Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Les Royaumes immobiles, T1 : La Princesse sans visage (Ariel Holzl)

Ami du jour, bonjour !

Lorsque tu aimes un auteur, tu as envie d’aimer tous ses livres, quitte à te forcer un peu parfois. Quand j’ai entendu parler du prochain Ariel Holzl chez Slalom, j’ai foncé demander à la merveilleuse Carole (qui gère les relations libraires), de m’envoyer le texte, ce qu’elle a fait. Et puis c’est tombé à plat. Attends, je m’avance un peu, laisse-moi t’expliquer pourquoi.

Sarakontkoi ?
Les Royaumes Immobiles sont fait d’un flux de magie, contrôlé et façonné par quatre monarques sans qui le monde serait chaos. Le trône de la Cour d’Automne est vaquant depuis trop longtemps ; les trois autres reines décident donc de lui trouver un héritier en organisant des épreuves. Ivy, 18 ans, bâtarde du roi d’Automne, vit seule dans son château en ruines. Elle est une belle à mourir : quiconque voit son visage devient fou et se tue. Et voilà qu’on vient la chercher pour lui annoncer qu’elle fera partie des prétendantes au trône de son père. Comment survivre dans un panier de crabes quand on ne connaît rien aux us et coutumes des courtisans sans merci ?

Tenpenskoi ?
Je te l’ai dit, j’aime Ariel Holzl depuis que je l’ai découvert dans la trilogie Les Sœurs Carmine. Et puis je l’ai trouvé très intéressant mais moins précis dans Temps mort. Ici, c’est rebelotte. Une vraie proposition d’univers, de personnages, qui, pris individuellement ont un vrai potentiel mais dont je ne comprends pas les interactions. C’est comme s’ils agissaient sur des plans différents les uns des autres, et qu’aucun n’était vraiment touché par le fil de l’histoire. Histoire que j’ai trouvé un brin banale d’ailleurs.

C’est si frustrant de lire un roman prometteur à ce point, dans lequel je n’ai absolument pas réussi à m’investir ! Et pourtant, à chaque page, je me disais « bonne idée », ou « bien dit ! » Même Ivy est à côté de ses pompes. Ni particulièrement intelligente, ni particulièrement sensible, elle semble traverser le roman comme un fantôme, sans être jamais actrice de sa propre histoire. Elle ne parvient à relever aucun défi grâce à ses propres qualités, on l’aide continuellement, du coup, j’ai du mal à m’identifier, où à vouloir lui ressembler. Cette histoire de belle à mourir, qui constitue un élément surprenant, n’est au final que peu exploité. Le final fut abrupt et aurait bien mérité un chouilla plus d’approfondissement.

En conclusion : une super idée de départ, un univers vraiment riche, des personnages prometteurs, mais il a manqué un liant pour que l’émulsion se fasse… c’est dommage. Si en revanche, vous avez aimé le roman, le tome deux sort dans quelques semaines (19 janvier 2023) !

Pour info :
éditions Slalom, 400 pages, 16.95€

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A Forgery of roses (Jessica S. Olson)

Ami du jour, bonjour !

Parfois, je reçois au magasin des services presse qui attisent vraiment ma curiosité. Alors lorsque, en plus, ma consœur et copinette me dit que c’est un coup de cœur, je dis banco.

Sarakontkoi ?
Époque indéfinie mais quand même ça ressemble beaucoup à l’époque victorienne, quelque part en Angleterre (je crois, j’ai oublié le nom du bled). Myra vit seule avec sa petite sœur malade depuis la disparition de leurs parents. Elle travaille dans l’atelier de peinture de sa mère et de son associée et subvient de justesse à leurs besoins. Son destin bascule lorsque la femme du gouverneur fait appel à elle pour peindre son fils. Parce que Myra est une prodige, sa peinture lui permet de prendre sur elle le mal de ceux qu’elle peint, et que le jeune fils du gouverneur vient de décéder. Myra n’a pas le choix. pour leur avenir à sa sœur et elle, elle doit ressusciter l’héritier d’un gouverneur qui traque les siens, et pour ça, elle doit comprendre les circonstances de sa mort…

Tenpenskoi ?
Il y avait de quoi faire ! L’idée de base est excellente : un soupçon du portrait de Dorian Gray, une enquête, un mystère… Tout était là ! Et pourtant, c’est retombé comme un soufflet. Je ne peux pas dire que j’ai détesté ma lecture, et bien au contraire, j’étais cramponnée à mon exemplaire sur certains passages !

Mais il y a un « mais », forcément, sinon je t’aurais parlé de coup de cœur bien avant… Le premier détail qui m’a gênée est un petit anachronisme : la petite sœur de Myra, Lucy, étudie la pollution du fleuve qui traverse la ville. Parler de pollution, à cette époque ? Étrange. D’autant que le crapaud qui lui sert d’animal de compagnie a été sauvé d’un déchet plastique… Et je passe les techniques médicales qui n’existaient pas encore. Bref, des petites inattentions qui m’ont complètement sortie de l’histoire, et qui auraient dû être corrigées par l’éditeur. Je vous vois les « mais c’est pas pour de vrai, c’est une histoire, et un monde imaginaire ». Hello ! Si tu me décris un monde qui ressemble au mien, dans une époque qui ressemble à une période historique que je connais, le contrat qu’on a passé toi et moi, c’est que tu dois te plier aux codes de cette époque, c’est ce contrat entre le lecteur et l’auteur qui permet la suspension consentie de l’incrédulité (en gros, toi lecteur pas critiquer histoire avec trucs qui existent pas, genre la magie). C’est comme oublier un gobelet Starbucks en plein milieu d’une scène de Game of Thrones, ça te sort du truc.

C’est le seul point noir ? me demanderez-vous. Les personnages du romans passent leur temps à rougir (ils rougissent littéralement chaque fois qu’ils se regardent), à surréagir à tout. August, le personnage masculin, souffre d’anxiété (qu’on essaie de nous rendre sexy), mais grâce à la magie de l’amour ça va mieux. Et cette histoire d’amour qui sort de nulle part, clairement forcée, portée par des dialogues insipides… je m’en serais passée (ou alors faut la bosser un peu ma petite dame !).

Franchement, c’est tellement dommage, parce que dans la narration, l’autrice a du style, et une écriture très imagée vraiment plaisante à lire ! L’action est cool, l’idée de base originale… Je le classerai dans les « oubliables corrects », la faute à un manque de maîtrise de la part de l’autrice.

Pour info :
éditions BigBang (traduit de l’anglais par Laurence Boischot), 480 pages, 22€

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Iron Widow, tome 1 (Xiran Jay Zhao)

Ami du jour, bonjour !

Allez, j’ai mis de la musique histoire de me lover dans une ambiance un peu sympa (mais écrire quand t’as envie de chanter, c’est pas contre-productif ?), je repars pour une série de billets. Celui-ci, il est sorti en janvier cet année, et je l’avais vu passer à l’office (les commandes qu’on fait pour la sortie des livres). Autant te dire qu’il me chatouillait méchamment la curiosité…

Sarakontkoi ?
L’empire d’Huaxia est menacé, derrière sa grande muraille, par des armures extra-terrestres qui attaquent sans relâche ses frontières. Pour se défendre, l’empire a créé des armures géantes alimentées par l’énergie vitale, le Xi, d’un homme et d’une femme. Mais bien souvent, la femme meurt, drainée de son énergie par son compagnon. C’est le cas de la sœur de Wu Zetian, et cette dernière compte bien s’engager à son tour, espérant être appairée avec le guerrier responsable de sa mort. Il se trouve que cette fois, ce n’est pas Wu Zetian qui succombe, mais son concubin. Elle devient donc une veuve de fer, dans ce monde où les femmes ne représentent qu’un dommage collatéral acceptable…

Tenpenskoi ?
Moi, on me dit « c’est un mélange entre Mulan et Pacific Rim », je fonce, je ne réfléchis pas ! Et si je n’ai pas trouvé dans ce roman exactement ce que je suis venue y chercher, j’ai tout de même été agréablement surprise. Dis-toi que malgré toutes les évolutions technologiques, l’empire d’Huaxia est encore coincé à une époque où les femmes n’ont aucun droit, sauf celui de mourir pour leur patrie, ou d’être vendues pour des mariages avantageux. Les violences, les jalousies, et la haine contre ces femmes dont le pouvoir dépasse celui de leur compagnon m’a percé le cœur. J’ai serré les dents plus d’une fois d’ailleurs…

Mais le roman, écrit par un.e auteurice non genré.e, est aussi une ouverture d’esprit qui nous pousse à questionner notre rapport à l’étranger, à nos propres sentiments et désirs. Zetian cherche une raison de continuer à vivre après avoir vengé sa sœur, consciente qu’elle a mis un coup de pied dans la fourmilière bien rangée de l’empire et de ses Stratèges. Elle questionne sa relation avec le pilote qu’on lui a attribué après qu’elle a tué le meurtrier de sa sœur. Il est le pilote le plus fort de l’empire, mais aussi le plus détesté, un monstre, parce qu’il est différent, qu’il fait peur. Mais surtout, j’ai été surprise par la fin, cette fin qui enjoint le lecteur à se poser les bonnes questions. Qu’est-ce qu’un ennemi ? Qu’est-ce que l’amour ? Que faire si j’ai le pouvoir de changer les choses ? Bref, un roman très bien écrit, qui traite de sujets peu communs, mais exigeant parce qu’il repose sur une culture qui n’était pas la mienne, et parce qu’il soulève des thèmes qui remettent en question nos relation à l’Autre. Une excellente lecture.

Pour info :
éditions La Martinière Jeunesse (traduction de l’anglais : Isabelle Troin), 464 pages, 20€

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Dune, T1 (Frank Herbert)

Ami du jour, bonjour !

J’espère que t’es prêt.e, parce que là, je m’attaque à du lourd (je parle autant du volume du bouquin que de son poids dans la littérature SFFF contemporaine). J’avoue, pour moi, Dune, c’était un peu ce film crade et incompréhensible des années 80 qui me foutait les glandes. Et puis il y a eu ce remake l’an dernier, et les encouragement d’un ami fin connaisseur (coucou Flo). Alors je me suis lancée. Mais en audio, faut pas déconner !

Sarakontkoi ?
Ce premier tome nous dépeint un empire fait de milliards de mondes et d’étoiles, dont la principale ressource est une Épice récoltée dans les sables de la planète Arrakis, aussi appelée Dune. L’Épice donne longévité et dons de préscience à qui la consomme. L’empereur a décrété que la famille Harkonnen, qui gérait jusqu’alors Dune, devait céder la place à la famille Atréides. Entre intrigues politiques et conflits religieux, le jeune Paul Atréides devra trouver sa place dans ce monde inhospitalier.

Tenpenskoi ?
Alors je t’ai dit que je l’avais écouté, mais, enjaillée par le film, je me suis pris cette magnifique édition (ornée d’un ingénieux ambigramme) parue chez Robert Laffont. Totalement matérialiste. Mais ça vaut quoi ? C’est plus accessible que ce à quoi je m’attendais. On alterne réflexions politiques, philosophiques, religieuses, et scènes plus rythmées. Cela dit, je suis heureuse de l’avoir écouté plutôt que lu, certains passages auraient été assez pénibles. Je salue d’abord la cohérence d’un univers si complexe (dans ses lois, son organisation, sa géographie…) qui pourrait nous paumer, mais qui au contraire nous enveloppe. Cet univers et la batterie de personnages qui y évolue donnent au roman une portée universelle. Le revers de la médaille, c’est que ces personnages justement m’ont paru un brin désincarnés. Avant d’être des êtres de chair, de sang, et d’émotions, ils sont des fonctions (fils de duc, guide spirituel, etc.). On est d’accord, ça ne gâche rien à la lecture, mais tout de même, je me permets de le souligner.

Et puis par moment, c’est perché. Les personnages entrent dans des transes, intéressantes en somme, mais autant c’est passé à l’écoute, autant j’avoue que les digérer à l’écrit aurait été plus compliqué. Enfin, Frank Herbert a poussé l’effort jusqu’à produire des annexes intradiégétiques (écrites par des personnages du roman). J’avoue en avoir passé certaines (sur la religion notamment), mais j’ai été fascinée par l’annexe écrite par le Pr. Kynes sur la biologie et l’écologie de Dune. Je vous la recommande si jamais vous souhaitez vous y attarder. Bref, un roman qui m’a impressionnée par sa portée et sa cohérence, dont j’ai réellement apprécié la lecture.

Pour info :
Trad de l’anglais par Michel Demuth
édition reliée : Robert Laffont, 720 pages, 24.90€
édition brochée : Robert Laffont, 630 pages, 20€
édition poche : Pocket, 928 pages, 11.95€

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La Légende des 4, tome 1 : Le Clan des loups (Cassandra O’Donnell)

Ami du jour, bonjour !

Je te l’ai déjà dit, mais bien souvent, les livres audios me permettent de prendre connaissance des romans que j’ai en rayon, mais que je n’ai pas le temps de lire. Ce fut le cas pour cette quadrilogie, que j’avais sur les étagères de la librairie depuis un bout de temps, dont je me suis débarrassée depuis…

Sarakontkoi ?
Il existe quatre clans de Yokaïs, des humains métamorphes : les loups, les tigres, les aigles et les serpents. La paix entre les clans est fragile, et lorsque des meurtres sont commis, seuls Maya, la future reine du clan des loups, et Bregan, le futur roi du clan des tigres, semblent penser qu’il s’agit d’une machination pour les monter les uns contre les autres. Ennemis de sang, ils n’hésitent pourtant pas à faire équipe pour déjouer ce vil piège…

Tenpenskoi ?
Sincèrement, je ne vais pas passer par 4 chemins, c’était très moyen. Le scénario avait l’air écrit au fur et à mesure par deux gosses qui jouaient, genre « oh oui, tu es mon ami, lui il est méchant, viens, on le tue et on le mange ». Sérieux grattage de tête de mon côté. D’une part le scénario est puéril, d’autre part, le français est très moyen, la moitié des termes employés le sont à mauvais escient… bref, la lecture est pénible.

D’autre part, l’autrice passe son temps à tenter de me raconter des trucs auxquels sincèrement je ne crois pas. Et là, c’est très dommage. Tu pourras me dire autant que tu veux que Bregan est un dur à cuire qui n’est gentil qu’avec Maya, moi tout ce que je vois, c’est une carpette qui fait les yeux doux à une meuf. Dire que c’est une brute, ça ne suffit pas. Dire que son pote, qui fait des blagues débiles, est un psychopathe n’aura aucun effet sur moi si je ne constate pas dans son comportement que c’est le cas. En tant qu’auteur, tu ne peux pas te contenter de me dire les choses, je dois les ressentir, sinon, tu ne m’embarqueras jamais. Et là, clairement, je suis restée sur le quai des lecteurs affligés… Je cherchais un peu de place sur mes étagères, je viens d’en trouver, c’est le bon côté de la chose.

Pour info :
éditions Flammarion jeunesse, 358 pages, 15€

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Un Palais d’épines et de roses (Sarah J. Maas)

Ami du jour, bonjour !

C’est parti pour mon unpopular opinion du jour ; je vais pour parler de ma lecture du fameux ACOTAR (parce que A Court Of Thorns And Roses en VO), et c’est pas que j’ai détesté, mais…

Sarakontkoi ?
Feyre, la benjamine des trois filles d’un marchand fauché, est seule à nourrir sa famille : son père n’est plus que l’ombre de lui-même depuis qu’il a perdu sa fortune, et aucune de ses sœurs, encore trop habituées au luxe de leur ancienne vie, ne peut chasser. C’est lors d’une de ses sorties de chasse que Feyre tue un immense loup, qui se révèle être un Fae. Sa punition : offrir sa vie en échange de celle du Fae, et partir pour Prythian, leur royaume. Tamlin, seigneur de la cour du Printemps, semble pourtant vouloir rendre son quotidien agréable… Quel secret cache le maître des lieux ? Quelle est cette malédiction qui emprisonne son visage et celui de toute sa cour sous un masque ? Et qui est cette femme qui semble le terroriser ?

Tenpenskoi ?
Si tu l’as pas compris, on part sur une base de réécriture de la Belle et la Bête. Moi, j’aime la Belle et la Bête. Alors, ce roman est-il digne de l’engouement qu’il suscite ? Ca dépend. Je n’ai rien lu de foncièrement mauvais. Quelques clichés agaçants, et des facilités scénaristiques, mais rien qui me hérisse le poil au point de ne pas terminer ma lecture.

Les personnages sont des stéréotypes ambulants. Feyre, le personnage féminin « fort », n’est en réalité qu’une gamine superficielle qui ne s’accroche à ses promesse que pour les besoins du roman. Et si par fort, on entend « qui refuse toute aide et se sent outrée chaque fois qu’un homme lui propose un coup de main »… je pense qu’il faut revoir la définition. Porter des pantalons et se la jouer dure à cuire, ça ne suffit pas. D’autant que chaque fois qu’elle est proche d’un homme, elle a les hormones en ébullition ! Tamlin ne fait pas exception : baraqué, ténébreux, taciturne, un brin taiseux sur les bords, il est le parfait anti-héros, maladroit mais charmant. J’ai eu un peu de mal à sentir l’alchimie. Et pourtant, on te décrit une passion dévorante qui naît entre les deux frustrés ! Alors sur les scènes où ça se bécote, j’ai peut-être gloussé une ou deux fois comme une ado, mais ça ne suffit pas.

MINI SPOIL (mais pas vraiment) – La seconde partie du roman était un peu longue. Si tu as lu le conte de la Belle et la Bête, tu sais que Belle revient pour sauver l’homme qu’elle aime (oui, parce qu’il lui en faut du temps pour se l’avouer, rapport au personnage fort qui a tellement peur de se faire arnaquer). Là, Belle… euh, Feyre va devoir affronter d’horribles épreuves imposées par une sadique pimbêche (qui a tout de même ses raisons hein, on n’est pas méchant juste comme ça). Et là, on s’en donne à cœur joie ! OK, Feyre a eu des couilles de se pointer pour se mesurer à plus fort qu’elle, mais aucune de ses victoires ne lui est vraiment due. Tu parles d’une nana forte. Et surtout, elle te fait tout un plat de culpabilité sur un million de détails qui ont collé mes rétines au plafond.

Bref, une lecture divertissante, pas ouvertement problématique, mais longue parfois, truffée de facilités scénaristiques et de stéréotypes, qui a tout de même su faire glousser l’ado en moi. Les scènes de sexe restent peu explicites, mais si les tomes suivants sont plus… disons « libres », il va sérieusement falloir que je prévienne les jeunes qui les achètent. Je ne suis pas certaine de vouloir lire la suite, mais au moins, je sais ce que je vends…

Pour info :
éditions La Martinière Jeunesse (trad de l’anglais par Anne-Judith Descombey), 528 pages, 18.90€

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La Fille d’encre et d’étoiles (Kiran Millwood Hargrave)

Ami du jour, bonjour !

Toi qui me suis sur Insta, tu auras remarqué le décalage entre mes retours en stories et mes retours écrits… Les boules, il faut vraiment que je rédige mes chroniques au fur et à mesure. Je le dis, mais vais-je le faire ? C’est parfois compliqué de faire un retour écrit, et donc construit, à chaud. C’est parti pour une lecture que j’ai terminée en janvier, qui traînait dans ma PAL depuis 3 ans (c’est pas si pire, crois-moi), que j’ai sorti grâce à Justine (du compte @lesgardiensdelabibliothèque) pour une lecture commune.

Sarakontkoi ?
Il y a bien des années est arrivé sur l’île de Joya un gouverneur tyrannique qui a décrété que personne ne pouvait plus en partir, ni se rendre au nord de l’île, déclarée zone interdite. Isabella, 13 ans, vit sur l’île avec son papa, un cartographe renommé. Sa meilleure amie n’est autre que Lupe, la fille du gouverneur, avec qui elle se dispute, et qui, pour prouver sa valeur, s’enfuit dans les forêts du Nord. Envahie par la culpabilité, Isabella accompagne, en tant que fille de cartographe, le gouverneur et sa suite pour tenter de sauver Lupe…

Tenpenskoi ?
Résumer ce roman s’est avéré assez complexe pour moi ; je t’ai parlé d’une partie de l’histoire, mais il me paraît évident que tout ça est bien vide, parce que je ne t’ai pas parlé des légendes de l’île. L’intrigue principale est imprégnée de tout un folklore local, de combats entre une bonne déesse nourricière et un démon avide. C’est un réel conte initiatique, que j’ai rapproché dans sa forme de celui de Vaiana (oui oui, le Disney) où la protagoniste grandit, mais entraîne également dans son sillage bien des changements, et la réalisation d’une sorte de prophétie. Il y est question de vengeance divine, de combat entre le bien et le mal, la nature et le feu.

Le roman, tant dans la légèreté — et presque la poésie — de son texte, que dans la construction de ses personnages, est un réel délice. L’autrice n’essaie pas de créer des personnages d’enfants (souvent trop ingénus/perspicaces/innocents), elle les laisse au contraire s’épanouir ; elle ne les épargne d’ailleurs pas dans leurs épreuves. Elle fait appel à l’intelligence émotionnelle du jeune lecteur en ponctuant son récit de mille dangers (tout à fait réels), en les confrontant à la mort et au mensonge. La fin en particulier m’a beaucoup touchée, parce que bien qu’elle soit assombrie par des événements dramatiques, c’est aussi une libération, au sens propre comme au figuré. Une libération de la parole, des désirs, des espoirs, un renouveau. Bref, une superbe lecture, tout à fait inattendue.

Pour info :
éditions Michel Lafon (trad. de l’anglais par Philippe Mothe), collection Poche, 307 pages, 6.60€

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Londinium, T1 : Un Lapin sous le dôme (Agnès Mathieu-Daudé)

Ami du jour, bonjour !

Attardons-nous aujourd’hui sur un roman qui serait passé tout à fait inaperçu dans ma vie de lectrice et de libraire si je ne l’avais pas reçu, là encore, dans le cadre d’une visio VLEEL (Varions les Éditions en Live, pour rappel). Et quelle perte c’eût été !

Sarakontkoi ?
Dans Londinium cohabitent les Hommes et les Animaux. Ces derniers sont dotés de parole, et vivent peu ou prou comme leurs compatriotes humains. C’est là que vit Arsène, lapin de son état, détective (le meilleur !) de profession. Alors, lorsque son meilleur ami lui demande de retrouver une jeune lapine dont il est fort épris, Arsène mène l’enquête. Cette disparition n’aurait-elle pas un lien avec les attaques de renards, les nouvelles lois peu favorables aux animaux, ou encore d’étranges vols commis un peu partout ? Ses investigations conduiront Arsène jusque sous le Dôme, cet espace privilégié où les Animaux ne sont pas vus d’un très bon œil…

Tenpenskoi ?
Comme je le disais en début de billet, ce n’est franchement pas le roman qui me faisait envie quand je l’ai reçu. Mais c’est l’école des loisirs, et je suis curieuse, parce que je sais qu’ils proposent en général des textes de qualité. Et puis tout ça avait un parfum de Watership Down et de Zootopie, mêlés à du Hercule Poirot (parce que même si Arsène porte le prénom d’un certain Lupin, il n’en a pas moins quelque ressemblance avec un détective belge que j’affectionne particulièrement, doublé d’un locataire de Baker Street).

Alors on te parle d’un roman jeunesse, mais en soi, ça ne l’est pas plus que Watership Down ne l’était ; l’anthropomorphisme a cela de trompeur qu’on a tendance à l’attribuer seulement aux jeunes lecteurs. Il n’empêche que les sujets peuvent être d’une gravité toute adulte ! On y parle discrimination, remaniement social et sociétal, migration de population, ghettos, misère sociale et j’en passe. Et pourtant, ces petits lapins, souris et autres blaireaux, ça rend tout ça diablement accessible. Un roman très court, pourtant parfaitement efficace dans son dérouler. Il ne manque rien, tout y est. C’est un chouette voyage à travers l’Histoire de ce début de XXe siècle, et les conflits qui l’ont jalonné. J’ai aimé, donc.

Pour info :
éditions école des loisirs, collection M+, 208 pages, 14.50€

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Virgile & Bloom (Joanne Richoux)

Ami du jour, bonjour !

Parfois, les livres qui nous obsèdent sont ceux qui nous déçoivent le plus. Pas qu’ils soient intrinsèquement mauvais, mais nos attentes semblaient un peu trop élevées. Peut-on imputer la déception à ce pauvre roman dans ce cas ? Tentons de répondre à cette question.

Sarakontkoi ?
Bloom est étudiante en psycho et prend, à ses heures perdues, des cours de violoncelle avec Virgile. Virgile, beau, ténébreux, mystérieux, qui ne boit jamais le café qu’il se sert, et qui semble préférer l’abris des ombres aux plages ensoleillées. Bloom le sait, c’est un vampire. Et un vampire dépressif qui plus est. Or, la dépression et les vampires ne font pas bon ménage, alors pour chasser sa morosité, Bloom lui propose un voyage en forêt de Brocéliande, afin de le forcer à s’y sociabiliser avec d’autres créatures de l’ombre…

Tenpenskoi ?
Moi, j’étais en manque de Maëlle Désard, c’est tout ce que je sais. Et si tu ne sais pas de quoi je parle, zyeute-moi un peu cet article sur Les Tribulation d’Esther Parmentier. Je voulais de ce genre de récit drôlissime, sans prise de tête, avec une héroïne brute de décoffrage au langage peu châtié, qui ne s’en laisse pas conter. De côté-là, je suis servie. Le style très familier rythme une intrigue qui peine parfois à décoller, et emprunte quelques raccourcis malheureux. Et puis, parfois, il fait mouche. Parfois, on kiffe.

Mais jamais Bloom n’arrive à la cheville d’Esther. Dans le rôle de la jeune adulte paumée et désabusée, on en fait un peu trop. Et comme on arrive en plein milieu du schmilblick (Bloom et Virgile se connaissent déjà, et elle lui avoue qu’elle sait qu’il est un vampire dans les premières pages), on n’a pas le temps de comprendre ce qu’est leur relation qu’on est déjà sur la route. Et c’est un peu symptomatique de tout le récit ; en dehors des jérémiades de Bloom, toutes les péripéties sont plus ou moins survolées. Une fin du monde s’annonce ? C’est 10 pages avant la fin du roman. Virgile doit passer des épreuves super difficiles pour intégrer cette petite communauté de monstres ? Elles n’ont de douloureux que quelques mots au détour d’un couloir. On ne voit rien, tout nous est reporté dans des dialogues et quelques observations des personnages. Ce qui fait que je n’ai développé aucune empathie avec Virgile, ni avec Bloom. Et les flashbacks de la vie de Virgile n’ont pas aidé. Trop longs et un peu « meh » à mon goût, ils coupent le rythme que je trouvais déjà un peu lent.

Dommage donc, parce que l’idée de base est sympa, et même originale. Et même si le style est assez cool, et incisif, ça manque trop de développement pour que je m’implique réellement. C’est un tant pis/20.

Pour info :
éditions Actes Sud Junior, 304 pages, 16€

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Lore (Alexandra Bracken)

Ami du jour, bonjour !

Aujourd’hui vient la douloureuse. Je casse le mythe de ce coup de cœur des réseaux, et je m’en vais t’expliquer comment faire d’un scénario prometteur un roman sans grand intérêt.

Sarakontkoi ?
Tous les sept ans, depuis que les dieux majeurs de l’Olympe ont défié Zeus, a lieu l’Agon. C’est une chasse punitive d’une semaine lors de laquelle Athéna, Artemis, Arès, Apollon et les autres sont envoyés sur terre en tant que mortels, et chassés par les héritiers des grandes maisons (celles d’Achille, de Persée, de Thésée, etc.). Lorsqu’un dieu est tué, le mortel qui a porté le coup prend sa place et est à son tour chassé lors de l’Agon suivant. Lore vit à New-York, elle est la dernière descendante des Perséides, et refuse d’être mêlée à l’Agon. Mais lorsque celui qui a tué ses parents reçoit les pouvoirs d’Arès, la vengeance la pousse à entrer dans le jeu… Et si tout cela n’était que manipulation ?

Tenpenskoi ?
Avant même de te parler du contenu, je vais te causer un brin conjugaison. Putain tu publies pas un roman quand tu ne connais pas la concordance des temps et des modes. Ca m’a rendue dingue ! Quand tout ton récit est au passé, tu ne peux pas conjuguer les verbe d’une proposition introduite par « après que » au présent ! Je te donne quelques exemples :
– « Il restèrent plusieurs minutes sans rien dire après que Lore a fini d’expliquer… »
– « les documents [qu’on lui avait obtenus] après que sa famille a été assassinée« 
– « leur extinction était survenue après que les lignées ont décidé d’adopter […] »
J’ai mal, mais j’ai mal ! C’est le premier De Saxus que je lis en français, et après leur « communiqué » sur l’embauche de nouveaux collaborateurs pour un meilleur rendu final, j’y croyais. Mais comment un traducteur, un correcteur ET un éditeur ont-ils pu laisser passer ça ?

Après cette purge grammaticale, j’ai tout de même tenté de rester concentrée sur l’histoire. Dans sa globalité, c’est un « pourquoi pas ». Perso, je m’attendais à un Hunger Games (et c’est un peu ce qui nous avait été vendu) dans un trip mythologie grecque. On est bien en-dessous. Dans les faits, les descriptions de combats sont tellement brouillonnes que je me demande comment, physiquement, certains personnages se retrouvent là où ils sont, sont blessés là où ils le sont. J’ai dû relire certains passages 4 ou 5 fois, sans comprendre la physique de la scène. Je ne sais pas si c’est le texte original qui manque de précision, ou la traduction qui est trop inexacte… Et toutes ces généalogies, et ces alliances, c’est d’un compliqué ! C’est dommage, parce que le retournement de situation aurait pu être surprenant…

En bref, une bonne idée, ça ne fait pas un bon roman. J’ai passé toute ma lecture les sourcils froncés ou les yeux levés. Je dis donc bye bye à mon exemplaire, qui, je l’espère, fera un heureux. Et je suis dégoûtée, parce que la version hardback du livre est vraiment belle, toilée, avec cette tête de Méduse dorée… Un réel déchirement. Pour moi, De Saxus, c’est terminé. Si je veux lire leurs publications, ce sera en VO.

Pour info :
éditions De Saxus (trad. de l’anglais par Jean-Baptiste Bernet), 628 pages, 19.90€