Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Dune, T1 (Frank Herbert)

Ami du jour, bonjour !

J’espère que t’es prêt.e, parce que là, je m’attaque à du lourd (je parle autant du volume du bouquin que de son poids dans la littérature SFFF contemporaine). J’avoue, pour moi, Dune, c’était un peu ce film crade et incompréhensible des années 80 qui me foutait les glandes. Et puis il y a eu ce remake l’an dernier, et les encouragement d’un ami fin connaisseur (coucou Flo). Alors je me suis lancée. Mais en audio, faut pas déconner !

Sarakontkoi ?
Ce premier tome nous dépeint un empire fait de milliards de mondes et d’étoiles, dont la principale ressource est une Épice récoltée dans les sables de la planète Arrakis, aussi appelée Dune. L’Épice donne longévité et dons de préscience à qui la consomme. L’empereur a décrété que la famille Harkonnen, qui gérait jusqu’alors Dune, devait céder la place à la famille Atréides. Entre intrigues politiques et conflits religieux, le jeune Paul Atréides devra trouver sa place dans ce monde inhospitalier.

Tenpenskoi ?
Alors je t’ai dit que je l’avais écouté, mais, enjaillée par le film, je me suis pris cette magnifique édition (ornée d’un ingénieux ambigramme) parue chez Robert Laffont. Totalement matérialiste. Mais ça vaut quoi ? C’est plus accessible que ce à quoi je m’attendais. On alterne réflexions politiques, philosophiques, religieuses, et scènes plus rythmées. Cela dit, je suis heureuse de l’avoir écouté plutôt que lu, certains passages auraient été assez pénibles. Je salue d’abord la cohérence d’un univers si complexe (dans ses lois, son organisation, sa géographie…) qui pourrait nous paumer, mais qui au contraire nous enveloppe. Cet univers et la batterie de personnages qui y évolue donnent au roman une portée universelle. Le revers de la médaille, c’est que ces personnages justement m’ont paru un brin désincarnés. Avant d’être des êtres de chair, de sang, et d’émotions, ils sont des fonctions (fils de duc, guide spirituel, etc.). On est d’accord, ça ne gâche rien à la lecture, mais tout de même, je me permets de le souligner.

Et puis par moment, c’est perché. Les personnages entrent dans des transes, intéressantes en somme, mais autant c’est passé à l’écoute, autant j’avoue que les digérer à l’écrit aurait été plus compliqué. Enfin, Frank Herbert a poussé l’effort jusqu’à produire des annexes intradiégétiques (écrites par des personnages du roman). J’avoue en avoir passé certaines (sur la religion notamment), mais j’ai été fascinée par l’annexe écrite par le Pr. Kynes sur la biologie et l’écologie de Dune. Je vous la recommande si jamais vous souhaitez vous y attarder. Bref, un roman qui m’a impressionnée par sa portée et sa cohérence, dont j’ai réellement apprécié la lecture.

Pour info :
Trad de l’anglais par Michel Demuth
édition reliée : Robert Laffont, 720 pages, 24.90€
édition brochée : Robert Laffont, 630 pages, 20€
édition poche : Pocket, 928 pages, 11.95€

Publié dans Bouquinade, Utopie / Dystopie

La Sélection : trilogie (Kiera Cass)

Ami du jour, bonjour !

On replonge dans la décennie passée, à la grande époque des dystopies adolescentes (on pense à Promise, de Ally Condie que j’avais chroniqué à sa sortie). D’ailleurs, si tu suis le blog depuis le début (félicitations), tu as sans doute déjà vu passer mon billet sur le tome 1, lu peu après sa parution. Là, les ventes de la série ont repris à fond, j’avais un peu de temps, des crédits audio à revendre, et alors je me suis avalé la trilogie en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

Sarakontkoi ?
Tu ne m’en veux pas si je réutilise mon résumé du billet précédent ? Non, bien entendu, tu es un adorable lecteur de blog !
Dans un futur pas si lointain et après une crise économique dévastatrice, les États-Unis ont été rachetés par la Chine, non sans se battre et déclarer de nouveau leur indépendance. Désormais, il s’agit du royaume d’Illéa. C’est dans cette société faite de castes (de 1 à 8, 1 désignant la famille royale, 8 les castes les plus basses) qu’évolue la jeune America, une 5. Elle et Aspen, un 6 doivent cacher leur idylle, mais pour America, ça ne fait aucun doute, un jour, elle l’épousera. C’est sans compter sur la fierté du jeune homme, et sur la Sélection, une espèce de show-réalité pendant lequel le prince Maxon, l’héritier du royaume, devra choisir sa fiancée.

Tenpenskoi ?
Je comprends. Je comprends qu’ado, tu aies envie de ce genre de romans. Et sincèrement, le préfère de loin vendre ça à une gamine de 14 ans qu’un tome 1 d’After (oui, délation éhontée !). Après, on est très loin d’une réelle dystopie, parce qu’on est plus concentrés sur la romance que sur les problématiques sociales. Oui, la population est injustement divisée en castes. Oui, des rebelles tentent d’infiltrer le palais. Oui, les lois sont liberticides. Bon. Mais tout ça reste en arrière plan, et ce sont plus des excuses scénaristiques pour enfermer Maxon et América ensemble dans un bunker que de réelles menaces. On passe un temps infini à nous parler de belles robes, nous dire qu’América se trouve jolie, que son cœur balance. Sur 3 tomes de presque 400 pages chacun, ça a tendance à tourner un peu en rond.

Stylistiquement, c’est assez pauvre. J’avais parfois l’impression qu’une enfant me racontait une histoire (sincèrement, je pense que je devais inventer les même dialogues quand je jouais aux barbies). On te donne du « le prince » par ci, du « Prince Maxon » par là… Ca manque un peu de maturité. Cela dit, le style n’est pas mauvais en soi. Il est juste… inexistant. Donc si tu cherches un petite romance, qui essaie de dénoncer des inégalités sociales sans vraiment y parvenir (je suis méchante, on a bien un ou deux passages engagés), ça peut le faire. Une lecture pas désagréable, pas navrante, mais j’ai vu mieux. Et oui, je sais qu’il y a deux autres tomes qui suivent les aventures de la fille du couple royal, donc 20 ans après. Sans doute approfondissent-ils la question de la rébellion. Personnellement, je me suis arrêtée à la trilogie initiale.

Pour info :
Tome 1- La Sélection : éditions PKJ, 384 pages, 7.70€
Tome 2 – L’Élite : éditions PKJ, 357 pages, 7.70€
Tome 3 – L’Élue : éditions PKJ, 384 pages, 7.70€

Publié dans Bouquinade, Roman

Will & Will (John Green / David Levithan)

Ami du jour, bonjour !

Voilà un bouquin qui attend d’être chroniqué depuis janvier, mais toi et moi, on n’est plus à ça près. De fait, tu auras eu mon retour vidéo (si tu ne connais pas encore ma chaine YouTube, c’est la vidéo des lectures de janvier) avant le retour écrit. Ne cherche aucune logique, j’espère me rattraper bientôt !

Sarakontkoi ?
Quelle était la chance que deux Will Grayson habitent la même ville ? Par un merveilleux hasard, c’est le cas de Will, ado discret qui ne rêve que de se faire oublier et dont l’exubérant meilleur ami, Tiny Cooper, colossal ado homosexuel, est tout le contraire de lui. L’autre Will, lui, est un ado taiseux, constamment en colère, qui préfère entretenir une relation sur internet avec un certain Adam que de vivre sa vie. La rencontre fortuite entre ces deux Will risque bien de changer leurs vies…

Tenpenskoi ?
Lorsque j’ai dit que je lisais ce roman, on a crié tantôt au chef-d’œuvre, tantôt à l’arnaque. J’étais bien contente de me faire mon propre avis. De base, je trouvais le pitch intrigant. Je pensais qu’il allait y avoir une réelle interaction entre les deux Will. Or, après leur rencontre, on les voit rarement ensemble. Ils ont été un déclencheur, une sorte de gâchette dans la vie de l’autre, qui a mis le feu aux poudres. Il est question d’acceptation de soi (obésité, homosexualité) et d’ouverture aux autres. En dehors de ça, j’ai observé leur vie un peu pathétique, un peu pleurnicharde, et le seul personnage qui, à la fin, a vraiment valu le détour, c’est Tiny Cooper. Dommage pour un roman qui porte littéralement le prénom des deux Will. Mention spéciale tout de même à la scène finale qui m’a serré la gorge (dans le sens positif de la chose : j’ai été très émue).

En termes de style, y a pas de quoi se claquer le cul par terre comme dirait l’autre. Chaque auteur a écrit un Will, les différenciant par un détail typographique : le Will taiseux narre sans majuscule et met en page ses dialogues comme des scripts de théâtre. Au-delà de ça, c’était très correct (donc déjà meilleur que beaucoup de romans que j’ai lus dernièrement) sans pour autant me toucher plus que ça. Bref, une lecture agréable sur laquelle, tu peux le voir, je n’ai pas grand chose à dire, et qui ne restera pas gravée dans ma mémoire (en dehors du colossal Tiny Cooper).

Pour info :
Trad. de l’anglais par Nathalie Peronny
Grand format : éditions Gallimard Jeunesse, collection Scripto, 384 pages, 15€
Poche : éditions Gallimard Jeunesse, collection Pôle Fiction, 384 pages, 7.80€

Publié dans Bouquinade, Roman

Avant minuit (Julie Murphy)

Ami du jour, bonjour !

Un peu de bonne humeur et d’amour de soi aujourd’hui — oserais-je parler d’inclusivité ? — parce qu’on cause d’une héroïne qui fait péter les standards en même temps que la taille 38 !

Sarakontkoi ?
Cindy a perdu sa maman toute petite, puis son papa s’est remarié et est décédé à son tour. L’histoire, on la connaît, Cendrillon va racler les chaudrons et récurer la cuisine… que nenni, parce qu’Erica Tremaine –sa belle-mère et célèbre productrice d’un show genre Bachelor— et Drew et Anna, ses deux demi-sœurs, l’adorent. Lorsque Cindy propose d’intégrer le casting des prétendantes de Avant Minuit, ledit show, non pour rencontrer le merveilleux célibataire, mais pour l’utiliser comme vitrine pour ses créations (elle crée des chaussures), Erica a des doutes : Cindy est hors standards, elle est grosse et risque de ne récolter que moqueries et humiliations. Mais Cindy n’en démord pas : elle aussi a sa place sous les projecteurs…

Tenpenskoi ?
Je t’avais parlé il y a quelques temps de Attention Spoilers… on est dans le même schéma, clairement, les scènes de sexe explicites en moins (raison pour laquelle il a fini dans mon rayon). On parle d’une ouverture vers l’autre qui passe par une acceptation de soi. Et, loin d’être stigmatisant, le roman n’hésite pas à râler contre les marques (de luxe ou populaire d’ailleurs) qui, même lorsqu’elles se targuent de proposer des « grandes tailles », ne les ont que rarement en rayon, obligeant les consommateurs XL à se fringuer sur le net. Je peux te le dire, je l’ai connue moi, la petite brindille de chez Etam Lingerie qui vient te voir direct pour te dire que si ta taille n’est pas en rayon, elle doit avoir quelques grandes tailles en arrière boutique. Ca fait du bien de voir un personnage gros oser l’ouvrir pour dire que c’est injuste.

Et si on parle d’inclusivité, on n’oublie pas les personnages gays, ou bi, les non genrés (bien qu’en anglais, l’emploi du pronom they/them me fasse toujours me demander combien ils sont… avant de comprendre que c’est leur façon de dire iel). Et pour autant, ces personnages n’ont pas besoin de porter un drapeau ou de réellement revendiquer ce qu’ils sont. Ils sont eux, et ils sont là, et c’est cool.

Alors bien entendu, on n’échappe pas à la romance entre la curvy et le beau gosse. Mais on aime, on aime ! C’est un peu notre plaisir coupable… Et quel plaisir de voir une réécriture de Cendrillon où la marâtre assume pleinement son rôle de mère de substitution, et où les demi-sœurs sont de réels soutiens pour Cindy ! Petit bonus pour le remaniement des personnages de Gus et Jack, dont je ne parlerai pas plus ici, pour vous laisser le plaisir de la découverte. Ok, ça n’a plus grand chose à voir avec l’original, mais quand même, c’était une lecture sans prise de tête, qui m’a dit ce qu’elle avait à dire, et dans laquelle, pour le coup, il m’est arrivé de me retrouver. On attend le prochain relooking de conte !

Pour info :
éditions Hachette (traduction Nadège Gayon-Debonnet), collection Modern Princess, 512 pages, 17,95€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

La Légende des 4, tome 1 : Le Clan des loups (Cassandra O’Donnell)

Ami du jour, bonjour !

Je te l’ai déjà dit, mais bien souvent, les livres audios me permettent de prendre connaissance des romans que j’ai en rayon, mais que je n’ai pas le temps de lire. Ce fut le cas pour cette quadrilogie, que j’avais sur les étagères de la librairie depuis un bout de temps, dont je me suis débarrassée depuis…

Sarakontkoi ?
Il existe quatre clans de Yokaïs, des humains métamorphes : les loups, les tigres, les aigles et les serpents. La paix entre les clans est fragile, et lorsque des meurtres sont commis, seuls Maya, la future reine du clan des loups, et Bregan, le futur roi du clan des tigres, semblent penser qu’il s’agit d’une machination pour les monter les uns contre les autres. Ennemis de sang, ils n’hésitent pourtant pas à faire équipe pour déjouer ce vil piège…

Tenpenskoi ?
Sincèrement, je ne vais pas passer par 4 chemins, c’était très moyen. Le scénario avait l’air écrit au fur et à mesure par deux gosses qui jouaient, genre « oh oui, tu es mon ami, lui il est méchant, viens, on le tue et on le mange ». Sérieux grattage de tête de mon côté. D’une part le scénario est puéril, d’autre part, le français est très moyen, la moitié des termes employés le sont à mauvais escient… bref, la lecture est pénible.

D’autre part, l’autrice passe son temps à tenter de me raconter des trucs auxquels sincèrement je ne crois pas. Et là, c’est très dommage. Tu pourras me dire autant que tu veux que Bregan est un dur à cuire qui n’est gentil qu’avec Maya, moi tout ce que je vois, c’est une carpette qui fait les yeux doux à une meuf. Dire que c’est une brute, ça ne suffit pas. Dire que son pote, qui fait des blagues débiles, est un psychopathe n’aura aucun effet sur moi si je ne constate pas dans son comportement que c’est le cas. En tant qu’auteur, tu ne peux pas te contenter de me dire les choses, je dois les ressentir, sinon, tu ne m’embarqueras jamais. Et là, clairement, je suis restée sur le quai des lecteurs affligés… Je cherchais un peu de place sur mes étagères, je viens d’en trouver, c’est le bon côté de la chose.

Pour info :
éditions Flammarion jeunesse, 358 pages, 15€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Un Palais d’épines et de roses (Sarah J. Maas)

Ami du jour, bonjour !

C’est parti pour mon unpopular opinion du jour ; je vais pour parler de ma lecture du fameux ACOTAR (parce que A Court Of Thorns And Roses en VO), et c’est pas que j’ai détesté, mais…

Sarakontkoi ?
Feyre, la benjamine des trois filles d’un marchand fauché, est seule à nourrir sa famille : son père n’est plus que l’ombre de lui-même depuis qu’il a perdu sa fortune, et aucune de ses sœurs, encore trop habituées au luxe de leur ancienne vie, ne peut chasser. C’est lors d’une de ses sorties de chasse que Feyre tue un immense loup, qui se révèle être un Fae. Sa punition : offrir sa vie en échange de celle du Fae, et partir pour Prythian, leur royaume. Tamlin, seigneur de la cour du Printemps, semble pourtant vouloir rendre son quotidien agréable… Quel secret cache le maître des lieux ? Quelle est cette malédiction qui emprisonne son visage et celui de toute sa cour sous un masque ? Et qui est cette femme qui semble le terroriser ?

Tenpenskoi ?
Si tu l’as pas compris, on part sur une base de réécriture de la Belle et la Bête. Moi, j’aime la Belle et la Bête. Alors, ce roman est-il digne de l’engouement qu’il suscite ? Ca dépend. Je n’ai rien lu de foncièrement mauvais. Quelques clichés agaçants, et des facilités scénaristiques, mais rien qui me hérisse le poil au point de ne pas terminer ma lecture.

Les personnages sont des stéréotypes ambulants. Feyre, le personnage féminin « fort », n’est en réalité qu’une gamine superficielle qui ne s’accroche à ses promesse que pour les besoins du roman. Et si par fort, on entend « qui refuse toute aide et se sent outrée chaque fois qu’un homme lui propose un coup de main »… je pense qu’il faut revoir la définition. Porter des pantalons et se la jouer dure à cuire, ça ne suffit pas. D’autant que chaque fois qu’elle est proche d’un homme, elle a les hormones en ébullition ! Tamlin ne fait pas exception : baraqué, ténébreux, taciturne, un brin taiseux sur les bords, il est le parfait anti-héros, maladroit mais charmant. J’ai eu un peu de mal à sentir l’alchimie. Et pourtant, on te décrit une passion dévorante qui naît entre les deux frustrés ! Alors sur les scènes où ça se bécote, j’ai peut-être gloussé une ou deux fois comme une ado, mais ça ne suffit pas.

MINI SPOIL (mais pas vraiment) – La seconde partie du roman était un peu longue. Si tu as lu le conte de la Belle et la Bête, tu sais que Belle revient pour sauver l’homme qu’elle aime (oui, parce qu’il lui en faut du temps pour se l’avouer, rapport au personnage fort qui a tellement peur de se faire arnaquer). Là, Belle… euh, Feyre va devoir affronter d’horribles épreuves imposées par une sadique pimbêche (qui a tout de même ses raisons hein, on n’est pas méchant juste comme ça). Et là, on s’en donne à cœur joie ! OK, Feyre a eu des couilles de se pointer pour se mesurer à plus fort qu’elle, mais aucune de ses victoires ne lui est vraiment due. Tu parles d’une nana forte. Et surtout, elle te fait tout un plat de culpabilité sur un million de détails qui ont collé mes rétines au plafond.

Bref, une lecture divertissante, pas ouvertement problématique, mais longue parfois, truffée de facilités scénaristiques et de stéréotypes, qui a tout de même su faire glousser l’ado en moi. Les scènes de sexe restent peu explicites, mais si les tomes suivants sont plus… disons « libres », il va sérieusement falloir que je prévienne les jeunes qui les achètent. Je ne suis pas certaine de vouloir lire la suite, mais au moins, je sais ce que je vends…

Pour info :
éditions La Martinière Jeunesse (trad de l’anglais par Anne-Judith Descombey), 528 pages, 18.90€

Publié dans Bouquinade, Roman

Comme un oiseau dans les nuages (Sandrine Kao)

Ami du jour, bonjour !

Parfois, il faut plus que de l’envie pour lire un bouquin, il faut de la motivation. Souvent, je trouve la mienne dans les lectures communes que je fais avec les copines. Ici, il s’agit d’une épreuve non corrigée reçue à la librairie, qui traînait dans ma PAL de services presse et que, fort heureusement, ma copine Charlotte devait lire aussi ! Il ne m’en fallait pas plus…

Sarakontkoi ?
Anna-Mei est une virtuose du piano, elle vit seule avec son père, et est très proche de sa grand-mère maternelle, qui est également son seul lien avec la culture taïwanaise, sa maman étant décédée alors qu’elle n’était qu’un bébé. À la suite d’un concours de piano qu’elle pense avoir raté, Anna-Mei s’effondre sans raison apparente. Lorsque sa grand-mère l’emmène voir un docteur en médecine chinoise, il devient clair que le traumatisme de Anna-Mei n’est pas le sien, qu’il a été porté par des générations de femmes silencieuses, jusqu’à elle. Sa grand-mère doit briser le silence.

Tenpenskoi ?
Avant de te donner un réel avis sur le roman, je vais te rapporter ce que m’a dit Charlotte, qui en avait discuté avec une autre copine instagrameuse (très renseignée sur le sujet de par son métier, coucou Marilyn !). Le roman traite d’un sujet très particulier, mais surtout très peu abordé en littérature jeunesse : le traumatisme intergénérationnel. Et si je ne connaissais pas le terme exact, j’avoue avoir instinctivement compris qu’il en était plus ou moins question. Pour faire simple, il s’agit d’un traumatisme subi par une génération, et passé aux générations suivantes, souvent aggravé par le silence de la première. Le traumatisme se manifeste souvent à l’adolescence, sous forme d’accès de violence, de pertes de conscience, de crises de panique, etc.

Tu l’auras compris, Anna-Mei a besoin de comprendre d’où elle vient, et le traumatisme qu’ont subi ses aïeules dans une Chine en pleine révolution communiste, au climat malsain, du genre qui puait encore les traditions avilissantes ou la délation entre voisins, l’essor économique qui broyait les travailleurs, et j’en passe. C’est également pour elle l’occasion de s’ouvrir à sa grand-mère, et de cesser de laisser pourrir en elle le malaise grandissant qui la consume et flétrit toute relation qu’elle pourrait construire. Effectivement, dans ce sens-là, le roman n’est pas dénué d’intérêt.

Et si le format « dialogue » direct, à la 2e personne, n’est pas une mauvaise idée, il entraîne parfois son lot de maladresses en termes de narration. Les protagonistes répondent à des réactions que le lecteur ne voit pas, et l’autrice doit donc les décrire dans le texte (exemple : « tu es étonnée ? Je comprends… »). C’est un choix de style, auquel j’ai été sensible au début de ma lecture, mais qui m’a un peu lassée sur la fin. Certainement aussi parce que la grand-mère racontait plus un cours d’Histoire dans lequel elle insérait par nécessité les membre de sa famille. Du coup, toutes ces horreurs paraissaient désincarnées, et c’est un peu dommage, parce que ça n’a pas le même impact émotionnel.

Bref, pour moi, c’est un roman intéressant, mais il ne m’a pas touchée autant qu’il aurait dû/pu, la faute à une technique de narration parfois un peu lourde et au côté historique trop présent, au détriment de l’histoire personnelle de la famille d’Anna-Mei.

Pour info :
éditions Syros, 288 pages, 16.95€

Publié dans Bouquinade, Policier / Thriller, Roman

Inheritance Games, Tome 1 (Jennifer Lynn Barnes)

Ami du jour, bonjour !

Je m’en viens te causer d’une petite trilogie prometteuse, du genre jeux de pistes un peu dangereux, dans lesquels j’ai tout de même aimé me perdre…

Sarakontkoi ?
Avery Grambs n’a plus rien. Sa mère est décédée, son père joue les hommes invisibles depuis toujours, elle crèche chez sa demi-sœur et son copain violent… c’est à se demander si elle pourra même terminer le lycée. Tout change lorsqu’elle apprend qu’elle est l’héritière d’un milliardaire dont elle n’a jamais entendu parler, au détriment de ses propres enfants et petits enfants. Seule condition : vivre un an dans l’immense demeure du défunt, sous le même toit que les héritiers déchus. Entre jeux de séduction et intimidations, Avery se trouve plongée dans un incroyable jeu de piste. Mais est-elle un joueur ou un pion ?

Tenpenskoi ?
Pour commencer, chers éditeurs, c’est intéressant, tout de même, de préciser qu’il s’agit d’un premier tome. J’ai lu le roman en lecture commune avec ma copine Charlotte, et sincèrement, heureusement qu’elle m’a prévenue qu’on n’avait pas de résolution dans ce tome, j’aurais été terriblement frustrée ! J’ai tout de même sauté sur les éditions en VO pour pouvoir continuer ma lecture, je ne suis donc pas rancunière…

Le jeu de piste paraît dès le début très emmêlé, et je me suis sentie perdue, tout comme Avery, au milieu de ces joueurs aguerris, qui semblent constamment avoir deux ou trois longueurs d’avance. Ceci dit, le terme « page turner » n’a jamais été si approprié. Sur la fin, j’ai eu du mal à m’arrêter tellement j’étais tendue. Les jeux sont cruels, les personnages aussi. Aucun des quatre petits-fils Hawthorn ne semble digne de confiance, et pourtant chacun d’eux déchaîne les passions. Ils sont intenses, passionnés, et enfermés dans une spirale auto-destructrice. Je l’avoue, Avery est un peu ballottée par les événements, et j’ai trouvé le personnage un peu fade. Mais cette intrigue, cette intrigue…! On ne passe pas loin du coup de cœur, la faute à quelques clichés et longueurs dont je me serais bien passée.

Pour info :
éditions PKJ (trad. de l’anglais : Guillaume Fournier), 449 pages, 18,50€

Publié dans Bouquinade, Roman

A(ni)mal (Cécile Alix)

Ami du jour, bonjour !

Je dois avouer que je suis toujours très curieuse de découvrir des romans plébiscités par des personnes qui ont toute ma confiance littéraire. Alors lorsque Carole (merveilleuse chargée de relations libraires et responsable commerciale chez Edi8, dont fait partie Slalom) m’a fortement conseillé A(ni)mal, je n’ai pas eu le choix, tu t’en doutes. Et pourtant, comme pour Cette nuit-là (que Carole m’avait également chaudement recommandé), ce n’était pas franchement pas gagné d’avance.

Sarakontkoi ?
La mère de Miran, 15 ans, lui confie quelques billets cachés sous un corset de ruban adhésif, et une consigne : oublie qui tu es, d’où tu viens. Et redeviens quelqu’un, ailleurs. Parce que Miran fuit son pays en guerre, les violences et la dictature. Il fuit pour rejoindre la France, ce pays dont son père lui a tant parlé, celui où il pourra redevenir un homme. Sur son chemin, l’humiliation, la faim, la soif, la terreur, la méfiance. Mais aussi l’espoir, le partage, et des mains tendues. Miran voyage les yeux baissés, mais la tête haute.

Tenpenskoi ?
Chaque fois que je parle de ce bouquin, j’ai la gorge qui se serre, et les yeux qui s’embuent. L’histoire de Miran, c’est aussi l’histoire de millions d’autres jeunes gens, parents, enfants, qui tentent de fuir la terreur, la mort et l’humiliation. Pas pour trouver le bonheur, on est bien loin de ces considérations, mais pour trouver un semblant de paix, dormir sans se réveiller sur les cadavres de ceux qui se sont battus pour la liberté ou la justice, et ne pas avoir à s’excuser d’exister. Le lecteur est Miran. Avec lui, il se cache et s’entasse dans des camions citernes pour traverser un désert brûlant. Il survit à la mer déchaînée dans un esquif digne du Radeau de la Méduse. Puis il est tour à tour dénoncé, accueilli, soigné, rejeté.

La lecture de ce roman te fait comprendre. Elle est pour tous les Miran du monde, qui luttent pour redevenir simplement humains, eux qui ne souhaitent qu’être suffisamment invisibles pour survivre. Qui ont cédé leur dignité pour gagner le droit d’exister. Loin d’être misérabiliste et tire-larmes, ce roman est plein d’espoir, de compassion, de résilience (puisque c’est le terme à la mode), c’est une ode à la liberté et au partage, et un regard chargé d’espoir vers demain. C’est un texte que je conseille à absolument tous, ados et adultes, qui souhaitent s’ouvrir à la question de l’émigration (et oui, je le pose dans ce sens-là, du côté de ceux qui fuient). Chapeau bas à Cécile Alix pour ce sans-faute.

Pour info :
éditions Slalom, 264 pages, 14.95€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

La Fille d’encre et d’étoiles (Kiran Millwood Hargrave)

Ami du jour, bonjour !

Toi qui me suis sur Insta, tu auras remarqué le décalage entre mes retours en stories et mes retours écrits… Les boules, il faut vraiment que je rédige mes chroniques au fur et à mesure. Je le dis, mais vais-je le faire ? C’est parfois compliqué de faire un retour écrit, et donc construit, à chaud. C’est parti pour une lecture que j’ai terminée en janvier, qui traînait dans ma PAL depuis 3 ans (c’est pas si pire, crois-moi), que j’ai sorti grâce à Justine (du compte @lesgardiensdelabibliothèque) pour une lecture commune.

Sarakontkoi ?
Il y a bien des années est arrivé sur l’île de Joya un gouverneur tyrannique qui a décrété que personne ne pouvait plus en partir, ni se rendre au nord de l’île, déclarée zone interdite. Isabella, 13 ans, vit sur l’île avec son papa, un cartographe renommé. Sa meilleure amie n’est autre que Lupe, la fille du gouverneur, avec qui elle se dispute, et qui, pour prouver sa valeur, s’enfuit dans les forêts du Nord. Envahie par la culpabilité, Isabella accompagne, en tant que fille de cartographe, le gouverneur et sa suite pour tenter de sauver Lupe…

Tenpenskoi ?
Résumer ce roman s’est avéré assez complexe pour moi ; je t’ai parlé d’une partie de l’histoire, mais il me paraît évident que tout ça est bien vide, parce que je ne t’ai pas parlé des légendes de l’île. L’intrigue principale est imprégnée de tout un folklore local, de combats entre une bonne déesse nourricière et un démon avide. C’est un réel conte initiatique, que j’ai rapproché dans sa forme de celui de Vaiana (oui oui, le Disney) où la protagoniste grandit, mais entraîne également dans son sillage bien des changements, et la réalisation d’une sorte de prophétie. Il y est question de vengeance divine, de combat entre le bien et le mal, la nature et le feu.

Le roman, tant dans la légèreté — et presque la poésie — de son texte, que dans la construction de ses personnages, est un réel délice. L’autrice n’essaie pas de créer des personnages d’enfants (souvent trop ingénus/perspicaces/innocents), elle les laisse au contraire s’épanouir ; elle ne les épargne d’ailleurs pas dans leurs épreuves. Elle fait appel à l’intelligence émotionnelle du jeune lecteur en ponctuant son récit de mille dangers (tout à fait réels), en les confrontant à la mort et au mensonge. La fin en particulier m’a beaucoup touchée, parce que bien qu’elle soit assombrie par des événements dramatiques, c’est aussi une libération, au sens propre comme au figuré. Une libération de la parole, des désirs, des espoirs, un renouveau. Bref, une superbe lecture, tout à fait inattendue.

Pour info :
éditions Michel Lafon (trad. de l’anglais par Philippe Mothe), collection Poche, 307 pages, 6.60€