Publié dans Bouquinade, Roman

Avant minuit (Julie Murphy)

Ami du jour, bonjour !

Un peu de bonne humeur et d’amour de soi aujourd’hui — oserais-je parler d’inclusivité ? — parce qu’on cause d’une héroïne qui fait péter les standards en même temps que la taille 38 !

Sarakontkoi ?
Cindy a perdu sa maman toute petite, puis son papa s’est remarié et est décédé à son tour. L’histoire, on la connaît, Cendrillon va racler les chaudrons et récurer la cuisine… que nenni, parce qu’Erica Tremaine –sa belle-mère et célèbre productrice d’un show genre Bachelor— et Drew et Anna, ses deux demi-sœurs, l’adorent. Lorsque Cindy propose d’intégrer le casting des prétendantes de Avant Minuit, ledit show, non pour rencontrer le merveilleux célibataire, mais pour l’utiliser comme vitrine pour ses créations (elle crée des chaussures), Erica a des doutes : Cindy est hors standards, elle est grosse et risque de ne récolter que moqueries et humiliations. Mais Cindy n’en démord pas : elle aussi a sa place sous les projecteurs…

Tenpenskoi ?
Je t’avais parlé il y a quelques temps de Attention Spoilers… on est dans le même schéma, clairement, les scènes de sexe explicites en moins (raison pour laquelle il a fini dans mon rayon). On parle d’une ouverture vers l’autre qui passe par une acceptation de soi. Et, loin d’être stigmatisant, le roman n’hésite pas à râler contre les marques (de luxe ou populaire d’ailleurs) qui, même lorsqu’elles se targuent de proposer des « grandes tailles », ne les ont que rarement en rayon, obligeant les consommateurs XL à se fringuer sur le net. Je peux te le dire, je l’ai connue moi, la petite brindille de chez Etam Lingerie qui vient te voir direct pour te dire que si ta taille n’est pas en rayon, elle doit avoir quelques grandes tailles en arrière boutique. Ca fait du bien de voir un personnage gros oser l’ouvrir pour dire que c’est injuste.

Et si on parle d’inclusivité, on n’oublie pas les personnages gays, ou bi, les non genrés (bien qu’en anglais, l’emploi du pronom they/them me fasse toujours me demander combien ils sont… avant de comprendre que c’est leur façon de dire iel). Et pour autant, ces personnages n’ont pas besoin de porter un drapeau ou de réellement revendiquer ce qu’ils sont. Ils sont eux, et ils sont là, et c’est cool.

Alors bien entendu, on n’échappe pas à la romance entre la curvy et le beau gosse. Mais on aime, on aime ! C’est un peu notre plaisir coupable… Et quel plaisir de voir une réécriture de Cendrillon où la marâtre assume pleinement son rôle de mère de substitution, et où les demi-sœurs sont de réels soutiens pour Cindy ! Petit bonus pour le remaniement des personnages de Gus et Jack, dont je ne parlerai pas plus ici, pour vous laisser le plaisir de la découverte. Ok, ça n’a plus grand chose à voir avec l’original, mais quand même, c’était une lecture sans prise de tête, qui m’a dit ce qu’elle avait à dire, et dans laquelle, pour le coup, il m’est arrivé de me retrouver. On attend le prochain relooking de conte !

Pour info :
éditions Hachette (traduction Nadège Gayon-Debonnet), collection Modern Princess, 512 pages, 17,95€

Publié dans Bouquinade, Roman

Attention Spoiler (Olivia Dade)

Ami du jour, bonjour !

Avant de partir en congés cet été, j’ai remarqué dans le rayon littérature sentimentale de mon collègue un roman dont le personnage féminin sur la couverture était assez hors du commun (du genre bien en chair). Je me suis dit : romance + perso féminin en surpoids. Idéale pour les vacances, je prends, on verra bien…

Sarakontkoi ?
Marcus, acteur dans une série TV à succès, et April, géologue complexée par son corps, ont une chose en commun : ils écrivent des fan-fictions sur la série dans laquelle joue Marcus. Lui répare les désolantes platitudes des scénaristes en écrivant sous pseudos, elle développe une romance totalement sous-valorisée à l’écran. Sans savoir qui ils sont, ils échangent via le serveur créé par April. Jusqu’au jour où April ose poster une photo d’elle dans un cosplay de la série, et que certains commentaires plus qu’haineux poussent Marcus, révolté, à intervenir…

Tenpenskoi ?
Mon intuition s’est avérée exacte : lecture de vacances très sympa. Je dois te prévenir, le roman contient des scènes explicites. Oui, ça veut dire qu’on parle de sexe et qu’on décrit dans le menu détail quelques parties de jambes en l’air. Le roman, fort heureusement, ne se résume pas à ça. Il met en scène des personnages quarantenaires (ou presque), un peu écorchés, elle par son aspect physique que ses parents ne peuvent s’empêcher de pointer du doigt, lui par des difficultés personnelles (que je vous laisse découvrir) l’empêchant d’être le fils parfait de ses deux universitaires de parents. Ils se réduisent l’un comme l’autre à d’insignifiantes déceptions parentales. Mais leur rencontre, sur les réseaux comme IRL, les amène à reconsidérer l’image qu’ils ont d’eux-mêmes.

Beaucoup de positivisme dans cette sympathique romance. La relation d’April et Marcus, loin de ce que je peux voir passer, n’est pas malsaine, ni destructrice. Ils se poussent l’un-l’autre à avancer, à trouver leur valeur, à accepter d’être ce que l’autre recherche. Une belle construction de personnages donc. On ne va pas se mentir par contre, le roman est construit comme une comédie romantique (se rencontrer – s’apprivoiser et s’aimer – se disputer – se réconcilier). J’ai aimé qu’April s’accepte peu à peu, D’aucuns diront que le roman a un petit côté moralisateur. Je ne le vois pas comme ça. Certes, le côté acceptation de soi est très poussé chez April comme chez Marcus, mais je me dis que c’est un premier pas vers la désuniformisation des personnages. Marcus est beau gosse mais il cache ses propres fêlures. Bref, une chouette lecture, même si elle ne sera pas la plus mémorable de cette année. Et puis, que la meuf hors canons physiques se tape le beau gosse, c’est un peu mon guilty pleasure

Pour info :
éditions Hauteville (trad. de l’anglais par Claire Allouch), 512 pages, 18.50€

Publié dans Bouquinade, Roman

Miss Dumplin (Julie Murphy)

Amis du jour, bonjour !

Le soleil brille aujourd’hui sur nos contrées auvergnates, alors je me suis dit qu’un peu de body positive serait sympa… et très à la mode, qui plus est.

dumplin

Sarakontkoi ?
Willowdeen ne se préoccupe pas de son corps. Ses formes, elle les assume. Mais lorsqu’elle rencontre Bo, à qui elle semble plaire, tout bascule. Elle ne comprend pas. Qu’elle s’assume, passe encore. Mais qu’on la trouve attirante, c’est très louche ! Alors, elle décide de donner un coup de pied dans la fourmilière : elle s’inscrit au prestigieux concours de beauté local, présidé par sa propre mère. Chef de fil involontaire d’un mouvement libérateur, elle entraîne avec elle d’autres adolescentes au physique atypique…

Une lecture rapide pour un sujet d’actualité. Une écriture simple, qui ne cherche ni l’empathie, ni la pitié, ni la bienveillance. Willowdeen est une jeune femme au caractère changeant, peu sure d’elle, qui vit ce que toutes les ados dans sa situation ont vécu : la meilleure amie filiforme qui se trouve grosse, le regard désapprobateur d’une mère préoccupée par l’image de sa fille, la honte, le doute. Mais au lieu de s’enterrer, elle décide de sortir au grand jour, et de se faire entendre. Une jusqu’auboutiste qu’on aime aimer.

Tenpenskoi ?
Conseil de lecture de ma très chère Maëlle, tête des ventes dans le New York Times, Miss Dumplin semble trouver échos dans un monde déchiré entre le conformisme et la différence, entre le lisse et la courbe. Et dans ce monde où chacun crache et hurle ses convictions, ça fait du bien de se poser deux minutes pour se rendre compte que rien n’est tout blanc, rien n’est tout noir, et que le multicolore, c’est joli aussi.

Pour info :
Grand format : éditions Michel Lafon, 378 pages, 15,95€ chez votre libraire
Poche : éditions Michel Lafon Poche, 493 pages, 7€ chez votre libraire