Publié dans Bouquinade, Roman historique

Le Comte de Monte-Cristo (Alexandre Dumas)

Ami du jour, bonjour !

Tu as envie de vivre de folles aventures, le truc de fou qui mixe les 1001 nuits, Les Hauts de Hurlevent, et le Bossu ? Un roman de cape et d’épée, une histoire de gentilhomme, d’honneur froissé ? Je vais — enfin, Alexandre Dumas va te raconter l’histoire d’une vengeance avec un grand V. Je te cause de ma lecture (ou de mon écoute, puisque c’était un livre audio) du Comte de Monte-Cristo.

comte_monte_cristo.jpg
Ma Pleiade dont je suis trop fière

Sarakontkoi ?
Bon, normalement, Le Comte de Monte-Cristo, tu en as entendu parler, même si tu sais pas vraiment de quoi ça cause. C’est l’histoire d’Edmond Dantès, jeune marin à qui la vie semble vouloir sourire : son habileté en tant que second sur le navire le Pharaon lui vaut une place capitaine, sa droiture lui vaut l’amour de ses marins, sa jolie fiancée l’aime éperdument… Mais le bonheur attire les jalousies, et le contexte politique n’arrange pas les tensions et les soupçons. Il est accusé à tort de bonapartisme et est enfermé durant 14 longues années dans la prison du château d’If. 14 années durant lesquelles il aura le temps d’orchestrer une vengeance aux petits oignons contre ceux qui sont responsables de son arrestation.

Tenpenskoi ?
Mais ouah la claque ! C’est le genre de bouquin qui fait un peu peur, il faut le dire, parce que son volume t’écrase. Mais bon dieu, Dumas sait raconter les histoires ! Il a publié pour la première fois son roman sous forme de feuilletons en 1844. On sent le côté feuilleton dans le détail minutieux du récit. Bah oui, quand t’es payé à la feuille, tu fais traîner. Mais jamais rien n’est de trop ! Chaque détail a son importance, parce que la vengeance d’Edmond Dantès est réglée au millimètre. Du coup, chaque chapitre est une surprise, parce que vous ne saurez jamais où vous emmène Dumas. Dans la grotte d’un célèbre hors la loi italien ? Dans le salon d’un grand financier ? Au balcon d’un théâtre ou à celui d’une exécution ?

Le Comte de Monte-Cristo nous raconte l’histoire d’un homme brisé à qui l’on a tout pris, et dont la vie n’a plus de sens. Il n’est qu’un gouffre de désespoir, et il est certain d’accomplir dans sa démarche la volonté de Dieu, qui n’aurait pu gâter autant les menteurs et les voleurs et laisser dans la misère ses fidèles enfants. Edmond est un homme qui n’a de cesse d’apprendre, d’un carisme presque surnaturel, ce qui lui sera fort utile sur son chemin vers la paix.

Edmond jouit grâce à son co-détenu d’une fortune et d’un savoir infini (ouaip, un peu comme dans Les Evadés, mais là, le héros a le magot au début de l’histoire) : langues, bienséance, histoire, tout y passe pendant ces longues années d’enfermement. Grâce à cet héritage, il se fait réparateur de tort, et laisse la nature profonde de chacun de ses ennemis le détruire ; ici l’avarice, ici la fierté, là la fourberie. C’est jouissif au début, et au fur et à mesure, on prend conscience de l’ampleur du malheur de Dantès. La ronde des émotions nous emporte, on aime au point de se donner la mort, on est fidèle au point de se compromettre. Le tout dans un élan de transports des plus éloquents.

En bref, tu vas kiffer.

Et parce qu’elle aussi a kiffé, je te propose de regarder la vidéo de Lemon June !

Dernière chose : si tu te dis que tu vas regarder le téléfilm en 4 parties avec Depardieu, j’ai regardé la première, je n’ai pas retrouvé mon Edmond. Depardieu joue un Edmond qui n’est que haine, aucune nuance, aucune montée en puissance, il braille dès le début. Les personnages sont mélangés, rien n’est vraiment subtil. Reste à savoir ce qu’il en est du film de 1979. Tu l’as vu ?

Pour info :
Tome 1 : éditions Gallimard, collection Folio Classique, 703 pages, 8,40€
Tome 2 : éditions Gallimard, collection Folio Classique, 768 pages (pitié, ne pars pas en courant), 8,40€
Ou tu te fais plaiz’, tu achètes la Pleiade, chez Gallimard, 1450 paces, 60€

 

Publié dans Albums, Bouquinade

Sans le A : l’anti-abécédaire (Michael Escoffier / Kris Di Giacomo)

Ami du lundi, bonjour !

Après ce petit week-end de trois jours que je me suis accordé (merci patron), je reviens, plus en forme que jamais… pour au moins une heure. Et je reviens avec une proposition de ma collègue Laure, dont les préconisations me sont chères, parce que ses conseils font immanquablement mouche (souvenez-vous de Un océan d’amour). Encore une fois, elle a mis dans le mille.

sans le a.jpg

Sarakontkoi ?
Pour le coup, ce n’est pas une histoire, c’est un abécédaire un peu particulier, qui nous montre qu’une lettre peu briller par son absence. Par exemple, que sans le H, la cHouette aurait des couettes. Elles y passent toutes, de A à Z, pour notre plus grand plaisir et l’amusement des plus petits, qui peuvent ainsi comprendre la place d’une lettre dans le mot !

Tenpenskoi ?
J’ai trouvé ça brillant ! La chronique ne sera pas bien longue, j’ai a-do-ré ce livre. Je pourrais t’expliquer pourquoi en long, en large et en travers, mais je vais être brève.

Cet album déborde d’ingéniosité. Il est drôle, et pour chaque entrée, l’adulte que je suis n’a pu s’empêcher de dire « ah ouais, pas mal, bien trouvé ! » Pour le tout jeune lecteur, c’est l’occasion de comprendre le rôle que joue la lettre dans le mot, visuellement, et phoniquement. Je pense notamment aux consonnes muettes comme le H, ou à celles qui font des sons différents selon leur place.

Les dessins sont tellement choupis, toujours drôle, parfois perchés.

Et si tu n’es pas convaincu, je te donne 2-3 exemples, histoire de te mettre l’eau à la bouche :

Sans le H, les chouettes ont des couettes.

Sans le P, le potage est pris en otage.

Sans le G, l’aigle bat de l’aile.

Et j’en passe. Ma recommandation : fonce. Lis-le, offre-le, fais le lire.

Pour info :
Kaléidoscope, 64 pages, 15 €
existe en petit format à 5€, tu n’as aucune excuse à ce prix-là !

 

Publié dans Albums, Bouquinade

Capitaine Rosalie (Timothée de Fombelle / Isabelle Arsenault)

Ami du jour, bonjour !

Je m’en viens te parler album, pour changer, étant donné que ma capacité de lecture en ce moment est celle d’une limace de course. Là, c’est vite avalé, vite digéré…
Et vite oublié ?

20190221_1927371381360527.jpg

Sarakontkoi ?
En 1917, la Grande Guerre fait rage. La journée, la toute jeune Rosalie est laissée aux bons soins de l’instituteur du village, avec les autres enfants, pendant que sa maman travaille à l’usine d’armement. Le soir, parfois, elles reçoivent des lettres de son papa. Et sa maman les lui lit. Elles sont pleines d’espoir, de mots d’amour. Mais Rosalie a autre chose à faire que d’écouter ces lettres. Elle a une mission, elle aussi. Elle est Capitaine Rosalie.

Tenpenskoi ?
Franchement, je l’attendais. Et je l’attendais ferme ! Déjà, parce que Timothée de Fombelle est mon héros, un poète des temps modernes, qui sait faire s’envoler les mots, les faire danser, et leur donner ce petit goût tout doux que j’aime tant.

Et là, rien.

Je comprends le propos, je comprends l’intention. Mais rien. Soit qu’il a voulu trop en faire, soit qu’aucun élément de ce court récit n’a été réellement exploité, mais plutôt survolé, ça m’en a touché une sans faire bouger l’autre, si vous voyez ce que je veux dire. Quant aux illustrations, moi j’aime bien le crayon de couleur. Là, c’est doux, c’est simple, mais je n’ai pas apprécié autant que je m’y attendais. C’est dommage.

Ceci dit, pour parler de la Grande Guerre avec les enfants, c’est une bonne approche, ni trop violente, ni trop abstraite. Il restera donc sur mes étagères, le temps de recueillir d’autres avis, et pourquoi pas de le faire découvrir à de jeunes enfants. Sans doute mes attentes étaient-elles trop élevées. Toi, tu l’as lu ? T’en as pensé quoi ?

Pour info :
Gallimard Jeunesse, collection Albums Junior, 64 pages, 12.90 EUR

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

La Petite Fille qui aimait Tom Gordon (Stephen King)

Ami du jour, bonjour !

Je viens enfin de terminer un nouveau roman… ouah, c’est compliqué en ce moment. Mon sommeil semble vouloir grignoter tous les instants lecture que je m’accorde, du coup, je lis à coup de 3 pages. Et franchement, il était pas bien épais celui-ci. Bref, voici donc un nouveau King, conseillé par ma très chère amie Laura, qui est une grande fan de l’auteur.

stephenking.jpg

Sarakontkoi ?
Les parents de Trisha divorcent. Et depuis leur séparation, son grand frère semble vouloir le faire payer à sa mère, qui fait pourtant son possible pour passer du temps avec eux. Les activités sont diverses : visites, parcs, activités en plein air… et balades en forêt. C’est lors d’une de ces balades que Trisha décide de se laisser distancer par son frère et sa mère, bien trop occupés à se hurler dessus pour se rendre compte qu’elle n’est plus là. Et d’un simple écart pour faire ses besoins à l’abri des regards, Trisha commence une errance à travers la forêt, ou seuls son bon sens, son walkman et son idole, Tom Gordon, lui serviront de rempart contre la chose qui rôde…

Tenpenskoi ?
Comme tu le sais, j’ai découvert les romans d’ambiance de King avec Marche ou crève (je t’invite à aller jeter un œil à la chronique en question en cliquant ici). Dans La Petite Fille qui aimait Tom Gordon, c’est différent parce que je n’ai pas ressenti d’engagement particulier (politique, économique, social). King aiguise seulement la lame de son mordant, en essayant de te faire pisser dans ta culotte sans qu’au final il ne se passe grand-chose. Et c’est fou.

Après, je suis beaucoup plus mitigée sur celui-ci que je ne l’ai été sur Marche ou crève. Parce que là, quand même, on alterne des phases qui se répètent. La gamine est de plus en plus perdue, de plus en plus déconnectée et laisse de plus en plus de place à son instinct. Sombre-t-elle dans la folie, cette chose qui la guette est-elle réelle ? Et ce n’est pas à ses proches qu’elle se raccroche, mais à son joueur de baseball favori, qui l’accompagne tout au long de son chemin.

Depuis la première décision qu’elle prend de couper à travers les bois pour rejoindre sa mère et son frère (et toi, tu le sais que c’est une connerie) jusqu’à l’auteur qui pousse le vice en te disant que, c’est dommage, les secours auraient pu la retrouver / elle aurait tourné à droite elle s’en serait sortie, tout dans ce roman te fait te sentir impuissant. Alors tu accompagnes la gamine, qu’est-ce que tu peux faire d’autre ? Et c’est toute l’intelligence de l’auteur. Ta vie est entre les mains d’une gamine de 8-10 ans (je en me souviens plus).

En bref, c’est encore une fois une autre façon de découvrir Stephen King, trop souvent mis de côté par les poules mouillées comme moi (parce que tu comprends, ça fait peur). Un petit bémol sur les longueurs tout de même…

Pour info :
Le livre de poche, collection Fantastique, 279 pages, 7,10€

Publié dans Albums, Bouquinade

Les Couleurs de Cassandre (Mélodie Fiorucci)

Ami du jour, bonjour !

Voilà un moment qu’on n’avait pas causé lecture, toi et moi ! Pour le coup, je reviens avec des albums (ceux-là même que je t’ai promis il y a quelques temps). Une fois n’est pas coutume, je vais te parler d’un album auto-édité dispo sur le service POD (impression à la demande) d’Amazon. Le livre en lui-même, je l’ai découvert via le compte Instagram de son autrice avant même qu’elle le publie, parce que j’adorais ses dessins. Et BAM, ça a fait des Chocapic !

cassandre.jpg

Sarakontkoi ?
Cassandre vit dans un monde maudit, condamné à vivre sans couleurs, et sans bonheur. Un jour, elle rencontre un animal tout coloré et parce qu’elle s’est montrée sage et généreuse, il la récompense en lui donnant une de ses jolies plumes. Un premier geste qui pourrait sauver ce monde tout gris.

Tenpenskoi ?
Honnêtement, rien que grâce aux dessins de Mélodie m’avaient conquise ! Ils sont doux, colorés, simples, comme des gros calins. Mais il suffit qu’on y ajoute un jolie histoire, pleine de bienvaillance, et ça fait mouche.

Mélodie nous parle de ce petit élan de gentillesse, qui, comme une traînée de poudre, peut se répandre aussi vite que les maux qui nous affligent. Et quand bon nombre d’adultes pensent que rien de bon ne peut sortir de ce monde, et n’en attendent plus rien, cette merveilleuse petite fille se donne pour mission de tendre sa petite main. Ce qui est magique, c’est qu’une tâche bien trop importante pour un si petit être (redonner au monde ses couleurs) paraît tout de suite beaucoup moins lourde quand elle devient l’affaire de chacun. Chaque grain de sable est important, car sans eux, nous n’aurions pas de plage…

Foncez donc, le prix et tout petit. Dommage d’ailleurs que le livre ne soit pas plus grand, pour qu’on puisse profiter de ces magnifiques illustrations !

Pour info :
Auto-édité, 24 pages, 6€ (uniquement dispo sur Amazon)

Publié dans Bouquinade, Roman

Autour de Jupiter (Gary D. Schmidt)

Ami du jour, bonjour !

L’heure est grave, on m’a conseillé un bouquin qui a ébranlé ma petite personne. Mais genre, vraiment, depuis 3 nuits, j’ai à la fois peur et envie de le lire. La chronique ne sera pas aisée, parce que moins tu en sais au départ, plus ta lecture est belle… mais je vais essayer.

autour_de_jupiter.jpg

Sarakontkoi ?
L’idée, c’est de ne pas trop en dévoiler, pour que tu fasses le chemin seul. Alors je ne te dirai que ce que tu peux découvrir dans les premières pages. Joseph, 14 ans, sort d’un centre de détention et intègre une nouvelle famille d’accueil. Il fait la connaissance du jeune garçon, Jack, et des animaux de la ferme dans laquelle ils vivent. Joseph ne parle pas. Mais il a peur, et il est triste…

Tenpenskoi ?
J’ai terminé en larmes. Les services sociaux — qui agissent « pour le bien de l’enfant » sans le connaître, qui trouvent la famille d’accueil trop impliquée (mais peut-on être trop impliqué quand il s’agit du bonheur d’un enfant), ceux qui ont le bras assez long pour éviter que l’enfant ne fasse trop partie de la famille, mais pas pour prendre de vraies décisions qui pourraient aider cet enfant — ces services sociaux, donc, je les connais. Je connais l’impuissance de la famille d’accueil, le désespoir d’avoir les mains liées. De tout donner pour tout perdre ensuite.

Alors forcément, ça me cause, cette histoire de famille d’accueil. Au cours de ma lecture, je suis passée par la colère, la peur, l’espoir, le chagrin. La colère de voir des adultes soit disant responsables coller une étiquette sur le dos d’un gamin sans comprendre son histoire. La peur de voir un équilibre fragile et durement construit se rompre. L’espoir de voir cet enfant trouver la paix. Le chagrin de constater que rien ne change.

Le ton pourrait être qualifié d’enfantin, parce que le style est épuré, lapidaire et simple, la collection flague complètement ce titre en jeunesse. Ceci dit, nous avons eu avec mon amie Maëlle une discussion fort intéressante au sujet de la différence entre l’âge du lectorat et celui des personnages. Clairement, ici, il y a débat. Je me mets à la place d’un enfant : aurais-je le recul nécessaire pour recevoir ce type de récit ? Honnêtement, je ne prétends pas savoir si un enfant pourrait ou non appréhender ce texte. Mais je sais que le roman met le doigt sur un sujet qui pourrait sensibiliser les adultes sur leur façon de voir, et surtout de juger le monde.

Bref, le récit est beau, il est simple, il est violent. La fin est parfaite. Lis-le. Vraiment.

Pour info :
éditions Bayard Jeunesse, collection Littérature 12 ans et +, 224 pages, 13,90€

Publié dans Albums, Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

L’Étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde (Robert Louis Stevenson / Maurizio Quarello)

Ami du jour, bonjour !

Je le sens bien là, je vais te faire une petite série d’albums. En gros, de tout ce que nous avons rapporté de Montreuil. Et je commence par un classique, s’il vous plaît. Ni Chéri ni moi ne l’avions lu, alors pendant les 4h qui séparent Paris de notre petit coin d’Auvergne, je lui ai simplement fait la lecture à haute voix. Et franchement, au-delà du texte, c’était un super moment de partage ! Alors je m’en va te causer de ce très beau livre.

jekyll1.jpg

Sarakontkoi ?
M. Utterson, notaire de son état, s’inquiète de la santé et de l’état de son ami, le Dr. Jekyll. Il se conduit étrangement, souhaite établir son testament et faire don de sa fortune à un certain Hyde, un effrayant bonhomme qui fait naître chez son interlocuteur une terreur instinctive. Est-il victime de chantage de la part de cet affreux personnage ? Pourquoi est-il si secret ? Et qu’est-ce qui a bien pu dégoûter à ce point leur ami commun, le Dr Lanyon, au point qu’il refuse tout contact avec Jekyll ?

Tenpenskoi ?
En vrai, la réponse, tu la connais : Jekyll et Hyde, c’est le même zozo. Les deux facettes d’une même pièce. L’individu, déboussolé, effrayé de voir naître en lui de noirs désirs alors que lui est si travailleur et vertueux, tente de se détacher de cette part sombre qu’il cache. Ainsi, il pourra être un homme aussi bien qu’il le souhaite et ne plus se sentir coupable des agissements de son alter-ego.

La réflexion est plus qu’intéressante. Détacher le bon du mauvais, pour éviter de souffrir. Mais surtout, se déresponsabiliser. En cela, je trouve Jekyll lâche. Son amour de la science, son envie d’être bon, mais sans effort. C’est trop facile. Nous sommes bons parce que nous avons en nous cette dualité. Sans elle, nous ne sommes rien. Plats. Il faut le yang pour le yin. La peur pour le courage. La faiblesse pour la force. La tristesse pour la joie. Ce qui est brillant, c’est que, contrairement au Dr Lanyon, le narrateur, M. Utterson, est neutre, sans réel jugement. Le lecteur est alors libre de se faire sa propre idée, de réfléchir par lui-même aux implications d’un tel acte. Si tu le lis, tu n’auras peut-être pas du tout la même opinion que moi…

Pour ce qui est des illustrations, elles sont très jolies. Les couleurs et l’ambiance servent tout à fait le propos. Ceci dit, j’avoue que si je reconnais le talent de l’illustrateur, je ne suis pas particulièrement touchée par ce qu’il me propose. Elles respectent une certaine charte, des codes qui créent l’angoisse. Mais je comprends qu’on veut m’angoisser. C’est compliqué à expliquer… J’aurais peut-être préféré quelque chose de moins conventionnel et de moins parfait. Parce que oui, quand tu regardes, c’est un vrai travail d’artisan, mais sur une notion si sujette à controverse que la dualité de l’être, je me serais attendue à une plus grosse prise de risque. Mais je chipote, c’est un très beau livre.

Pour info :
éditions Sarbacane, collection Grands classiques illustrés, 96 pages, 23,50€

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Publié dans Bouquinade, Roman historique

Retour à Whitechapel (Michel Moatti)

Ami du jour, bonjour !

Retournons à nos premières amours, j’ai enfin terminé un nouveau roman ! Lui et moi, on s’est rencontrés à Brive, par une pluvieuse journée de novembre, dans un espace trop petit pour accueillir un salon. La foule nous bringuebalait, maman et moi, de stand en stand. Et alors que Gilles Legardinier signait son dernier bouquin, nos yeux se sont posés sur le stand d’en face. Jolies couvertures, des titres qui me disaient quelque chose. Ni une ni deux, maman et moi nous sommes penchées sur la question. « C’est le tome 2 », nous a informées un gentil monsieur, « commencez par Retour à Whitechapel« . « Qu’à cela ne tienne, prenons les deux ! » me suis-je exclamée. « Sans avoir lu le premier tome ? » s’est étonné M. Moatti (parce que c’était lui). « Soyons fous », avons-nous répondu. Et, au final, le hasard, une foule trop oppressante et de jolies couvertures, ont très bien fait les choses. Maman et moi sommes reparties avec nos exemplaires dédicacés. FIN. Non je déconne, je vais quand même t’en parler, petit canaillou !

retour_a_whitechapel.jpg

Sarakontkoi ?
Londres, 1941. Alors que la ville est victime du Blitz allemand (bombardements quotidiens), Amelia Pritlowe, infirmière de son état, tente tant bien que mal de résoudre le meurtre de sa défunte mère, assassinée par Jack l’Éventreur. Intégrer la prestigieuse Filebox Society, parcourir les archives de la police et les articles de journaux de l’époque, tous les moyens sont bons pour reprendre l’enquête où elle a été laissée…

Tenpenskoi ?
En fait, je me rends compte que c’est super difficile de vous faire un vrai résumé de ce bouquin. C’est à la fois un journal de bord, celui d’Amelia Pritlowe, qui recopie scrupuleusement les articles et rapports de police, mais aussi une plongée dans Londres à la fin du XIXe. La misère, les maladies, la pauvreté sont le quotidien des victimes de Jack l’Éventreur. Toi, lecteur, tu marches sur les talons de Mary Kelly, d’Annie Chapmann et des autres, mais aussi sur ceux du tueur dont le visage ne te sera dévoilé qu’à la fin du bouquin.

La diversité des médias utilisés me rappelle, dans une moindre mesure, ma lecture de Dracula, de Bram Stoker, en mille fois plus agréable. J’ai aimé Retour à Whitechapel pour les mêmes raisons qui ont fait que j’ai été déçue par Dracula. La non-linéarité de l’action ; ici, le récit est très rythmé malgré les nombreuses phases de recherche et de retranscription des documents. Là où Dracula m’a complètement perdue parce que je ne voyais pas se dessiner le schéma temporel global, Retour à Whitechapel te donne dès le début une chronologie globale. Donc les retours en arrière ne sont pas perturbants, tu sais toujours où tu es.

Enfin, l’affaire Jack l’Éventreur ne m’a jamais fascinée plus que ça. Mais à la lecture de Retour à Whitechapel, j’ai découvert une histoire dans l’Histoire. Tout était tellement fluide, logique et documenté que j’ai douté plus d’une fois que Jack restait encore anonyme. Et pour cause, au terme de ses recherches, Michel Moatti a su tirer ses propres conclusions. La plume, agréable sans être simpliste, cette façon de raconter l’histoire, mi-documentaire, mi-immersion, dans un rythme parfait pour ne pas perdre le lecteur, m’ont conquise. Donc, je dis bravo, et je suis heureuse d’avoir pris le second tome.

Pour info :
éditions 10/18, collection Grands Détectives, 432 pages, 8,10€

Publié dans Bouquinade, Roman

Ceci n’est pas qu’une comédie romantique (Julie Grêde)

Ami du jour, bonjour !

Tiens, elle revient celle-là. Eh oui cher ami, et je reviens avec une lecture… comment dire… en demi-teinte. Je me suis dit, après Le Fléau et Dans la forêt : « tiens, si je me lisais un truc sympa qui ne me crache pas à la gueule que notre monde s’effondre et que je n’en ai plus pour longtemps ? » Là, une révélation ! N’avais-je point entendu Pauline, de la chaîne Pinupapple & Books, parler d’un truc facile à lire, bien évident, mais qui faisait du bien et réparait les cœurs ? Mais si, mais si. Ceci n’est pas qu’une comédie romantique était dans ma liste d’envie depuis quelques mois. Banco.

comedie_romantique.jpg

Sarakontkoi ?
Bébé — ne levez pas les yeux et lisez jusqu’à la fin — Bébé, donc, sort d’une rupture très douloureuse. Elle s’est laissée convaincre par sa meilleure amie, Lo, de passer les fêtes avec elle, dans son luxueux chalet à la neige, avec une bande de copains. Autant dire que Bébé ne se sent pas très sociable. Mais lorsqu’elle atterrit, personne. Les autres n’ont pas pu prendre l’avion à cause d’une tempête. Le majordome la dépose tout de même au chalet, où l’attend un charmant jeune homme dans un tablier. Qu’est-ce que c’est que ce traquenard ?

Tenpenskoi ?
Honnêtement, il n’y a pas plus fan des comédies romantiques que moi. Pour te dire, hier encore je regardais The Holiday en pensant à une ami très chère (BJ si tu passes par là, c’était ma pensée pour toi en ce jour de fête, toi-même tu sais). Alors oui, je me laisse aller à regarder des trucs faciles dont je connais d’avance la moindre réplique. Et ce livre n’a pas fait exception. À la rigueur, c’est pas très grave, tu sais à quoi t’attendre quand tu commences à bouquiner.

Ce que je vais dire m’embête au plus haut point, parce que pour une fois, j’ai éprouvé une réelle bienveillance à l’égard de l’auteure. Elle y a mis son cœur, j’ai senti qu’elle aimait ses personnages et le plaisir qu’elle a pris à les écrire. Ça , c’est pour les plus.

Ça n’a pas suffi, et j’en suis la première désolée. Ça sonnait faux. Une jeune fille surnommée Bébé parce qu’elle n’aime pas son prénom (Grey, d’après Jennifer Grey, l’actrice de Dirty Dancing ET ses yeux gris… sérieux) ? Un gars qui porte le nom d’un personnage de film… mais genre pas juste le prénom ! Le gars s’appelle JB pour John Bender (le personnage de Breakfast Club)… comme si toi, tu appelais ton gamin Tomcrouze ! Et ce n’est qu’une infime partie de ce qui m’a gênée. Pour ne citer que ça, [SPOILER] la séparation due à une FIV qui a mal tourné (OK, je suis trop impliquée), le manque de naturel de certaines scènes, le côté lavette du personnage masculin, le cliché de la fille qui se trouve moche et n’a de cesse de remettre ça sur le tapis à chaque introspection, la quantité de points de suspension qui pourraient relier Clermont-Ferrand à Paris, la déplorable correction ortho-typo de l’éditeur et (parce que je suis chiante là-dessus) la main du livre qui laisse à désirer (en gros, la souplesse du papier, qui permet de bien le prendre en main).

Bref, j’ai apprécié l’intention et le dialogue avec l’auteure, et puis, elle a pondu un bouquin quoi ! Chose que je ne suis pas foutue de faire ! Pour le reste, ça me désole, mais je passe.

Pour info :
PIXL éditions, 263 pages, 7.90€

Publié dans Bouquinade, Roman

Dans la forêt (Jean Hegland)

Ami du jour, bonjour !

Notre week-end au Salon du Livre et de la Presse Jeunesse approche, je me sens tel un hamster qui rempli ses petites joues pour se préparer un bon pactol de graines : je calcule quelle somme il serait raisonnable de ne pas dépasser en achat de bouquins. (Oui, Maëlle, je sais, c’est pas comme si j’avais des contacts, mais tu sais bien que j’achète mes livres !) En même temps, je flâne sur Insta, et la gamine de 8 ans en moi saute partout en criant « ce livre a l’air trop bien ! Et lui ! Et lui ! ». Heureusement, j’ai un mari adorable : la somme que je mets dans mes bouquins est rarement un problème pour lui…

Ceci dit, aujourd’hui, il n’est nul question de littérature jeunesse stricto sensu (de quel droit un livre serait plus jeunesse qu’un autre ?) Parce qu’aujourd’hui, je te parle d’une déferlante.

dans_la_foret.jpg

Sarakontkoi ?
Rien ne va plus dans le monde. Plus d’essence, plus d’électricité. Des émeutes éclatent, des virus déciment les populations. Nell et Eva ont été élevées dans une maisonette au milieu des bois, bénéficiant de l’école à la maison. Leur mère a été emportée par un cancer fulgurant. Leur père est décédé. C’est donc seules qu’elles devront survivre, se nourrir et se défendre. Elles s’accrochent au passé, attendant une aide qui ne viendra pas…

Tenpenskoi ?
Si tu t’attends à des explosions nucléaires, à des émeutes sanglantes, à une panique générale, tu te plantes. Tout ça, c’est un bouhaha lointain qui atteint à peine deux jeunes femmes élevées loin des stigmates sociaux. Pourtant, la « vraie vie », elles crèvent d’envie de la rejoindre, l’une pour entrer à Harvard et l’autre pour intégrer une présitgieuse troupe de ballet.

Au chagrin de la perte et de l’absence succèdent la colère, puis le désespoir. Quelque chose est cassé. Et au début, on cherche à réparer. Et enfin, lorsqu’elles se sont lavées de tous ces artifices, l’instinct. La seule chose qui peut les sauver. On ne répare plus, on construit. Comment cultiver un jardin, calmer des nausées, soigner une infection, trouver et conserver la nourriture dont elles ont tant besoin. Quand nécessité fait loi, il n’est plus question de peur, de honte. Mais il est toujours question d’amour : celui de deux sœurs qui sont tout l’une pour l’autre, à travers les bons comme les mauvais jours.

J’ai lu dans un billet l’expression « roman d’ambiance ». Le genre de livre où ce n’est pas l’action, mais l’atmosphère et la réflexion qui prennent le dessus. Je pense qu’on peut dire que Dans la forêt est un roman d’ambiance par bien des aspects. Mais pas le truc chiant. Je ne te parle pas de lire Un balcon en forêt (désolée pour les amoureux du genre). Mais, si tu laisses réellement une chance à ce roman, tu pourrais t’en trouver libéré. En le refermant, j’ai eu envie de renouer — non pas avec mon corps ou ma tête — mais avec mon instinct. Mes fringues m’ont paru trop lourdes, mon job totalement futile (quand le travail est-il devenu une fin et non un moyen ?) Je ne peux pas te parler de coup de cœur. C’est un coup de poing. Sur la table. Dans ta figure. Lis-le.

Pour info :
Poche (celle que j’ai lue) : éditions Gallmeister, collection Totem, 308 pages, 9.90€
Grand format : éditions Gallmeister, collection Nature Writing, 304 pages, 23.50€