Publié dans BD, Bouquinade

Collaboration horizontale (Navie / Carole Maurel)

Ami du jour, bonjour !

Aujourd’hui, une fois n’est pas coutume, je te parle d’un sujet pas trop rigolo. Mais avant de t’enfuir en courant parce que toi, les drames, c’est pas ton truc, assieds-toi, et écoute-moi (enfin, lis-moi). Oui, même toi, maman, qui n’aimes pas la BD.

Commençons par un peu d’Histoire. La collaboration horizontale, qu’est-ce que c’est ? Cette étrange expression désigne les femmes qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, ont eu des relations (sentimentales et/ou sexuelles) avec des soldats allemands. Attention, la collaboration dans le sens de « troc de renseignements » est quelques chose de totalement différent, et ça a son importance, notamment dans certains choix graphiques. Ces femmes qui, à la fin de la guerre, ont fini rasées et moitié nues, humiliées sur les places publiques. Si le sujet vous intéresse, il existe quelques docus ou articles. Le document que je vais vous présenter aujourd’hui est une BD.

img_20180611_133613_731546372425.jpg

Sarakontkoi ?
Le mari de Rose est prisonnier de guerre. Elle vit seule, avec son fils, dans son immeuble, entourée de ses voisins. Dans l’immeuble, tout le monde se connaît. Rose a fait le choix d’héberger et de cacher son amie Sarah, juive, afin de lui permettre d’échapper aux forces allemandes qui la recherchent. Mais visiblement, tout le monde dans l’immeuble n’est pas aussi muet que Rose puisqu’un soldat allemand se présente un jour à sa porte, à la recherche de Sarah.

Tenpenskoi ?
Il est extrêmement compliqué pour moi de trouver les bons mots pour parler de ce sujet, parce que j’évite de m’y confronter. Je suis tout à fait consciente de ce qui a été fait pendant et après la guerre. J’ai, comme beaucoup d’enfants, été traumatisée par Nuit et brouillard, qu’on nous a forcés à regarder trop jeunes. L’ignominie n’a pas de nom. D’un côté comme de l’autre.

Mais le point de vue qu’expose Navie, bien qu’évoqué plusieurs fois dans ma vie — j’avais vaguement entendu parlé de ces femmes rasées pour avoir entretenu une relation avec des Allemands — restait pour moi très vague. Dans cette bande-dessinée, je n’ai pas trouvé de parti pris réel de l’auteur quant à ce qu’il pouvait se passer d’atroce dans les camps. Non, l’histoire se concentre sur le quotidien. Celui d’hommes et de femmes qui vivent loin du front l’occupation Nazie.

Ces hommes et ces femmes qui sont les héros inconscients d’une guerre silencieuse. Rose aime un homme, pas un Allemand, pas un Nazi. Elle aime Mark. Et c’est là que les choix graphiques sont intéressants. Sur la couverture comme dans le livre, c’est le cœur qui dicte, qui prend le contrôle de la tête et du corps. On ne choisit pas d’aimer. Mark n’est dépeint ni comme un héros, ni comme un monstre. Mais les monstres se cachent dans le quotidien. Dans un oncle qui viole sa jeune nièce. Dans un père qui bat sa femme. Dans une amie qui trahit.

Alors qui est le traitre ? Celui qui trace un trait d’union, qui voit au-delà de ce que harangue la foule haineuse ? Le persécuté qui se retourne contre son protecteur sans essayer de comprendre ses choix ? La faible amie, qui au lieu de faire un choix courageux se montre couarde et égoïste ? Peut-être que certaines de ces femmes, ces « collaboratrices » ont su oublier la haine, la politique, la fierté, et simplement renouer avec l’humain pour tendre la main à une autre vie. Ces femmes ont payé cher leur courage, qui ne sera jamais reconnu comme tel. Je dois avouer que j’ai été prise au dépourvu, et que j’ai peut-être laissé échapper une larme ou deux.

Pour info :
éditions Delcourt, collection Mirage, 144 pages, 18,95€

Publié dans Bouquinade, Roman historique

Max (Sarah Cohen-Scali)

Et un second article, parce que ça fait franchement un bout de temps que je n’ai rien posté (honte à moi). Mais l’amour donne des ailes, et puis, c’est chronophage… sans compter un déménagement en bonne et due forme dans un appartement avec mon nom sur la boîte aux lettres… et sur les factures EDF. Bref, tout ça pour dire que je n’ai toujours pas internet, et que le temps me manque (encore). Mais ce billet-là, j’avoue que j’espérais pouvoir l’écrire depuis un moment déjà ! Max, vous vous souvenez, le fameux roman qui a passé presque un an dans la rubrique « En ce moment, je lis » du blog. Eh bien, je l’ai terminé ! Victoire !

max

Sarakontkoi ?
Dans les années 1930, un étrange personnage décide de nous raconter son histoire. Façonné de A à Z par, pour et dans l’idéologie Nazie, il ne jure que par le Führer, dont il espère être un digne représentant. Des foyers du programme secret du Lebensborn aux rues d’une Pologne détruite et occupée, jusqu’aux écoles de l’élite allemande, le jeune Max raconte son combat quotidien pour être digne de la race supérieure : les Aryens.

Le voile est levé sur un phénomène tellement horrible et inhumain qu’on pourrait le croire inventé de toutes pièces. Mais Sarah Cohen-Scali est bien renseignée, et grâce à ses recherches, elle nous plonge dans le fanatisme de l’idéologie nazie. Tissé par la bouche d’un de ces enfants fabriqués, par ses mots et le regard froid qu’il jette sur le monde qui l’entoure, et dans toute l’horreur de son innocence, ce roman dissèque de l’intérieur les naissances programmées destinées à faire de l’Allemagne un peuple de grands guerriers.

Tenpenskoi ?
Un livre touchant par ses personnages, par la justesse de ses mots et l’absence de pathos, d’apitoiement, il est juste ce qu’il faut pour nous faire prendre la mesure de ce qu’Adolph Hitler a construit et détruit. Parce qu’il faut savoir, comprendre et surtout faire preuve de sympathie — ou d’empathie — une œuvre majeure, pour les petits comme pour les grands… je salue également l’originalité du point de vue. À lire !

Pour info :
Gallimard Jeunesse, collection Scripto, 480 pages, 15,90€ chez votre libraire (qui j’espère vous le recommandera)