Publié dans Le mot du jour

Le mot du jour

J’ai trop longtemps été sujette à la procrastination (si vous ne savez pas ce que c’est, je vous invite à vous rendre sur ce billet… et suivez un peu quand même). Je me demande depuis longtemps pourquoi le mot d’aujourd’hui semble avoir un sens si différent en anglais et en français alors qu’il s’agit du même mot, concrètement… Eh bien voilà, j’ai fait mes recherches et j’ai compris.

Le mot du jour : déception.

En anglais, deception, d’où le rapprochement que j’ai fait. Je me souviens de ce fameux texte au lycée qui avait pour titre « The great deception« . La prof nous avait alors expliqué qu’il s’agissait d’un faux-ami. Bien choisi, comme qualificatif aux vues du sens premier. « Déception » vient du latin deceptio, qui signifie « action de tromper, d’être trompé » (c’est là où les anglo-saxons ont gardé le sens d’origine puisqu’en anglais, deception signifie « duperie, tromperie »). Vous remarquerez le sens actif donné au mot : « action de », qui connote une intention purement consciente.
C’est également le sens qu’avait déception (le TLFI parle de sens vieilli) : action de décevoir, tromperie, surprise (oui, en général, on s’attend pas à être déçu…). De nos jours, je trouve le sens du mot un peu édulcoré. L’intention de tromperie qui se cachait derrière la déception a laissé place à « l’action d’être déçu », au « chagrin » et à la « tristesse » selon le TLFI toujours, faisant ainsi des grands déçus des pleurnichards qui s’apitoient sur leur sort plutôt que des êtres emplis de colère dominés par le besoin d’avancer.

Deux sentiments qui laissent les hommes passifs devant leur violence, mais ne vous en déplaise, je rends à Jules ce qui est à César et laisserai désormais la colère guider mes déceptions. Oui, je choisis officiellement le côté obscur de la force 🙂

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

La mécanique du cœur (Mathias Malzieu)

Et un petit bijou, un ! Conseillé par Nicolas. Pas un premier choix pour moi à première vue, mais c’est pour ça que parler bouquin a du bon : on a parfois d’agréables surprises…

Jack est né le jour le plus froid du monde, chez une femme un peu sorcière qui répare les choses, enfanté par un femme qui les a abandonnés, lui et son cœur brisé par le froid et une mauvaise chute. Docteur Madeleine répare le petit cœur de Jack avec une horloge, qui le maintient en vie. Et Jack grandit, bercé par l’amour bancal de grands blessés de la vie : deux prostituées abonnées aux avortements et un vieillard à la colonne vertébrale littéralement rouillée qui lui apprend à voir la vie à travers la chanson Oh when the saint ! Jack doit vivre selon trois règles : ne pas toucher les aiguilles de son horloge, ne pas se mettre en colère, mais surtout, ne pas tomber amoureux, sous peine de dérégler la mécanique du cœur.

Une métaphore géante, celle d’un enfant qui dessine l’amour de ses petits doigts innocents. La fraîcheur et la candeur des mots de Malzieu nous enrobent d’un cocon de coton. Chaque mot est à sa place, chaque verbe est pesé. Chaque phrase nous déchire, nous tire, et la mécanique des mots fait résonner et déraisonner dans notre propre cœur les échos de joie et de pleurs passés.

Un roman écrit sur du papier musique dont l’histoire est soufflée par l’instrument de Malzieu. Le livre est accompagné d’une bande originale quelque peu déroutante qui colle aux talons de Jack. Les voyages, les rencontres, tout le pousse, nous pousse, vers cet autre, cet inconnu pourtant évident qui se loge au fond de nous. Aimer c’est avoir mal. Oui, et alors ? De la pure poésie.

Pour info :
J’ai lu, collection J’ai Lu Roman, 155 pages.

Publié dans Bouquinade, Roman

Mon nez, mon chat, l’amour et moi (Louise Rennison)

Encore une fois, merci Gallimard de me laisser piocher mes lectures du moment dans ton fonds plus qu’impressionnant. Bien que là…

Georgia est une jeune anglaise de 14 ans. Ado jusqu’au bout des ongles, elle fréquente une école privée et n’a que trois centres d’intérêt dans la vie : ses amies, les garçons et son chat. Et puis, elle, elle et elle. Comme tous les ados, elle porte le poids du monde sur ses épaules : son père a perdu son job et part en Nouvelle-Zélande pour construire une nouvelle vie à sa famille (bon, ça, elle s’en fiche en fait), le gars qu’elle aime la déteste (apparemment) parce qu’elle a brisé le couple de son frère (qui sortait avec la meilleure amie de Georgia), que ses sourcils sont soit trop présents soit absents, mais surtout parce qu’elle a un « énoooooooorme » nez. Vous voyez, c’est pas facile…

Pas folichon tout ça. Je suis trop vieille pour lire ça me direz-vous ? Et pourtant, j’en lis de la littérature adolescente ! Mais là, c’est le ponpon ! La gamine est horrible. Je vais jouer les moralisatrices à deux balles, mais c’est exactement le genre de merdeuse que je n’aimerais pas que ma frangine de 11 ans devienne. Pas franchement un bon exemple (loin de moi l’idée de dire que tous les lires jeunesses doivent maintenir les jeunes dans le droit chemin, attention…).

Le bouquin est facile à lire cela dit, et sympa dans l’ensemble. Mais il est bourré de clichées sur l’adolescence, que moi-même je n’ai pas forcément connus, donc je me sens à mille lieues de ce genre de choses. Mais les répliques cinglent, parfois très drôles. Ca fait passer la pilule. Mais moi j’arrête la série ici.

Pour info :
Gallimard Jeunesse, collection Scripto, 189 pages

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Le mot du jour

Et number 2 is dans la place ! Soufflé par M. Bucherer celui-ci.

Le mot du jour : ripopée.

La ripopée, à la base, désigne le mélange de plusieurs fonds de vins par les cabaretiers (ceux qui tiennent des cabarets). Si je ne me trompe, et j’aime à croire que c’est le cas, le terme a une connotation relativement péjorative. Il est composé, selon le TLFI, du préfixe ri-, de ripaille (repas que l’on boit ou mange avec excès) et de pop-, tiré du radical pap– du verbe latin paparer (papoter, qui évoque le bruit que font les lèvres de celui qui sirote un liquide, associant ainsi la nourriture et la parole).

Tout ça pour en venir au fait que la ripopée désigne aussi un ensemble plus ou moins hétérogène de choses très différentes. Par extension, on parle comme d’une ripopée des ouvrages dont l’assemblage des idées manque de cohérence ou de clarté.

J’espère que ce billet est clair, parce que les idées y sont nombreuses et pas toujours très bien agencées. Cela dit, si vous le qualifiez de ripopée, c’est que quelque part, je n’ai pas tout raté…

Publié dans Le mot du jour

Le mot du jour

Ou devrais-je dire les mots du jour ? Vous aurez le droit à deux billets aujourd’hui, pour me faire pardonner d’avoir été un peu absente ces jours-ci. Loin de moi l’idée de penser que « ma vie est tout à fait fascinante » pour voler ses mots à Pénélope, mais elle a tout de même été quelque peu mouvementée. Donc deux mots du jour. Le premier soufflé par mon ami et ancien collègue Romain :

Le mot du jour : palindrome.

Drôle de mot pour un drôle de concept, le palindrome est un mot ou une expression – voire une phrase entière – qui se lit aussi bien de droite à gauche que de gauche à droite.

Démonstration :

TU L’AS TROP ECRASE CESAR CE PORT-SALUT.
ENGAGE LE JEU QUE JE LE GAGNE.
Moins compliqué et moins impressionnant : LAVAL.

A lire dans les deux sens.

C’est dingue, nous autres français avons vraiment des mots pour tout ! (cf. ce billet)

Publié dans BD, Bouquinade

Lo (Lucie Durbiano)

Dans la même trempe que cadavre exquis (c’est la même collection de toute façon), on a Lo. Encore un truc pour lequel je me suis taté : achat, pas achat ? Et encore une fois, Gallimard est là !

Lo est une jeune nymphe éprise de liberté. Un jour, à la source, elle sauve Daphnis. Pour elle, c’est le coup de foudre, tandis que lui court rejoindre sa Chloé (me semble-t-il). Folle de jalousie et de désespoir, Lo va tenter l’impossible, aidée de ses amis Pip (le satyre) et une nymphe dont j’ai oublié le nom, pour s’accaparer l’attention de Daphnis. Mais la déesse chasseresse Diane veille, et Lo en apprendra beaucoup sur elle au cours de sa quête…

Une histoire antique banale d’amour impossible, sur un ton très moderne et très décalé, qui donne lieu à des situations cocasses. Ca part à droite et à gauche, mais ça reste très léger (malgré la gravité de certaines situations). On dirait une petite fille de 10 ans qui se raconte ses histoires dans sa tête et se fiche complètement de ce que les autres en penseront. Et on adhère !

Cela dit, même remarque que pour Cadavre exquis en ce qui concerne les dessins. J’adore la couv’, deux ou trois planches, c’est chouette. Mais toute la BD, bon, ça commence à faire ! Je pense que c’est juste moi, cela dit.

Pour info :
Gallimard Jeunesse, collection Bayou, 100 pages

Publié dans BD, Bouquinade

Cadavre exquis (Pénélope Bagieu)

Il faut dire qu’en ce moment, c’est ZE truc to read.* Et puis, Pénélope fait fureur. Et moi, bon, je suis tentée de l’acheter chaque fois que je passe devant… et je ne le fais pas. Alors bosser chez Gallimard Jeunesse, c’était l’occasion idéale de jeter un œil à cette petite chose.

Sarakontkoi ?
Zoé a 22 ans. Elle est hôtesse d’accueil sur les salons. A temps plein. Pas le job de ses rêves, sans compter qu’elle sort avec un looser. Bref, rien de palpitant. Jusqu’au jour où, après sa pause déjeuner (sur un banc public), elle se rend compte qu’un inconnu l’observe de sa fenêtre. Elle décide d’aller « emprunter ses toilettes ». Ainsi naît une belle idylle entre l’écrivain maudit et reclus et la jeune ingénue. Et puis arrive l’ex-femme-éditrice, qui va révéler à Zoé un affreux secret, et lui ouvrir le monde des livres…

Tenpenskoi ?
Un truc bien fagoté, ça se lit très vite. Les dessins… ma foi, qu’en dire. Moi je les aime bien. Par contre, pas assez développé. Pour le coup, le phénomène d’identification n’a pas fonctionné sur moi. Je pense que c’est le format de la collection qui veut ça : des textes relativement courts et digestes, faciles à lire et adaptables à tout public.

Cela dit, on y découvre un univers très parisien (pas forcément le Paris de tout le monde, peut-être celui de Pénélope), ainsi que le milieu de l’édition. Plus précisément celui des artistes. L’histoire prend un tour auquel on ne s’attend pas et du coup, on passe un bon moment. Bref, à feuilleter, à dévorer, à survoler, un texte agréable et léger.

Pour info :
Gallimard Jeunesse, collection Bayou

*LE truc à lire
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Le mot du jour

Un mot sympa, qui fait pourtant partie de notre liste de mots ridicules (oui, parce que tout le monde devrait en avoir une !). Et celui-ci, tout le monde le connaît !

Le mot du jour : biscotte.

Eh, je vous l’avais dit : vous le connaissez ! Ce qui est intéressant, ce n’est pas la définition qu’en donnent les dicos, non. En effet, c’est une tranche de pain spécial séché et doré au four, et alors ? Dans cette définition, ils ont juste oublié de préciser « qu’il est impossible de garder en un seul morceau et du coup, il faut se taper les miettes en fin de semaine. Sans compter qu’elles tombent toujours sur le côté beurré ! ».
Bref, là n’est pas la question. Ce qui est intéressant, c’est l’étymologie de ce mot : il vient de l’italien (et lui-même du latin) bis (deux fois) et du verbe cuocere, dont le participe passé est cotto, qui signifie cuire. Le secret de ce croustillant est donc la double cuisson à juste température… Est-ce qu’on pourrait dire une uniscotte… ou une triscotte ? D’après vous ?

En tout cas, moi je me demande d’où vient l’expression se beurrer la biscotte…

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Le mot du jour

Les vieilles habitudes ne se perdent pas et c’est avec plaisir que je poste ce mot du jour qui m’a été soufflé par Philippe Bucherer, éminent membre de l’association de l’Amiral Flottant (un cercle très sélect d’amateur de roman policier). Bah quoi, on peut faire sa pub aussi !

Le mot du jour : maritorne.

Keskecékeça ? Eh bien ça, mes amis, c’est une alternative à la vulgarité. Et en plus, on enrichit son vocabulaire. C’est magnifique. Une maritorne, d’après le TLFI, est une femme vulgaire et sans grâce. Le mot désigne également une servante laide et peu soignée. Le mot viendrait apparemment de Don Quichotte, de Cervantes, dans lequel le personnage d’une servante, Maritornes, était particulièrement laide. D’où cet usage-là, depuis le XVIIe siècle en France…

Alors au lieu d’insulter votre vieille prof de math, de français ou autre, qui est vieille fille, se rase probablement avec le rasoir de son défunt père et sent le chat en plus de ressembler à Carlos, eh bien vous pourrez toujours lui donner ce joli surnom… je plaisante, c’est cruel.

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Le mot du jour

Suite à une discussion sur un banc public…

Le mot du jour : mélancolie.

A l’origine, il s’agit d’une des quatre humeurs (un liquide sécrété par un organisme vivant), qui selon l’ancienne théorie des tempéraments (définition sur ce billet), était supposée se trouver dans la rate et prédisposer à la tristesse et à l’hypocondrie. Par métonymie – c’est-à-dire par association d’idée, due à la proximité de sens, en gros – par métonymie donc, la mélancolie a fini par désigner l’état causé par ce liquide (cette humeur).

Il s’agit aussi d’une pathologie psychologique caractérisée par un état morbide et un abattement physique et moral (désolée James…). Cependant (et c’est où notre belle langue française te donne raison), le mot a aussi un sens très littéraire : une vague et douce tristesse dans laquelle on se complait, qui favorise la rêverie désenchantée et la méditation (selon le TLFI).

Comme quoi, en effet, être mélancolique est un moindre mal. Moi, c’est ce qui m’aide à écrire…