Publié dans N'importe quoi

Welcome 2019

Ami du jour, (premier) bonjour (de l’année) !

Tu as dû le remarquer, j’ai pris un peu de distance ces derniers temps. D’une part parce que ma (notre) situation perso ne me le permettait pas — manque de recul, toussa toussa — mais aussi parce que je ne parvenais plus à avancer dans mes lectures, ni à te trouver ces petites pépites qui faisaient papillonner mes doigts sur le clavier et mon cœur dans ma poitrine (si si, je te jure).

Alors voilà, je reviens en 2019, pas avec de bonnes résolutions, mais avec un bagage sympa d’idées foutrement excitantes. Je ne promets pas de lire plus, ni plus vite. Mais surtout, je me promets de ne pas enterrer mes projets avant d’avoir essayé.

Pour commencer, on a vidé la chambre-dépôt, qui servira au bébé. Plus de lit à barreaux, de tour de lit, de bodys, de petits chaussons. Tout est au grenier. Et on a trié. Et jeté. C’est libérateur.

Et si l’année commence comme ça, je me dis qu’elle ne peut qu’être pleine de projets, et plus de regrets.

Alors je ne te souhaite rien de particulier, si ce n’est de vivre à fond cette année. Plante-toi, repousse la lessive et le moment de trier tes papiers, glande sur le canap’ tout le dimanche, fais le tour du monde, ou celui du marché le samedi matin. Entame un régime, arrête de fumer, reprends un mois après, ne va pas au sport, mange bio, fais les soldes, recycle. Manifeste, sois pour ou contre. Sois généreux, jaloux, colérique, amoureux, gentil, injuste, patient. Sois seul, soyez nombreux. Quoi qu’il arrive, fais-le bien. Mais ne vis rien comme un échec ou une perte de temps. Parce que cette année, et l’année prochaine, et toutes les autres, c’est ça, la vie.

Banannée les copains.

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Publié dans Highway to FIV

Round 2

Salut les loulous !

L’hiver arrive, et pourtant, il souffle comme un vent de ménage de printemps. Barf, je prends juste un peu d’avance cette année. Tu l’auras deviné, j’ai crevé un abcès sur mon dernier billet, maintenant ça va mieux, j’ai remis la pleurnicharde au placard.

Et grosse décision : on range tout (ouaip, principe du ménage de printemps). Mais pas juste la maison. Ces derniers jours, ça m’a comme sauté à la tronche. J’ai laissé ce bébé prendre beaucoup trop de place dans ma vie, et donc, dans notre couple et notre maison.

J’avais fini par nous définir par la négative, par ce que nous n’étions pas, plutôt que de voir ce que nous étions. Nous n’étions pas des parents. Ou nous étions des parents ratés. Point-barre. Et tant que nous échouerions, nous ne pourrions être que ça. Un manque. Cet enfant qui ne venait pas prenait déjà toute la place. Le lit, quelques meubles, quelques objets ou petits bodys trognons offerts, trouvés, chinés (ne me prends pas pour une folle, c’est comme ça). Des pièces et des espaces réservés pour lui. La maison entière pensée pour lui. Pas pour moi, pas pour nous.

Il faut savoir que même si on pense bien gérer côté mental, ce n’est jamais vraiment le cas. Et quand tu comprends ça, d’un coup, ça va mieux.

Toutes ces conneries pour te dire que je viens de faire mon injection de Décapeptyl. Mais cette fois, on fait les choses dans l’ordre. En janvier, on reprend possession de notre maison, et de notre vie. Le lit, les bodys et tout le reste iront sagement attendre dans le grenier. Après tout, nous aurons bien 9 mois pour les ressortir.

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Publié dans Highway to FIV

Salut les loulous,

Peut-être vous le savez, peut-être non. Chez moi, billet du soir rime rarement avec espoir. D’autant que celui-ci est rédigé depuis mon téléphone alors je vous laisse imaginer les coquilles… je le corrigerai demain. Ou je le supprimerai si mes larmoiements m’exaspèrent moi-même. Ça sera selon.

Aujourd’hui, j’ai pas le moral. Ça m’arrive. C’est le down total. Personne n’y peut rien. Un million de choses horribles se passent à travers le pays. Des gens tuent des gens meurent. Les uns sont trop riches, les autres trop pauvres. Les uns portent des gilets, brandissent le poing. Les autres… sont les autres. Certains tirent d’autres sont visés. Et je suis épuisée. Épuisée qu’on me gave comme une oie en m’obligeant à prendre parti.

Moi, je m’en fous de ces débats stériles. Vilaine, on se bat pour toi, tu es cruelle de dire ça. Voilà, j’en ai probablement oublié, mais c’est sûrement ce que tu penses. Je n’ai qu’une obsession, lancinante. Autour de moi les grossesses se déclarent ou arrivent à terme. Et moi je souris. Ou je me tais. Et j’attends. J’attends que mes numéros sortent au prochain tirage. C’est sans fin. Lâcher prise, me faire aider, voilà ce qu’il faut faire. Mais je suis là, avec mon espoir piétiné, mes 27 jours de retard et un nouveau traitement dans le frigo. Et j’attends. J’attends qu’on me dise d’arrêter d’attendre. J’attends d’arrêter de trop y penser. J’attends d’avoir totalement étouffé tout espoir pour qu’à moi aussi il arrive un miracle. Certains ont attendu des années. Ce n’est que notre premier essai. Que. J’attends mon tour depuis 15 ans. Et ce soir, je m’en fous.

Publié dans Bouquinade, Roman

Ceci n’est pas qu’une comédie romantique (Julie Grêde)

Ami du jour, bonjour !

Tiens, elle revient celle-là. Eh oui cher ami, et je reviens avec une lecture… comment dire… en demi-teinte. Je me suis dit, après Le Fléau et Dans la forêt : « tiens, si je me lisais un truc sympa qui ne me crache pas à la gueule que notre monde s’effondre et que je n’en ai plus pour longtemps ? » Là, une révélation ! N’avais-je point entendu Pauline, de la chaîne Pinupapple & Books, parler d’un truc facile à lire, bien évident, mais qui faisait du bien et réparait les cœurs ? Mais si, mais si. Ceci n’est pas qu’une comédie romantique était dans ma liste d’envie depuis quelques mois. Banco.

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Sarakontkoi ?
Bébé — ne levez pas les yeux et lisez jusqu’à la fin — Bébé, donc, sort d’une rupture très douloureuse. Elle s’est laissée convaincre par sa meilleure amie, Lo, de passer les fêtes avec elle, dans son luxueux chalet à la neige, avec une bande de copains. Autant dire que Bébé ne se sent pas très sociable. Mais lorsqu’elle atterrit, personne. Les autres n’ont pas pu prendre l’avion à cause d’une tempête. Le majordome la dépose tout de même au chalet, où l’attend un charmant jeune homme dans un tablier. Qu’est-ce que c’est que ce traquenard ?

Tenpenskoi ?
Honnêtement, il n’y a pas plus fan des comédies romantiques que moi. Pour te dire, hier encore je regardais The Holiday en pensant à une ami très chère (BJ si tu passes par là, c’était ma pensée pour toi en ce jour de fête, toi-même tu sais). Alors oui, je me laisse aller à regarder des trucs faciles dont je connais d’avance la moindre réplique. Et ce livre n’a pas fait exception. À la rigueur, c’est pas très grave, tu sais à quoi t’attendre quand tu commences à bouquiner.

Ce que je vais dire m’embête au plus haut point, parce que pour une fois, j’ai éprouvé une réelle bienveillance à l’égard de l’auteure. Elle y a mis son cœur, j’ai senti qu’elle aimait ses personnages et le plaisir qu’elle a pris à les écrire. Ça , c’est pour les plus.

Ça n’a pas suffi, et j’en suis la première désolée. Ça sonnait faux. Une jeune fille surnommée Bébé parce qu’elle n’aime pas son prénom (Grey, d’après Jennifer Grey, l’actrice de Dirty Dancing ET ses yeux gris… sérieux) ? Un gars qui porte le nom d’un personnage de film… mais genre pas juste le prénom ! Le gars s’appelle JB pour John Bender (le personnage de Breakfast Club)… comme si toi, tu appelais ton gamin Tomcrouze ! Et ce n’est qu’une infime partie de ce qui m’a gênée. Pour ne citer que ça, [SPOILER] la séparation due à une FIV qui a mal tourné (OK, je suis trop impliquée), le manque de naturel de certaines scènes, le côté lavette du personnage masculin, le cliché de la fille qui se trouve moche et n’a de cesse de remettre ça sur le tapis à chaque introspection, la quantité de points de suspension qui pourraient relier Clermont-Ferrand à Paris, la déplorable correction ortho-typo de l’éditeur et (parce que je suis chiante là-dessus) la main du livre qui laisse à désirer (en gros, la souplesse du papier, qui permet de bien le prendre en main).

Bref, j’ai apprécié l’intention et le dialogue avec l’auteure, et puis, elle a pondu un bouquin quoi ! Chose que je ne suis pas foutue de faire ! Pour le reste, ça me désole, mais je passe.

Pour info :
PIXL éditions, 263 pages, 7.90€

Publié dans Madame Je-Sais-Tout, Sors ta science

Sors ta science #15

Ami du jour, bonjour !

Me voici me voilà, de retour du Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil. Mon week-end fut mouvementé : non content d’avoir dépensé une certaine somme en bouquins, la fourrière a embarqué notre voiture. Obligés de poser un jour (lundi) parce que la fourrière est fermée le week-end et que j’ai 4 heures de route pour rentrer. Bref, on a récupéré la voiture, non sans avoir été délestés de 130 balles, et on attend l’amende. En attendant, je suis bien contente de retrouver mon poste et mes collègues (et c’est déjà pas mal).

Aujourd’hui, on va causer d’une expression que je n’avais jamais vraiment comprise avant de tomber sur le compte Instagram Sors de ta caverne. Johara m’a gentiment donné l’autorisation de reprendre son post, parce que, franchement… voilà. En gros, j’ai envie de lui piquer toutes ses publications (si tu vas sur son compte, tu comprendras pourquoi). Je t’ai donné l’adresse, mais interdiction de me laisser tomber hein !

Bref, aujourd’hui, on va savoir pourquoi on voit midi à notre porte.

Tu la connais la copine/sœur/maman/tata/boss (raye la mention inutile) qui n’est pas trop d’accord avec ton propos et te sort d’un air pincé : « chacun voit midi à sa porte ». Tu vois que de son côté, c’est pas vraiment top top. Mais c’est quoi cette foutue histoire de porte et de midi ?

Tu le sais, ni Charlemagne ni Louis XIV n’avaient de Swatch au poignet. Pas possible, l’heure se mesurait à l’époque avec un cadran solaire, placé en général devant la porte des habitations. Sauf que c’est pas l’instrument le plus précis du monde, et qu’entre mon midi et celui de mon voisin, bah c’est pas exactement la même chose. Tu vois midi à ta porte, ça veut dire que c’est ta façon de voir les choses, ton point de vue. (J’entends d’ici le « aaaaaaaaah »).

J’en ai entendus qui disaient : chacun voit 13h à sa porte. Ca marche avec toutes les heures cela dit. Sauf peut-être la nuit… bref, le voile est levé, je peux enfin, moi aussi, prendre cet air contrit, pincer mes lèvres et murmurer dans une hypocrite envie d’éviter le conflit : « oui, enfin, chacun voit midi à sa porte ».

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Publié dans Bouquinade, Roman

Dans la forêt (Jean Hegland)

Ami du jour, bonjour !

Notre week-end au Salon du Livre et de la Presse Jeunesse approche, je me sens tel un hamster qui rempli ses petites joues pour se préparer un bon pactol de graines : je calcule quelle somme il serait raisonnable de ne pas dépasser en achat de bouquins. (Oui, Maëlle, je sais, c’est pas comme si j’avais des contacts, mais tu sais bien que j’achète mes livres !) En même temps, je flâne sur Insta, et la gamine de 8 ans en moi saute partout en criant « ce livre a l’air trop bien ! Et lui ! Et lui ! ». Heureusement, j’ai un mari adorable : la somme que je mets dans mes bouquins est rarement un problème pour lui…

Ceci dit, aujourd’hui, il n’est nul question de littérature jeunesse stricto sensu (de quel droit un livre serait plus jeunesse qu’un autre ?) Parce qu’aujourd’hui, je te parle d’une déferlante.

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Sarakontkoi ?
Rien ne va plus dans le monde. Plus d’essence, plus d’électricité. Des émeutes éclatent, des virus déciment les populations. Nell et Eva ont été élevées dans une maisonette au milieu des bois, bénéficiant de l’école à la maison. Leur mère a été emportée par un cancer fulgurant. Leur père est décédé. C’est donc seules qu’elles devront survivre, se nourrir et se défendre. Elles s’accrochent au passé, attendant une aide qui ne viendra pas…

Tenpenskoi ?
Si tu t’attends à des explosions nucléaires, à des émeutes sanglantes, à une panique générale, tu te plantes. Tout ça, c’est un bouhaha lointain qui atteint à peine deux jeunes femmes élevées loin des stigmates sociaux. Pourtant, la « vraie vie », elles crèvent d’envie de la rejoindre, l’une pour entrer à Harvard et l’autre pour intégrer une présitgieuse troupe de ballet.

Au chagrin de la perte et de l’absence succèdent la colère, puis le désespoir. Quelque chose est cassé. Et au début, on cherche à réparer. Et enfin, lorsqu’elles se sont lavées de tous ces artifices, l’instinct. La seule chose qui peut les sauver. On ne répare plus, on construit. Comment cultiver un jardin, calmer des nausées, soigner une infection, trouver et conserver la nourriture dont elles ont tant besoin. Quand nécessité fait loi, il n’est plus question de peur, de honte. Mais il est toujours question d’amour : celui de deux sœurs qui sont tout l’une pour l’autre, à travers les bons comme les mauvais jours.

J’ai lu dans un billet l’expression « roman d’ambiance ». Le genre de livre où ce n’est pas l’action, mais l’atmosphère et la réflexion qui prennent le dessus. Je pense qu’on peut dire que Dans la forêt est un roman d’ambiance par bien des aspects. Mais pas le truc chiant. Je ne te parle pas de lire Un balcon en forêt (désolée pour les amoureux du genre). Mais, si tu laisses réellement une chance à ce roman, tu pourrais t’en trouver libéré. En le refermant, j’ai eu envie de renouer — non pas avec mon corps ou ma tête — mais avec mon instinct. Mes fringues m’ont paru trop lourdes, mon job totalement futile (quand le travail est-il devenu une fin et non un moyen ?) Je ne peux pas te parler de coup de cœur. C’est un coup de poing. Sur la table. Dans ta figure. Lis-le.

Pour info :
Poche (celle que j’ai lue) : éditions Gallmeister, collection Totem, 308 pages, 9.90€
Grand format : éditions Gallmeister, collection Nature Writing, 304 pages, 23.50€

Publié dans Highway to FIV

Que la force soit avec nous.

Salut les loulous !

Vous l’avez deviné, quand ça commence comme ça, c’est qu’on va causer PMA (et ça rime en plus).

J’ai hésité à faire ce billet, parce que je manque cruellement de recul. Seulement, il y a des choses, des peurs, des angoisses, des pensées bizarres, qui, si elles ne sortent pas immédiatement, font des dégâts. Comme quand tu te retiens de faire pipi et que tu chopes une infection urinaire. C’est pareil.

Alors je vais tenter d’organiser tout ça, et de te sortir un billet construit.

Je vous avais laissés début novembre, après le RDV avec la biologiste. On reprend tout depuis le début. Avec une nouveauté : les effets secondaires du premier traitement, qui on pris leur temps pour se pointer. Je ne sais pas si vous avez vu à la toute fin de mon billet précédent, mais les bouffées de chaleur ont fait leur apparition. Cette semaine, ça va mieux. Mais pendant trois semaines, elles arrivaient à des moments peu opportuns, serrant ma trachée, faisant monter mes larmes et suer mon front. Quelque chose de vraiment violent. Du coup, il arrivait qu’on me voie me figer une demi-minute, le temps que la pression se relâche, me laissant brûlante, trempée et gênée.

En dehors de ça, rien de bien sorcier.

Mais hier, nous sommes allés commander les nouvelles injections. On ne change rien pour le Décapeptyl (qui arrête les cycles) et l’Ovitrelle (pour déclencher l’ovulation), mais exit le Bemfola. On passe au Menopur. Et une dose de cheval s’il vous plaît. Là où certaines femmes prennent des doses de 112.5 unités, ce sera 225 unités pour moi. Contrainte supplémentaire, il faudra préparer un mélange avant de l’injecter.

Je crains un peu que ce traitement ne soit agressif. J’ai peur de détruire ce qui reste de mon corps. J’ai peur qu’on refasse tout ça en vain. J’ai peur de ces moments, sur mes toilettes, où je maudirai ce foutu bâton de plastique plein d’urine, en priant Dieu, Bouddha, Allah et tous leurs saints pour que cette foutue deuxième barre apparaisse. J’ai peur de ces tests de grossesse qui s’accumuleront au fond de ma poubelle.

Mon cycle ne ressemble plus à rien, j’ai 14 jours de retard. Le nouveau traitement doit commencer sur le cycle de décembre alors que celui de novembre n’arrive pas. Je pense aux fêtes, qui seront ponctuées de piqûres, de glacières pour transporter tous mes produits. Et je pense aux médecins, aux secrétaires, aux infirmières, qui, si je leur écris aujourd’hui pour leur dire que, merde, 15 jours de retard, me répondront que « c’est normal, avec le traitement que vous suivez ». NON. Non, ce n’est pas normal. J’ai peur, je suis stressée. Et heureusement, je ne suis pas seule.

C’est une nouvelle chance. J’espère que c’est la bonne. En attendant, on vit de petits riens, de tous les jours. Un jour après l’autre. Que la force soit avec nous.

 

Publié dans Madame Je-Sais-Tout, Sors ta science

« Belle maman, vous… tu… »

Ami du jour, bonjour !

Vendredi, j’ai eu la bonne surprise de recevoir via Facebook une idée d’article, parce que là, je sèche. Non, je ne suis pas une machine. Te parler d’un bouquin, c’est évident, mais pour ce qui est des autres articles, ça vient selon l’inspiration. Alors j’aime bien recevoir ce genre de petit mot. Là, c’est ma collègue Fred qui m’a envoyé le podcast à l’origine de ce billet. Sankyou bôcou.

Aujourd’hui, tu l’auras compris, on va causer tutoiement / vouvoiement. Et pour commencer, je vais arrêter tout de suite le débat qui n’existe que dans ma caboche : on peut dire vouvoiement ET voussoiement. Les deux ont une origine assez ancienne, voussoiement était le plus logique (bah ouais, on écrit vous, pas vouv), mais vouvoiement étant le plus euphonique (celui qui sonne le mieux).

Ca, c’est fait. Maintenant, pourquoi on voussoie (ouais, j’ai envie de dire voussoyer) ? Non parce qu’on n’est qu’un dans notre tête, même si ce n’est pas évident pour tout le monde. On considère que le voussoiement viendrait de l’Empire Romain, environ 300 après ce bon vieux J.C. Diocletien était alors au pouvoir, et a divisé l’Empire en deux : l’Empire d’Orient, et l’Empire d’Occident. À la tête de chaque morceau, il y avait un Auguste (titre honorifique d’empereur en quelques sortes) et un Cesar pour l’assister. Ainsi, lorsqu’un zozo prenait la parole, il parlait pour tout le monde, et se désignait donc par le pronom nous. On lui répondait en lui disant vous. Là, tu te dis : « oui, mais Louis XIV il faisait pareil, et il était tout seul ! » Certes, mais notre cher Louis avait une fascination pour la Rome antique, en témoigne l’esthétique des statues et les représentations artistiques. Bref.

C’est donc une des explications probables du voussoiement. Toujours est-il que sous la dynastie carolingienne, le voussoiement devient systématique, comme dans presque toutes les langues européennes (certaines résistent encore et toujours à l’envahisseur).

Après la Révolution, les conventions de l’ancien Régime sont complètement désavouées et rejetées. On efface la hiérarchie, le tutoiement est obligatoire, sous peine de finir guillotiné. La distance entre les « castes » sociales n’existe plus.

Napoléon restaure le voussoiement, envers la noblesse d’abord, puis la bourgeoisie. Et le voussoiement cède à nouveau la place en mai 1968, alors qu’à nouveau, on cherche à gommer les frontières sociales.

Tu l’auras compris, le voussoiement est vu comme une marque de respect, mais surtout comme une marque hiérarchique. Ainsi est-il d’usage, lorsque l’on rencontre quelqu’un, de le voussoyer. Personnellement, je trouve ça extrêmement hypocrite. Si je dis : « je vous emmerde », je ne suis pas plus respectueuse que lorsque je tutoie mon interlocuteur. Pour moi, l’intention mise derrière le voussoiement ou le tutoiement est bien plus importante que la forme de discours.

Le « tu » que je te donne est une marque de connivence, de complicité. Tu partages peut-être les mêmes centres d’intérêt que moi, tu lis ou pas les mêmes livres, tu es d’accord ou pas avec ce que je raconte. Mais surtout, je refuse toute hiérarchie. Ce que je veux, c’est un partage. « Mais, nous sommes plusieurs », me diras-tu, « c’est un voussoiement de pluralité ». Mais je m’adresse à toi. Toi qui a ta compréhension de cet article, et de tous les autres. Je fais appel à l’individu derrière la masse, derrière l’écran. Un intervenant dans une émission disait en gros « voussoyer, c’est reconnaître la pluralité de chacun, et mettre une distance qui représente la civilisation ». Moi je réponds : « tutoyer, c’est reconnaître que nous sommes uniques et que nous avons tous notre degré de compréhension et d’implication ». Si tu me demandes de te vouvoyer, c’est toi qui mets de la distance, et non du respect, entre toi et moi 🙂

Aussi demande-je toujours aux personnes dont je me sens proche immédiatement de me tutoyer.

À ce sujet, je te propose un article fort sympathique, si tu as deux minutes :
http://www.seizeheurestreize.com/commentaire-politique/vouvoyer-nest-pas-une-marque-de-respect-de-lindividu/

Et le lien vers le podcast France Culture :
https://www.franceculture.fr/player/export-reecouter?content=7cc1d710-5a23-4ca2-88d7-6924e6094976&fbclid=IwAR0w5nimmRGkfGbcznNMMnXvNXMYRY2vfnlOXXI_MHuTYJGJgzNi8CRSOkY

Désolée, ce billet était un peu long. Merci d’être arrivé jusqu’ici !

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Publié dans Albums, BD, Bouquinade

Cœur de pierre (Séverine Gauthier / Jérémie Almanza)

Ami du jour, bonjour !

Aujourd’hui, c’est vendredi, et vendredi, j’aurais envie de dire que tout est permis, mais si c’était le cas, je ne me serais probablement pas levée ce matin ; Alexa, l’intelligence artificielle de notre enceinte connectée, nous a réveillés avec le doux son d’une musique folk. Alors bon, il a bien fallu sortir du lit. Dans ma tête, l’ambiance est à la mélancolie où pointe un soupçon de tristesse, mais que veux-tu, il faut aller.

Alors aujourd’hui, je te ressors un album/BD qui reflète un peu cet état d’esprit, un truc que j’ai lu il y a un bail, que j’ai vu passer sur Insta, et que je pensais avoir chroniqué mais en fait non (si ça se trouve, je suis juste un boulet qui ne sait pas utiliser la fonction « rechercher » de son blog). Dans le doute…

Sarakontkoi ?
Cœur de Pierre, c’est l’histoire d’une petite amoureuse. Amoureuse d’un petit homme triste et insensible. Jour après jour, elle offre un pétale de son cœur d’artichaut au petit bonhomme triste. Elle essaie de le réparer, de lui apprendre à aimer. De tout lui donner. Mais arrive le jour où elle n’a plus de pétale à donner, et son petit cœur d’artichaut a été effeuillé en vain…

Tenpenskoi ?
De mémoire, il me semble que c’est Chéri qui m’a offert cette BD il y a quelques années, parce qu’il savait que j’affectionnais ce genre de graphismes. Et franchement, il a eu tellement raison ! J’aime ! L’utilisation des couleurs et de la lumière, les traits naïfs qui exacerbent les contrastes entre ce que ressentent nos petits personnages les uns pour les autres.

C’est une histoire universelle, le syndrome de l’infirmière, si on veut casser la poésie. C’est-à-dire la propension à s’attacher aux personnes que l’on croit pouvoir guérir/changer/sortir d’une situation (vachement pas poétique). S’attacher aux mauvaises personnes, c’est le pitch de départ d’un million d’histoires d’amour qu’on nous sert aujourd’hui en littérature sentimentale. Mais là, ça va plus loin. C’est le : « Et après, si ça ne fonctionne pas ? Si on a tout donné ? S’il ne nous reste rien ? » Je vous rassure, on ne reste pas sur ce constat…

Plein de poésie, très mélancolique et assez juste, il peut s’adresser aux adultes en pointant leurs travers sentimentaux avec la naïveté déconcertante d’un enfant.
J’ai adoré !

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Pour info :
éditions Delcourt, 32 pages, 9.95 EUR

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Le Fléau (Stephen King)

Ami du jour, bonjour !

Si tu jettes un œil sur mon compte Instagram, tu auras suivi un peu mes pérégrinations concernant la lecture du Fléau de Stephen King, initiée par Lemon June.

Je ne te fais pas attendre plus longtemps cette chronique que j’ai déjà suffisamment retardée. Comment veux-tu que je te parle en 3 paragraphes d’une œuvre aussi riche ?

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Sarakontkoi ?
À la fin du printemps 1990, suite à une micro-erreur informatique, un virus génétiquement modifié se propage aux États-Unis et dans le monde, tuant plus de 99% de la population. L’instinct des survivants les pousse à rechercher leurs pairs dans le cimetière à ciel ouvert qu’est devenu le pays. Puis il faut tout reconstruire. Trouver d’autres solutions ? Faire mieux ? Ou tout rebâtir comme avant ? Deux parties s’opposent, que les protagonistes appellent le Bien et le Mal. Tout est-il si manichéen ?

Tenpenskoi ?
Avant de te faire un topo, laisse-moi te dire que cette lecture fut éprouvante. Pas parce qu’elle avait cette image « horreur » qui colle à la peau de Stephen King, mais parce que, ayant lu la version rééditée et augmentée de plusieurs centaines de pages, j’ai pu suivre l’auteur jusqu’au plus profond de son récit. Si c’est très souvent instructif et immersif, c’est aussi parfois pénible, à l’image de la vie qu’essaient de reconstruire les personnages. Une semaine pour lire le premier, qui est une course contre la maladie. Un mois et demi pour lire le second, qui relate l’après, les hésitations, les doutes.

Dans la première partie, c’est la fuite. Loin de la maladie. La fuite vers un ailleurs qu’on ne connaît pas, loin d’un ennemi qu’on ne voit pas. La terreur de ne pas savoir si notre tour viendra. Puis la résignation. La longue marche vers l’espoir.

Après, dans ce monde post-apocalyptique, on survit. Mais aussi cruel que cette pensée puisse paraître, n’est-ce pas également une chance de tout recommencer ? De faire mieux ? Peut-on faire mieux ? Ne sommes-nous pas programmés pour en arriver inéluctablement à détruire ? Nous détruire ? Détruire notre environnement ? Faut-il reconstruire un système politique ? Vivre éloignés de toute civilisation ?

L’un des personnages, professeur de sociologie, fait cette remarque très intéressante :

« Peut-être n’est-il que le dernier magicien de la pensée rationnelle, celui qui rassemble les outils de la technologie contre nous ».

Et je pense que c’est le cœur du débat. L’homme peut-il retourner à l’état de nature ? Se débarrasser de sa rationalité, de la technologie qu’il a construite avec ? Le Mal est-il le Mal ou bien un penchant rationnel de l’être humain ? Et paradoxalement, c’est ce côté rationnel qui détient la Magie.

La fin est un parfait mélange de l’espoir et de l’inéluctabilité, qui laisse au lecteur le choix de voir le verre à moitié plein, ou à moitié vide. Je vous laisse en juger par vous-mêmes. Mais je vous préviens : la lecture de cet ouvrage n’est pas une promenade de santé.

Je te laisse le lien vers la vidéo de Lemon June (l’instigatrice de cette lecture commune) :

Pour info (pour ma version) :
Tome 1 => Le livre de poche, 764 pages, 9,20€
Tome 2 => Le livre de poche, 795 pages, 9,10€