Publié dans Bouquinade, Roman

L’Homme qui lisait des livres (Rachid Benzine)

Amis du jour, bonjour !

Causons aujourd’hui d’un très court roman qui m’a, une fois n’est pas coutume, été recommandé par mon collègue en littérature. Lui-même l’avait découvert lors de la présentation du titre pour la rentrée littéraire. Qui dit roman pas très long dit pratique à lire pendant mes heures de caisse… c’est parti !

Le Pitch :
Un photographe de presse est envoyé à Gaza dans le but de rapporter des clichés « sensationnels » des zones détruites de la ville. Mais ce qu’il trouve au milieu des ruines le fascine bien plus, notamment ce vieux libraire qui continue de dispenser ses conseils littéraires et de boire son thé devant la porte de son échoppe…

Mon avis :
Je suis clairement l’Européenne moyenne, pas très douée en géopolitique (pour ne pas dire complètement à la ramasse). Je connais en très très gros l’histoire de la fin du mandat de gestion britannique et du partage de la Palestine par l’ONU ayant mené à la création de l’état d’Israël en 1948, mais pour tout le reste, j’avoue mon ignorance. Alors me plonger dans cette Gaza en ruines, au début, ça m’a foutu les boules. Mais le roman est court, le discours clair, je me suis dit qu’au pire, c’était comme arracher un pansement.

Et puis ce vieux libraire a eu raison de moi. Celui qui a accueilli le photographe, qui lui a donné son accord pour une photo, mais pas avant de lui avoir raconté son histoire. Pour que la photo ait du sens. Et nous voici à (re)vivre ces nuits de 1948 qu’on appellera plus tard la Nakba (la « catastrophe », en arabe). Ces quelques nuits où les Palestiniens, poussés par la peur ou, pour les plus coriaces, par des fusils pointés dans leur dos, ont quitté sans cérémonie leur foyer pour faire place à la nouvelle nation qui s’installerait bientôt sur leurs terres. Le vieux raconte aussi la vie dans les camps d’accueil, la colère et la radicalisation de son frère, le courage de sa mère, qui accoucha en plein exode. Il raconte les chances qui lui ont été données, les mains qui lui ont été tendues, ses voyages et la vie qu’il a tenté de construire. Ses erreurs, ses deuils.

Malgré tout, on ressent une certaine paix avec son passé, une sérénité face au présent qui ne dure jamais qu’une seconde, sans avenir, sans passé. La mémoire et l’immédiat qui s’envolent dans une douce valse. C’est un très court texte donc, mais une intéressante porte d’entrée. Pas neutre (l’est-on jamais ?), mais qui a eu le mérite d’éveiller mon intérêt pour cette histoire qui n’est pas la mienne. Le style est évident, simple, et m’a donné envie de garder en mémoire bien des citations. En bref, quel que soit votre degré d’intérêt pour cette période historique, ou encore pour ce conflit, c’est un beau roman qui reste très accessible et qui pourrait, pourquoi pas, vous donner envie d’approfondir un peu la question…

Pour info :
éditions Julliard, 128 pages, 2025