Publié dans Bouquinade, Policier / Thriller

Le Fracas et le silence (Cory Anderson)

Ami du jour, bonjour !

Que le Dieu des bloggeurs me pardonne, je suis toujours sur les lectures de novembre, et en plus, une lecture commune avec ma copine Charlotte pour un roman qui nous disait bof-bof au départ, mais qui fut une réelle surprise pour moi.

Sarakontkoi ?
C’est l’hiver. Jack Dahl, 17 ans, retrouve sa mère pendue dans sa chambre. Lui qui n’avait déjà pas grand-chose doit à présent s’occuper de son petit frère, qu’il refuse de confier aux services sociaux. Son seul espoir : un sac plein d’argent que son escroc de père aurait planqué avant de finir en prison.
Ava a 17 ans. Fille d’un baron de la drogue, sa vie ne lui appartient pas. Fermée à tout lien social, elle s’ouvre pourtant à Jack, qu’elle ressent le besoin d’aider bien malgré elle. Mais Jack recherche le sac plein de billets que l’associé du père d’Ava lui a dérobé. Trois gamins, un but… survivre.

Tenpenskoi ?
J’ai adoré ! Bien malgré moi, puisque les romans super dramatiques qui écrasent leurs personnages sous des couches et des couches de misère, je trouve ça un peu chiant. Mais là, on a cette espèce de course à la survie, l’urgence de chaque instant, les plans foireux, et la neige. Toujours la neige, là, comme une protagoniste discrète mais omniprésente, celle qui colle, qui s’insinue partout. Mon conseil : à lire sous un plaid, les enfants !

J’ai adoré ces gamins paumés, qui ne peuvent compter que les uns sur les autres, qui prennent de mauvaises décisions (et tu le sais, toi, lecteur, que c’est pas malin ce qu’ils font). Cory Anderson te ballote, te tire à droite, puis à gauche, te fait croire tantôt que tout est perdu, tantôt qu’il y a un espoir. J’avoue, j’ai été touchée par la misère de Jack et de son frangin. Touchée aussi par la froideur d’Ava dont les certitudes et les barrières s’effondrent. Le style est froid, efficace, brutal. Comme la neige. Le roman est sorti à la fois chez Fleuve noir (adultes) et chez PKJ (ados), et je comprends. La violence dont fait parfois preuve le récit est digne d’un roman noir. Mais ce ne sont que des gamins. Deux éditeurs pour une histoire qui te bouffe les tripes, c’est une belle collaboration.

Pour info :
éditions PKJ, 400 pages, 18.90€
éditions Fleuve Noir, 400 pages, 18.90€
(Traduit de l’anglais par Claire-Marie Clévy)

Publié dans Bouquinade, Policier / Thriller

Angie, T1 (Marie-Aude et Lorris Murail)

Ami du jour, bonjour !

Je suis ravie aujourd’hui de te présenter un duo d’auteurs au talent incontestable (rappelons que MAM vient d’être récompensée du prestigieux prix Hans Christian Andersen) dont le partenariat s’avère d’une efficacité redoutable. C’est aussi le chant du cygne de Lorris Murail, qui signe avec cette série sa dernière œuvre dans une magnifique collaboration avec sa sœur. Et l’épopée de ce roman est tout aussi fascinante que l’histoire de ses protagonistes, crois-moi !

Sarakontkoi ?
Le Havre, début de pandémie. Angie est une gamine de 12 ans tout à fait incroyable. Elle est hypermnésique (se souvient d’absolument tout ce qu’elle voit et entend), et d’une intelligence bien trop dangereuse pour son âge. Elle vit seule avec sa mère, et se prend d’affection pour son voisin de palier, Augustin Maupetit, un capitaine de police taiseux et grincheux immobilisé dans un fauteuil roulant à la suite d’un accident sur les docks. Maupetit, aidé de sa chienne Captain, était sur une affaire de trafic de drogue et de meurtre lorsqu’il a été percuté par une moto. D’abord ennuyé par cette gamine un peu collante, il se prend vite au jeu, et en fait son assistante de terrain, ce qui risque fort de la mettre en grand danger…

Tenpenskoi ?
Les enquêtes policières à la française, chez moi, ça sent jamais bon… en vrai, ça a souvent un petit côté ringard de Derrick, tu vois le genre ? Du coup, Marie-Aude et Lorris ne partaient pas gagnants. Mais j’avais reçu le roman pour une rencontre VLEEL (Varions les Éditions en Live, le compte d’Anthony qui fait un super taf pour organiser des rencontres virtuelles avec des auteurs et des éditeurs). Alors il fallait bien que je le lise. Et puis, je ne refuse jamais un Murail. Et tel est pris qui croyait prendre, je suis tombée dans le panneau de ce roman tout à fait inclassable. Oui, c’est un policier… Mais jeunesse ? Potentiellement. Pas forcément. C’est l’histoire d’une disparition. D’un trafic. D’une gamine géniale. D’un capitaine de police qui craint de rester sur le carreau. D’une mère célibataire. De tout ça. C’est écrit avec une intelligence folle, chaque ficelle d’intrigue se tricottant avec les autres à l’insu du lecteur. Et quand tu t’y attends le moins, boum !, on tire sur un fil, ça détricote mais ça fait autre chose de tout aussi génial.

Et la légèreté de ce style, on en reprendrait bien une part (ça tombe bien, c’est un tome 1, j’ai le 2 sur mes étagères, donc tu en entendras des nouvelles) ! Je te parlais de l’histoire de ce roman : c’est celle de deux frangins, dont l’un, très malade, décide de dédier les dernières années de sa vie à écrire un romans à quatre mains avec sa sœur. Les coups de téléphone le soir, les séances de travail erratiques, épuisantes, les insomnies de l’un qui nourrissent la plume de l’autre. Tout ça sur 4 tomes, dont le dernier sera un ultime hommage de la grande Marie-Aude Murail à ce frère dont elle est si fière. Lis-le, quel que soit ton âge, c’est top !

Pour info :
éditions l’école des loisirs, collection M+, 448 pages, 17€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Londinium, T1 : Un Lapin sous le dôme (Agnès Mathieu-Daudé)

Ami du jour, bonjour !

Attardons-nous aujourd’hui sur un roman qui serait passé tout à fait inaperçu dans ma vie de lectrice et de libraire si je ne l’avais pas reçu, là encore, dans le cadre d’une visio VLEEL (Varions les Éditions en Live, pour rappel). Et quelle perte c’eût été !

Sarakontkoi ?
Dans Londinium cohabitent les Hommes et les Animaux. Ces derniers sont dotés de parole, et vivent peu ou prou comme leurs compatriotes humains. C’est là que vit Arsène, lapin de son état, détective (le meilleur !) de profession. Alors, lorsque son meilleur ami lui demande de retrouver une jeune lapine dont il est fort épris, Arsène mène l’enquête. Cette disparition n’aurait-elle pas un lien avec les attaques de renards, les nouvelles lois peu favorables aux animaux, ou encore d’étranges vols commis un peu partout ? Ses investigations conduiront Arsène jusque sous le Dôme, cet espace privilégié où les Animaux ne sont pas vus d’un très bon œil…

Tenpenskoi ?
Comme je le disais en début de billet, ce n’est franchement pas le roman qui me faisait envie quand je l’ai reçu. Mais c’est l’école des loisirs, et je suis curieuse, parce que je sais qu’ils proposent en général des textes de qualité. Et puis tout ça avait un parfum de Watership Down et de Zootopie, mêlés à du Hercule Poirot (parce que même si Arsène porte le prénom d’un certain Lupin, il n’en a pas moins quelque ressemblance avec un détective belge que j’affectionne particulièrement, doublé d’un locataire de Baker Street).

Alors on te parle d’un roman jeunesse, mais en soi, ça ne l’est pas plus que Watership Down ne l’était ; l’anthropomorphisme a cela de trompeur qu’on a tendance à l’attribuer seulement aux jeunes lecteurs. Il n’empêche que les sujets peuvent être d’une gravité toute adulte ! On y parle discrimination, remaniement social et sociétal, migration de population, ghettos, misère sociale et j’en passe. Et pourtant, ces petits lapins, souris et autres blaireaux, ça rend tout ça diablement accessible. Un roman très court, pourtant parfaitement efficace dans son dérouler. Il ne manque rien, tout y est. C’est un chouette voyage à travers l’Histoire de ce début de XXe siècle, et les conflits qui l’ont jalonné. J’ai aimé, donc.

Pour info :
éditions école des loisirs, collection M+, 208 pages, 14.50€

Publié dans Bouquinade, Roman

À un cheveu (Maëlle Desard)

Ami du jour, bonjour !

Je t’ai rebattu les oreilles avec cette autrice, je t’ai parlé et reparlé de ses romans, et, forcément, lorsque j’ai appris, par le plus grand des hasards, qu’elle publiait chez Slalom, j’ai sauté sur ma chargée de relations libraires favorite, et je l’ai suppliée de m’envoyer le texte en numérique (une envie pressante, ça n’attend pas). Toutes affaires cessantes, je me suis donc jetée sur le manuscrit, espérant recevoir le roman papier par la suite… Il est arrivé, c’est donc le moment pour moi de poster mon avis. Prépare-toi, c’est drôle, c’est percutant, et ça sort le 28 avril.

Sarakontkoi ?
C’est un nouveau départ pour Emma, 17 ans, qui vient d’emménager dans un nouvel appartement avec ses parents et son frère, d’un an son aîné. Très protecteur envers elle, il a déclenché une bagarre dans leur ancien lycée. La raison ? Emma est atteinte d’alopécie, une maladie congénitale à cause de laquelle elle perd peu à peu tous ses cheveux, jusqu’à devenir quasiment chauve et le centre de l’attention moqueuse de ses anciens camarades. Dans ce lycée, ce sera différent : dissimulé sous une perruque, son crâne ne sera plus la cible des mauvaises blagues, ni des regards scrutateurs, même si pour cela, Emma doit abandonner sa passion, la natation, et mentir chaque jour, en vivant dans la terreur que son secret ne soit révélé.

Tenpenskoi ?
Si un roman porte le nom de Maëlle, tu l’auras compris, je fonce sans réfléchir. Au-delà des personnages hors-normes à qui elle prête sa plume, son style désinvolte, désopilant et sarcastique cache toujours sous sa légèreté un message d’auto-acceptation. Et c’est ce que j’aime : au final, que tu acceptes ses personnages, elle s’en tape un peu, l’important, c’est toujours qu’ils s’acceptent eux-mêmes. On arrête donc de faire du pied au lecteur avec de jolis textes bien pensants, on sort son plus beau chapelet d’injures fleuries, et on fonce.

Maëlle parle ici de différence et d’acceptation, mais surtout d’un sujet qui la touche personnellement, ce qui rend le texte et cette espèce de résilience face à la fatalité très réels. Et elle ne s’arrête pas là : elle aborde des sujets comme les relations toxiques que l’on entretien parce qu’on s’y sent obligés pour ne pas perdre pieds ; l’exposition des ados aux réseaux sociaux, leurs bienfaits comme leurs risques ; et enfin, les liens qui unissent les membres d’une même famille, parfois complexes, forts, inavoués, désintéressés. C’est plein de bonnes ondes, mais ça dit ce que ça a à dire. Ce roman est d’utilité publique, il est urgent de le lire, petits et grands lecteurs, de le lire, et de partager votre lecture. Maëlle rend ses lettres de noblesse à une littérature ado/YA française contemporaine dont je n’attendais plus grand chose. Et rien qu’avec cet argument, toi qui connais la parcimonie avec laquelle je distribue les compliments, tu devrais déjà avoir sauté dans ta voiture pour aller te procurer ce livre chez ton libraire !

Pour info :
éditions Slalom, 317 pages, 14.95€

Publié dans BD, Bouquinade

Les Campbell – Récit complet (Munuera)

Ami du jour, bonjour !

Changeons de registre, veux-tu ? Je te cause un brin BD, avec cette intégrale que m’a (fortement) suggérée mon collègue. En même temps, c’est vrai que c’était chouette (la meuf qui divulgache ses billets –‘).

Sarakontkoi ?
On est sur de la bonne piraterie les enfants ! Campbell a raccroché sa vie de pirate après le décès de son épouse. Aujourd’hui, il s’occupe seul de ses deux filles. Mais un écho venu du passé, un secret de famille bien enfoui, refait surface et l’oblige à reprendre du service.

Tenpenskoi ?
Je suis très mauvais juge en ce qui concerne les illustrations, parce que je n’y connais rien. En revanche, ce que je peux te dire, c’est que celles-là m’ont plu. Le dessin très cartoonesque nous rend les personnages hyper sympathiques. Et cette colorisation ! Toujours dans les tons un peu jaunâtres, elle sait jouer finement pour différencier le présent du passé. Parce que les sauts dans le passé sont le fondement de cette histoire.

L’histoire, venons-y justement. Si sur les premières pages, je me suis dit « moui, pourquoi pas, m’enfin ça casse pas trois pattes à un canard boiteux », au fil du récit et des retours dans le passé, je me suis très fortement attachée à notre protagoniste. On découvre ses ambitions, son amour de la liberté, de la justice (au sens moral du terme), sa fougue et son enthousiasme. Cet amour pour un frère protecteur et omniprésent. Et on commence à rattacher les morceaux petit à petit. C’est beau ! Toute l’histoire tourne autour de la famille au sens large comme au sens intime du terme. Des rancœurs qui restent et qui gangrènent, qui pourrissent. De la rédemption. Du pardon. Petite larmichette sur les dernières pages tout de même… Vraiment, c’était beau, bien construit et touchant, saupoudré de cet humour que je qualifierais d’asterixesque, rapport aux nombreuses références anachroniques un peu chelou, et au nom de certains personnages. Bref, une lecture que je te recommande, sous forme d’intégrale, ou bien tome par tome (la série en compte 5 si je ne m’abuse).

Pour info :
Intégrale : éditions Dupuis, 304 pages, 30.90€
Tomes individuels :
1 – Inferno, 56 pages, 14.95€
2 – Le redoutable pirate Morgan, 56 pages,14.95€
3 – Kidnappé !, 56 pages, 14.95€
4 – L’or de San Brandamo, 14.95€
5 – Les trois malédictions, 64 pages, 14.95€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Virgile & Bloom (Joanne Richoux)

Ami du jour, bonjour !

Parfois, les livres qui nous obsèdent sont ceux qui nous déçoivent le plus. Pas qu’ils soient intrinsèquement mauvais, mais nos attentes semblaient un peu trop élevées. Peut-on imputer la déception à ce pauvre roman dans ce cas ? Tentons de répondre à cette question.

Sarakontkoi ?
Bloom est étudiante en psycho et prend, à ses heures perdues, des cours de violoncelle avec Virgile. Virgile, beau, ténébreux, mystérieux, qui ne boit jamais le café qu’il se sert, et qui semble préférer l’abris des ombres aux plages ensoleillées. Bloom le sait, c’est un vampire. Et un vampire dépressif qui plus est. Or, la dépression et les vampires ne font pas bon ménage, alors pour chasser sa morosité, Bloom lui propose un voyage en forêt de Brocéliande, afin de le forcer à s’y sociabiliser avec d’autres créatures de l’ombre…

Tenpenskoi ?
Moi, j’étais en manque de Maëlle Désard, c’est tout ce que je sais. Et si tu ne sais pas de quoi je parle, zyeute-moi un peu cet article sur Les Tribulation d’Esther Parmentier. Je voulais de ce genre de récit drôlissime, sans prise de tête, avec une héroïne brute de décoffrage au langage peu châtié, qui ne s’en laisse pas conter. De côté-là, je suis servie. Le style très familier rythme une intrigue qui peine parfois à décoller, et emprunte quelques raccourcis malheureux. Et puis, parfois, il fait mouche. Parfois, on kiffe.

Mais jamais Bloom n’arrive à la cheville d’Esther. Dans le rôle de la jeune adulte paumée et désabusée, on en fait un peu trop. Et comme on arrive en plein milieu du schmilblick (Bloom et Virgile se connaissent déjà, et elle lui avoue qu’elle sait qu’il est un vampire dans les premières pages), on n’a pas le temps de comprendre ce qu’est leur relation qu’on est déjà sur la route. Et c’est un peu symptomatique de tout le récit ; en dehors des jérémiades de Bloom, toutes les péripéties sont plus ou moins survolées. Une fin du monde s’annonce ? C’est 10 pages avant la fin du roman. Virgile doit passer des épreuves super difficiles pour intégrer cette petite communauté de monstres ? Elles n’ont de douloureux que quelques mots au détour d’un couloir. On ne voit rien, tout nous est reporté dans des dialogues et quelques observations des personnages. Ce qui fait que je n’ai développé aucune empathie avec Virgile, ni avec Bloom. Et les flashbacks de la vie de Virgile n’ont pas aidé. Trop longs et un peu « meh » à mon goût, ils coupent le rythme que je trouvais déjà un peu lent.

Dommage donc, parce que l’idée de base est sympa, et même originale. Et même si le style est assez cool, et incisif, ça manque trop de développement pour que je m’implique réellement. C’est un tant pis/20.

Pour info :
éditions Actes Sud Junior, 304 pages, 16€

Publié dans Bouquinade, Roman

Today, tonight, tomorrow (Rachel Lynn Solomon)

Ami du jour, bonjour !

L’année commence bien, même si j’aurais préféré entamer 2022 avec une bonne lecture. D’ailleurs, ne pense pas que je suis à jour dans mes billets parce que je te parle de la lecture que je viens de terminer ; simplement, ce roman sortira aussi vite de ma tête qu’il est entré dans ma bibliothèque, donc je t’en parle rapidement, avant d’oublier. Tu l’auras compris, je ne suis guère convaincue par cette romance ado…

Sarakontkoi ?
Dernier jour de lycée pour Rowan, qui marque aussi la fin de sa rivalité avec son plus grand adversaire : Neil McNair, toujours premier lorsqu’elle est seconde, toujours sur ses talons lorsqu’elle arrive en tête. En dehors de ses études, Rowan a un intérêt : la littérature sentimentale, intérêt dont ses proches se moquent gentiment. Ce soir, c’est la dédicace de l’autrice favorite de Rowan, mais c’est aussi la Traque, jeu de piste géant organisé pour les Séniors par les 3e année. Ce soir, Rowan devra jongler avec ses amies, un Niel McNair pas si agaçant, et une passion dont elle a honte. Et si cette nuit était la clé pour tout changer ?

Tenpenskoi ?
Je suis un peu triste de te dire ce que j’ai réellement pensé de ce roman. Parce qu’il est bourré de bonnes intentions ! D’ailleurs, commençons par là : l’autrice aborde des thèmes tels que la libération de la sexualité chez les adolescentes et l’inexpérience d’un jeune homme face à une jeune femme expérimentée, le dialogue autour des envies sexuelles dans un couple adolescent, les préjugés face à une communauté donnée (ici, la communauté juive). Et tout ça, c’est vraiment cool !

Mais c’est fait avec une telle maladresse… et j’en suis la première désolée. Les solutions sont téléphonées aux protagonistes de manière peu subtiles. Tu cherches une réponse à une énigme ? Bah justement, t’appelles ta mère pour tout autre chose et elle te raconte une anecdote pleine de nostalgie qui n’a rien à voir avec le schmilblick et qui contient la réponse. Les dialogues manquent cruellement de naturel. Et puis alors ce troisième acte (tu sais, celui où les n’amoureux ils sont plus si z’amoureux parce qu’il y en a un qui comprend un truc de travers)… Là, j’ai pas compris. J’ai eu envie de frapper Rowan. Cette colère n’avait aucun sens, ça sortait de nulle part. Ca servait juste l’intrigue, et dans ces quelques paragraphes, je ne lisais que : « scénario scénario scénario, scénario scénario, scénario ! »

Parlons de la passion de Rowan pour la littérature sentimentale. Elle en fait des caisses, des montagnes même ! Et vas-y que « la littérature sentimentale est un genre écrit pour les femmes qui se penche sur leurs envies et qui elles sont vraiment », ou encore c’est « le seul genre où les relations entre les personnages sont au centre de l’action », et je te passe les scènes d’aveux à ses proches, genre « bonjour, je m’appelle Rowan Roth, j’aime la littérature sentimentale, accepte-le ». À un moment, j’ai eu envie de hurler « Rowan, c’est pas un coming out ma fille, remets-t’en ». Ce roman n’est pas une purge, loin de là. Mais il manque de style et de subtilité. Ma note : dommage/20. J’en ai un autre de la collection, on verra bien ce que ça donne.

Pour info :
éditions Milan (trad. de l’anglais par Leslie Damant-Jeandel), 416 pages, 16.90€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Lore (Alexandra Bracken)

Ami du jour, bonjour !

Aujourd’hui vient la douloureuse. Je casse le mythe de ce coup de cœur des réseaux, et je m’en vais t’expliquer comment faire d’un scénario prometteur un roman sans grand intérêt.

Sarakontkoi ?
Tous les sept ans, depuis que les dieux majeurs de l’Olympe ont défié Zeus, a lieu l’Agon. C’est une chasse punitive d’une semaine lors de laquelle Athéna, Artemis, Arès, Apollon et les autres sont envoyés sur terre en tant que mortels, et chassés par les héritiers des grandes maisons (celles d’Achille, de Persée, de Thésée, etc.). Lorsqu’un dieu est tué, le mortel qui a porté le coup prend sa place et est à son tour chassé lors de l’Agon suivant. Lore vit à New-York, elle est la dernière descendante des Perséides, et refuse d’être mêlée à l’Agon. Mais lorsque celui qui a tué ses parents reçoit les pouvoirs d’Arès, la vengeance la pousse à entrer dans le jeu… Et si tout cela n’était que manipulation ?

Tenpenskoi ?
Avant même de te parler du contenu, je vais te causer un brin conjugaison. Putain tu publies pas un roman quand tu ne connais pas la concordance des temps et des modes. Ca m’a rendue dingue ! Quand tout ton récit est au passé, tu ne peux pas conjuguer les verbe d’une proposition introduite par « après que » au présent ! Je te donne quelques exemples :
– « Il restèrent plusieurs minutes sans rien dire après que Lore a fini d’expliquer… »
– « les documents [qu’on lui avait obtenus] après que sa famille a été assassinée« 
– « leur extinction était survenue après que les lignées ont décidé d’adopter […] »
J’ai mal, mais j’ai mal ! C’est le premier De Saxus que je lis en français, et après leur « communiqué » sur l’embauche de nouveaux collaborateurs pour un meilleur rendu final, j’y croyais. Mais comment un traducteur, un correcteur ET un éditeur ont-ils pu laisser passer ça ?

Après cette purge grammaticale, j’ai tout de même tenté de rester concentrée sur l’histoire. Dans sa globalité, c’est un « pourquoi pas ». Perso, je m’attendais à un Hunger Games (et c’est un peu ce qui nous avait été vendu) dans un trip mythologie grecque. On est bien en-dessous. Dans les faits, les descriptions de combats sont tellement brouillonnes que je me demande comment, physiquement, certains personnages se retrouvent là où ils sont, sont blessés là où ils le sont. J’ai dû relire certains passages 4 ou 5 fois, sans comprendre la physique de la scène. Je ne sais pas si c’est le texte original qui manque de précision, ou la traduction qui est trop inexacte… Et toutes ces généalogies, et ces alliances, c’est d’un compliqué ! C’est dommage, parce que le retournement de situation aurait pu être surprenant…

En bref, une bonne idée, ça ne fait pas un bon roman. J’ai passé toute ma lecture les sourcils froncés ou les yeux levés. Je dis donc bye bye à mon exemplaire, qui, je l’espère, fera un heureux. Et je suis dégoûtée, parce que la version hardback du livre est vraiment belle, toilée, avec cette tête de Méduse dorée… Un réel déchirement. Pour moi, De Saxus, c’est terminé. Si je veux lire leurs publications, ce sera en VO.

Pour info :
éditions De Saxus (trad. de l’anglais par Jean-Baptiste Bernet), 628 pages, 19.90€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

La Vie invisible d’Addie Larue (V. E. Schwab)

Ami du jour, bonjour !

Parlons peu, parlons bien, parlons lecture (en même temps, quoi d’autre ?) avec un roman que j’ai écouté (merci Audible) après en avoir entendu parlé au moins un million de fois sur les réseaux. Les avis étaient tantôt très positif, tantôt de l’ordre du « meh ». Il fallait que je me fasse mon avis.

Sarakontkoi ?
1714, France. Adeline Larue vit heureuse avec ses parents, jusqu’à ce qu’ils décident de la marier avec un homme qu’elle n’aime pas. D’abord résolue à faire ce qu’on attend d’elle, elle ne peut se résoudre à passer sa vie à étouffer ses rêves de liberté. Dans un acte de désespoir profond, elle en appelle à un dieu peu miséricordieux, qui exauce son vœu. Elle vivra sa vie, libre et sans attache, aussi longtemps qu’elle le voudra. Mais jamais elle ne pourra laisser sa marque en ce monde, ni dans les mémoires. Un siècle, puis deux s’écoulent dans la plus grande des solitudes, jusqu’à ce qu’un jour, elle entende enfin ces mots qu’elle n’attendait plus : « je me souviens de vous ».

Tenpenskoi ?
Team WAOUH ! J’ai adoré de bout en bout. Alors bien entendu, on est loin du page turner, du roman d’aventures, dont le suspens nous tord les entrailles. Le roman s’écoule telle une rivière paisible, parfois profonde et glaciale, parfois fraîche et chantante. Dans les faits, il t’embarque dans la vie d’Addie, à travers les hauts, les bas, les guerres, les instants de désespoir, et ceux, bénis, qui précèdent l’oubli. Parce qu’il est impossible de se souvenir d’elle une fois qu’on lui a tourné le dos, sa vie est d’abord un enfer, puis un terrain de jeu. Je n’avais rien lu de Victoria Schwab avant ça, même si j’en entends beaucoup parler (coucou Shades of Magic) ; j’avais très peur de sa plume, qu’elle ne soit qu’une copie de Anne Robillard ou Sophie Audouin-Mamikonian, que je trouve lourdes et bourrées de stéréotypes. Mais pas du tout. C’était emprunt d’émotions, et même sincèrement poignant par moment (bah oui, j’ai versé ma larmichette).

On y aborde le thème du souvenir, de la mémoire, de l’impact qu’on a sur les êtres dont le chemin croise le nôtre. Du prix de la liberté aussi. Sans tomber dans le mélodrame, le roman crie la solitude, le besoin d’amour et de reconnaissance. Addie est une femme intelligente, qui fait preuve de ressources, fière, parfois fragile ; il lui arrive de se planter lamentablement, mais toujours, elle avance. En bref, c’est un roman emprunt de mélancolie, loin pourtant de te plonger dans la dépression, il est fort, et il a chanté à mon oreille la chanson de l’éternité. Pour le coup, je me suis même procuré la version papier, histoire de pouvoir le prêter…

Pour info :
éditions Lumen (traduit de l’anglais par Sarah Dali), 696 pages, 17€

Publié dans Bouquinade, Roman

Là où chantent les écrevisses (Delia Owens)

Ami du jour, bonjour !

Tentons de nous mettre à jour dans nos retour de lecture… surtout moi ! Et pour le coup, cette lecture (cette écoute pour être exacte) a attendu dans mes tiroirs un petit bout de temps, tout de même. Depuis ma merveilleuse lecture de Dans la forêt, je n’avais pas réellement relu de nature writing survivaliste, et celui-ci me faisait de l’œil depuis le rayon littérature de mon collègue. Qu’à cela ne tienne, merci mon abonnement Audible, j’ai sauté sur l’occasion !

Sarakontkoi ?
Successivement abandonnée par sa mère, ses frères et sœurs plus âgés, et enfin par son père alcoolique et violent, la jeune Kya, 10 ans, la « Fille des marais » comme l’appellent les habitant de la Barkley Cove (Caroline du Nord), n’a d’autre choix que de survivre par elle-même. Incollable sur la faune et la flore des marais, elle pêche et cueille, et vend le fruit de son travail en ville. Sa rencontre avec le jeune Tate, qui voit en elle autre chose que la sauvageonne analphabète, bouleverse sa vie… Lorsqu’une quinzaine d’années plus tard, un corps est retrouvé dans la boue du marais, c’est forcément sur elle que portent les soupçons.

Tenpenskoi ?
Un récit initiatique survivaliste ? Il n’en fallait pas plus pour m’intriguer, m’appeler, m’obséder, et pour finalement me faire craquer. Et j’en ai eu pour mon argent. Le roman a deux temporalités : une première, fin des années 70, où le corps du beau gosse, star locale, est retrouvé dans le marais, et où le lecteur suit l’enquête du shérif. Et la seconde dans les années 60, qui s’étend sur une dizaine d’années, où l’on voit Kya survivre, s’instruire, grandir dans une solitude quasi totale. Les connaissances qu’elle acquiert et emmagasine te donnent juste envie de dévorer des bouquins sur le biotope du marais. Kya y met un tel amour, une telle passion, surtout chez une gamine qui part de rien, c’est juste une pure merveille.

Le style de Delia Owens se fait tantôt poétique, presque lyrique, lorsque Kya observe la nature autour d’elle, et plus directe et factuel lorsqu’il s’agit d’humains, comme si Kya ne pouvait voir en ses semblables la beauté qu’elle observe dans son marais. Si le récit de l’enquête puis le procès — dont les passages s’intercalent avec l’enfance et l’adolescence de Kya — restent très anecdotique, l’évolution de la jeune femme qu’elle devient est fascinante. J’ai avalé ce roman comme on déguste un met étranger : avec un peu de méfiance au début, puis une gourmandise inattendue. J’ai particulièrement aimé la fin, que j’ai trouvée touchante à sa manière. Beaucoup m’ont demandé si je l’avais lu parce que Reese Witherspoon en avait parlé pour son club de lecture et avait adoré. Que nenni, je n’avais rien entendu à son sujet avant de l’ouvrir. Bref, une lecture que je recommanderai aux curieux, aux amoureux de nature writing et aux amateurs de chemin de vie.

Pour info :
éditions Points (traduit de l’anglais par Marc Amfreville), 480 pages, 8.50€