Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

La Servante écarlate (Margaret Atwood)

Ami du jour, bonjour !

Laisse-moi te dire que j’ai dû digérer un peu le roman dont je vais te parler avant d’écrire ma chronique. J’ai beaucoup de mal à mettre de l’ordre dans mes idées, comme à chaque fois que le sujet me touche, tu commences à avoir l’habitude. Dis-toi que ce bouquin, je l’ai écouté (oui, parce qu’il s’agit d’un livre audio) sur toute la période de notre dernière tentative de FIV. On aurait pu trouver mieux comme timing…

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Sarakontkoi ?
Le roman se situe dans une société américaine fermée qui subit de fortes baisses de fertilité dues à divers facteurs (notamment une « catastrophe » dont il est question une ou deux fois dans le livre). Dans cette nouvelle société, les femmes sont sacrées. Les épouses de Commandeurs sont privilégiées, les Econofemmes sont les épouses d’hommes pauvres, les Marthas sont des sortes de gouvernantes dans les maisons riches. Et les Tantes endoctrinent les Servantes, ces femmes vêtues de rouge, seules capables de procréer, dont les riches couples louent les services…

Tenpenskoi ?
La. Claque. Ca fait un moment que je n’avais pas lu un aussi bon roman de SF. Il s’agit ici d’une dystopie, la description d’une société qui se veut parfaite, mais qui cache en fait un régime de répression et de suppression des libertés.

Un passage m’a marquée au cours de ma lecture : il évoque la différence entre « liberté de » (freedom to) et « libéré de » (freedom from). Les femmes ne sont plus libres de faire ce qu’elles veulent de leurs corps, puisqu’elles sont devenues sacrées. Mais elles sont libérées du regard des hommes, du poids du paraître. Dans ce sens, le livre twiste dangereusement l’état d’esprit du lecteur, et on en arrive même à se dire « est-ce si mal ? » C’est ce danger que pointe Margaret Atwood. Ces pensées liberticides qui agissent pour le bien de l’Humain. Elle décrit une société tyrannique, sans libertés, révoltante, qu’elle met en contraste avec notre société actuelle, tellement brutale, sale, effrayante qu’en tant que lecteur, on est perdus, tiraillés entre notre révolte interne et cette solution définitive, liberticide, qui pourtant solutionne les combats que nous menons aujourd’hui.

Tout ça bien entendu sur fond de cataclysme (dont on ignore la nature). On sait juste qu’à un moment, le monde a cessé de tourner rond, et que la réponse de cet état américain (le Massachusetts si mes souvenirs sont exacts) a été de geler les libertés, en commençant par les comptes en banque des femmes. Tout ça dans une passivité générale effrayante. Mais dans leur situation, aurions-nous fait différemment ? Les quelques manifestations et contestations ont été étouffées. Privées de moyens financiers, les femmes n’ont eu d’autre choix que de passer dans la clandestinité, ou de s’en remettre aux hommes. Les enfants issus de seconds mariages, d’adultères, ou hors mariage ont été arrachés à leur famille pour être confiés à des familles pieuses « dignes » de les élever, donc riches.

Margaret Atwood nous tient et nous coince dans un présent quasi constant qui nous étouffe, nous empêche d’avancer, d’aller de l’avant, qu’elle entrecoupe de bribes de souvenirs décousus, confus parfois. De sensations passées. Comme Defred, on ne comprend pas comment la société en est arrivée là. Le final est sans importance, relayé au second plan, avalé par l’énormité de ce qu’on vient de lire. L’épilogue, une conférence universitaire qui a lieu probablement des dizaines d’années plus tard, après la chute de cette « civilisation », ironise cette partie de l’Histoire, la relègue à une simple étude du passé, oubliant presque que ce qui est arrivé alors peut encore se produire aujourd’hui. Cela ne ferait-il pas échos à… ?

Le roman est très dense, j’en ai probablement oublié. Mais lisez-le.

Pour info :
éditions Robert Laffont, 544 pages, collection Pavillons Poche, 11,50 EUR

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Jurassic Park (Michael Crichton)

Ami du jour, bonjour !

Un billet matinal, aujourd’hui. Rien de tel que d’écrire à la fraîche. Chéri est parti à une importante réunion de chasse (parce que oui, il chasse, mais pas les Bambi, non, eux il a plutôt tendance à les laisser filer). Je suis donc seule à la maison, et avant de m’atteler aux tâches ménagères (enfin, en attendant que la machine à laver ait fini de tourner), je prends 2 minutes pour te présenter ce chef-d’œuvre de la SF.

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Sarakontkoi ?
À moins de vivre sur une autre planète, tu sais déjà que ça cause de dinos. John Hammond invite en avant-première dans son nouveau parc les professeurs Grant (paléontologue) et Satler (paléobotanologiste => comme un paléontologue, mais spécialisé dans les plantes). Bref, ils étudient les dinosaures. Hammond a plus que jamais besoin d’un aval et d’un soutien scientifique pour convaincre ses actionnaires de le laisser ouvrir son parc révolutionnaire : un parc à dinosaures. Et croyez-moi, il ne s’agit pas d’animatronics…

Tenpenskoi ?
Je n’en ai pas dit beaucoup plus, parce que normalement tu as vu le film, et si tu ne l’as pas vu, tu en as entendu parler, tout de même. Sauf si tu as élevé les marsupiaux en Papouasie ces 25 dernières années. Chacun son truc. Moi, le mien, depuis toute gamine, c’est les dinosaures. Alors, quand j’ai vu que mon ami Flo avait dans sa bibliothèque un exemplaire de Jurassic Park, je lui ai dit : « mais, ils en ont fait un livre aussi ?! » Après quoi, il s’est esclaffé et m’a corrigée : « non, ils ont fait un film à partir du bouquin ! » La quiche. Je lui ai tout de même fait promettre de me le prêter une fois que j’aurais terminé ma lecture du moment.

Quelques semaines après ça, il rapplique avec un exemplaire poche dudit bouquin, trouvé d’occas’. Je ne te raconte pas l’euphorie qui s’est emparée de moi ! Mille mercis, Flo. Mais tout ça ne te dit pas ce que j’en ai pensé.

Toi, tu connais le petit vieux sympa habillé tout en blanc, tellement passionné qu’il en est émouvant, adorant ses petits enfants et peu avare quand il investit dans son rêve : monter un parc avec des dinos. Moi je vais te raconter celle d’un homme qui a fait une avancée scientifique majeure dans le domaine du clonage, qu’il est bien décidé à monétiser au moyen d’un parc sensationnel. Oui, il est beaucoup question d’argent.

Jurassic Park le livre m’a fait ouvrir les yeux sur Jurassic Park le film, parce que le (magnifique, merveilleux) Tyrannosaurus Rex (qui me fiche des frissons de bonheur à chaque apparition) a détourné mon attention du réel sujet du film, comme du livre. Est-ce parce qu’on peut le faire qu’on doit le faire ?

Le livre donne la part belle à toute une réflexion philosophique sur la Vie, la Nature, et sur la science, mais éclaire également le manque de contrôle, voire de législation, qui permet à des apprentis sorciers d’exploiter ces failles légales pour satisfaire leur égo en allant toujours plus loin. On nous pose une question d’éthique.

Au-delà de ça, je me suis toujours dit Jurassic World, la suite de la trilogie de films originale, était simplement une pompe à fric, où l’on nous montrait de plus gros dinos pour faire sensation. Mais pas du tout ! En lisant Jurassic Park, j’ai vu Jurassic World en filigrane tout le long ! Parce que Jurassic World est l’exacte concrétisation de ce que voulait faire John Hammond. Alors que son parc part en cacahouète tout au long du livre, il n’a de cesse de nous décrire sa vision des choses… qui correspond à la lettre à ce que nous montre Jurassic World. Donc, pour bien compléter l’expérience, je te propose de voir le film original (celui de 93) si ce n’est pas fait, de lire Jurassic Park, et de regarder Jurassic World.

Je te touche deux mots du style : ce n’est pas pour rien que Spielberg en a fait un film. Crichton écrit l’action. Si bien qu’une ou deux fois, il m’a une peu perdue tellement il avaçait vite, alors que moi, j’essayais encore de trouver mes repères. Mais ce n’est qu’un point de détail, tellement j’ai aimé le sujet de sa réflexion.

Je ne résiste pas à l’envie de partager avec toi le passage qui m’a le plus marquée. C’est Malcolm qui explique sa théorie. Dans le film, il s’agit de la scène où ils déjeunent après avoir nourri les raptors, à laquelle je n’avais jamais vraiment fait attention avant de la lire telle quelle :

Les scientifiques nous répètent à l’envi qu’ils cherchent à découvrir la vérité sur la nature. Il y a du vrai là-dedans, mais ce n’est pas ce qui les motive.[…] La véritable préoccupation des scientifiques est la réussite. Tout ce qui les intéresse, c’est de savoir s’il peuvent faire quelque chose, et ils ne prennent jamais le temps de se demander s’ils devraient le faire.[…] S’ils ne le font pas « eux », ce sera quelqu’un d’autre. Ils ont la conviction que les découvertes sont inévitables et essaient simplement d’être les premiers.[…] Toute découverte scientifique est un viol du monde naturel. Ce sont les scientifiques qui le veulent.[…] Ils ne peuvent se contenter de regarder, d’évaluer. Ils sont incapables de s’intégrer à l’ordre naturel des choses. Il leur faut provoquer quelque chose de non naturel.[…] Je voudrais que les gens se réveillent. La science moderne se développe depuis quatre siècles, nous devrions maintenant savoir à quoi nous en tenir et ce qu’elle peut nous apporter.

Merci Flo, ce fut une fantastique expérience de lecture.

Pour info :
éditions Pocket, 512 pages, 7,90€

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Le Chaos en marche (Patrick Ness)

Lecteurs du vendredi, bonjour !

Aujourd’hui, une trilogie que j’ai dévorée il y a fort fort longtemps (bien 2 ans), et que je n’ai pas encore osé chroniquer tellement le contenu est dense. J’ai vraiment peur de ne pas lui rendre justice… Nolwenn (toi qui m’as conseillé cette fantastique aventure), n’hésite pas à me corriger, ou à me compléter !

Sarakontkoi ?
Le monde est fait de bruit. Du bruit des pensées et des sentiments des Hommes. Tout baigne dans un constant brouhaha. Todd vient d’avoir 13 ans. À 13 ans, chez lui, on devient un homme. Et pour devenir un homme, chez lui, il faut commettre la faute ultime : un meurtre. Mais Todd, contrairement à ses congénères, est incapable de tuer. Alors il fuit… et trouve un endroit sans bruit. S’engage une guerre contre la différence, une guerre pour le pouvoir. Une guerre du bruit.

L’infinie boucle de l’Histoire, les erreurs oubliées, répétées inlassablement. Le jugement et la condamnation de la différence. L’absence de pensée individuelle, lorsque par son Bruit, on peut imposer sa volonté. Lorsqu’on vole une terre qui n’est pas la nôtre, que les vérités éclatent. Le monde n’est pas le nôtre. Les Hommes ne sont pas nous. Mais les guerres, la cruauté, la marche sans âme des armées fait douloureusement échos à notre réalité. Celle où tout le monde hurle sans écouter.

Tenpenskoi ?
Quelle écriture percutante ! Lapidaire, claire. Sans filtre, comme les mots d’un enfant. Parfois sans cohérence, en flot continu. Comme ce bruit constant qui nous écrase les tympans à la lecture de cette trilogie. Une bonne claque littéraire, qui marche autant en jeunesse qu’en adulte. La preuve, elle a été publiée dans les deux collections.

Pour info (version Poche) :
La Voix du couteau (T.1) : Gallimard Jeunesse, Pôle Fiction, 544 pages, 8,65€ chez votre libraire
Le Cercle et la Flèche (T.2) : Gallimard Jeunesse, Pôle Fiction, 576 pages, 8,65€ chez votre libraire
La Guerre du Bruit (T.3) : Gallimard Jeunesse, Pôle Fiction, 640 pages, 8,90€ chez votre libraire