Publié dans Bouquinade, Roman

Sauveur & fils, saison 1 (Marie-Aude Murail)

Ami du jour, bonjour !

Laisse-moi te raconter une aventure pleine de rebondissements, de repentance et autres mea culpa, de doutes et de craintes, d’angoisses et, enfin, dans son dernier soupir, de plénitude (ok, je viens de divulgacher la fin de cette chronique).

Sarakontkoi ?
Sauveur Saint-Yves est psychologue clinicien. Il reçoit dans son cabinet toutes sortes de patients : des adultes persécutés aux parents désespérés, des adolescents en quête d’identité à ceux qui ne savent pas très bien comment ils sont arrivés sur le fauteuil de ce grand gaillard à la peau cacao, serein et bienveillant. Mais Sauveur, sous ses airs de gentil colosse, soigne ses propres cicatrices, et prend grand soin de cacher ses fêlures à son jeune fils, Lazare, pourtant désireux d’ouvrir le dialogue et de lever le voile sur leur passé…

Tenpenskoi ?
Je me suis décidée à ouvrir ce roman parce que, soyons honnête, je le vois passer tout le temps sur les réseaux. En dehors de ça, c’est écrit par Marie-Aude Murail, grande figure de la littérature jeunesse devant l’Éternel, et MAM, c’est sacré. Je devais découvrir ce roman, qui, si j’en croyais les retours que j’avais lus/entendus, devait m’apaiser, me redonner foi en l’humanité (oui oui, rien que ça !). J’ai donc subtilisé l’exemplaire que je conserve précieusement dans mes rayons à la librairie pour le bouquiner pendant mes heures de caisse (oui, le boulot de libraire, ce n’est pas QUE lire).

Ma première impression, je l’ai partagée en commentant une chronique sur Instagram. J’étais alors happée par le roman, mais réellement angoissée parce que je voyais le fossé s’élargir entre Sauveur et son fils, j’entendais la colère, le chagrin, la peur dans le discours des patients de Sauveur. La peine de ces adolescents m’a heurtée, peut-être plus que je ne m’y attendais. Donc, au lieu de me sentir à l’aise dans mon pilou-pilou tasse de thé et tout le tralala, j’ai commencé à sérieusement me sentir mal. C’est la réponse de Marie-Aude à ce commentaire qui m’a ouvert les yeux. Elle a écrit : « ça m’a toujours étonnée qu’on parle de doudou ou de feelgood book à propos de mes livres. J’aborde des tonnes de trucs qui n’ont rien de rose bonbon… mais je pense que j’ai une grande aptitude à remonter vers la lumière et à garder une vision tendre et humoristique de notre pauvre humanité. » À ce moment-là, j’ai compris à quel point ce que j’avais pu lire autour de Sauveur & Fils m’avait induite en erreur. J’étais partie d’un très mauvais pied, et j’avais oublié une de mes règles premières : faire confiance à l’auteur. J’ai donc appréhendé la seconde partie du roman de la manière la plus neutre possible, et je l’ai laissé me raconter son histoire.

Et Bibidi Babidi Boo, la magie a opéré. J’ai aimé la maladresse et la fragilité de Sauveur, j’ai (un peu) jugé les adolescents, sur qui j’avoue avoir posé un regard condescendant avant de me reprendre et de rappeler à mon bon souvenir que j’avais, moi aussi, pensé vivre la fin du monde plus d’une fois. J’ai cessé d’avoir peur pour Lazare, ce gosse intelligent, drôle, et franc dans ses rapports. J’ai aimé ses questions, ses façons de les poser. Et Marie-Aude Murail a, encore une fois, exercé sur moi sa magie. Elle a su, dans un style que je qualifierais de muraillesque, me faire accepter l’imperfection du monde, et même apaiser les angoisses qui avaient pu naître sur les premières pages. Comme les romans de Cécile Alix, graves dans leur sujet, Marie-Aude Murail m’a mis un coup de coude dans les côtes, en me disant : « eh, écarte les doigts, jette un œil autour de toi, c’est pas joli-joli, mais qu’est-ce que c’est beau, quand même, de vivre… » Et pour ça, un grand merci.

Pour info :
éditions l’école des loisirs, collection M+, 400 pages, 8.50€

What’s Not To Love (Emily Wibberley/Austin Siegemund-Broka)

Ami du jour, bonjour !

Il y a parfois quelques drôleries dans la vie. Comme recevoir un roman que tu n’étais pas censée recevoir, et que tu lis par erreur. Mais qu’est-ce qu’il est cool quand même ! Qu’à cela ne tienne, c’est un joli hasard.

Sarakontkoi ?
En vrai, ça commence comme commencent 80% des ennemies-to-lovers adolescents : ils se battent pour être majors de promo, et ils sont au coude à coude. Pour les départager, la Principale demande à Alison et Ethan de préparer ensemble la soirée des anciens élèves. Ils doivent tous les deux briller, mais un désaccord au journal du lycée risque de remettre les pendules à l’heure… ou de faire tourner les boussoles.

Tenpenskoi ?
Enfin une romance adolescente qui fait voler des papillons dans le ventre sans proposer de relation toxique ! Oui Alison et Ethan sont rivaux, mais il ne se détestent pas « parce qu’ils s’aiment ». D’ailleurs, Ethan le souligne : elle est trop intelligente pour aimer un garçon qui la traite mal, et lui n’est pas le genre minable qui est horrible avec une fille parce qu’il l’aime. Merci ! On lit certes une romance qui commence par une forte inimitié, où le désir naît dans un moment de colère, mais l’intelligence des personnages est mise au centre de cette relation. Ils ont les idées confuses, peur pour leur avenir, ils se cherchent et se découvrent assez semblables. Ça, c’est très cool.

Les auteurs ont pris soin de développer l’histoire personnelle d’Alison (merci !) : heureux accident tardif d’un couple assez âgé, bien établi, qui a vécu une belle vie, elle est aimée, encouragée, et même calmement remise à sa place. Un fossé la sépare de sa grande sœur, beaucoup plus âgée qu’elle, qui cherche pourtant à renouer avec elle, donnant lieu à des scènes touchantes. Sa meilleure amie, Dylan, bisexuelle, peine à se remettre de sa rupture avec son ex-copine, et saute sur la première occasion de replonger dans cette relation malsaine où elle ne s’épanouit pas. Bref, des problématiques d’adolescente. Et on excuse volontiers ces airs de caricature qu’elle emprunte (elle est TRÈS compétitive, TRÈS égocentrique, elle a TRÈS peur de l’échec) parce qu’ils servent ses relations avec son entourage.

Ni le style, ni la construction du roman ne révolutionnent le genre, mais il remplit la check-list de la romance, sans tomber dans ses pires clichés, ni dans la caricature du « je te blesse parce que je t’aime ». Les personnages, en dehors de leur rivalité, sont sains, et ça sonne beaucoup plus vrai. Bref, une lecture très sympa qui n’a pas encore de traduction française, mais si tu lis l’anglais, il n’a rien de très compliqué…

Pour info :
éditions Viking Books, 400 pages, entre 12 et19€ (ça dépend des plateformes !)

Publié dans Bouquinade, Roman

Date me Bryson Keller (Kevin van Whye)

Ami du jour, bonjour !

Il y a quelques mois sont apparus sur les rayons des librairies les romans d’une nouvelle maison d’édition (enfin, un nouvel imprint en fait, c’est-à-dire un nom commercial sous lequel une maison d’édition publie un ouvrage, en l’occurrence, Korrigan est un imprint de City). Je sortais de mon obsession pour Heartstopper (parce qu’en vrai, combien de fois peut-on regarder la même saison de la même série, et relire les livres, sans commencer à tourner en rond ?) Bref, je cherchais à prolonger le plaisir, dans la même ambiance. Et voilà que je vois ce titre ; je le demande sans grand espoir à la community manager… qui me l’envoie ! Mais alors, est-ce que ça valait le coup de vous faire une intro aussi longue ?

Sarakontkoi ?
Pour Bryson Keller, beau gosse populaire du lycée, l’amour adolescent, ça ne vaut pas grand chose et ça ne dure jamais. D’ailleurs, pour illustrer son propos, il fait le pari de sortir avec une personne différente chaque semaine, la première qui lui demandera de sortir avec lui le lundi matin. Une règle : rien de physique. Agacé par ce petit jeu et le bazar que ça met au lycée, le timide Kai relève le défi la dernière semaine. Parce que Bryson n’a jamais précisé que seules les filles pouvaient jouer…

Tenpenskoi ?
Trêve de suspens, oui ça valait le coup ! La preuve, je l’ai conservé dans ma bibliothèque. Est-ce que j’ai retrouvé l’ambiance Heartstopper ? Totalement. Bryson est totalement un Nick : droit dans ses bottes, fait ce qu’il dit, et explore les possibilités qui s’offrent à lui. Il se pose les bonnes questions, et ça fait du bien ! Bien entendu, on ne peut pas s’attendre à ce que cette révélation soit acceptée par tous ses proches…

Si le style n’a rien de très original ; on aime les personnages, leurs doutes, leurs erreurs. On s’agace pour, avec ou contre eux. J’avoue que la relation de Bryson avec sa mère est apaisante. Celle de Kai avec ses parents est touchante, jusqu’à son coming out, douloureux, qui confronte l’amour parental aux idéologies religieuses, entre autres… les scènes de coming out sont d’ailleurs directement inspirées du vécu de l’auteur. Gros big up à la petite sœur de Kai, véritable soleil sur ce passage compliqué. Le roman ne fait pourtant pas dans le drama (en dehors d’une ou deux scènes), donc si vous avez besoin d’un truc tranquille et apaisant, d’une chouette romance (que je trouve parfaite pour l’été), j’ai envie de dire foncez !

Pour info :
éditions Korrigan, trad. de Raphaëlle O’Brien, 304 pages, 17.90€

Publié dans Bouquinade, Roman

Les Mystérieux Enfants de la nuit (Dan Gemeinhart)

Ami du jour, bonjour !

Je te l’ai probablement déjà dit, les livres que je préfère sont ceux que je n’attendais pas. Celui-ci, je l’ai lu en 2021, lorsque son éditrice française m’a envoyé le manuscrit en me demandant de lui rendre une fiche de lecture. Quand je l’ai lu, j’ignorais qu’il s’agissait d’un roman de Dan Gemeinhart, dont j’avais adoré L’Incroyable Voyage de Coyote Sunrise. C’est en rédigeant ma fiche que j’ai souri, et qu’une petite voix à susurré : « bien sûr… »

Sarakontkoi ?
Ravani Foster, 12 ans, vit dans la triste ville de Bourg-Boucherie, nommé d’après l’abattoir qu’elle abrite. La communication avec ses parents est rompue, il est maltraité par les petites brutes de son collège. Tout change lorsqu’arrive en ville une étrange fratrie aux parents peu présents, qui semble cacher un « secret terrible et magnifique »…

Tenpenskoi ?
Qu’il est bon de lire un roman qui valorise les enfants, sans avoir besoin de magie, de paillettes, ou de rires forcés ! Ces gamins sont d’une rare sincérité, mais surtout d’une gravité que peu de romans accordent à des personnages si jeunes (j’ai pensé naturellement à Adam, chez Gaiman et Pratchett, et aux orphelins chez Klune). Ici, il n’est pas question de problématiques futiles, de paraître ou de popularité. On y parle de solitude de l’âme, de choix, de vérités. D’ailleurs, c’est ainsi que Dan Gemeinhart fait référence à ses personnages : des âmes. Des âmes qui se cherchent, se trouvent, se répondent. La magie à laquelle font référence les enfants relève plutôt d’une intelligence émotionnelle, d’une intuition, ou d’habiletés. Le tout, porté par la simplicité et l’efficacité de la plume de son auteur, ne pourra toucher ton petit cœur de lecteur.

Le roman incite à chercher en nous l’étincelle qui nous rend spécial, à accepter d’être encore inachevé, en route vers ce que l’on est vraiment. C’est un réel parcours initiatique, une lecture déchirante parfois, apaisante souvent. Pour écrire ce billet, j’en ai d’ailleurs relu quelques passages, et devine quoi… j’ai pleuré. Encore. Je ne sais pas comment se débrouille Dan Gemeinhart pour faire mouche à chaque fois, mais ce type, il en a sous le clavier, laisse-moi te le dire. Bref, la typo du titre est un peu « meh », l’illustration est très enfantine, mais ne t’y fie pas, c’est une pure merveille.

Pour info :
éditions PKJ, trad. de Isabelle Troin, 480 pages (écrit gros), 18.90€

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3 fois l’été (Elizabeth Barfety)

Ami du jour, bonjour !

Qu’il est bon de se plonger dans sa PAL de dinosaures et d’en tirer un roman un peu inattendu… ça donne l’impression de faire l’école buissonnière du SP, et d’être incroyablement libre !

Sarakontkoi ?
Maëlle, 16 ans, vient d’emménager avec sa maman dans un nouvel appartement suite au divorce de ses parents. Sa meilleure amie Lucie est partie passer les vacances à la campagne. Pour tuer le temps, Maëlle trouve un job d’été au cinéma de son quartier, et décide en parallèle d’ouvrir un conte Videoz pour y créer son propre contenu. Durant son été, elle fait trois rencontres. Chacune d’elle a du potentiel. Mais lorsque les trois garçons en question lui proposent de sortir le même soir, elle doit faire un choix… et toi aussi, lecteurice.

Tenpenskoi ?
J’aime bien tomber sur des romans dont je n’attends pas grand-chose, mais qui m’attrapent quand même. Celui-ci, sans être un coup de cœur, s’inscrit dans la veine des romans agréables à lire cet été. Il est très court, et comporte en tout 3 scénarii. Alors forcément, on va à l’essentiel, parfois on passe rapidement sur 2-3 trucs et on prend des raccourcis, mais toujours au service du propos… qui s’est avéré étonnamment profond. On prend le temps d’aborder des sujets comme la reconstruction, le rêve de célébrité de plus en plus présent chez les jeunes, le harcèlement sur internet et les coups de cœur amoureux fulgurants chez les ados.

Et pour le coup, c’est un vrai roman pour ado ! Je le disais sur les réseaux, mais souvent, je passe de romans très infantilisants à des romans hyper sexualisés (où la mention « jeunes adultes » semble vouloir excuser les manques scénaristiques et les scènes de sexe décomplexées et vides de sens). Là, on aborde des thématiques contemporaines, avec une héroïne certes parfois naïve (quel ado ne l’est pas ?) mais tout à fait crédible dans ses réflexions, dans sa manière de sauter sur les conclusions, de s’emporter, de tout prendre à cœur. Le petit côté « choisis ton histoire » est très chouette, même si on finit par tous les lire (et perso, j’avais fait le mauvais choix, même si je le pensais raisonnable). Chaque fin amène sa pierre à l’édifice et fait grandir Maëlle de manière différente. Bref, un roman très cool, léger, parfait pour emporter sur la plage !

Pour info :
éditions Milan, 256 pages, 14.90€

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La plus forte (Jo Watson)

Ami du jour, bonjour !

J’entame avec beaucoup d’appréhension les chroniques des livres lus il y a plus de 6 mois. Je te dis pas la galère !

Sarakontkoi ?
Lori Palmer, jeune ado en surpoids, doit changer de lycée ; elle quitte Johannesburg et part pour Le Cap avec sa mère et son frère. Ses parents ont divorcé parce que son père avec trouvé une nouvelle petite amie, sa mère se jette à corps perdu (littéralement, puisqu’elle se fait refaire tout le corps) dans sa nouvelle agence immobilière de luxe, et elle emménage près d’une école spécifique pour son petit frère autiste. Dans cette nouvelle ville, seules les apparences comptent et Lori ne s’y sent pas à sa place. Artiste dans l’âme, elle trouve pourtant bientôt le moyen de faire entendre sa voix.

Tenpenskoi ?
Encore un manuscrit que j’ai récupéré sur NetGalley ! Quand je te dis qu’on ne m’arrête plus… Peut-être que tu le sais (ou pas, parce que mon incroyable charme doublé de mon indéniable charisme ne laissent rien paraître), le surpoids, ça me connaît. De fait, lorsque je tombe sur un bouquin dont l’héroïne pète les codes plus que ses coutures de jeans, je dis banco (la preuve avec Miss Dumplin, Avant minuit, Attention, Spoiler ! ou encore… Bah oui, Esther Parmentier !). Je tombe ici sur un roman au cadre peu commun (l’Afrique du Sud, pourquoi pas). Et je rencontre des personnages auxquels je m’attache très vite : le frangin de Lori, jeune autiste débordant d’un amour qu’il a du mal à gérer, Lori elle-même, Jake le beau sportif, sa petite sœur, atteinte d’un syndrome d’Asperger (je crois).

Alors bien entendu, c’est un peu convenu, c’est une histoire qu’on a beaucoup lue, celle d’une seconde chance, d’une ado qui décide enfin de relever la tête, qui s’émancipe et s’engage grâce à son art (parce que Lori dessine), mais quelque part, ça fait du bien. Mettre en lumière des personnages atypiques (physiquement ou mentalement), ça aide aussi à appréhender le monde qui nous entoure. Lori, comme beaucoup d’ados, ne comprend pas ses parents, elle est pleine de colère, elle a peur, elle veut à la fois partir et grandir, et rester cachée. Le roman se permet même une touche d’engagement social contre le racisme qui règne en Afrique du Sud. Le tout nous est servi dans un style fluide, bien traduit. J’ai passé un très bon moment de lecture, et après tout, c’est ce qui compte, non ?

Pour info :
éditions Hachette, trad. de Charlotte Faraday, 386 pages, 18€

Publié dans Bouquinade, Roman

Sillage (Joanne Richoux)

Ami du jour, bonjour !

Depuis que j’ai compris comment fonctionne NetGalley et comment transférer un manuscrit sur mon Kindle, on ne m’arrête plus ! C’est ainsi que j’ai pu découvrir cet étrange roman (notez le montage photo de qualitay)…

Sarakontkoi ?
Jade a 19 ans ; son rêve c’est de bosser en parfumerie. Elle emménage donc à Paris, embauche dans un Sephora de luxe et fait la rencontre de Victor, qui joue le chaud et le froid avec elle. Repérée par un grand créateur de parfum, elle commence à perdre pieds avec la réalité, obsédée qu’elle est par la création de sa propre fragrance… et par Victor.

Tenpenskoi ?
Personnellement, je n’ai jamais lu Le Parfum, de Süskind ; en revanche, j’ai vu le film (oui oui, je sais, c’est pas pareil, mais je pige l’ambiance…). Beaucoup de lecteurs de Sillage ont fait référence à ce roman, et je le comprends. Effectivement, sans pousser à l’extrême le truc du gosse qui dès la naissance a un nez exceptionnel, on part dans le même délire de folie créatrice. Jade empêtrée dans son quotidien, dans ses relations foireuses, perd peu à peu pieds avec la réalité. Le roman fait état d’une relation malaisante, presque malsaine, au corps, mais aussi aux relations amoureuses. Il décrit parfaitement le dégoût pour les parfums synthétiques qui agressent ; il en émane des odeurs organiques, presque palpables. Et la folie, toujours la folie.

Je dois l’avouer, je n’avais pas apprécié plus que ça le dernier roman de Joanne Richoux que j’avais lu (Virgile & Bloom). C’est donc avec une légère appréhension que j’ai commencé Sillage. J’y suis tout de même allée les mains dans les poches, avec une vague idée de ce que j’allais y trouver. Et j’ai bien aimé. C’est avant tout un roman d’ambiance, un truc poisseux qui n’a pas la prétention d’être l’épique aventure d’une vie, seulement celle de cette jeune femme perdue dans la ville, dans sa vie, qui cherche désespérément un point d’ancrage. Et c’est réussi.

Pour info :
éditions PKJ, 304 pages, 14.90€

Publié dans Bouquinade, Roman

Gazelle Punch (Nancy Guilbert)

Ami du jour, bonjour !

De temps en temps, je reçois des romans envoyés par Carole, ma très chère chargée de relation libraires chez Slalom. Et parfois, Carole me dit « celui-ci, j’aimerais que tu me donnes ton avis ». Ce fut le cas de Gazelle Punch.

Sarakontkoi ?
Violette accueille chaque été, dans son village ardéchois, des jeunes en difficulté. Cet été, ce n’est pas un ado, mais deux qu’elle accueille : Dempsey, rongé par sa colère et en échec scolaire, et Livia, adolescente fermée ayant vécu un drame familial. Deux ados, deux vies brisées… Deux ? Peut-être un peu plus…

Tenpenskoi ?
C’est un roman où résonnent plusieurs voix. Celle de Violette, forte tête qui s’efforce de donner une deuxième chance à des gosses que la vie n’épargne pas. Celle de Dempsey, persuadé d’être un échec, consumé par une rage telle qu’il ressent le besoin d’allumer ses propres incendies. Celle de Livia, hantée par l’image d’un père qui l’a détruite. Et celle d’un autre personnage, qui sera peut-être une lueur d’espoir au fond d’un puits béant. Des tragédies qui percutent d’autres tragédies.

Dans un style simple et efficace, Nancy Guilbert nous offre une histoire de rédemption, une histoire que j’ai trouvée parfois trop belle pour être vraie, mais qui a su me rappeler que tout ce beau était né de peurs et de violences… c’est très fortement contrasté. Les souvenirs de Livia notamment m’ont perturbée, parce que ce sont des violences que je ne comprends pas, mais qui existent. Plus d’une fois, Livia, enfermée dans son mutisme, m’a donné envie de la secouer. Plus d’une fois, je me suis dit que non, ça ne marchait pas toujours aussi bien, même si on en avait très envie. Plus d’une fois, je l’avoue, je me suis dit « comme par hasard ». Mais en lisant les dernier chapitres, en refermant le bouquin, ma gorge s’est nouée, et il se peut que j’aie lâché quelques larmichettes (« I’m not crying, you’re crying ! »). Oui, c’est trop beau, oui, c’est parfois un peu facile. Mais c’est aussi positif, et ça m’a fait grand bien. Une très chouette lecture donc.

Pour info :
éditions Slalom, 304 pages, 16.95€

Publié dans Bouquinade, Roman

Les sœurs Lakotas (Benoît Severac)

Ami du jour, bonjour !

Causons aujourd’hui d’un roman que j’ai vu passer une fois ou deux sur Instagram. Comme il m’intriguait, je me suis fendue d’un DM à la Community Manager, et je lui ai demandé s’il était possible de recevoir ce roman. Ni une, ni deux, une semaine plus tard, il était dans ma PAL !

Sarakontkoi ?
Alors que leur mère vient d’être incarcérée un an pour conduite en état d’ivresse, trois sœurs natives américaines lakotas se voient contraintes de fuir pour ne pas être séparées par les services sociaux pendant l’année d’absence de leur mère. Mais Bearfoot n’a que 16 ans, et aucun plan pour s’occuper de Santee, 10 ans, et Ray, 6 ans. Les rencontres qu’elles feront risquent bien de changer leur regard sur le monde…

Tenpenskoi ?
Le sujet de la culture amérindienne fait l’objet chez moi d’une sorte de fascination. Dans la littérature, ça s’est traduit par la découverte d’un texte fort, Ici n’est plus ici, de Tommy Orange, qui m’avait à l’époque bouleversée. Puis j’avais tenté le premier tome de la série de Jim Fergus, Mille femmes blanches, qui, dans un autre genre, peignait une fresque guerrière et sauvage, empreinte de mythes et de croyances. Et puis, il y a eu le merveilleux Celle qui venait des plaines, de Charlotte Bousquet, qui m’a arraché le cœur comme on a tenté d’arracher leur culture à de jeunes indigènes. Bref, tu l’auras compris, lorsque j’ai vu passer Les sœurs Lakotas, je n’ai pas hésité.

J’ai trouvé dans ce roman quelques petites choses bien sympas, et d’autres qui m’ont moins plu. Commençons par le négatif et finissons sur le meilleur. Bien que le roman se lise très très rapidement, j’ai ressenti comme un ton professoral, quelque chose qui tient du cours magistral sur l’histoire compliquée des cultures natives américaines et du traitement qui leur est réservé encore aujourd’hui. Benoît Severac fait souvent répéter à son héroïne à quel point la misère est présente au sein des réserves, combien il est difficile de faire prendre conscience des injustices qui entourent les peuples natifs américains. Tout ça dans la bouche d’une ado de 16 ans qui n’a elle-même pas réellement vécu ces injustices, et qui n’a fait que les observer.

Bien entendu, je garde en tête qu’il s’agit d’un roman pour jeune adolescent, d’ailleurs écrit avec l’aide d’une classe de 5e SEGPA. C’est l’un des gros points positifs : le roman s’inscrit dans la démarche de l’association Réparer le langage, je peux, qui organise avec le concours d’auteurs volontaires, des ateliers d’écriture au sein de classes de collèges afin de renouer leur lien avec la littérature. De là, je ne peux que prendre du recul sur le texte, et me dire que s’il s’agit d’un travail collectif entre un auteur et des collégiens, c’est franchement pas mal. D’autant que j’y ai trouvé beaucoup de positif, de mains tendues sur le chemin de ces frangines qui se sentent abandonnées par un système injuste. Et je me dis que si c’est ce qui ressort d’une histoire écrite par des collégiens en difficulté scolaire, sur lesquels nous avons (on ne va pas se mentir) beaucoup d’a priori, alors le monde n’est pas perdu. Qui plus est, le style est bien meilleur qu’une grande partie des romans que j’ai pu lire dernièrement, ce qui ne mange pas de pain. Bref, une sympathique lecture que je suis heureuse de pouvoir partager avec vous…

Pour info :
éditions Syros, co-écrit avec Nathalie Quentin et les collégiens de 5e SEGPA du collège Clémence Isaure à Toulouse, 256 pages, 17.95€

Publié dans Bouquinade, Roman

Ici et seulement ici (Christelle Dabos)

Ami du jour, bonjour !

Ça fait plusieurs mois maintenant que Gallimard Jeunesse nous annonce l’arrivée du prochain Christelle Dabos. Et vas-y que je t’en fais tout un mystère, d’abord révélation du titre avec promesse d’un genre très différent de La Passe-Miroir. Je commence à flipper sévère. Et puis une sorte d’annonce très vague sur ce qu’est cet Ici dont il est question dans le titre, quelques extraits d’entretiens… Je commence à bouillir. Et puis, miracle, il atterrit dans ma boîte aux lettres. C’est fou ! Il n’a manqué que l’impulsion d’une lecture commune avec Marilyn pour que je saute sur mon bouquin, qui pourtant me terrorise. Laisse-moi te dire qu’il y a un avant et un après…

Sarakontkoi ?
La voilà, la vraie question. Celle qui nous hante. Nous chuchote d’horribles visions à la pensée de devoir parler de ce livre à nos chers lecteurs… de quoi ça parle ? Si je veux la faire courte, je te dis « du collège ». Mais d’une, c’est pas sexy et tu vas tourner les talons. De deux, c’est ça sans l’être. Je ne te dirai que ceci : tu as peut-être bien vécu tes années « collège ». Tu étais peut-être la star de ta classe. Ou bien tu étais celle qui veut se fondre dans le décor, ne pas sortir du rang ; ou encore celui qui subissait les moqueries, les violences parfois physiques. Celui pour qui le collège fut un enfer. Quel que soit l’adolescent.e que tu as été, ces quelques années ont suffi à te marquer au fer rouge. Bienvenue Ici.

Tenpenskoi ?
Smiley « tête qui explose » les gars. Je vais tenter de rester concise, mais comment ? Comment, après avoir refermé ce livre, ne pas avoir envie de vous livrer toutes mes théories, ne pas vous raconter cette adolescente que j’étais ? Comment ne pas décortiquer chaque passage, annoter chaque page, citer chaque ligne ? On nous avait dit de ne surtout pas attendre un nouveau Passe-Miroir, il a donc fallu déconstruire toutes nos attentes. Premières pages : aouch, je pige que dalle. Chaque personnage de ce roman polyphonique a sa propre voix, mais je n’entends pas celle de Christelle. Je rame, je rame. Et puis, d’un coup d’un seul, je lâche prise. Et je comprends. Je ne lis pas une histoire, je fais partie d’une expérience quasi universelle, d’un tout que je vais nourrir de ma propre histoire. Comme le dirait Yoda lorsque Luc lui demande « qu’y a-t-il là dedans ? » : « juste ce que tu y apporteras. » Sage Yoda.

Les vocaux s’enchaînent entre Marilyn et moi : « t’as remarqué ce choix de mots ? », « tu penses que c’est une coïncidence ? », « j’ai noté un million de citations ». L’idée selon laquelle une fois que l’auteur a livré son texte à ses lecteurs, il ne lui appartient plus, prend tout son sens ici. Le texte est à nous, devient nous, se charge de nos intentions, de nos peurs et de nos espoirs. Rien n’est très clair, mais tout parle à cette petite partie de moi cachée tout au fond. Je comprends sans comprendre. On est entre un Ionesco et un Kafka, version ado. Et en bonne autrice, en merveilleuse passeuse, Christelle enlève les petites roues de notre vélo, donne une légère poussée dans notre dos, et nous regarde nous éloigner seuls sur le chemin qu’elle a tracé, vers ce que nous ferons de son roman.

Perso, je vais me payer le luxe d’une relecture. Ici et seulement Ici, ce n’est pas un texte facile. Il se mérite. Il écorche, il secoue tes entrailles, il ricoche et résonne. C’est autre chose, et une fois encore, c’est du génie.

Pour info :
éditions Gallimard Jeunesse, 256 pages, 15.50€