Publié dans Bouquinade, Roman, Roman historique

Blackwater T1 à 6 (Michael McDowell)

Ami du jour, bonjour !

Quand Monsieur Toussaint Louverture sort un bouquin, je suis là. Mais quand ils sortent une série, format feuilleton, dans des écrins soignés, forcément, je saute dessus, et je fais aveuglément confiance… quitte à entraîner dans ma chute les collègues (oui oui, ils l’ont tous lu) et la famille !

Sarakontkoi ?
Perdido, Alabama, avril 1919. Les rivières Perdido et Blackwater ont submergé le village. Alors qu’Oscar Caskey fait un tour de reconnaissance en barque, il aperçoit dans l’hôtel de la ville une jeune femme seule, bloquée dans sa chambre par la montée des eaux. C’est ainsi qu’Elinor Damert fait irruption dans la vie du clan Caskey, qu’elle va totalement bouleverser… au désespoir de la matriarche, Mary Love Caskey.

Tenpenskoi ?
En voilà un texte magique comme on en fait peu ! Ce n’est pas le meilleur texte jamais écrit, mais il exerce sur ses lecteurs une sorte de fascination. On traverse la première moitié du XXe siècle auprès du clan Caskey, de l’étrange Elinor (best personnage ever !) au fil des guerres, des crises, des années d’abondance. Le clan est en perpétuelle évolution, de nouveaux personnages arrivent, d’autres partent. Ils sont un microcosme qu’on aime étudier. La saga (parce que pour une fois, il s’agit d’une saga) est ponctuée de touches de fantastique qu’on ne parvient jamais vraiment à expliquer, mais qui entourent chacun des tomes d’une sorte d’aura de mystère.

Le style est d’une fluidité telle qu’on ne voit passer ni les années, ni les tomes. Si tu cherches un peu d’action, passe ton chemin. Mais si tu veux voir des personnages évoluer, s’épanouir ou pourrir ; si tu aimes les histoires dans l’Histoire ; si toi aussi tu veux traverser ces 50 ans les pieds dans la boue rouge de la Perdido, alors n’attends plus. Et quel travail sur les livres ! Sur les couvertures, l’embossage, le fer à dorer, tout est parfait. Pedro Oyarbide fait un travail formidable d’illustration, et si vous observez de près ces petits chefs-d’œuvre, vous y verrez tout le romans déroulé en quelques gravures. Prodigieux !

Bref, c’est beau, c’est bon, quoi dire de plus que : si vous n’avez pas encore testé, qu’attendez-vous pour plonger dans les eaux rouges de la Perdido ?

Pour info :
éditions Monsieur Toussaint Louverture, traduit de l’anglais par Yoko Lacour et Hélène Charrier
T1 : La Crue, 256 pages, 8.40€
T2 : La Digue, 244 pages, 8.40€
T3 : La Maison, 240 pages, 8.40€
T4 : La Guerre, 255 pages, 8.40€
T5 : La Fortune, 255 pages, 8.40€
T6 : La Pluie, 255 pages, 8.40€

Publié dans Bouquinade

Un chant de Noël : Une histoire de fantômes (J.-L. Munuera)

Ami du jour, bonjour !

Fait assez rare, je vais te parler bande-dessinée (j’en lis définitivement trop peu). Je continue ma découverte d’un scénariste/illustrateur que j’ai découvert grâce à mon collègue, et dont j’ai immédiatement adoré le style et la plume (tu le sais si tu as jeté un œil à ma chronique sur Les Campbell).

Sarakontkoi ?
Le conte, tu le connais déjà : un vieil homme acariâtre et avare reçoit, la veille de Noël, la visite de trois esprits (passé, présent et futur), qui lui montrent qu’il doit changer s’il ne veut pas finir sa vie seul. Ici, c’est la même, sauf que Scrooge est une femme, et qu’elle apprend une leçon… disons… différente.

Tenpenskoi ?
Premier constat : c’est beau. Je pourrais me perdre dans la fluidité visuelle de Munuera pendant des heures ! Le gars a bossé pour des studios d’animation (coucou Eldorado) et ça se sent. En tant que lectrice de BD néophyte, je reçois son dessin en pleine face, et je sais que, malgré le travail, ça paraît facile ; c’est le signe du vrai talent. Les couleurs, la création des personnages, les rues de Londres, tout est superbe.

S’agissant du propos, la première chose qui saute aux yeux, c’est « ah, une femme ». Parce que remplacer la moitié des personnages masculins par leur penchant féminin semble être à la mode (hello le MCU), je me suis dit « encore du femwashing« . Que dalle. Le mec a tout compris. Compris que ce qu’une femme veut voir dans les médias, ce ne sont pas d’autres gonzesses méga fortes, mais d’autres nanas qui galèrent, qui ne comprennent pas ce que la société attend d’elles et qui décident de tracer leur propre chemin. Alors oui, ça fait pas très joli, ça demande de sacrifier l’estime de ses pairs, ces même pairs qui créent des règles sans vous en donner les clefs. Scrooge se bat avec ses armes, retourne contre Dieu son appel à la pitié, rendant sa responsabilité à chacun. Et c’est dans un dernier désir de défendre ses idéaux qu’elle décide d’agir. Pas par peur de la solitude ou de Dieu, mais par défiance, et par conviction. Une très belle réécriture du roman de Dickens, que je conseille à chacun.

Pour info :
éditions Dargaud, 80 pages, 17€

Publié dans Bouquinade, Policier / Thriller

Dix (Marine Carteron)

Ami du jour, bonjour !

Premier billet de l’année, et ça commence bien puisque c’est un livre que je viens de terminer. Si tu me suis sur Instagram, tu sais déjà plus ou moins ce que j’en ai pensé. Sinon… bienvenue dans mes bonnes résolutions !

Sarakontkoi ?
Sept adolescents, venant d’un même lycée, sont invités, encadrés par une prof de français, une ancienne infirmière et un ex-flic, à participer à un escape game littéraire sur une île perdue au large de la Bretagne. Isolés, sans aucun moyen de joindre la côte, ils meurent les uns après les autres, après avoir entendu d’étranges messages… quel sombre secret les lie ?

Tenpenskoi ?
Attention, quand on s’attaque à un pilier — que dis-je ? –, une queen du polar telle que Madame Christie, il faut faire les choses bien ! Le postulat de base a tout pourtant pour insuffler un air de modernité au récit d’Agatha, Ils étaient dix : une télé-réalité, quoi de mieux pour isoler des esprits tourmentés et les faire payer ? Je pars donc dans ma lecture confiante, bien que consciente que personne n’égalera jamais mon autrice de polars favorite. Et je mets de l’eau dans mon vin.

J’ai pris du plaisir à ma lecture, c’est déjà un premier excellent point. Sur les deux derniers tiers du roman, les personnages tombent comme des mouches, et j’avoue que chaque fois que quelqu’un entre dans une pièce, tu t’attends à ce qu’elle se referme et que le personnage meure dans d’affreuses souffrances. C’est généralement ce qui arrive. On ajoute même deux ou trois accès de folie, et on a le parfait cocktail flippant, avec, viscères sur le gâteau, pas mal de descriptions bien frontales et sadiques de morts méritées. En termes de catharsis, on est bien.

Mais il y a un mais. Deux choses m’ont dérangée. D’abord, un certain manque de subtilité. On sait de suite, dès notre rencontre avec ces personnages, qu’ils sont coupables, et mal à l’aise dès le voyage en train. On nous le répète tout le long du roman, les points de vue internes s’enchaînant rapidement, les discours coupables cherchant pourtant l’apaisement sont martelés, et franchement, on a bien compris que tous sont bien pourris. Le second point qui m’a gênée, c’est le final. Là où Agatha punit également son meurtrier (qui se déclare d’ailleurs lui-même coupable et s’inclut dans sa propre sentence), notre marionnettiste ici est extérieur à l’affaire, et a tout orchestré grâce à la magie d’un bon compte en banque et d’une imagination fertile. C’est presque trop facile, et un peu torché en trois pages. D’autant plus que je me suis sentie légèrement trahie. Là où dans le roman d’Agatha Christie, le meurtrier est suffisamment subtil pour ne pas jouer les étonnés, ici, il a l’air tout aussi ignorant que les autres (rappelons-le, le point de vue est interne, donc on est dans la tête des personnages !). Quelques fausses notes donc, qui ne m’auront pas empêchée de passer un bon moment…

Pour info :
éditions du Rouergue, collection DOADO noir, 303 pages, 15.30€

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Joyeux anniversaire ! 13 ans, c’est grand.

13 ans de blog. 586 posts, soit en moyenne 45 posts de par an. Attention, je n’ai pas cette régularité, à des moments, je l’ai complètement laissé tomber. J’ai changé de nom 2 fois, de layout au moins 4 fois. À la base, créer ce blog, c’était le projet d’un cours à la fac, histoire de tester les différents CMS (Content Management System). Et puis c’est devenu une vitrine, ma maison, mon journal. Et 13 ans après, il est toujours là. Alors un petit Q&R (questions/réponses), pour te causer de moi. Encore.

Pourquoi / Comment as-tu choisi ce nom pour ton blog ?
Depuis… aussi longtemps que je me souvienne, je porte des lunettes. J’en ai eu des vertes à coccinelles, des discrètes, des originales. Aujourd’hui, sans elles, je me sens à poil. Alors je vois le monde de derrière mes binocles. D’où le nom du blog !

Quel est  le tout premier livre que tu as chroniqué ?
No idea. Attends, je cherche (la tricheuse) : c’était une BD, Fée et tendres automates ! Sur conseil de celle qui allait devenir ma coloc’, Evy.

Tu ne peux lire qu’un genre littéraire pour le reste de ta vie. Quel est-il ?
Jocker !

Quel est ton premier coup de cœur littéraire ?
Ex-aequo, La longue marche des dindes, chez l’école des loisirs que j’ai miraculeusement retrouvé, fait entrer dans mes rayons, et chroniqué.
Et Le Passage, toujours chez l’école des loisirs que j’ai également acquis récemment, et chroniqué.

Pour les adaptations ciné / séries des bouquins ou pas ?
Ca dépend de l’adaptation. Si c’est pour se taper Le Septième Fils (adaptation de la célèbre série L’Épouvanteur), non merci. Des trucs comme le premier Hunger Games ou certains Harry Potter, Ready Player One ou Jurassic Park (surtout Jurassic Park), je signe de suite !

L’endroit où tu préfères lire.
Les toilettes. Mon lit. Un fauteuil. Les transports… Bon, si je dois réduire la liste, je dirais les toilettes et les transports.

De quel livre / univers voudrais-tu être le héros ?
Les Quatre Filles du Docteur March. Et naturellement, je serais Jo.
Ou Anne des Pignons Verts.

Si tu écrivais un livre, de quoi parlerait-il ?
Napoleon Bonaparte.

Arrives-tu à laisser un livre inachevé ou poursuis-tu ta lecture malgré tout ?
Avant, impossible.
Maintenant, plus de scrupules, trop de livres à lire, pas assez de temps. Et Daniel Pennac l’a dit dans ses 10 droits du lecteur (lisez Comme un roman).

Livres nickels/pages cornées ?
Alors là, je te le dis de suite : je m’en tamponne le coquillard que mes livres soient nickels. Un livre marqué est un livre lu, et je préfère de loin ce type de bouquins. Je corne en haut pour les passages que j’aime, je corne en bas pour les coquilles ou les passages que je n’ai pas aimés. Au moins, quand je les prête, je prête plus qu’un simple bouquin, je partage une expérience de lecture, et je dialogue avec le lecteur suivant. C’est de la poésie. Alors bien entendu, je ne le fais pas sur des bouquins à 60 boules, mais les grands formats et les poches, 0 scrupules ! Et pour info, le truc que je déteste à la librairie : les clients « exigeants » qui me montrent un défaut qui nécessite une loupe pour être vu.

Ton rêve le plus fou.
Impossible de choisir. Ma vie entière est un rêve fou. Et petit à petit, je fais ce que je peux pour cocher ma liste mentale des trucs fous à faire. Rêver c’est bien, vivre c’est mieux quand même !

Cite une autre passion que la lecture.
Je sais pas… ne rien faire ? Apprendre des langues, le crochet, mes plantes, donner mon avis, et (attention le cliché ultime) écrire…

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Iron Widow, tome 1 (Xiran Jay Zhao)

Ami du jour, bonjour !

Allez, j’ai mis de la musique histoire de me lover dans une ambiance un peu sympa (mais écrire quand t’as envie de chanter, c’est pas contre-productif ?), je repars pour une série de billets. Celui-ci, il est sorti en janvier cet année, et je l’avais vu passer à l’office (les commandes qu’on fait pour la sortie des livres). Autant te dire qu’il me chatouillait méchamment la curiosité…

Sarakontkoi ?
L’empire d’Huaxia est menacé, derrière sa grande muraille, par des armures extra-terrestres qui attaquent sans relâche ses frontières. Pour se défendre, l’empire a créé des armures géantes alimentées par l’énergie vitale, le Xi, d’un homme et d’une femme. Mais bien souvent, la femme meurt, drainée de son énergie par son compagnon. C’est le cas de la sœur de Wu Zetian, et cette dernière compte bien s’engager à son tour, espérant être appairée avec le guerrier responsable de sa mort. Il se trouve que cette fois, ce n’est pas Wu Zetian qui succombe, mais son concubin. Elle devient donc une veuve de fer, dans ce monde où les femmes ne représentent qu’un dommage collatéral acceptable…

Tenpenskoi ?
Moi, on me dit « c’est un mélange entre Mulan et Pacific Rim », je fonce, je ne réfléchis pas ! Et si je n’ai pas trouvé dans ce roman exactement ce que je suis venue y chercher, j’ai tout de même été agréablement surprise. Dis-toi que malgré toutes les évolutions technologiques, l’empire d’Huaxia est encore coincé à une époque où les femmes n’ont aucun droit, sauf celui de mourir pour leur patrie, ou d’être vendues pour des mariages avantageux. Les violences, les jalousies, et la haine contre ces femmes dont le pouvoir dépasse celui de leur compagnon m’a percé le cœur. J’ai serré les dents plus d’une fois d’ailleurs…

Mais le roman, écrit par un.e auteurice non genré.e, est aussi une ouverture d’esprit qui nous pousse à questionner notre rapport à l’étranger, à nos propres sentiments et désirs. Zetian cherche une raison de continuer à vivre après avoir vengé sa sœur, consciente qu’elle a mis un coup de pied dans la fourmilière bien rangée de l’empire et de ses Stratèges. Elle questionne sa relation avec le pilote qu’on lui a attribué après qu’elle a tué le meurtrier de sa sœur. Il est le pilote le plus fort de l’empire, mais aussi le plus détesté, un monstre, parce qu’il est différent, qu’il fait peur. Mais surtout, j’ai été surprise par la fin, cette fin qui enjoint le lecteur à se poser les bonnes questions. Qu’est-ce qu’un ennemi ? Qu’est-ce que l’amour ? Que faire si j’ai le pouvoir de changer les choses ? Bref, un roman très bien écrit, qui traite de sujets peu communs, mais exigeant parce qu’il repose sur une culture qui n’était pas la mienne, et parce qu’il soulève des thèmes qui remettent en question nos relation à l’Autre. Une excellente lecture.

Pour info :
éditions La Martinière Jeunesse (traduction de l’anglais : Isabelle Troin), 464 pages, 20€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Dune, T1 (Frank Herbert)

Ami du jour, bonjour !

J’espère que t’es prêt.e, parce que là, je m’attaque à du lourd (je parle autant du volume du bouquin que de son poids dans la littérature SFFF contemporaine). J’avoue, pour moi, Dune, c’était un peu ce film crade et incompréhensible des années 80 qui me foutait les glandes. Et puis il y a eu ce remake l’an dernier, et les encouragement d’un ami fin connaisseur (coucou Flo). Alors je me suis lancée. Mais en audio, faut pas déconner !

Sarakontkoi ?
Ce premier tome nous dépeint un empire fait de milliards de mondes et d’étoiles, dont la principale ressource est une Épice récoltée dans les sables de la planète Arrakis, aussi appelée Dune. L’Épice donne longévité et dons de préscience à qui la consomme. L’empereur a décrété que la famille Harkonnen, qui gérait jusqu’alors Dune, devait céder la place à la famille Atréides. Entre intrigues politiques et conflits religieux, le jeune Paul Atréides devra trouver sa place dans ce monde inhospitalier.

Tenpenskoi ?
Alors je t’ai dit que je l’avais écouté, mais, enjaillée par le film, je me suis pris cette magnifique édition (ornée d’un ingénieux ambigramme) parue chez Robert Laffont. Totalement matérialiste. Mais ça vaut quoi ? C’est plus accessible que ce à quoi je m’attendais. On alterne réflexions politiques, philosophiques, religieuses, et scènes plus rythmées. Cela dit, je suis heureuse de l’avoir écouté plutôt que lu, certains passages auraient été assez pénibles. Je salue d’abord la cohérence d’un univers si complexe (dans ses lois, son organisation, sa géographie…) qui pourrait nous paumer, mais qui au contraire nous enveloppe. Cet univers et la batterie de personnages qui y évolue donnent au roman une portée universelle. Le revers de la médaille, c’est que ces personnages justement m’ont paru un brin désincarnés. Avant d’être des êtres de chair, de sang, et d’émotions, ils sont des fonctions (fils de duc, guide spirituel, etc.). On est d’accord, ça ne gâche rien à la lecture, mais tout de même, je me permets de le souligner.

Et puis par moment, c’est perché. Les personnages entrent dans des transes, intéressantes en somme, mais autant c’est passé à l’écoute, autant j’avoue que les digérer à l’écrit aurait été plus compliqué. Enfin, Frank Herbert a poussé l’effort jusqu’à produire des annexes intradiégétiques (écrites par des personnages du roman). J’avoue en avoir passé certaines (sur la religion notamment), mais j’ai été fascinée par l’annexe écrite par le Pr. Kynes sur la biologie et l’écologie de Dune. Je vous la recommande si jamais vous souhaitez vous y attarder. Bref, un roman qui m’a impressionnée par sa portée et sa cohérence, dont j’ai réellement apprécié la lecture.

Pour info :
Trad de l’anglais par Michel Demuth
édition reliée : Robert Laffont, 720 pages, 24.90€
édition brochée : Robert Laffont, 630 pages, 20€
édition poche : Pocket, 928 pages, 11.95€

Publié dans Bouquinade, Utopie / Dystopie

La Sélection : trilogie (Kiera Cass)

Ami du jour, bonjour !

On replonge dans la décennie passée, à la grande époque des dystopies adolescentes (on pense à Promise, de Ally Condie que j’avais chroniqué à sa sortie). D’ailleurs, si tu suis le blog depuis le début (félicitations), tu as sans doute déjà vu passer mon billet sur le tome 1, lu peu après sa parution. Là, les ventes de la série ont repris à fond, j’avais un peu de temps, des crédits audio à revendre, et alors je me suis avalé la trilogie en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

Sarakontkoi ?
Tu ne m’en veux pas si je réutilise mon résumé du billet précédent ? Non, bien entendu, tu es un adorable lecteur de blog !
Dans un futur pas si lointain et après une crise économique dévastatrice, les États-Unis ont été rachetés par la Chine, non sans se battre et déclarer de nouveau leur indépendance. Désormais, il s’agit du royaume d’Illéa. C’est dans cette société faite de castes (de 1 à 8, 1 désignant la famille royale, 8 les castes les plus basses) qu’évolue la jeune America, une 5. Elle et Aspen, un 6 doivent cacher leur idylle, mais pour America, ça ne fait aucun doute, un jour, elle l’épousera. C’est sans compter sur la fierté du jeune homme, et sur la Sélection, une espèce de show-réalité pendant lequel le prince Maxon, l’héritier du royaume, devra choisir sa fiancée.

Tenpenskoi ?
Je comprends. Je comprends qu’ado, tu aies envie de ce genre de romans. Et sincèrement, le préfère de loin vendre ça à une gamine de 14 ans qu’un tome 1 d’After (oui, délation éhontée !). Après, on est très loin d’une réelle dystopie, parce qu’on est plus concentrés sur la romance que sur les problématiques sociales. Oui, la population est injustement divisée en castes. Oui, des rebelles tentent d’infiltrer le palais. Oui, les lois sont liberticides. Bon. Mais tout ça reste en arrière plan, et ce sont plus des excuses scénaristiques pour enfermer Maxon et América ensemble dans un bunker que de réelles menaces. On passe un temps infini à nous parler de belles robes, nous dire qu’América se trouve jolie, que son cœur balance. Sur 3 tomes de presque 400 pages chacun, ça a tendance à tourner un peu en rond.

Stylistiquement, c’est assez pauvre. J’avais parfois l’impression qu’une enfant me racontait une histoire (sincèrement, je pense que je devais inventer les même dialogues quand je jouais aux barbies). On te donne du « le prince » par ci, du « Prince Maxon » par là… Ca manque un peu de maturité. Cela dit, le style n’est pas mauvais en soi. Il est juste… inexistant. Donc si tu cherches un petite romance, qui essaie de dénoncer des inégalités sociales sans vraiment y parvenir (je suis méchante, on a bien un ou deux passages engagés), ça peut le faire. Une lecture pas désagréable, pas navrante, mais j’ai vu mieux. Et oui, je sais qu’il y a deux autres tomes qui suivent les aventures de la fille du couple royal, donc 20 ans après. Sans doute approfondissent-ils la question de la rébellion. Personnellement, je me suis arrêtée à la trilogie initiale.

Pour info :
Tome 1- La Sélection : éditions PKJ, 384 pages, 7.70€
Tome 2 – L’Élite : éditions PKJ, 357 pages, 7.70€
Tome 3 – L’Élue : éditions PKJ, 384 pages, 7.70€

Publié dans Bouquinade, Roman

Will & Will (John Green / David Levithan)

Ami du jour, bonjour !

Voilà un bouquin qui attend d’être chroniqué depuis janvier, mais toi et moi, on n’est plus à ça près. De fait, tu auras eu mon retour vidéo (si tu ne connais pas encore ma chaine YouTube, c’est la vidéo des lectures de janvier) avant le retour écrit. Ne cherche aucune logique, j’espère me rattraper bientôt !

Sarakontkoi ?
Quelle était la chance que deux Will Grayson habitent la même ville ? Par un merveilleux hasard, c’est le cas de Will, ado discret qui ne rêve que de se faire oublier et dont l’exubérant meilleur ami, Tiny Cooper, colossal ado homosexuel, est tout le contraire de lui. L’autre Will, lui, est un ado taiseux, constamment en colère, qui préfère entretenir une relation sur internet avec un certain Adam que de vivre sa vie. La rencontre fortuite entre ces deux Will risque bien de changer leurs vies…

Tenpenskoi ?
Lorsque j’ai dit que je lisais ce roman, on a crié tantôt au chef-d’œuvre, tantôt à l’arnaque. J’étais bien contente de me faire mon propre avis. De base, je trouvais le pitch intrigant. Je pensais qu’il allait y avoir une réelle interaction entre les deux Will. Or, après leur rencontre, on les voit rarement ensemble. Ils ont été un déclencheur, une sorte de gâchette dans la vie de l’autre, qui a mis le feu aux poudres. Il est question d’acceptation de soi (obésité, homosexualité) et d’ouverture aux autres. En dehors de ça, j’ai observé leur vie un peu pathétique, un peu pleurnicharde, et le seul personnage qui, à la fin, a vraiment valu le détour, c’est Tiny Cooper. Dommage pour un roman qui porte littéralement le prénom des deux Will. Mention spéciale tout de même à la scène finale qui m’a serré la gorge (dans le sens positif de la chose : j’ai été très émue).

En termes de style, y a pas de quoi se claquer le cul par terre comme dirait l’autre. Chaque auteur a écrit un Will, les différenciant par un détail typographique : le Will taiseux narre sans majuscule et met en page ses dialogues comme des scripts de théâtre. Au-delà de ça, c’était très correct (donc déjà meilleur que beaucoup de romans que j’ai lus dernièrement) sans pour autant me toucher plus que ça. Bref, une lecture agréable sur laquelle, tu peux le voir, je n’ai pas grand chose à dire, et qui ne restera pas gravée dans ma mémoire (en dehors du colossal Tiny Cooper).

Pour info :
Trad. de l’anglais par Nathalie Peronny
Grand format : éditions Gallimard Jeunesse, collection Scripto, 384 pages, 15€
Poche : éditions Gallimard Jeunesse, collection Pôle Fiction, 384 pages, 7.80€

Publié dans Bouquinade, Roman

Avant minuit (Julie Murphy)

Ami du jour, bonjour !

Un peu de bonne humeur et d’amour de soi aujourd’hui — oserais-je parler d’inclusivité ? — parce qu’on cause d’une héroïne qui fait péter les standards en même temps que la taille 38 !

Sarakontkoi ?
Cindy a perdu sa maman toute petite, puis son papa s’est remarié et est décédé à son tour. L’histoire, on la connaît, Cendrillon va racler les chaudrons et récurer la cuisine… que nenni, parce qu’Erica Tremaine –sa belle-mère et célèbre productrice d’un show genre Bachelor— et Drew et Anna, ses deux demi-sœurs, l’adorent. Lorsque Cindy propose d’intégrer le casting des prétendantes de Avant Minuit, ledit show, non pour rencontrer le merveilleux célibataire, mais pour l’utiliser comme vitrine pour ses créations (elle crée des chaussures), Erica a des doutes : Cindy est hors standards, elle est grosse et risque de ne récolter que moqueries et humiliations. Mais Cindy n’en démord pas : elle aussi a sa place sous les projecteurs…

Tenpenskoi ?
Je t’avais parlé il y a quelques temps de Attention Spoilers… on est dans le même schéma, clairement, les scènes de sexe explicites en moins (raison pour laquelle il a fini dans mon rayon). On parle d’une ouverture vers l’autre qui passe par une acceptation de soi. Et, loin d’être stigmatisant, le roman n’hésite pas à râler contre les marques (de luxe ou populaire d’ailleurs) qui, même lorsqu’elles se targuent de proposer des « grandes tailles », ne les ont que rarement en rayon, obligeant les consommateurs XL à se fringuer sur le net. Je peux te le dire, je l’ai connue moi, la petite brindille de chez Etam Lingerie qui vient te voir direct pour te dire que si ta taille n’est pas en rayon, elle doit avoir quelques grandes tailles en arrière boutique. Ca fait du bien de voir un personnage gros oser l’ouvrir pour dire que c’est injuste.

Et si on parle d’inclusivité, on n’oublie pas les personnages gays, ou bi, les non genrés (bien qu’en anglais, l’emploi du pronom they/them me fasse toujours me demander combien ils sont… avant de comprendre que c’est leur façon de dire iel). Et pour autant, ces personnages n’ont pas besoin de porter un drapeau ou de réellement revendiquer ce qu’ils sont. Ils sont eux, et ils sont là, et c’est cool.

Alors bien entendu, on n’échappe pas à la romance entre la curvy et le beau gosse. Mais on aime, on aime ! C’est un peu notre plaisir coupable… Et quel plaisir de voir une réécriture de Cendrillon où la marâtre assume pleinement son rôle de mère de substitution, et où les demi-sœurs sont de réels soutiens pour Cindy ! Petit bonus pour le remaniement des personnages de Gus et Jack, dont je ne parlerai pas plus ici, pour vous laisser le plaisir de la découverte. Ok, ça n’a plus grand chose à voir avec l’original, mais quand même, c’était une lecture sans prise de tête, qui m’a dit ce qu’elle avait à dire, et dans laquelle, pour le coup, il m’est arrivé de me retrouver. On attend le prochain relooking de conte !

Pour info :
éditions Hachette (traduction Nadège Gayon-Debonnet), collection Modern Princess, 512 pages, 17,95€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

La Légende des 4, tome 1 : Le Clan des loups (Cassandra O’Donnell)

Ami du jour, bonjour !

Je te l’ai déjà dit, mais bien souvent, les livres audios me permettent de prendre connaissance des romans que j’ai en rayon, mais que je n’ai pas le temps de lire. Ce fut le cas pour cette quadrilogie, que j’avais sur les étagères de la librairie depuis un bout de temps, dont je me suis débarrassée depuis…

Sarakontkoi ?
Il existe quatre clans de Yokaïs, des humains métamorphes : les loups, les tigres, les aigles et les serpents. La paix entre les clans est fragile, et lorsque des meurtres sont commis, seuls Maya, la future reine du clan des loups, et Bregan, le futur roi du clan des tigres, semblent penser qu’il s’agit d’une machination pour les monter les uns contre les autres. Ennemis de sang, ils n’hésitent pourtant pas à faire équipe pour déjouer ce vil piège…

Tenpenskoi ?
Sincèrement, je ne vais pas passer par 4 chemins, c’était très moyen. Le scénario avait l’air écrit au fur et à mesure par deux gosses qui jouaient, genre « oh oui, tu es mon ami, lui il est méchant, viens, on le tue et on le mange ». Sérieux grattage de tête de mon côté. D’une part le scénario est puéril, d’autre part, le français est très moyen, la moitié des termes employés le sont à mauvais escient… bref, la lecture est pénible.

D’autre part, l’autrice passe son temps à tenter de me raconter des trucs auxquels sincèrement je ne crois pas. Et là, c’est très dommage. Tu pourras me dire autant que tu veux que Bregan est un dur à cuire qui n’est gentil qu’avec Maya, moi tout ce que je vois, c’est une carpette qui fait les yeux doux à une meuf. Dire que c’est une brute, ça ne suffit pas. Dire que son pote, qui fait des blagues débiles, est un psychopathe n’aura aucun effet sur moi si je ne constate pas dans son comportement que c’est le cas. En tant qu’auteur, tu ne peux pas te contenter de me dire les choses, je dois les ressentir, sinon, tu ne m’embarqueras jamais. Et là, clairement, je suis restée sur le quai des lecteurs affligés… Je cherchais un peu de place sur mes étagères, je viens d’en trouver, c’est le bon côté de la chose.

Pour info :
éditions Flammarion jeunesse, 358 pages, 15€