Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Les enfants d’Aliel, T1 : Le Grand Éveil (Sara Schneider)

Ami du jour, bonjour !

Une fois n’est pas coutume, je vous parle d’un auto-édité (ou presque), que j’ai lu parce qu’il a été vendu et revendu par Alexis de la chaîne Links Off. Je vous ai déjà dit que les auto-édités, c’est pas mon truc, mais VRAIMENT pas. Il faut bien une exception qui confirme la règle…

Sarakontkoi ?
Alors qu’un étrange mal semble empoisonner la terre et les esprits, Lilas découvre qu’elle est une enfant d’Aliel, une déesse ancestrale qui lui a transmis une partie de ses pouvoirs. Elle part avec son petit frère, en compagnie de Flynn, un chat télépathe et son gardien, à la recherche d’autres enfants d’Aliel, afin de combattre Orga avant que le Mal ne contamine tout le vivant…

Tenpenskoi ?
Sara Schneider construit un univers riche d’histoires et de coutumes. Le format de la quête fonctionne, parce qu’elle embarque son lecteur ; d’histoires en aventures, on apprend à s’attacher à Lilas, et à ceux qui gravitent autour d’elle. J’ai aimé qu’ils aient tous une part d’ombre, donc un terrain potentiellement fertile pour qu’Orga y plante les graines de sa haine. J’ai aimé qu’ils n’agissent pas tous en héros, que certains préfèrent continuer d’agir autour d’eux que de partir en quête du Mal absolu. Et puis il y a cette magie de la terre, de la nature qui nous donne juste envie d’aller nous promener en forêt.

Si le style est étonnamment plaisant et travaillé, j’ai tout de même relevé quelques lourdeurs, quelques redondances dont j’ai parlé à Sara, qui m’a confirmé qu’elle avait travaillé différemment sur les tomes suivants (que j’ai et que je compte bien lire). J’ai également noté quelques maladresse dans la description physique des personnages dont il est beaucoup question. Nous sommes tombées d’accord pour dire qu’il s’agissait probablement d’une différence générationnelle dans la représentation du corps, notamment féminin.

Je vous invite grandement, si vous êtes curieux et que vous aimez la fantasy, à vous pencher sur cette série, dont le dernier tome est sorti il y a peu (c’est une pentalogie). Si ce premier tome présente quelques maladresses, il est le balbutiement de ce qui promet d’être une série épique…

Pour info :
éditions Le Chien qui pense, 374 pages, 21€

Publié dans Bouquinade, Roman

Les sœurs Lakotas (Benoît Severac)

Ami du jour, bonjour !

Causons aujourd’hui d’un roman que j’ai vu passer une fois ou deux sur Instagram. Comme il m’intriguait, je me suis fendue d’un DM à la Community Manager, et je lui ai demandé s’il était possible de recevoir ce roman. Ni une, ni deux, une semaine plus tard, il était dans ma PAL !

Sarakontkoi ?
Alors que leur mère vient d’être incarcérée un an pour conduite en état d’ivresse, trois sœurs natives américaines lakotas se voient contraintes de fuir pour ne pas être séparées par les services sociaux pendant l’année d’absence de leur mère. Mais Bearfoot n’a que 16 ans, et aucun plan pour s’occuper de Santee, 10 ans, et Ray, 6 ans. Les rencontres qu’elles feront risquent bien de changer leur regard sur le monde…

Tenpenskoi ?
Le sujet de la culture amérindienne fait l’objet chez moi d’une sorte de fascination. Dans la littérature, ça s’est traduit par la découverte d’un texte fort, Ici n’est plus ici, de Tommy Orange, qui m’avait à l’époque bouleversée. Puis j’avais tenté le premier tome de la série de Jim Fergus, Mille femmes blanches, qui, dans un autre genre, peignait une fresque guerrière et sauvage, empreinte de mythes et de croyances. Et puis, il y a eu le merveilleux Celle qui venait des plaines, de Charlotte Bousquet, qui m’a arraché le cœur comme on a tenté d’arracher leur culture à de jeunes indigènes. Bref, tu l’auras compris, lorsque j’ai vu passer Les sœurs Lakotas, je n’ai pas hésité.

J’ai trouvé dans ce roman quelques petites choses bien sympas, et d’autres qui m’ont moins plu. Commençons par le négatif et finissons sur le meilleur. Bien que le roman se lise très très rapidement, j’ai ressenti comme un ton professoral, quelque chose qui tient du cours magistral sur l’histoire compliquée des cultures natives américaines et du traitement qui leur est réservé encore aujourd’hui. Benoît Severac fait souvent répéter à son héroïne à quel point la misère est présente au sein des réserves, combien il est difficile de faire prendre conscience des injustices qui entourent les peuples natifs américains. Tout ça dans la bouche d’une ado de 16 ans qui n’a elle-même pas réellement vécu ces injustices, et qui n’a fait que les observer.

Bien entendu, je garde en tête qu’il s’agit d’un roman pour jeune adolescent, d’ailleurs écrit avec l’aide d’une classe de 5e SEGPA. C’est l’un des gros points positifs : le roman s’inscrit dans la démarche de l’association Réparer le langage, je peux, qui organise avec le concours d’auteurs volontaires, des ateliers d’écriture au sein de classes de collèges afin de renouer leur lien avec la littérature. De là, je ne peux que prendre du recul sur le texte, et me dire que s’il s’agit d’un travail collectif entre un auteur et des collégiens, c’est franchement pas mal. D’autant que j’y ai trouvé beaucoup de positif, de mains tendues sur le chemin de ces frangines qui se sentent abandonnées par un système injuste. Et je me dis que si c’est ce qui ressort d’une histoire écrite par des collégiens en difficulté scolaire, sur lesquels nous avons (on ne va pas se mentir) beaucoup d’a priori, alors le monde n’est pas perdu. Qui plus est, le style est bien meilleur qu’une grande partie des romans que j’ai pu lire dernièrement, ce qui ne mange pas de pain. Bref, une sympathique lecture que je suis heureuse de pouvoir partager avec vous…

Pour info :
éditions Syros, co-écrit avec Nathalie Quentin et les collégiens de 5e SEGPA du collège Clémence Isaure à Toulouse, 256 pages, 17.95€

Publié dans Bouquinade, Policier / Thriller

Dans la tête de Gideon Green (Katie Henry)

Ami du jour, bonjour !

Je ne cesse de vous le dire, il y a parfois des lectures qui me tombent dessus sans crier gare, qui se retrouvent dans un tote bag donné par une copine, et qui, au lieu de finir sur l’infinité vertigineuse de ma PAL, s’imposent au détour d’une lecture commune. Des romans sur lesquels je n’aurais pas parié. Et pourtant…

Sarakontkoi ?
Un adolescent solitaire, grand amateur de vieux films noirs, se voit contraint d’intégrer le journal de son lycée lorsque son père le menace de le faire travailler dans son restaurant s’il ne fait pas l’effort de trouver une activité extra-scolaire. Peu versé dans les relations sociales, il est pourtant entraîné, aux côtés de son ex-meilleure amie journaliste en herbe, dans une sale affaire de petite criminalité en hausse, puis de meurtre…

Tenpenskoi ?
Voilà par exemple un roman qui ne m’intéressait pas vraiment. Mais la vie, mais le tote bag de services presse, mais une proposition de lecture de commune avec Marilyn et Charlotte. Et je dis merci à la vie, je chante la vie, je danse la vie… et je m’emballe. Plus sérieusement, c’est un roman qui a fait peu de bruit à sa sortie (le 23/03 pour être exacte), qui mérite pourtant qu’on s’y attarde.

Pour commencer, Gideon est un ado qu’on pourrait qualifier de neuro-atypique, si je ne me trompe pas (et je ne le pense pas, parce que Marilyn a eu le même ressenti). Trop franc dans ses interactions avec ses proches et ses camarades, plus à l’aise sous son fedora et son trench coat que sur les bancs du lycée, observateur très pointilleux, il aurait tout d’un ado-Monk (je ne cite pas Sherlock, rapport à la drogue, toussa toussa). Ses proches, à commencer par son père, ne le comprennent pas : snob, orgueilleux, blessant, il n’est à ses yeux qu’un ado difficile. J’ai pris beaucoup de plaisir à le voir s’ouvrir, à sa manière, mais surtout à voir les personnages qui gravitent autour de lui lui faire une place dans leur vie, à leur manière.

D’ailleurs, parlons-en de ces personnages secondaires. Le père, terrorisé à l’idée de parler de sa défunte épouse devant leur fils de peur de réveiller un traumatisme. L’ex-meilleure amie, désireuse de faire ses preuves, mais trop lâche pour prendre parti. La rédac’ chef du journal, abîmée par la vie, fatiguée de devoir compenser les marques physiques d’un accident de jeunesse par un excès d’enthousiasme et de positivité. L’enquête, en définitive, ne devient qu’un prétexte pour les mettre en danger, et les confronter à leurs propres démons. Le roman propose une petite originalité de narration lorsque Gideon, pour qui tout est plus facilement appréhensible à travers le filtre des films noirs qu’il aime tant, voit sa vie scriptée comme un scénario. Les dialogues sont crédibles, beaucoup de répliques auraient pu sortir de ma bouche ou de celle de ma mère sous le coup de la colère. C’est ce qui rend le roman touchant, au point de reléguer l’enquête au second plan, je l’avoue. Donc si tu cherche un pur polar, passe ton chemin. Si ton truc, c’est les relations humaines, l’évolution des personnages, tu vas adorer. Ce fut une excellente surprise pour ma part.

Pour info :
éditions PKJ, trad. de l’anglais par Aurelien d’Almeida, 384 pages, 18.90€

Publié dans Bouquinade, Policier / Thriller

Jefferson, T1 (Jean-Claude Mourlevat)

Ami du jour, bonjour !

Je dois l’avouer, je prends souvent moins de plaisir à lire des romans pour un plus jeune public. Cela dit, Mourlevat touche les cœurs des jurés des prix de littérature jeunesse, et j’avoue n’avoir lu « que » ses romans pour adolescents. Il était donc temps de réparer cette erreur.

Sarakontkoi ?
Dans un monde où certains animaux peuvent parler, avoir un travail, et aller chez le coiffeur, le jeune hérisson Jefferson mène une vie tranquille. Mais voilà qu’en se rendant chez son coiffeur, il le trouve mort, assassiné, une paire de ciseaux plantée dans la poitrine. Sur un vilain malentendu, on le prend pour le tueur. Sa seule issue : trouver le vrai meurtrier. Et si son enquête le menait chez les humains ?

Tenpenskoi ?
Ma première envie est de répondre : pas grand chose. Ce n’est pas que j’ai trouvé le roman mauvais, c’est que je n’y ai pas trouvé mon compte. Ce qui fait que j’aime Mourlevat. Toujours excellent dans le style et dans cet humour innocent, presque drôle sans le faire exprès, j’ai malgré tout eu bien du mal à m’intéresser à l’enquête.

Elle nous mène pourtant vers une intéressante réflexion sur la condition animale, sur les mouvements militants qui tentent de mettre en lumière ces conditions. Ceci dit, je suis incapable d’expliquer pourquoi le roman ne m’a pas particulièrement touchée. Certains passages se sont révélés diablement efficaces pourtant. Je comprends l’intention, que je trouve louable. Mais j’ai eu l’impression d’être ballottée à droite et à gauche, guidée par des ficelles un peu trop grosses et de voir Jean-Claude Mourlevat faire ce que je ne l’avais jamais vu faire avant : se mettre à hauteur d’enfant. Ça n’enlève rien au sérieux du propos, mais même dans La Rivière à l’envers, la fantaisie n’était jamais infantilisante. Le roman a pourtant reçu de nombreux prix. C’est donc simplement que son charme n’a pas opéré sur moi… Ce qui est loin d’en faire un mauvais roman !

Pour info :
éditions Gallimard Jeunesse, collection Folio Junior, 272 pages, 6.95€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Les Tribulations d’Esther Parmentier, sorcière stagiaire : Trilogie (Maëlle Désard)

Ami du jour, bonjour !

J’en ai parlé. J’en ai reparlé. Je t’ai harcelé. Maintenant, la trilogie a vu éclore son dernier tome telle la plus belle fleur du plus beau bouquet… et j’aime ! (yeux qui pétillent).

Sarakontkoi ?
Je te refais le pitch ? Alors, Esther, jeune strasbourgeoise, a vu sa vie chiante et pas marrante exploser lorsqu’elle a découvert qu’elle était une sorcière. Mais en plus, une sorcière au niveau de magie ras les pâquerettes ! Elle a donc intégré dans le tome 1 l’ACDC (l’Agence de Contrôle et de Détection des Créatures) en tant que stagiaire du taciturne agent Loan. S’en sont suivies des affaires de disparitions d’adolescents, de trafic de sang et j’en passe, qui ont mené à cette apothéose, ce merveilleux tome 3.

Tenpenskoi ?
Faut-il vraiment que je te le redise ? J’ai ri. Chaque page cache son lot de blagues nulles, de jeux de mots, de références à la culture geek. J’ai lu des avis qui qualifiaient de « lourd » le sarcasme omniprésent, moi je dis que c’est très « Esther ». Enfin — ENFIN ! — une héroïne à ma mesure ! Pas que je pèse bien lourd dans le game, mais c’est autre chose sur la balance, et mes jeans comme ceux d’Esther, ne peuvent cacher notre adorable bouée. Comme moi le moindre effort lui fait cracher ses poumons. Elle peste l’été contre la chaleur et les cuisses qui frottent, elle peste l’hiver contre les 800 couches qu’elle doit porter.

Elle n’est pas porteuse d’un message d’acceptation de soi, elle est le doigt levé (je parle du grossier du milieu) à ce monde qui n’en a que pour le beau. Elle est drôle, souvent malgré elle. Elle est farouche. Aussi subtile qu’un éléphant au milieu de la porcelaine de tata Brigitte. Bref, elle est l’héroïne ultime. La panoplie de personnages qui gravite autour d’elle est tout aussi peu conventionnelle, parfois à la limite de la bienséance, le genre qui te maudirait sur 10 générations à la moindre sollicitation, mais qui se coucherait sur la lave si ça pouvait t’empêcher de te brûler les pieds. Alors oui, on n’est pas là pour être délicat et subtil. La trilogie n’est pas exempte de toute critique (par exemple, on ne sait pas pourquoi Esther n’a jamais été répertoriée en tant que sorcière… mais au moins, on évite l’écueil de la prophétie de mes deux). Mais on s’en fout, pace qu’on a passé un putain de bon moment. Merci Maëlle.

Pour info :
éditions Rageot
Tome 1 : 384 pages, 16.90€
Tome 2 : 336 pages, 16.90€
Tome 3 : 320 pages, 16.90€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

La Maison au milieu de la mer céruléenne (T. J. Klune)

Ami du jour, bonjour !

Tu l’as vu passer partout à sa sortie en France chez De Saxus, moi aussi. Mais gros engouement. Mais De Saxus. Donc, j’ai décidé de ne pas m’en préoccuper. Et puis la vie. Et puis mes crédits audio (ça ne mange pas de pain, ça ne mange pas de temps). Et PAF, je découvre T. J. Klune.

Sarakontkoi ?
Linus Baker est l’archétype du gars sans histoire(s). Quarantenaire bedonnant dont la seule aventure est de rouspéter sur son chat qui chasse les écureuils de sa commère de voisine, il travaille pour le Ministère de la Jeunesse Magique. Ainsi, il se rend dans les orphelinats qui hébergent des jeunes aux dons particuliers, souvent abandonnés et isolés de la société, afin de rendre des rapports sur le fonctionnement desdits orphelinats. Lorsque les Cadres Extrêmement Supérieurs le choisissent pour une mission toute particulière, Linus ignore que sa vie est sur le point de basculer…

Tenpenskoi ?
Tu vas finir par te rendre compte que j’ai énormément de préjugés sur les livres que je croise en fonction de ce que j’en entends, ou de leur éditeur, et j’en passe. Celui-ci m’avait été décrit par la blogosphère comme un roman doudou tranche de vie (tout ce que j’adore, lol, sarcasme, smiley qui vomit). Mais dernièrement, il a fait son retour dans mon rayon, et je le vois moins passer ; par conséquent, ayant un crédit audio à perdre, je me suis dit « allez ma fille, pourquoi pas ».

Et puis voilà quoi (le truc qui ne veut strictement rien dire). Qu’est-ce que j’en ai à faire, moi, trentenaire rêveuse, d’un vieux garçon gay à l’estomac prononcé et sans aucune fantasy ? C’est là toute la magie de T. J. Klune : il m’a convaincue. Convaincue de l’universalité de son propos, de sa bienveillance envers ses personnages. Il m’a presque convaincue que le monde n’était pas totalement perdu, tant qu’il abritait des personnes comme Linus, ou encore comme Arthur Parnassus. Tant qu’il y aura des enfants qui rêvent sans peur. Tant qu’il y aura des désirs simples. Chacun des six gamins qui habitent l’orphelinat est unique, désireux d’être aimé, accepté. Victimes d’une réputation qui les précède, de la peur des autres, ils ne cessent pourtant de se projeter dans ce monde qui ne semble pas vouloir d’eux.

Si j’avais eu le bouquin sous la main, j’aurais corné tellement de pages, souligné tellement de passages… C’est un roman à la fois léger et violent, lent et brusque, un vent marin qui envahit tes poumons. Il est aussi doux qu’un après-midi de printemps sous un cerisier en fleurs, aussi amer qu’un pamplemousse sans sucre. Franchement, j’ignore s’il aurait eu autant d’impact sans le style de son auteur. Beaucoup d’humour, de sarcasme, d’ironie, un sens certain de la formulation, de la digression. Il a fait crier les non-dits, chanter les secrets. Il a déposé comme une caresse sa main caleuse sur notre épaule de lecteur en nous disant : « vas-y, kiffe, c’est pour moi. » Grand prince.

Pour info :
éditions De Saxus, trad. de Cécile Tasson, 473 pages, 18.90€

Publié dans Bouquinade, Roman

Ici et seulement ici (Christelle Dabos)

Ami du jour, bonjour !

Ça fait plusieurs mois maintenant que Gallimard Jeunesse nous annonce l’arrivée du prochain Christelle Dabos. Et vas-y que je t’en fais tout un mystère, d’abord révélation du titre avec promesse d’un genre très différent de La Passe-Miroir. Je commence à flipper sévère. Et puis une sorte d’annonce très vague sur ce qu’est cet Ici dont il est question dans le titre, quelques extraits d’entretiens… Je commence à bouillir. Et puis, miracle, il atterrit dans ma boîte aux lettres. C’est fou ! Il n’a manqué que l’impulsion d’une lecture commune avec Marilyn pour que je saute sur mon bouquin, qui pourtant me terrorise. Laisse-moi te dire qu’il y a un avant et un après…

Sarakontkoi ?
La voilà, la vraie question. Celle qui nous hante. Nous chuchote d’horribles visions à la pensée de devoir parler de ce livre à nos chers lecteurs… de quoi ça parle ? Si je veux la faire courte, je te dis « du collège ». Mais d’une, c’est pas sexy et tu vas tourner les talons. De deux, c’est ça sans l’être. Je ne te dirai que ceci : tu as peut-être bien vécu tes années « collège ». Tu étais peut-être la star de ta classe. Ou bien tu étais celle qui veut se fondre dans le décor, ne pas sortir du rang ; ou encore celui qui subissait les moqueries, les violences parfois physiques. Celui pour qui le collège fut un enfer. Quel que soit l’adolescent.e que tu as été, ces quelques années ont suffi à te marquer au fer rouge. Bienvenue Ici.

Tenpenskoi ?
Smiley « tête qui explose » les gars. Je vais tenter de rester concise, mais comment ? Comment, après avoir refermé ce livre, ne pas avoir envie de vous livrer toutes mes théories, ne pas vous raconter cette adolescente que j’étais ? Comment ne pas décortiquer chaque passage, annoter chaque page, citer chaque ligne ? On nous avait dit de ne surtout pas attendre un nouveau Passe-Miroir, il a donc fallu déconstruire toutes nos attentes. Premières pages : aouch, je pige que dalle. Chaque personnage de ce roman polyphonique a sa propre voix, mais je n’entends pas celle de Christelle. Je rame, je rame. Et puis, d’un coup d’un seul, je lâche prise. Et je comprends. Je ne lis pas une histoire, je fais partie d’une expérience quasi universelle, d’un tout que je vais nourrir de ma propre histoire. Comme le dirait Yoda lorsque Luc lui demande « qu’y a-t-il là dedans ? » : « juste ce que tu y apporteras. » Sage Yoda.

Les vocaux s’enchaînent entre Marilyn et moi : « t’as remarqué ce choix de mots ? », « tu penses que c’est une coïncidence ? », « j’ai noté un million de citations ». L’idée selon laquelle une fois que l’auteur a livré son texte à ses lecteurs, il ne lui appartient plus, prend tout son sens ici. Le texte est à nous, devient nous, se charge de nos intentions, de nos peurs et de nos espoirs. Rien n’est très clair, mais tout parle à cette petite partie de moi cachée tout au fond. Je comprends sans comprendre. On est entre un Ionesco et un Kafka, version ado. Et en bonne autrice, en merveilleuse passeuse, Christelle enlève les petites roues de notre vélo, donne une légère poussée dans notre dos, et nous regarde nous éloigner seuls sur le chemin qu’elle a tracé, vers ce que nous ferons de son roman.

Perso, je vais me payer le luxe d’une relecture. Ici et seulement Ici, ce n’est pas un texte facile. Il se mérite. Il écorche, il secoue tes entrailles, il ricoche et résonne. C’est autre chose, et une fois encore, c’est du génie.

Pour info :
éditions Gallimard Jeunesse, 256 pages, 15.50€

Publié dans BD, Bouquinade

Perséphone (Allison Shaw)

Ami du jour, bonjour !

Tu l’auras compris, la mythologie grecque est de nouveau à la mode, en particulier les personnages féminins, qui reprennent peu à peu leur voix au travers des fictions qui leur rendent le contrôle de leur destinée. La plus populaire : Perséphone, l’innocente vierge épouse du dieu des Enfers…

Sarakontkoi ?
Bah, tout bêtement l’histoire de Perséphone, fille de Demeter (oui oui, les mêmes que dans Lore Olympus) cachée par sa mère, très protectrice, jusqu’à ce qu’Hadès, dieu des Enfers, jette son dévolu sur elle et l’emporte dans son royaume pour en faire son épouse…

Tenpenskoi ?
J’aime cette tendance de réécriture de la mythologie grecque, et j’aime Akileos (l’éditeur de cette bande-dessinée, mais aussi de l’excellent Le Prince et la couturière). Et je suis tombée amoureuse de la couverture, de ses aplats de couleurs chaudes et automnales. Bref, tout pour me plaire.

Alors oui, ça m’a plu. Mais pas autant que je l’aurais voulu. Tout s’enchaîne très vite, et si effectivement on rend à cette jeune vierge effarouchée les rênes de sa vie, je pense qu’on aurait pu développer un peu plus certains aspects de l’histoire (notamment le rapprochement Hadès/Perséphone). J’aurais aimé lire quelque chose d’un peu recherché. Là on se contente de sauter de situation en situation jusqu’à ce que, oh !, Perséphone choisisse l’Enfer et qu’Hadès accepte son amour pour elle.

Les dessins et les couleurs restent une vraie gourmandise, dans un style épuré et expressif, et c’est ce qui fait l’intérêt du bouquin. Ça aurait bien mérité un trentaine de pages supplémentaires au moins (je n’aurais pas dit non à plus). Cela dit, je le conserve sur mes étagères parce que franchement, c’est du très joli travail graphiquement !

Pour info :
éditions Akileos, traduit de l’anglais par Achilles et Leana Felix, 168 pages, 20€

Publié dans Bouquinade, Roman historique

Le Chant d’Achille (Madeline Miller)

Ami du jour, bonjour !

Je continue mon exploration des titres que je vends le plus. Dernièrement, sauf si tu vis dans une cave (ou que tu t’en tapes des livres sur les réseaux et que tu ne lis que mon blog, petit veinard), tu as forcément vu passer Circé un peu partout. Circé, je l’ai en version papier dans ma PàL, j’ai donc décidé de me tourner vers Le Chant d’Achille pour l’audio.

Sarakontkoi ?
Si tu n’es pas familier avec la mythologie grecque et ses grands récits, tu auras peut-être tout de même entendu parler de la guerre de Troie, et du héros Achille (jure t’as pas vu Brad Pitt en petite jupe de cuir…). Ici, on suit l’histoire d’Achille, donc, dans le regard de celui auquel la mythologie aura donné le statut de « compagnon » : Patrocle. De leur enfance paisible auprès de Chiron le centaure, en passant par leurs premiers émois et la découverte de leur amour profond l’un pour l’autre, jusqu’à leur départ vers la gloire… et vers leur destinée funèbre. Car comme le dirait Thétis, mère d’Achille (dans Troie, tu l’auras compris, j’aime ce film) : la gloire n’a d’autre prix que celui de marcher aux côté de sa mort.

Tenpenskoi ?
J’ai aimé. Mais. Pas un gros « mais », bien entendu, cependant, je me dois de nuancer un peu les propos que j’ai pu lire et entendre. Le style de Madeline Miller est simple et léger. C’est une caresse, presque à fleur de peau. Les scènes intimes ont quelque chose de très charnel sans verser dans le voyeurisme, ni au contraire dans l’extrême pudeur. Les choses sont dites comme elles doivent l’être, avec beaucoup de tendresse et de sentiment. Pour moi, ça repose beaucoup sur le fait que c’est à travers les yeux de Patrocle, homme sensible dont la part de féminin est prédominante, que l’on suit les aventures d’Achille. En dehors de quelques instants particulièrement forts, j’ai du reste trouvé la narration très égale, presque linéaire et pourtant pas soporifique ; je dois l’avouer, je n’ai pas vu passer le bouquin.

Madeline Miller, sans se départir de l’aspect mythologique de la guerre de Troie, nous raconte surtout une histoire d’hommes. Les dieux sont présents, comme chez Homère, ils sont capricieux, fiers, presque humains. Mais ce sont les hommes dont les choix sont décisifs, douloureux. Le lecteur ne peut qu’assister, impuissant, à ce jeu d’échecs qui se déroule sous ses yeux. Les femmes, secondaires dans la vie d’Achille et de Patrocle, amants maudits, trouvent pourtant leur voix dans la peur de Thétis, dans la colère et l’impuissance de Deidamie, dans la douceur et la bonté de Briséis. Le personnage de Briséis notamment, dans son amour silencieux, s’est révélé pour moi sous un autre jour. Bref, si tu aimes les récits mythologiques à hauteur d’homme, je te propose cette revisite de la guerre de Troie. Si tu t’attends à de l’action et à une bonne dose de romance, tu peux passer ton chemin…

Pour info :
éditions Pocket, trad. de Christine Auché, 480 pages, 8.10€

Publié dans Bouquinade, Essai

S’informer, à quoi bon ? (Bruno Patino)

Ami du jour, bonjour !

On se retrouve pour une lecture inhabituelle chez moi, un très court essai publié sous forme de fascicule, dont le titre m’a immédiatement interpelée.

Sarakontkoi ?
Dans ce très court fascicule, Bruno Patino évoque la surinformation, la désinformation et surtout le besoin que ressentent aujourd’hui beaucoup d’hommes et de femmes de se couper de l’information (ce qui est mon cas).

Tenspenskoi ?
J’ai beaucoup de mal à lire de la non-fiction. Les essais, les biographies, je n’en lis que très rarement. Mais là, c’était court, c’était concis, et c’était clair. Bruno Patino quoi. J’ai « rencontré » ce monsieur (je parle bien sûr de rencontre littéraire) lors de mes études, puisqu’il avait été chargé, à l’époque en 2008, de rédiger un rapport sur le livre numérique (utilisation, législation, tarification, etc.). Perso, je le connais sous le simple titre de « Rapport Patino », mais je crois que son titre exact est Le devenir numérique de l’édition : Du livre objet au livre droit.

Pour recontextualiser le truc, Bruno Patino est l’actuel président d’Arte. C’est un homme des médias, mais surtout, c’est l’homme de la médiation en général, et de la médiation culturelle en particulier. Dans cet essai, il explique la fatigue liée à la surinformation, et aux doutes quant à la précision et aux sources. Il retrace brièvement l’histoire de la transmission de l’information et des médias, jusqu’à sa dématérialisation totale et sa vitesse de propagation au détriment de sa justesse. J’aurais presque eu envie de m’acheter Le Monde et de recommencer à m’intéresser à ce qui se passe autour de moi, tiens ! J’ai trouvé derrière ces quelques lignes un auteur incroyablement intelligent dans sa compréhension du monde dans lequel il vit, et de ses évolutions à venir. Bref, un texte qui m’a apaisée autant qu’il m’a alarmée, un excellent point de départ pour cette nouvelle collection au titre très moderne (Alt). Je regrette juste qu’on ne nous propose pas de ressources pour allez plus loin sur le sujet en fin de fascicule…

Pour info :
éditions La Martinière Jeunesse, collection Alt, 32 pages, 3.50€