Publié dans Bouquinade, Roman

Au bonheur des Dames (Emile Zola)

Ami du jour, bonjour !

Tu auras remarqué qu’en ce moment, je poste nettement moins… Eh bien, c’est que je cherche des trucs sympas à poster entre deux lectures… et franchement, c’est pas évident ! Alors, si d’aventure tu avais envie de me proposer un mot du jour, une expression rigolotte, ou un truc « waouh, je savais pas ! », je t’en prie, je suis preneuse !

En attendant, on poursuit avec le #challengezozo lancé par Lemon June sur Instagram, toujours en livre audio pour moi. Là, on s’attaque à une ambiance un peu plus légère, quoi que… sur conseil de Lemon, bien entendu !

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Sarakontkoi ?
Paris, fin XIXe. Denise arrive à la capitale avec ses deux frères suite à la mort de son père. Elle répond ainsi à l’invitation d’un oncle, qui lui avait promis de l’aide après ce tragique événement. Mais les affaires vont mal, il ne peut nourrir autant de bouches supplémentaires, ni embaucher qui que ce soit dans sa petite boutique. En effet, un nouveau grand magasin a ouvert en face, tuant à petit feu les commerces du quartier.

Tenpenskoi ?
Qui l’eut cru ? Qui aurait pensé de cette nana, qui ronflait rien qu’en pronoçant le nom de Zola, aurait ainsi dévoré pas un, mais deux Zola d’un coup ! Bon, ok, c’est du livre audio. C’est plus facile. Mais qu’est-ce que j’ai aimé celui-ci ! Je ne vais pas t’exposer encore une fois le contexte dans lequel Zola écrit, ni sa démarche, que j’ai déjà évoqués dans mon précédent billet. Encore une fois, Zola nous dépeint sans filtre son sujet. C’est plein de descriptions (merci le livre audio, qui me permet d’imaginer une ambiance, plutôt que de m’endormir sur des pages et des pages d’inventaire, de topographie des lieux, etc.), c’est vivant.

J’aime beaucoup son héroïne, forte face à l’adversité, pourtant si simple, honnête et sincère. J’aime ces riches mégères, ces pauvres demoiselles baffouées, ces complots de couloirs. Mais surtout, j’aime la clairvoyance de Zola quant à l’évolution du consumérisme. Il a vu venir le truc : les prix qui baissent à outrance, la pression sur les fournisseurs, l’achat en gros, les offres promotionnelles, les retours gratuits et illimités… le client (et surtout la cliente) est roi. En gros, toutes les techniques de vente que tu peux croiser quand tu vas aux galeries Lafayette, tu en vois la naissance dans la tête de Mouret, le directeur du Bonheur des Dames. Et c’est génial ! Il développe aussi ce fameux paternalisme de l’employeur, proposant toujours plus de services à ses salariés. Et, pas fou le gars, il a pigé que c’est Madame qui tient les cordons de la bourse du ménage, que ce soit pour la tenue stricte des comptes, mais aussi les dépenses frivoles.

En bref, je voue un culte sans fin aux livres audios qui me permettent de découvrir avec beaucoup moins de peine les grands classiques que j’aurais dû lire au lycée. Si un prof passe par ici : si vous voulez que vos élèves lisent, lisez d’abord avec eux. Lisez pour eux même ! Et pensez à leur parler des livres audios. Ils sont libres de droits pour la plupart des classiques étudiés. Surtout, lisez Daniel Pennac (rien à voir, mais c’est un must).

Pour info :
Le livre de poche, collection Les classiques de poche, 542 pages, 4,50€

Publié dans Bouquinade, Roman

L’Assommoir (Émile Zola)

Ami du jour, bonjour !

Si tu me connais un peu, tu sais que moi, la littérature classique, ce n’est vraiment pas ma tasse de thé. Tu sais aussi que j’expérimente quelques lectures, de ci, de là, en commençant par les classiques anglais, qui ont un côté plus… romanesque. Jane Austen, les sœurs Bontë, Oscar Wilde (bon, qui est irlandais en vrai).

Mais pour tenter de nouvelles expériences, rien de tel qu’un passionné qui vous propose de vous accompagner dans votre découverte. Cette Youtubeuse aux citrons, vous la connaissez, alors, bon j’arrête de vous la présenter. Ou de parler d’elle. Mais ça va être compliqué. Lemon June a donc lancé le #challengezozo. Moi, je lis déjà 1 million de livres en même temps. Mais plutôt que de travailler avec Youtube dans les oreilles, bah, j’ai opté pour un livre audio. Et, franchement… c’est le pied !

lassommoir

Sarakontkoi ?
Paris, fin XIXe. Gervaise Macquart est une toute jeune femme. Elle a déjà deux enfants d’un dénommé Auguste Lantier qui la quitte du jour au lendemain, la laissant seule à Paris avec les deux marmots. Gervaise finit par céder aux avances de Coupeau, jeune zingueur, et l’épouse. Mais suite à un accident, leur vie bascule. Gervaise subvient seule aux besoins du ménage, essuyant les humiliations, les coups durs, la violence, les ravages de l’alcool. Jusqu’à l’issue fatale à laquelle, d’après Zola, sa condition la destinait.

Tenpenskoi ?
Ouah, je l’ai fait ! Et je suis trop fière ! Il faut être averti : Zola, c’est pas de la tarte. Et je l’ai dit plusieurs fois au cours de ma « lecture », je ne sais pas si j’aurais pu le lire. L’écouter, c’est différent. Zola construit ses romans d’un millier de petits détails, ce qui fait que le livre, très dense, est en fait constitué d’une quizaine de scènes majeures décrites à outrance, replacées dans un contexte soigneusement dépeint. Zola se revendique naturaliste.

Pour bien comprendre la portée de L’Assommoir, il faut comprendre le mouvement naturaliste. En effet, Zola fut de ceux qui ont voulu pousser plus loin le réalisme en lui appliquant la méthode expérimentale des sciences humaines : observer l’évolution d’un sujet mis dans une situation donnée par l’auteur. L’auteur se fait alors « scientifique », observateur. Par exemple : l’auteur prend un sujet (l’alcoolisme), émet une hypothèse (l’alcoolisme est héréditaire et/ou dû au milieu social) et place ses personnages dans cette condition.

Et c’est exactement ce que fait Zola. Bien que je ne partage pas totalement son point de vue sur l’influence de l’hérédité et du milieu sur la misère et l’alcoolisme, je ne peux que saluer son travail. Il n’épargne rien à ses personnages : la violence, la misère, la faim, la honte. Tout est cru, réel, sans filtre. Et comme dans la vie, ça ne finit pas forcément bien. Ce qui m’a choquée, c’est l’opposition entre les messages (trop) positifs du self-made man qu’on nous sert aujourd’hui, et celle, fataliste, que nous sert Zola. Pour moi, le tout-beau-et-mielleux, c’est un peu too much. Mais dire qu’on ne peut pas se battre contre son milieu, je tique aussi.

Ceci dit, pour conclure, j’ai été bouleversée par ce bouquin, qui me donnait pourtant envie de ronfler. Et si, comme moi, vous avez peur (n’est-ce pas maman), écoutez-le ! En cuisinant, en faisant les papiers… et vous découvrirez un autre monde. Merci Lemon, merci à tous les participants, et à ceux qui prendront le train en route, de partager cette aventure 🙂

Pour info :
Le livre de poche, Les Classiques de Poche, 566 pages, 4€

 

Publié dans Bouquinade, Policier / Thriller

Marche ou crève (Richard Bachman)

Ami du jour, bonjour !

Si tu viens d’Instagram, alors tu as vu la photo du bouquin, et tu te dis que je suis en train de te bananer. Que nenni, jeune padawan ! C’est effectivement Stephen King qui est l’auteur de ce roman, mais je me dis qu’il doit avoir ses raisons pour l’avoir publié sous un pseudonyme, alors je respecte son choix. Et puis, j’aime bien que tu te sois posé la question !

C’est suite à plusieurs vidéos de Youtubers (dont, je l’avoue, Lemon June, oui, encore elle => sa vidéo ici) que je me suis dit qu’il serait peut-être temps que je lise du King. J’avoue que ça m’avait déjà tentée à la fac, quand, en cours de Litté moderne, on avait étudié un passage de sa bio. Mais je n’ai jamais sauté le pas (les clowns toussa toussa, yeurk). L’occasion, le larron, et hop, le tour est joué ! Et je ne pouvais me tourner que vers mon amie Laura, grande admiratrice de King devant l’Éternel, pour lui demander si elle n’avait pas ce titre en particulier. Par chance, elle en avait bien un exemplaire. Du coup, plus rien ne me retenait…

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Sarakontkoi ?
100 jeunes garçons (probablement entre 14 et 18 ans). Celui qui marchera le plus longtemps sans s’arrêter verra tous ses rêves réalisés. Attention : il ne faut pas s’arrêter, il ne faut pas descendre en-dessous des 6.5 km/h, il ne faut pas tenter de fuir. Sinon, tu prends ton ticket : un soldat pointe froidement son fusil sur toi et t’abat. Devant les autres. Devant la Foule qui hurle, se déchire pour acclamer son favori.

Tenpenskoi ?
Mais quelle intelligence dans cette écriture ! Pas d’indice sur l’époque (futur, présent ?), pas d’indice sur le contexte politique, à peine sur le contexte économique. Rien sur ce qui motive réellement ces garçons. Si ce n’est qu’ils ont passé les sélections, et qu’être riche, ça peut être sympa. Ni plus ni moins que toi, quand tu participes au casting de Questions pour un champion ou Le Juste prix. Un divertissement pour une Foule toujours plus avide de sensationnel.

D’ailleurs, très subtilement, King a parsemé ses débuts de chapitre de citations d’anciennes diffusions de divers jeux télévisés, dessinant ainsi un parallèle entre ce jeu qu’il nous fait vivre de l’intérieur et ces shows qui nous abrutissent. Panem et circenses, du pain et des jeux, une description en creux d’une société qui n’est présente que par ses cris. Toi, tu piges ce que tu peux.

Rien n’a motivé ces jeunes que l’espoir de gagner, comme lorsque l’on joue au loto. Mais ce qu’ils n’ont pas réalisé, c’est qu’ils jouaient leur vie. Parce qu’il n’y a pas de ligne d’arrivée. C’est à celui qui marchera le plus longtemps. Alors que faire ? Ne pas sympathiser ? Laisser la solitude nous faire devenir fous ? Créer des alliances ? Mais ensuite ? Il ne se passe en fait pas grand chose. Les gosses marchent. C’est tout. Ils sillonnent l’État, fendant la Foule hystérique, mangeant, pissant, chiant, mourant devant Elle. Dorment en marchant.

Cette marche ne peut avoir de fin, d’issu heureuse. Rien ne finit jamais. Une métaphore de la Vie. On n’arrête pas de vivre, d’aimer, de souffrir, une fois qu’on a atteint ses objectifs. Non, on se lève, encore et encore, tous les matins. On continue de marcher. Sans but, en se disant simplement qu’il faut le faire jusqu’à la mort. La Mort, impassible, incorruptible. Comme ces soldat, qui tirent l’ultime cartouche. Ca pourrait être ici et maintenant, ça pourrait être demain et là-bas. C’est effrayant de réalité. Ca te jette un tas de trucs à la gueule, auxquels tu es obligé de réfléchir. Et bien que rien ne se passe vraiment que la monotonie des heures de marche, toi, tu ne peux pas détacher tes yeux du bouquin.

Une tuerie.

Pour info :
éditions Le Livre de poche, collection Thriller, 378 pages, 7,60€

Publié dans BD, Bouquinade

L’anniversaire de Kim Jong-Il (Aurélien Ducoudray / Mélanie Allag)

Ami du jour, bonjour !

Tu la sens cette fin de semaine qui arrive ? Est-ce que tu entends les oiseaux chanter, est-ce que tu sens la brise fraîche du matin, qui malheureusement ne s’attarde pas ? Est-ce que tu savoures ce moment où tu quittes le boulot pour rentrer chez toi, pour ne pas être accueilli par ton chat parce qu’il a la flemme de bouger ses papattes du canap’, poser tes pieds nus gonflés sur le carrelage frais et aller faire ta vaisselle avant d’embrayer sur la popote du soir (et du lendemain parfois) ? Doux Jesus, cette phrase était interminable !

Bref, si tu vois de quoi je veux parler (et même si ce n’est pas le cas) je te propose de t’accrocher à tes petits bonheurs, parce que ce soir, on rend visite à une population nettement moins bien lotie que toi et moi…

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Sarakontkoi ?
Jun Sang a 8 ans, il vit en Corée du Nord. Il est né le même jour que Kim Jong-Il, son héros, le cher guide de sa patrie. Il fait partie d’une brigade de gamins dévoués corps et âme à ce « cher guide ». Dans son pays, en période de pénurie, la télévision explique que ce n’est pas bon de trop manger, qu’il faut réduire le nombre de repas à un par jour. Dans son pays, après l’école, c’est aux champs qu’il va travailler. Dans son pays, on hait ces chiens d’Américains et de Coréens du Sud. Comment remettre en cause la ferveur et l’amour d’un enfant pour son dirigeant lorsque la chance de fuir le pays se présente ? Jun Sang ne pensait pas qu’il vivait dans l’antichambre de l’enfer, et que ça n’était que le début.

Tenpenskoi ?
Bon, je vais être honnête : moi je n’y connais rien en géopolitique, je sais que la Corée du Nord est une dictature, qu’il n’y fait pas bon vivre, parce que les têtes tombent selon le bon vouloir du parti. Je sais aussi qu’une fois l’an, on rejoue le jeu de la Terreur, en nous faisant croire que Coréens du Nord et Américains vont nous faire sauter la tête. À part ça, je ne m’étais jamais vraiment attardée sur le sujet. Pas jusqu’à ce que — je te le donne en mille — Lemon June en parle sur sa chaîne Youtube (d’ailleurs, si tu veux voir sa vidéo, clique ici).

Je me souviens de l’état dans lequel l’avait mise sa lecture. Elle en était vraiment retournée. Moi, ça m’a touchée. Je veux dire qu’elle ne fait que mettre des mots et des images sur ce qu’on sait déjà plus ou moins. La Corée du Nord est une prison. Pas seulement parce qu’elle contrôle les mouvements de sa population (il faut une autorisation pour aller à la campagne… en Corée du Nord), mais aussi pour l’esprit ! La question qui me vient en tête, c’est combien de Coréens du Nord sont endoctrinés, persuadés que leur leader est un héros et que le reste du monde est pourri ? Et combien sont simplement terrifiés au point de rester dans les rangs et de ne rien dire ?

Le dessin, simple, enfantin, tantôt coloré, tantôt en noir et blanc, contraste avec le thème grave de la BD, qui rend abordable pour le premier venu (moins, en l’occurrence) ce sujet pourtant très douloureux à appréhender. Parce que oui, ça existe encore. Et oui, on se sent impuissant. On est loin de docus comme Nuit et Brouillard qui te crache à la gueule toute l’horreur du monde. Ici, l’horreur est de voir tout ce qui peut se passer à travers les yeux innocents mais, avouons-le, endoctrinés, d’un gamin. Un gamin qui aime son quotidien, chérit sa patrie, et pourrait même renier son père Sud-Coréen. Là, tu te dis : au moins, je sais.

Bref, si tu te sens concerné par la question Nord Coréenne, ou si tu veux juste lire quelque chose de différent et de vrai, je te propose L’Anniversaire de Kim Jong-Il, c’est un bon début.

Pour info :
éditions Delcourt, collection Mirages, 128 pages, 17,95€

Publié dans BD, Bouquinade

Vingt-trois prostituées (Chester Brown)

Ami du jour, bonjour !

Tu vois, je me dis que la vie est super bien fichue tout de même. Hier, je te parle de BD, de sa place dans le monde du livre, et aujourd’hui, POUF, je te cause d’une BD qui vient justement illustrer mon propos ! Magique…

Celle-ci, c’est sur les conseils de Pénélope Bagieu, via ses chroniques de BD pour Madmoizelle, que je l’ai empruntée à la médiathèque. Parce que, franchement, je ne pense pas que je me serais arrêtée dessus. Et ça aurait été une erreur (rho, flûte, je spoile mon propre billet).

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Sarakontkoi ?
Chester Brown partage avec nous sa vision du couple, du mariage, du sexe, mais surtout, son point de vue sur la prostitution. Cet ouvrage est totalement autobiographique. Après sa rupture avec sa petite amie, Chester se rend compte qu’il ne souhaite pas de relation de couple. Mais si ce ne sont pas les relations amoureuses qui lui manquent, ce sont bien les relations sexuelles. Il ne souhaite pas s’engager émotionnellement, mais ne peut et ne veut pas renier ce besoin. Une solution s’offre alors à lui : faire appel à des professionnelles du sexe tarifé.

Tenpenskoi ?
La prostitution est un sujet qui divise. Et c’est un vaste sujet, j’ai peur de ne pas pouvoir dire tout ce que j’ai à te dire. Tu as beau avoir l’esprit ouvert, souvent, tu tiques. Chester Brown, ici, nous dépeint une simple réalité, un fait : il est seul, il ne souhaite pas s’engager. Il n’est pas pervers, simplement, le contact charnel lui manque. Est-il répréhensible de pouvoir, légalement (Chester vit au Canada), contre une rémunération correcte, assouvir cette envie ? Oui, parce que, au Canada, il faut savoir que la prostitution est légale (dans certaines conditions qu’il explique très bien).

C’est un ouvrage fort, qui ne crie pas au visage de ses lecteurs.

  • Le trait est simple, les visages peu expressifs : Chester Brown nous présente une froide réalité : la sienne, celle d’un homme pragmatique, droit dans ses bottes, et ça, j’ai aimé ;
  • le respect des femmes, de ses amis, pondère le sujet. Ces femmes, on ne voit pas leur visage, et on ne sait de leur vie que ce qui a un rapport avec la prostitution. Le secret est respecté ;
  • à la fin du livre, Brown nous propose des appendices, qui clarifient son propos, et qui éclairent notre lecture (loi, morale, opinion, etc.).

Je partage personnellement son point de vue qui consiste à dire que si une femme souhaite faire commerce de son corps, l’en empêcher va à l’encontre de ses droits fondamentaux. En dehors de la morale puritaine de ses détracteurs, la prostituée ne fait de mal à personne, et la stigmatiser ne fait que renforcer son insécurité, parce qu’elle se prive de l’aide des forces de l’ordre, de celle de ses proches, par peur des remontrances. Accompagner plutôt que d’accuser et de punir, c’est le B-A BA de ce qu’on apprend depuis tout petits.

Seule ombre au tableau : exposer un point de vue, je suis d’accord (d’autant que j’en partage certains aspects). Mais faire de son opinion une vérité universelle en induisant que ceux qui pensent comme tout le monde ont tort, je dis stop. Ce n’est pas aprce que Chester Brown ne croit pas en la monogamie et en l’institution du Mariage qu’il doit affirmer que l’homme n’est absolument pas fait pour ça. Lui ne l’est peut-être pas, mais si moi je choisis de vivre selon ce principe en mon âme et conscience, je ne suis pas pour autant un faible mouton de la morale.

Enfin, si le sujet t’intéresse (et même si tu souhaites ouvrir ton esprit), je te recommande grandement cette BD. D’ailleurs, je te mets la vidéo de Pénélope, histoire de…

Pour info :
Cornelius Editions, 280 pages, 25,50€ chez ton libraire (gratuit dans la médiathèque)

 

Publié dans Bouquinade

« C’est pas un livre, c’est une BD » et autres inepties

Ami du jour, bonjour !

Ajourd’hui, je suis énervée. Mais pas énervée genre t’as un trou dans ta chaussette. Non ! Je suis vénère comme le tonnerre, comme le dirait ma collègue Géraldine. Plusieurs choses.

La première : j’écoutais (en travaillant) les vidéos d’un Booktubeur (ceux qui parlent de livre sur Youtube… mais si, tu sais ! Même ma maman, elle sait…) Et d’un coup, mon sang n’a fait qu’un tour. Déjà, en termes de contenu, c’était pas ça, mais il a dit ce qu’il n’aurait JAMAIS dû dire. « Je vais vous présenter le prochain livre. Enfin, c’est pas un livre, c’est une BD ». STOP ! T’as dit quoi tête d’ampoule ? Prends ton dico. Allez ! Prends-le, bordel ! Cherche la définition de livre.

Je te la donne, et avec l’aide d’un dictionnaire qui déchire sa maman : le TLFI.
Livre (subst. masc.) : Assemblage de feuilles en nombre plus ou moins élevé, portant des signes destinés à être lus.

On fait la check-list.
Est-ce qu’une BD a des pages (ou des feuilles) ? Oui.
Est-ce ces pages sont assemblées ? Oui.
Est-ce que ça se lit ? Oui (et ça va même au-delà des signes, des mots et des phrases, tu peux lire les images !)

Une BD est donc un livre. CQFD. Et toi, qui lis des pavés des 1500 pages sur des sujets divers et variés, tu penses que tu lis mieux que celui qui vient d’avaler — au-delà des Astérix (parce que non, la BD ce n’est pa que ça, même si ça c’est cool) — la bio de Joséphine Baker, celle d’Olympe de Gouges et celle sur l’endoctrinement des populations en Corée du Nord ? Parce que oui, on peut parler de tout ça en BD. Et de tolérance, et d’équité, et de trucs vachement funs aussi. Donc lire de la BD, c’est lire, et c’est génial ! C’est avec des conneries de ce genre que, quand tu bosses en bibli, comme ça m’est arrivé, tu te retrouves avec des gamins, et pire, des adultes, qui ont honte de te rapporter la collection complète des Tintin ou des Walking Dead . Et ça me gave.

Second coup de sang (oui, oui, Booktube me rend folle). Certains Booktubeurs ont réellement un contenu et des propositions de lectures variées, et super intéressantes (on en parle bientôt) ! Mais, crotte-zut-flûte, quand tu causes de ton personnage principal, ne l’appelle pas « le protagoniste principal » ! Parce que le protagoniste, c’est DÉJÀ le personnage principal ! Et ça mon loulou, ça s’appelle un pléonasme. Comme monter en haut.

Voilà, je vais mieux. Je te fais de sincères poutous, en attendant de chroniquer les quelques bouquins sur lesquels je planche en ce moment.

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique), Uncategorized

Jurassic Park (Michael Crichton)

Ami du jour, bonjour !

Un billet matinal, aujourd’hui. Rien de tel que d’écrire à la fraîche. Chéri est parti à une importante réunion de chasse (parce que oui, il chasse, mais pas les Bambi, non, eux il a plutôt tendance à les laisser filer). Je suis donc seule à la maison, et avant de m’atteler aux tâches ménagères (enfin, en attendant que la machine à laver ait fini de tourner), je prends 2 minutes pour te présenter ce chef-d’œuvre de la SF.

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Sarakontkoi ?
À moins de vivre sur une autre planète, tu sais déjà que ça cause de dinos. John Hammond invite en avant-première dans son nouveau parc les professeurs Grant (paléontologue) et Satler (paléobotanologiste => comme un paléontologue, mais spécialisé dans les plantes). Bref, ils étudient les dinosaures. Hammond a plus que jamais besoin d’un aval et d’un soutien scientifique pour convaincre ses actionnaires de le laisser ouvrir son parc révolutionnaire : un parc à dinosaures. Et croyez-moi, il ne s’agit pas d’animatronics…

Tenpenskoi ?
Je n’en ai pas dit beaucoup plus, parce que normalement tu as vu le film, et si tu ne l’as pas vu, tu en as entendu parler, tout de même. Sauf si tu as élevé les marsupiaux en Papouasie ces 25 dernières années. Chacun son truc. Moi, le mien, depuis toute gamine, c’est les dinosaures. Alors, quand j’ai vu que mon ami Flo avait dans sa bibliothèque un exemplaire de Jurassic Park, je lui ai dit : « mais, ils en ont fait un livre aussi ?! » Après quoi, il s’est esclaffé et m’a corrigée : « non, ils ont fait un film à partir du bouquin ! » La quiche. Je lui ai tout de même fait promettre de me le prêter une fois que j’aurais terminé ma lecture du moment.

Quelques semaines après ça, il rapplique avec un exemplaire poche dudit bouquin, trouvé d’occas’. Je ne te raconte pas l’euphorie qui s’est emparée de moi ! Mille mercis, Flo. Mais tout ça ne te dit pas ce que j’en ai pensé.

Toi, tu connais le petit vieux sympa habillé tout en blanc, tellement passionné qu’il en est émouvant, adorant ses petits enfants et peu avare quand il investit dans son rêve : monter un parc avec des dinos. Moi je vais te raconter celle d’un homme qui a fait une avancée scientifique majeure dans le domaine du clonage, qu’il est bien décidé à monétiser au moyen d’un parc sensationnel. Oui, il est beaucoup question d’argent.

Jurassic Park le livre m’a fait ouvrir les yeux sur Jurassic Park le film, parce que le (magnifique, merveilleux) Tyrannosaurus Rex (qui me fiche des frissons de bonheur à chaque apparition) a détourné mon attention du réel sujet du film, comme du livre. Est-ce parce qu’on peut le faire qu’on doit le faire ?

Le livre donne la part belle à toute une réflexion philosophique sur la Vie, la Nature, et sur la science, mais éclaire également le manque de contrôle, voire de législation, qui permet à des apprentis sorciers d’exploiter ces failles légales pour satisfaire leur égo en allant toujours plus loin. On nous pose une question d’éthique.

Au-delà de ça, je me suis toujours dit Jurassic World, la suite de la trilogie de films originale, était simplement une pompe à fric, où l’on nous montrait de plus gros dinos pour faire sensation. Mais pas du tout ! En lisant Jurassic Park, j’ai vu Jurassic World en filigrane tout le long ! Parce que Jurassic World est l’exacte concrétisation de ce que voulait faire John Hammond. Alors que son parc part en cacahouète tout au long du livre, il n’a de cesse de nous décrire sa vision des choses… qui correspond à la lettre à ce que nous montre Jurassic World. Donc, pour bien compléter l’expérience, je te propose de voir le film original (celui de 93) si ce n’est pas fait, de lire Jurassic Park, et de regarder Jurassic World.

Je te touche deux mots du style : ce n’est pas pour rien que Spielberg en a fait un film. Crichton écrit l’action. Si bien qu’une ou deux fois, il m’a une peu perdue tellement il avaçait vite, alors que moi, j’essayais encore de trouver mes repères. Mais ce n’est qu’un point de détail, tellement j’ai aimé le sujet de sa réflexion.

Je ne résiste pas à l’envie de partager avec toi le passage qui m’a le plus marquée. C’est Malcolm qui explique sa théorie. Dans le film, il s’agit de la scène où ils déjeunent après avoir nourri les raptors, à laquelle je n’avais jamais vraiment fait attention avant de la lire telle quelle :

Les scientifiques nous répètent à l’envi qu’ils cherchent à découvrir la vérité sur la nature. Il y a du vrai là-dedans, mais ce n’est pas ce qui les motive.[…] La véritable préoccupation des scientifiques est la réussite. Tout ce qui les intéresse, c’est de savoir s’il peuvent faire quelque chose, et ils ne prennent jamais le temps de se demander s’ils devraient le faire.[…] S’ils ne le font pas « eux », ce sera quelqu’un d’autre. Ils ont la conviction que les découvertes sont inévitables et essaient simplement d’être les premiers.[…] Toute découverte scientifique est un viol du monde naturel. Ce sont les scientifiques qui le veulent.[…] Ils ne peuvent se contenter de regarder, d’évaluer. Ils sont incapables de s’intégrer à l’ordre naturel des choses. Il leur faut provoquer quelque chose de non naturel.[…] Je voudrais que les gens se réveillent. La science moderne se développe depuis quatre siècles, nous devrions maintenant savoir à quoi nous en tenir et ce qu’elle peut nous apporter.

Merci Flo, ce fut une fantastique expérience de lecture.

Pour info :
éditions Pocket, 512 pages, 7,90€

Publié dans BD, Bouquinade

Collaboration horizontale (Navie / Carole Maurel)

Ami du jour, bonjour !

Aujourd’hui, une fois n’est pas coutume, je te parle d’un sujet pas trop rigolo. Mais avant de t’enfuir en courant parce que toi, les drames, c’est pas ton truc, assieds-toi, et écoute-moi (enfin, lis-moi). Oui, même toi, maman, qui n’aimes pas la BD.

Commençons par un peu d’Histoire. La collaboration horizontale, qu’est-ce que c’est ? Cette étrange expression désigne les femmes qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, ont eu des relations (sentimentales et/ou sexuelles) avec des soldats allemands. Attention, la collaboration dans le sens de « troc de renseignements » est quelques chose de totalement différent, et ça a son importance, notamment dans certains choix graphiques. Ces femmes qui, à la fin de la guerre, ont fini rasées et moitié nues, humiliées sur les places publiques. Si le sujet vous intéresse, il existe quelques docus ou articles. Le document que je vais vous présenter aujourd’hui est une BD.

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Sarakontkoi ?
Le mari de Rose est prisonnier de guerre. Elle vit seule, avec son fils, dans son immeuble, entourée de ses voisins. Dans l’immeuble, tout le monde se connaît. Rose a fait le choix d’héberger et de cacher son amie Sarah, juive, afin de lui permettre d’échapper aux forces allemandes qui la recherchent. Mais visiblement, tout le monde dans l’immeuble n’est pas aussi muet que Rose puisqu’un soldat allemand se présente un jour à sa porte, à la recherche de Sarah.

Tenpenskoi ?
Il est extrêmement compliqué pour moi de trouver les bons mots pour parler de ce sujet, parce que j’évite de m’y confronter. Je suis tout à fait consciente de ce qui a été fait pendant et après la guerre. J’ai, comme beaucoup d’enfants, été traumatisée par Nuit et brouillard, qu’on nous a forcés à regarder trop jeunes. L’ignominie n’a pas de nom. D’un côté comme de l’autre.

Mais le point de vue qu’expose Navie, bien qu’évoqué plusieurs fois dans ma vie — j’avais vaguement entendu parlé de ces femmes rasées pour avoir entretenu une relation avec des Allemands — restait pour moi très vague. Dans cette bande-dessinée, je n’ai pas trouvé de parti pris réel de l’auteur quant à ce qu’il pouvait se passer d’atroce dans les camps. Non, l’histoire se concentre sur le quotidien. Celui d’hommes et de femmes qui vivent loin du front l’occupation Nazie.

Ces hommes et ces femmes qui sont les héros inconscients d’une guerre silencieuse. Rose aime un homme, pas un Allemand, pas un Nazi. Elle aime Mark. Et c’est là que les choix graphiques sont intéressants. Sur la couverture comme dans le livre, c’est le cœur qui dicte, qui prend le contrôle de la tête et du corps. On ne choisit pas d’aimer. Mark n’est dépeint ni comme un héros, ni comme un monstre. Mais les monstres se cachent dans le quotidien. Dans un oncle qui viole sa jeune nièce. Dans un père qui bat sa femme. Dans une amie qui trahit.

Alors qui est le traitre ? Celui qui trace un trait d’union, qui voit au-delà de ce que harangue la foule haineuse ? Le persécuté qui se retourne contre son protecteur sans essayer de comprendre ses choix ? La faible amie, qui au lieu de faire un choix courageux se montre couarde et égoïste ? Peut-être que certaines de ces femmes, ces « collaboratrices » ont su oublier la haine, la politique, la fierté, et simplement renouer avec l’humain pour tendre la main à une autre vie. Ces femmes ont payé cher leur courage, qui ne sera jamais reconnu comme tel. Je dois avouer que j’ai été prise au dépourvu, et que j’ai peut-être laissé échapper une larme ou deux.

Pour info :
éditions Delcourt, collection Mirage, 144 pages, 18,95€

Publié dans BD, Bouquinade

Mystery, journal d’un super-héros (Ced / Stivo)

Ami du jour, bonjour !

Tu en as assez de la grisaille quotidienne, des orages à répétition ? Le seul qui pense à t’envoyer des petits textos, c’est ton fournisseur d’accès pour te dire que couper ta box serait plus prudent (merde, et Netflix alors !) ? Tu as beau sortir ton joli parapluie et te dire qu’enfin les nappes phréatiques vont se remplir, ça ne te console pas pour autant ? Et enfin, ça fait 15 jours que tu ne peux pas tondre ton gazon, alors tu t’attends à trouver Tarzan dans ton jardin ? Welcome mon ami, bienvenue ! Je t’offre un moment de détente.

Allez, viens !

mystery

Sarakontkoi ?
Chicago, 1938. Jerry est journaliste. Non, pour être plus exacte, il s’occupe du bulletin météo d’un grand quotidien… et il protège sa collègue, Miss Muffin, préposée au courrier, qui visiblement a écopé de toute la poisse du monde. Sa petite vie est tranquille ; il lui suffit de sauter au-dessus des nuages pour établir ses prévisions météo. Parce que, oui, Jerry a deux ou trois aptitudes inhabituelles… qui lui seront des plus utiles lorsqu’il se mettra à pleuvoir des dinos. Sa tranquilité chérie risque d’en prendre un coup…

Tenpenskoi ?
J’ai beaucoup ri. On a tout de même un super-héros qui décide de prendre pour emblème un point d’interrogation peint à la va-vite sur ton t-shirt… à l’envers, of course. Mystery se lit comme une intégrale de comics. Pour ceux qui ont lu les premiers Iron Man, c’est exactement ça ! Les couvertures des comics s’intercalent entre les différentes parties de l’histoire. Mon cher et tendre me faisait d’ailleurs remarquer que, comme dans les comics, la couverture fait partie intégrante de l’histoire.

C’est bourré d’humour potache et de jeux d’esprit. Les balbutiements d’un super-héros tout neuf, c’est un sujet qui s’y prête bien. Et puis, au-delà de ça, on a les références multiples, tant dans la narration que dans la mise en page, à l’univers comics. Le dessins est résolument moderne, coloré. Chaque personnage a sa voix, pour au final écrire une aventure unique. Un bel hommage à la BD de super-héros, et un bon moment de lecture.

J’en profite pour vous inviter à jeter un œil au catalogue de Makaka éditions, qui fait des BD extra, aux concepts souvent originaux, pour petits et grands. C’est souvent drôle, parfois mordant (au sens strict comme au figuré). En tout cas, c’est soigné, et ça change des 48 pages franco-belges.

La rédactrice n’a reçu aucun pot de vin pour cet éloge, elle ne connaît même pas ces gens d’abord (ndlr).

Pour info :
éditions Makaka, 96 pages, 17€

 

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Libres ! (Ovidie / Diglee)

Ami du jour, bonjour !

Aujourd’hui, j’ai peur que les mots me manquent. Pire, j’ai peur de la fadeur de ce que je peux dire au vu de l’étendue du sujet que je vais aborder. J’aimerais tellement pouvoir t’en parler, plutôt que de simplement attendre que tu tombes sur ce billet, en espérant que tu lises jusqu’au dernier mot ! Mais je ne suis faite que de petites lettres gris foncé sur l’écran de ton téléphone / tablette / ordinateur. Alors je compte sur toi.

Je vais me montrer très franche. Sache que tout ce que je vais écrire, je l’écris avec beaucoup de bienveillance. Alors je te demande à ton tour de faire preuve de bienveillance.

Aujourd’hui, je te parle de Libres !

libres

Sarakontkoi ?
Ceci n’est pas une BD. Ceci n’est pas un roman. Je dirais que c’est un manifeste. Ca parle de fille, de femme, de gonzesse. De chatte, de vulve, de sperme. De sodomie. De ton corps et du mien. De l’image que tu as de toi, et de moi.

Tenpenskoi ?
Tu l’auras peut-être compris, on parle de femme.

Laisse-moi te parler en quelques mots de ma position. Je ne me revendique pas féministe, je suis pour l’équité. Je ne suis pas indifférente aux combats menés, et je n’approuve pas les discours misogynes. Mais je n’aime pas les discours extrémistes. Je suis pour la diversité. Je veux que chacun trouve sa place dans le monde, quelle que soit son orientation sexuelle, sa couleur de peau, son poids, son sexe, sa religion. Pour moi, la tolérance, ce n’est pas stigmatiser une « minorité » et ensuite l’accepter dans une magnanimité glorifiée. C’est ne plus faire la différence entre un gros et un svelte. Ne plus se demander si c’est un homme ou une femme, gay ou hétéro. Et c’est une petite blanche rondouillarde hétéro qui te dit ça. Crois-moi, c’est facile pour moi de tomber dans l’écueil « les planches à pain, c’est moche » quand on t’a répété toute ta vie que tu étais grosse.

Pourquoi est-ce que je te dis tout ça ? Parce qu’en empruntant Libres !, j’avais peur qu’on me dise « arrête de te raser, de te plier à l’image qu’on t’impose, arrête de te maquiller, sois le chef dans ton couple, ne maigris pas, ne grossis pas » et j’en passe et des meilleures.

En fait, Ovidie m’a dit : fais ce que tu veux. Mais fais-le parce que tu as envie de le faire. Aime ton corps, parce qu’il est toi et que si tu ne t’aimes pas, alors à quoi bon ? Sois en accord avec tes choix, sache pourquoi tu les fais. Ne t’oblige pas à être sexy, à plaire à un autre qu’à toi. Sois-le si tu en as envie. Connais ton corps tel qu’il est, non tel qu’on te le montre. Épanouis-toi dans tes pratiques sexuelles. Ne te sens pas sale quand tu as tes règles, prude si tu ne suces pas, coupable si tu ne baises pas plus d’une fois par semaine.

Mais surtout, elle te dit : sois bienveillante avec les autres femmes. Celles qui préfèrent le conformisme, qui ont peur des cuisses qui frottent. Ou celles qui ne s’épilent pas le maillot. Ne te bats pas pour la liberté d’une femme voilée quand tu traites de salope la gamine qui passe en mini-jupe. Sois libre.

Ovidie et Diglee — l’une par la franchise de son texte, l’autre par la justesse de ses dessins — ont changé ma vie. C’est drôle. C’est vrai. Alors oui, c’est cru. Mais plus que Le Dico des filles, c’est ce livre qu’il faut mettre entre les mains de toutes les gamines qui entrent dans la puberté. Parce qu’on ne leur cache rien. Qu’on leur dit qu’on peut voir les choses autrement, mais qu’on peut aussi les voir comme tout le monde, et que ça ne fait pas de nous quelqu’un de foncièrement meilleur. Simplement, être libre, c’est aussi laisser les autres l’être. Après cette lecture, je n’irai toujours pas manifester avec les Femen, mais j’ai envie de vous dire : mesdames, vous êtes telles que vous devez être, et quels que soient vos choix, si ce sont vraiment les vôtres, je me battrai pour et avec vous.

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Pour info :
éditions Delcourt, collection TAPAS, 96 pages, 18,95€