Publié dans Bouquinade, Utopie / Dystopie

Le combat d’hiver (Jean-Claude Mourlevat)

Amis du jour, bonjour !

Bien, avant de terminer la fournée de bouquins que je suis en train de lire, et d’accumuler encore plus de retard que je n’en ai déjà, je poste ce billet-ci, ça sera déjà ça. Sur conseil de mes super collègues, je me suis dit qu’il était peut être temps que je lise ce Mourlevat (après La Rivière à l’envers et Terrienne). Et je n’ai pas été déçue.

Crédits couverture : Henri Galeron pour Gallimard Jeunesse

Milena et Hélène, et Milos et Bartolomeus vivent enfermés dans leur orphelinat, les garçons avec les garçons, les filles avec les filles. Le règlement y est strict, et les punitions retombent, non pas sur le coupable, mais sur un innocent désigné au hasard. C’est de cette prison que vont s’échapper les quatre adolescents, après avoir découvert la véritable identité de leurs parents. Entre course poursuite, et course à la survie, des montagnes enneigées aux rues pavées de la capitale, ils reprennent plus ou moins malgré eux le combat qu’avaient commencé leurs parents des années auparavant. Un combat pour la liberté.

Palpitant. C’est le premier mot qui nous vient à l’esprit lorsque l’on ferme ce livre. Un besoin de liberté, de grand air, une envie de justice. Et, pour faire monter la pâte, une romance – non, deux ! Et avec ça, l’espoir d’une vie meilleure, le combat dont on ne connait pas l’issue, mais pour lequel on sait qu’on donnera sa vie. Et cette question aussi : que ferait-on si on nous laissait le choix entre notre vie et celle d’un inconnu ? Si c’était lui ou nous ? Resterions-nous humains ou deviendrions-nous des bêtes sauvages, emplis de haine ?

L’histoire fait intelligemment écho aux conflits qui ont marqué le début du XXe siècle. Elle n’est pas datée, peut-être pour la simple et bonne raison que cette réflexion est universelle. Peut-être y comprenons-nous également la futilité de ces détails qui allument les mèches de guerres si meurtières. En tout cas, on ne ressort pas indemne de cette aventure-ci. Et puis, il s’agit de Jean-Claude Mourlevat, l’architecte par excellence de ces récits qui nous parlent, qui nous remuent et ouvrent nos yeux. À lire absolument !

Pour info :
Gallimard Jeunesse, Grand format littérature, 330 pages

Publié dans Bouquinade

Vango, tome 2 (Timothée de Fombelle)

Suite et fin des aventures de notre mystérieux héros. En refermant ce livre, des boum-boum plein le cœur (si si, j’assume), je n’ai pu que me demander : comment ? Comment a-t-il fait pour pondre cette OVNI ? C’est d’ailleurs la question que je lui ai posée, à laquelle il a répondu « on ne se rend pas compte de ce qu’on fait, c’est fait de petites avancées, on revient dessus, on assemble, et on se retrouve avec ça… »

À la fin du tome 1, nous avons laissé Vango aux côtés d’Ethel, sur le départ pour les États-Unis, à la poursuite de l’homme qui a tué ses parents. Son périple s’annonce long, et sa vie est menacée à chaque seconde. Dans cet univers où personne n’est vraiment ce qu’il semble être, fait d’identités secrètes, Vango comprendra qu’il est devant un choix difficile : s’entêter dans sa quête d’identité ou bien disparaître afin d’épargner la vie de ceux qu’il aime. Mais, bien qu’il ne soit pas spécialement philanthrope, la guerre qui gronde, la montée du fascisme, l’apparition de la résistance auront raison de sa retraite. Un voyage autour du monde, mais aussi dans le temps, au cœur de l’Histoire, des conflits politiques où nous guide le florilège de personnages qui gravitent autour de Vango.

Et encore une fois, on assiste à cette conjugaison parfaite de la grande Histoire – de cette Seconde Guerre mondiale si souvent traitée dans la littérature contemporaine – et de la fiction, la vie de Vango. Et, comme le jaune d’œuf sert d’émulsifiant dans la mayo (c-à-d. permet au corps gras et au reste des ingrédients de se mélanger), la griffe de Timothée de Fombelle est le petit coup de baguette magique qui permet à ces deux dimensions de porter les aventures de Vango. Une petite souris m’a dit qu’il manquait le bisou de la fin. Pas faux, mais après cette essoufflante course à la vie, la simplicité de la relation entre les personnages est une vrai bouffée d’air frais. J’aime !

Pour info :
Gallimard Jeunesse, collection Roman Ado / Grand format littérature, 400 pages

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

La Douane volante (François Place)

Depuis le temps que j’en entends parler, il fallait bien que je finisse par me forger ma propre opinion. Niune, ni deux, le bouquin est dans le bureau, j’en profite, je le subtilise et le rends aussi sec, ni vu, ni connu… Mais entre temps, j’aurais voyagé.

Gwen, un jeune garçon de 14 ans, vit dans un petit village breton. Malgré sa santé fragile, ses parents le poussent à travailler sur un bateau de pêche. Une tempête dont il ressort en piteux état lui vaut une toux permanente et incontrôlable, et le surnom de Gwen le tousseux. Bon à rien, Gwen part donc en apprentissage chez le rebouteux du village, que tout le monde craint (bien que chacun soit heureux de le trouver lorsque besoin est). À la mort du rebouteux, Gwen récupère sa maison. Un soir, alors qu’il dort, il entend le bruit d’une charette. C’est la grande Faucheuse qui vient le chercher, ça ne fait aucun doute… à son réveil, il se retrouve dans un pays étrange où une « Douane Volante », omniprésente, fait régner l’ordre d’une main de fer, et où on n’apprécie pas beaucoup les étrangers qui prétendent descendre de la charette de la Mort en personne…

Le voyage initiatique d’un jeune garçon à travers un pays aux mœurs étranges, l’histoire de rencontres, mais aussi l’occasion d’en apprendre plus sur soi. Personnellement, je me suis demandé, comme chaque personne qui a lu ce livre, où l’auteur pouvait bien vouloir en venir. Pas de grande quête, pas question de sauver le monde. Il s’agit simplement pour Gwen de rentrer chez lui, et la question que je me pose après coup est : pourquoi ? Rien ne le retenait en Bretagne, et même si ce monde étrange dans lequel il était arrivé peut paraître injuste, il réussit petit à petit à se créer une vie. Bref, on se rend compte à la fin que le but n’est pas tellement la chute du roman, mais le plaisir d’en parcourir les péripéties… À lire tranquillement couché dans son lit, sous ses petites couvertures.

Pour info :
Gallimard Jeunesse, collection Roman Jeunesse / Hors série littérature, 333 pages

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Mathieu Hidalf, tome 2 : La Foudre Fantôme (Christophe Mauri)

Le tome 2 des aventures du jeune Mathieu (que nous avions laissé au lendemain de sa bêtise colossale dans le tome 1) que je ne peux résister à vous pré-présenter (merci les privilèges).

Je n’en dirai pas grand chose (motus et bouche cousue, au moins jusqu’à une semaine avant sa sortie), simplement que le résultat est… bluffant. Un second tour de magie, une étincelle de génie, ou de folie. Et ce petit quelque chose de malicieux et de généreux mais d’inavoué dans l’œil de Mathieu, comme dans celui de son « papa » (Christophe Mauri, ndlr), que les jeunes lecteurs ont pu rencontrer lors du salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil. Un grand merci à Christophe (et à ses éditeurs de chez Gallimard, si, si !). Et tenez-vous prêts pour ce second tome !

Me voici, en retard de deux bonnes semaines, comme à mon habitude. Certains le savent et s’y attendent, pour les autres, je vous présente mes plus sincères excuses…

Crédits couverture : Benjamin Bachelier,    © Gallimard Jeunesse

Nous retrouvons Mathieu, à la veille de ses 11 ans, et de son examen d’entrée à l’école de l’Élite, son rêve. Mais pensez-vous qu’il a lu la centaine d’ouvrages qui s’imposent ? Qu’il a révisé, travaillé ? Bien sûr que non, les Contes de la grand-mère édentée sont bien plus intressants ! Qui plus est, Mathieu a un plan : il va tricher, au vu et au su de tous. De courses dans les couloirs sombres de l’école en morts qui ne le sont pas vraiment, en passant par des prophéties et des secrets, des amours secrètes et des alliés inattendus, Mathieu, fidèle à lui même, nous entraîne dans sa quête à l’exploit.

Ce mot est sur toutes les bouches lorsque l’on parle de Mathieu Hidalf, mais peut-on trouver un meilleur épithète que « facétieux » ? Un gamin capricieux d’un égoïsme incroyable, mais si attachant, et dont les farces et les plans le servent autant, sinon plus, que l’intérêt général. Mais lorsque son héros, le capitaine de l’Élite, est en danger et que chacun de ses plans pour rester dans l’école se solde par un échec, Mathieu doute. Et si lui n’a pas toujours les idées qu’il faut au moment où il le faut, il sait utiliser les qualités, les forces et les faiblesses de chacun pour arriver à ses fins. Tant mieux si elles collent avec le bien du royaume, mais ce n’est que par hasard.

Une histoire drôle, pleine de rebondissements – et croyez-moi, quand je parle de rebondissements, c’est qu’on y croit à chaque fois – et de révélations. Une récréation après le métro, un sorbet en pleine canicule, un bain chaud après le ski. Bref, un roman rempli de bonne humeur, que je conseille autant aux enfants et aux ados qu’aux adultes qui ont gardé leur âme d’enfant (et aux autres aussi).

Pour info :
Gallimard Jeunesse, Roman Jeunesse / Hors série littérature, 352 pages

Publié dans Bouquinade, Roman

La belle Adèle (Marie Desplechin)

On continue dans la lignée des Gallimard Jeunesse (je vais devoir arrêter, ou demander une augmentation… il m’en reste 3 ou 4 et ensuite, j’essaie de passer à autre chose). Je vous présente donc La Belle Adèle, sympathique roman sur l’adolescence et la difficulté de s’intégrer.

Adèle est une collégienne dont la réputation n’est plus à faire. Un peu garçon sur les bords, le maquillage, c’est pas son truc. Au contraire, son meilleur ami Frédéric – un jeune garçon dont les parents sont asiatiques et parlent à peine notre langue – est une tête en français et a tendance à se faire marcher dessus. Bref, ni l’un ni l’autre n’est vraiment intégré. Alors ils s’aident l’un-l’autre : elle le défend, il fait ses devoirs pour elle.
Leur petite routine leur va. Mais c’est sans compter sur la tante d’Adèle, qui aimerait en faire une vraie fille et lui offre une séance de maquillage pour son anniversaire. De là naît une idée : et si pour s’intégrer, Adèle jouait la fille et Frédéric son petit copain ? Les couple, eux, sont intégrés. Mais un battement d’ailes de papillon peut faire naître un raz de marée. Et de petit mensonge en séance photos improvisée, leur vie ne sera plus la même.

On ne peut pas s’empêcher de l’aimer et de la trouver agaçante cette Adèle. Une ado, une vraie. Parce qu’il y a plusieurs type d’adolescentes. Elle est loin des chichis et des trucs entre filles, bien qu’elle soit fille unique d’une mère célibataire. Une bonne partie des jeunes lecteurs se retrouveront dans ce sentiment de malaise, cette sensation de n’être à sa place nulle part. On est loin de la caricature, même si les traits de caractère des deux adolescents sont poussés à leur paroxysme. Ils sont plutôt deux représentants de leur génération.

L’écriture de Marie Desplechin a cela d’original qu’elle est à la fois très universelle, mais aussi générationnelle. En nous replongeant dans nos années collège, elle remue nos souvenirs de jeunes ados complexés, mais elle nous montre aussi l’écart qui peut exister entre une génération de jeunes comme la mienne (collège d’il y a dix ans) et celle d’aujourd’hui. Et c’est là son tour de force. La fin est un peu abracadabrante ou alors expédiée, mais c’est ça qui a coincé pour moi. Bref, à faire lire aux collégiens, ça risque de faire mouche !

Pour info :
Gallimard Jeunesse, collection Romans Junior, 154 pages (8,50€)

Publié dans BD, Bouquinade

Le Viandier de Polpette (Olivier Milhaud / Julien Neel)

Et c’est parti pour un second round !

On change de registre avec cette fois une bande-dessinée, un petit coup de cœur perso, et une bouffée d’air frais : le tome 1 du Viandier de Polpette : L’ail des ours.

L’auberge du Coq Vert est un endroit paisible où clients et personnel vivent ensemble dans une parfaite harmonie. Polpette, le cuisinier, Alméria, l’employée survoltée et sa bande de furets, Fausto, le délicat propriétaire des lieux, ont construit leur petit paradis. Mais le jour où Fausto apprend que son père, qu’il n’a pas vu depuis plus de 10 ans (et qui n’a jamais eu, soyons honnêtes, de geste paternel après la mort de sa mère), vient lui rendre visite, c’est la panique. Et il ne vient pas seul : il est accompagné de ses cousins, des brutes épaisses que Fausto n’aime pas du tout. Un complot est sur le point d’être déjoué, dans la bonne humeur du Coq Vert…

Quel titre étrange me direz-vous. Certes. Mais le bouquin est truffé de recettes illustrées de coktails, de sandwichs parfumés, de plats simples au final. On parle donc ici de viandier comme on parlerait d’un herbier. Et ces petites touches gourmandes qui ponctuent l’histoire nous mettent l’eau à la bouche, et font de cette lecture oisive un plaisir des sens dans sa plus grande exhaustivité. On y reconnaît bien entendu le trait gracieux et léger de Julien Neel, le papa de Lou (oui, la petite Lou de la BD), qui fait de ce petit coin de paradis, et de cette histoire qui comme ça n’a l’air de rien, un délice. Bref, à lire !

Pour info :
Gallimard, collection Hors Série BD, 140 pages

Publié dans Bouquinade, Roman

Rien de grave (Justine Levy)

Amis du jour, bonjour !

Je continue sur ma lancée (je le sens bien là) et j’enchaîne avec un livre qui m’a été offert par ma précieuse amie Allyson (juste après une rupture, ça tombait très bien, et vous allez comprendre pourquoi).

Louise raconte sa rupture avec Adrien, celui qu’elle pensait être l’homme de sa vie, et la trahison de ce dernier avec la femme de son père, la mort de sa grand mère et le cancer de sa mère, l’absence d’un père qu’elle pensait pourtant être le pillier de sa vie, la descente aux enfers, les pseudo-solutions lorsqu’elle sent que l’amour fuit le regard d’Adrien, les soupçons. Et la guérison progressive, la cicatrice qui reste, pas bien grosse, mais là quand même, l’indifférence qui survit à cet amour trop fort. À trop se regarder l’un l’autre, ils n’allaient nulle part. Finalement, cette rupture c’est peut-être ce qui pouvait lui arriver de mieux.

Loin des récits mièvres de rupture, où la rage donne aux protagonistes des paroles fort inspirées chargées d’acides, mais néanmoins accrocheuses, il ne s’agit pas ici de s’appitoyer, mais d’exorciser. De raconter avec le recul, de revivre pour tenter de comprendre. Et surtout d’ouvrir les yeux. De voir ce que cache cette pseudo-perfection chez l’autre, de cracher la haine que les convenances nous empêchent d’éprouver. De dire ce qu’on aurait voulu dire. Et surtout de montrer. De montrer la douleur dans toute la simplicité de son horreur.

Le ton n’a rien de pathétique. Justine – parce que c’est bien d’elle qu’il s’agit, et de sa rupture avec celui qui deviendra le futur ex de Mme Bruni-Sarkozy – nous raconte sans nous épargner, avec le sang froid d’un chirurgien qui opère, les labyrinthes dans lesquels elle s’est perdue. Elle ne cache rien de ses déboires, de ses mensonges. Elle fait vivre son récit par un style lapidaire et épuré. Pas de déclaration grandiloquente, de regard dédaigneux, de pique bien trouvée, mais l’explosion de la colère pure, le chagrin dévastateur, et le calme de l’indifférence qui suit la tempête. Un bijou. Moi ça m’a guérie… un peu. À lire !

Pour info :
Stock, 194 pages
Perso, je l’ai lu chez Le Livre de poche, collection Littérature & Documents, 220 pages

Publié dans Bouquinade, Roman historique

Vango (Timothée de Fombelle)

Bonjour à vous tous !

Comment s’est passé votre week-end prolongé (certains n’ont pas eu cette chance) ? Pas d’indigestion de bonbons ? Pas de grosses frousses ou d’arrière grand-tante venue vous hanter pour vous empêcher de prendre son trésor caché dans les murs de la vielle bicoque dont vous venez d’hériter ? Bien, parce que j’ai du lourd pour vous. Attachez vos ceintures, et suivez-moi pour l’aventure du siècle !

Paris, 1934. Sur le parvis de Notre-Dame, le jeune Vango est sur le point d’être ordonné prêtre. Mais la police interromp la cérémonie : les agents le recherchent. Pourquoi ? Vango n’en sait rien. Alors qu’il fuit en escaladant les façades de la cathédrale, il est la cible d’un tireur invisible. Vango doit comprendre. Au fur et à mesure de sa quête, les ombres qui le suivent se multiplient. Il va donc partir à la recherche de son passé pour comprendre cette chasse à l’homme qui vient de commencer…

Comment ne pas aimer Vango. Ce jeune personnage d’encre et de papier qui court sur la toile de notre imagination n’a de cesse de nous surprendre. Léger comme une brise, insondable comme le puits sans fond que semble être le mystère de sa vie, il nous attrape par la main et nous entraîne dans sa quête. Les personnages sont multiples, mais Timothée leur donne une personnalité telle qu’on ne peut les confondre ou se perdre. Il existe un lien entre chacun d’entre eux, et le tout est tissé avec une main de maître dans une ambiance (excusez-moi cette comparaison) que je rapprocherais des romans policiers d’Agatha Christie (rien à voir au niveau de l’intrigue cependant). Toute l’intelligence de l’auteur est de mêler la petite histoire de Vango avec la grande Histoire, celle de la montée de nazisme, de la Seconde Guerre mondiale qui gronde, et d’y faire jouer un rôle à des personnages qui ont existé (Staline, Hugo Eckner), de nous en peindre un portrait accessible. Pour moi, Vango est un sorbet bien frais en plein été, que je conseille aux lecteurs et lectrices de 7 (ou plutôt 13) à 77 ans, voire plus ! À dévorer (sans compter que le tome 2, que je suis entrain de lire, vient de sortir).

Pour info :
Gallimard Jeunesse, collection Grand Format littérature, 370 pages.

Publié dans Bouquinade, Utopie / Dystopie

Promise (Ally Condie)

J’avais dans l’idée d’enchaîner tous mes billets, et je me rends compte que le blog ressemble à un terrain vague laissé à l’abandon. Abandonné par moi, abandonné par vous… Bref, il faut se ressaisir. Partons donc pour ce roman que j’ai longuement attendu, et voyons ce que ça a donné…

Cassia vit dans un environnement utopique où tout est contrôlé par les Officiels, de la vie professionnelle aux repas, en passant par la vie privée et les loisirs, et même la date de mort. Son banquet de couplage passé, elle connaît enfin l’identité de son promis, le jeune homme que la Société a choisi pour elle parce qu’il est celui qui est le plus compatible pour elle. Elle sait qu’elle sera heureuse avec lui, puisqu’il s’agit de son meilleur ami. Mais alors qu’elle visionne la micro-carte qui contient toute les informations sur son futur époux, c’est le visage de Ky, un jeune homme réservé et mystérieux, qui apparaît à l’écran. Cette brève apparition remet en question toutes les certitudes de Cassia. La société dans laquelle elle vit est-elle si parfaite et si juste que ça ?

Le texte, comme toute dystopie qui se respecte, questionne la perfection d’une société qui ne laisse à ses sujets (et le mot est pesé) que peu, voire pas, de libertés. Les Hommes pourraient être heureux, sachant que leur moitié a été choisie parce qu’elle sera la plus à même de répondre à leurs attentes, à leurs besoins, à leur caractère. Mais à travers l’histoire de Cassia, on comprend que c’est aussi le choix qui donne tout son sens à une histoire. Et le choix, c’est aussi ce qui fait pétiller la vie : les erreurs nous aident à comprendre et à avancer, sinon, à quoi servirait de vivre ?

L’histoire de départ me plaisait assez, même s’il s’agit de la chute classique d’une utopie, autrement dit d’une dystopie (le parfait contraire du monde parfait). Et puis, les histoires d’amour, c’est mon dada. Et là, en effet, le texte est agréable, l’écriture fluide, et notre voyage à nous-autres, lecteurs, se déroule sans encombres sur le navire déjà bien rempli des utopies. Les personnages sont parfois un peu stéréotypés, mais tout va bien. Alors quoi ? Rien, si ce n’est le ènième récit d’une utopie sans grande originalité. J’attends de voir la suite, mais pour le moment, je ne vois qu’un Meilleur des mondes (Aldous Huxley) pour adolescents (ce qui n’est peut-être pas un mal en fin de compte). À lire tout de même.

Pour info :
Gallimard Jeunesse, collection Hors Série Littérature, 423 pages

Une bonne critique avec laquelle je suis tout à fait d’accord :
http://adolire.canalblog.com/archives/2011/03/09/20582805.html

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

A comme Association (Pierre Bottero/Erik L’Homme)

Diantre que le temps passe vite ! Mémoire, boulot, boulot, mémoire et recherche d’appartement (sur Paris, je précise), c’est pas facile facile ! Et déménagement et préparation de la foire de Francfort… ou comment se faire oublier. Alors voilà, je me retrouve avec 40 bouquins lus et pas chroniqués, et donc 40 fois plus de boulot. Enfin, boulot non, mais j’espère ne pas vous décevoir ! Je commence donc par un billet un peu spécial, puisque je vais présenter – non pas un livre – mais 4 livres ! D’un coup oui, puisqu’il s’agit d’une série, et que les remarques de fond et de formes restent les mêmes selon les tomes (oui, et que je suis en retard aussi). Prêt ? Feu. Partez !

Les limites obscures de la magie

Ombe est étudiante. Mais pas que. Comme son acolyte, Jasper (voir le billet sur le tome 1 de la série), elle a été recrutée par l’Association pour combattre les anormaux. Après avoir remis à leur place des gobelins un peu envahissants, elle est envoyée en tant qu’interprête dans un congrès pour tenter d’empêcher une vente immobilière qui menacerait une créature séculaire cachée dans un lac… Quelqu’un tire les ficelles, et ce n’est pas forcément celui qu’on croit.

L’étoffe fragile du monde

On a laissé, à la fin du tome 1, un Jasper suspendu pour avoir pris trop de risques lors de sa dernière mission. Mais personne ne peut empêcher le jeune homme de voler au secour de sa belle Ombe, qu’il croit en danger. En s’élançant à sa poursuite, Jasper rencontre Erlug, le troll, qu’un sort force à vouloir tuer Ombe, ainsi que le reste de sa tribu, dont la sœur du troll, Aglae, qui ne le laisse pas indifférent. Jasper va essayer de libérer Erlug du sort qui le prive de sa liberté ; il doit pour cela trouver le sorcier qui en est à l’origine et le tuer. Mais le chasseur devient la proie et les deux compères se retrouvent coincés dans un monde magique où rien, si ce n’est l’intelligence du jeune homme, ne pourra les aider…

Le subtil parfum du soufre

Certainement mon tome préféré. Ombe est envoyée en mission dans un entrepôt désaffecté : elle doit recueillir des informations sur un partenariat improbable entre vampires et garous, autour d’une sinistre affaire de drogue qui affecterait nos anormaux aux dents pointues. Ce qu’elle n’avait pas prévu, c’est qu’elle serait témoin d’un interrogatoire musclé lors duquel un loup-garou serait torturé par les siens. N’écoutant que son courage, elle vole à son secours et, à ses côtés, tente (autant que ses hormones lui en laissent la liberté) de faire la lumière sur cette sombre affaire.

Là où les mots n’existent pas

Attention, sur ce tome-là, spoiler ! Si vous ne voulez pas qu’on vous gâche la surprise, arrêtez-vous là !
Ombe est morte, touchée par un rayon de magie puissante. Cette attaque n’était pas la première dont étaient victimes les deux agents stagiaires. Jasper, fou de chagrin, décide de se lancer seul à la recherche de l’assassin d’Ombe. Pour cela, il utilisera la moindre piste qu’il trouvera, même s’il doit, pour cela, faire appel à de vieilles connaissances. Il découvrira que l’Association n’est pas exactement ce qu’elle semble être…

Verdict : la série tient debout (et comment !) et les personnages sont on ne peut plus attachants, aussi lourds et maladroits que des ados, dans leur récit comme dans leurs actes. On aime la façon dont ils se tirent des situations les plus compliquées, les pirouettes utilisées par les auteurs pour guider leurs personnages à travers le labyrinthe du paranormal.

Le principe de la série, de ces personnages qui se répondent d’un livre à l’autre, des parallèles qu’on aime retrouver dans chaque tome, tout ça est très étudié, et l’idée de départ était soutenue par un duo de choc. Hélàs, Pierre Bottero est mort récemment d’un accident de moto, et c’est Erik seul qui est chargé de terminer la série (dont le sixième tome, sur 8, sort dans quelques jours). Seul inconvénient : les répétitions. On finit par savoir à la fin ce qu’est l’Association ! Dans chaque tome, l’explication est reprise plus ou moins longement… c’est un peu répétitif pour le coup

Bref, coup de maître pour cette série fantasy légère et agréable à lire. Un bon moment de détente, pour se plonger dans des aventures toujours plus extrêmes.

Pour info :
Gallimard Jeunesse, collection Hors Série Littérature
Et la série a un site dédié : http://www.acommeassociation-leslivres.fr/