Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

La Passe-Miroir (Christelle Dabos)

Ami du jour, bonjour !

Je te l’ai dit hier, j’ai terminé les 4 tomes des aventures d’Ophélie. Je n’ai pas pu poster hier, par manque de temps, mais aussi parce que c’est très difficile pour moi d’écrire quelque chose de cohérent à chaud. Dire au-revoir à un tel univers, c’est déchirant…

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Sarakontkoi ?
Si tu l’as pas déjà lu, je mets là un lien vers la chronique du tome 1, que j’avais publiée à sa sortie. Et je te ressors le même résumé, parce qu’en fait, il était pas dégueu (main sur l’épaule).
Un monde, que l’on suppose être le nôtre, a explosé en plusieurs morceaux, appelés des Arches. Sur chaque Arche, un esprit de famille, sorte de Dieu immortel et vestige de l’ancien monde, règne en maître sur les habitants. Ophélie, jeune fille frêle et effacée, s’occupe tranquillement de son musée sur Anima. Sa spécialité ? Lire les objets, c’est à dire voir le passé de leur ancien propriétaire. Du jour au lendemain, elle se retrouve fiancée à un haut dignitaire d’une Arche hostile et glaciale, le Pôle. Elle devra y suivre son fiancé dans le flot perpétuel des complots de cour. Mais elle découvrira qu’elle n’a pas été choisie au hasard…

Tenpenskoi ?
Je vous le disais hier, je pense que parmi les écrivains, il existe des conteurs, des passeurs d’histoires qui savent fédérer leur lectorat autour de leurs œuvres. Christelle Dabos est de ceux-là. Non seulement elle a su s’affranchir des clichés d’un genre surexploité en littérature aujourd’hui, mais en plus, elle le fait avec une apparente simplicité. Lire ces 4 romans m’a fait le même effet que quand je regarde un ballet classique : la meuf doit se tuer les pieds, tirer sur ses muscles, s’essouffler, mais toi, tout ce que tu vois, c’est qu’elle a l’air de peser que dalle et d’être en caoutchouc. Et c’est d’une grâce… !

Cette lecture m’a retourné les entrailles, parce qu’en plus de me raconter une histoire, Christelle Dabos m’a parlé. Ses personnages, dans leurs certitudes, leur imperfection, leurs peurs et leurs échecs m’on touchée en plein cœur. Ophélie, Thorn, Bérénilde, Archibald, tous grandissent, évoluent, sont mis face à leurs choix, à leur miroir. La complexité évolue également au fil des romans. Mais il est important de se laisser porter et de faire confiance à l’auteure.

C’est l’histoire d’une erreur commise pour un idéal, d’un combat pour la liberté — individuelle et commune. C’est bourré de réflexions, d’aventures, ce n’est jamais long, c’est toujours juste. J’ai pleuré, j’ai ri, j’ai tremblé. C’est de ces sagas qui laissent leur empreinte sur toute une génération de lecteurs. J’ai tourné la dernière page du dernier roman, et je n’ai qu’une envie, le faire vivre encore et encore en le mettant entre toutes les mains.

Pour info : 
GRAND FORMAT
Les Fiancés de l’hiver, Gallimard Jeunesse, 528 pages, 18€
Les Disparus du Clair de Lune, Gallimard Jeunesse, 560 pages, 18€
La Mémoire de Babel, Gallimard Jeunesse, 496 pages, 18€
La Tempête des Echos, Gallimard Jeunesse, 576 pages, 19,90€

FORMAT POCHE
Les Fiancés de l’hiver, Gallimard Jeunesse, collection Pôle fiction, 608 pages, 8,65€
Les Disparus du Clair de Lune, Gallimard Jeunesse, collection Pôle fiction, 704 pages, 8,65€
La Mémoire de Babel, Gallimard Jeunesse, collection Pôle fiction, 576 pages, 8,65€

Publié dans Bouquinade, Policier / Thriller

Les enquêtes de Cromoran Strike (Robert Galbraith)

Ami du jour, bonjour !

Aïe, dur dur de reprendre le clavier et de se dérouiller un peu… ce n’est pas tellement que je ne lis pas, mais comme j’essaie de commencer et terminer quelques séries, que j’ai 5 livres sur le feu, et que je lis quelques manuscrits, j’ai du mal à terminer. Problème de riche me diras-tu. Alors j’essaie, à partir de maintenant (et parce que si tu as suivi un peu mon compte Insta, tu sais que ma PAL vient de prendre un sacré coup avec Noël), de terminer mes lectures en cours pour repartir sur de bonnes bases. Et ça inclut les livres audio. En l’occurrence, 2 livres audio de la même série.

Sarakontkoi ?
Bon, une fois n’est pas coutume, je te pitche l’histoire globale de la série, et je te fais un petit topo sur les bouquins ensuite. Les romans suivent les enquêtes de Cormoran Strike, vétéran unijambiste taciturne recyclé en détective privé, fils non reconnu d’un célèbre rockeur, et Robin, son assistante, engagée suite à l’erreur d’une agence d’intérim.
Dans le premier tome, L’Appel du coucou, Strike et Robin sont engagés par le frère d’une top modèle décédée, persuadé que la police a conclu trop vite à suicide.
Dans le second tome, Le Ver à soie, la femme d’un écrivain leur demande de retrouver son époux disparu, un homme imbu de lui-même venant de livrer un scandaleux manuscrit.

Tenpenskoi ?
Pour commencer, sache que Robert Glabraith est en fait le pseudonyme de J.K. Rowling, la maman d’Harry Potter. Personnellement, je n’avais pas lu Une Place à prendre, son premier polar sous pseudo, écrit à la suite de Harry Potter. Là, c’est un échange sur Instagram avec Aurélie qui a porté cette série à ma connaissance. Honte à moi, je n’en avais jamais entendu parler. Bref, Aurélie me dit que la relation que Rowling tisse entre ses protagonistes, le privé et son assistante, est intéressante. Et c’est vrai.

Quand on parle d’auteur, on parle souvent de style, d’accessibilité. Ce qui me plaît, moi, c’est la manière dont on me raconte les histoires. C’est de sentir que l’auteur va mettre son égo de côté pour se consacrer à moi, à ma découverte de son roman, de ses personnages, de son histoire. Pour ça, Rowling est très bonne, elle l’avait déjà démontré dans Harry Potter. C’est également le cas ici. J’ai passé un très bon moment, je me suis prise au jeu, à essayer de deviner. Par contre, elle conserve les clefs de son dénouement. Si son protagoniste semble comprendre où le mène son enquête, ce n’est pas notre cas, puisque beaucoup d’éléments sont volontairement laissés sous silence pour le lecteur, bien que l’enquêteur en ait connaissance. Il faut accepter de se laisser guider. C’est bourré de faux indices, de faux-semblants… c’est chouette !

Bref, une lecture somme toute très sympa, que je recommande pour passer un bon moment. Maintenant, si vous voulez bien m’excuser, je vais cesser de procrastiner et me mettre un bon coup de pied aux fesses pour ENFIN terminer le dernier tome de La Passe-miroir, dont je vous parlerai d’ici peu.

Pour info :
L’Appel du Coucou : Le Livre de Poche, 696 pages, 8,90€
Le Ver à soie : Le Livre de Poche, 696 pages, 8,90€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Le Sorceleur, T1 : Le Dernier Vœu

Ami du jour, bonjour !

Toi-même tu sais, Le Sorceleur (ou The Witcher dans sa version originale) va sortir en décembre sur Netflix. Ni une ni deux, j’ai enfilé ma plus belle laine, et j’ai commencé à faire le mouton sauvage en suivant le mouvement. Et puis bon, la magie, les monstres, les contes, toussa toussa… Et les conseils de mon coupain Flo !

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Sarakontkoi ?
Geralt de Riv est ce qu’on appelle un sorceleur. Ni sorcier, ni humain, ni monstre, il est un mutant. Dressé à combattre les abominations — stryges, génies, ondines et autres vampires — il n’est pourtant pas accepté parmi les humains, qui le craignent autant qu’ils ont besoin de lui. De mission en carnage, il file vers celle qui scellera sa destinée…

Tenpenskoi ?
Un premier tome constitué de plusieurs petites histoires (c’est visiblement le cas pour le second également, puis les tomes suivants filent une histoire par roman, mais à vérifier). Le format rend la lecture très rythmée, et simple. Il ne s’agit cependant pas de nouvelles, qui couperaient le personnage dans son évolution. Chaque histoire est liée. Le texte est immersif et fait la part belle à l’action.

Détail intéressant, les petites histoires sont tirées de contes classiques. Tu me connais, j’adore les réécritures de contes. Alors la Bête n’est pas un jeune prince arrogant mais un fils de fermier qui a mal tourné, et la Belle est en fait une créature de la nuit, et j’en passe.

Geralt est un personnage charismatique, froid et attachant parfois. On aime suivre ses raisonnements, ses combats moraux. Je ne cache pas que le roman ne fait pas la part belle aux femmes qui, bien que très présentes, ont bien souvent besoin de l’appui de leurs homologues masculins ; et que quelques dialogues sentent bon le macho qui aime se les gratter. Pour tout te dire, j’ai la version audio, et le liseur est hilarant. En gros, imagine Stalone qui te lit une histoire du soir. Bah voilà. Pire Mais bon, on l’excuse pour le coup.

Pour info :
Broché : Bragelonne, collection Fantasy, 307 pages, 15,90€
Poche : Bragelonne, collection Gaming, 384 pages, 7,10€

Publié dans Bouquinade, Roman, Roman historique

Anna Karénine (Leon Tolstoï)

Ami du jour, bonjour !

On est aujourd’hui dans la section « je me cultive, parce qu’au niveau classiques, c’est un peu faiblard tout ça ». Et pour cette découverte de la littérature russe, j’ai lu, comme l’indique le titre du billet, Anna Karénine, de Leon Tolstoï. Ainsi ai-je été introduite aux grands classiques russes.

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Sarakontkoi ?
Russie, fin du XIXe. Se joue dans la grande société russe un drame amoureux : Lévine, amoureux de Kitty, amoureuse de Vronski, amoureux d’Anna. Une femme persuadée d’être courtisée par un homme dont elle est follement amoureuse, un courant d’air s’éprenant d’une respectable épouse, une femme mariée combattant ses propres inclinations. C’est aussi simple que ça. Autour de ces quatre personnages graviteront époux, parents, amis, les uns bienveillants, les autres bienséants. Mais tout ne peut pas bien finir pour tout le monde.

Tenpenskoi ?
Pour commencer, c’est très long. Personnellement, je ne l’ai pas lu, je l’ai écouté (merci Audible, on a beau dire, ça sauve des vies) ; j’avoue que, connaissant l’issue tragique par avance, j’ai voulu plus d’une fois qu’on en finisse. Je ne sais pas si j’aurais été capable de lire la version papier, ma patience se serait vite épuisée.

En revanche, j’en parlais avec une amie qui ne porte pas Tolstoï dans  son cœur (bah ouais, c’est longuet quoi), je trouve que Tolstoï a ce don, en tout cas dans ce roman-ci, de tout montrer. Il ne prend pas partie pour ses personnages, et laisse chacun d’eux s’exprimer (traduis : on se retrouve avec autant de points de vue que de personnages). Tout n’est pas bon à prendre, bien entendu, mais au moins, la lecture du roman s’adaptera au lecteur.

Je m’explique : beaucoup de lecteurs décrient le comportement d’Anna, qui abandonne mari et enfant pour suivre son amant. Personnellement, j’y ai vu la condition d’une femme prisonnière de son rôle d’épouse, courtisée par un homme qui se soucie plus de sa propre passion que de la vie qu’il pourra offrir à celle qu’il aime. Une femme qui avait le choix entre être malheureuse, ou être montrée du doigt. Enfermée quel que soit son choix. Elle est la méchante de l’histoire, s’attirant malheur et déshonneur. Mais elle seule subit le poids de ses décisions. Et sa décision, finale, n’est que l’issue logique d’un problème sans solution.

Le roman oppose le bonheur d’un couple malheureux qui trouve le bonheur à celui d’un couple heureux qui attire peu à peu sur lui le malheur. C’est en ça que le roman est intéressant. Les réflexions qui mènent les personnages vers leur destin. Au-delà de ça, oui, j’ai trouvé le roman un peu long. Mais je suis heureuse de pouvoir dire que je l’ai lu.

Pour info :
Le livre de poche, collection Classiques, 1024 pages

 

Publié dans Albums, Bouquinade

Les Riches Heures de Jacominus Gainsborough ( Rébecca Dautremer)

Ami du soir, bonsoir !

Alors oui, ce n’est pas vraiment l’heure à laquelle j’ai l’habitude de poster. Mais ce soir, au lieu de regarder un film, Chéri et moi avons décidé d’être créatifs. Ce qui sous-entend pour lui Inktober, et pour moi… le blog, oui ! Comme d’habitude, je suis à la traîne et comme d’habitude, je laisse poireauter mes bouquins 20 plombes sur mon étagère en me disant que j’attends juste le bon moment. Bah voyons. En dehors du fait que j’aime beaucoup le travail de Rébecca Dautremer, je dois avouer qu’avoir vu cet album trôner sur le piano de *tu te reconnaîtras* m’a donné plus qu’envie de faire son acquisition. Ni une ni deux, c’est au salon de Brive que je rencontre brièvement Rébecca le temps d’une dédicace. Suis-moi !

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Sarakontkoi ?
C’est l’histoire d’une vie, celle de Jacominus Gainsborough, faite de souvenirs, d’actes manqués, de gadins, d’amours et d’amitiés. De peurs, de larmes, et de joies. Une petite vie bien normale, qui a un début et une fin. Une vie riche de ce qu’on y a mis. Ni plus, ni moins.

Tenpenskoi ?
Écoute, j’avoue que j’avais un peu peur de le lire. Je ne saurais pas bien t’expliquer pourquoi. J’avais peur qu’il soit très long. Il m’intimidait presque. Je sais, c’est stupide. Quelle erreur c’eût été de continuer à nous regarder en chien de faïence, lui du haut de son étagère, moi bien emmitouflée dans mes couvertures !

C’est simple, ça glisse tout seul. Les illustrations rythment le texte autant qu’elles l’accompagnent. Et puis, on en parle justement de ces illustrations ? C’est coloré, nostalgique, ça nous raconte un autre temps, un autre endroit, en même temps, c’est partout, c’est toujours. On y trouve juste ce qu’il faut de la tendresse des histoires de Beatrix Potter (avec un hommage à l’autrice-illustratrice anglaise d’ailleurs), sublimée par le trait caractéristique de Rébecca Dautremer.

Quant au texte : de la poésie dans son état le plus simple. Quelque chose qui te parle sans que tu réfléchisses vraiment. Le genre d’histoire qui va droit de tes grands yeux à ton petit cœur sans réellement passer par ton cerveau. C’est d’une évidence reposante. J’ai d’ailleurs, je dois bien l’avouer, versé ma petite larmichette. Bref, trouve-le, lis-le, partage-le.

Un léger aperçu de mes planches favorites :

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Pour info :
éditions Sarbacane, 56 pages, 19,50€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Running Man (Richard Bachman)

Ami du jour, bonjour !

Tu le connais ce pseudo maintenant. C’est celui du Maître, Stephen King. « Mais, pardi, ça en fait du King », que tu dois te dire. Mais oui, cher lecteur, je te rappelle que je participe à #automneduking, lancé par Tomabook sur Instagram. Tu risques donc d’en voir d’autres…

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Sarakontkoi ?
2025. L’écart entre riches et pauvres s’est creusé. Les riches vivent avec des filtres antipollution dans les narines et paient en nouveaux dollars. Les pauvres vivent dans des ghettos, bossent dans des usines radioactives qui les rendent stériles, et paient en anciens dollars. La fille de Ben Richards est gravement malade. Ayant perdu son emploi, sa dernière chance de pouvoir lui payer un traitement correct est de vendre son âme au diable : participer à l’un des Jeux diffusés non-stop au Libertel, sorte de poste de télévision rendu obligatoire dans chaque foyer.

Tenpsenkoi ?
Je vais finir par ne plus trouver de superlatifs pour parler de ce genre de romans chez King. Pour te replacer ça dans le contexte, je me souviens encore du film de 1987 que je regardais avec mon père. Alors quand j’ai trouvé le livre en boîte à lire, bah j’ai sauté sur l’occas’ (j’étais tellement ravie que ce soit un King !). Et c’est bien là que je préfère King, sur ses romans d’anticipation, ces romans qui dénoncent. Ces romans qui montrent chez lui une telle clairvoyance, c’est fou ! Ce truc a été écrit il y a 30 ans !

Cet homme, dont la soumission au Réseau (au Système quoi) est la dernière chance, peint pour nous, comme en défonce, une société qui pourra être la nôtre. Celle où de pauvres hères souffrent en direct pour le plus grand plaisir des classes populaires, histoire de rapporter de quoi bouffer à leur famille. Ici, on fait subir des sévices physiques et moraux à des cardiaques pour voir combien de temps ils tiendront, là on fait nager des hommes parmi les crocos pour rapporter le plus de fric possible. Mais Ben Richards est trop malin. Ses tests révèlent une grande intelligence, une instruction inattendue dans la basse caste, des tendances révolutionnaires, alors on lui assigne le pire des Jeux : La Grande Traque. Il sera lâché dans les rues avec une somme conséquente. Et plus il survivra, plus sa femme et sa fille seront rétribuées. Les citoyens sont bien entendus encouragés à le dénoncer afin de gagner quelques dollars, tandis que le Réseau cultive la haine d’un public à son encontre.

Alors chez nous, on n’en est pas à faire tuer des gens en direct, mais qui parmi vous n’a pas ri des malheurs d’un pauvre marseillais sachant à peine épeler son nom, dans une maison fermée à double tour ? Qui n’a pas avidement gobé les rejets et les peines de cœur subis par de pauvres boutonneux dans une émission qui les mesure à des dieux grecs ? Qui n’a pas souhaité voir un plouc trébucher dans sa bouse aux heures de forte audience ? Et qui n’a pas souhaité que Monica voie son mec succomber au 95F de la blonde de l’autre côté de l’île ? Je les connais ces programmes, je les ai regardés aussi. Et tout ça, mes braves, nous rend aveugles aux vrais problèmes : la vacuité de nos propres vie, l’emprunte que nous laissons sur notre environnement, et j’en passe. King frappe fort, il frappe juste, et avec 30 ans d’avance, parce que déjà, à l’époque, il anticipait la direction que nous allions prendre. Il est ryhtmé, les chapitres sont courts. Ce roman est incroyable, haletant, une bonne gifle. Ou au moins, un excellent divertissement.

Pour info :
Le Livre de poche, 315 pages, 7,70 EUR

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Shining (Stephen King)

Ami du jour, bonjour !

Oui, nous sommes en automne. Oui, je revis. Non, je ne suis pas une de ces adoratrices de la saison des citrouilles ; simplement, comme le gazon de mon jardin, je suis un peu morte cet été, et je revis avec ces températures humainement supportables. Ne t’y trompe pas hein, j’aime bien les renards, les feuilles oranges, les citrouilles, halloween, toussa toussa. Mais surtout, j’aime les lectures communes qui fleurissent pendant cette période (et la période hivernale, oui, je parle du Pumpkin Automn et du Cold Winter…). Enfin, tout ça arrive pile alors que je suis dans ma période King. Pile pour #automneduking proposé par Tomabooks sur Instagram. Et puis, tu me connais, je suis pétocharde, mais je veux bien voir jusqu’où je peux aller dans la frousse.

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Sarakontkoi ?
Jack Torrance, alcoolique repenti, ancien professeur en retraite forcée, a enfin une chance de se remettre sur les rails. On vient de lui confier la gestion d’un hôtel de montagne, l’Overlook, durant sa fermture hivernale. Il embarque donc femme et enfant dans ce qui devait se résumer à passer quelques mois en famille, une occasion de se retrouver. Mais l’hiver arrive, avec lui la neige et l’isolation. L’hôtel se réveille, et ce qu’il veut, c’est l’enfant. L’enfant et son pouvoir, son Shining.

Tenpenskoi ?
Pour commencer, sache que je n’ai pas vu le film. Donc aucune comparaison possible. Ensuite, je reste persuadée que ce qui, chez King, tient souvent du thriller psychologique — fantastique ou non (ça veut dire avec des trucs surnaturels dans le monde naturel) — est régulièrement dénaturé à l’écran pour ne conserver que l’horreur. Bref, parenthèse terminée.

Pour ce qui est du bouquin, c’est du pur King. On commence dans une situation normale. Un mec qui essaie de se reconstruire, sa vie sans intérêt, ses rêves abandonnés, sa femme désintéressée. Banal. Le job qu’on lui propose : loin de son niveau, et banal. Et puis il arrive dans l’hôtel et ce caractère obsessif qui l’avait poussé vers l’alcool le reprend, et se cristalise autour d’une pièce de théâtre qu’il ne parvient pas à écrire. Puis c’est l’hôtel et son histoire qui le fascinent. On sent l’homme se perdre petit à petit. Et son fils, clairvoyant, essaie de le sauver de sa folie.

Et puis, n’oublions pas l’hôtel, le personnage central du livre. Celui qui canalise des décennies de mauvaises énergies. Cette entité qui s’empare peu à peu du père pour atteindre le fils. Et ce fils, innocent, si jeune et rendu si mature par un pouvoir qui l’habite, cette sorte de clairvoyance qui fait qu’il voit et qu’il comprend bien plus que ce qu’il voudrait. C’est magnifiquement orchestré. On reconnaît la main du maître. Et comme l’hôtel a bouffé Jack Torrance, ce livre te bouffe, lecteur. Petit à petit, il te ronge…

Update : J’ai vu le film, j’ai détesté. Je l’ai trouvé long, pas angoissant, la musique m’a crevé les tympans, et Kubrick (ou plutôt Diane Johnson, dont l’un des romans devait à l’origine être choisi par Kubrick pour son film) n’a rien pigé. Il n’a guère gardé que les noms de lieu et de personnages. Shining n’est pas un roman d’horreur, c’est plus psychologique, et surtout, il y a une certaine gradation. Là, la musique nous crie dessus dès le début, en hurlant « attention, ça fait peur ». Mais rien ne fait vraiment peur. Les procédés cinématographiques (matériel, plans-séquence, cadrages) sont intéressants, mais le reste est à jeter.

Pour info :
Grand format : JC Lattès, 430 pages, 21,50€
Poche : Le livre de poche, 576 pages, 8,20€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Wicked : La véritable histoire de la méchante sorcière de l’Ouest (Gregory Maguire)

Ami du jour, bonjour !

La lecture dont je vais te parler aujourd’hui m’a un peu remuée. Je t’ai déjà parlé de ce bouquin, lorsque nous avons lancé une campagne sur les réseaux sociaux pour en demander la réimpression en VF. Sous le poids de notre demande ou pas du tout, c’est chose faite. Et après avoir tant vibré au son des mélodies du spectacle tiré du livre, je te livre mes impressions sur le roman qui l’a inspiré…

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Sarakontkoi ?
Peut-être que tu as déjà lu, ou vu, Le Magicien d’Oz, de Frank L. Baum. Tu la connais donc sûrement, cette horrible bonne femme verte qui essaie de voler ses souliers de rubis à Dorothy. Imagine que ses intentions n’aient jamais été celles que l’on pense. Qu’elle n’ait été que l’instrument d’un despote, un bouc émissaire tout désigné pour pallier l’impuissance d’un Magicien aux pouvoirs illusoires. Bienvenue dans la vie d’Elphaba, la méchante sorcière de l’Ouest.

Tenpenskoi ?
Eh bah je me sens vide. Je viens de finir ce bouquin, et il m’a vidée. Je ne peux pas le porter aux nues, en faire des caisses, mais une chose est sure, c’est qu’il ne me laisse pas indifférente. Rien à voir avec le merveilleux musical de Broadway. Mais dans son style à lui, il nous met une bonne claque.

C’est l’histoire de la vanité d’un homme. De la vanité des Hommes. Bien trop tournés vers leur gloire, leurs croyances, leur confort, leurs stratégies, leurs guerres pour se soucier de ce qui vit autour d’eux. Alors lorsqu’une jeune femme à la peau émeraude demande pourquoi, s’indigne, se bat, forcément, ça fait tâche. Elphaba n’est pas encore une sorcière lorsqu’elle arrive à l’université de Shiz pour étudier. Dans son monde, le mystérieux pays d’Oz, on stigmatise les Animaux, doués de raison et de parole, et on les prive de leurs droits pour en faire des animaux, tout juste bons à faire notre sale besogne et à être bouffés. Ca te rappelle un truc ?

On est devant un personnage, qui ne se sent ni femme ni homme, ni humain ni animal. Qui ne se bat pas parce que c’est bien ou mal. Mais qui ne comprend pas pourquoi certains seraient supérieurs à d’autres. Laisse-moi te dire que pour un lecteur/une lectrice, être confronté à un personnage apathique, qui ressent le besoin de comprendre ce qu’elle est, quelle est sa place, qui se sent vide de toute âme, de toute émotion, de toute notion de bon ou de mauvais, c’est très déroutant. À travers la neutralité d’Elphaba, qui se laisse porter par sa propre vie, sans lui accorder plus d’importance que celle qu’on a bien voulu lui donner depuis sa naissance (aucune donc), c’est tout notre empathie qui s’éveille pour découvrir l’horreur et la vanité du monde. Tu seras témoin d’injustices qui ne seront jamais réparées, de blessures qui ne pourront se refermer, de désirs qui ne pourront s’assouvir. Et ce livre m’a laissée là, seule, désemparée, et aussi vide que le cœur d’Elphaba, celle à qui on a tout pris.

Je me permets une critique sur la traduction, qui a fortement gêné ma progression. J’avais parfois l’impression que le traducteur ne savait pas vraiment ce que voulait dire l’auteur et a donc traduit littéralement les phrases sans en comprendre le sens. C’est un peu lourd à la lecture. Je te donne un exemple :
Boq acheta une feuille publiée en dehors de la Cité d’Émeraude — vieille de plusieurs semaines, mais c’était la première qu’il voyait depuis un moment […]
Là, te traducteur a traduit l’anglais paper par feuille (papier = papier = feuille). Paper en anglais est le diminutif de newspaper, le journal. Pour moi, la traduction est bien trop littérale, et si je ne connaissais pas l’anglais, je ne suis pas certaine que j’aurais compris la phrase en question. Le texte est bourré de détails comme celui-ci. Je suis trop pointilleuse ? Sûrement.

Pour info :
éditions Bragelonne, 512 pages, 10€ (il n’en reste plus beaucoup, le tirage était limité !)

 

 

Publié dans BD, Bouquinade

La Boîte de petits pois (GiedRé / Holly R.)

Ami du jour, bonjour !

Tu as peut-être vu passer le petit trésor dont je vais te parler sur Insta hier, auquel cas tu as peut-être eu le temps de jeter un œil sur Google (ou Ecosia) pour te renseigner, et de courir chez ton libraire pour l’acheter. Et ça, c’est trop cool. Sinon, bah tu vas avoir un petit aperçu ici.

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Sarakontkoi ?
L’auteure/compositrice/interprète GiedRé évoque son enfance et celle de sa maman dans les années 80-90 en Lituanie (pays l’ex-URSS, à l’époque sous régime communiste). Elle raconte les tickets de rationnement, la guerre, l’espionnage, mais aussi le partage, l’entraide et la communauté.

Tenpenskoi ?
Je n’ai pas pu m’empêcher de me dire, au fil de ma lecture, que c’était le genre d’ouvrage qu’on devrait inclure dans les programmes d’Histoire. Avant de parler de dates, de traités. Avant de parler géopolitique et courant philosophique. Juste pour donner un contexte à tout ce bazar. Laisser quelqu’un qui nous raconte objectivement, sans nous dire que c’était bien ou mal, nous expliquer ce qu’il a vécu, sans en faire des tartines sur des romans de 1500 pages. Parce qu’ici, on différencie l’idéologie du régime communiste, et le comportement des hommes, femmes et enfants qui vivaient sous ce régime. Ca, c’est ma première impression.

Les textes sont très simples, avec cet air enfantin propre à GiedRé, qui se contente de raconter ses souvenirs, la manière dont ELLE a vécu les choses, sans ces œillères très occidentales et libérales qu’on nous impose souvent. Sans non plus glorifier le Régime. La peur n’est que de la peur, le jeu n’est qu’un jeu. C’est simple, c’est drôle, c’est émouvant. J’ai beaucoup aimé le post-scriptum, cette anecdote qui oppose le vécu de l’enfant à celui de l’adulte.

Un mot sur le dessin, entièrement réalisé — ainsi que le lettrage — au crayon de couleur (mes préférés). C’est doux, c’est tendre, c’est coloré, ça a la saveur de l’enfance. L’image, comme le texte, n’en dit ni trop, ni pas assez, juste ce qu’il faut. En bref, c’est bien dosé, c’est bien écrit, c’est très beau et ça t’oblige à adopter un autre point de vue. À mettre donc entre toutes les mains !

Un petit aperçu ?

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Pour info :
éditions Delcourt, collection Une case en moins, 112 pages, 15,95€

Publié dans Bouquinade, Roman

Et si les chats disparaissaient du monde… (Genki Kawamura)

Ami du jour, bonjour !

Après avoir complètement délaissé le clavier pendant mes congés, me revoici, me revoilà, pas du tout avec le bouquin que je pensais te présenter mais avec un achat compulsif réalisé à Londres (quel plaisir de charger un peu plus ses valises, alors qu’on n’en a pas besoin…). Merci Chéri d’avoir pointé toutes les librairies qu’on a passées, j’ai fini par craquer. Et je te parle tout de suite de cette première découverte, dont j’avais entendu parler sur le compte Insta de Lemon June.

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Sarakontkoi ?
À 30 ans, le narrateur apprend qu’il ne lui reste que très peu de temps à vivre. Le diable entre alors dans sa vie et lui propose un marché : chaque jour, il fera disparaître du monde une chose qu’il aura choisie en échange d’un jour de vie supplémentaire. Quel prix le narrateur donnera-t-il à sa vie ?

Tenpenskoi ?
Il s’agit d’un très court roman qui se lit très vite, mais qui, paradoxalement, évoque la nostalgie, le temps qui passe, les regrets. Et malgré la gravité du sujet, la mort, il est d’un optimisme tout à fait délicieux. À la lecture de ce roman, tu traverseras des phases de tristesse, de réflexion profonde, et parfois même d’introspection.

Ma lecture a eu quelque chose de thérapeutique. Parce qu’on ne nous force pas au bonheur, comme c’est la mode en ce moment. Au contraire, j’ai ressenti la valeur de chaque minute, chaque seconde, qu’elle soit teintée d’ennui ou de regrets. Ca te parle du sens et de la valeur que tu accordes à ta vie, des moments dont tu as profité sans le savoir, des joies que tu as ignorées mais bien ressenties.

Un court roman donc, qui pourtant fait un grand bien. J’en suis ressortie beaucoup plus légère.

Extraits choisis

Au lieu de penser que la famille est une chose acquise, tu dois y penser comme à quelque chose que tu fabriques. On n’a pas de famille. On fait une famille.
(Littéralement dans le texte : Famille est un verbe — on fait une famille).

Le Diable n’existe que dans le cœur et l’esprit des humains. Ensuite, c’est vous, les humains, qui l’exprimez sous toutes sortes de formes.

[Le Diable] est fait de tous ces petits regrets qu’on a dans la vie. Par exemple, que serait-il arrivé si, à un croisement de ta vie, tu avais pris un autre chemin ? Que se serait-il passé ? Qui serais-tu devenu ? C’est de ça qu’est fait le Diable. C’est ce que tu voulais devenir sans le pouvoir. C’est à la fois la chose la plus proche et la plus éloignée de ce que tu es.

Je n’ai jamais été capable d’être complètement moi-même, ou de vivre ma vie exactement comme je le voulais. Je ne suis même pas certain d’avoir compris qui était réellement ce « moi-même ». Je vais donc mourir empli de toutes ces erreurs et de tous ces regrets, de tous ces rêves que je n’ai pas accomplis — les gens que je n’ai jamais rencontrés, les choses que je n’ai jamais goûtées, les endroits où je ne suis jamais allé. Mais ça ne me dérange plus. Je suis satisfait de qui je suis et de la manière dont j’ai vécu. Je suis heureux ne serait-ce que d’avoir été là. Où aurais-je pu être, à part ici ? […] Peut-être que Dieu ne me demandait pas d’évaluer la valeur des choses que je faisais disparaître, mais celle de ma propre vie. […] Dieu a créé le monde en sept jours. En sept jours, j’en ai fait disparaître une partie. Mais je n’ai pas pu me résoudre à faire disparaître les chats…

Bref, lisez-le !

Pour infos :
éditions Pocket, 176 pages, 6,40€