Publié dans Bouquinade, Roman

Dans la forêt (Jean Hegland)

Ami du jour, bonjour !

Notre week-end au Salon du Livre et de la Presse Jeunesse approche, je me sens tel un hamster qui rempli ses petites joues pour se préparer un bon pactol de graines : je calcule quelle somme il serait raisonnable de ne pas dépasser en achat de bouquins. (Oui, Maëlle, je sais, c’est pas comme si j’avais des contacts, mais tu sais bien que j’achète mes livres !) En même temps, je flâne sur Insta, et la gamine de 8 ans en moi saute partout en criant « ce livre a l’air trop bien ! Et lui ! Et lui ! ». Heureusement, j’ai un mari adorable : la somme que je mets dans mes bouquins est rarement un problème pour lui…

Ceci dit, aujourd’hui, il n’est nul question de littérature jeunesse stricto sensu (de quel droit un livre serait plus jeunesse qu’un autre ?) Parce qu’aujourd’hui, je te parle d’une déferlante.

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Sarakontkoi ?
Rien ne va plus dans le monde. Plus d’essence, plus d’électricité. Des émeutes éclatent, des virus déciment les populations. Nell et Eva ont été élevées dans une maisonette au milieu des bois, bénéficiant de l’école à la maison. Leur mère a été emportée par un cancer fulgurant. Leur père est décédé. C’est donc seules qu’elles devront survivre, se nourrir et se défendre. Elles s’accrochent au passé, attendant une aide qui ne viendra pas…

Tenpenskoi ?
Si tu t’attends à des explosions nucléaires, à des émeutes sanglantes, à une panique générale, tu te plantes. Tout ça, c’est un bouhaha lointain qui atteint à peine deux jeunes femmes élevées loin des stigmates sociaux. Pourtant, la « vraie vie », elles crèvent d’envie de la rejoindre, l’une pour entrer à Harvard et l’autre pour intégrer une présitgieuse troupe de ballet.

Au chagrin de la perte et de l’absence succèdent la colère, puis le désespoir. Quelque chose est cassé. Et au début, on cherche à réparer. Et enfin, lorsqu’elles se sont lavées de tous ces artifices, l’instinct. La seule chose qui peut les sauver. On ne répare plus, on construit. Comment cultiver un jardin, calmer des nausées, soigner une infection, trouver et conserver la nourriture dont elles ont tant besoin. Quand nécessité fait loi, il n’est plus question de peur, de honte. Mais il est toujours question d’amour : celui de deux sœurs qui sont tout l’une pour l’autre, à travers les bons comme les mauvais jours.

J’ai lu dans un billet l’expression « roman d’ambiance ». Le genre de livre où ce n’est pas l’action, mais l’atmosphère et la réflexion qui prennent le dessus. Je pense qu’on peut dire que Dans la forêt est un roman d’ambiance par bien des aspects. Mais pas le truc chiant. Je ne te parle pas de lire Un balcon en forêt (désolée pour les amoureux du genre). Mais, si tu laisses réellement une chance à ce roman, tu pourrais t’en trouver libéré. En le refermant, j’ai eu envie de renouer — non pas avec mon corps ou ma tête — mais avec mon instinct. Mes fringues m’ont paru trop lourdes, mon job totalement futile (quand le travail est-il devenu une fin et non un moyen ?) Je ne peux pas te parler de coup de cœur. C’est un coup de poing. Sur la table. Dans ta figure. Lis-le.

Pour info :
Poche (celle que j’ai lue) : éditions Gallmeister, collection Totem, 308 pages, 9.90€
Grand format : éditions Gallmeister, collection Nature Writing, 304 pages, 23.50€

Publié dans Bouquinade, Roman

Jane Eyre (Charlotte Brontë)

Ami du jour, bonjour !

Le froid commence à tomber sur nos plaines auvergnates, la bruine du matin se dépose sur nos joues fraîches et j’hésite à sortir mes moufles… pas pratique pour lire en marchant. Je me vois déjà, handicapée par cet énorme mono-doigt, essayant laborieusement de tourner les pages de mon livre. Nan, je vais opter pour mes mitoufles.

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Sarakontkoi ?
Peut-être que tu es passé(e) à côté des (télé)films, des adaptations, des retraductions de ce chef-d’œuvre de la littérature anglaise. Si c’est le cas, je te la fais courte : Jane Eyre est une jeune orpheline élevée par sa tante, qui la hait. De fait, elle finit par envoyer sa nièce d’une dizaine d’années dans un orphelinat-pensionnat. Elle y étudie puis y enseigne, jusqu’au jour où elle se trouve une place de préceptrice à Thornfield. Son élève, Adèle, est la jeune pupille du maître des lieux, M. Rochester. Jane dépasse bien vite la rudesse du personnage pour trouver en lui un esprit vif et intelligent. Mais Rochester semble cacher quelque lourd secret derrière les murs épais de Thornfield.

Tenpenskoi ?
À l’origine de mon envie de lire ce bouquin, il y a mon amie Aurélia. C’est elle qui m’a donné son exemplaire en anglais du chef-d’œuvre de Charlotte Brontë. J’avais fait connaissance avec la famille Brontë lors de ma lecture de Les Hauts de Hurlevent (écrit par sa sœur Emily). Si le premier avait suscité en moi des émotions très fortes, celui-ci a été plus clément pour mon petit cœur. Je n’ai pas été moins touchée, je n’ai pas moins aimé. Mais Charlotte a écrit un roman sans aucun doute plus optimiste que celui de sa sœur.

Jane est un personnage qu’on ne peut s’empêcher d’admirer. Elle est imparfaite, impulsive. Et si elle est chétive et qu’elle se décrit comme laide, elle n’en est pas moins un personnage très fort. Je regardais la vidéo de Lemon June, et je lui donne raison : Jane est une vraie féministe, même si elle ne le revendique pas. À aucun moment, je n’ai ressenti ce « je suis une femme, je défends mes droits ». Mais elle agit selon sa conscience, acceptant ou refusant des avances, le mariage, une condition. Elle n’est jamais une femme seule. Elle est toujours simplement un être humain qui cherche sa voie. On peut lui rappeler son sexe et sa condition, elle ne s’arrête jamais à ces discours.

Ce que j’aime également, c’est que si physiquement, elle n’est pas belle, les descriptions de son esprit vif, l’amour et l’affection qu’elle fait naître chez les autres, la rendent désirable aux yeux du lecteur.

Bref, merci Aurélia d’avoir mis ce livre entre mes mains. Merci Lemon de m’avoir donné la pichenette qu’il me fallait pour me plonger dans cette lecture.

Pour info (et parmi tant d’autres éditions) :
éditions Folio, collection Folio Classique, 848 pages, 6€

 

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L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea (Romain Puértolas)

Ami du jour, bonjour !

Aujourd’hui, je diminue la pile mentale des livres que je n’ai pas lus. Celui-ci m’a été offert par Chéri, et il est sorti de la poussière de mes étagères sur proposition de mon amie Laura. J’avoue avoir pensé à toi, Charlotte, qui as trouvé ta voie, comme Ajatashatru.

Cher lecteur, chère lectrice, je te propose de partir en voyage avec moi. Loin, mais tout près, entre ici et là. Alors ouvre bien grand ton esprit, vérifie ton parachute et suis-moi dans cette belle aventure.

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Sarakontkoi ?
Ajatashatru Lavash Patel, fakir Indien (un brin arnaqueur) de son état, arrive à Roissy, rien que pour acheter chez Ikea le tout dernier lit à clous spécial fakir. Sans rien d’autre sur lui qu’un faux billet de 100€, qu’il réserve à l’achat de son lit, il se voit contraint de passer la nuit clandestinement dans le magasin. Et quel meilleur endroit qu’une enseigne d’ameublement avec cafétéria ? Mais rien ne se passe comme prévu et Aja, caché dans une armoire victime de l’inventaire nocturne du magasin, s’apprête à vivre la plus improbable des aventures.

Tenpenskoi ?
Je l’avoue, en lisant les premières pages, j’ai trouvé cette espèce de comique de répétition qu’utilise l’auteur légèrement lourd. Et j’ai failli me fermer comme une huître. Mais qu’aurais-je manqué alors ? Il faut juste faire confiance à Romain, il sait visiblement ce qu’il fait.

Toi, tout le long du bouquin, avec ta tête d’adulte, tu te dis « mais n’importe quoi le gars ! » En fait, quand tu fermes le livre, tu as juste l’impression qu’un enfant — qui a mieux compris que toi ce qu’était la vie — vient de te faire un cours magistral. Et c’est ce qui rend ce récit si exceptionnel. Et si parfois tu secoues la tête, que tu luttes, avec ta logique de grand, le bouquin te regarde droit dans les yeux et te dit : « ah ouais ? Prouve-moi que c’est pas possible ! » Et tu peux juste pas.

Touchant, drôle, absurde, mais tellement vrai, il te raconte une histoire. Celle d’un rêve, d’un espoir, d’une destinée. Une de ces 1001 histoires du soir que Shéhérazade raconte à son roi perse. Et petit à petit, tu t’apaises et tu te laisses porter. Parce que le monde n’est pas compliqué. Il est simple comme un bonjour, comme un bout de quatre-quarts partagé à l’arrière d’un camion avec des réfugiés, comme un roman griffonné sur une chemise louée pas cher, comme une rencontre à Ikea. Il est simple comme un oui. À mettre entre toutes les mains.

Tu veux goûter ?
Ajatashatru s’imagina les Africains bondissant comme des félins hors de la nuit et montant dans tous ces camions en marche qui avaient jalonné leur chemin jusqu’ici. […] L’Indien venait de comprendre qu’il avait devant lui les vrais aventuriers du XXIe siècle. Ce n’étaient pas les navigateurs blancs, dans leurs bateaux à 100 000 euros, leurs courses à la voile, leurs tours du monde en solitaire dont tout le monde se foutait sauf leurs sponsors publicitaires. Eux n’avaient plus rien à découvrir.

Pour info :
Le Livre de Poche, 312 pages, 7.90€

 

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Les Petites Reines (Clémentine Beauvais)

Ami du jour, bonjour !

Aujourd’hui, point de mot du jour, mais un roman que j’ai terminé hier soir, et qui m’a beaucoup touchée, dans le sens premier du terme, puisque j’ai été victime des moqueries et des quolibets de mes camarades de classe. Et c’est bien ce dont il va s’agir ici… mais pas que. Allez, tu viens ?

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Sarakontkoi ?
Mireille, 15 ans, est étonnée : voilà 2 ans qu’elle est élue Boudin d’or de son lycée, et cette année, elle n’est que Boudin de bronze ! Parce que oui, son (ex-)meilleur ami d’école a décidé d’organiser un concours sur Facebook afin d’élire les filles les plus moches de son lycée. Intriguée, Mireille mène l’enquête et fait la connaissance des deux jeunes filles qui l’ont détrônée… et entreprend avec elles un voyage à vélo en direction de Paris, pour le moins insolite puisqu’elles vendront, je te le donne en mille : des boudins !

Tenpenskoi ?
Pour le coup, j’ai vraiment besoin d’organiser mes pensées. Je vais te raconter plein de trucs sur moi, entre autres, et quand le sujet me touche aussi personnellement, j’ai du mal à faire preuve d’objectivité.

D’abord, le sujet. La différence, et le harcèlement scolaire qui en découle. Pour se faire accepter des caïds de son lycée, l’ami d’enfance de Mireille n’hésite pas à entrer dans le jeu de la moquerie. Parce que c’est facile. Et parce que si tu n’es pas la copie conforme de ce que les magazines montrent de la norme, alors tu es un outsider. Et tu en prends plein la tronche. Surtout lorsqu’il s’agit de physique. Personnellement, je me souviens très bien de la petite Charlotte Rai (oui, je te cite, Charlotte) qui aimait rire avec ses amis en m’appelant la Grosse alors que d’une, je n’étais pas grosse, et de deux, je ne lui avais jamais rien fait ! Au pire, elle me terrifiait… c’est comme les chiens : quand ça sent la peur, ça mord. Et là, tu te rends compte que ce genre de remarques de merde détermine l’image que tu as de toi. Tu te vois grosse, c’est l’image de toi-même que tu t’imposes. Alors, parfois, tu finis par le devenir. Merci Charlotte. Heureusement qu’aujourd’hui, je peux promener ma cellulite sur la plage, sans en avoir quoi que ce soit à foutre de ce que les Charlotte du monde entier peuvent bien penser de moi. Et tu sais ce qui est pire ? Si un jour je la croise, elle se souviendra peut-être vaguement de moi, mais absolument pas de ce qu’elle m’a fait.

Ca, c’était le premier point. Le second, c’est que personne ne semble vouloir agir. Dans le livre, la principale du lycée a été mise au courant, et n’a pas pu faire arrêter ce concours, ni même sanctionner le jeune homme en question. Peur ? Indifférence ? Faut-il qu’un enfant se sente acculé au point de vouloir en finir pour que ce soit l’affaire de tous ? Et on passe les menaces physiques, les coups que reçoit Mireille lorsqu’elle refuse céder à la terreur. (Coups que j’ai également reçus… bon, en moins grave, je l’avoue).

Le troisième point, c’est que certaines gamines sont reconnaissantes à ce concours de leur avoir ouvert les yeux, et permis de voir qu’elles devaient prendre soin d’elles. Et sur ce point, Clémentine Beauvais a touché dans le mile, en montrant la passivité des victimes, qui pensent que c’est leur faute, qu’elles doivent changer, maigrir, se maquiller, porter des fringues à la mode. Moi, j’aime Mireille. Mireille à qui il aura fallu 3 ans pour dire non au relooking, parce que, merde, elle est ce qu’elle est.

Mireille, en plus de ce petit souci de concours de Boudins, a beaucoup de mal à mettre de l’ordre dans sa vie personnelle. Parce que son père biologique, l’époux de la Présidente de la République qui a fauté avec son élève de fac 15 ans auparavant, ne sait pas qu’elle existe. Elle a beau avoir le meilleur beau-père du monde, elle ne peut pas se faire à l’idée que son père ignore qui elle est. Alors elle décide d’aller à sa rencontre à l’occasion du 14 juillet. Quoi de mieux que de s’incruster à une fête présidentielle pour y taper un scandale ? Et elle embarque avec elle ses co-Boudins, qui deviennent des amies, et le frère de l’une d’entre elles, qui a perdu ses jambes lors d’une mission militaire. Au-delà d’un dépassement de soi, c’est aussi le besoin de pardonner. De se pardonner. De s’accepter, et de voir tout ce que la vie nous offre. En oubliant gens haineux, qui te jugent, peuvent te détruire et t’enchaîner à cette victime que tu n’es pas.

Alors oui, le bouquin est drôle, il est mordant, il est poignant. Mais surtout, il est vrai. Il a serré ma gorge, et le cœur de cette gamine de 12 ans, que j’avais enfermée dans un cocon de peur, et de haine. J’ai aussi une pensée pour ma petite sœur, qui était, et sera toujours, une petite Mireille, qui parle fort, semble n’avoir peur de rien, mais qu’ils sont détruite à l’intérieur. Prenez soin de vous. Faites lire, et lisez, ce bouquin. Offrez-le à votre fille/fils/nièce/neveu. Et dites-leur qu’ils sont beaux. Pas brillants et lisses dans leur tête et dans leur corps, comme les pages d’un magazine. Mais, après tout, qui aime randonner sur les autoroutes ? Moi, je préfère mes montagnes. Ses valées, ses lacs, ses forêts. Soyez une belle balade, pas une autoroute. Merci Clémentine, merci Mireille.

Pour info :
éditions Sarbacane, collection Exprim’, 270 pages, 15,50€

 

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Au bonheur des Dames (Emile Zola)

Ami du jour, bonjour !

Tu auras remarqué qu’en ce moment, je poste nettement moins… Eh bien, c’est que je cherche des trucs sympas à poster entre deux lectures… et franchement, c’est pas évident ! Alors, si d’aventure tu avais envie de me proposer un mot du jour, une expression rigolotte, ou un truc « waouh, je savais pas ! », je t’en prie, je suis preneuse !

En attendant, on poursuit avec le #challengezozo lancé par Lemon June sur Instagram, toujours en livre audio pour moi. Là, on s’attaque à une ambiance un peu plus légère, quoi que… sur conseil de Lemon, bien entendu !

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Sarakontkoi ?
Paris, fin XIXe. Denise arrive à la capitale avec ses deux frères suite à la mort de son père. Elle répond ainsi à l’invitation d’un oncle, qui lui avait promis de l’aide après ce tragique événement. Mais les affaires vont mal, il ne peut nourrir autant de bouches supplémentaires, ni embaucher qui que ce soit dans sa petite boutique. En effet, un nouveau grand magasin a ouvert en face, tuant à petit feu les commerces du quartier.

Tenpenskoi ?
Qui l’eut cru ? Qui aurait pensé de cette nana, qui ronflait rien qu’en pronoçant le nom de Zola, aurait ainsi dévoré pas un, mais deux Zola d’un coup ! Bon, ok, c’est du livre audio. C’est plus facile. Mais qu’est-ce que j’ai aimé celui-ci ! Je ne vais pas t’exposer encore une fois le contexte dans lequel Zola écrit, ni sa démarche, que j’ai déjà évoqués dans mon précédent billet. Encore une fois, Zola nous dépeint sans filtre son sujet. C’est plein de descriptions (merci le livre audio, qui me permet d’imaginer une ambiance, plutôt que de m’endormir sur des pages et des pages d’inventaire, de topographie des lieux, etc.), c’est vivant.

J’aime beaucoup son héroïne, forte face à l’adversité, pourtant si simple, honnête et sincère. J’aime ces riches mégères, ces pauvres demoiselles baffouées, ces complots de couloirs. Mais surtout, j’aime la clairvoyance de Zola quant à l’évolution du consumérisme. Il a vu venir le truc : les prix qui baissent à outrance, la pression sur les fournisseurs, l’achat en gros, les offres promotionnelles, les retours gratuits et illimités… le client (et surtout la cliente) est roi. En gros, toutes les techniques de vente que tu peux croiser quand tu vas aux galeries Lafayette, tu en vois la naissance dans la tête de Mouret, le directeur du Bonheur des Dames. Et c’est génial ! Il développe aussi ce fameux paternalisme de l’employeur, proposant toujours plus de services à ses salariés. Et, pas fou le gars, il a pigé que c’est Madame qui tient les cordons de la bourse du ménage, que ce soit pour la tenue stricte des comptes, mais aussi les dépenses frivoles.

En bref, je voue un culte sans fin aux livres audios qui me permettent de découvrir avec beaucoup moins de peine les grands classiques que j’aurais dû lire au lycée. Si un prof passe par ici : si vous voulez que vos élèves lisent, lisez d’abord avec eux. Lisez pour eux même ! Et pensez à leur parler des livres audios. Ils sont libres de droits pour la plupart des classiques étudiés. Surtout, lisez Daniel Pennac (rien à voir, mais c’est un must).

Pour info :
Le livre de poche, collection Les classiques de poche, 542 pages, 4,50€

Publié dans Bouquinade, Roman

L’Assommoir (Émile Zola)

Ami du jour, bonjour !

Si tu me connais un peu, tu sais que moi, la littérature classique, ce n’est vraiment pas ma tasse de thé. Tu sais aussi que j’expérimente quelques lectures, de ci, de là, en commençant par les classiques anglais, qui ont un côté plus… romanesque. Jane Austen, les sœurs Bontë, Oscar Wilde (bon, qui est irlandais en vrai).

Mais pour tenter de nouvelles expériences, rien de tel qu’un passionné qui vous propose de vous accompagner dans votre découverte. Cette Youtubeuse aux citrons, vous la connaissez, alors, bon j’arrête de vous la présenter. Ou de parler d’elle. Mais ça va être compliqué. Lemon June a donc lancé le #challengezozo. Moi, je lis déjà 1 million de livres en même temps. Mais plutôt que de travailler avec Youtube dans les oreilles, bah, j’ai opté pour un livre audio. Et, franchement… c’est le pied !

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Sarakontkoi ?
Paris, fin XIXe. Gervaise Macquart est une toute jeune femme. Elle a déjà deux enfants d’un dénommé Auguste Lantier qui la quitte du jour au lendemain, la laissant seule à Paris avec les deux marmots. Gervaise finit par céder aux avances de Coupeau, jeune zingueur, et l’épouse. Mais suite à un accident, leur vie bascule. Gervaise subvient seule aux besoins du ménage, essuyant les humiliations, les coups durs, la violence, les ravages de l’alcool. Jusqu’à l’issue fatale à laquelle, d’après Zola, sa condition la destinait.

Tenpenskoi ?
Ouah, je l’ai fait ! Et je suis trop fière ! Il faut être averti : Zola, c’est pas de la tarte. Et je l’ai dit plusieurs fois au cours de ma « lecture », je ne sais pas si j’aurais pu le lire. L’écouter, c’est différent. Zola construit ses romans d’un millier de petits détails, ce qui fait que le livre, très dense, est en fait constitué d’une quizaine de scènes majeures décrites à outrance, replacées dans un contexte soigneusement dépeint. Zola se revendique naturaliste.

Pour bien comprendre la portée de L’Assommoir, il faut comprendre le mouvement naturaliste. En effet, Zola fut de ceux qui ont voulu pousser plus loin le réalisme en lui appliquant la méthode expérimentale des sciences humaines : observer l’évolution d’un sujet mis dans une situation donnée par l’auteur. L’auteur se fait alors « scientifique », observateur. Par exemple : l’auteur prend un sujet (l’alcoolisme), émet une hypothèse (l’alcoolisme est héréditaire et/ou dû au milieu social) et place ses personnages dans cette condition.

Et c’est exactement ce que fait Zola. Bien que je ne partage pas totalement son point de vue sur l’influence de l’hérédité et du milieu sur la misère et l’alcoolisme, je ne peux que saluer son travail. Il n’épargne rien à ses personnages : la violence, la misère, la faim, la honte. Tout est cru, réel, sans filtre. Et comme dans la vie, ça ne finit pas forcément bien. Ce qui m’a choquée, c’est l’opposition entre les messages (trop) positifs du self-made man qu’on nous sert aujourd’hui, et celle, fataliste, que nous sert Zola. Pour moi, le tout-beau-et-mielleux, c’est un peu too much. Mais dire qu’on ne peut pas se battre contre son milieu, je tique aussi.

Ceci dit, pour conclure, j’ai été bouleversée par ce bouquin, qui me donnait pourtant envie de ronfler. Et si, comme moi, vous avez peur (n’est-ce pas maman), écoutez-le ! En cuisinant, en faisant les papiers… et vous découvrirez un autre monde. Merci Lemon, merci à tous les participants, et à ceux qui prendront le train en route, de partager cette aventure 🙂

Pour info :
Le livre de poche, Les Classiques de Poche, 566 pages, 4€

 

Publié dans Bouquinade, Roman

Jules (Didier Van Cauwelaert)

Amis lecteurs, re-bonjour !

Je continue de surfer sur cette vague de fraîcheur avec un texte plein de tendresse et de routines cassées, repéré sur la table basse de mes beaux-parents, offert par mon amoureux (très à l’écoute).

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Sarakontkoi ?
Zibal est un homme entre deux âges. Enfant adopté, petit génie surdiplômé et grand inventeur, il pourrait être riche. Mais, pas doué pour le bonheur, il préfère la facilité et vend des macarons à l’aéroport d’Orly. C’est là qu’il rencontre Alice, une jeune aveugle sur le point de s’envoler pour subir une opération des yeux, et Jules, son chien d’aveugle. L’opération étant un succès, Alice doit se séparer de Jules, affecté à un autre aveugle. Mais le chien ne l’entend pas de cette oreille : en quelques jours, il fugue, retrouve Zibal, lui fait perdre emploi et logement, et chamboule son quotidien si bien rangé. Il ne reste alors plus qu’une solution : retrouver Alice.

Ca parle d’identité, de perte de repères. Ca parle de vivre sa vie, d’aller de l’avant. Au-delà de la déchirure lorsqu’Alice est forcée de se séparer de Jules, de la merveilleuse intelligence de ce fidèle animal, il y a un homme et une femme, effrayés par leur potentiel. Et il y a ce chien, qui ne demande qu’à aimer, qu’à aider.

Tenpenskoi ?
Merveilleuse simplicité du récit, des personnages, du texte. Comme si tout était naturel. Je trouvais déjà le résumé sympa, mais là, je suis comblée ! Ce livre passera entre vos mains comme une journée dans votre vie. Mais lorsqu’on vous en reparlera, vous ne pourrez vous empêcher de sourire, comme à l’évocation d’un souvenir d’été, un après-midi à ne rien faire sur une plage balayée par une douce brise. Un auteur primé du Goncourt qui reste abordable.

Pour info :
éditions Albin Michel, collection Romans Français, 288 pages, 19.50€ chez votre libraire

 

Publié dans Bouquinade, Roman

Miss Dumplin (Julie Murphy)

Amis du jour, bonjour !

Le soleil brille aujourd’hui sur nos contrées auvergnates, alors je me suis dit qu’un peu de body positive serait sympa… et très à la mode, qui plus est.

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Sarakontkoi ?
Willowdeen ne se préoccupe pas de son corps. Ses formes, elle les assume. Mais lorsqu’elle rencontre Bo, à qui elle semble plaire, tout bascule. Elle ne comprend pas. Qu’elle s’assume, passe encore. Mais qu’on la trouve attirante, c’est très louche ! Alors, elle décide de donner un coup de pied dans la fourmilière : elle s’inscrit au prestigieux concours de beauté local, présidé par sa propre mère. Chef de fil involontaire d’un mouvement libérateur, elle entraîne avec elle d’autres adolescentes au physique atypique…

Une lecture rapide pour un sujet d’actualité. Une écriture simple, qui ne cherche ni l’empathie, ni la pitié, ni la bienveillance. Willowdeen est une jeune femme au caractère changeant, peu sure d’elle, qui vit ce que toutes les ados dans sa situation ont vécu : la meilleure amie filiforme qui se trouve grosse, le regard désapprobateur d’une mère préoccupée par l’image de sa fille, la honte, le doute. Mais au lieu de s’enterrer, elle décide de sortir au grand jour, et de se faire entendre. Une jusqu’auboutiste qu’on aime aimer.

Tenpenskoi ?
Conseil de lecture de ma très chère Maëlle, tête des ventes dans le New York Times, Miss Dumplin semble trouver échos dans un monde déchiré entre le conformisme et la différence, entre le lisse et la courbe. Et dans ce monde où chacun crache et hurle ses convictions, ça fait du bien de se poser deux minutes pour se rendre compte que rien n’est tout blanc, rien n’est tout noir, et que le multicolore, c’est joli aussi.

Pour info :
Grand format : éditions Michel Lafon, 378 pages, 15,95€ chez votre libraire
Poche : éditions Michel Lafon Poche, 493 pages, 7€ chez votre libraire

Publié dans Bouquinade, Roman

La route (Cormac McCarthy)

Jamais 3 sans 4 (ou quelque chose comme ça). Bon sang, on ne l’arrête plus, cette fille est formidable ! Arrêtez, c’est trop ! Allez, du moins joyeux, histoire de faire preuve d’éclectisme. Un conseil de mon amie Maëlle, que ce livre a bouleversée. Et je vous transmets son conseil, qui était plutôt judicieux : ne lisez ce livre que si tout va bien dans votre vie, que si vous ne vous sentez pas seuls, si vous êtes heureux. Sinon, laissez tomber et repoussez votre lecture.

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Sarakontkoi ?
Sur une route déserte, qui ne va nulle part, un homme et son fils poussent un chariot. Le soleil ne brille plus sur la Terre, les prairies sont grises, les couleurs n’existent plus. Les quelques hommes qu’il reste sont partagés en deux groupes : ceux qui survivent en grappillant les derniers stocks de vivres qu’ils peuvent trouver, et les autres, ceux qui mangent les premiers. L’homme et son fils vont vers la mer, en essayant de ne pas être vus. Mais l’homme est malade, et l’enfant affaibli. Il fait froid, et ils marchent.

Un long chemin, froid, gris, sans espoir, sans mémoire. On ne sait pas ce qu’il s’est passé, mais plus rien ne vit. Tout semble fini, la barbarie a pris le dessus, les vols, les meurtres. Plus de lois, plus de morale, juste la survie. Et le vide.

Tenpenskoi ?
Ceux qui ont vu le film sans lire le livre n’ont rien vu. Ils sont loin les explosions, les cris, les courses poursuites, et les coups de fusil. Ils sont loin les dialogues. C’est une lente procession silencieuse et anonyme vers le néant, ponctuée de coups de peur, de colère, de « ouf », de découragement. Prix Pulitzer 2007, je ne saurai dire que je n’ai pas aimé, mais je n’arrive pas à être dithyrambique. Ce livre m’a fait mal, mais il m’a montré mes couleurs, mes odeurs, de manière plus efficace qu’un saut chez Sephora. Lisez-le, mais souvenez-vous du conseil de Maëlle.

Pour info : éditions POINTS,  251 pages, 6,80 EUR

Publié dans Bouquinade, Roman

De cape & de mots (Flore Vesco)

Et de trois ! Et celui-ci change de mon billet précédent, parce que c’est un délice ! Ce petit bijou, je l’ai découvert sur la page Facebook des Librairies Sorcières qui en avait publié les premières pages. J’avais tellement apprécié que j’ai immédiatement appelé le Bateau Livre pour réserver mon exemplaire qui ne sortirait que 3 semaines après ! Et je n’ai rien regretté.

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Sarakontkoi ?
Séraphine Marie-Geneviève Alexandrina de Notre-Dame Chancies du Jousselinier Senestre lez Castiche de l’Aubervière sié l’Ostel de la Colline, dite Serine, est l’aînée d’une famille noble mais pauvre. À la mort de son père, qui a à peine eu le temps de lui apprendre à lire, sa mère décide de la marier. Alors elle part à la Cour, dans l’espoir de devenir Première Demoiselle de la reine. Et si elle ne sait pas lire, Serine n’a pas la langue dans sa poche et son imagination débordante lui donne la place qu’elle attendait tant. Toujours là où il ne le faut pas, dans des situations pleines de quiproquos, elle parviendra peut-être même à sauver la couronne…

Voilà une jeune héroïne qui ne manque pas de cran. Si les mots sont pour elle des hiéroglyphes quasi indéchiffrables, elle adore en inventer de nouveaux… et faire tourner la Cour en bourrique. Entre deux complots déjoués, elle joue les courants d’air dans les couloirs du palais, jusque dans les cachots.

Tenpenskoi ?
Un vent de fraîcheur souffle sur la littérature jeunesse. Les capes claquent, les rapières s’agitent, les poisons s’embouteillent et les froufrous murmurent. Et ça fait du bien ! Une pincée de malice, un œil qui pétille. À mettre dans les mains de tous les jeunes et moins jeunes. Mention spéciale à l’illustratrice de la couverture, Charlotte Gastaut, dont je vous recommande les albums. Du grand art !

Pour info : éditions Didier Jeunesse, 192 pages, 14,20 EUR