Publié dans BD, Bouquinade

Batman : Les contes de Gotham (Derek Fridolfs / Dustin Nguyen)

Ami du jour, bonjour !

On reparle BD aujourd’hui, faut bien que j’épuise les lectures graphiques que j’ai eues dernièrement, et dieu sait que ça se lit plus vite qu’un roman ! Je te cause d’un bouquin qui m’a fait de l’œil dès son arrivée au magasin, et puis le prix était sympa, alors hop, dans le sac !

Sarakontkoi ?
Qui ne connaît pas le célèbre Chevalier Noir, solitaire, assoiffé de justice, et… déprimant ? Celui qui saute de toit en toit à la poursuite des bandits pour aider son ami moustachu… mais si, l’inspecteur là ! Nan, je déconne, je connais Gordon quand même. Bref, tu prends ce Gus et tu le plonges dans le monde des contes classiques de notre enfance. Mais pas version Disney, nan, version Grimm ! De Pinocchio, à la Princesse au Petit Pois en passant par le Pays des merveilles jusque chez la Reine des Neiges, Batman t’entraîne dans un exercice de réécriture… pas toujours évident.

Tenpenskoi ?
À la lumière de ma dernière remarque, tu te doutes que ma lecture est loin d’être un coup de cœur intersidéral. Pour commencer, et même si ça te semble évident, c’est un opus hors continuité. On sort des arcs tortueux du Chevalier Noir et on réécrit des contes avec les personnages de l’univers de Batman. Si je n’ai pas été déçue par le dessin — ce qui est pourtant souvent le cas, surtout dans les comics, parce que la couv’ fait de belle promesses qu’elle tient rarement à l’intérieur — je dois avouer que les petites histoires, ces fameuses réécritures, m’ont fortement ennuyée. Et c’est moi, grande amoureuse de réécriture, qui vous dit ça !

Honnêtement, ça part un peu dans tous les sens, et s’il y a bien une ou deux cases qui marchent de-ci, de-là, pour un mot drôle ou touchant, c’est insuffisant pour moi. Je l’ai lu parce que je l’avais acheté et qu’il faisait partie de mon week-end à 1000. J’ai été curieuse de savoir ce qu’ils avaient fait de tel ou tel personnage (Robin devient Waynocchio, un petit garçon de bois qui ne rêve que d’une chose, passer plus de temps avec son cher Batman, par exemple). Bon, pourquoi pas. J’ai trouvé le tout pas folichon, souvent perché (attention, ce n’est que mon avis). Le tout sauvé par les très belles aquarelles de Dustin Nguyen, dont je vous pose un échantillon ici. Et puis moi, j’aime bien cette version choupi des personnages…

Pour info :
éditions Urban Comics, 192 pages, 10€

Publié dans BD, Bouquinade

Malgré tout (Jordi Lafebre)

Ami du jour, bonjour !

Il est temps que je te parle de cette lecture graphique, étant donné que je l’ai lu il y a maintenant plusieurs semaines. Je l’avais vue passer sur les réseaux quelques temps avant sa sortie, et déjà, j’étais intriguée. Et puis il est arrivé à la librairie, et là, je suis tombée quasi amoureuse de cette histoire un peu atypique, mais surtout du trait de Jordi Lafebre.

Sarakontkoi ?
Tout commence par la fin. C’est l’histoire d’un amour pas comme les autres, dont la flamme fut timidement et platoniquement entretenue au fil des années, sans rien en attendre. Mais au crépuscule de leur vie, Zeno, l’éternel célibataire, et Ana, femme de caractère, mère et épouse aimante, décident de se donner une chance. C’est ainsi que commence Malgré tout, par une seconde chance. Puis on remonte les années, pour arriver là où tout a commencé.

Tenpenskoi ?
Honnêtement, malgré tous les avis dithyrambiques que j’avais lus et mon excellente première impression, j’avoue avoir hésité à me le prendre. Les romances, je trouve, sont de plus en plus réduites à de simples flirts interdits, et on en oublie les amours légendaires, celles qui brûlent, celles qui chantent. Et les amours simples, celles qui nous accompagnent, nous font du bien. Je n’avais aucune envie de nager dans la guimauve feel good, ni dans d’inextricables culpabilités.

Malgré tout, c’est bien plus que ça. C’est une histoire d’affection, de respect mutuel, de recherche de soi ; il faut, pour lire cette bande-dessinée, comprendre qu’il existe plusieurs sortes d’amour, qu’aucun ne surpasse les autres. Certaines amour nécessitent qu’on soit prêt à les accueillir. Mais comment partir sans blesser ? Comment choisir ? Comment chambouler le connu et plonger dans ce que l’inconnu a de plus beau ?

Vous l’aurez compris, l’histoire en elle-même est adorable, et m’a procuré comme un sentiment de paix. L’originalité de la narration a rebours est géniale. Mais rien n’est aussi merveilleux dans ce bouquin que le dessin de Jordi Lafebre. C’est dire, j’ai failli tomber amoureuse de Zeno ! Lafebre a su réellement donner vie aux visages, il a empli les yeux de douceur, parfois de douleur, d’amour ou de bonheur. Ce n’est pas pour rien que l’image qui circule le plus est celle des retrouvailles de Zeno et Ana (je ne divulgâche rien, c’est dans les premières pages) ! On lit tellement de choses dans ces deux regards (je vous proposerai un petit diaporama en fin de billet). Le trait est si fin… Et ces couleurs ! Toujours justes, toujours douces. Bref, si j’ai aimé l’histoire de Zeno et Ana, plus encore, je suis tombée en pâmoison devant le travail de Jordi Lafebre. À lire absolument !

Pour info :
éditions Dargaud, 160 pages, 22.50€

Publié dans Bouquinade, Roman

À quoi rêvent les étoiles ? (Manon Fargetton)

Ami du jour, bonjour !

Récemment j’ai découvert une autrice que visiblement tout le monde connaissait déjà : Manon Fargetton. Elle est notamment l’autrice de Dix jours avant la fin du monde chez Gallimard Jeunesse, et de Le Suivant sur la liste chez Rageot (je vous donne ces deux exemples parce que j’ai le 1er dans ma PAL et que j’aimerais bien lire le second). Ceci dit, j’en ai beaucoup entendu parler et c’est donc avec grand plaisir et beaucoup de curiosité que j’ai fait entrer À quoi rêvent les étoiles ? dans la catégorie « Choral of the bells » (roman chorale) du Cold Winter Challenge.

Sarakontkoi ?
Comme dans tout roman chorale qui se respecte, il y est question de plusieurs personnages dont les chemins finiront par se croiser. Titouan, 17 ans, décide de ne plus jamais sortir de sa chambre. Alix ne parvient plus à communiquer avec son père, Armand, lequel tente désespérément de s’en rapprocher plutôt que de reconstruire sa vie. Luce souffre d’une écrasante solitude depuis le décès de son époux. Et pour finir, Gabrielle ne parvient à s’attacher à personne.

Tenpenskoi ?
Je n’ai pas très envie d’en dire beaucoup plus, pour moi, chaque lecteur doit accueillir le roman à sa manière. On croise au fil de notre lecture des personnages très différents, dont le seul point commun est la solitude, que ce soit une solitude ressentie, forcée, ou choisie. Pour te parler du roman sur Insta, j’avais cité un passage du manga Le Chant des souliers rouges (dont nous reparlerons dans un prochain billet) : « changer la vie des autres, ce n’est pas à la portée du premier venu. Qu’est-ce que les gens qui y arrivent ont de si spécial ? » Le roman vous donne la réponse : ils essaient. Tenter sa chance, tendre une main, c’est toujours compliqué. Parce qu’on a peur du rejet, et d’être plus seul encore.

Ces cinq personnages ont tous un parcours de vie très différent, inspirant pour certains, balbutiant pour d’autres, mais leurs peurs, leurs espoirs et leurs barrières, je les connais, toi aussi. Et c’est ce qui a rendu ma lecture si prenante. J’ai passé un excellent moment en compagnie de Manon Fargetton, je n’attends qu’une chose : me replonger dans sa prose.

Pour info :
éditions Gallimard Jeunesse, 400 pages, 17€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Trilogie : La Marque des anges (Laini Taylor)

Ami du jour, bonjour !

Finir une série entamée plusieurs années auparavant, ça me donne toujours une sensation de travail accompli. Non pas que la lecture soit une tare, mais tant qu’une série n’est pas terminée — et bien entendu SI j’ai choisi de la terminer — elle reste dans un coin de ma tête. Mettre fin à ce voyage entrepris il a parfois plusieurs années, c’est comme libérer de l’espace dans le petit disque dur qu’est mon cerveau. Bref, tout ça pour dire que je suis ravie de pouvoir archiver cette lecture et de la supprimer de la mémoire tampon, si tu suis le raisonnement…

Sarakontkoi ?
Karou, 17 ans, vit à Prague. Elle partage sa vie entre le monde que nous connaissons — ses cours à l’école d’Arts, ses amis — et son activité de coursière pour Brimstone, une chimère qui vit dans un univers parallèle au nôtre. Elle a toujours vécu ainsi, entre les mondes. Sa famille se compose de monstres mi-humains, mi-animaux. Mais lorsque son chemin croise celui d’Akiva, une sorte d’ange, elle commence à questionner son passé. Qui est-elle ? Pourquoi Brimstone la garde-t-il secrète ? Pourquoi Akiva lui semble-t-il si familier ?

Tenpenskoi ?
Pour commencer, si tu es observat.eur.rice, tu verras que je parle dans l’intitulé du billet d’une trilogie et qu’il n’y a sur la photo que deux livres. La raison en est simple : le 3e tome n’est jamais sorti en France. J’ai donc dû l’écouter en VO sur Audible, et je ne peux pas te montrer de visuel.

Pour ce qui est du texte, je te l’ai déjà dit, la première lecture, il doit y avoir 10 ans maintenant, m’a complètement transportée. C’était avant que l’autrice ne soit connue pour sa duologie Le Faiseur de rêves. J’avais trouvé, et je trouve encore, l’univers original. Le thème de la chimère revient assez peu en littérature, et le traitement qu’en fait Laini Taylor était — et est toujours — novateur. Je n’ai pas lu tous les livres du monde dans le monde, mais c’est mon ressenti. C’est un jeu avec les époques, un constant aller-retour entre le passé commun de Karou et d’Akiva, et leur combat présent. On ne va pas se mentir, le couple maudit, très roméo-et-juliettien (oui oui, je viens d’inventer l’adjectif), c’est du déjà vu. Mais c’est bien fait, c’est intense, et juste, c’est empreint de combats pour la paix, l’acceptation de ce qui est différent.

La construction du premier livre, notamment les révélations sur le passé de Karou, dont le flash-back prend une bonne partie du roman, a gêné beaucoup de lecteurs. Pas moi. J’ai trouvé tout ça très fluide. Alors oui, ça demande d’être un minimum attentif à ta lecture, mais franchement, comme le style n’est pas exigeant, c’est pas la mer à boire. Si le premier tome est clairement le meilleur pour moi, le second se défend pas mal, et le troisième, malgré quelques longueurs, conclut bien la trilogie. Un bémol sur une sous-intrigue qui s’ouvre en fin de tome 2, devient l’intrigue principale en milieu de tome 3 et se conclut un peu vite sur la fin de la trilogie. Bon, vu la longueur du 3e tome, on aurait effectivement pu un peu mieux doser tout ça. Cela dit, je garde une très bonne impression de ma lecture, et j’espère que Gallimard Jeunesse ne t’aura pas ressorti le premier tome en poche pour ne jamais te traduire la suite… d’ailleurs, je te pose un visuel de la nouvelle couverture juste en dessous, histoire que tu voies à quoi ça ressemble.

Pour info :
Fille des chimères, en poche (seule dispo à la vente actuellement), Gallimard Jeunesse, collection Pôle fiction, 528 pages, 8.70€

Publié dans Bouquinade, Roman

Se cacher pour l’hiver (Sarah St Vincent)

Ami du jour, bonjour !

Mes billets arrivent nettement moins vite que mes stories. Tu l’auras deviné, il est plus facile pour moi de dégainer mon téléphone et de te causer d’une lecture que je viens de terminer que de me poser devant mon clavier pour essayer de mettre au clair mes idées. Bref, voici donc enfin mon avis posé et réfléchi sur cette lecture.
Précision : le roman m’a été envoyé par Delcourt dans le cadre du club de lecture Picabo River Book Club, géré par Léa, qui fait un travail de fou pour qu’on puisse recevoir des livres issus de partenariats.

Sarakontkoi ?
Depuis l’accident de voiture qui a tué son époux et l’a salement amochée, Kathleen mène une vie recluse dans le parc naturel des Blue Ridge Mountains. Elle vit avec sa grand-mère et travaille dans un snack minable, vide la plupart du temps, en particulier en hiver, lorsque les touristes désertent la région. Son quotidien, baigné dans la torpeur des anti-douleurs, est bousculé lorsqu’arrive un étranger qui semble tout faire pour demeurer invisible. De discussion en jeux d’échecs, il ouvrira pour Kathleen les lourds bagages de son passé, et déchirera chez elle des plaies qu’elle pensait oubliées.

Tenpenskoi ?
Honnêtement, si tu as suivi mes avis en cours de lecture sur Insta, tu sais que le début m’a gênée. Quelques passages maladroits, que j’avais imputés à une traduction malheureuse, et une sale manie de l’autrice de donner trop ou pas assez de détails sur ses scènes. Bref, si j’en étais restée là, je me serais dit « mouais, c’est sympa comme lecture ». Mais j’ai continué, parce que le livre exerçait sur moi une fascination que je ne comprenais pas encore.

C’est au fur et à mesure que Kathleen sort de sa torpeur, qu’elle se révèle, que le roman commence à nous engloutir. On est loin des rythmes endiablés, mais Sarah St Vincent donne à son texte quelque chose d’envoûtant. Curiosité malsaine ou simple intérêt, avant qu’on ne s’en rende compte, le roman a refermé sur nous son piège, et nous pousse à travers les méandres de souvenirs brumeux et douloureux, qui révèlent enfin, sur la dernière partie, l’horreur d’un silence trop longtemps gardé.

Avec le recul, je comprends mieux la démarche, les maladresses. Et si c’est un roman sur lequel je ne me serais certainement pas arrêtée, je suis vraiment heureuse d’avoir croisé sa route. Parce qu’il évoque avec un détachement pourtant presque passionné un sujet grave qui pourrait vite devenir larmoyant. Il m’a coupé le souffle, me l’a redonné, et a serré ma gorge. Je n’en dis pas plus, parce que je pense que chaque lecteur doit faire son propre chemin. Et lorsque je ferme ce livre pour la dernière fois, les maladresses du début son oubliées, et je n’ai qu’une envie : me lever et marcher. Chapeau bas à Sarah St Vincent, avocate spécialisée dans les droits de l’Homme (oui oui, comme Marc Darcy), qui, en un roman, parvient magnifiquement à transmettre l’essence des histoires qu’elle croise.

Pour info :
éditions La Croisée (anciennement Delcourt Littérature), 264 pages, 21.50€

Publié dans Bouquinade, Roman, Roman historique

La Capucine (Marie Desplechin)

Ami du jour, bonjour !

Je t’en ai brièvement parlé sur les réseaux, cette lecture, je l’ai faite dans le cadre de la rencontre VLEEL (Varions les éditions en Live) avec Marie-Aude Murail et Marie Desplechin, une grande chance pour moi puisque je les considère, chacune à leur manière, comme des piliers de la littérature destinée à la jeunesse.

Sarakontkoi ?
On est au début du XXe, en région parisienne, à Bobigny précisément. Louise a 13 ans, et une grande connaissance de la terre qu’elle cultive pour Gaston, le propriétaire de l’exploitation maraichère en question. Au début du XXe, Bobigny est un peu le potager de Paris, et ses légumes sont exportés jusqu’en Russie. Et si Louise connaît si bien sa terre, si elle l’aime si fort, elle ne peut pourtant pas résister à l’appel de Paris, où elle pense sortir de sa condition miséreuse et échapper aux coups de Gaston…

Tenpenskoi ?
En voilà un roman qui hume bon le début du siècle, le terreau bien fabriqué et l’encens des séances de spiritisme. Ce qui est fascinant, c’est d’entendre l’autrice parler de son roman, nous expliquer qu’en fait, ce sont les cultivateurs et maraichers de Bobigny qui ont développé les méthodes de permaculture que l’on connaît aujourd’hui. Et lorsqu’au détour de l’entretien, elle lâche « moi, quand je rencontre les gosses dans les écoles, j’ai envie de leur dire de faire un métier utile, d’aller travailler la terre, parce qu’il n’y a rien de plus gratifiant ! », on comprend tout l’amour qu’elle y a mis, dans ce roman. Et l’amour de la terre, on le ressent à travers Louise, que la vue d’un bon crottin et de quelques épluchures ravit parce qu’ils nourriront son jardin, qui chérit les simples parce qu’elles protègent ses légumes.

Le roman s’intègre dans une trilogie, Les Filles du siècle, qui met en scène de jeunes adolescentes de 13 ans, fin du XIXe début du XXe. Chaque roman, à sa façon, dépeint les conditions de vie de ces jeunes filles, issues de milieux bien différents (des bourgeoises forcées au mariage aux gamines des rues en passant par les travailleuses silencieuses). Si le style reste agréable, il ne s’adapte pas moins au parler de l’époque, qui donne un aspect franchouillard sympathique aux personnages (et je dis ça sans mauvaise pensée, au contraire). On n’en est pas au féminisme échevelé, au poing brandi et aux seins nus, mais à des voix adolescentes qui cherchent leur chemin, questionnent leurs contemporains, leurs mœurs et surtout, décident de leur avenir.

Bref, c’est une chouette lecture parce qu’on y lit la passion, la détermination, les projets, l’espoir. Et c’est ce que j’aimerais transmettre à la nouvelle génération.

Pour info :
éditions L’École des loisirs, collection Médium, 219 pages, 15€

Publié dans BD, Bouquinade

Les Sœur d’Ys (M.T. Anderson / Jo Rioux)

Ami du jour, bonjour !

J’ai toujours beaucoup de mal à parler de graphique (bande-dessinée, manga, et compagnie) parce que je ne me sens jamais légitime. D’une part parce que j’en lis assez peu (tendance qui semble s’inverser dernièrement) et ensuite parce qu’il faut parler de style graphique. Et alors autant parler texte, je peux faire (oui oui, je pense après toutes ces années pouvoir juger des qualités intrinsèques d’un texte… pas de manière parfaite et absolue, mais je le peux). Autant tout ce qui est visuel m’est totalement étranger. Je vous présente donc mon humble avis, qui n’aura rien de très professionnel, en la matière.

Sarakontkoi ?
La légende de la ville d’Ys est un mythe fondateur des légendes bretonnes. On y découvre la ville d’Ys, protégée de l’assaut des eaux par une digue. Le roi de la ville a eu deux filles avec une fée venue d’un royaume nordique. Tandis que l’une se tourne vers la nature, les animaux et le peuple environnant, l’autre sacrifie son âme à la magie et au pouvoir. Mais aucun pouvoir n’est gratuit…

Tenpenskoi ?
La légende telle qu’elle nous est racontée dans Les Sœurs d’Ys est très différente de celle que l’on trouve dans les versions classiques, plus christianisée. Ces versions ne font état que d’une fille, Dahut, débauchée qui mènera la ville à sa perte. Ici, il est plus question de l’opposition entre le progrès et la nature, le pouvoir et la mesure. Les sœurs sont deux, Rozenn et Dahut, et représentent chacune une idéologie. Tels les Atlantes, les habitant de la cité d’Ys paieront cher leur arrogance et leurs abus.

On se détache de l’aspect hagiographique du mythe, c’est à dire de son rapport avec la vie des saints (saint Corentin en l’occurrence) pour partir du côté des légendes celtiques. Et c’est ce côté celte qui ressort beaucoup ici, à travers les couleurs et les motifs (d’ailleurs, les roux ont encore le mauvais rôle). Personnellement, cette mise en cases très floue, le dessin très rond aux courbes ondulées, tout ça me parle beaucoup (oui, ok, la couverture verte et dorée n’y est pas pour rien).

En bref, un mythe celtique (si on peut dire), servi par un dessin doux et violent à la fois, l’histoire d’une rivalité entre frangines, l’opposition du progrès et de l’opulence avec l’état naturel des choses… j’ai trouvé la revisite résolument moderne. Je me suis régalé les yeux, et j’ai découvert un petit morceau de folklore breton. Je recommande donc. Attention cependant : à ne pas mettre entre les mains des plus jeunes. Je sais que le graphisme est sympa avec toutes ces bouilles rondes et ces jolies couleurs, mais le propos est un brin violent.

Pour info :
éditions Rue de Sèvres, 220 pages, 20€

Publié dans Bouquinade, Roman

La Dernière Abeille (Bren MacDibble)

Ami du jour, bonjour !

On change un peu de registre, je te propose un joli roman, avec une jeune héroïne attachante, et qui porte un chouette message. C’est parti !

Sarakontkoi ?
Pivoine a 9 ans, presque 10. Avec son grand-père et sa grande sœur, elle vit dans une ferme fruitière. Elle rêve d’être une Abeille pour aller polliniser les fleurs sur les arbres. Parce que dans le monde de Pivoine, les abeilles ont presque disparu. Mais ses plans sont dérangés lorsque sa mère la force à la suivre en ville, pour travailler avec elle et « avoir un avenir et une vraie vie ». La ville enferme, la ville étouffe, et Pivoine ne pense qu’à une chose : retrouver sa ferme. Esméralda, la riche enfant gâtée, pourra-t-elle l’aider ?

Tenpenskoi ?
J’ai vu passer le roman sur les réseaux cet été, et je l’ai de suite mis dans un coin de ma tête. Outre le sujet essentiel qu’il aborde (l’écologie, et la mort des abeilles), le personnage de Pivoine avait l’air tout à fait délicieux. Et je ne me suis pas trompée ! Pivoine est une petite sauvageonne aux pieds nus et au caractère bien trempé, qui a mieux compris que bien des adultes ce qui est important dans la vie. Cette gamine, c’est une bourrasque printanière !

L’intelligence de ce roman, c’est de faire rencontrer à cette gamine qui est heureuse d’un rien une riche enfant que tout effraie. Le contraste entre Esméralda et Pivoine fonctionne à merveille ! Tandis que l’une ne pense qu’à quitter ses chaussures et aller courir dans l’herbe, la seconde a peur de tout et ne peut y poser un orteil. C’est l’échange entre les deux enfants qui rend le roman si riche. On y aborde d’ailleurs aussi le deuil, l’absence, et l’abandon.

Bref, un court roman, superbement orchestré et dosé, qui montre sans culpabiliser, et qui nous propose une autre façon de vivre. Je ne peux que vous le conseiller, quel que soit votre âge !

Pour info :
éditions Helium, 162 pages, 14.90€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Le Prince cruel (Holly Black)

Ami du jour, bonjour !

Allez, je suis prête à me faire taper sur les doigts, parce que je vais te causer d’un bouquin que je n’ai pas aimé, alors que les critiques ont été majoritairement dithyrambiques, et que certains attendaient même sa sortie en français depuis longtemps…

Sarakontkoi ?
Jude, sa sœur jumelle Taryn et leur demi-sœur Vivienne ont été enlevée enfants par le père de Vivienne, un cruel général fae, qui a tué leurs parents sous leurs yeux. Toutes deux humaines, Jude et Taryn doivent se battre chaque jour pour survivre à la cruauté de leurs camarades faes. Farouchement déterminée à prouver sa valeur, Jude n’hésite pas à défier le plus jeune prince du royaume, quitte à mettre les pieds dans un complot qui la dépasse et qui pourrait mettre tout le royaume en danger.

Tenpenskoi ?
Après l’avoir vu passer si souvent, avant même sa sortie en France mais surtout après avoir écouté les lectrices en pâmoison parler de la VO, j’ai décidé de donner une chance à ce roman. Une fois sur deux, c’est un désastre. Ici, c’est pas de chance, ce fut la cas.

J’ai trouvé le début tellement long ! On a compris que Jude était badass, qu’elle ne se laissait pas faire, qu’elle ne reconnaissait aucune autorité. Mais sur 1/3 du bouquin, c’est long. Et toutes ces intrigues qui s’entrecroisent, les faux-semblants, perso, je me suis complètement paumée ! Après, ce sont des intrigues de Cour donc, oui, forcément, c’est compliqué. Et puis, oui, c’est bon, j’ai capté que le prince était cruel, que toute sa famille l’était aussi. Que les faes étaient parfois très méchants. Mais franchement, me faire entrer l’info dans le crâne à coups de marteau, c’est un peu lourd. Même les relations entre les personnages ne sont pas très claires : ils s’aiment, se haïssent, se sont aimés…

Bref, beaucoup de clichés, de lieux communs et j’en passe pour une histoire trop compliquée à mon goût. La chronique est courte, mais je ne sais pas quoi dire d’autre. C’était pas une daube intersidérale. Mais clairement, je ne perdrai pas mon temps avec la suite.

Pour info :
éditions Rageot, 544 pages, 18.90€

Publié dans Bouquinade, Roman

Dry (Neal & Jarrod Shusterman)

Ami du jour, bonjour !

J’ai repoussé un peu la rédaction de cette chronique, des éléments de compréhension du roman m’ayant poussée à faire quelques recherches avant de pouvoir en parler correctement. Pour moi, il s’agissait simplement de parler politique et écologie (en très gros). Mais Dry a visiblement plusieurs niveaux de lecture qu’il est intéressant de garder en tête.

Sarakontkoi ?
USA, de nos jours. Une grave crise de l’eau touche la Californie, crise que les médias ont appelée Tap Out. Les barrages construits en amont des fleuves dans les états voisins ont été fermés. Mais cette fois, ça paraît sérieux. Alyssa et son frère Garret, dont les parents sont partis chercher de l’eau sur la côte, se retrouvent seuls, avec pour seul allié Kelton, leur voisin survivaliste un peu taré. Ensemble, ils prennent la décision de partir à la recherche des parents d’Alyssa, et traversent la désolation d’un état dévasté par la folie de ses habitants assoiffés.

Tenpenskoi ?
Mais c’est flippant ! La restriction d’eau est déjà effrayante les étés quand la mairie demande de ne pas remplir les piscines ni arroser les jardins, mais là c’est pire ! Plus d’eau pour boire, se laver, ni même préparer un simple biberon à son bébé. J’en ai eu la gorge sèche tout le long de ma lecture ! Des gestes du quotidien deviennent impossibles, et les jeunes protagonistes font face à la bestialité humaine. Tu as vu les deux folles se battre pour 3 rouleaux de PQ et un paquet de riz ? Imagine ce qu’il en serait pour de l’eau ! Du coup, forcément, ça a fait un peu échos aux premières semaines du confinement.

Le bouquin est criant de réalisme, et l’alternance des points de vue rend le récit tellement vivant ! Et de temps en temps s’intercale ce que les auteurs appellent un « arrêt sur image », une sorte de photographie prise à un instant T par un journaliste ou un passant sur un événement dû à la crise. Pour le coup, les auteurs jouent plus d’une fois avec nos nerfs jusqu’à un climax final de folie !

Je vous parlais de recherches personnelles parce que pour moi, le roman était surtout un cri d’alerte par rapport à notre situation écologique catastrophiques, aux sécheresses, à la désertification de certains milieux. Et franchement, ça marche pour moi. J’ai à peine osé me doucher tellement j’avais peur de gaspiller de l’eau. Mais en parlant avec mon amie Maëlle, qui m’a conseillé ce bouquin, j’ai entrevu un autre thème sous-jacent (merci Maëlle d’avoir mis le doigt dessus) : les californiens ici souffrent de la même gestion merdique des ressources en eau que les palestiniens. Le sujet est très complexe, mais pour simplifier, Israël a construit des barrages sur le Jourdain et creusé des puits qui limitent l’approvisionnement en eau en Palestine et Cisjordanie (on estime que la quantité d’eau par palestinien est 4 fois inférieur à celle d’un israélien). L’eau est d’ailleurs un élément central du conflit israélo-palestinien. C’est trèèèès résumé, mais je te mets un lien vers un article assez bien fait (pour le reste, ou si tu souhaites compléter, je te laisse la parole en commentaire et corrigerai mon billet le cas échéant). Bref, une remise en perspective d’un conflit dans un contexte occidental qui, avouons-le, nous le rend plus tangible. En gros, la question est : et si c’était toi ?

Bref, très efficace, bien écrit, je te conseille Dry. Un conseil cela dit : garde une bouteille à portée de main…

Pour info :
éditions Robert Laffont, collection R, 450 pages, 17.90€