Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Scarlett & Browne, livre 1 : Récits de leurs incroyables exploits et crimes (Jonathan Stroud)

Ami du jour, bonjour !

Prenons aujourd’hui le temps de nous arrêter sur un roman très peu présent sur les réseaux (je ne l’ai vu nulle part… si ce n’est à l’annonce de sa sortie), que j’ai reçu en service presse de la part des éditions Gallimard Jeunesse. Sinon, je n’en aurais probablement jamais parlé non plus…

Sarakontkoi ?
Dans un futur dévasté où la nature et les monstres règnent, il subsiste quelques villes régies par une pseudo-religion aux règles liberticides. Scarlett est la jeune voleuse la plus recherchée du pays. Lorsqu’au milieu d’une scène de carnage sa route croise celle du jeune Albert Browne, elle est loin de se douter que ce gars maladroit et dégingandé va bouleverser sa vie, pour le pire plus que pour le meilleur…

Tenpenskoi ?
Personnellement, je ne connaissais Jonathan Stroud que de nom, parce qu’il est l’auteur des célèbres Trilogie de Bartimeus et Lockwood & co. Mais le roman était joli, et je suis toujours ravie de recevoir mes services presse de chez Gallimard Jeunesse, alors je me suis dit « pourquoi pas ». C’est toujours agréable de mettre les pieds dans un univers inattendu et original. Scarlett est le stéréotype de la nana froide, solitaire, bourrue. Browne a le caractère d’un chiot perdu qui accepte son destin… et qui malgré tout cache une part très sombre de lui-même. Et la rencontre de ces deux-là (qui, il est important de le préciser, ne finissent pas ensemble, en tout cas pas dans ce premier tome, même pas un chouilla) est très drôle.

En dehors de la palette de personnages hauts en couleurs que nos deux protagonistes rencontrent, citons les méchants très méchants (genre savants fous de labos secrets surpuissants), et surtout très dangereux (on est pas sur un « seuls contre tous », mais pas loin), des paysages désolés qui ne sont pas sans rappeler Love & Monsters (oui, le film sur Netflix), en moins rigolo. Et si j’ai navigué à vue la plupart du temps, sans réellement comprendre ce qu’il était en train de se passer, j’ai réalisé que c’était parce que j’étais aussi paumée que les personnages, qui vivent les jours un à la fois. Ca change de la fantasy romantique / malédiction / enlèvement / tournoi / soyons-originaux-et-faisons-de-la-fantasy-orientale (spoiler : je suis très peu surprise). Là, j’ai vraiment peur pour les protagonistes ET les personnages secondaires, les méchants sont flippants, on est dans une sorte de trip survivaliste, une poursuite de l’Eden dans cette nature hostile. Bref, c’était vachement bien et le tome 2 sort début juin…

Pour info :
éditions Gallimard Jeunesse, trad. de Laetitia Devaux, 384 pages, 17.50€

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Les contes de Verania, T1 : Le Cœur de foudre (T.J. Klune)

Ami du jour, bonjour !

Après avoir découvert T.J. Klune dans La Maison au milieu de la mer céruléenne, j’ai eu très, mais alors très envie de rester dans ses univers acidulés, parfois absurdes, mais toujours tendres… J’aurais pu me faire Sous la porte qui chuchote, mais Alex (comme Alex bouquine en Prada) est passée par là, et — oups ! — je suis partie sur tout autre chose.

Sarakontkoi ?
Sam est l’apprenti du puissant sorcier Morgan des Ombres. Depuis son arrivée à Lockes, il est amoureux du chevalier et fiancé du prince, Ryan Foxheart. Lorsque le prince est enlevé par un dragon, c’est Sam, accompagné de ses amis Gary, la licorne gay sans corne, et Tiggy, le semi-géant un poil trop affectueux, qui doit partir à sa recherche. Bien entendu, Ryan est du voyage, et la poisse légendaire de Sam, qui attire toutes les créatures maléfiques du royaume, risque de ne pas les lâcher…

Tenpenskoi ?
Je l’avoue, en écoutant les premiers chapitres, je me suis dit : SOS too much ! L’auteur en fait DES CAISSES ! La licorne gay est extra-gay-vous-reprendrez-bien-des-paillettes-oh-my-god-je-suis-en-rute. Le prince est un fieffé connard. Ryan est l’adorable chevalier sans peur et sans reproche et Sam… bah Sam, malgré sa prestigieuse aura de magicien surpuissant, c’est qu’un ado puceau, amoureux mais quand même bien dans ses bottes.

Et puis on finit par s’attacher à cette petite troupe hétéroclite complètement dysfonctionnelle, et on éprouve pour les personnages une tendresse tout à fait inattendue. Le style est bourré de sarcasme, d’allusions sexuelles qui, vues dans les yeux innocents de Sam, passent crème. On y parle d’amitié, de destinée, c’est épique, grandiose et drôle, totalement décomplexé, là où La Maison au bord de la mer céruléenne avait un ton plus mélancolique. Au final, on se fiche un peu de la quête, tout ce qu’on veut, c’est cancaner avec Gary, papillonner avec Sam, faire des câlins à Tiggy et tomber amoureux du beau Ryan Foxheart. Bref, beaucoup de second degré et de détachement pour un roman 100% inclusif, ça fait un bien fou !

Pour info :
éditions Bookmark, collection MxM, trad. de Alexia Vaz, 600 pages, 23€ (mais je vous conseille tout de même la VO)

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Babel : Or The Necessity Of Violence (R.F.Kuang)

Ami du jour, bonjour !

La chronique d’aujourd’hui n’a pas traîné : sitôt terminé, sitôt chroniqué. Ce roman, j’en ai beaucoup entendu parler sur des comptes Instagram que je suis, et j’avoue, en grande amoureuse des dicos et des langues, avoir été piquée par la curiosité. Qui plus est, il était entouré d’une telle aura, presque mystique, qu’il fallait bien que je voie de quoi il retourne…

Sarakontkoi ?
Robin, jeune sino-britannique, est sauvé de la maladie et arraché à sa Chine natale par un universitaire anglais taiseux mais curieusement familier. A Londres, il est éduqué comme un jeune homme de bonne société, et forcé d’étudier les langues mortes et vivantes. Il intègre ensuite Babel, le prestigieux institut des langues et de la traduction de l’université d’Oxford. Babel, dont la renommée est fondée sur l’utilisation d’une magie secrète utilisant le sens perdu entre un mot et sa traduction, gravés sur des barres en argent. Robin doit rapidement faire un choix : servir les puissants de ce monde dans l’ombre, ou bien se battre contre la domination mortelle de l’Empire britannique aux côtés d’une organisation secrète du nom de Hermès… ?

Tenpenskoi ?
La vache, tu ne peux pas t’en rendre compte, mais j’ai tellement galéré pour écrire ce résumé ! Babel est un récit complexe, un pamphlet contre la domination des cultures (quelles qu’elles soient), une ode à la diversité, un traité anticolonialiste, un cri qui résonne à travers les âges. Ouais, rien que ça !

Le système de magie (peut-on réellement réduire le pouvoir évoqué dans le roman à de la magie ?) est basé sur une réflexion simple et pourtant si évidente : traduire, c’est trahir. Parce qu’une langue est bien plus qu’un paquet de mots, de règles orthographiques et grammaticales. Une langue est une culture. Vouloir transposer un texte, un mot, dans une langue qui n’est pas la sienne nécessite de la part de son traducteur une connaissance infaillible de la culture d’origine et du destinataire de ladite traduction. Faut-il alors mettre un texte à la portée de celui qui le reçoit ? Ou bien le forcer à voir le texte à travers les yeux d’une autre culture ? Bref, tout un tas de pistes que j’ai trouvées fascinantes.

Fort heureusement, au vu de la complexité des idées exposées (bien que le roman soit très abordable), le nombre de personnages y est limité. Là où R.F. Kuang aurait pu se contenter d’une simple dichotomie du Bien contre le Mal, elle teinte les combats les plus nobles de motivations personnelles, de colère, de violence. Se pose la question universelle : peut-on changer le monde dans la paix ? Peut-on se battre pour des idéaux sans (faire) souffrir ? Mais lorsqu’enfin le dénouement se profile, on comprend que le monde écrit sa propre tragédie, à l’encre de ses souffrances, de ses croyances aveugles, sourd au réel sens du mot « traduction ».

Bref, un roman très fort, dont je regrette de voir la traduction atterrir chez un éditeur connu pour la piètre qualité de son travail sur les textes étrangers… Si tu lis l’anglais, vas-y, c’est accessible, et c’est ouf !

Pour info :
éditions Harper Voyager, 560 pages, 20.29€

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Sang-de-Lune (Charlotte Bousquet)

Ami du jour, bonjour !

Il m’est venu, il y a quelques temps, comme une envie de Charlotte Bousquet. Ma cagnotte Vinted était chargée à bloc, et je me suis dit « mais quel mal y aurait-il à me prendre quelques occas’ qui me font bien envie ? » Je me suis donc retrouvée avec Des œillets pour Antigone, Là où tombent les anges, et le fameux Sang-de-Lune, que je vous présente aujourd’hui.

Sarakontkoi ?
Dans la cité souterraine d’Alta, les Fils du Soleil (les hommes) règnent en maîtres. Les Sang-de-Lune (les femmes) du fait de leur impureté et des ténèbres qu’elles portent en elles, sont reléguées au rang d’épouses, parfois d’esclaves dans leur propre maison. Gia apprend qu’elle a été promise à un homme violent et qu’elle devra bientôt quitter sa petite sœur. C’est pour la sauver d’un avenir sombre qu’elle décide de s’enfuir avec elle dans les tréfonds de la cité, vers les sauvages, les peuples libres, et les monstres qui rampent dans le noir…

Tenpenskoi ?
La quatrième de couverture fait état d’un roman lunaire, de ténèbres et de chimères. C’est tout à fait ça. Personnellement, je m’attendais à quelque chose de plus criant, de plus nerveux. Mais Gia est un personnage endoctriné qui doit se battre contre elle-même pour accepter la vérité : on lui a menti sur ce qu’elle est, sur le fondement même de la société dans laquelle elle évolue. Elle étouffe ses élans de révolte sous des couches de culpabilité. Coupable pour des crimes que ni elle, ni les autres femmes n’ont commis. Si nous, lecteurs, avons le recul nécessaire pour nous en apercevoir, ce n’est pas le cas de ces femmes dociles sous les assauts de leurs époux, cruelles les unes envers les autres, dévorées de ténèbres qui n’existent que dans leur imagination.

De fait, je lis un roman en demi-teinte. Le poing frappe moins fort que ce à quoi je m’attendais, la course est plus lente. Et pourtant chaque ligne fait douloureusement échos, sous couvert de littérature imaginaire au trait grossi, à la place qu’a longtemps occupée la femme (et qu’elle occupe encore dans certaines cultures). Un être vil, malfaisant, qui doit être maté, étouffé, mutilé. La punition par lapidation pour des fautes qui n’en sont pas, pour l’expiation d’un péché causé par la maltraitance des hommes est insupportable, et Charlotte Bousquet ne nous épargne rien. Ni la mort, ni la cruauté, ni les trahisons. C’est un roman court, lent et parfois presque léthargique, qui figure un éveil progressif et douloureux, jusqu’à une révélation inattendue qu’on aurait voulue libératrice mais qui laisse un goût amer dans la bouche… Ce que j’en ai pensé ? C’était intéressant, dérangeant, et j’ai eu comme un goût de pas assez, mais j’ai conscience que le développement d’une intrigue aurait gâché le propos…

Pour info :
éditions Gulf Stream, collection Electrogène, 320 pages, 17€

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Les enfants d’Aliel, T1 : Le Grand Éveil (Sara Schneider)

Ami du jour, bonjour !

Une fois n’est pas coutume, je vous parle d’un auto-édité (ou presque), que j’ai lu parce qu’il a été vendu et revendu par Alexis de la chaîne Links Off. Je vous ai déjà dit que les auto-édités, c’est pas mon truc, mais VRAIMENT pas. Il faut bien une exception qui confirme la règle…

Sarakontkoi ?
Alors qu’un étrange mal semble empoisonner la terre et les esprits, Lilas découvre qu’elle est une enfant d’Aliel, une déesse ancestrale qui lui a transmis une partie de ses pouvoirs. Elle part avec son petit frère, en compagnie de Flynn, un chat télépathe et son gardien, à la recherche d’autres enfants d’Aliel, afin de combattre Orga avant que le Mal ne contamine tout le vivant…

Tenpenskoi ?
Sara Schneider construit un univers riche d’histoires et de coutumes. Le format de la quête fonctionne, parce qu’elle embarque son lecteur ; d’histoires en aventures, on apprend à s’attacher à Lilas, et à ceux qui gravitent autour d’elle. J’ai aimé qu’ils aient tous une part d’ombre, donc un terrain potentiellement fertile pour qu’Orga y plante les graines de sa haine. J’ai aimé qu’ils n’agissent pas tous en héros, que certains préfèrent continuer d’agir autour d’eux que de partir en quête du Mal absolu. Et puis il y a cette magie de la terre, de la nature qui nous donne juste envie d’aller nous promener en forêt.

Si le style est étonnamment plaisant et travaillé, j’ai tout de même relevé quelques lourdeurs, quelques redondances dont j’ai parlé à Sara, qui m’a confirmé qu’elle avait travaillé différemment sur les tomes suivants (que j’ai et que je compte bien lire). J’ai également noté quelques maladresse dans la description physique des personnages dont il est beaucoup question. Nous sommes tombées d’accord pour dire qu’il s’agissait probablement d’une différence générationnelle dans la représentation du corps, notamment féminin.

Je vous invite grandement, si vous êtes curieux et que vous aimez la fantasy, à vous pencher sur cette série, dont le dernier tome est sorti il y a peu (c’est une pentalogie). Si ce premier tome présente quelques maladresses, il est le balbutiement de ce qui promet d’être une série épique…

Pour info :
éditions Le Chien qui pense, 374 pages, 21€

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Les Tribulations d’Esther Parmentier, sorcière stagiaire : Trilogie (Maëlle Désard)

Ami du jour, bonjour !

J’en ai parlé. J’en ai reparlé. Je t’ai harcelé. Maintenant, la trilogie a vu éclore son dernier tome telle la plus belle fleur du plus beau bouquet… et j’aime ! (yeux qui pétillent).

Sarakontkoi ?
Je te refais le pitch ? Alors, Esther, jeune strasbourgeoise, a vu sa vie chiante et pas marrante exploser lorsqu’elle a découvert qu’elle était une sorcière. Mais en plus, une sorcière au niveau de magie ras les pâquerettes ! Elle a donc intégré dans le tome 1 l’ACDC (l’Agence de Contrôle et de Détection des Créatures) en tant que stagiaire du taciturne agent Loan. S’en sont suivies des affaires de disparitions d’adolescents, de trafic de sang et j’en passe, qui ont mené à cette apothéose, ce merveilleux tome 3.

Tenpenskoi ?
Faut-il vraiment que je te le redise ? J’ai ri. Chaque page cache son lot de blagues nulles, de jeux de mots, de références à la culture geek. J’ai lu des avis qui qualifiaient de « lourd » le sarcasme omniprésent, moi je dis que c’est très « Esther ». Enfin — ENFIN ! — une héroïne à ma mesure ! Pas que je pèse bien lourd dans le game, mais c’est autre chose sur la balance, et mes jeans comme ceux d’Esther, ne peuvent cacher notre adorable bouée. Comme moi le moindre effort lui fait cracher ses poumons. Elle peste l’été contre la chaleur et les cuisses qui frottent, elle peste l’hiver contre les 800 couches qu’elle doit porter.

Elle n’est pas porteuse d’un message d’acceptation de soi, elle est le doigt levé (je parle du grossier du milieu) à ce monde qui n’en a que pour le beau. Elle est drôle, souvent malgré elle. Elle est farouche. Aussi subtile qu’un éléphant au milieu de la porcelaine de tata Brigitte. Bref, elle est l’héroïne ultime. La panoplie de personnages qui gravite autour d’elle est tout aussi peu conventionnelle, parfois à la limite de la bienséance, le genre qui te maudirait sur 10 générations à la moindre sollicitation, mais qui se coucherait sur la lave si ça pouvait t’empêcher de te brûler les pieds. Alors oui, on n’est pas là pour être délicat et subtil. La trilogie n’est pas exempte de toute critique (par exemple, on ne sait pas pourquoi Esther n’a jamais été répertoriée en tant que sorcière… mais au moins, on évite l’écueil de la prophétie de mes deux). Mais on s’en fout, pace qu’on a passé un putain de bon moment. Merci Maëlle.

Pour info :
éditions Rageot
Tome 1 : 384 pages, 16.90€
Tome 2 : 336 pages, 16.90€
Tome 3 : 320 pages, 16.90€

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La Maison au milieu de la mer céruléenne (T. J. Klune)

Ami du jour, bonjour !

Tu l’as vu passer partout à sa sortie en France chez De Saxus, moi aussi. Mais gros engouement. Mais De Saxus. Donc, j’ai décidé de ne pas m’en préoccuper. Et puis la vie. Et puis mes crédits audio (ça ne mange pas de pain, ça ne mange pas de temps). Et PAF, je découvre T. J. Klune.

Sarakontkoi ?
Linus Baker est l’archétype du gars sans histoire(s). Quarantenaire bedonnant dont la seule aventure est de rouspéter sur son chat qui chasse les écureuils de sa commère de voisine, il travaille pour le Ministère de la Jeunesse Magique. Ainsi, il se rend dans les orphelinats qui hébergent des jeunes aux dons particuliers, souvent abandonnés et isolés de la société, afin de rendre des rapports sur le fonctionnement desdits orphelinats. Lorsque les Cadres Extrêmement Supérieurs le choisissent pour une mission toute particulière, Linus ignore que sa vie est sur le point de basculer…

Tenpenskoi ?
Tu vas finir par te rendre compte que j’ai énormément de préjugés sur les livres que je croise en fonction de ce que j’en entends, ou de leur éditeur, et j’en passe. Celui-ci m’avait été décrit par la blogosphère comme un roman doudou tranche de vie (tout ce que j’adore, lol, sarcasme, smiley qui vomit). Mais dernièrement, il a fait son retour dans mon rayon, et je le vois moins passer ; par conséquent, ayant un crédit audio à perdre, je me suis dit « allez ma fille, pourquoi pas ».

Et puis voilà quoi (le truc qui ne veut strictement rien dire). Qu’est-ce que j’en ai à faire, moi, trentenaire rêveuse, d’un vieux garçon gay à l’estomac prononcé et sans aucune fantasy ? C’est là toute la magie de T. J. Klune : il m’a convaincue. Convaincue de l’universalité de son propos, de sa bienveillance envers ses personnages. Il m’a presque convaincue que le monde n’était pas totalement perdu, tant qu’il abritait des personnes comme Linus, ou encore comme Arthur Parnassus. Tant qu’il y aura des enfants qui rêvent sans peur. Tant qu’il y aura des désirs simples. Chacun des six gamins qui habitent l’orphelinat est unique, désireux d’être aimé, accepté. Victimes d’une réputation qui les précède, de la peur des autres, ils ne cessent pourtant de se projeter dans ce monde qui ne semble pas vouloir d’eux.

Si j’avais eu le bouquin sous la main, j’aurais corné tellement de pages, souligné tellement de passages… C’est un roman à la fois léger et violent, lent et brusque, un vent marin qui envahit tes poumons. Il est aussi doux qu’un après-midi de printemps sous un cerisier en fleurs, aussi amer qu’un pamplemousse sans sucre. Franchement, j’ignore s’il aurait eu autant d’impact sans le style de son auteur. Beaucoup d’humour, de sarcasme, d’ironie, un sens certain de la formulation, de la digression. Il a fait crier les non-dits, chanter les secrets. Il a déposé comme une caresse sa main caleuse sur notre épaule de lecteur en nous disant : « vas-y, kiffe, c’est pour moi. » Grand prince.

Pour info :
éditions De Saxus, trad. de Cécile Tasson, 473 pages, 18.90€

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L’École du Bien et du Mal, T1 (Soman Chainani)

Ami du jour, bonjour !

Tu commences à me connaître maintenant, quand on joue avec les contes de fées, j’adore ça ! De fait, à force de passer devant cette série dans mes rayons, série qui me promettait de m’emmener là où on forme les méchants et les gentils de contes de fées, et suite à la sortie dudit roman en film sur Netflix, j’ai fini par craquer…

Sarakontkoi ?
Sophie et Agatha habitent le petit village de Gavaldon, perdu au milieu de la forêt. Régulièrement, des enfants sont kidnappés par paire, et la rumeur dit qu’ils intègrent l’école du Bien et du Mal, une école qui forme les gentils et les méchants des contes de fées. Sophie en est certaine, la prochaine, c’est elle. Elle s’est préparée toute sa vie à devenir une jolie princesse, à trouver son prince et à être secourue par lui. Elle a même fait amie-amie avec l’étrange et recluse Agatha, que le village traite de sorcière. Mais lorsque toutes les deux sont enlevées, que Sophie atterrit dans l’école du Mal et Agatha du côté du Bien, rien ne va plus…

Tenpenskoi ?
Ça s’est avéré beaucoup moins mièvre que ce à quoi je m’attendais ! J’ai relevé du bon et du moins bon… J’ai adoré qu’il s’agisse plus d’une histoire d’amitié que d’amour, qu’Agatha trouve sa place et révèle son potentiel, qu’elle reste fidèle à Sophie. J’ai aimé détester cette pimbèche de Sophie, qui pourtant semble avoir plus de profondeur que ce à quoi on s’attend. J’ai trouvé génial qu’on dise aux méchants d’être laids parce qu’une fois l’apparence oubliée, on peut se concentrer sur le reste. Bref, plein de trucs très cools qui zig-zaguent entre les clichés.

Par contre, je ne peux pas dire que l’écriture soit fameuse fameuse, ni qu’elle soit très précise. Et c’est le gros point noir de ma lecture. Je l’ai écouté en anglais, et plusieurs fois, je me suis demandé si j’avais bien compris. Je me suis référée au texte français qui au final ne m’a pas beaucoup aidée. L’imprécision du texte m’a chatouillée plus d’une fois. C’est désagréable, mais pas suffisamment pour que je sanctionne le texte entier.

Je vais donc continuer ma lecture, même si on me souffle dans l’oreillette que certains tomes sont moins bons que d’autres. Si tu as regardé l’adaptation Netflix, c’est pas mal. Le film prend quelques libertés, dont certaines sont les bienvenues… mais le personnage d’Agatha est assez fade, et je trouve ça très dommage, alors que Sophie y prend toute son ampleur. Bref, lecture récréative et très sympa.

Pour info :
traduit de l’anglais par Leslie Boitelle-Tessier
édition PKJ, 480 pages, 17.90€
éditions PKJ, 480 pages, 7.95€

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Les Douze d’Aritsar, T1 : La Vengeance de la Dame (Jordan Ifueko)

Ami du jour, bonjour !

Il est temps aujourd’hui de sortir un peu des sentiers battus, de ces romans vus et revus. Réjouissons-nous que les SP arrivent parfois à l’improviste… dernièrement, c’était plutôt pour le pire. Là, c’est pour le meilleur.

Sarakontkoi ?
Tarisaï est la fille de la Dame, une femme froide et énigmatique qu’elle ne voit que rarement. Elle vit à l’abri du monde extérieur dans une maison au milieu des steppes verdoyantes de Swana, où elle reçoit la meilleure éducation. Puis elle est envoyée à la capitale de l’empire d’Aritsar afin d’être sélectionnée pour faire partie du Conseil du futur empereur. Une fois consacrée par le Rayon, une puissante magie qui l’unira à l’empereur et aux onze autres membres du Conseil, le vœu que la Dame a formulé est que Tarisaï tue le prince héritier. Mais comment tuer celui qu’on a juré de protéger ?

Tenpenskoi ?
Voilà un moment que je n’avais pas été aussi agréablement surprise, pour ne pas dire déstabilisée, par un roman de fantasy ! Tu découvres, dès les premières lignes, un univers riche et profond dont les parfums exotiques chatouillent tes sens de lecteur. Un brin exigeant sur le début — parce que nous avons très peu l’habitude de ce genre de fantasy, il faut le dire — le roman pose les bases d’un univers cohérent (et c’est plus que bien des lectures que j’ai faites dernièrement) et profond, gouverné par d’anciens mythes, croyances, et autres malédictions. On évite cependant l’écueil de la prophétie (dieu merci) et du personnage tout puissant pour nous dessiner, en négatif, le portrait d’une jeune fille intelligente, forte, mais effrayée et en constante demande d’amour et d’approbation. Un personnage qui, entre la première et la dernière page, aura entamé une impressionnante transformation, jusqu’à se retourner contre son essence même.

Au-delà des personnages, réels porteurs de sens, je salue la fluidité de la plume qui, sans s’encombrer de jolies fanfreluches, parvient à nous transporter dans son esquif sur la rivière paisible de son récit. J’arrête ici les métaphores ampoulées pour clarifier mon propos : je l’ai déjà écrit, j’aime les auteurs qui savent raconter des histoires, ceux qui se mettent en retrait pour mettre leur plume non au service de leur propre personne, mais à celui de leur récit. C’est simple dans la forme pour donner au fond tout le pouvoir d’envoûter son lecteur. De fait, tout le roman a presque une portée de conte, de fable, qui nous enseigne… Et bien entendu, cerise sur la Garonne, les sujets de l’émancipation, de la réalisation, du dépassement de son image, sont au centre du roman. Le tout magnifiquement traduit par Anne Delcourt, dont je salue le travail. C’est bien la première fois que je ne fronce pas le nez sur une épreuve non corrigée, parce que les seuls erreurs que j’y ai rencontrées sont de petites coquilles. Je n’ai pas râlé sur le style, sur des platitudes, ni sur des erreurs de registre ou de vocabulaire. Que du bon donc, que je vous recommande vivement !

Pour info :
éditions Nathan, trad. de Anne Delcourt, 464 pages, 19.99€

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Sorcery of Thorns (Margaret Rogerson)

Ami du jour, bonjour !

Amoureuse des romans audio en VO, je me suis récemment prise au jeu de la fantasy YA (« Young Adult », maman, ça veut dire jeune adulte) et je cherchais quelques titres en one shot (sans suite donc) que j’avais dans mes rayons. C’est ce titre qui m’est venu à l’esprit parce que j’en avais entendu pas mal de bien, et que j’étais curieuse… grand bien m’en a pris !

Sarakontkoi ?
Elisabeth, jeune orpheline recueillie par la directrice d’une des Grandes Bibliothèques d’Austermeer, a grandi au milieu de dangereux grimoires capables de chuchoter à votre oreille ou de se transformer en monstre. Elle n’a pourtant qu’une envie : devenir à son tour gardienne. Lorsqu’une nuit, après la visite du jeune sorcier Nathaniel Thorn, la bibliothèque est attaquée et la directrice assassinée, Elisabeth est désignée coupable…

Tenpenskoi ?
J’ai écouté ce roman en parallèle de ma lecture de A Forgery of Roses… eh bah c’est vachement mieux ! Déjà, ça parle de bouquins. Et ces bouquins, ils ont leur petit caractère, et apportent bien souvent au roman une touche d’humour et de fraîcheur. Les personnages ne sont pas en reste. Elisabeth évite les écueils du personnage féminin surpuissant et surdoué de la mort qui tue et s’avère être une jeune fille un peu paumée qui cherche sa place et n’a pas peur de se salir les mains. Nathaniel a ce petit quelque chose de polisson, un sourire en coin et une façon de ne rien vouloir prendre au sérieux que je trouve assez chou (mais OF COURSE il cache un passé douloureux qui le rend mystérieux quand même). Et Silas, le démon de Nathaniel est… attachant et taquin. Bref, une belle brochette.

Le complot est bien ficelé, même si l’histoire en elle-même ne propose rien de très original dans le dénouement. Je salue la performance d’avoir fait entrer dans un roman sans suite un univers cohérent et riche en même temps qu’une intrigue travaillée. Je n’ai pas de réelle critique à faire, ni sur le style, ni sur l’histoire. Ma préconisation : si vous avez envie d’un bon divertissement, bien travaillé, agréable à lire, porté par des personnages très cools, ce roman vous tend les bras !

Pour info :
éditions BigBang (trad. de l’anglais par Vincent Basset), 576 pages, 16.90€