Publié dans Bouquinade, Roman

Les Mystères de tante Dimity, T1 : La Mort de tante Dimity (Nancy Atherton)

Amis du jour, bonjour !

Une fois n’est pas coutume (combien de billets ai-je introduits ainsi ?) je vous parle d’un roman que j’ai terminé très récemment. Un roman que je voulais adorer, que j’ai beaucoup conseillé (sans l’avoir lu, team « je suis libraire c’est mon super pouvoir, et ne fais pas la choquée, on l’a tous fait »), notamment à ma maman, qui me l’a prêté.

Le Pitch :
Lori part assez mal dans la vie. Elle vient de perdre sa maman, son mariage est un échec et l’a laissée vidée (littéralement), sur le trottoir de la ville… Jusqu’à ce coup de fil d’un avocat qui lui apprend que l’héroïne des histoires du soir que lui racontait sa mère existe… enfin, existait, puisqu’elle vient de décéder en lui confiant une mission des plus importantes : parcourir la correspondance qu’elle a entretenue avec la mère de Lori pour écrire une préface à son livre d’histoires, Les Histoires de Lori

Mon avis :
Je voulais très très fort aimer ce roman. Et là, vous attendez un méchant « mais ». Je vous rassure, le « mais » arrive ; il sera cela dit moins punitif que d’autres que j’ai pu écrire.

Le roman a de très bons ingrédients : un cottage cosy en Angleterre, quelques cookies d’avoine, des promenades en forêt, de vieux albums photos dans lesquels on aime fouiller, des lettres manuscrites, des mystères, une enquête et une (presque) marraine la bonne fée ! La vie de Lori est si triste au début du roman qu’on est presque atteint d’un syndrome de Cendrillon lorsqu’elle est recueillie par M. Willis, l’avocat de la fameuse Dimity. Et lorsqu’au milieu du roman, Salagadou la magicabou, Lori est fraîche et pimpante, la voilà qui quitte le Nouveau monde pour se rendre en Angleterre, non sans avoir joué les Pretty Woman avec M. Willis Jr, son chaperon. Jeune M. Willis qui, pourvu d’un humour un peu lourd, agacera très vite Lori, au point de la rendre insupportable. Elle geint quand il lui montre de l’attention, l’accuse sans arrêt de se moquer d’elle alors qu’il est sincèrement maladroit, ce qui a eu tendance à me taper sur les nerfs.

Nous avons notre duo d’enquêteurs, il est temps de… eh bien d’enquêter ! Et on est déjà aux 2/3 du roman. Nous arrivons donc à l’une des critiques que j’ai à faire : je ne me suis pas ennuyée, la lecture a été assez facile (une fois oubliée la trad… passable), mais le gros de l’enquête prend moins de place que l’intro, c’est un peu déséquilibré. Et je vous dis que je passe par-dessus les erreurs de trad (certaines phrases étaient à la limite de l’agression visuelle, genre « je comprends ce que tu as voulu dire, mais c’est pas trop ça »), mais en vrai, ce malaise m’a suivie pendant toute ma lecture. Pour une simple raison : on n’utilise pas « on » (qui est un grand cornichon et soit désigne une personne indéfinie, soit remplace le « nous » en langage familier) quand le récit est au passé simple ! C’est NON. Hein hein. Le passé simple exprime un langage, sinon soutenu, au moins courant. « On fit nos valise », « on commanda à boire », « on alla se promener »… beurk beurk beurk. D’autant qu’on écrit pour un lectorat adulte, qui, je l’espère, ne fait pas sa prude choquée quand on cause un peu beau, non mais oh !

Concernant l’enquête, bien que vite bouclée, elle a su éveiller ma curiosité ainsi que la petite part sentimentale de mon être. C’était chouette, et tout était là pour nous faire plonger dans le passé d’un personnage charismatique. C’est presque touchant (l’intention l’est en tout cas), presque captivant, presque doudou. En somme, une lecture pas désagréable, mais ternie par les attentes que j’en avais. Paraît que les tomes suivants sont meilleurs (et je veux bien le croire, puisque les personnages sont déjà introduits). Pour celui-ci, perso, j’aurai aimé qu’il soit plus étoffé.

Pour info :
éditions Verso (Seuil), trad. de Nicolas Ancion et Axelle Demoulin, 400 pages, 14.90€

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Tom, petit Tom, tout petit homme, Tom (Barbara Constantine)

Amis du jour, bonjour !

Il y a quelques temps, je participais à un club de lecture, et Suzanne, qui était en charge de faire des propositions ce soir-là, a porté à mon attention un titre inattendu…

Le Pitch :
Tom a 11 ans et vit dans une caravane avec sa maman, qui l’a eu très jeune (à 13 ans). Tandis qu’elle court les petits boulots et les week-ends entre amis, Tom chaparde dans les potagers des voisins pour qu’ils aient de quoi se nourrir. Jusqu’au jour où il trouve dans l’un des potagers la vieille Madeleine qui s’est effondrée au sol la veille sans pouvoir se relever. En lui portant secours, Tom est loin de s’imaginer qu’il sauve bien plus d’une vie.

Mon avis :
Ceux qui sont là depuis un peu longtemps savent qu’un roman me fait toujours plus d’effet quand je ne l’attendais pas. Je peux être dithyrambique sur un bouquin juste parce que je me suis surprise à l’aimer, et ce même si ce n’est pas la perle du siècle. Prenez donc ce que je vous dis avec quelques pincettes (mais pas trop parce que ce livre est vraiment touchant).

Moi les histoires de laissés-pour-compte ou de paumés de la vie qui se trouvent, c’est mon kiff. C’est ce que les jeunes appellent aujourd’hui une found family, une famille d’adoption. Dans le genre, j’ai adoré Ensemble, c’est tout, et de manière générale les romans de T.J. Klune, le maître du rassemblement de gens paumés mais touchants. Alors forcément, un gosse très seul qui rencontre une mamy très seule, une maman maladroite qui décide de se donner une chance, et un vieux couple d’english attendri qui joue les lutins du cordonnier (mais si, le conte là !), bah ça marche à 100% sur moi !

On ajoute un style naïf, un peu comme dans Le Petit Nicolas en moins enfantin, la polyphonie qui donne le micro à tous les personnages, les blessures qui guérissent, les hasards qui font bien les choses, un brin de tragédie, et BAM, ça fait des Chocapic. Ok, la fin en fait peut-être un peu trop, mais ce n’est que la toute fin, et au pire, ça remet une compresse sur la couche de Biafine, mais j’ai aimé. C’était court et efficace, et ça m’a fait un bien fou. Donc merci Suzanne, parce qu’il est passé inaperçu dans tes propositions au club, mais il m’a fait grande impression !

Pour info :
éditions Le Livre de Poche, 224 pages, 7.90€

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Bénis soient les enfants et les bêtes (Glendon Swarthout)

Amis du jour, bonjour !

Une fois n’est pas coutume, je me suis lancée dans un prix littéraire adulte visant à proposer à de jeunes libraires de recevoir des romans de la collection Totem (chez Gallmeister). Sur les cinq romans sélectionnés pour le prix, c’est par celui-ci que j’ai décidé de commencer, fortement influencée par mon collègue, qui l’avait lu et beaucoup aimé. Mais lui, il aime les trucs déprimants, alors au final, qu’est-ce que j’en ai pensé ?

Le Pitch :
Six ados sont envoyés par leurs parents dans un camp qui promet de les transformer en véritables cow-boys et de les mater en seulement deux mois d’été. Or, l’été touche à sa fin et ce petit groupe reste à l’écart des gros durs. Mais, après avoir été témoins d’un événement qui les marque profondément, ils se lancent dans un périple dont le dénouement est très incertain…

Mon avis :
Si je vous dis qu’on est sur un mix de Thelma et Louise et des Goonies, avec tout ce que ça comporte de situations plus ou moins drôles et de drames, je ne suis pas très loin de la vérité. C’est un court roman que j’ai tout de suite trouvé très touchant. Bien qu’il ne soit pas immédiatement abordable (il faut comprendre sa construction, la double narration), j’ai trouvé que l’économie de moyens était parfois source d’une étrange poésie.

J’aime ces romans épiques où les enfants s’autorisent à n’être que ça, leur tête farcie de craintes, de rêves et de défiance. La terrible tragédie qui se joue lorsque leurs parents descendent de leur piédestal, lorsqu’ils commencent à grandir et à conscientiser leurs choix, tout en étant parfois perdus dans la passion de leurs émotions. On en voit des clichés de romans où on essaie de nous faire comprendre à quel point l’important, c’est le voyage. Mais jamais cette assomption n’aura été aussi vraie que dans la vie de ces gosses, qui savent en partant qu’il y aura un avant et un après…

Bref, c’est fort et simple, et je suis ravie d’avoir découvert ce texte, sur lequel je ne me serais pas penchée sans ce prix.

Pour info :
éditions Gallmeister, coll. Totem, trad. de Gisèle Bernier, 176 pages, 8.70€

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Leçons de chimie (Bonnie Garmus)

Amis du jour, bonjour !

Je vous le dis souvent, il m’est extrêmement difficile de parler d’un livre qui a chamboulé mon univers. Mon esprit, tel un culbuto, oscille entre le besoin viscéral (passez-moi le cliché) de vous en parler, et l’angoisse de ne pas trouver les mots qui vous pousseront immanquablement à vous procurer ce livre. Enfin, tentons tout de même la chose.

Sarakontkoi ?
Dans un récit construit entre un passé qui se dévoile et un présent étouffant, le lecteur découvre la vie singulière d’Elizabeth Zott, chimiste de son état, dans ces années 50-60 qui ne prêtaient guère aux femmes qu’une place dans leur cuisine. D’injustices en victoires insignifiantes, Elizabeth parvient pourtant, à travers l’émission de cuisine dans laquelle elle a été catapultée, à enseigner aux femmes quelques notions de chimie, mais aussi l’étincelle de la rébellion.

Tenpenskoi ?
Dieu que ce résumé me paraît pauvre en comparaison du chef-d’œuvre que j’ai lu ! Je l’ai dit sur Instagram lorsque j’ai terminé ma lecture, je suis persuadée que ce roman peut changer des vies. Beaucoup de lecteurices à qui je le conseille me demandent s’il s’agit d’une histoire vraie. Je réponds « non », mais j’ai envie de dire qu’Elizabeth Zott a vécu en Katherine Goble, en Joan Clarke, en Marie Curie, en toutes ces femmes qui se sont un jour entendu dire où est leur place, ce à quoi elles doivent ressembler, ce qu’il convient ou pas de dire… En plus donc de me parler en tant que femme, Leçons de chimie (paru en grand format sous le titre La Brillante destinée d’Elizabeth Zott) est une leçon d’écriture à bien des égards.

Premièrement, les personnages. Bien que le roman soit majoritairement écrit du point de vue d’Elizabeth, il donne une voix à beaucoup d’autres, aux antagonistes comme aux adjuvants. Certains partis pris sont surprenants, et pourtant… que serait ce récit sans le chien Six-Trente, la toute jeune Mad, l’infâme directeur de laboratoire ? Les femmes se trahissent puis se comprennent, les hommes sont démunis mais accompagnent. Rien n’est blanc, rien n’est noir. Et ce casting nous sert un délicieux melting pot d’interactions tantôt inspirantes, tantôt révoltantes.

Ensuite, comment ne pas parler du style ? Factuel et neutre, laissant les lecteurices s’indigner ou s’attendrir, dessinant des sourires de connivence sur les lèvres de ceux qui sauront lire l’ironie d’une histoire qui s’écrit sans que sa protagoniste en soit vraiment consciente. J’ai eu dans le regard, grâce à la plume de Bonnie Garmus, la tendresse d’une mère qui regarde son enfant inconscient faire son chemin dans la vie, tantôt inquiète, tantôt fière.

Enfin, au-delà du style, Elizabeth Zott est un parangon de résilience. Tout ce qui peut arriver de pire à une jeune femme dans sa situation… eh bien tout arrive. La loi de Murphy les amis. Mais, froide et directe, peu encline à se laisser aller, Elizabeth continue d’avancer. On ne s’appesantit pas sur les non-dits, les drames, les injustices. Ça ne veut pas dire que rien n’a d’importance. Simplement qu’elle n’a pas le choix. Et lorsque ses forces l’abandonnent, ce sont tous ces merveilleux personnages qui la portent jusqu’au crépuscule de ses journées.

Je n’ai plus de mots pour tenter de vous convaincre de lire ce roman. Je vous laisse donc maîtres de votre décision. Mais moi, si j’étais vous, je le lirais.

Pour info :
éditions Pocket (trad. de Christelle Gaillard-Paris), 544 pages, 9.50€

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Maïté coiffure (Marie-Aude Murail)

Amis du jour, bonjour !

Les auteurices francophones dont j’achète un roman les yeux fermés sont au nombre de 6 : Timothée de Fombelle, Maëlle Désard, Flore Vesco, Christelle Dabos, Cécile Alix… et Marie-Aude Murail bien entendu ! Et en ce qui concerne MAM, j’ai toujours eu le plus grand respect pour son travail auprès du jeune public, sans pour autant réellement m’arrêter sur ses romans. Cette erreur est réparée depuis ma lecture tardive de Angie !, suite à quoi je n’ai plus hésité à picorer ses écrits ici ou là. Cette chronique est le fruit de mes errances littéraires.

Le pitch :
Louis est un collégien un brin paumé. Les cours, c’est pas son truc, et en plus, comme tous les gosses de 3e, il doit trouver un stage d’une semaine. Son père, chirurgien émérite, cherche à le pistonner pour une place qui en jette un peu. Mais quand sa grand-mère lui dit que sa coiffeuse pourrait chercher quelqu’un, l’idée semble germer dans la tête de Louis… après tout, pourquoi pas ?

Mon avis :
Le roman était court, j’avais un peu de temps en caisse (tu sais comment ça marche maintenant, plutôt que de ne rien faire pendant mon heure de caisse, je préfère prendre un bouquin), c’était l’occasion rêvée. Dès le début, ça matche, y a un truc qui connecte. Ce gosse paumé, les attentes de parents bourgeois, lui qui n’aime pas les cours, et cette opportunité qui lui est présentée de faire quelque chose… d’inattendu. Oui, j’ai été séduite.

Au-delà du comique de la situation, accentué par l’écart de comportement, de culture et de génération entre Louis et ses nouveaux collègues, c’est un joli pêle-mêle d’histoires qui se nouent et de drames qui se jouent. La vieille, l’homo, l’allumeuse, toutes ces petites gens s’enroulent et se déroulent telles des bobines Super 8 sur l’écran vierge qu’est Louis, laissant leur empreinte, l’obligeant à se sentir concerné par le monde qui l’entoure. Et petit à petit, il fleurit, il s’anime et le roman s’emballe. C’est une naissance, une rédemption, une main tendue dont les mots se grave sur les pages et dans le cœur sous la plume simple et touchante de son autrice. Comme quoi, pas besoin d’en faire des caisses, de pondre des pages et des pages. Et c’est encore une master class de Marie-Aude Murail. Mic drop.

Pour info :
éditions l’école des loisirs, collection Médium Poche, 178 pages, 7.50€

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Sur la route d’Indianapolis (Sébastien Gendron)

Amis du jour, bonjour !

C’est avec ce billet que s’achève la série de chroniques de mon mois de septembre 2023 (je sais, on est en juin 2024, tout va bien, personne ne panique, c’est toi qui paniques !) Un très court roman, qui a croisé ma route, simplement (fortement aidé par ma copine Maëlle).

Sarakontkoi ?
1976. Lilian, 11 ans, passe quelques jours chez sa tante à Chicago. Il doit rejoindre son père en bus à Indianapolis. Alors qu’il descend se soulager lors d’un arrêt, le bus repart sans lui. Commence alors une longue course poursuite semée d’embûches.

Tenpenskoi ?
En voilà un résumé qui promet de l’action ! Et ce n’est pas peu dire, le roman ne s’arrête jamais ! Lilian rencontre des bandits en fuite, un flic véreux, prend un hélico qui tombe en panne… et tout ça parce qu’un imbécile de chauffeur a refusé de l’attendre. Alors oui, on se délecte du pétrin dans lequel se fourre ce petit frenchy dans un immense pays qui n’est pas le sien, et on sourit aux petites touches de culture US qu’on y trouve.

Mais sous couvert d’aventures, c’est beaucoup de nostalgie que l’on ressent à la lecture de ce court roman. Lilian est un jeune garçon qui vit seul avec son papa depuis le décès de sa maman, qui pense qu’il n’est pas assez bien et qu’il doit mentir pour impressionner les autres. Un jeune garçon qui mobilise des ressources insoupçonnées pour se sortir de tous ces ennuis qui lui tombent dessus, dépouillé de tous les outils qui lui auraient facilité la vie (un portable par exemple), qui a su malgré tout retrouver son chemin et renouer avec son père. Bref, c’est court et efficace, un chouette road trip à lire à partir de 8 ans.

Pour info :
éditions PKJ, 192 pages, 6.20€

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Bretzel Break (Maëlle Désard)

Ami du jour, bonjour,

Tu as vu le titre du billet, si tu suis ce blog depuis au moins 4 ans, tu as reconnu le nom de l’autrice (qui n’a aujourd’hui plus du tout besoin de moi pour présenter ses romans). Tu sais donc que je vais forcément te parler d’une bonne lecture…

Sarakontkoi ?
Victoire, 17 ans, déteste son tarin et a subi, pendant l’été précédant sa dernière année de lycée, une poussée mammaire effrayante. Et pour ne rien arranger, il y a cette petite voix dans sa tête, qu’elle appelle Défaite, et qui a tendance à appuyer là où ça fait très mal. Résultat : Victoire s’isole, sèche les cours et ment, ne trouvant de réconfort que dans l’apparente perfection que lui prêtent les filtres sur les réseaux. Lorsque sa mère s’en rend compte, elle décide de bousculer le quotidien de Victoire en l’inscrivant aux vendanges à côté de chez elle. De quoi la forcer à sortir de sa coquille, et faire quelques rencontre inattendues…

Tenpenskoi ?
En voilà une question bête quand la réponse est si évidente ! C’est un roman d’utilité publique, point. En moins de 10 mots : c’est drôle, touchant, écrit avec la verve que l’on connaît à Maëlle (bon, 12 mots). Le sujet est universel. Je ne connais pas une seule personne qui n’ait jamais douté d’elle-même, donc forcément, ça résonne. Et si le terme dysmorphophobie ne te dit rien, ferme les yeux et demande toi si, alors que ton corps, tes cheveux, ton nez, sont tout à fait normaux, tu ne t’es pas trouvé.e immonde, moche, gros.se ? Victoire, c’est toi, c’est moi, c’est ta fille, celle de ta voisine, ton élève. De la même manière que Christelle Dabos avait écrit le collège avec une acuité effrayante, Maëlle dépeint l’adolescence (surtout féminine ici), et les tentatives des parents de sauver leurs enfants d’un monde qu’ils ont du mal à appréhender.

Des émois d’un premier amour aux tourmentes d’un schéma familial éviscéré par une simple erreur, de l’amitié sincère à la culpabilité, les adolescents ressentent tout, sans pouvoir toujours mettre des mots sur leurs souffrances, leurs espoirs, leurs craintes. Et ce roman, c’est ça. C’est un appel à l’aide et une lueur d’espoir ; c’est ton plaid de réconfort et la baffe dans ta tronche qui te dit de te bouger. Il te comprend, il te berce, il te rassure. Bref, lis-le, offre-le, une fois, deux fois, mille fois. C’est jamais trop.

Pour info :
éditions Slalom, 304 pages, 17.95€

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La Grâce du moment (Juliette Moraud)

Amis du jour, bonjour !

Qu’il est difficile de chroniquer un roman six mois après sa lecture, d’autant plus quand le roman en question ne vous a pas laissé un souvenir mémorable… Mais il est lu, et doit donc passer sur le grill, comme tout le monde !

Sarakontkoi ?
La vie d’Achille, 17 ans, a basculé à la mort brutale de sa mère, six mois plus tôt. Depuis, son père s’enferme dans ses tocs, et lui fait bonne figure tandis qu’il sombre dans une profonde solitude, sèche les cours et ment à ses amis. Mais lors d’une soirée, c’est l’électrochoc : Nicolas, le frère de sa meilleure amie, l’embrasse.

Tenpenskoi ?
Six mois après, là, comme ça ? j’ai un vague souvenir de « mouais ». Mais comme je suis un minimum impliquée, j’ai réécouté mes avis de l’époque, et si c’est plus expliqué, ce n’est guère plus glorieux. Après le succès de Date me Bryson Keller, j’avais grandement envie d’une autre vibe Hearstopper… bon. Après un début assez lent (et légèrement déprimant), la première chose qui m’a frappée, c’est ce style lapidaire, fait de virgules et d’accumulations, qui propose une ambiance, mais a la fâcheuse manie de m’écraser. Le malaise d’Achille se traduit par une observation exacerbée de tout ce qui l’entoure, d’un col froissé à une mèche de cheveux, rendant le tout très contemplatif.

Du coup, tu es dans la tête d’un gosse qui souffre, qui sombre, et tu le sais. Moi et mes gros sabots d’insensible, on avait plutôt envie de le secouer, le gars. Sans compter que le fameux rythme saccadé est assez inégal, passant de trente virgules à la ligne à pas de ponctuation du tout. J’ai compris l’idée, mais j’aurais préféré qu’on alterne entre phases d’apaisement avec rythme plus lent, et moments de stress, marqués par ces saccades. Au lieu de quoi j’ai eu l’impression qu’on me balançait un gloubi-boulga déprimant à la figure. En soi, ce n’était pas une lecture désagréable, puisque j’ai terminé le roman. Mais l’ai refermé en me demandant ce qu’on avait essayé de me faire passer, parce que j’y suis restée hermétique… Je ne suis peut-être pas « la cible », mais un bon roman, même sur un sujet qui ne me touche pas particulièrement, aurait dû m’embarquer. Peut-être que je n’y ai simplement pas trouvé ce que j’étais venue y chercher.

Pour info :
éditions Actes Sud Jeunesse, 272 pages, 16.50€

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Petit déjeuner chez Tiffany (Truman Capote)

Ami du jour, bonjour !

Si tu as vu ma dernière vidéo, dans laquelle je te présente tous les livres que j’aimerais — non, que je vais — lire en 2024, tu y as forcément aperçu celui-ci. C’est l’un des romans qui a le plus attendu que je le lise. Mon petit cœur se serre à la pensée que son tour est enfin venu…

Sarakontkoi ?
Dans le New-York de l’après-guerre, le narrateur replonge dans ses souvenirs de la jeune et libre Holly Golightly, de ses rêves, de sa fougue et de son amour pour le magasin Tiffany, dont le luxe l’apaise. Pas une croqueuse de diamants, pas une enfant, mais pas tout à fait une femme, Holly Golightly charme et marque au fer rouge les hommes et les femmes qui croisent sa route.

Tenpenskoi ?
Ma maman ayant adoré l’adaptation cinématographique, Diamant sur canapé (que l’on ne présente plus), j’ai sauté sur l’occasion lorsque, pour mon premier salon du livre, j’ai vu un exemplaire du roman dans un élégant coffret. Tu l’auras peut-être compris, il a attendu bien longtemps sur mes étagères. Le livre, à ma grande surprise, ne contient pas un roman, mais quatre nouvelles, dont la plus longue a donné son nom au recueil. On y rencontre cette jeune femme d’une apparente naïveté, libre et farouche, brûlant pourtant de trouver la personne qui la fera se sentir chez elle. En attendant, elle multiplie soirées et rencontres, allumant dans le cœur des hommes une flamme qui consume les femmes de jalousie. Franche comme seuls les enfants savent l’être, impatiente, mélancolique, parfois capricieuse, je n’ai pu m’empêcher de voir en Holly un personnage tragique, qui dans son désir d’appartenance court encore et toujours après un rêve dont elle ignore tout.

Dans une très jolie réplique, qui m’a rappelé Le Petit Prince, Holly explique, en parlant de son chat qu’elle refuse de nommer : « nous ne nous appartenons pas. C’est un indépendant et moi aussi. Je ne veux rien avoir à moi jusqu’à ce que je trouve l’endroit où moi et les choses, on pourra s’appartenir ».

Dans les trois autres nouvelles, La Maison de fleurs, La Guitare de diamants, et Un souvenir de Noël, Capote explore les même thèmes, l’inexorabilité, l’envie d’autre chose, le besoin d’appartenance, les liens que l’on tisse et qui ne se brisent pas… En bref, une lecture marquante, des personnages forts où de petites histoires tentent de se faire grandes… et 14 ans, 7 déménagements et 2 faux espoirs plus tard, la magie a opéré !

Pour info :
éditions Folio, trad. de Germaine Beaumont, 192 pages, 8.30€

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Guerrière (Cécile Alix)

Ami du jour, bonjour !

On commence à se connaître un peu maintenant (enfin, surtout toi), tu sais que les romans crève-cœur, c’est pas mon dada. Mon environnement m’affecte suffisamment pour qu’en plus je veuille m’infliger les drames du monde. Et puis, il y a ces romans que des amis/collègues/autres sèment sur mon chemin pour m’obliger à le regarder, ce monde. Et là, ça fait boum boum.

Sarakontkoi ?
Nekeli et Soulaï, son frère jumeau, mènent une existence paisible dans leur village. Le gouvernement leur a promis une école dont ils n’ont que la première pierre, mais peu leur importe, leur école, ils la font eux-mêmes. Et puis un jour, c’est l’horreur, un jour, c’est la terreur, la violence. Nekeli et Soulaï sont enlevés par les Rebelles, forcés de tuer leurs parents et emmenés dans des camps pour être formés et endoctrinés. Pour mener une guerre qu’ils n’ont pas choisie. Une guerre qui n’est pas la leur. Quand la vie perd son sens, à quoi Nekeli peut-elle se raccrocher… à quoi bon survivre ?

Tenpenskoi ?
S’il me fallait encore une preuve que Cécile Alix a sa place au Panthéon des autrices francophones de son temps, la voilà. Je ne précise pas « autrice jeunesse », bien que je ne la connaisse que dans ce registre. Mais c’est très réducteur. Pour reprendre les mots de Kristin Scott Thomas dans l’excellente série Fleabag : « C’est ghettoïsant, c’est une sous-section du succès, c’est le putain de prix de la table des enfants. » Pour en revenir à Cécile Alix, grande autrice disais-je, mais aussi merveilleux être humain, forte et courageuse.

Et de la force, il en faut pour porter un récit tel que Guerrière. Parce que derrière Nekeli, il y a l’histoire vraie de Térèse, Gervais, Yaoundé, Urmila, Rosalie, Faustin et de centaines d’autres enfants soldats. Des enfants, aujourd’hui jeunes gens, que Cécile a rencontrés, écoutés, retranscrits. Pour écrire l’horreur, la rendre appréhensible, et concrète, Cécile Alix a dû, d’après ses propres mots, « briser la phrase » et « trouver sa propre grammaire », dans un rythme saccadé, décousu, qui m’a tenue en haleine du début à la fin.

Comme toujours, elle vise juste, sans tomber dans les pleureries pleines de bon sentiment, et nous propose un texte universel, beau et cruel, qui fait serrer les poings et brûler les larmes. On approche de la fable, de celles qui donne une voix aux invisibles, à ces vies volées, à la chair des canons qui hurlent le vide de la haine et du pouvoir. Bref, c’est dur, c’est beau, c’est pas tout rose, mais dieu qu’on aime voir Nekeli déployer ses ailes ! Un grand merci à Carole de me proposer des texte dont elle sait qu’il me sortent de ma zone de confort (on se souvient de A(ni)mal, de la même autrice, mais aussi de Cette nuit-là, d’Aurélie Massé). J’ai aussi une pensée pour Maëlle, qui m’avait ouvert cette voie avec des textes comme Autour de Jupiter, de Gary Schmidt. Je n’ai donc qu’un conseil : poussez cette foutue porte, écartez gentiment vos craintes, et laissez-vous porter !

Pour info :
éditions Slalom, 272 pages, 16.95€