Publié dans BD, Bouquinade

Et à la fin, ils meurent (Lou Lubie)

Ami du jour, bonjour !

Tu le sais ou tu ne le sais pas, mais moi, j’aime bien les contes de fées. Mais ce que j’aime par dessus tout, c’est tout ce qui se fait autour. Les réécritures, of course, mais aussi les spéculations qui les entourent, les débats, les théories psychanalytiques. Et puis leurs origines ! Pour toutes ces raisons, c’était LE livre que je devais lire (et nettement moins lourd à bouffer que Psychanalyse des contes de fées, de Bettelheim, qu’un jour je lirai, c’est sûr, parce que le sujet est passionnant).

Sarakontkoi ?
Il s’agit d’une sorte d’essai illustré sur les contes de fées, qui s’appuie principalement sur les versions de trois auteurs/duos : Basile, Perrault et les frères Grimm. Je dis « principalement » parce qu’on va bien entendu évoquer d’autres auteurs. En s’appuyant sur quelques exemples choisis, Lou Lubie montre que les contes sont des marqueurs sociaux de leurs époques, et nous guide ainsi dans la compréhension de leur portée culturelle.

Tenpenskoi ?
Pour commencer, c’est très bien exécuté. C’est fin, drôle et clair. Donc pour tout public. On y découvre des contes éculés, d’autres dont on n’a jamais entendu parler. Mais surtout, on se régale à découvrir les subtilités de chaque version. Si vous connaissez les dessins de Lou Lubie, vous savez qu’ils sont légers et colorés, comme des petits bonbons ! En revanche, ne vous attendez pas à trouver les personnages, phylactères et autres textes sagement rangés dans des cases. C’est à la one again ! Mais on aime, on aime !

J’ai appris plein de trucs (que je me suis empressée d’oublier, mais ça me donnera l’occasion de le relire…), mais tout de même, j’ai refermé le livre en me disant que j’aurais aimé que ce soit un peu plus approfondi, parce que certaines pages tenaient presque de l’anecdote quand j’aurais aimé plonger dans des explications socio-culturelles poussées… j’exagère, oui, ça aurait été un peu lourd. Et le média ne se prête pas à une analyse profonde, mais tout de même, je n’aurais pas craché sur quelque chose de plus creusé. Ça reste néanmoins très bien articulé et un très bon point de départ pour qui s’intéresse au sujet. Le livre est beau à l’intérieur comme à l’extérieur, les tranches dorées et le signet ajoutent un petit bling bling luxueux bienvenu. Et puis, rien que pour l’humour de Lou Lubie, ça vaut le coup !

Pour info :
éditions Delcourt, 248 pages, 24.95€

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Perséphone (Allison Shaw)

Ami du jour, bonjour !

Tu l’auras compris, la mythologie grecque est de nouveau à la mode, en particulier les personnages féminins, qui reprennent peu à peu leur voix au travers des fictions qui leur rendent le contrôle de leur destinée. La plus populaire : Perséphone, l’innocente vierge épouse du dieu des Enfers…

Sarakontkoi ?
Bah, tout bêtement l’histoire de Perséphone, fille de Demeter (oui oui, les mêmes que dans Lore Olympus) cachée par sa mère, très protectrice, jusqu’à ce qu’Hadès, dieu des Enfers, jette son dévolu sur elle et l’emporte dans son royaume pour en faire son épouse…

Tenpenskoi ?
J’aime cette tendance de réécriture de la mythologie grecque, et j’aime Akileos (l’éditeur de cette bande-dessinée, mais aussi de l’excellent Le Prince et la couturière). Et je suis tombée amoureuse de la couverture, de ses aplats de couleurs chaudes et automnales. Bref, tout pour me plaire.

Alors oui, ça m’a plu. Mais pas autant que je l’aurais voulu. Tout s’enchaîne très vite, et si effectivement on rend à cette jeune vierge effarouchée les rênes de sa vie, je pense qu’on aurait pu développer un peu plus certains aspects de l’histoire (notamment le rapprochement Hadès/Perséphone). J’aurais aimé lire quelque chose d’un peu recherché. Là on se contente de sauter de situation en situation jusqu’à ce que, oh !, Perséphone choisisse l’Enfer et qu’Hadès accepte son amour pour elle.

Les dessins et les couleurs restent une vraie gourmandise, dans un style épuré et expressif, et c’est ce qui fait l’intérêt du bouquin. Ça aurait bien mérité un trentaine de pages supplémentaires au moins (je n’aurais pas dit non à plus). Cela dit, je le conserve sur mes étagères parce que franchement, c’est du très joli travail graphiquement !

Pour info :
éditions Akileos, traduit de l’anglais par Achilles et Leana Felix, 168 pages, 20€

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Bergères Guerrières, T1 à 4 (Jonathan Garnier / Amélie Fléchais)

Ami du jour, bonjour !

Tu le sais peut-être, parler d’un coup de cœur, c’est compliqué. Parce qu’on a peur de ne pas rendre justice à ces petits chefs-d’œuvre, de mal expliquer, ou de ne pas savoir quoi dire, à part : « c’est trop bien » (ce qui ne constitue pas un réel argument en soi). Alors je me lance, et si je me plante, tu le sauras, j’ai kiffé sa maman.

Sarakontkoi ?
Voilà 10 ans que les hommes sont partis à la guerre, et que les femmes du village sont sans nouvelles. Face au mal mystérieux contre lequel ils sont partis se battre, hors de question de rester sans défense ! Alors les plus braves des mères, épouses et filles forment le clan des Bergères Guerrières, qui forme les femmes, jeunes ou moins jeunes, à se battre. Cette année, c’est au tour de Molly d’intégrer la formation, accompagnée de son fidèle mouton, Barbe Noire, mais aussi du jeune Liam, qui rêve de faire partie des Bergères Guerrières. Parce qu’au delà des frontières du village, un mal étrange semble se répandre…

Tenpenskoi ?
Une. Pépite. C’est pas un argument, mais c’est la série de BD que je recommande le plus ! Parlons de l’histoire, de cette prise en main du village par un groupe de femmes dont le courage ferait pâlir Merida. Ou des personnages, dont la jeune et intrépide Molly, et de son meilleur ami Liam qui rêve de revêtir la cape des Bergères. C’est drôle et léger, mais suffisamment inquiétant pour qu’on ait envie de s’y plonger, et de comprendre. Pourquoi les hommes ne sont-ils jamais revenus ? Qu’est-ce qui gronde aux frontières des terres connues ? Quel est ce mal qui semble infecter la nature et les animaux ? C’est à la fois une quête, un combat, un conte.

Et c’est foutrement beau ! Coloré, tout choupi, mais aussi inquiétant quand il le faut ! Le trait est rond, les personnages sont expressifs, et cette colorisation ! On dirait de l’aquarelle (ce dont je ne suis pas certaine, il me semble qu’il y a eu un processus numérique, à vérifier). C’est universel et terriblement actuel, ça parle d’écologie, de peur de l’autre, de différence, d’acceptation, de sacrifice. Bref, c’est tout ça, et c’est pour les filles ET les garçons, grands ou petits. Je suis presque triste que ce soit terminé. Je sais pas quoi te dire de plus. Lis la série.

Pour info :
Tome 1 – La Relève, Glénat, 72 pages, 15.50€
Tome 2 – La menace, Glénat, 72 pages, 15.50€
Tome 3 – Le périple, Glénat, 64 pages, 15.50€
Tome 4 – L’Abîme, Glénat, 104 pages, 18.50€

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Les Croques (Léa Mazé)

Ami du jour, bonjour !

Causons graphique aujourd’hui, avec une petite trilogie pas piquée des hannetons parue chez un éditeur que je surveille beaucoup en ce moment parce que j’apprécie leur ligne éditoriale ; les éditions de la Gouttière.

Sarakontkoi ?
Les parents de Céline et Colin, les jumeaux terribles, tiennent une entreprise de pompes funèbres ; du coup, ils sont la risée des gamins de l’école, qui les appellent les Croques, sympathique diminutif pour croque-mort. Après une Nième bagarre, les jumeaux sont renvoyés chez eux et consignés à domicile jusqu’à nouvel ordre. Il ne leur reste qu’à jouer dans le cimetière… où ils découvrent d’étranges marques sur certaines sépultures. Ils décident de mener l’enquête. Mais lorsqu’ils font une macabre découverte, personne ne semble disposé à les croire…

Tenpenskoi ?
Une petite merveille. On les aimes ces deux fortes têtes, franchement pas fortiches à l’école, plutôt du genre à avoir toujours une bêtise derrière la tête. C’est d’ailleurs tout le fond du problème : à force de bêtises, leurs parents, épuisés, finissent par ne plus les croire. Le cimetière est un décor inhabituel dans les bandes-dessinées pour enfant et l’aura de mystère qui plane n’en est que plus épaisse. Alors oui, du coup, on a un meurtre. C’est pas sanglant, mais bon, quand même, faut le savoir.

Le dessin est tellement beau ! Léa Mazé a réalisé pour notre plus grand plaisir de magnifiques aquarelles et les a parfaitement mises en cases. La réalisation des planches est tout aussi parlante que le dessin et le scénario. J’ai aimé traverser les grandes planches de silence comme les plus turbulentes. Et non seulement c’est beau et drôle, mais en plus, chacune des BD de la trilogie prend son lectorat très au sérieux. C’est une vraie enquête avec des personnages hauts en couleur. Bref, je ne peux qu’en recommander la lecture. Et encore, je n’ai pas encore parlé du travail de fabrication ! Les couvertures sont superbement ornées d’un titre au fer à dorer et les illustrations sont, encore une fois, à tomber. Bref, un bel exemple de coopération auteur/éditeur (c’est en tout cas l’impression que ça donne) pour une BD récompensée par le prix ACBD.

Pour info :
éditions de la Gouttière
Tome 1 (Tuer le temps) : 72 pages, 13.70€
Tome 2 (Oiseaux de malheur) : 72 pages, 13.70€
Tome 2 (Bouquet final) : 96 pages, 14.70€

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Ces jours qui disparaissent (Timothé Le Boucher)

Ami du jour, bonjour !

L’autre jour, j’ai quitté la librairie en me disant que, décidément, je n’avais pas assez à lire à la maison (LOL) et que j’avais ma foi bien envie de tenter quelque chose qui me ferait (attention, expression très à la mode) « sortir de ma zone de confort ». J’ai donc demandé à mon collègue, qui aime beaucoup la bande-dessinée, de m’en conseiller une. Mais pas une comme d’hab, qui correspondrait à mes goût (il essaie toujours de coller à mes demandes quand je veux un conseil) ; nan, un truc qu’il avait envie que je lise pour qu’on échange sur le sujet. C’est tombé sur celle-ci.

Sarakontkoi ?
Lubin se réveille un matin, persuadé d’être demain. Mais non, on lui apprend qu’il n’est pas venu travailler la veille et qu’il n’a prévenu personne. Ces épisodes d’absence se répètent, jusqu’à ce qu’il s’aperçoive qu’elles sont comblées par un autre jeune homme, qui habite son corps. Au départ, un peu d’organisation et de communication entre ces deux personnalités permettent une cohabitation harmonieuse. Mais alors que l’Autre prend de plus en plus de place, Lubin ne sait comment faire pour ne plus perdre ces jours qui disparaissent…

Tenpenskoi ?
Effectivement, je l’ai beaucoup vue passer sur les réseaux, mais ce n’est pas franchement une bande-dessinée sur laquelle je me serais arrêtée. Le trait est simple, les couleurs ont des tons très doux, pastel, et si j’ai commencé par me dire que j’aurais apprécié quelque chose de plus chiadé, j’ai fini par comprendre que plus eût été trop. Le propos est déjà compliqué, suffoquant, pas besoin d’en rajouter. Et puis, cette ambiance très propre, presque médicale, est probablement plus efficace pour nous plonger dans l’angoisse du vide.

Quant à l’intrigue, elle n’est pas en reste. On assiste, aussi impuissants que Lubin et ses proches, à cet effacement qu’il subit, on veut détester l’Autre. En même temps, peut-on demander à un être conscient de simplement rester caché à ne rien faire, de ne pas vivre, les jours où il occupe le corps ? Peut-on réellement lui reprocher de tenter de se construire une vie ? Lequel des deux Lubin est le vrai, le bon ? Lequel mérite plus ce corps ? Tout un tas de réflexions qui peut rendre le lecteur claustrophobe, comme Lubin qui est coincé dans son propre corps, dans ces jours de conscience qui lui sont accordées. Bref, une lecture bien plus psychologique et intéressante que ce à quoi je m’attendais. Et si ce n’est, pour moi, pas la lecture du siècle, j’ai très envie de vous la recommander, juste parce que l’expérience en vaut le coup.

Pour info :
éditions Glénat, 192 pages, 22.50€

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Eat and love yourself (Sweeney Boo)

Ami du jour, bonjour !

Une nouvelle lecture graphique, très personnelle cette fois. Aperçue, comme d’habitude, en scrollant sur mes comptes Instagram favoris (en l’occurrence, ma référence BD du moment, à savoir Melyssa). Sweeney Boo, je la connais depuis un moment. Depuis que je suis tombée sous le charme de ses pin-ups colorées en 2014 très exactement… la bouffe, une illustratrice que j’aime beaucoup, il ne m’en fallait guère plus.

Sarakontkoi ?
Mindy a 27 ans, elle est serveuse dans un café. Sa vie stagne, et elle-même est persuadé qu’elle ne pourra jamais faire mieux. Parce qu’elle ne s’aime pas. Qu’elle ne sera jamais « assez ». Un soir, dans sa supérette de quartier, elle achète une tablette de chocolat aux pouvoirs étranges : grâce à elle, elle pourra revisiter son passé, et les douloureux moments qui ont fait d’elle ce qu’elle est aujourd’hui.

Tenpenskoi ?
Forcément, le sujet me parle. Moi qui n’ai jamais été mince, qui ai toujours eu honte de manger devant les autres, qui ne serai jamais un standard de beauté, jamais la princesse que ce foutu prince peut porter jusqu’à son palais parce… bah faut le soulever mon cul ! Mindy, c’est un peu le miroir de toutes ces jeunes filles que des remarques en apparence anodines ont détruites à petit feu. Des trucs du genre : « attention à ce que tu manges », « c’est pas très bon pour toi », « faudra faire un peu de sport », et j’en passe.

Pour autant, la bande-dessinée ne pointe pas le doigt accusateur de ceux qui rejettent sur les autres la responsabilité de leurs erreurs. Mindy a fait des erreurs qu’avec le recul elle parvient à identifier. Elle comprend avec son esprit d’adulte ce qu’on essayait maladroitement de lui dire enfant. L’histoire se termine bien pour elle, malgré quelques après-repas la tête dans la cuvette, parce que la spirale autodestructrice ne l’a pas encore avalée, mais d’autres s’en sortent moins bien.

C’est aussi l’occasion de vous dire qu’il existe des TCA très graves (Troubles du Comportement Alimentaire) : l’anorexie, la boulimie, et j’en passe. Il en existe d’autres, comme l’hyperphagie dont on ne commence à parler que maintenant. C’est un mal dont j’ai personnellement souffert, dont je souffre encore, une maladie de privilégié : celle de trop manger. De se cacher pour le faire. Et d’en avoir tellement honte qu’on n’ose pas dire qu’on n’a pas faim pendant les repas. Alors on mange à s’en faire vomir. Mais on ne vomit pas. On garde tout à l’intérieur, et on laisse cet énorme amas de bouffe nous trouer le bide, on le sent diffuser son poison dans chaque partie de notre corps. Et on se voit énorme. Ca s’appelle la dysmorphophobie, une déformation de la vision que l’on a de son propre corps. Et dans mon cas, à force de me voir grosse, je le suis devenue. Parce que la honte vous empêche de profiter de vos repas. Vous n’êtes jamais satisfait. Alors vous mangez plus, et plus encore, jusqu’à vous dégoûter vous-mêmes…

Bref, Sweeney Boo a heureusement beaucoup de tendresse pour son personnage, et elle parvient à sublimer sa délicieuse Mindy, à nous la montrer telle qu’elle est, belle, touchante, fragile, et parfois seule. Le trait, très comics, et les jolies couleurs donnent au tout un petit goût acidulé fort agréable. Et le message est beau. « Ca ira », se dit Mindy, « je t’aime ». Et c’est ce que nous devrions tous nous dire à nous-même : « je t’aime ».

Pour info :
éditions Ankama, 160 pages, 19.90€

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Les Sœur d’Ys (M.T. Anderson / Jo Rioux)

Ami du jour, bonjour !

J’ai toujours beaucoup de mal à parler de graphique (bande-dessinée, manga, et compagnie) parce que je ne me sens jamais légitime. D’une part parce que j’en lis assez peu (tendance qui semble s’inverser dernièrement) et ensuite parce qu’il faut parler de style graphique. Et alors autant parler texte, je peux faire (oui oui, je pense après toutes ces années pouvoir juger des qualités intrinsèques d’un texte… pas de manière parfaite et absolue, mais je le peux). Autant tout ce qui est visuel m’est totalement étranger. Je vous présente donc mon humble avis, qui n’aura rien de très professionnel, en la matière.

Sarakontkoi ?
La légende de la ville d’Ys est un mythe fondateur des légendes bretonnes. On y découvre la ville d’Ys, protégée de l’assaut des eaux par une digue. Le roi de la ville a eu deux filles avec une fée venue d’un royaume nordique. Tandis que l’une se tourne vers la nature, les animaux et le peuple environnant, l’autre sacrifie son âme à la magie et au pouvoir. Mais aucun pouvoir n’est gratuit…

Tenpenskoi ?
La légende telle qu’elle nous est racontée dans Les Sœurs d’Ys est très différente de celle que l’on trouve dans les versions classiques, plus christianisée. Ces versions ne font état que d’une fille, Dahut, débauchée qui mènera la ville à sa perte. Ici, il est plus question de l’opposition entre le progrès et la nature, le pouvoir et la mesure. Les sœurs sont deux, Rozenn et Dahut, et représentent chacune une idéologie. Tels les Atlantes, les habitant de la cité d’Ys paieront cher leur arrogance et leurs abus.

On se détache de l’aspect hagiographique du mythe, c’est à dire de son rapport avec la vie des saints (saint Corentin en l’occurrence) pour partir du côté des légendes celtiques. Et c’est ce côté celte qui ressort beaucoup ici, à travers les couleurs et les motifs (d’ailleurs, les roux ont encore le mauvais rôle). Personnellement, cette mise en cases très floue, le dessin très rond aux courbes ondulées, tout ça me parle beaucoup (oui, ok, la couverture verte et dorée n’y est pas pour rien).

En bref, un mythe celtique (si on peut dire), servi par un dessin doux et violent à la fois, l’histoire d’une rivalité entre frangines, l’opposition du progrès et de l’opulence avec l’état naturel des choses… j’ai trouvé la revisite résolument moderne. Je me suis régalé les yeux, et j’ai découvert un petit morceau de folklore breton. Je recommande donc. Attention cependant : à ne pas mettre entre les mains des plus jeunes. Je sais que le graphisme est sympa avec toutes ces bouilles rondes et ces jolies couleurs, mais le propos est un brin violent.

Pour info :
éditions Rue de Sèvres, 220 pages, 20€

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Peter Pan (Loisel)

Ami du jour, bonjour !

Aujourd’hui, point de longue introduction, je te parle d’un pilier de la bande-dessinée, du chef-d’œuvre quasi intouchable qu’est Peter Pan, de Régis Loisel. Et pour le coup, merci le week-end à 1000 (fameux week-end où l’on doit lire 1000 pages en 2 jours pour les deux du fond qui ne suivent pas), je me les suis enquillés en une matinée.

Sarakontkoi ?
Si tu connais le Peter Pan de Disney et que tu penses connaître son histoire… oublie-la. De base, Peter, c’est déjà pas un enfant de cœur. La bande-dessinée commence à Londres, fin du XIXe siècle. Peter est un jeune garçon, très pauvre, dont la mère, alcoolique, se paye le luxe d’être violente. Heureusement, il s’est trouvé un ami, et un allié en la personne d’un tenancier de bar, M. Kundall, dont les belles histoires bercent ses journées les plus difficiles ; ces histoires, Peter aime les raconter aux orphelins du quartier. Un soir, il rencontre une drôle de petite fée, qu’il surnomme Clochette, qui l’emmène avec elle au Pays Imaginaire.

Tenpenskoi ?
Personnellement, j’avoue honteusement n’avoir jamais lu l’œuvre de James Matthew Barrie. Et pire encore, j’ai du mal à savoir où commencer pour vous parler de la richesse de celle de Loisel. Essayons de procéder par étapes. Ce qu’il faut savoir, pour commencer, c’est qu’il s’agit ici d’une vision très mature du personnage de Peter Pan. Si vous vouliez le proposer à vos enfants, oubliez ; si le protagoniste de notre histoire est un enfant, révolté par l’absurdité du monde des adultes, l’histoire n’en est pas moins très violente. Peter croise sur sa route l’alcool, le viol, la mort que ce soit dans les rues d’une Londres terrorisée par Jack l’Éventreur, ou au Pays Imaginaire, où règne la loi du plus fort.

Mais la force de Peter, c’est sa capacité à oublier. Oublier les chagrins, les pertes, la douleur. En tant que lecteur pourtant, cette faculté qu’il a à effacer les drames qu’il a vécus laisse comme un goût amer. Bien entouré par une famille de créatures qui le guidera à travers le Pays Imaginaire (notamment Pan, qui sera son mentor), il se fera à son tour guide et protecteur des orphelins qu’il accueillera dans sa nouvelle demeure. Ce Peter, c’est l’enfant qu’il a été avant d’être celui que l’on connaît, fier, parfois cruel, de cette cruauté dont seuls sont capables des enfants dont les conventions sociales n’ont pas encore étouffé les pulsions primaires. Crochet ici devient un personnage tragique : un homme qui n’aura pa su échapper à son destin.

C’est une lecture sauvage et déchirante, portée par le trait si particulier de Loisel, que personnellement je n’avais jamais lu, mais que je pourrais reconnaître entre mille. Est-ce que j’ai aimé ? La réponse à cette question n’est pas évidente, parce que ce n’est pas une lecture dans laquelle je me suis sentie à l’aise. Mais elle a relâché sur moi toute la puissance de ce que l’enfance a de plus pur et pourtant de plus effrayant.

Pour info :
Tome 1, Londres, éditions Vents d’Ouest, 13.90€
Tome 2, Opikanoba, éditions Vents d’Ouest, 14.95€
Tome 3, Tempête, éditions Vents d’Ouest, 14.95€
Tome 4, Mains Rouges, éditions Vents d’Ouest, 14.95€
Tome 5, Crochet, éditions Vents d’Ouest, 13.90€
Tome 6, Destins, éditions Vents d’Ouest, 13.90€

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La tête dans les étoiles (Jen Wang)

Ami du jour, bonjour !

Je t’avais dit qu’on allait parler BD, premièrement parce que j’avais envie de BD ces derniers temps, et secondement parce que j’ai une flemme internationale de lire des romans en ce moment (enfin, j’en écoute et je lis un peu dans mon dodo, mais trèèèèès lentement). C’est donc avec une BD que je reviens te voir. Et quelle BD !

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Sarakontkoi ?
Christine est une adolescente chinoise très calme et posée. Sa famille, très impliquée dans la communauté chinoise d’une petite ville des États-Unis, décide un jour de venir en aide à une mère célibataire et sa jeune fille, Moon, du même âge que Christine. Moon est aussi excentrique, créative et passionnée que Christine est calme, posée et studieuse. Entre les deux adolescentes naît une amitié qui les changera à jamais.

Tenpenskoi ?
Je tiens à dire que le résumé en 4e de couv’ m’a perdue. On y parle d’êtres célestes, d’une autre planète… Et s’il est vrai que Moon évoque ses amis invisibles dans le récit, ce n’est pas du tout ce que pourrait penser le lecteur. D’ailleurs, ce résumé alambiqué est en partie responsable de mon refus de lire cette BD d’une autrice/illustratrice que j’avais pourtant adorée après Le Prince et la couturière ! Pour le coup, un big up au résumé Amazon qui rattrape un peu celui du bouquin.

Mais que voulez-vous, j’ai fini par me laisser convaincre, curiosité oblige, et je dois avouer que je ne suis absolument pas déçue ! Le dessin de Jen Wang, si épuré, laisse toujours autant de place à l’émotion. Rien n’est surfait, rien n’est de trop. Le trait et la couleur sont doux et portent magnifiquement cette histoire d’amitié.

Quant à l’histoire, elle est en partie inspirée de celle de l’autrice. Les liens qui unissent ces communautés, ces familles, et surtout ces deux jeunes filles, sont précieux. Et s’il est parfois question d’élans passionnels, de chamailleries et de jalousie, c’est toujours le positif que l’on retient. J’ai même versé une petite larme. Bref, de 7 à 77 ans, et même après, lisez La Tête dans les étoiles.

Pour info :
éditions Akileos, 218 pages, 19€

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Le Cercle du dragon-thé (Katie O’Neill)

Ami du jour, bonjour !

Tu l’auras compris (et tu le verras probablement sur mes prochains billets) je suis dans une période bande-dessinée. J’ai envie de bouquins qui se lisent vite, avec de jolis illustrations, mais pas des albums. Ergo : la BD. Et celle-ci, je l’ai attendue un bout de temps… toute une aventure, je te jure. Mais y’a un mais…

cercle_dragon_the.jpg
Sarakontkoi ?
Dans un univers féerique, peuplé de faunes, de dragons et d’hommes, Greta apprend le métier ancestral de forgeron. Un jour, elle rencontre un drôle de petit dragon qui semble s’être échappé de la boutique de thé, à la limite de la ville. En l’y rapportant, elle fait la connaissance d’Hesekiel, Erik et Minette, qui élèvent et soignent les dragons-thé. Mais ces soigneurs sont de plus en plus rares, et Greta décide d’apprendre elle aussi à soigner ces créatures mystérieuses.
Tenpenskoi ?
Alors, pour le coup, j’ai du très bon, et du moins bon. Pour commencer, le très bon : le dessin est sublime, c’est craquant de mignonnerie, c’est coloré, c’est des bonbons à la bergamote qui fondent sur la langue. J’aime aussi beaucoup l’univers, cette idée que les feuilles qui poussent sur les cornes des dragons-thé renferment les souvenirs qu’ils partagent avec leur soigneur. Bref, toute la mythologie est vraiment sympa et originale, pour ce que j’en connais. L’autrice met aussi un point d’honneur à souligner l’importance du passage de savoir faire, ici dans le soin du dragon-thé ou dans la forge et la ferronnerie, mais en général aussi. Perso, je trouve que ce sont des messages nécessaires à faire passer aux jeunes générations.

Ceci dit, même si pour toutes les raisons énumérées au-dessus, j’ai apprécié ma lecture, j’avoue que deux choses m’ont gênée. Premièrement, j’ai trouvé l’histoire un peu courte : l’univers a l’air super riche, c’est dommage qu’il ne soit pas plus développé. Ou alors, il faut supprimer l’histoire des personnages secondaires, parce que soit on m’en dit trop, soit pas assez. Bon, disons que c’est pour un jeune public, et que ça suffit.

La seconde chose qui m’a fait hérisser le poil, c’est un problème de relecture / correction de la dernière partie de la BD (extraits du Guide du dragon-thé) : des coquilles orthographiques, grammaticales, et parfois même, des mots qu’on a oublié de supprimer en modifiant la phrase. Sans compter que la traduction, je suis désolée, laisse à désirer sur cette partie — autant dans les dialogues, ça passe parce que c’est court, autant dans un texte plus long… Outre les coquilles, certaines tournures sont à peine correctes et le texte pue la traduction à plein nez. C’est très dommage ! C’est comme si on me donnait Brad Pitt, mais que quand il ouvrait la bouche, il s’avérait bête comme ses pieds. Bref, lecture en demi-teinte, et comme mon Brad Pitt un peu neuneu, je l’exposerai, pour faire joli… 😦

Pour info :
Bliss comics éditions, 60 pages, 15€