Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Un Palais d’épines et de roses (Sarah J. Maas)

Ami du jour, bonjour !

C’est parti pour mon unpopular opinion du jour ; je vais pour parler de ma lecture du fameux ACOTAR (parce que A Court Of Thorns And Roses en VO), et c’est pas que j’ai détesté, mais…

Sarakontkoi ?
Feyre, la benjamine des trois filles d’un marchand fauché, est seule à nourrir sa famille : son père n’est plus que l’ombre de lui-même depuis qu’il a perdu sa fortune, et aucune de ses sœurs, encore trop habituées au luxe de leur ancienne vie, ne peut chasser. C’est lors d’une de ses sorties de chasse que Feyre tue un immense loup, qui se révèle être un Fae. Sa punition : offrir sa vie en échange de celle du Fae, et partir pour Prythian, leur royaume. Tamlin, seigneur de la cour du Printemps, semble pourtant vouloir rendre son quotidien agréable… Quel secret cache le maître des lieux ? Quelle est cette malédiction qui emprisonne son visage et celui de toute sa cour sous un masque ? Et qui est cette femme qui semble le terroriser ?

Tenpenskoi ?
Si tu l’as pas compris, on part sur une base de réécriture de la Belle et la Bête. Moi, j’aime la Belle et la Bête. Alors, ce roman est-il digne de l’engouement qu’il suscite ? Ca dépend. Je n’ai rien lu de foncièrement mauvais. Quelques clichés agaçants, et des facilités scénaristiques, mais rien qui me hérisse le poil au point de ne pas terminer ma lecture.

Les personnages sont des stéréotypes ambulants. Feyre, le personnage féminin « fort », n’est en réalité qu’une gamine superficielle qui ne s’accroche à ses promesse que pour les besoins du roman. Et si par fort, on entend « qui refuse toute aide et se sent outrée chaque fois qu’un homme lui propose un coup de main »… je pense qu’il faut revoir la définition. Porter des pantalons et se la jouer dure à cuire, ça ne suffit pas. D’autant que chaque fois qu’elle est proche d’un homme, elle a les hormones en ébullition ! Tamlin ne fait pas exception : baraqué, ténébreux, taciturne, un brin taiseux sur les bords, il est le parfait anti-héros, maladroit mais charmant. J’ai eu un peu de mal à sentir l’alchimie. Et pourtant, on te décrit une passion dévorante qui naît entre les deux frustrés ! Alors sur les scènes où ça se bécote, j’ai peut-être gloussé une ou deux fois comme une ado, mais ça ne suffit pas.

MINI SPOIL (mais pas vraiment) – La seconde partie du roman était un peu longue. Si tu as lu le conte de la Belle et la Bête, tu sais que Belle revient pour sauver l’homme qu’elle aime (oui, parce qu’il lui en faut du temps pour se l’avouer, rapport au personnage fort qui a tellement peur de se faire arnaquer). Là, Belle… euh, Feyre va devoir affronter d’horribles épreuves imposées par une sadique pimbêche (qui a tout de même ses raisons hein, on n’est pas méchant juste comme ça). Et là, on s’en donne à cœur joie ! OK, Feyre a eu des couilles de se pointer pour se mesurer à plus fort qu’elle, mais aucune de ses victoires ne lui est vraiment due. Tu parles d’une nana forte. Et surtout, elle te fait tout un plat de culpabilité sur un million de détails qui ont collé mes rétines au plafond.

Bref, une lecture divertissante, pas ouvertement problématique, mais longue parfois, truffée de facilités scénaristiques et de stéréotypes, qui a tout de même su faire glousser l’ado en moi. Les scènes de sexe restent peu explicites, mais si les tomes suivants sont plus… disons « libres », il va sérieusement falloir que je prévienne les jeunes qui les achètent. Je ne suis pas certaine de vouloir lire la suite, mais au moins, je sais ce que je vends…

Pour info :
éditions La Martinière Jeunesse (trad de l’anglais par Anne-Judith Descombey), 528 pages, 18.90€

Publié dans Bouquinade, Roman

Comme un oiseau dans les nuages (Sandrine Kao)

Ami du jour, bonjour !

Parfois, il faut plus que de l’envie pour lire un bouquin, il faut de la motivation. Souvent, je trouve la mienne dans les lectures communes que je fais avec les copines. Ici, il s’agit d’une épreuve non corrigée reçue à la librairie, qui traînait dans ma PAL de services presse et que, fort heureusement, ma copine Charlotte devait lire aussi ! Il ne m’en fallait pas plus…

Sarakontkoi ?
Anna-Mei est une virtuose du piano, elle vit seule avec son père, et est très proche de sa grand-mère maternelle, qui est également son seul lien avec la culture taïwanaise, sa maman étant décédée alors qu’elle n’était qu’un bébé. À la suite d’un concours de piano qu’elle pense avoir raté, Anna-Mei s’effondre sans raison apparente. Lorsque sa grand-mère l’emmène voir un docteur en médecine chinoise, il devient clair que le traumatisme de Anna-Mei n’est pas le sien, qu’il a été porté par des générations de femmes silencieuses, jusqu’à elle. Sa grand-mère doit briser le silence.

Tenpenskoi ?
Avant de te donner un réel avis sur le roman, je vais te rapporter ce que m’a dit Charlotte, qui en avait discuté avec une autre copine instagrameuse (très renseignée sur le sujet de par son métier, coucou Marilyn !). Le roman traite d’un sujet très particulier, mais surtout très peu abordé en littérature jeunesse : le traumatisme intergénérationnel. Et si je ne connaissais pas le terme exact, j’avoue avoir instinctivement compris qu’il en était plus ou moins question. Pour faire simple, il s’agit d’un traumatisme subi par une génération, et passé aux générations suivantes, souvent aggravé par le silence de la première. Le traumatisme se manifeste souvent à l’adolescence, sous forme d’accès de violence, de pertes de conscience, de crises de panique, etc.

Tu l’auras compris, Anna-Mei a besoin de comprendre d’où elle vient, et le traumatisme qu’ont subi ses aïeules dans une Chine en pleine révolution communiste, au climat malsain, du genre qui puait encore les traditions avilissantes ou la délation entre voisins, l’essor économique qui broyait les travailleurs, et j’en passe. C’est également pour elle l’occasion de s’ouvrir à sa grand-mère, et de cesser de laisser pourrir en elle le malaise grandissant qui la consume et flétrit toute relation qu’elle pourrait construire. Effectivement, dans ce sens-là, le roman n’est pas dénué d’intérêt.

Et si le format « dialogue » direct, à la 2e personne, n’est pas une mauvaise idée, il entraîne parfois son lot de maladresses en termes de narration. Les protagonistes répondent à des réactions que le lecteur ne voit pas, et l’autrice doit donc les décrire dans le texte (exemple : « tu es étonnée ? Je comprends… »). C’est un choix de style, auquel j’ai été sensible au début de ma lecture, mais qui m’a un peu lassée sur la fin. Certainement aussi parce que la grand-mère racontait plus un cours d’Histoire dans lequel elle insérait par nécessité les membre de sa famille. Du coup, toutes ces horreurs paraissaient désincarnées, et c’est un peu dommage, parce que ça n’a pas le même impact émotionnel.

Bref, pour moi, c’est un roman intéressant, mais il ne m’a pas touchée autant qu’il aurait dû/pu, la faute à une technique de narration parfois un peu lourde et au côté historique trop présent, au détriment de l’histoire personnelle de la famille d’Anna-Mei.

Pour info :
éditions Syros, 288 pages, 16.95€

Publié dans Bouquinade, Policier / Thriller, Roman

Inheritance Games, Tome 1 (Jennifer Lynn Barnes)

Ami du jour, bonjour !

Je m’en viens te causer d’une petite trilogie prometteuse, du genre jeux de pistes un peu dangereux, dans lesquels j’ai tout de même aimé me perdre…

Sarakontkoi ?
Avery Grambs n’a plus rien. Sa mère est décédée, son père joue les hommes invisibles depuis toujours, elle crèche chez sa demi-sœur et son copain violent… c’est à se demander si elle pourra même terminer le lycée. Tout change lorsqu’elle apprend qu’elle est l’héritière d’un milliardaire dont elle n’a jamais entendu parler, au détriment de ses propres enfants et petits enfants. Seule condition : vivre un an dans l’immense demeure du défunt, sous le même toit que les héritiers déchus. Entre jeux de séduction et intimidations, Avery se trouve plongée dans un incroyable jeu de piste. Mais est-elle un joueur ou un pion ?

Tenpenskoi ?
Pour commencer, chers éditeurs, c’est intéressant, tout de même, de préciser qu’il s’agit d’un premier tome. J’ai lu le roman en lecture commune avec ma copine Charlotte, et sincèrement, heureusement qu’elle m’a prévenue qu’on n’avait pas de résolution dans ce tome, j’aurais été terriblement frustrée ! J’ai tout de même sauté sur les éditions en VO pour pouvoir continuer ma lecture, je ne suis donc pas rancunière…

Le jeu de piste paraît dès le début très emmêlé, et je me suis sentie perdue, tout comme Avery, au milieu de ces joueurs aguerris, qui semblent constamment avoir deux ou trois longueurs d’avance. Ceci dit, le terme « page turner » n’a jamais été si approprié. Sur la fin, j’ai eu du mal à m’arrêter tellement j’étais tendue. Les jeux sont cruels, les personnages aussi. Aucun des quatre petits-fils Hawthorn ne semble digne de confiance, et pourtant chacun d’eux déchaîne les passions. Ils sont intenses, passionnés, et enfermés dans une spirale auto-destructrice. Je l’avoue, Avery est un peu ballottée par les événements, et j’ai trouvé le personnage un peu fade. Mais cette intrigue, cette intrigue…! On ne passe pas loin du coup de cœur, la faute à quelques clichés et longueurs dont je me serais bien passée.

Pour info :
éditions PKJ (trad. de l’anglais : Guillaume Fournier), 449 pages, 18,50€

Publié dans Bouquinade, Roman

A(ni)mal (Cécile Alix)

Ami du jour, bonjour !

Je dois avouer que je suis toujours très curieuse de découvrir des romans plébiscités par des personnes qui ont toute ma confiance littéraire. Alors lorsque Carole (merveilleuse chargée de relations libraires et responsable commerciale chez Edi8, dont fait partie Slalom) m’a fortement conseillé A(ni)mal, je n’ai pas eu le choix, tu t’en doutes. Et pourtant, comme pour Cette nuit-là (que Carole m’avait également chaudement recommandé), ce n’était pas franchement pas gagné d’avance.

Sarakontkoi ?
La mère de Miran, 15 ans, lui confie quelques billets cachés sous un corset de ruban adhésif, et une consigne : oublie qui tu es, d’où tu viens. Et redeviens quelqu’un, ailleurs. Parce que Miran fuit son pays en guerre, les violences et la dictature. Il fuit pour rejoindre la France, ce pays dont son père lui a tant parlé, celui où il pourra redevenir un homme. Sur son chemin, l’humiliation, la faim, la soif, la terreur, la méfiance. Mais aussi l’espoir, le partage, et des mains tendues. Miran voyage les yeux baissés, mais la tête haute.

Tenpenskoi ?
Chaque fois que je parle de ce bouquin, j’ai la gorge qui se serre, et les yeux qui s’embuent. L’histoire de Miran, c’est aussi l’histoire de millions d’autres jeunes gens, parents, enfants, qui tentent de fuir la terreur, la mort et l’humiliation. Pas pour trouver le bonheur, on est bien loin de ces considérations, mais pour trouver un semblant de paix, dormir sans se réveiller sur les cadavres de ceux qui se sont battus pour la liberté ou la justice, et ne pas avoir à s’excuser d’exister. Le lecteur est Miran. Avec lui, il se cache et s’entasse dans des camions citernes pour traverser un désert brûlant. Il survit à la mer déchaînée dans un esquif digne du Radeau de la Méduse. Puis il est tour à tour dénoncé, accueilli, soigné, rejeté.

La lecture de ce roman te fait comprendre. Elle est pour tous les Miran du monde, qui luttent pour redevenir simplement humains, eux qui ne souhaitent qu’être suffisamment invisibles pour survivre. Qui ont cédé leur dignité pour gagner le droit d’exister. Loin d’être misérabiliste et tire-larmes, ce roman est plein d’espoir, de compassion, de résilience (puisque c’est le terme à la mode), c’est une ode à la liberté et au partage, et un regard chargé d’espoir vers demain. C’est un texte que je conseille à absolument tous, ados et adultes, qui souhaitent s’ouvrir à la question de l’émigration (et oui, je le pose dans ce sens-là, du côté de ceux qui fuient). Chapeau bas à Cécile Alix pour ce sans-faute.

Pour info :
éditions Slalom, 264 pages, 14.95€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

La Fille d’encre et d’étoiles (Kiran Millwood Hargrave)

Ami du jour, bonjour !

Toi qui me suis sur Insta, tu auras remarqué le décalage entre mes retours en stories et mes retours écrits… Les boules, il faut vraiment que je rédige mes chroniques au fur et à mesure. Je le dis, mais vais-je le faire ? C’est parfois compliqué de faire un retour écrit, et donc construit, à chaud. C’est parti pour une lecture que j’ai terminée en janvier, qui traînait dans ma PAL depuis 3 ans (c’est pas si pire, crois-moi), que j’ai sorti grâce à Justine (du compte @lesgardiensdelabibliothèque) pour une lecture commune.

Sarakontkoi ?
Il y a bien des années est arrivé sur l’île de Joya un gouverneur tyrannique qui a décrété que personne ne pouvait plus en partir, ni se rendre au nord de l’île, déclarée zone interdite. Isabella, 13 ans, vit sur l’île avec son papa, un cartographe renommé. Sa meilleure amie n’est autre que Lupe, la fille du gouverneur, avec qui elle se dispute, et qui, pour prouver sa valeur, s’enfuit dans les forêts du Nord. Envahie par la culpabilité, Isabella accompagne, en tant que fille de cartographe, le gouverneur et sa suite pour tenter de sauver Lupe…

Tenpenskoi ?
Résumer ce roman s’est avéré assez complexe pour moi ; je t’ai parlé d’une partie de l’histoire, mais il me paraît évident que tout ça est bien vide, parce que je ne t’ai pas parlé des légendes de l’île. L’intrigue principale est imprégnée de tout un folklore local, de combats entre une bonne déesse nourricière et un démon avide. C’est un réel conte initiatique, que j’ai rapproché dans sa forme de celui de Vaiana (oui oui, le Disney) où la protagoniste grandit, mais entraîne également dans son sillage bien des changements, et la réalisation d’une sorte de prophétie. Il y est question de vengeance divine, de combat entre le bien et le mal, la nature et le feu.

Le roman, tant dans la légèreté — et presque la poésie — de son texte, que dans la construction de ses personnages, est un réel délice. L’autrice n’essaie pas de créer des personnages d’enfants (souvent trop ingénus/perspicaces/innocents), elle les laisse au contraire s’épanouir ; elle ne les épargne d’ailleurs pas dans leurs épreuves. Elle fait appel à l’intelligence émotionnelle du jeune lecteur en ponctuant son récit de mille dangers (tout à fait réels), en les confrontant à la mort et au mensonge. La fin en particulier m’a beaucoup touchée, parce que bien qu’elle soit assombrie par des événements dramatiques, c’est aussi une libération, au sens propre comme au figuré. Une libération de la parole, des désirs, des espoirs, un renouveau. Bref, une superbe lecture, tout à fait inattendue.

Pour info :
éditions Michel Lafon (trad. de l’anglais par Philippe Mothe), collection Poche, 307 pages, 6.60€

Publié dans BD, Bouquinade

Bergères Guerrières, T1 à 4 (Jonathan Garnier / Amélie Fléchais)

Ami du jour, bonjour !

Tu le sais peut-être, parler d’un coup de cœur, c’est compliqué. Parce qu’on a peur de ne pas rendre justice à ces petits chefs-d’œuvre, de mal expliquer, ou de ne pas savoir quoi dire, à part : « c’est trop bien » (ce qui ne constitue pas un réel argument en soi). Alors je me lance, et si je me plante, tu le sauras, j’ai kiffé sa maman.

Sarakontkoi ?
Voilà 10 ans que les hommes sont partis à la guerre, et que les femmes du village sont sans nouvelles. Face au mal mystérieux contre lequel ils sont partis se battre, hors de question de rester sans défense ! Alors les plus braves des mères, épouses et filles forment le clan des Bergères Guerrières, qui forme les femmes, jeunes ou moins jeunes, à se battre. Cette année, c’est au tour de Molly d’intégrer la formation, accompagnée de son fidèle mouton, Barbe Noire, mais aussi du jeune Liam, qui rêve de faire partie des Bergères Guerrières. Parce qu’au delà des frontières du village, un mal étrange semble se répandre…

Tenpenskoi ?
Une. Pépite. C’est pas un argument, mais c’est la série de BD que je recommande le plus ! Parlons de l’histoire, de cette prise en main du village par un groupe de femmes dont le courage ferait pâlir Merida. Ou des personnages, dont la jeune et intrépide Molly, et de son meilleur ami Liam qui rêve de revêtir la cape des Bergères. C’est drôle et léger, mais suffisamment inquiétant pour qu’on ait envie de s’y plonger, et de comprendre. Pourquoi les hommes ne sont-ils jamais revenus ? Qu’est-ce qui gronde aux frontières des terres connues ? Quel est ce mal qui semble infecter la nature et les animaux ? C’est à la fois une quête, un combat, un conte.

Et c’est foutrement beau ! Coloré, tout choupi, mais aussi inquiétant quand il le faut ! Le trait est rond, les personnages sont expressifs, et cette colorisation ! On dirait de l’aquarelle (ce dont je ne suis pas certaine, il me semble qu’il y a eu un processus numérique, à vérifier). C’est universel et terriblement actuel, ça parle d’écologie, de peur de l’autre, de différence, d’acceptation, de sacrifice. Bref, c’est tout ça, et c’est pour les filles ET les garçons, grands ou petits. Je suis presque triste que ce soit terminé. Je sais pas quoi te dire de plus. Lis la série.

Pour info :
Tome 1 – La Relève, Glénat, 72 pages, 15.50€
Tome 2 – La menace, Glénat, 72 pages, 15.50€
Tome 3 – Le périple, Glénat, 64 pages, 15.50€
Tome 4 – L’Abîme, Glénat, 104 pages, 18.50€

Publié dans BD, Bouquinade

Lore Olympus (Rachel Smythe)

Ami du jour, bonjour !

Quand c’est la cacatastrophe et que ton hôte fait n’importe quoi, faut le dire ! Et avoir une pile à chroniquer aussi grande que sa pile à lire, c’est n’importe quoi. Alors on prend son courage à deux mains et (excuse le langage fleuri) son cul à poignée, ainsi que son carnet de lectures, et on s’y met ma cocotte ! Je vais saigner des doigts, parce que j’en suis encore à te parler de bouquins que j’ai lus en novembre dernier. C’est parti mon kiki !

Sarakontkoi ?
Tu connais le mythe grec de Perséphone, la déesse qui a été enlevée par Hadès pour vivre avec lui aux enfers, mais sa mère, Demeter, trop vénère, décide de laisser les Humains crever de faim si on ne lui rend pas sa fille ? Bah là, c’est cette histoire, mais transposée dans un monde moderne, et Perséphone, cette fois, n’est plus la demoiselle en détresse, mais une jeune fille qui tente d’être maîtresse de sa vie…

Tenpenskoi ?
Je t’ai fait grâce dans mon résumé de toutes les circonvolutions du scénario, mais pour la faire courte, prends une déesse grecque pas trop badass, fais-en une jeune première qui tente de se faire une place dans le monde par ses propres moyens, qui fait ses erreurs et ses choix, et boum, ça fait des Chocapics. J’ai découvert cet univers alors que c’était encore un WebToon (une BD publiée direct sur internet en petits épisodes qui paraissent chaque semaine, ndlr pour sa maman). L’ambiance graphique m’a de suite accrochée. Ces couleurs franches, le trait de crayon, les personnages voluptueux ou anguleux selon leur caractère, bref, un bonbon pour les yeux. J’avoue que le côté épisodique rendait la lecture frustrante, et j’ai arrêté de suivre le WebToon. C’est pourquoi je me suis réjouie de voir qu’il sortait en dur !

Tu l’auras donc compris, je kiffe l’histoire, je kiffe les graphismes. Mais il y a un mais. Deux, même. Le premier, c’est le même reproche (sortons les grandes références) que l’on a fait à Dumas (et que l’on fait encore) : le côté épisodique, c’est sympa, mais tout regroupé dans un ouvrage, ça fait quelques longueurs, même si dans les deux cas, l’œuvre a été retravaillée. Le second « mais » découle également de la forme originelle du WebToon : la mise en page est bof-bof. Comprenez, on est loin du gauffrier (la mise en page avec des cases régulières, genre Tintin), et à la rigueur, ce n’est pas vraiment ce que je demande. Mais comme les cases sont censées être lues sur un écran (plus probablement de téléphone), et défiler de haut en bas (mais jamais de gauche à droite), ça donne un côté très brouillon avec des grands vides blancs entre les accumulations de cases. Je ne dis pas que l’éditeur n’a pas suffisamment retravaillé le visuel (tu la sens la prétérition ?), mais la quasi totalité des cases aurait mérité un retraitement pour que la mise en page soit plus harmonieuse.

Ceci étant dit, j’ai kiffé ma lecture, et même reçu le tome 2 (sorti cet été), et précommandé le T3. Donc c’est tipar !

Pour info :
éditions Hugo BD (traduit de l’anglais par Bligh), 384 pages, 24.95€

Publié dans Bouquinade, Policier / Thriller

Le Fracas et le silence (Cory Anderson)

Ami du jour, bonjour !

Que le Dieu des bloggeurs me pardonne, je suis toujours sur les lectures de novembre, et en plus, une lecture commune avec ma copine Charlotte pour un roman qui nous disait bof-bof au départ, mais qui fut une réelle surprise pour moi.

Sarakontkoi ?
C’est l’hiver. Jack Dahl, 17 ans, retrouve sa mère pendue dans sa chambre. Lui qui n’avait déjà pas grand-chose doit à présent s’occuper de son petit frère, qu’il refuse de confier aux services sociaux. Son seul espoir : un sac plein d’argent que son escroc de père aurait planqué avant de finir en prison.
Ava a 17 ans. Fille d’un baron de la drogue, sa vie ne lui appartient pas. Fermée à tout lien social, elle s’ouvre pourtant à Jack, qu’elle ressent le besoin d’aider bien malgré elle. Mais Jack recherche le sac plein de billets que l’associé du père d’Ava lui a dérobé. Trois gamins, un but… survivre.

Tenpenskoi ?
J’ai adoré ! Bien malgré moi, puisque les romans super dramatiques qui écrasent leurs personnages sous des couches et des couches de misère, je trouve ça un peu chiant. Mais là, on a cette espèce de course à la survie, l’urgence de chaque instant, les plans foireux, et la neige. Toujours la neige, là, comme une protagoniste discrète mais omniprésente, celle qui colle, qui s’insinue partout. Mon conseil : à lire sous un plaid, les enfants !

J’ai adoré ces gamins paumés, qui ne peuvent compter que les uns sur les autres, qui prennent de mauvaises décisions (et tu le sais, toi, lecteur, que c’est pas malin ce qu’ils font). Cory Anderson te ballote, te tire à droite, puis à gauche, te fait croire tantôt que tout est perdu, tantôt qu’il y a un espoir. J’avoue, j’ai été touchée par la misère de Jack et de son frangin. Touchée aussi par la froideur d’Ava dont les certitudes et les barrières s’effondrent. Le style est froid, efficace, brutal. Comme la neige. Le roman est sorti à la fois chez Fleuve noir (adultes) et chez PKJ (ados), et je comprends. La violence dont fait parfois preuve le récit est digne d’un roman noir. Mais ce ne sont que des gamins. Deux éditeurs pour une histoire qui te bouffe les tripes, c’est une belle collaboration.

Pour info :
éditions PKJ, 400 pages, 18.90€
éditions Fleuve Noir, 400 pages, 18.90€
(Traduit de l’anglais par Claire-Marie Clévy)

Publié dans Bouquinade, Policier / Thriller

Angie, T1 (Marie-Aude et Lorris Murail)

Ami du jour, bonjour !

Je suis ravie aujourd’hui de te présenter un duo d’auteurs au talent incontestable (rappelons que MAM vient d’être récompensée du prestigieux prix Hans Christian Andersen) dont le partenariat s’avère d’une efficacité redoutable. C’est aussi le chant du cygne de Lorris Murail, qui signe avec cette série sa dernière œuvre dans une magnifique collaboration avec sa sœur. Et l’épopée de ce roman est tout aussi fascinante que l’histoire de ses protagonistes, crois-moi !

Sarakontkoi ?
Le Havre, début de pandémie. Angie est une gamine de 12 ans tout à fait incroyable. Elle est hypermnésique (se souvient d’absolument tout ce qu’elle voit et entend), et d’une intelligence bien trop dangereuse pour son âge. Elle vit seule avec sa mère, et se prend d’affection pour son voisin de palier, Augustin Maupetit, un capitaine de police taiseux et grincheux immobilisé dans un fauteuil roulant à la suite d’un accident sur les docks. Maupetit, aidé de sa chienne Captain, était sur une affaire de trafic de drogue et de meurtre lorsqu’il a été percuté par une moto. D’abord ennuyé par cette gamine un peu collante, il se prend vite au jeu, et en fait son assistante de terrain, ce qui risque fort de la mettre en grand danger…

Tenpenskoi ?
Les enquêtes policières à la française, chez moi, ça sent jamais bon… en vrai, ça a souvent un petit côté ringard de Derrick, tu vois le genre ? Du coup, Marie-Aude et Lorris ne partaient pas gagnants. Mais j’avais reçu le roman pour une rencontre VLEEL (Varions les Éditions en Live, le compte d’Anthony qui fait un super taf pour organiser des rencontres virtuelles avec des auteurs et des éditeurs). Alors il fallait bien que je le lise. Et puis, je ne refuse jamais un Murail. Et tel est pris qui croyait prendre, je suis tombée dans le panneau de ce roman tout à fait inclassable. Oui, c’est un policier… Mais jeunesse ? Potentiellement. Pas forcément. C’est l’histoire d’une disparition. D’un trafic. D’une gamine géniale. D’un capitaine de police qui craint de rester sur le carreau. D’une mère célibataire. De tout ça. C’est écrit avec une intelligence folle, chaque ficelle d’intrigue se tricottant avec les autres à l’insu du lecteur. Et quand tu t’y attends le moins, boum !, on tire sur un fil, ça détricote mais ça fait autre chose de tout aussi génial.

Et la légèreté de ce style, on en reprendrait bien une part (ça tombe bien, c’est un tome 1, j’ai le 2 sur mes étagères, donc tu en entendras des nouvelles) ! Je te parlais de l’histoire de ce roman : c’est celle de deux frangins, dont l’un, très malade, décide de dédier les dernières années de sa vie à écrire un romans à quatre mains avec sa sœur. Les coups de téléphone le soir, les séances de travail erratiques, épuisantes, les insomnies de l’un qui nourrissent la plume de l’autre. Tout ça sur 4 tomes, dont le dernier sera un ultime hommage de la grande Marie-Aude Murail à ce frère dont elle est si fière. Lis-le, quel que soit ton âge, c’est top !

Pour info :
éditions l’école des loisirs, collection M+, 448 pages, 17€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Londinium, T1 : Un Lapin sous le dôme (Agnès Mathieu-Daudé)

Ami du jour, bonjour !

Attardons-nous aujourd’hui sur un roman qui serait passé tout à fait inaperçu dans ma vie de lectrice et de libraire si je ne l’avais pas reçu, là encore, dans le cadre d’une visio VLEEL (Varions les Éditions en Live, pour rappel). Et quelle perte c’eût été !

Sarakontkoi ?
Dans Londinium cohabitent les Hommes et les Animaux. Ces derniers sont dotés de parole, et vivent peu ou prou comme leurs compatriotes humains. C’est là que vit Arsène, lapin de son état, détective (le meilleur !) de profession. Alors, lorsque son meilleur ami lui demande de retrouver une jeune lapine dont il est fort épris, Arsène mène l’enquête. Cette disparition n’aurait-elle pas un lien avec les attaques de renards, les nouvelles lois peu favorables aux animaux, ou encore d’étranges vols commis un peu partout ? Ses investigations conduiront Arsène jusque sous le Dôme, cet espace privilégié où les Animaux ne sont pas vus d’un très bon œil…

Tenpenskoi ?
Comme je le disais en début de billet, ce n’est franchement pas le roman qui me faisait envie quand je l’ai reçu. Mais c’est l’école des loisirs, et je suis curieuse, parce que je sais qu’ils proposent en général des textes de qualité. Et puis tout ça avait un parfum de Watership Down et de Zootopie, mêlés à du Hercule Poirot (parce que même si Arsène porte le prénom d’un certain Lupin, il n’en a pas moins quelque ressemblance avec un détective belge que j’affectionne particulièrement, doublé d’un locataire de Baker Street).

Alors on te parle d’un roman jeunesse, mais en soi, ça ne l’est pas plus que Watership Down ne l’était ; l’anthropomorphisme a cela de trompeur qu’on a tendance à l’attribuer seulement aux jeunes lecteurs. Il n’empêche que les sujets peuvent être d’une gravité toute adulte ! On y parle discrimination, remaniement social et sociétal, migration de population, ghettos, misère sociale et j’en passe. Et pourtant, ces petits lapins, souris et autres blaireaux, ça rend tout ça diablement accessible. Un roman très court, pourtant parfaitement efficace dans son dérouler. Il ne manque rien, tout y est. C’est un chouette voyage à travers l’Histoire de ce début de XXe siècle, et les conflits qui l’ont jalonné. J’ai aimé, donc.

Pour info :
éditions école des loisirs, collection M+, 208 pages, 14.50€