Publié dans Bouquinade, Roman, Roman historique

Anna Karénine (Leon Tolstoï)

Ami du jour, bonjour !

On est aujourd’hui dans la section « je me cultive, parce qu’au niveau classiques, c’est un peu faiblard tout ça ». Et pour cette découverte de la littérature russe, j’ai lu, comme l’indique le titre du billet, Anna Karénine, de Leon Tolstoï. Ainsi ai-je été introduite aux grands classiques russes.

anna_karenine

Sarakontkoi ?
Russie, fin du XIXe. Se joue dans la grande société russe un drame amoureux : Lévine, amoureux de Kitty, amoureuse de Vronski, amoureux d’Anna. Une femme persuadée d’être courtisée par un homme dont elle est follement amoureuse, un courant d’air s’éprenant d’une respectable épouse, une femme mariée combattant ses propres inclinations. C’est aussi simple que ça. Autour de ces quatre personnages graviteront époux, parents, amis, les uns bienveillants, les autres bienséants. Mais tout ne peut pas bien finir pour tout le monde.

Tenpenskoi ?
Pour commencer, c’est très long. Personnellement, je ne l’ai pas lu, je l’ai écouté (merci Audible, on a beau dire, ça sauve des vies) ; j’avoue que, connaissant l’issue tragique par avance, j’ai voulu plus d’une fois qu’on en finisse. Je ne sais pas si j’aurais été capable de lire la version papier, ma patience se serait vite épuisée.

En revanche, j’en parlais avec une amie qui ne porte pas Tolstoï dans  son cœur (bah ouais, c’est longuet quoi), je trouve que Tolstoï a ce don, en tout cas dans ce roman-ci, de tout montrer. Il ne prend pas partie pour ses personnages, et laisse chacun d’eux s’exprimer (traduis : on se retrouve avec autant de points de vue que de personnages). Tout n’est pas bon à prendre, bien entendu, mais au moins, la lecture du roman s’adaptera au lecteur.

Je m’explique : beaucoup de lecteurs décrient le comportement d’Anna, qui abandonne mari et enfant pour suivre son amant. Personnellement, j’y ai vu la condition d’une femme prisonnière de son rôle d’épouse, courtisée par un homme qui se soucie plus de sa propre passion que de la vie qu’il pourra offrir à celle qu’il aime. Une femme qui avait le choix entre être malheureuse, ou être montrée du doigt. Enfermée quel que soit son choix. Elle est la méchante de l’histoire, s’attirant malheur et déshonneur. Mais elle seule subit le poids de ses décisions. Et sa décision, finale, n’est que l’issue logique d’un problème sans solution.

Le roman oppose le bonheur d’un couple malheureux qui trouve le bonheur à celui d’un couple heureux qui attire peu à peu sur lui le malheur. C’est en ça que le roman est intéressant. Les réflexions qui mènent les personnages vers leur destin. Au-delà de ça, oui, j’ai trouvé le roman un peu long. Mais je suis heureuse de pouvoir dire que je l’ai lu.

Pour info :
Le livre de poche, collection Classiques, 1024 pages

 

Publié dans Highway to FIV

Une pause s’impose

Salut les loulous !

Quoi, déjà un nouveau post FIV ? Quelle célérité !

Un billet un peu spécial aujourd’hui. Chéri et moi avons décidé de faire une pause. D’arrêter d’essayer. De nous donner une chance de vivre. La journée d’hier a été très difficile. Je n’avais pas pleuré à l’annonce de la mauvaise nouvelle, et j’étais plutôt fière de moi. Mais chassez le naturel, il revient au triple galop. Et en pire !

En pleurant, je parle beaucoup, je dis des choses que je ne savais même pas que je pensais. C’est pénible pour Chéri, qui aimerait tant que j’aille bien. Mais tout sort d’un coup, comme quand tu parviens à te moucher alors que tu as le nez bouché depuis quelques jours. Il s’avère que j’ai trop mal. Mal dans ma tête. Mal à mon cœur. Mal dans mon corps. Les échographies me font mal, les piqûres, les anesthésies (« si si, en local, ça passe, je te demande pas franchement ton avis »), les ponctions me font mal. L’échec me fait mal. Alors on dit pause. On dit qu’on s’occupe de nous. On dit qu’on cherche d’autres solutions.

Me revient à l’esprit une conversation que j’avais eue avec quelqu’un au tout début du traitement. Je lui parlais un peu de ce qu’il se passait, de mes doutes, de mes peurs, des délais, du fait qu’on était très (trop ?) nombreuses, anonymes, etc., et cette personne, grande défenseuse de l’égalité des droits devant l’Éternel (sans ironie aucune) me répond, sur un ton quelque peu amer : « et encore, tu as de la chance, les lesbiennes et les femmes seules n’ont pas encore droit à la FIV ». Sur le coup, je n’ai pas fait attention, mais 2 ans après, ces paroles reviennent, comme un boum boum entêtant. Le droit à la procréation pour tous est une cause que j’ai toujours défendue, mais sur le coup, la remarque m’a fait tellement de mal ! Est-ce que ça insinuait que moi, j’avais de la chance ? Du coup, avant de fermer pour un temps cette rubrique, il y a une chose que j’aimerais dire à vous, qui me lisez et connaissez quelqu’un dans ma situation. Si elle (ou il) vous en parle, il y a des choses que vous devez apprendre à ne pas dire :

– tu sais, j’ai une amie / je connais quelqu’un / j’ai entendu à la TV… ces gens dont on parle sont les 0.0000000001% de ceux qui gagnent au loto, pas une majorité. Son histoire à elle / à lui n’est pas celle des autres.
– la prochaine fois, c’est la bonne.
– tu sais, y’a pire, le cancer, les pays pauvres, etc. (si elle doit s’en rendre compte, elle le fera seule).

De manière générale, ne la comparez pas à une autre. Et si vous êtes démunis, que vous ne savez pas quoi dire, ne dites rien. Parfois, être là, ça suffit. Et aux sites de fivettes, PMettes et j’en passe, essayez de parler aussi de ces histoires où ça n’a pas fonctionné, de ces mères en puissances qui se battent avec d’autres armes, arrêtez de montrer des jolis livres bleus et roses, des phrases tirées de La Motivation pour les nuls. C’est probablement nous qui nous sentirons moins nulles et moins isolées dans notre échec. Donner de l’espoir, c’est bien, aider à accepter le deuil, c’est tout aussi méritant.

Enfin, à celles qui attendent leurs résultats, à celles qui doivent rappeler le CHU pour une nouvelle date, à celles qui attendent encore que leur tour vienne, je veux dire ceci : vous êtes courageuses, vous avez peur, vous êtes peut-être perdues. Mais rappelez-vous : c’est votre vie, votre corps, votre décision. Écoutez-vous. Quand on a commencé, il était inconcevable de mettre ce projet sur pause tant qu’on n’aurait pas réussi ou épuisé nos chances. Je ne savais pas que je pouvais moi-même avoir des limites. Le courage, ce n’est pas de continuer coûte que coûte. C’est de connaître votre propre limite.

Je vous embrasse fort, je vous retrouve sur des billets lecture, des mots du jour, et j’en passe. Je reviendrai ici quand je serai prête (mais bien sûr, si, comme quelques-unes d’entre vous l’ont déjà fait, vous souhaitez échanger, poser des questions, etc., je reste dispo).

Prenez soin de vous.

Sincères poutous.

 

Publié dans Highway to FIV

Il y a aussi des jours où ça va

Salut les loulous !

Bon, aujourd’hui, c’est pas la joie. Après une piqûre de Decapeptyl, 10 de Ménopur dosé à 300Ul, une ponction, 7 ovocytes, 3 embryons (dont un seul a survécu), 40 ovules de Progestan, je peux officiellement annoncer… que je ne suis toujours pas enceinte. On dit qu’on s’habitue à tout, même à la douleur. C’est vrai.

Et cette fois-ci, au lieu de vous parler des étapes du traitement, que vous connaissez si vous avez suivi les tentatives précédentes, je vais vous parler de ce qu’il se passe dans la tête de quelqu’un comme moi. Peut-être comme d’autres. Et si vous lisez ce billet et que vous vous reconnaissez, ça veut dire que peut-être je ne suis pas si folle que ça.

Quand tu es dans notre situation, à Chéri et moi, la première chose que tu te dis, c’est qu’il y a des signes. Que la vie a un dessein pour toi. Que s’il arrive des trucs extraordinaires, ça veut peut-être dire que c’est la bonne, parce que tu en auras des anecdotes à raconter ! Par exemple, et je ne parle que de cette tentative : hier, au moment de passer à notre labo habituel pour faire la prise de sang, il était fermé. Grève. Drôle, il faut trouver un autre labo d’urgence, ça fera un truc à raconter. Ensuite, nous avons décidé avec Chéri d’ouvrir les résultats ensemble. Je dois donc attendre jusqu’à ce qu’il rentre à la maison pour ouvrir ce foutu mail que pourtant j’ai pourtant reçu il y a  des heures. Hier, son N+3 l’a chopé alors qu’il partait (en vitesse pour rentrer au plus vite à la maison) pour lui parler de trucs urgents… pendant une demi-heure. Ca nous a fait rire, une anecdote en plus. Je ne parle pas de mon PC qui refuse de s’allumer et du reste. En fait, on ne se les racontera qu’à nous, ces histoires.

À l’approche d’un résultat, je suis du genre névrosée. On ne dirait pas comme ça, mais je me mets à faire des paris avec moi-même : si j’atteins la porte avant la fin de la chanson, c’est que c’est bon. Si je passe au vert, c’est que c’est bon. Si j’arrive à la porte avant qu’elle se ferme, c’est que c’est bon. Et j’en passe.

Le plus difficile, c’est que tu vois les gens galérer autour de toi. Ils savent pas trop comment se comporter. Tes amies craignent de t’annoncer leur grossesse, de te parler de leur projet de 2e bébé, ta famille t’aime tellement qu’elle veut que tu ailles bien. Mais c’est ça le truc, tu ne vas PAS bien. Ma maman m’a dit l’autre jour un truc qui m’a marquée. Elle m’a dit « toi, tu n’as peut-être pas de bébé, mais moi, j’en ai un, et je le vois sombrer, et je sais pas quoi faire ». L’impuissance.

Et puis, il y a la colère. Oui, je suis en colère. Par exemple, je ne lis plus et ne regarde plus les infos, mais parfois ça filtre. Par chez nous, on a l’affaire Fiona, tu connais ? Une mère et son mec qui font croire que leur gamine a été enlevée, les marches blanches, les groupes de recherche, tout ça pour qu’on apprenne que peut-être ils étaient trop défoncés pour se souvenir d’où ils avaient enterré la gamine qu’ils avaient battue à mort. Et encore, si elle est morte. Bref. Bah cette meuf là, dont le procès est toujours en cours, retombe enceinte. Et toi, t’es là, avec tes putains de piqûres, les 3 internes qui crèchent entre tes cuisses une fois tous les 6 mois, et cette envie d’enfant qui te crève le bide. Merde.

Quand tu parles de ta situation, tout le monde connaît quelqu’un pour qui ça a miraculeusement marché. On oublie les 70% de cas dans lesquels les couples sont restés sans enfant. On te dit de garder espoir. On devrait te dire qu’il se peut que tu n’y arrives jamais, et qu’il faut peut-être t’ouvrir à d’autres projets. Les docteurs, ils font leurs 4 tentatives par patiente, ils s’en foutent que ça marche ou pas. Ils changent un peu le dosage. Te disent « il vaut mieux 5 beaux ovocytes que 15 petits ». Ils ont 200 dossiers à traiter par semaine, autant d’échographies, d’ordonnances, de crises de larmes. Ils se blindent. Toi, tu te sens juste seule. Alors oui, y’a des psys. Je veux pas qu’un psy m’explique la vie. Je veux que mon médecin me regarde dans les yeux et nous parle, à nous, M. et Mme Rastoix, de notre dossier. De notre cas… Ca me fout dans une rogne !

Avant, je disais que ma vie, c’était de la merde. Maintenant, j’ai compris que j’avais beaucoup de choses : Chéri, mes parents (même si parfois, ils sont maladroits), mes frangines (si bourrines ou têtes en l’air soient-elles), mes amis, qui font ce qu’ils peuvent. Mon chat. Je dois trouver autre chose que cet enfant. Trouver un autre but, parce que je ne veux pas que ma vie ait un goût d’inachevé, ou passer à côté d’elle parce que j’ai décidé qu’elle ne vaudrait la peine d’être vécue que si j’étais mère. En janvier on part à Berlin, que j’aime tant. Peut-être New-York, maintenant qu’on a un passeport. J’adopte des plantes que j’essaie de garder en vie, je compense (pas avec un animal, Madame Agatha ne le permet pas). Ma vie, c’est pas de la merde, mais il y a des merdes dans ma vie, c’est différent. Alors je m’accorde 5 minutes d’auto-appitoiement et je continue. Pace qu’il y a aussi des jours où ça va.

Publié dans Albums, Bouquinade

Les Riches Heures de Jacominus Gainsborough ( Rébecca Dautremer)

Ami du soir, bonsoir !

Alors oui, ce n’est pas vraiment l’heure à laquelle j’ai l’habitude de poster. Mais ce soir, au lieu de regarder un film, Chéri et moi avons décidé d’être créatifs. Ce qui sous-entend pour lui Inktober, et pour moi… le blog, oui ! Comme d’habitude, je suis à la traîne et comme d’habitude, je laisse poireauter mes bouquins 20 plombes sur mon étagère en me disant que j’attends juste le bon moment. Bah voyons. En dehors du fait que j’aime beaucoup le travail de Rébecca Dautremer, je dois avouer qu’avoir vu cet album trôner sur le piano de *tu te reconnaîtras* m’a donné plus qu’envie de faire son acquisition. Ni une ni deux, c’est au salon de Brive que je rencontre brièvement Rébecca le temps d’une dédicace. Suis-moi !

jacominus.jpg

Sarakontkoi ?
C’est l’histoire d’une vie, celle de Jacominus Gainsborough, faite de souvenirs, d’actes manqués, de gadins, d’amours et d’amitiés. De peurs, de larmes, et de joies. Une petite vie bien normale, qui a un début et une fin. Une vie riche de ce qu’on y a mis. Ni plus, ni moins.

Tenpenskoi ?
Écoute, j’avoue que j’avais un peu peur de le lire. Je ne saurais pas bien t’expliquer pourquoi. J’avais peur qu’il soit très long. Il m’intimidait presque. Je sais, c’est stupide. Quelle erreur c’eût été de continuer à nous regarder en chien de faïence, lui du haut de son étagère, moi bien emmitouflée dans mes couvertures !

C’est simple, ça glisse tout seul. Les illustrations rythment le texte autant qu’elles l’accompagnent. Et puis, on en parle justement de ces illustrations ? C’est coloré, nostalgique, ça nous raconte un autre temps, un autre endroit, en même temps, c’est partout, c’est toujours. On y trouve juste ce qu’il faut de la tendresse des histoires de Beatrix Potter (avec un hommage à l’autrice-illustratrice anglaise d’ailleurs), sublimée par le trait caractéristique de Rébecca Dautremer.

Quant au texte : de la poésie dans son état le plus simple. Quelque chose qui te parle sans que tu réfléchisses vraiment. Le genre d’histoire qui va droit de tes grands yeux à ton petit cœur sans réellement passer par ton cerveau. C’est d’une évidence reposante. J’ai d’ailleurs, je dois bien l’avouer, versé ma petite larmichette. Bref, trouve-le, lis-le, partage-le.

Un léger aperçu de mes planches favorites :

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Pour info :
éditions Sarbacane, 56 pages, 19,50€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Running Man (Richard Bachman)

Ami du jour, bonjour !

Tu le connais ce pseudo maintenant. C’est celui du Maître, Stephen King. « Mais, pardi, ça en fait du King », que tu dois te dire. Mais oui, cher lecteur, je te rappelle que je participe à #automneduking, lancé par Tomabook sur Instagram. Tu risques donc d’en voir d’autres…

img_20191011_141445.jpg

Sarakontkoi ?
2025. L’écart entre riches et pauvres s’est creusé. Les riches vivent avec des filtres antipollution dans les narines et paient en nouveaux dollars. Les pauvres vivent dans des ghettos, bossent dans des usines radioactives qui les rendent stériles, et paient en anciens dollars. La fille de Ben Richards est gravement malade. Ayant perdu son emploi, sa dernière chance de pouvoir lui payer un traitement correct est de vendre son âme au diable : participer à l’un des Jeux diffusés non-stop au Libertel, sorte de poste de télévision rendu obligatoire dans chaque foyer.

Tenpsenkoi ?
Je vais finir par ne plus trouver de superlatifs pour parler de ce genre de romans chez King. Pour te replacer ça dans le contexte, je me souviens encore du film de 1987 que je regardais avec mon père. Alors quand j’ai trouvé le livre en boîte à lire, bah j’ai sauté sur l’occas’ (j’étais tellement ravie que ce soit un King !). Et c’est bien là que je préfère King, sur ses romans d’anticipation, ces romans qui dénoncent. Ces romans qui montrent chez lui une telle clairvoyance, c’est fou ! Ce truc a été écrit il y a 30 ans !

Cet homme, dont la soumission au Réseau (au Système quoi) est la dernière chance, peint pour nous, comme en défonce, une société qui pourra être la nôtre. Celle où de pauvres hères souffrent en direct pour le plus grand plaisir des classes populaires, histoire de rapporter de quoi bouffer à leur famille. Ici, on fait subir des sévices physiques et moraux à des cardiaques pour voir combien de temps ils tiendront, là on fait nager des hommes parmi les crocos pour rapporter le plus de fric possible. Mais Ben Richards est trop malin. Ses tests révèlent une grande intelligence, une instruction inattendue dans la basse caste, des tendances révolutionnaires, alors on lui assigne le pire des Jeux : La Grande Traque. Il sera lâché dans les rues avec une somme conséquente. Et plus il survivra, plus sa femme et sa fille seront rétribuées. Les citoyens sont bien entendus encouragés à le dénoncer afin de gagner quelques dollars, tandis que le Réseau cultive la haine d’un public à son encontre.

Alors chez nous, on n’en est pas à faire tuer des gens en direct, mais qui parmi vous n’a pas ri des malheurs d’un pauvre marseillais sachant à peine épeler son nom, dans une maison fermée à double tour ? Qui n’a pas avidement gobé les rejets et les peines de cœur subis par de pauvres boutonneux dans une émission qui les mesure à des dieux grecs ? Qui n’a pas souhaité voir un plouc trébucher dans sa bouse aux heures de forte audience ? Et qui n’a pas souhaité que Monica voie son mec succomber au 95F de la blonde de l’autre côté de l’île ? Je les connais ces programmes, je les ai regardés aussi. Et tout ça, mes braves, nous rend aveugles aux vrais problèmes : la vacuité de nos propres vie, l’emprunte que nous laissons sur notre environnement, et j’en passe. King frappe fort, il frappe juste, et avec 30 ans d’avance, parce que déjà, à l’époque, il anticipait la direction que nous allions prendre. Il est ryhtmé, les chapitres sont courts. Ce roman est incroyable, haletant, une bonne gifle. Ou au moins, un excellent divertissement.

Pour info :
Le Livre de poche, 315 pages, 7,70 EUR

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Shining (Stephen King)

Ami du jour, bonjour !

Oui, nous sommes en automne. Oui, je revis. Non, je ne suis pas une de ces adoratrices de la saison des citrouilles ; simplement, comme le gazon de mon jardin, je suis un peu morte cet été, et je revis avec ces températures humainement supportables. Ne t’y trompe pas hein, j’aime bien les renards, les feuilles oranges, les citrouilles, halloween, toussa toussa. Mais surtout, j’aime les lectures communes qui fleurissent pendant cette période (et la période hivernale, oui, je parle du Pumpkin Automn et du Cold Winter…). Enfin, tout ça arrive pile alors que je suis dans ma période King. Pile pour #automneduking proposé par Tomabooks sur Instagram. Et puis, tu me connais, je suis pétocharde, mais je veux bien voir jusqu’où je peux aller dans la frousse.

shining.jpg

Sarakontkoi ?
Jack Torrance, alcoolique repenti, ancien professeur en retraite forcée, a enfin une chance de se remettre sur les rails. On vient de lui confier la gestion d’un hôtel de montagne, l’Overlook, durant sa fermture hivernale. Il embarque donc femme et enfant dans ce qui devait se résumer à passer quelques mois en famille, une occasion de se retrouver. Mais l’hiver arrive, avec lui la neige et l’isolation. L’hôtel se réveille, et ce qu’il veut, c’est l’enfant. L’enfant et son pouvoir, son Shining.

Tenpenskoi ?
Pour commencer, sache que je n’ai pas vu le film. Donc aucune comparaison possible. Ensuite, je reste persuadée que ce qui, chez King, tient souvent du thriller psychologique — fantastique ou non (ça veut dire avec des trucs surnaturels dans le monde naturel) — est régulièrement dénaturé à l’écran pour ne conserver que l’horreur. Bref, parenthèse terminée.

Pour ce qui est du bouquin, c’est du pur King. On commence dans une situation normale. Un mec qui essaie de se reconstruire, sa vie sans intérêt, ses rêves abandonnés, sa femme désintéressée. Banal. Le job qu’on lui propose : loin de son niveau, et banal. Et puis il arrive dans l’hôtel et ce caractère obsessif qui l’avait poussé vers l’alcool le reprend, et se cristalise autour d’une pièce de théâtre qu’il ne parvient pas à écrire. Puis c’est l’hôtel et son histoire qui le fascinent. On sent l’homme se perdre petit à petit. Et son fils, clairvoyant, essaie de le sauver de sa folie.

Et puis, n’oublions pas l’hôtel, le personnage central du livre. Celui qui canalise des décennies de mauvaises énergies. Cette entité qui s’empare peu à peu du père pour atteindre le fils. Et ce fils, innocent, si jeune et rendu si mature par un pouvoir qui l’habite, cette sorte de clairvoyance qui fait qu’il voit et qu’il comprend bien plus que ce qu’il voudrait. C’est magnifiquement orchestré. On reconnaît la main du maître. Et comme l’hôtel a bouffé Jack Torrance, ce livre te bouffe, lecteur. Petit à petit, il te ronge…

Update : J’ai vu le film, j’ai détesté. Je l’ai trouvé long, pas angoissant, la musique m’a crevé les tympans, et Kubrick (ou plutôt Diane Johnson, dont l’un des romans devait à l’origine être choisi par Kubrick pour son film) n’a rien pigé. Il n’a guère gardé que les noms de lieu et de personnages. Shining n’est pas un roman d’horreur, c’est plus psychologique, et surtout, il y a une certaine gradation. Là, la musique nous crie dessus dès le début, en hurlant « attention, ça fait peur ». Mais rien ne fait vraiment peur. Les procédés cinématographiques (matériel, plans-séquence, cadrages) sont intéressants, mais le reste est à jeter.

Pour info :
Grand format : JC Lattès, 430 pages, 21,50€
Poche : Le livre de poche, 576 pages, 8,20€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Wicked : La véritable histoire de la méchante sorcière de l’Ouest (Gregory Maguire)

Ami du jour, bonjour !

La lecture dont je vais te parler aujourd’hui m’a un peu remuée. Je t’ai déjà parlé de ce bouquin, lorsque nous avons lancé une campagne sur les réseaux sociaux pour en demander la réimpression en VF. Sous le poids de notre demande ou pas du tout, c’est chose faite. Et après avoir tant vibré au son des mélodies du spectacle tiré du livre, je te livre mes impressions sur le roman qui l’a inspiré…

wicked.jpg

Sarakontkoi ?
Peut-être que tu as déjà lu, ou vu, Le Magicien d’Oz, de Frank L. Baum. Tu la connais donc sûrement, cette horrible bonne femme verte qui essaie de voler ses souliers de rubis à Dorothy. Imagine que ses intentions n’aient jamais été celles que l’on pense. Qu’elle n’ait été que l’instrument d’un despote, un bouc émissaire tout désigné pour pallier l’impuissance d’un Magicien aux pouvoirs illusoires. Bienvenue dans la vie d’Elphaba, la méchante sorcière de l’Ouest.

Tenpenskoi ?
Eh bah je me sens vide. Je viens de finir ce bouquin, et il m’a vidée. Je ne peux pas le porter aux nues, en faire des caisses, mais une chose est sure, c’est qu’il ne me laisse pas indifférente. Rien à voir avec le merveilleux musical de Broadway. Mais dans son style à lui, il nous met une bonne claque.

C’est l’histoire de la vanité d’un homme. De la vanité des Hommes. Bien trop tournés vers leur gloire, leurs croyances, leur confort, leurs stratégies, leurs guerres pour se soucier de ce qui vit autour d’eux. Alors lorsqu’une jeune femme à la peau émeraude demande pourquoi, s’indigne, se bat, forcément, ça fait tâche. Elphaba n’est pas encore une sorcière lorsqu’elle arrive à l’université de Shiz pour étudier. Dans son monde, le mystérieux pays d’Oz, on stigmatise les Animaux, doués de raison et de parole, et on les prive de leurs droits pour en faire des animaux, tout juste bons à faire notre sale besogne et à être bouffés. Ca te rappelle un truc ?

On est devant un personnage, qui ne se sent ni femme ni homme, ni humain ni animal. Qui ne se bat pas parce que c’est bien ou mal. Mais qui ne comprend pas pourquoi certains seraient supérieurs à d’autres. Laisse-moi te dire que pour un lecteur/une lectrice, être confronté à un personnage apathique, qui ressent le besoin de comprendre ce qu’elle est, quelle est sa place, qui se sent vide de toute âme, de toute émotion, de toute notion de bon ou de mauvais, c’est très déroutant. À travers la neutralité d’Elphaba, qui se laisse porter par sa propre vie, sans lui accorder plus d’importance que celle qu’on a bien voulu lui donner depuis sa naissance (aucune donc), c’est tout notre empathie qui s’éveille pour découvrir l’horreur et la vanité du monde. Tu seras témoin d’injustices qui ne seront jamais réparées, de blessures qui ne pourront se refermer, de désirs qui ne pourront s’assouvir. Et ce livre m’a laissée là, seule, désemparée, et aussi vide que le cœur d’Elphaba, celle à qui on a tout pris.

Je me permets une critique sur la traduction, qui a fortement gêné ma progression. J’avais parfois l’impression que le traducteur ne savait pas vraiment ce que voulait dire l’auteur et a donc traduit littéralement les phrases sans en comprendre le sens. C’est un peu lourd à la lecture. Je te donne un exemple :
Boq acheta une feuille publiée en dehors de la Cité d’Émeraude — vieille de plusieurs semaines, mais c’était la première qu’il voyait depuis un moment […]
Là, te traducteur a traduit l’anglais paper par feuille (papier = papier = feuille). Paper en anglais est le diminutif de newspaper, le journal. Pour moi, la traduction est bien trop littérale, et si je ne connaissais pas l’anglais, je ne suis pas certaine que j’aurais compris la phrase en question. Le texte est bourré de détails comme celui-ci. Je suis trop pointilleuse ? Sûrement.

Pour info :
éditions Bragelonne, 512 pages, 10€ (il n’en reste plus beaucoup, le tirage était limité !)

 

 

Publié dans La pensée qui panse

La pensée qui panse #23

Salut cher lecteur de Derrière mes Binocles !

Aujourd’hui, j’ai décidé de ne pas te parler de lecture, de mot bizarre ou de FIV. J’ai plutôt envie de te dire ce qui me passe par la tête, un billet d’humeur quoi.

D’où est-ce que ça vient ? Figure-toi qu’hier soir, quand on s’est couchés Chéri et moi, Chéri a bien vu qu’il y avait un truc qui n’allait pas. Un truc qui me rongeait de dedans, mais dont je ne parlais pas (ce qui est très rare, vu les flots de paroles dont j’abreuve mon auditoire, volontaire ou non, l’auditoire). Il m’a dit « en ce moment, je comprends pas, tu vois que le noir ». Et là, tout est sorti.

Je lui ai dit à quel point j’étais en colère, et triste, et à quel point je me sentais impuissante devant le grand désastre qu’est l’humanité. Ne monte pas sur tes grands chevaux genre « ouais, y’a des belles choses, y’a des gens qui se battent, étou étou ». C’est ce qu’a commencé à me dire Chéri. Mais ça ne marche plus. Pour un truc bien, t’en as cent qui merdent.

Et d’un coup, je me suis rendu compte de ce qui m’attristait vraiment. C’est que toutes ces personnes bien pensantes, qui agissent bien, qui essaient de changer les choses, ne font que pointer du doigt ce que je fais mal. À quel point mon Nutella tue les forêts, mes serviettes hygiéniques et mes sacs en plastique polluent les océans, à quel point mon étroitesse d’esprit m’empêche de voir la différence chez l’Autre. Je me sens rabaissée, infantilisée, je ne vois qu’une chose : on me fait la leçon parce que je ne suis, dans les yeux du bien pensant, qu’une merde égoïste.

Ma proposition : au lieu de me montrer ce que je fais mal, montre-moi (et non explique-moi, c’est trop facile sinon) comment je peux faire bien.

Montre à celui qui pollue comment réparer. Montre à celui qui utilise un sac en plastique comment coudre un sac en tissu (ou où se le procurer). Donne à celui qui bouffe son Nutella ta recette personnelle pour en fabriquer. Accompagne le raciste ou l’homophobe. Ou tout bêtement, partage ton expérience de cadre en reconversion ès parmaculture, femme ou mère célibataire / avortée / déplorée, homme en dépression, ado paumé, spécialiste du compost, transgenre assumé (ou non). Parce que les gens, en fait, ils sont aussi paumés que tu l’as été à tes débuts, et ils pourraient vraiment profiter de ton expérience et de tes conseils. Bref, fais tourner mec/meuf.

J’espère que c’est ce que je fais à mon échelle. Maladroitement encore, c’est vrai. Parce qu’au fond, on est tous des sales cons d’égoïstes, ni pires, ni meilleurs les uns que les autres. On est juste pas obligés de se l’envoyer par la tronche. Parce qu’après, c’est comme les gosses : on se persuade qu’on ne vaut pas mieux, et on n’avance pas. C’est mieux si on met toute cette énergie au profit de ce dont on s’est volontairement coupés depuis longtemps : l’écosystème dans lequel on vit, le cercle vertueux de la Vie. Et ça, c’est Rafiki qui le dit.

Et si t’es OK, bah fais passer le mot, chez tes amis, tes parents, sur tes réseaux sociaux toussa toussa 🙂

Publié dans BD, Bouquinade

La Boîte de petits pois (GiedRé / Holly R.)

Ami du jour, bonjour !

Tu as peut-être vu passer le petit trésor dont je vais te parler sur Insta hier, auquel cas tu as peut-être eu le temps de jeter un œil sur Google (ou Ecosia) pour te renseigner, et de courir chez ton libraire pour l’acheter. Et ça, c’est trop cool. Sinon, bah tu vas avoir un petit aperçu ici.

boite_petits_pois.jpg

 

Sarakontkoi ?
L’auteure/compositrice/interprète GiedRé évoque son enfance et celle de sa maman dans les années 80-90 en Lituanie (pays l’ex-URSS, à l’époque sous régime communiste). Elle raconte les tickets de rationnement, la guerre, l’espionnage, mais aussi le partage, l’entraide et la communauté.

Tenpenskoi ?
Je n’ai pas pu m’empêcher de me dire, au fil de ma lecture, que c’était le genre d’ouvrage qu’on devrait inclure dans les programmes d’Histoire. Avant de parler de dates, de traités. Avant de parler géopolitique et courant philosophique. Juste pour donner un contexte à tout ce bazar. Laisser quelqu’un qui nous raconte objectivement, sans nous dire que c’était bien ou mal, nous expliquer ce qu’il a vécu, sans en faire des tartines sur des romans de 1500 pages. Parce qu’ici, on différencie l’idéologie du régime communiste, et le comportement des hommes, femmes et enfants qui vivaient sous ce régime. Ca, c’est ma première impression.

Les textes sont très simples, avec cet air enfantin propre à GiedRé, qui se contente de raconter ses souvenirs, la manière dont ELLE a vécu les choses, sans ces œillères très occidentales et libérales qu’on nous impose souvent. Sans non plus glorifier le Régime. La peur n’est que de la peur, le jeu n’est qu’un jeu. C’est simple, c’est drôle, c’est émouvant. J’ai beaucoup aimé le post-scriptum, cette anecdote qui oppose le vécu de l’enfant à celui de l’adulte.

Un mot sur le dessin, entièrement réalisé — ainsi que le lettrage — au crayon de couleur (mes préférés). C’est doux, c’est tendre, c’est coloré, ça a la saveur de l’enfance. L’image, comme le texte, n’en dit ni trop, ni pas assez, juste ce qu’il faut. En bref, c’est bien dosé, c’est bien écrit, c’est très beau et ça t’oblige à adopter un autre point de vue. À mettre donc entre toutes les mains !

Un petit aperçu ?

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Pour info :
éditions Delcourt, collection Une case en moins, 112 pages, 15,95€

Publié dans Bouquinade, Roman

Et si les chats disparaissaient du monde… (Genki Kawamura)

Ami du jour, bonjour !

Après avoir complètement délaissé le clavier pendant mes congés, me revoici, me revoilà, pas du tout avec le bouquin que je pensais te présenter mais avec un achat compulsif réalisé à Londres (quel plaisir de charger un peu plus ses valises, alors qu’on n’en a pas besoin…). Merci Chéri d’avoir pointé toutes les librairies qu’on a passées, j’ai fini par craquer. Et je te parle tout de suite de cette première découverte, dont j’avais entendu parler sur le compte Insta de Lemon June.

chat_genki_kawamura.jpg

Sarakontkoi ?
À 30 ans, le narrateur apprend qu’il ne lui reste que très peu de temps à vivre. Le diable entre alors dans sa vie et lui propose un marché : chaque jour, il fera disparaître du monde une chose qu’il aura choisie en échange d’un jour de vie supplémentaire. Quel prix le narrateur donnera-t-il à sa vie ?

Tenpenskoi ?
Il s’agit d’un très court roman qui se lit très vite, mais qui, paradoxalement, évoque la nostalgie, le temps qui passe, les regrets. Et malgré la gravité du sujet, la mort, il est d’un optimisme tout à fait délicieux. À la lecture de ce roman, tu traverseras des phases de tristesse, de réflexion profonde, et parfois même d’introspection.

Ma lecture a eu quelque chose de thérapeutique. Parce qu’on ne nous force pas au bonheur, comme c’est la mode en ce moment. Au contraire, j’ai ressenti la valeur de chaque minute, chaque seconde, qu’elle soit teintée d’ennui ou de regrets. Ca te parle du sens et de la valeur que tu accordes à ta vie, des moments dont tu as profité sans le savoir, des joies que tu as ignorées mais bien ressenties.

Un court roman donc, qui pourtant fait un grand bien. J’en suis ressortie beaucoup plus légère.

Extraits choisis

Au lieu de penser que la famille est une chose acquise, tu dois y penser comme à quelque chose que tu fabriques. On n’a pas de famille. On fait une famille.
(Littéralement dans le texte : Famille est un verbe — on fait une famille).

Le Diable n’existe que dans le cœur et l’esprit des humains. Ensuite, c’est vous, les humains, qui l’exprimez sous toutes sortes de formes.

[Le Diable] est fait de tous ces petits regrets qu’on a dans la vie. Par exemple, que serait-il arrivé si, à un croisement de ta vie, tu avais pris un autre chemin ? Que se serait-il passé ? Qui serais-tu devenu ? C’est de ça qu’est fait le Diable. C’est ce que tu voulais devenir sans le pouvoir. C’est à la fois la chose la plus proche et la plus éloignée de ce que tu es.

Je n’ai jamais été capable d’être complètement moi-même, ou de vivre ma vie exactement comme je le voulais. Je ne suis même pas certain d’avoir compris qui était réellement ce « moi-même ». Je vais donc mourir empli de toutes ces erreurs et de tous ces regrets, de tous ces rêves que je n’ai pas accomplis — les gens que je n’ai jamais rencontrés, les choses que je n’ai jamais goûtées, les endroits où je ne suis jamais allé. Mais ça ne me dérange plus. Je suis satisfait de qui je suis et de la manière dont j’ai vécu. Je suis heureux ne serait-ce que d’avoir été là. Où aurais-je pu être, à part ici ? […] Peut-être que Dieu ne me demandait pas d’évaluer la valeur des choses que je faisais disparaître, mais celle de ma propre vie. […] Dieu a créé le monde en sept jours. En sept jours, j’en ai fait disparaître une partie. Mais je n’ai pas pu me résoudre à faire disparaître les chats…

Bref, lisez-le !

Pour infos :
éditions Pocket, 176 pages, 6,40€