Publié dans Bouquinade, Roman

Rentrer son ventre et sourire, tome 1 (Laurence Beaudoin-Masse)

Amis du jour, bonjour !

Causons d’un roman que je conserve dans mes rayons à la librairie depuis quelques années ; il attise ma curiosité parce que je me suis persuadée qu’il causait d’acceptation de soi et de son corps. Il a été tiré au sort pour le club de lecture. L’occasion, le larron… bref.

Le Pitch :
Sur sa chaîne YouTube, Elie tente de prouver qu’avec un rythme de vie sain, on peut se reprendre en main. Elle-même est passée de boulotte à belle gosse, sa chaîne a pris de l’ampleur, elle a aujourd’hui un agent, son petit ami est l’équivalent de Justin Bieber ; malgré tout, elle ne parvient pas à lâcher prise, et ce qui devait être une preuve que tout est possible commence à tourner à l’obsession, et se teinte d’hypocrisie…

Mon avis :
Honnêtement, je n’ai pas trouvé dans ce roman ce que je suis venue y chercher. Je voulais une prise de conscience, un empowerment, un peu de plomb dans la cervelle quoi ! Quand on parle d’acceptation du corps, surtout lorsqu’il s’agit d’une perte de poids, et de la dérive qui y est souvent rattachée, je suis prête à lire un roman compliqué, qui soit m’amène vers une vraie réflexion et vers du mieux, soit se termine en drame.

Elie est bloquée dans un entre-deux, entre ses obsessions et ses propres contradictions. Elle s’est fait une prison de perfection et ne parvient plus à s’en sortir, d’autant que les réseaux sociaux ont cadenassé sa vie. Elle n’a plus le choix, elle doit mettre en scène son propre bonheur et y croire assez fort pour se tromper elle-même. Voilà un postulat intéressant.

Mais tout est malaisant : sa relation aux hommes (en particulier son petit ami), à sa famille, à sa nutritionniste même ! D’insignifiante et soumise, elle passe à… insignifiante, soumise et menteuse. J’ai eu l’impression d’un personnage qui n’évolue pas, qui est très passif dans son histoire, et à la rigueur, j’aurais pu l’accepter si dans le tome 2, Elie avait évolué, ou changé. On m’a divulgaché ladite suite… et sans vous en dire trop, je me suis dit : tout ça pour ça ?! Donc si tu cherches un roman qui te bouscule, qui te blesse, qui t’émeut, passe ton chemin. C’est l’histoire pas ouf d’une meuf qui s’est pris pour une carpette. Et c’est tout ce que j’en retiens. Ah oui, et les réseaux c’est toxique. Petite remarque : le roman est truffé de vocabulaire propre au français québécois, ce qui ne m’a personnellement pas dérangée, mais a fait tiquer certaines filles du club…

Pour info :
éditions Alice, coll. Tertio, 336 pages, 2020

What’s Not To Love (Emily Wibberley/Austin Siegemund-Broka)

Ami du jour, bonjour !

Il y a parfois quelques drôleries dans la vie. Comme recevoir un roman que tu n’étais pas censée recevoir, et que tu lis par erreur. Mais qu’est-ce qu’il est cool quand même ! Qu’à cela ne tienne, c’est un joli hasard.

Sarakontkoi ?
En vrai, ça commence comme commencent 80% des ennemies-to-lovers adolescents : ils se battent pour être majors de promo, et ils sont au coude à coude. Pour les départager, la Principale demande à Alison et Ethan de préparer ensemble la soirée des anciens élèves. Ils doivent tous les deux briller, mais un désaccord au journal du lycée risque de remettre les pendules à l’heure… ou de faire tourner les boussoles.

Tenpenskoi ?
Enfin une romance adolescente qui fait voler des papillons dans le ventre sans proposer de relation toxique ! Oui Alison et Ethan sont rivaux, mais il ne se détestent pas « parce qu’ils s’aiment ». D’ailleurs, Ethan le souligne : elle est trop intelligente pour aimer un garçon qui la traite mal, et lui n’est pas le genre minable qui est horrible avec une fille parce qu’il l’aime. Merci ! On lit certes une romance qui commence par une forte inimitié, où le désir naît dans un moment de colère, mais l’intelligence des personnages est mise au centre de cette relation. Ils ont les idées confuses, peur pour leur avenir, ils se cherchent et se découvrent assez semblables. Ça, c’est très cool.

Les auteurs ont pris soin de développer l’histoire personnelle d’Alison (merci !) : heureux accident tardif d’un couple assez âgé, bien établi, qui a vécu une belle vie, elle est aimée, encouragée, et même calmement remise à sa place. Un fossé la sépare de sa grande sœur, beaucoup plus âgée qu’elle, qui cherche pourtant à renouer avec elle, donnant lieu à des scènes touchantes. Sa meilleure amie, Dylan, bisexuelle, peine à se remettre de sa rupture avec son ex-copine, et saute sur la première occasion de replonger dans cette relation malsaine où elle ne s’épanouit pas. Bref, des problématiques d’adolescente. Et on excuse volontiers ces airs de caricature qu’elle emprunte (elle est TRÈS compétitive, TRÈS égocentrique, elle a TRÈS peur de l’échec) parce qu’ils servent ses relations avec son entourage.

Ni le style, ni la construction du roman ne révolutionnent le genre, mais il remplit la check-list de la romance, sans tomber dans ses pires clichés, ni dans la caricature du « je te blesse parce que je t’aime ». Les personnages, en dehors de leur rivalité, sont sains, et ça sonne beaucoup plus vrai. Bref, une lecture très sympa qui n’a pas encore de traduction française, mais si tu lis l’anglais, il n’a rien de très compliqué…

Pour info :
éditions Viking Books, 400 pages, entre 12 et19€ (ça dépend des plateformes !)