Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Six of Crows, T1&2 (Leigh Bardugo)

Ami du jour, bonjour !

Tu le sais maintenant, je tiens à terminer autant que faire se peut les séries de romans avant de te les présenter, au risque de ne te présenter qu’un tome 1. Je te parle donc d’une duologie que j’ai terminée il y a plusieurs semaines maintenant (oui, parce que je voulais la terminer avant la sortie de Shadow & Bones sur Netflix).

Sarakontkoi ?
Kaz Brekker, alias Dirty Hands, est un petit voyou influent du Barrel, un quartier mal famé de Ketterdam. Premier sur tous les coups juteux, il n’hésite pas à accepter une mission suicide que lui propose un riche marchand : délivrer un homme du Palais des Glaces, une forteresse imprenable au cœur du royaume Fjerdan. Et ce n’est pas n’importe quel homme : il s’agit d’un scientifique qui a inventé une drogue permettant d’amplifier dangereusement les pouvoirs des Grishas. À mission exceptionnelle, il faut une équipe exceptionnelle. De plans risqués en coups foireux, jusqu’où iront Dirty Hands et sa bande pour mener à bien leur mission ?

Tenpenskoi ?
Au début ? Ouille ! Quand tu entres dans un univers dont tu n’es pas familier en passant par l’entrée des artistes, tu te sens un peu paumé. Personnellement, je n’avais pas lu la trilogie Grisha, donc je n’avais aucune idée de ce qu’était un Grisha, des enjeux politiques et économiques, des luttes de pouvoir. Ceci dit, avec un peu de déduction, et de quoi remplir les blancs, je suis parvenue à percer les mystères de l’univers qu’a créé l’autrice et à avancer sereinement dans ma lecture.

Une fois ce constat établi, que vaut le texte ? Ma foi, j’ai adoré ! Mais vraiment ! J’entendais beaucoup parler de Leigh Bardugo, pour Grisha, certes, mais surtout pour son roman plus « adulte », La Neuvième Maison, paru chez De Saxus. Je me suis rendu compte au fil de mes lectures que SoC est un roman qui ne prémâche pas tout, et laisse l’espace au lecteur pour faire son propre cheminement. Le style est fluide sans être complexe (bien meilleur que celui de Grisha pour ceux qui l’ont lu, moins… naïf, dirais-je). Les retournements de situation m’ont laissée sur le cul pour la plupart, que ce soit dans le tome 1 ou le tome 2 (dont les enjeux sont différents).

Mais ce qui a terminé de me conquérir, c’est l’intelligence avec laquelle l’autrice a écrit ses personnages. Attachants, caractériels, incisifs, ils ont tous une personnalité propre, un passé sombre. Par dessus tout, ils ont de la ressource ! Le roman rebondit chaque fois qu’un plan foire, on a l’impression de le voir sautiller agilement de péripétie en péripétie, un vrai travail d’acrobate ! Et, mention spéciale, c’est la première fois que je ne lève pas les yeux aux ciels en lisant des personnages féminins ! Ils sont tous parfaits.

Bref, tu l’auras compris, une vraie bonne lecture, de celles qui marquent. Une histoire portée par des personnages bien écrits et une intelligence émotionnelle notable. Un gros kiff !

Pour info :
Tome 1 (traduit de l’anglais par Anath Riveline) : éditions Milan, 576 pages, 17,90€
Tome 2 (traduit de l’anglais par Anath Riveline) : éditions Milan, 672 pages, 18.90€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

La carte des confins, T1 (Marie Reppelin)

Ami du jour, bonjour !

Si tu me suis sur les réseaux, tu sais que la chronique que tu t’apprêtes à lire risque de faire mal. Encore une fois, c’est un avis personnel basé sur mes goûts…

Sarakontkoi ?
Blake, jeune et fougueux capitaine pirate respecté et craint de tous, est à la recherche d’un compas magique censé le conduire vers ce qu’il désire le plus : la carte des confins. Callie, jeune et fougueuse voleuse (oui, le parallèle est répétitif, et assumé), est en possession dudit compas. Leurs chemins étaient destinés à se croiser. Mais leur coopération risque d’être assombrie par de lourds secrets, bien enfouis dans leurs passés.

Tenpenskoi ?
Je suis navrée pour Marie Reppelin, qui par ailleurs semble être une personne charmante et une libraire passionnée. Mais j’ai détesté, haï, honni ma lecture. Ma première envie a été d’assassiner ce roman. Et si tu as suivi mes pérégrinations en story, tu le sais. Les exemplaires qui nous ont été envoyés par PKJ étant des épreuves non corrigées, le texte avait été très peu, voire pas du tout, travaillé. Grossière erreur. On ne peut pas demander au lecteur de passer par dessus autant de coquilles, d’erreurs de temps, de clichés et de répétitions. Ce serait comme de lui demander de traduire le roman instantanément. Et puis, HEUREUSEMENT, j’ai mis le nez dans la version définitive du roman, celle qu’on vend en librairie, et je dis merci à la vie, je chante la vie, je ne suis qu’amour, l’éditeur a fait un travail de fou avec l’autrice, et disons que ça passe mieux.

Pourquoi donc n’ai-je pas aimé ce roman ? Pour plusieurs raisons. Et je commence par le style que je qualifierai d’inexistant. Ni meilleur ni moins bon qu’une liste de courses. Je sais que beaucoup d’entre vous me disent que le style n’est pas leur priorité tant que l’histoire est bien. Et si on veut aller par là, effectivement Hunger Games, Les Âmes vagabondes, ou encore Grisha même, n’étaient pas des chefs-d’œuvre de littérature, et ce sont pourtant des lecture que j’ai adorées. Alors quoi ?

Le second point qui m’a fait tiquer, c’est le développement de l’histoire. J’ai eu l’impression de lire un squelette de roman (c’est à dire une liste succincte et chronologique de toutes les péripéties) à peine étoffé. Rien, absolument rien, ne dure plus d’une page. Les abordages, les combats, les échanges entre les personnages, rien. J’ai eu l’impression d’assister au défilement d’une pile de diapos. D’ailleurs, rien n’a vraiment d’enjeu. Le bateau fait des aller-retours entre les ports pour chercher une carte, mais on ne comprend pas vers quoi elle mène (c’est quoi les confins, bordel ?). Les plans sont à peine élaborés, ou expliqués, et tout est la plupart du temps éludé par un « bref, tu comprends ce que je veux dire ». Euh, non. Aucune révélation n’en était vraiment une. J’ai senti qu’on ne voulait tellement pas me perdre qu’on a semé mon chemin de lectrice de cailloux fluos. Sauf qu’à trop nous montrer les rouages, on finit par ne plus croire à la magie. Et surtout, SURTOUT, on est loin de la règle du « show, don’t tell » (montre, ne dis pas). Tout est trop explicite, rien n’est vraiment subtil.

Et alors, parlons des personnages. Une belle rousse, fine et forte, et un beau brun ténébreux, qui se lancent LES MÊMES VACHERIES de « je t’insulte, mais en vrai, je te kiffe » tout le long du roman ! Ce n’est pas une romance. Rien n’évolue. Dès la première page, ils se tournent autour. Ce n’est un ennemies to lovers qu’en apparence, puisque clairement, comme on a un point de vue alterné entre les deux personnages, on le sait qu’ils se chauffent ! Du coup, tout le long du roman, c’est pareil. Il est grivois, elle est trop forte. Et j’utilise volontairement le mot « grivois », parce qu’on le voit littéralement toutes les 5 pages (je pense que ça fait partie des corrections qui ont été apportées, dites-le moi ceux qui ont lu la version définitive).

Bref, je voulais un roman d’aventure, une romance pourquoi pas, mais un peu de subtilité, et un peu de magie. J’ai eu un texte sans enjeu, un enchainement de péripéties à peine liées les unes autres autres, des révélations sans grande surprise et une jolie pile de clichés. Sans compter que j’avais la musique de Pirates de Caraïbes dans la tête tout le long, parce que le compas + la carte, ça fait beaucoup de références dans un seul roman quand même. Ca me peine d’autant plus que Marie a l’air, encore une fois, adorable et vraiment investie dans son histoire, et surtout très humble quant à son travail. Mais clairement, je ne suis pas la lectrice qu’il fallait à ce roman. Parce que j’en attendais plus.

Pour info :
éditions PKJ, 456 pages, 17,90€

Publié dans Albums, Bouquinade

La Caverne de Gilou (Frann Preston-Gannon)

Ami du jour, bonjour !

Aujourd’hui, je te fais du chantage au bébé. Parce que ce n’est pas moi, mais bien cette adorable de bouille de petit neveu, j’ai nommé Max, qui te le présente.

Sarakontkoi ?
Gilou est un homme des cavernes. Il adore sa grotte, mais il aimerait voir s’il peut trouver mieux ailleurs. Commence alors un périple semé d’embûches…

Tenpenskoi ?
L’album est franchement très court. La preuve, quand je le vends à la librairie, je le lis quasiment en totalité aux clients. J’adore le dessin, qui me fait beaucoup penser à celui de Chris Haughton. Coloré, un peu maladroit mais tellement tendre !


L’album parle de la notion de maison, de là où l’on se sent bien, et des envies qui nous prennent d’aller voir ailleurs. Et puis de revenir chez soi et de retrouver son cocon. Le texte est drôle et efficace (bah oui, on parle en homme des cavernes), les illustrations font mouche, et si ton petit bout est du genre à vouloir lire le même livre tous les soirs, tu prends autant ton pied que lui, et ça, ça n’a pas de prix.

Et si je ne t’ai pas convaincu, cher ami, voici le lien vers la lecture que j’ai faite de l’album à la librairie => clic clic !

Pour info :
éditions Père Fouettard, 32 pages, 14€

Publié dans Bouquinade, Roman

Plus drôle que toi (Rebecca Elliott)

Ami du jour, bonjour !

Allez, on part pour une lecture qui n’était pas au programme, mais comme je reçois deux-trois petites choses de chez Gallimard Jeunesse, faut bien que je voie ce que ça donne. Cet éditeur restera celui de mon cœur, que je défendrai bec et ongles quoi qu’il arrive, celui d’Harry Potter, de Timothée de Fombelle, de Roald Dahl et de Motordu… mais parfois, quand même, faut savoir être objectif. Et là…

Sarakontkoi ?
Haylah, 14 ans, est grosse. Et plutôt que de subir les moqueries, elle préfère prendre les devants : elle veut qu’on l’appelle Truie. Et puis, Haylah est une rigolote, elle aime faire rire. Son rêve : faire du stand-up. Alors lorsque Leo Jackson, le beau gosse du lycée, présente un petit numéro devant tous ses camarades, Haylah se dit qu’elle pourrait utiliser ses dons pour souffler quelques bonnes vannes à Leo, mais en secret, genre Cyrano de Bergerac. Mais est-ce vraiment une bonne idée ?

Tenpenskoi ?
Sincèrement, je ne m’attendais pas à grand chose… et je suis quand même déçue. Sans pour autant dire que le livre est mauvais, je l’ai trouvé fade. J’ajouterai même que plusieurs aspects m’ont dérangée dans cette histoire. Pour commencer, une adolescente en surpoids qui veut garder le contrôle de son image et impose à ses camarades de l’affubler d’un sobriquet aussi vulgaire et rabaissant que « Truie« , ça m’a choquée. Même si une partie du roman va explorer le chemin d’Haylah vers l’acceptation d’elle-même, je trouve ça d’une violence incroyable. Et ça m’a complètement sortie de ma lecture.

Ensuite, toute l’intrigue se concentre sur l’humour, et insiste sur le fait que les personnages sont drôles. Pente glissante, balle dans le pied ! Surtout quand on assiste aux performances desdits personnages que, personnellement, je n’ai pas trouvé drôles. Parce que le stand-up, c’est plus que de la réplique qui fait mouche : c’est une prestance, des intonations, des silences… Vouloir retranscrire ça à l’écrit, ça a un effet… forcé. Du coup, on dirait de mauvais comiques au Jamel Comedy Club, le genre qui te mitraille de vannes qu’il veut percutantes mais qui tombent à l’eau.

Et puis les stéréotypes sur les ados. Et puis le style… Bref, j’ai trouvé cette lecture très anecdotique, pas si drôle alors qu’on me survend l’humour, et assez clichée. Franchement, pas nul pour autant, parce que j’étais contente pour Haylah à la toute fin du roman, mais pas bon non plus. Sans grand intérêt donc. Ce qui me fait réfléchir, c’est qu’il s’agit d’une traduction, ce qui veut dire qu’il a fallu acheter les droits de ce roman à l’étranger, ET le faire traduire ce qui, après avoir lu le texte, me paraît être une perte de temps et d’argent. M’enfin, si vraiment tu n’as rien d’autre sous la main et deux heures à tuer, pourquoi pas. Pour ma part, ça part en boîte à lire.

Pour info :
Gallimard Jeunesse (traduit de l’anglais par Faustina Fiore), 400 pages, 17.90€

Publié dans Bouquinade, Roman

De l’autre côté des rails (Renea Winchester)

Ami du jour, bonjour !

Je t’en ai déjà parlé un certain nombre de fois, mais une de plus ne fera aucun mal. Le roman dont je vais te parler aujourd’hui, je l’ai reçu grâce à Léa, qui gère le Pica River Book Club (un club de lecture dédié à la littérature nord-américaine), qui organise des partenariats avec des éditeurs, mais aussi parfois des rencontres avec les auteurs. En l’occurrence, les éditions Le Nouveau Pont, Léa et les nouvelles technologies nous permettent de rencontrer Renea Winchester ce soir-même ; il est donc opportun de partager avec toi ma lecture.

Sarakontkoi ?
En 1976, à Bryson City, dans un mobil home miteux, vivent trois générations de femmes : une fille, une mère, une grand-mère. Leur quotidien est rythmé par la vie de l’usine de textile, qui donne du travail à la majorité de la ville. Mais à Bryson City, il y a ceux qui vivent dans de jolies maisonnettes et qui ont une chance de s’en sortir, et ceux qui vivent de l’autre côté des rails et luttent pour leur survie. Embourbées dans ce quotidien qui les dévore, chacune de ces trois femmes n’aspire qu’à une chose : partir. Vivre une vie meilleure.

Tenpenskoi ?
Je ne connaissais pas du tout les éditions du Nouveau Pont. Mais l’idée de lire une espèce de tranche de vie sur fond de fresque sociale m’a tout de suite attirée. Tu l’auras compris si tu suis le blog depuis quelques temps maintenant, ce n’est pas franchement le genre de lecture vers lequel je me tourne d’instinct. Mais j’aime bien, parfois, arpenter d’autres horizons littéraires. Et ce fut le cas ici.

Ce que j’ai d’abord apprécié — parce que dès les premières pages, c’est ce qui me fait dire si ma lecture sera un cauchemar ou non — c’est le style. Fluide, efficace. En cela, je pense pouvoir saluer également la traduction. Ensuite, j’avoue que le côté « famille de femmes » me plaisait assez. Voir combien les anciennes rancœurs, la culpabilité et les incertitudes pèsent sur chaque être humain, en particulier sur le sexe féminin, qui porte sur ses épaules la responsabilité du foyer, du revenu, de l’éducation. Le roman se positionne dans les années 70, dans une petite ville ouvrière des États-Unis, mais on pourrait tout aussi bien être partout ailleurs.

C’est aussi l’histoire de ces femmes qui n’osent pas se donner une chance, à qui on a répété qu’elles n’avaient pas le choix, que leur condition allait définir ce que serait leur vie entière. L’histoire de celles qui n’ont pas le droit de rêver, d’ambitionner, de partir. C’est aussi l’histoire de celles qui ne renoncent jamais, celles qui affrontent et surmontent chaque obstacle. Et puis, c’est un regard tendre sur ces communautés impitoyables envers leurs membres, et pourtant toujours présentes si nécessaire. L’amour vache quoi. Le roman était drôle, touchant, révoltant, inspirant. Non, vraiment, une chouette rencontre.

Pour info :
éditions Le Nouveau Pont (traduit de l’anglais par Marie Bisseriex), 240 pages, 20€

Publié dans BD, Bouquinade

Ces jours qui disparaissent (Timothé Le Boucher)

Ami du jour, bonjour !

L’autre jour, j’ai quitté la librairie en me disant que, décidément, je n’avais pas assez à lire à la maison (LOL) et que j’avais ma foi bien envie de tenter quelque chose qui me ferait (attention, expression très à la mode) « sortir de ma zone de confort ». J’ai donc demandé à mon collègue, qui aime beaucoup la bande-dessinée, de m’en conseiller une. Mais pas une comme d’hab, qui correspondrait à mes goût (il essaie toujours de coller à mes demandes quand je veux un conseil) ; nan, un truc qu’il avait envie que je lise pour qu’on échange sur le sujet. C’est tombé sur celle-ci.

Sarakontkoi ?
Lubin se réveille un matin, persuadé d’être demain. Mais non, on lui apprend qu’il n’est pas venu travailler la veille et qu’il n’a prévenu personne. Ces épisodes d’absence se répètent, jusqu’à ce qu’il s’aperçoive qu’elles sont comblées par un autre jeune homme, qui habite son corps. Au départ, un peu d’organisation et de communication entre ces deux personnalités permettent une cohabitation harmonieuse. Mais alors que l’Autre prend de plus en plus de place, Lubin ne sait comment faire pour ne plus perdre ces jours qui disparaissent…

Tenpenskoi ?
Effectivement, je l’ai beaucoup vue passer sur les réseaux, mais ce n’est pas franchement une bande-dessinée sur laquelle je me serais arrêtée. Le trait est simple, les couleurs ont des tons très doux, pastel, et si j’ai commencé par me dire que j’aurais apprécié quelque chose de plus chiadé, j’ai fini par comprendre que plus eût été trop. Le propos est déjà compliqué, suffoquant, pas besoin d’en rajouter. Et puis, cette ambiance très propre, presque médicale, est probablement plus efficace pour nous plonger dans l’angoisse du vide.

Quant à l’intrigue, elle n’est pas en reste. On assiste, aussi impuissants que Lubin et ses proches, à cet effacement qu’il subit, on veut détester l’Autre. En même temps, peut-on demander à un être conscient de simplement rester caché à ne rien faire, de ne pas vivre, les jours où il occupe le corps ? Peut-on réellement lui reprocher de tenter de se construire une vie ? Lequel des deux Lubin est le vrai, le bon ? Lequel mérite plus ce corps ? Tout un tas de réflexions qui peut rendre le lecteur claustrophobe, comme Lubin qui est coincé dans son propre corps, dans ces jours de conscience qui lui sont accordées. Bref, une lecture bien plus psychologique et intéressante que ce à quoi je m’attendais. Et si ce n’est, pour moi, pas la lecture du siècle, j’ai très envie de vous la recommander, juste parce que l’expérience en vaut le coup.

Pour info :
éditions Glénat, 192 pages, 22.50€

Publié dans Bouquinade, Roman

Broadway Limited, T1 : Un dîner avec Cary Grant (Malika Ferdjoukh)

Ami du jour, bonjour !

Je t’en ai parlé de ce bouquin, beaucoup beaucoup ! Quand je l’ai reçu pour Noël il y a 1 an, quand j’ai commencé à le lire, et toutes les fois où je t’ai parlé de mes lectures en cours. J’ai mis un peu de temps à le terminer, comme c’est le cas pour toutes mes lectures de chevet (mais si, tu sais, celles qui te voient piquer du nez sur ton oreiller, que ton cher et tendre te retire des mains pour y glisser un marque-page avant d’éteindre ta veilleuse…). Bref, ENFIN, je te parle de Broadway Limited.

Sarakontkoi ?
1948. Jocelyn, un jeune étudiant français de 17 ans, arrive à New-York pour y faire ses études. À son arrivée à la pension pour jeunes filles Giboulées, la logeuse lui explique qu’il y a eu malentendu, et qu’elle ne peut accueillir de jeune homme. Devant le désespoir de l’infortuné, elle accepte de lui louer un studio contre sa promesse de se montrer discret et d’accepter de jouer du piano pour les filles. Jocelyn fait alors la connaissance de Manhattan, Hadley, Page, Chic et les autres ; il sera notre porte d’entrée dans l’intimité de ces filles dont la vivacité et l’esprit n’ont d’égal que leur rêve de gloire sur Broadway…

Tenpenskoi ?
Comme tu le sais si tu as suivi tous mes blablas, j’ai découvert ce roman grâce à Lemon June, qui y trouvait un côté douillet. Ce n’est pas faux du tout. Pour moi qui suis adoratrice de comédies musicales devant l’Éternel, c’était du pain béni. Avec ce côté irrévérencieux et inattendu provoqué par l’arrivé d’un jeune homme naïf dans une pension pour jeune fille, le roman avait tout pour me plaire.

Et ça marche. Le style simple mais élégant de Malika Ferdjoukh opère, on a plaisir à parcourir ces pages, à rencontrer cette multitude de personnages surprenants. Les histoires personnelles de chacun sont dévoilées au fur et à mesure, et si parfois nous, lecteurs, sommes aussi confus que le jeune Jocelyn, c’est tout de même avec délice que nous avançons sur les trottoirs enneigés de New-York. Ces jeunes femmes, pleines de ressources, d’espoirs, parfois sujettes à de vifs élans émotionnels ne pourront que vous toucher en plein cœur.

Un léger hic qui empêchera ce livre d’être un réel coup de cœur pour moi : j’ai été perdue quelques fois. La caractérisation des personnages, notamment féminins, se fait au fur et à mesure du livre. J’avoue les avoir confondus à plusieurs reprises et j’en viens à penser que j’aurais dû tenir de petites fiches « personnage ». Sur la fin, alors que l’histoire de trois d’entre elles est réellement développée, je me sentais plus à l’aise. Je me dis qu’il est possible que mon état de fatigue pendant ces moments de lecture soit le vrai coupable plutôt que le roman lui-même, mais tout de même, ça m’a laissé comme une sensation de petit caillou dans ma chaussure.

Ca ne m’empêche pas de vous en recommander la lecture !

Pour info :
éditions École des loisirs, collection Médium +, 608 pages, 10.80€

Publié dans Bouquinade, Roman

Birthday (Meredith Russo)

Ami du jour, bonjour !

Voici un billet venu du passé, puisque nous sommes les 29 janvier et que j’ai terminé ma lecture depuis bien une semaine. Ceci dit, je m’empresse d’écrire le billet tant que le bouquin est encore frais dans ma mémoire. Si tu es un lecteur anglophone, tu l’as probablement déjà vu passé, si ce n’est lu. Sinon, installe-toi bien confortablement, je te parle de Birthday.

Sarakontkoi ?
Morgan et Eric sont nés le même jour et sont amis depuis leur naissance. Au début du roman, ils fêtent leurs 13 ans. Depuis longtemps, Morgan sait que son corps n’est pas le bon. La puberté en fait lentement mais sûrement un jeune homme, alors que, de toutes les fibres de son être, Morgan est une fille. Coincée dans une petite ville aux mœurs étriquées, incapable de d’avouer à son meilleur ami la vérité qui hurle à l’intérieur, de révéler à son père, déjà dévasté par la mort de son épouse, que son fils n’est pas un garçon, Morgan sombre peu à peu.

Tenpenskoi ?
Enfin un roman qui a compris que s’appesantir sur une situation déjà lourde n’était pas plus efficace ! Au lieu de suivre Morgan dans son cheminement progressif, le roman saute d’anniversaire en anniversaire, revenant ainsi chaque année à ce qui unit les deux protagonistes dès le départ : une date et un événement partagé. De sorte que, lorsque Morgan prend une décision, nous, lecteur, pouvons nous rendre compte de l’impact qu’elle a eu sur son développement. C’est percutant, et ça rend le roman tellement plus fort, et tellement plus juste !

Le sujet en lui-même n’est franchement pas évident. Alors Meredith Russo a choisi de l’aborder de deux points de vue, qu’elle alterne intelligemment. Chaque anniversaire est raconté par Morgan, déchiré entre ce qu’il est, et la peur de blesser ceux qu’il aime et d’être rejeté ; et pas Eric, un jeune homme sensible et perspicace qui, s’il comprend que Morgan est différent.e, ne saisit pas la portée des changements qui s’opèrent. C’est un récit plein de colère et d’incompréhension. Mais aussi plein d’espoir et de tendresse. Il est violent, parfois doux, souvent révoltant. Mais jamais radical. Surtout, il ouvre un débat sous-jacent : aime-t-on une personne pour son genre ? Ou peut-on aimer une personne pour ce qu’elle est, ce qu’elle fait de nous, indépendamment de son sexe ?

Bref, un livre qui vous demandera de garder l’esprit ouvert, de faire taire vos préjugés et d’accepter simplement que l’on puisse être différent de vous. Une très belle lecture, marquante, à la construction intelligente, que je recommande sans hésiter.

Pour info :
éditions PKJ, XX pages, 17,90€

Publié dans Bouquinade, Roman

Créatures (Crissy Van Meter)

Ami du jour, bonjour !

Il est temps de te parler de ma lecture de Créatures, que j’ai reçu grâce à Léa et au Picabo River Book Club (oui, encore un). C’est grâce au club que j’ai découvert les éditions La Croisée, et c’est avec plaisir que je me suis replongée dans un de leurs romans, en lecture commune avec Béa, Séverine, Anaïs et Jean-Marc (que je remercie chaleureusement de m’avoir accueillie tardivement dans leur petit groupe). Je prends quelques minutes pour remercier Léa, grâce à qui je sors souvent de ma zone de confort, et j’explore de nouveaux horizons littéraires en m’ouvrant à des romans que je n’aurais pas lus de moi-même. Et je suis souvent surprise. C’est ça aussi, le partage.

Sarakontkoi ?
Il existe au large de Los Angeles, à une soixantaine de kilomètres de la côte, un archipel nommé Channel Islands. Au cœur de cet archipel, Winter Island, dont le soleil et la marijuana sont réputés pour être magiques. Evie a toujours vécu sur cette île, incapable de jamais s’en éloigner vraiment, élevée par un père dealer dont on ne saurait remettre en cause l’amour inconditionnel pour sa fille, et une mère qui ne voulait que fuir ce roc de malheur. C’est l’histoire d’une famille dysfonctionnelle, d’amours sans bornes, d’acceptation et de résignation, pour enfin faire la paix avec soi-même.

Tenpenskoi ?
Un roman d’ambiance qui hume les embruns, le poisson et la carcasse de baleine. L’histoire d’une fuite impossible, de cette famille que l’on a envie de juger parce que rien ne fonctionne, mais qu’on ne peut condamner tant l’amour qui les lie est fort. C’est à la fois les blessures d’aujourd’hui et les mœurs d’une autre époque, où un père vend sa production de marijuana avec sa fille, la traine de squatte en maison de riche touriste vidée. L’histoire d’une île aussi, personnage central de ce roman. Un roman qui gratte les croûtes, qui questionne les souvenirs, qui force à pardonner. Et à se pardonner.

Une plongée en eaux profondes dans les souvenirs donc, mais aussi dans les peurs, le fouillis d’émotions qui fait échos au bordel du récit, dans lequel on navigue à vue entre passé, présent, et futur pour toujours se retrouver sur les côtes rocheuses, offertes aux tempêtes, de Winter Island.

L’écriture est très immersive. Elle plonge le lecteur dans ces années 70 débridées, pleines de clopes, d’adultes précoces, où tout est sans mesure. Un huis-clos un peu poisseux parfois, une ambiance superbement travaillée, où le roman lui-même questionne sa protagoniste dans des passages écrits à la 2e personne du singulier. On ne peut ignorer une sorte d’écriture automatique parfois. Quelques longueurs vers le milieu, « comme le flux et le reflux des marées », ont souligné à raison mes co-lecteurs. Une expérience à faire. Et même si cette lecture ne me restera pas en tête, c’est sur le moment qu’elle a su me captiver, et c’est tout ce qu’il fallait…

Extrait choisi :
Notre marijuana est censée receler des pouvoirs magiques. Les rayons de notre soleil davantage encore. Le tout à un peu plus de soixante kilomètres d’une traversée spectaculaire depuis Los Angeles à bord d’un ferry transportant son lot de voitures et de renoncements. Il y a tout un tas de raisons de rester.

Pour info :
éidtions La Croisée, 212 pages, 20€

Publié dans BD, Bouquinade

Eat and love yourself (Sweeney Boo)

Ami du jour, bonjour !

Une nouvelle lecture graphique, très personnelle cette fois. Aperçue, comme d’habitude, en scrollant sur mes comptes Instagram favoris (en l’occurrence, ma référence BD du moment, à savoir Melyssa). Sweeney Boo, je la connais depuis un moment. Depuis que je suis tombée sous le charme de ses pin-ups colorées en 2014 très exactement… la bouffe, une illustratrice que j’aime beaucoup, il ne m’en fallait guère plus.

Sarakontkoi ?
Mindy a 27 ans, elle est serveuse dans un café. Sa vie stagne, et elle-même est persuadé qu’elle ne pourra jamais faire mieux. Parce qu’elle ne s’aime pas. Qu’elle ne sera jamais « assez ». Un soir, dans sa supérette de quartier, elle achète une tablette de chocolat aux pouvoirs étranges : grâce à elle, elle pourra revisiter son passé, et les douloureux moments qui ont fait d’elle ce qu’elle est aujourd’hui.

Tenpenskoi ?
Forcément, le sujet me parle. Moi qui n’ai jamais été mince, qui ai toujours eu honte de manger devant les autres, qui ne serai jamais un standard de beauté, jamais la princesse que ce foutu prince peut porter jusqu’à son palais parce… bah faut le soulever mon cul ! Mindy, c’est un peu le miroir de toutes ces jeunes filles que des remarques en apparence anodines ont détruites à petit feu. Des trucs du genre : « attention à ce que tu manges », « c’est pas très bon pour toi », « faudra faire un peu de sport », et j’en passe.

Pour autant, la bande-dessinée ne pointe pas le doigt accusateur de ceux qui rejettent sur les autres la responsabilité de leurs erreurs. Mindy a fait des erreurs qu’avec le recul elle parvient à identifier. Elle comprend avec son esprit d’adulte ce qu’on essayait maladroitement de lui dire enfant. L’histoire se termine bien pour elle, malgré quelques après-repas la tête dans la cuvette, parce que la spirale autodestructrice ne l’a pas encore avalée, mais d’autres s’en sortent moins bien.

C’est aussi l’occasion de vous dire qu’il existe des TCA très graves (Troubles du Comportement Alimentaire) : l’anorexie, la boulimie, et j’en passe. Il en existe d’autres, comme l’hyperphagie dont on ne commence à parler que maintenant. C’est un mal dont j’ai personnellement souffert, dont je souffre encore, une maladie de privilégié : celle de trop manger. De se cacher pour le faire. Et d’en avoir tellement honte qu’on n’ose pas dire qu’on n’a pas faim pendant les repas. Alors on mange à s’en faire vomir. Mais on ne vomit pas. On garde tout à l’intérieur, et on laisse cet énorme amas de bouffe nous trouer le bide, on le sent diffuser son poison dans chaque partie de notre corps. Et on se voit énorme. Ca s’appelle la dysmorphophobie, une déformation de la vision que l’on a de son propre corps. Et dans mon cas, à force de me voir grosse, je le suis devenue. Parce que la honte vous empêche de profiter de vos repas. Vous n’êtes jamais satisfait. Alors vous mangez plus, et plus encore, jusqu’à vous dégoûter vous-mêmes…

Bref, Sweeney Boo a heureusement beaucoup de tendresse pour son personnage, et elle parvient à sublimer sa délicieuse Mindy, à nous la montrer telle qu’elle est, belle, touchante, fragile, et parfois seule. Le trait, très comics, et les jolies couleurs donnent au tout un petit goût acidulé fort agréable. Et le message est beau. « Ca ira », se dit Mindy, « je t’aime ». Et c’est ce que nous devrions tous nous dire à nous-même : « je t’aime ».

Pour info :
éditions Ankama, 160 pages, 19.90€