le crochet, mes plantes, donner mon avis, et (attention le cliché ultime) écrire…