Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

La Vie invisible d’Addie Larue (V. E. Schwab)

Ami du jour, bonjour !

Parlons peu, parlons bien, parlons lecture (en même temps, quoi d’autre ?) avec un roman que j’ai écouté (merci Audible) après en avoir entendu parlé au moins un million de fois sur les réseaux. Les avis étaient tantôt très positifs, tantôt de l’ordre du « meh ». Il fallait que je me fasse mon avis.

Sarakontkoi ?
1714, France. Adeline Larue vit heureuse avec ses parents, jusqu’à ce qu’ils décident de la marier avec un homme qu’elle n’aime pas. D’abord résolue à faire ce qu’on attend d’elle, elle ne peut se résoudre à passer sa vie à étouffer ses rêves de liberté. Dans un acte de désespoir profond, elle en appelle à un dieu peu miséricordieux, qui exauce son vœu. Elle vivra sa vie, libre et sans attache, aussi longtemps qu’elle le voudra. Mais jamais elle ne pourra laisser sa marque en ce monde, ni dans les mémoires. Un siècle, puis deux s’écoulent dans la plus grande des solitudes, jusqu’à ce qu’un jour, elle entende enfin ces mots qu’elle n’attendait plus : « je me souviens de vous ».

Tenpenskoi ?
Team WAOUH ! J’ai adoré de bout en bout. Alors bien entendu, on est loin du page turner, du roman d’aventures, dont le suspens nous tord les entrailles. Le roman s’écoule telle une rivière paisible, parfois profonde et glaciale, parfois fraîche et chantante. Dans les faits, il t’embarque dans la vie d’Addie, à travers les hauts, les bas, les guerres, les instants de désespoir, et ceux, bénis, qui précèdent l’oubli. Parce qu’il est impossible de se souvenir d’elle une fois qu’on lui a tourné le dos, sa vie est d’abord un enfer, puis un terrain de jeu. Je n’avais rien lu de Victoria Schwab avant ça, même si j’en entends beaucoup parler (coucou Shades of Magic) ; j’avais très peur de sa plume, qu’elle ne soit qu’une copie de Anne Robillard ou Sophie Audouin-Mamikonian, que je trouve lourdes et bourrées de stéréotypes. Mais pas du tout. C’était emprunt d’émotions, et même sincèrement poignant par moment (bah oui, j’ai versé ma larmichette).

On y aborde le thème du souvenir, de la mémoire, de l’impact qu’on a sur les êtres dont le chemin croise le nôtre. Du prix de la liberté aussi. Sans tomber dans le mélodrame, le roman crie la solitude, le besoin d’amour et de reconnaissance. Addie est une femme intelligente, qui fait preuve de ressources, fière, parfois fragile ; il lui arrive de se planter lamentablement, mais toujours, elle avance. En bref, c’est un roman emprunt de mélancolie, loin pourtant de te plonger dans la dépression, il est fort, et il a chanté à mon oreille la chanson de l’éternité. Pour le coup, je me suis même procuré la version papier, histoire de pouvoir le prêter…

Pour info :
éditions Lumen (traduit de l’anglais par Sarah Dali), 696 pages, 17€

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Le Trône des sept îles (Adalyn Grace)

Ami du jour, bonjour !

C’est drôle la vie… Tu fais des piles à lire, tu te dis que tu dois commencer tel ou tel roman… et puis ta copine dit qu’elle entame un roman que tu as dans ta PAL et que tu ne pensais pas choisir avant un millénaire, et BOUM ! tu te lances. Et voilà un bouquin que je pensais voir prendre la poussière pendant un moment qui en sort et est lu en moins d’une semaine.

Sarakontkoi ?
Le royaume de Visidia est divisé en sept îles, et chaque île pratique sa propre magie (magie des éléments, de l’esprit, de la matière, etc.). Il est impossible de pratiquer plusieurs formes de magie sous peine de mourir de folie. La princesse Amora, héritière du trône, doit produire une démonstration de sa magie. Mais rien ne se passe comme prévu, la démonstration échoue, et Amora fuit avec l’aide de Bastian, un jeune pirate, afin de se racheter et de sauver le royaume d’une menace sourde qui gronde au sud.

Tenpenskoi ?
Comme j’ai lu le roman en anglais, je poste la photo de mon exemplaire, intitulé All the stars and teeth. Je vais être très honnête, les récits de piraterie et moi ne sommes vraiment pas copains ces temps-ci. Je te laisse remonter le fil de mes chroniques pour comprendre pourquoi. Là, j’ai vu venir le truc du couple « princesse de caractère + pirate rebelle = amour toujours (mais avant on se tourne autour des plombes) » et point. En fait, pas du tout, la configuration des personnages, la jeune princesse un peu paumée, le mystérieux pirate solitaire, le fiancé promis qu’on est obligés de se coltiner a quelque chose de comique et crée une dynamique très sympa. N’oublions pas le personnage de la sirène, qui arrive un peu plus tard dans le roman et donne un nouveau souffle au trio de base.

De chouettes personnages donc, mais aussi un univers aux règles peu communes, une magie pas si innée qu’on le pensait, de lourds secrets qui pèsent sur la famille royale et la création du royaume, et un méchant aux motivations pas si machiavéliques que ça. Qu’on se le dise, il ne s’agit pas de piraterie à proprement parler, plutôt d’un roman d’aventures en mer. Mais il nous offre ce dont on manquait depuis longtemps (coucou La Carte des Confins et Daughter Of The Pirate King). Le petit groupe de personnages fonctionne très bien. Et la génèse de toute cette tambouille t’en bouche un coin. Je me réconcilie donc avec toi, piraterie (ou presque). Attention cela dit, la version française est parue chez De Saxus, et au vu du soin discutable accordé à la relecture des textes que j’ai eu l’occasion de lire chez eux, je ne me prononce pas quant à la qualité de cette traduction. La VO est très correcte, sans être un gros coup de cœur en termes de style, mais elle se lit très bien. Fallait le préciser.

Pour info :
éditions De Saxus (trad. de l’anglais par Aurélie Orkan), 411 pages, 21.90€

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D’or et d’oreillers (Flore Vesco)

Ami du jour, bonjour !

Tu le sais parce que je t’ai harcelé avec ça, au mois de juillet, c’était mon anniversaire. Et quand tu aimes les bouquins, le mieux, c’est quand on t’en offre… ou qu’on t’offre la possibilité d’en acheter. J’ai donc eu droit entre autres à une carte cadeau, et l’ami, je me suis fait plais’ ! Parmi mes achats figurait ce (spoiler) petit bijou. Sitôt acheté, sitôt lu (oui oui, d’une traite) — fait suffisamment rare pour le souligner.

Sarakontkoi ?
Le jeune lord Handerson recherche une épouse, et pour se faire défie les jeunes filles de passer une nuit chez lui sans chaperon. Contre toute bienséance, Mme Watkins y envoie ses trois filles et leur suivante, Sadima. Dans la chambre, un lit où s’empilent une dizaine de matelas. Celle qui relèvera le défi n’est pas forcément celle que l’on pense, et l’épreuve pas ce qu’elle semble être…

Tenpenskoi ?
Je lève de suite le suspens : ce bouquin est MÂ-GNI-FIQUE ! Voilà bien longtemps que je n’avais pas dévoré un roman en un après-midi ! S’il s’agit au départ d’une réécriture du conte de la Princesse au Petit Pois, on dérive très vite pour partir dans une direction inattendue.

Exit la fragile princesse, dont la peau est blessée par un innocent légume. Mais il y est bien question de peau. C’est un roman charnel, presque gourmand, où les protagonistes se découvrent eux-mêmes et l’un-l’autre. On y parle d’éveil de la sensualité, de la sexualité, d’émancipation. Sur la dernière partie, j’ai levé les yeux de ma lecture, et je me suis demandé où j’étais, et ce que m’avait fait ce roman. Il exerce comme un pouvoir, une sorte de fascination qui nous enrobe tel un cocon. Et durant ces quelques secondes de pause, j’étais perdue. Le roman supprime tous vos repères ! C’est loufoque mais ça marche ! Un petit clin d’œil au passage à d’autres contes et légendes (Midas, la pierre philosophale, Cendrillon — la vraie — et le petit chaperon rouge)…

Le tout est servi dans un écrin de poésie, de métaphores, de jeux sur les sonorités, les rythmes, les mots. Loin du roman middle-grade auquel je m’attendais, j’ai eu droit à un rite initiatique lourd de sens, une lecture qui se mérite, et qui en repoussera certains, c’est clair. C’est beau, c’est organique et clairement déstabilisant, mais p*** qu’est-ce que c’est bon !

Pour info :
éditions l’école des loisirs, collection Medium+, 240 pages, 15€

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La Maison Chapelier (Tamzin Merchant)

Ami du jour, bonjour !

Aujourd’hui, on se tourne vers la littérature jeunesse avec un roman qui m’a été envoyé par Gallimard Jeunesse. Le bouquin sort demain, et si tu traines un peu se les réseaux ce soir, tu auras un avant goût de ce qui t’attend ! Entre magie et aventure, la promesse est-elle tenue ?

Sarakontkoi ?
Dans le monde de Codelia Chapelier, l’artisanat renferme une étincelle de magie, présente en chacun de nous. Cette magie est transmise à travers les créations des artisans (chapeaux, gants, capes, bottes et autres montres et cannes) à celui qui les porte. Le père de Cordelia a disparu en mer alors qu’il était parti chercher une plume très rare pour le chapeau du roi. Cordelia, persuadée que son père n’est pas mort, compte bien le retrouver, même si pour cela, elle doit déjouer les complots qui menacent la Cour d’Angleterre.

Tenpenskoi ?
Pour commencer, et comme je l’ai mentionné sur Instagram, j’ai toujours très peur des romans destinés à cette tranche d’âge. Je trouve que beaucoup d’auteurs qui écrivent sciemment pour les jeunes, en particulier pour les 10-13 ans, ont tendance à infantiliser leur lectorat, et à nous pondre des romans que je qualifie de « sautillants » (parce que j’imagine toujours une gamine avec des couettes, une petite jupe et une sucette qui sautille en chantonnant). Bref, ça se veut loufoque et gai… mais avouons que parfois, c’est trop.

Ici, je ne cacherai pas que le roman est un peu sautillant. Pas au point de me faire soupirer d’agacement, c’est déjà ça. La volonté est clairement de créer un monde fantasque et coloré, et pour le coup, c’est réussi. L’intrigue est bien menée, et si l’un des gros méchants est grillé illico (parce qu’il est vraiment très méchant), il y a quand même un(e) des antagonistes qu’on avait pas vu venir. Le roman est parfois drôle, de temps en temps surprenant dans certaines thématiques qu’on croise l’air de rien et qu’on attendait pas, et là, c’est chapeau !

Mais j’avoue, je ne l’ai pas trouvé touchant. Et si l’aventure et l’enquête m’embarquent, j’ai du mal à éprouver une quelconque empathie pour cette fillette. Je parviens à être en colère avec elle, à rire avec elle, mais pas à ressentir sa tristesse suite à la perte de son père. La faute à des personnages un peu survolés. Et c’est ce maque de profondeur que je reproche justement aux romans 10-13. On fait la part belle aux intrigues, pour garder le lecteur éveillé, mais pour le reste, développer un personnage est visiblement perçu comme secondaire. Ce qui fait que ces petits gars, c’est plutôt des fonctions (le rigolo, le peureux, l’ami, le combatif, etc.) que de réelles personnalités. Donc ça ne me touche pas.

On ne pourra pas enlever au roman son style et sa traduction, c’est du beau travail. Vocabulaire recherché, jeu sur les sonorités et les rythmes. Non, vraiment, de ce côté, c’est un gros plus ! Une bonne lecture donc, surtout lorsque tout le complot se met en place et se dévoile, mais pas un coup de cœur, parce que j’aurais clairement aimé y trouver plus de profondeur.

Pour info :
éditions Gallimard Jeunesse (traduit de l’anglais par Marie Leymarie), 432 pages, 18€

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Grisha (Leigh Bardugo)

Ami du jour, bonjour !

Comme toi, j’en suis certaine (ou pas), j’ai dévoré la série Shadow & Bone sur Netflix, tirée des romans de Leigh Bardugo, Grisha et Six of Crows. J’ai donc, en libraire appliquée, décidé de les lire avant de bouffer tous les épisodes. Tu me connais maintenant, je lis comme un escargot. Tu sais donc que lire 5 romans de 400 pages en moyenne, c’est pas de la tarte pour moi. Mais je l’ai fait. Tu connais mon avis sur Six of Crows. Voilà ce que j’ai pensé de Grisha.

Sarakontkoi ?
Depuis des siècles, le royaume de Ravka est coupé en deux par le Fold, une sorte de no man’s land fait de ténèbres, habité par des monstres cruels. Alina Starkow découvre par accident qu’elle est une Grisha, un être capable de manipuler les éléments, la lumière dans son cas. Sa vie bascule alors qu’elle doit rejoindre les autres Grishas à la cour, afin d’y être formée. Elle est la seule à pouvoir aider le Darkling, un lointain descendant du puissant Grisha qui a créé le Fold, à détruire cette atrocité qui affaiblit son pays. Mais les apparences sont trompeuses et Alina devra prendre en main son destin.

Tenpenskoi ?
Mettons-nous d’accord, je vais te donner un avis sur la trilogie complète, puisque je l’ai lue d’une traite. Je connaissais déjà la plupart des retournements de situation du premier tome, puisque j’avais regardé la série (et qu’en ayant lu Six of Crows, j’avais une vague idée de ce que pouvait être la fin). Ceci dit, la lecture du premier tome fut agréable. L’univers est inventif, j’ai bien du mal à le rapprocher d’un concept que je connais déjà. Le roman ne se situe pas dans notre monde mais dans ce qui pourrait s’apparenter à la Russie du début du XXe (vêtements, langage, armement, nom des personnages et des lieux). La touche de fantastique est appelée « petite science », ce qui rapproche l’ambiance du steampunk (oui, c’est très léger, on est d’accord) et la magie à proprement parler, le Merzost, est diabolisée et considérée comme contre nature.

Donc l’ambiance, l’univers, c’est cool, vraiment ! Il en est tout autrement pour les personnages, que j’ai trouvés indécis, stéréotypés à faire pleurer, et franchement bêtes par moment. La petite nana toute fragile qui se dévalorise et se sous-estime constamment, au cœur d’un triangle amoureux. Le beau gosse un peu trop con et trop fier pour avouer ses sentiments (ou qui les refoule « pour son bien »)… bref, le couple star, tu as juste envie de le tarter. Quelques personnages secondaires auxquels je veux rendre hommage (big up les gars… et les meufs) : Bagrah, la vieille sorcière aigrie et clairvoyante, Nikolaï, le prince qui a un peu trop la confiance, mais une foi inébranlable en ses combats, et le Darkling, qui se bat avec les mauvaises armes, mais pour de bonnes raisons. Ces personnages sont les prémices des chefs-d’œuvre de Six of Crows.

En termes de rythme, en revanche, je ne comprends pas ce qui est passé par la tête de Leigh Bardugo. Les tomes 2 et 3 sont bieeeeeeeen trop longs ! Ca tourne en rond, encore et encore. C’est simple : il aurait fallu faire une coupe nette sur les deux derniers tiers du tome 2 et la première moitié du tome 3. En bref, proposer une duologie plutôt qu’une trilogie, qui souffre clairement de péripéties de remplissage qui n’étoffent même pas les personnages. C’est visiblement une leçon qu’a retenue Leigh Bardugo pour Six of Crows (oui, encore). Et si certains haineux (oui oui, on vous voit les gens) te diront que ça finit trop bien, c’est qu’ils n’ont pas la mesure des sacrifices qu’ont dû faire chacun des protagonistes. Le pire, c’est que le style est franchement correct ! Fluide sans être une pépite de lyrisme et de poésie, il se prête très bien à la narration. Pour conclure, est-ce que je te recommande la lecture de Grisha ? Oui, c’est dommage de passer à côté de cette chouette aventure. Mais sincèrement, lis en diagonale la seconde partie du tome 2 et la première partie du tome 3.

Pour info :
INTÉGRALE : éditions France Loisirs, 1152 pages, 21,50€

Tome 1 : éditions Milan (trad. Nenad Savic), 352 pages, 15.90€
Tome 2 : éditions Milan (trad. Anath Riveline), 448 pages, 16.90€
Tome 3 : éditions Milan (trad. Anath Riveline), 416 pages, 16,90€

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Six of Crows, T1&2 (Leigh Bardugo)

Ami du jour, bonjour !

Tu le sais maintenant, je tiens à terminer autant que faire se peut les séries de romans avant de te les présenter, au risque de ne te présenter qu’un tome 1. Je te parle donc d’une duologie que j’ai terminée il y a plusieurs semaines maintenant (oui, parce que je voulais la terminer avant la sortie de Shadow & Bones sur Netflix).

Sarakontkoi ?
Kaz Brekker, alias Dirty Hands, est un petit voyou influent du Barrel, un quartier mal famé de Ketterdam. Premier sur tous les coups juteux, il n’hésite pas à accepter une mission suicide que lui propose un riche marchand : délivrer un homme du Palais des Glaces, une forteresse imprenable au cœur du royaume Fjerdan. Et ce n’est pas n’importe quel homme : il s’agit d’un scientifique qui a inventé une drogue permettant d’amplifier dangereusement les pouvoirs des Grishas. À mission exceptionnelle, il faut une équipe exceptionnelle. De plans risqués en coups foireux, jusqu’où iront Dirty Hands et sa bande pour mener à bien leur mission ?

Tenpenskoi ?
Au début ? Ouille ! Quand tu entres dans un univers dont tu n’es pas familier en passant par l’entrée des artistes, tu te sens un peu paumé. Personnellement, je n’avais pas lu la trilogie Grisha, donc je n’avais aucune idée de ce qu’était un Grisha, des enjeux politiques et économiques, des luttes de pouvoir. Ceci dit, avec un peu de déduction, et de quoi remplir les blancs, je suis parvenue à percer les mystères de l’univers qu’a créé l’autrice et à avancer sereinement dans ma lecture.

Une fois ce constat établi, que vaut le texte ? Ma foi, j’ai adoré ! Mais vraiment ! J’entendais beaucoup parler de Leigh Bardugo, pour Grisha, certes, mais surtout pour son roman plus « adulte », La Neuvième Maison, paru chez De Saxus. Je me suis rendu compte au fil de mes lectures que SoC est un roman qui ne prémâche pas tout, et laisse l’espace au lecteur pour faire son propre cheminement. Le style est fluide sans être complexe (bien meilleur que celui de Grisha pour ceux qui l’ont lu, moins… naïf, dirais-je). Les retournements de situation m’ont laissée sur le cul pour la plupart, que ce soit dans le tome 1 ou le tome 2 (dont les enjeux sont différents).

Mais ce qui a terminé de me conquérir, c’est l’intelligence avec laquelle l’autrice a écrit ses personnages. Attachants, caractériels, incisifs, ils ont tous une personnalité propre, un passé sombre. Par dessus tout, ils ont de la ressource ! Le roman rebondit chaque fois qu’un plan foire, on a l’impression de le voir sautiller agilement de péripétie en péripétie, un vrai travail d’acrobate ! Et, mention spéciale, c’est la première fois que je ne lève pas les yeux aux ciels en lisant des personnages féminins ! Ils sont tous parfaits.

Bref, tu l’auras compris, une vraie bonne lecture, de celles qui marquent. Une histoire portée par des personnages bien écrits et une intelligence émotionnelle notable. Un gros kiff !

Pour info :
Tome 1 (traduit de l’anglais par Anath Riveline) : éditions Milan, 576 pages, 17,90€
Tome 2 (traduit de l’anglais par Anath Riveline) : éditions Milan, 672 pages, 18.90€

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La carte des confins, T1 (Marie Reppelin)

Ami du jour, bonjour !

Si tu me suis sur les réseaux, tu sais que la chronique que tu t’apprêtes à lire risque de faire mal. Encore une fois, c’est un avis personnel basé sur mes goûts…

Sarakontkoi ?
Blake, jeune et fougueux capitaine pirate respecté et craint de tous, est à la recherche d’un compas magique censé le conduire vers ce qu’il désire le plus : la carte des confins. Callie, jeune et fougueuse voleuse (oui, le parallèle est répétitif, et assumé), est en possession dudit compas. Leurs chemins étaient destinés à se croiser. Mais leur coopération risque d’être assombrie par de lourds secrets, bien enfouis dans leurs passés.

Tenpenskoi ?
Je suis navrée pour Marie Reppelin, qui par ailleurs semble être une personne charmante et une libraire passionnée. Mais j’ai détesté, haï, honni ma lecture. Ma première envie a été d’assassiner ce roman. Et si tu as suivi mes pérégrinations en story, tu le sais. Les exemplaires qui nous ont été envoyés par PKJ étant des épreuves non corrigées, le texte avait été très peu, voire pas du tout, travaillé. Grossière erreur. On ne peut pas demander au lecteur de passer par dessus autant de coquilles, d’erreurs de temps, de clichés et de répétitions. Ce serait comme de lui demander de traduire le roman instantanément. Et puis, HEUREUSEMENT, j’ai mis le nez dans la version définitive du roman, celle qu’on vend en librairie, et je dis merci à la vie, je chante la vie, je ne suis qu’amour, l’éditeur a fait un travail de fou avec l’autrice, et disons que ça passe mieux.

Pourquoi donc n’ai-je pas aimé ce roman ? Pour plusieurs raisons. Et je commence par le style que je qualifierai d’inexistant. Ni meilleur ni moins bon qu’une liste de courses. Je sais que beaucoup d’entre vous me disent que le style n’est pas leur priorité tant que l’histoire est bien. Et si on veut aller par là, effectivement Hunger Games, Les Âmes vagabondes, ou encore Grisha même, n’étaient pas des chefs-d’œuvre de littérature, et ce sont pourtant des lecture que j’ai adorées. Alors quoi ?

Le second point qui m’a fait tiquer, c’est le développement de l’histoire. J’ai eu l’impression de lire un squelette de roman (c’est à dire une liste succincte et chronologique de toutes les péripéties) à peine étoffé. Rien, absolument rien, ne dure plus d’une page. Les abordages, les combats, les échanges entre les personnages, rien. J’ai eu l’impression d’assister au défilement d’une pile de diapos. D’ailleurs, rien n’a vraiment d’enjeu. Le bateau fait des aller-retours entre les ports pour chercher une carte, mais on ne comprend pas vers quoi elle mène (c’est quoi les confins, bordel ?). Les plans sont à peine élaborés, ou expliqués, et tout est la plupart du temps éludé par un « bref, tu comprends ce que je veux dire ». Euh, non. Aucune révélation n’en était vraiment une. J’ai senti qu’on ne voulait tellement pas me perdre qu’on a semé mon chemin de lectrice de cailloux fluos. Sauf qu’à trop nous montrer les rouages, on finit par ne plus croire à la magie. Et surtout, SURTOUT, on est loin de la règle du « show, don’t tell » (montre, ne dis pas). Tout est trop explicite, rien n’est vraiment subtil.

Et alors, parlons des personnages. Une belle rousse, fine et forte, et un beau brun ténébreux, qui se lancent LES MÊMES VACHERIES de « je t’insulte, mais en vrai, je te kiffe » tout le long du roman ! Ce n’est pas une romance. Rien n’évolue. Dès la première page, ils se tournent autour. Ce n’est un ennemies to lovers qu’en apparence, puisque clairement, comme on a un point de vue alterné entre les deux personnages, on le sait qu’ils se chauffent ! Du coup, tout le long du roman, c’est pareil. Il est grivois, elle est trop forte. Et j’utilise volontairement le mot « grivois », parce qu’on le voit littéralement toutes les 5 pages (je pense que ça fait partie des corrections qui ont été apportées, dites-le moi ceux qui ont lu la version définitive).

Bref, je voulais un roman d’aventure, une romance pourquoi pas, mais un peu de subtilité, et un peu de magie. J’ai eu un texte sans enjeu, un enchainement de péripéties à peine liées les unes autres autres, des révélations sans grande surprise et une jolie pile de clichés. Sans compter que j’avais la musique de Pirates de Caraïbes dans la tête tout le long, parce que le compas + la carte, ça fait beaucoup de références dans un seul roman quand même. Ca me peine d’autant plus que Marie a l’air, encore une fois, adorable et vraiment investie dans son histoire, et surtout très humble quant à son travail. Mais clairement, je ne suis pas la lectrice qu’il fallait à ce roman. Parce que j’en attendais plus.

Pour info :
éditions PKJ, 456 pages, 17,90€

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Trilogie : La Marque des anges (Laini Taylor)

Ami du jour, bonjour !

Finir une série entamée plusieurs années auparavant, ça me donne toujours une sensation de travail accompli. Non pas que la lecture soit une tare, mais tant qu’une série n’est pas terminée — et bien entendu SI j’ai choisi de la terminer — elle reste dans un coin de ma tête. Mettre fin à ce voyage entrepris il a parfois plusieurs années, c’est comme libérer de l’espace dans le petit disque dur qu’est mon cerveau. Bref, tout ça pour dire que je suis ravie de pouvoir archiver cette lecture et de la supprimer de la mémoire tampon, si tu suis le raisonnement…

Sarakontkoi ?
Karou, 17 ans, vit à Prague. Elle partage sa vie entre le monde que nous connaissons — ses cours à l’école d’Arts, ses amis — et son activité de coursière pour Brimstone, une chimère qui vit dans un univers parallèle au nôtre. Elle a toujours vécu ainsi, entre les mondes. Sa famille se compose de monstres mi-humains, mi-animaux. Mais lorsque son chemin croise celui d’Akiva, une sorte d’ange, elle commence à questionner son passé. Qui est-elle ? Pourquoi Brimstone la garde-t-il secrète ? Pourquoi Akiva lui semble-t-il si familier ?

Tenpenskoi ?
Pour commencer, si tu es observat.eur.rice, tu verras que je parle dans l’intitulé du billet d’une trilogie et qu’il n’y a sur la photo que deux livres. La raison en est simple : le 3e tome n’est jamais sorti en France. J’ai donc dû l’écouter en VO sur Audible, et je ne peux pas te montrer de visuel.

Pour ce qui est du texte, je te l’ai déjà dit, la première lecture, il doit y avoir 10 ans maintenant, m’a complètement transportée. C’était avant que l’autrice ne soit connue pour sa duologie Le Faiseur de rêves. J’avais trouvé, et je trouve encore, l’univers original. Le thème de la chimère revient assez peu en littérature, et le traitement qu’en fait Laini Taylor était — et est toujours — novateur. Je n’ai pas lu tous les livres du monde dans le monde, mais c’est mon ressenti. C’est un jeu avec les époques, un constant aller-retour entre le passé commun de Karou et d’Akiva, et leur combat présent. On ne va pas se mentir, le couple maudit, très roméo-et-juliettien (oui oui, je viens d’inventer l’adjectif), c’est du déjà vu. Mais c’est bien fait, c’est intense, et juste, c’est empreint de combats pour la paix, l’acceptation de ce qui est différent.

La construction du premier livre, notamment les révélations sur le passé de Karou, dont le flash-back prend une bonne partie du roman, a gêné beaucoup de lecteurs. Pas moi. J’ai trouvé tout ça très fluide. Alors oui, ça demande d’être un minimum attentif à ta lecture, mais franchement, comme le style n’est pas exigeant, c’est pas la mer à boire. Si le premier tome est clairement le meilleur pour moi, le second se défend pas mal, et le troisième, malgré quelques longueurs, conclut bien la trilogie. Un bémol sur une sous-intrigue qui s’ouvre en fin de tome 2, devient l’intrigue principale en milieu de tome 3 et se conclut un peu vite sur la fin de la trilogie. Bon, vu la longueur du 3e tome, on aurait effectivement pu un peu mieux doser tout ça. Cela dit, je garde une très bonne impression de ma lecture, et j’espère que Gallimard Jeunesse ne t’aura pas ressorti le premier tome en poche pour ne jamais te traduire la suite… d’ailleurs, je te pose un visuel de la nouvelle couverture juste en dessous, histoire que tu voies à quoi ça ressemble.

Pour info :
Fille des chimères, en poche (seule dispo à la vente actuellement), Gallimard Jeunesse, collection Pôle fiction, 528 pages, 8.70€

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Le Prince cruel (Holly Black)

Ami du jour, bonjour !

Allez, je suis prête à me faire taper sur les doigts, parce que je vais te causer d’un bouquin que je n’ai pas aimé, alors que les critiques ont été majoritairement dithyrambiques, et que certains attendaient même sa sortie en français depuis longtemps…

Sarakontkoi ?
Jude, sa sœur jumelle Taryn et leur demi-sœur Vivienne ont été enlevée enfants par le père de Vivienne, un cruel général fae, qui a tué leurs parents sous leurs yeux. Toutes deux humaines, Jude et Taryn doivent se battre chaque jour pour survivre à la cruauté de leurs camarades faes. Farouchement déterminée à prouver sa valeur, Jude n’hésite pas à défier le plus jeune prince du royaume, quitte à mettre les pieds dans un complot qui la dépasse et qui pourrait mettre tout le royaume en danger.

Tenpenskoi ?
Après l’avoir vu passer si souvent, avant même sa sortie en France mais surtout après avoir écouté les lectrices en pâmoison parler de la VO, j’ai décidé de donner une chance à ce roman. Une fois sur deux, c’est un désastre. Ici, c’est pas de chance, ce fut la cas.

J’ai trouvé le début tellement long ! On a compris que Jude était badass, qu’elle ne se laissait pas faire, qu’elle ne reconnaissait aucune autorité. Mais sur 1/3 du bouquin, c’est long. Et toutes ces intrigues qui s’entrecroisent, les faux-semblants, perso, je me suis complètement paumée ! Après, ce sont des intrigues de Cour donc, oui, forcément, c’est compliqué. Et puis, oui, c’est bon, j’ai capté que le prince était cruel, que toute sa famille l’était aussi. Que les faes étaient parfois très méchants. Mais franchement, me faire entrer l’info dans le crâne à coups de marteau, c’est un peu lourd. Même les relations entre les personnages ne sont pas très claires : ils s’aiment, se haïssent, se sont aimés…

Bref, beaucoup de clichés, de lieux communs et j’en passe pour une histoire trop compliquée à mon goût. La chronique est courte, mais je ne sais pas quoi dire d’autre. C’était pas une daube intersidérale. Mais clairement, je ne perdrai pas mon temps avec la suite.

Pour info :
éditions Rageot, 544 pages, 18.90€

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Duma Key (Stephen King)

Ami du jour, bonjour !

Bon, c’est toujours un peu la même rengaine mais si tu me suis sur les réseaux sociaux, tu sais un peu de quoi que j’m’apprête à te causer. C’est la deuxième année que j’essaie de lire un peu de King et en général, le challenge #automneduking est une bonne excuse. Et quand je veux lire du King, mais que je ne sais pas trop quoi lire, je me tourne vers mon amie Laura, qui est une grande admiratrice de l’auteur. C’est ce que j’ai fait cette année, avec pour consigne « un long King, en un tome » parce que je les écoute et qu’en ce moment, j’ai beaaaaaucoup de temps (j’écoute en bossant) mais un nombre de crédits limités. Elle m’en a proposé plusieurs, et mon choix final s’est porté sur Duma Key, puisque c’est celui dont je vais te parler.

Sarakontkoi ?
Edgar Freemantle, la cinquantaine, a tout pour être heureux. Son entreprise de construction se porte mieux que jamais, il aime sa femme et ses deux filles, surtout la plus jeune, Ilse. Mais un grave accident de grue lui coûte une partie de ses capacités physiques, son avant-bras droit et son mariage. Après une période de convalescence, son psy lui conseille de changer d’air, et Edgar trouve une maison sur une petite île de Floride, une key comme on les appelle, du nom de Duma. Là, il se met à peindre frénétiquement des tableaux surréalistes, dans lesquels il peint parfois le futur, parfois un passé qui lui est inconnu. Pire, il semble avoir réveillé une présence malfaisante sur l’île. Mais quel est le lien entre lui, la vieille propriétaire riche et sénile, son gardien, et l’horrible passé des habitants de Duma ?

Tenpenskoi ?
Lorsqu’elle m’a conseillé ce bouquin, Laura m’a dit « tu verras, c’est très introspectif, c’est une ambiance particulière, et il y a une grosse réflexion autour de l’art ».

Alors, pour ce qui est de l’ambiance, je valide. Cette espèce de malaise poisseux ne vous lâchera pas de tout le bouquin (en plus, en audio, le liseur est particulièrement bien choisi, il a une voix très profonde). Je l’ai dit sur les réseaux, mais je le redis ici, le roman prend son temps (on parle de plus de 800 pages tout de même). J’avoue que j’ai dû pousser un peu pour avancer sur la première partie, parce que c’était surtout le quotidien d’un homme blessé, diminué, et que, bon, ça a duré un peu quand même. Est-ce que je couperais ? Est-ce que j’accélèrerais ? Pas du tout, cette entrée en matière est nécessaire à l’élaboration de la suite du roman.

Au début, c’est un vrai sac de nœuds. On mélange deux récits : celui d’Edgar, de son quotidien, et un second niveau de récit, qui parle d’art, de dessin. Au début, on ne voit pas bien où veut en venir King. Et puis peu à peu, cette seconde voix se dessine et trouve sa placet, jusqu’au déclic, le « aaaaaaaah, mais oui, c’est bien sûr ». Que dire d’autre ? On a deux ou trois petits moments de frayeur, mais je vous rassure, seul un m’a réellement ébranlée, le reste fait partie du décorum. Donc si comme moi tu es une flipette, tu peux tout de même y aller. Parce qu’on est plutôt dans le fantastique que dans l’horreur. Alors certes, il est question de présence, de marches qui grincent, d’apparitions, mais ce n’est pas une histoire de fantômes. On y parle plus du pouvoir de l’art, de sa capacité à donner vie, à transcender la réalité, à la dépasser. L’acte de création est puissant.

En bref, j’ai beaucoup aimé. C’est du grand King, c’est un vrai travail sur l’ambiance, les personnages, qui apporte une réflexion sous-jacente sur la place de l’art dans l’esprit humain. Du moins, c’est la lecture de j’en ai faite.

Pour info :
éditions Le Livre de Poche, 864 pages, 9.70€