Publié dans Bouquinade, Roman

Ballade pour une baleine (Lynne Kelly)

Amis du jour, bonjour !

Je continue ma course aux billets, avec une lecture qui date quand même de cet été, mais qui vaut le coup d’être mentionnée. Je suis tombée dessus totalement par hasard en rageant mes nouveautés dans le rayon, et en lisant la quatrième de couv’, j’ai de suite été emballée par le sujet. Comme vous le savez peut-être, j’apprends la langue des signes, et tout ce qui touche à cette culture me fascine. Alors, naturellement, il a terminé sur mes étagères.

Sarakontkoi ?
Iris, 13 ans, est sourde de naissance. Sa mère, son père et son frère, en revanche, sont entendants. Ce n’est qu’avec ses grands-parents maternels, tous les deux sourds, qu’Iris se sent comprise. Seulement, depuis la mort de son grand-père, sa grand-mère n’est plus la même. Iris se sent complètement isolée et se réfugie dans le bricolage de vieilles radios, sa passion. Lorsqu’en cours, son professeur évoque une baleine incapable de communiquer avec ses congénères, Iris ressent le besoin irrésistible de lui faire savoir qu’elle n’est pas seule. Commence alors un long voyage… mais vers quoi ?

Tenpenskoi ?
Iris est franchement une gamine drôle à l’humour mordant, mais dont les frustrations s’expriment par le sarcasme. À travers elle, on ressent la solitude qui peut être celle de personnes sourdes, qui, si elles ont leur propre culture, riche et tout en mouvements, sont aussi isolées par l’ignorance de leur entourage. J’ai beaucoup ri, parce que les malentendus donnent souvent lieu à des scènes cocasses, mais j’ai aussi pleuré. Iris est touchante dans son entêtement, dans sa solitude, dans ses rêves et ses peurs.

Et ce roman fait d’autant plus échos à l’actu que la présence d’interprètes « gesticulant » en haut à gauche des téléviseurs pendant les allocutions présidentielles en début de COVID semblait en gêner beaucoup, qui pensaient que le sous-titrage était suffisant. Certaines personnes sourdes sont à l’aise avec la lecture, pour d’autres, c’est plus compliqué, et il en est de même avec la langue des signes : toutes ne signent pas. L’ignorance de la population au sujet de la culture sourde (et je parle de culture, pas de handicap, parce que vous ne diriez pas d’un anglais qu’il est handicapé juste parce qu’il ne parle pas votre langue) est flagrante, et déplorable. J’approuve toute initiative qui pourrait ouvrir un pont entre la culture entendante et la culture sourde. Et clairement, même s’il peut contenir quelques inexactitudes, ce roman en est un. Lisez-le.

Pour info :
éditions Milan, 320 pages, 14.90€

Publié dans BD, Bouquinade

Peter Pan (Loisel)

Ami du jour, bonjour !

Aujourd’hui, point de longue introduction, je te parle d’un pilier de la bande-dessinée, du chef-d’œuvre quasi intouchable qu’est Peter Pan, de Régis Loisel. Et pour le coup, merci le week-end à 1000 (fameux week-end où l’on doit lire 1000 pages en 2 jours pour les deux du fond qui ne suivent pas), je me les suis enquillés en une matinée.

Sarakontkoi ?
Si tu connais le Peter Pan de Disney et que tu penses connaître son histoire… oublie-la. De base, Peter, c’est déjà pas un enfant de cœur. La bande-dessinée commence à Londres, fin du XIXe siècle. Peter est un jeune garçon, très pauvre, dont la mère, alcoolique, se paye le luxe d’être violente. Heureusement, il s’est trouvé un ami, et un allié en la personne d’un tenancier de bar, M. Kundall, dont les belles histoires bercent ses journées les plus difficiles ; ces histoires, Peter aime les raconter aux orphelins du quartier. Un soir, il rencontre une drôle de petite fée, qu’il surnomme Clochette, qui l’emmène avec elle au Pays Imaginaire.

Tenpenskoi ?
Personnellement, j’avoue honteusement n’avoir jamais lu l’œuvre de James Matthew Barrie. Et pire encore, j’ai du mal à savoir où commencer pour vous parler de la richesse de celle de Loisel. Essayons de procéder par étapes. Ce qu’il faut savoir, pour commencer, c’est qu’il s’agit ici d’une vision très mature du personnage de Peter Pan. Si vous vouliez le proposer à vos enfants, oubliez ; si le protagoniste de notre histoire est un enfant, révolté par l’absurdité du monde des adultes, l’histoire n’en est pas moins très violente. Peter croise sur sa route l’alcool, le viol, la mort que ce soit dans les rues d’une Londres terrorisée par Jack l’Éventreur, ou au Pays Imaginaire, où règne la loi du plus fort.

Mais la force de Peter, c’est sa capacité à oublier. Oublier les chagrins, les pertes, la douleur. En tant que lecteur pourtant, cette faculté qu’il a à effacer les drames qu’il a vécus laisse comme un goût amer. Bien entouré par une famille de créatures qui le guidera à travers le Pays Imaginaire (notamment Pan, qui sera son mentor), il se fera à son tour guide et protecteur des orphelins qu’il accueillera dans sa nouvelle demeure. Ce Peter, c’est l’enfant qu’il a été avant d’être celui que l’on connaît, fier, parfois cruel, de cette cruauté dont seuls sont capables des enfants dont les conventions sociales n’ont pas encore étouffé les pulsions primaires. Crochet ici devient un personnage tragique : un homme qui n’aura pa su échapper à son destin.

C’est une lecture sauvage et déchirante, portée par le trait si particulier de Loisel, que personnellement je n’avais jamais lu, mais que je pourrais reconnaître entre mille. Est-ce que j’ai aimé ? La réponse à cette question n’est pas évidente, parce que ce n’est pas une lecture dans laquelle je me suis sentie à l’aise. Mais elle a relâché sur moi toute la puissance de ce que l’enfance a de plus pur et pourtant de plus effrayant.

Pour info :
Tome 1, Londres, éditions Vents d’Ouest, 13.90€
Tome 2, Opikanoba, éditions Vents d’Ouest, 14.95€
Tome 3, Tempête, éditions Vents d’Ouest, 14.95€
Tome 4, Mains Rouges, éditions Vents d’Ouest, 14.95€
Tome 5, Crochet, éditions Vents d’Ouest, 13.90€
Tome 6, Destins, éditions Vents d’Ouest, 13.90€

Publié dans Bouquinade, Roman

Everything, Everything (Nicola Yoon)

Ami du jour, bonjour !

Je m’en viens partager avec toi une lecture un peu tombée du ciel. Je cherchais sur Audible de quoi compléter mes conseils aux jeunes lecteurs. Des romans que je n’avais pas dans l’idée de lire, mais qui me sortiraient de cette PAL (pile à lire) qui n’en finit pas. J’avais rapidement entendu parler de Everything everything, et ça changeait radicalement du type de romans que je lisais dernièrement, alors j’ai dit Banco.

Sarakontkoi ?
La jeune Madeline souffre d’une maladie très rare : elle est une enfant-bulle, condamnée à vivre dans un espace totalement aseptisé à cause de son système immunitaire défaillant. Elle vit seule avec sa mère, qui est aussi son médecin, et sin infirmière, Carla, depuis la mort de son père et de son frère alors qu’elle n’était qu’un bébé. Lorsqu’un mystérieux voisin emménage avec sa famille, Madeline se découvre un intérêt soudain pour le monde extérieur, en particulier pour la vie de ce jeune homme dont les relations familiales semblent compliquées…

Tenpenskoi ?
Comme je l’ai dit plus haut, je sors un peu de mes lectures habituelles. Les histoires de maladie tout ça tout ça, c’est toujours très larmoyant, et j’avoue que j’ai suffisamment de quoi pleurnicher pour en rajouter une couche (oui, ça paraît horrible dit comme ça, mais c’est ce que je ressens). Fort heureusement, Madeline est une jeune fille intelligente et vive, qui ne se définit pas seulement par sa condition. Elle s’intéresse à beaucoup de choses, aux gens. Elle s’éveille à un monde qu’elle sait qu’elle ne pourra jamais visiter.

Parler de ce bouquin sans en dévoiler trop s’avère assez difficile, mais sachez qu’il s’agit plutôt d’une lecture feel good, fraîche et positive (malgré ce que traversent ses personnages) que d’un récit mièvre qui s’apitoie sur lui-même. Le roman ne prend pas nécessairement la direction que le lecteur attendrait. Au-delà de ça, le style est simple et fluide, ça se lit vite, et l’autrice installe un réel échange avec son lecteur. Non, vraiment, c’est une lecture sympa. Pas la lecture du siècle, mais franchement sympa.

Pour info :
Le Livre de Poche Jeunesse, 384 pages, 6.90€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Les Puissants (Vic James)

Ami du jour, bonjour !

Voilà, c’est l’histoire d’une fille qui te parle d’une trilogie trop géniale, qui a contacté l’autrice et tout et tout, et qui n’écrit pas son billet. 50% de procrastination, 50% de « il est tellement bien que je n’ai aucune idée de comment lui rendre justice ». Bah, un coup de pied aux fesse ma fille, et en selle !

Sarakontkoi ?
Dans un monde où une partie de l’humanité est dotée du Don tandis qu’une grande majorité n’en dispose pas, l’Angleterre est devenue une oligarchie gouvernée par ces Puissants, appelés Égaux, qui font montre d’habiletés mentales particulières. L’économie du pays repose sur les « roturiers » qui doivent donner 10 ans de leur vie en esclavage. Abigail (18 ans) pense avoir trouvé pour sa famille — son frère Luke (16 ans), sa petite sœur Daisy (10 ans) et ses parents — la solution idéale. Pour ne pas être séparés les uns des autres, et échapper aux villes industrielles, elle a proposé leurs services à une famille d’Égaux, les Jardine. Mais rien ne passe comme elle le souhaite : Luke est envoyé à Milmoor, une ville industrielle où la révolte gronde…

Tenpenskoi ?
Au départ, je me suis dit « oui, pourquoi pas ». J’étais passée devant un certain nombre de fois en rangeant mon rayon de littérature grand format, j’étais intriguée et franchement à la recherche d’un page turner. Ayant une pile à lire conséquente, je me suis tournée vers Audible… et j’ai dévoré la trilogie complète en moins de 2 semaines. C’est dire !

C’est inattendu. Chaque décision, chaque couloir, chaque recoin peut être fatal. Et c’est ce qui rend le récit si addictif ! Vic James semble n’avoir aucune pitié pour ses pauvres personnages, et le nombre de morts augmente à chaque tome. Si Game of Thrones fut douloureux pour toi, alors que 10 personnages sur 50 meurent, imagine quand le récit n’en compte que 10. Le ratio n’est pas le même.

Les réflexions politique, sociale et morale sont extrêmement poussées, et j’avoue avoir posé, à la fin de ma lecture, un regard dégoûté sur le monde qui m’entoure tant le roman y fait échos. J’ai eu beaucoup de tendresse pour certains protagonistes, j’en ai haï quelques uns, et j’ai été trahie par d’autres. Chaque trahison m’a fait plus mal que la précédente. Préparez-vous à ne vous attendre à rien, à être menés en bateau, et à poser sur la politique actuelle un regard plus qu’acerbe. La révolte gronde, amis lecteurs. Quelle sera votre place ?

Pour info :
T1, Esclaves : éditions Nathan, 440 pages, 17.95€
T2, Égaux : éditions Nathan, 484 pages, 17.95€
T3, Libres : éditions Nathan, 512 pages, 17.95€

Publié dans Bouquinade, Roman

Je ne meurs pas avec toi ce soir (Gilly Segal / Kimberly Jones)

Ami du jour, bonjour !

Une fois n’est pas coutume, je me plonge dans une lecture qui suit l’actu, si si. Parce que j’ai cessé de regarder / lire les actus, sous toutes leurs formes. En l’occurence, si j’ai eu envie de lire ce roman, c’est pas pur hasard, parce qu’il m’a intriguée. Et mon instinct ne s’est pas trompé.

Sarakontkoi ?
Lorsqu’une émeute éclate lors d’un match de foot inter-lycée, suite à une remarque raciste d’un gamin blanc, Campbell et Lena n’ont d’autre choix que de fuir ensemble. Campbell est blanche Lena est noire et toutes deux ont de gros a priori sur l’autre : Lena confond « blanc » et « riche » et Campbell fait l’amalgame entre « noir » et « dealer ». Lena n’a qu’une idée en tête : rejoindre son petit ami, même s’il faut pour cela traverser les manifestations spontanées qui se sont propagées dans le quartier. Plongées au cœur de l’enfer des émeutes, sauront-elles mettre de côté leurs préjugés ?

Tenpenskoi ?
Franchement, le sujet avait de quoi être casse-gueule, surtout en ce moment ; cela dit, l’intelligence de ce roman tient à son écriture à quatre mains, celles d’une autrice noire et d’une autrice blanche. Et les deux points de vue sont importants pour que le lecteur, quelle que soit sa couleur de peau, se sente inclus et impliqué. Lena est une jeune fille populaire, mais effrayée à l’idée de croiser un jour une patrouille de police, parce qu’elle sait que sa couleur de peau fera d’elle une suspecte systématique, quoi qu’il arrive. Campbell est blanche, donc elle ne connaît pas cette peur, mais elle connaît de graves problèmes financiers et familiaux.

Ce que j’ai aimé, c’est que le roman traite certes un sujet d’actualité, en mettant le doigt notamment sur le « racisme ordinaire », celui dont on ne se rend pas forcément compte. Mais il prend en compte les individualités de chacune de ses deux protagonistes. Aucun de leurs jugements n’est rabaissé ou critiqué. Les autrices se contentent de mettre le doigt dessus, et c’est au lecteur de faire son propre chemin, d’avoir ses propres prises de conscience. Le récit est très immersif, ce qui ne gâche rien. Et surtout, il n’en fait pas des tonnes.

Bref, ce fut une lecture instructive. Je ne saurais que le recommander à tout lecteur intéressé par le sujet.

Pour info :
éditions Milan, 248 pages, 14.90€

Publié dans BD, Bouquinade

Peau d’homme (Hubert / Zanzim)

Ami du jour, bonjour !

Nous sommes sans aucun doute dans un petit cycle de lecture de bulles… Mais pour le coup, que du bon, alors pourquoi s’en priver ? Aujourd’hui, je vous parle d’un petit bijou que j’ai attendu dès l’annonce de sa sortie par Glénat sur Instagram. D’ailleurs, pour la petite anecdote, on est passés totalement à côté à la librairie (grrrrrr) et j’ai dû me le commander. Bien entendu, sortie de confinement toussa toussa, j’ai attendu ce qui m’a paru être une éternité ! Bref, elle est là, je l’ai lue, et pfouah !

Sarakontkoi ?
Italie, période Renaissance. La douce Bianca, fille d’un riche marchand, a été promise au jeune Giovani. Un pacte qui scelle un accord commercial plus que sentimental. Bianca n’a pas son mot à dire. Alors, pour l’aider à accepter, et surtout à connaître ce futur époux qu’elle vient de rencontrer, sa marraine offre à Bianca une peau d’homme qui lui permet, lorsqu’elle l’enfile, de déambuler sous les traits du jeune et beau Lorenzo. Si elle apprend effectivement à mieux connaître Giovani, elle découvrira bien plus que ce qu’elle était venue chercher.

Tenpenskoi ?
Mais. Quelle. Lecture ! Je vais avoir du mal à rester concise cette fois tant le contenu est riche ! On parle certes de la place de la femme, de son absence totale de liberté, de son combat, chacune le menant à sa façon, avec les armes dont elle dispose. Mais ça va tellement plus loin. On y parle de la place du genre (et par là je veux dire du sexe) dans la relation à l’autre, d’amour certes, mais aussi de respect, de liberté sexuelle, d’identité, de puritanisme religieux, de l’hypocrisie des bien-pensants… et Dieu que ça fait du bien ! Et quelle clairvoyance de la part d’Hubert, le scénariste, de nous proposer un réel changement de perspective (puisqu’il est physique) et d’aller au-delà du simple discours féministe. C’est une parole humaniste, libertaire et libératrice !

Et je ne te parle pas de l’intelligence du dessin, de la mise en scène (ou mise en case si je puis me permettre) ! De nouvelles idées à chaque page, qui servent le propos sans l’étouffer. La traduction par l’image de cette sensation de clostrophobie d’abord puis de libération, Le jeu des couleurs. C’est un ouvrage honnête, qui n’a pas peur de son message, qu’il dévoile sans pudeur, avec l’innocence de la jeune Bianca et de Lorenzo.

Au-delà du contenu idéologique, le livre est beau, sobre (bravo les maquettistes et la Fab chez Glénat). Il est grand et lourd. C’est un objet qui s’affirme, qui n’a pas peur d’être là et de dire ce qu’il a à dire. Bref, on pourra me dire « ouais, mais 27€ ». Probablement la somme que j’ai le mieux dépensée ces derniers mois. Parce que cette BD vaut. Chaque. Euro.

Pour info :
éditions Glénat, collection 1000 feuilles, 160 pages, 27€

Publié dans BD, Bouquinade

L’Adoption (Zidrou / Monin)

Ami du jour, bonjour !

Parlons peu, parlons bien, parlons BD. Encore une fois, c’est une lecture que j’ai évoquée sur Instagram, mais que je n’avais pas pris le temps de chroniquer, et vous savez à quel point la chronique écrite est importante pour moi (et si ce n’était pas le cas, c’est chose faite). J’ai acheté la BD en question en janvier je crois, alors que notre projet d’adoption n’avait encore que des contours flous. J’ai vu ce titre, je me suis dit « c’est un signe ». Et j’ai attendu 6 mois pour la lire…

Sarakontkoi ?
Qinaya a 4 ans, elle vient du Pérou, et a été adoptée par un couple français, Lynette et Alain. Alors que ses parents la ramènent dans sa nouvelle maison, cette adoption suscite chez les proches des réactions très différentes : joie, bonheur, amour, indifférence, une touche de condescendance pour ces parents qui n’ont pas pu l’être naturellement. Mais la réaction la plus vive vient du père d’Alain, Gabriel, qui trouve tout ça bien ridicule. Petit à petit, il va pourtant s’attacher à la petite Qinaya, jusqu’au drame qui la lui arrachera…

Tenpenskoi ?
Je suis désolée, j’ai un peu divulgaché la fin du tome 1 parce que j’ai l’édition intégrale de la BD (T1 et 2). J’ai lu pas mal de réactions contradictoire sur cette BD, et une bonne partie des lecteurs n’ont pas aimé la seconde partie (donc le T2). C’est vrai qu’on s’attend à suivre l’histoire d’une famille qui se trouve, qui se construit. Mais la BD fait le choix de vous confronter aux réalités parfois très difficiles de l’adoption. L’intrusion constante des gens et de leur avis dans votre vie, le jugement, et parfois la pitié. Le refus de vos proches de considérer l’enfant comme faisant partie de votre famille. Et surtout, les graves conséquences de démarches bâclées à l’étranger. Bref, on vous montre aussi que le plus compliqué, ce n’est pas tellement d’obtenir son agrément, c’est ce qui vient après.

Cette deuxième partie, que beaucoup ont critiquée, je l’ai trouvé juste et réaliste. Ce père trop absent qui a reporté tout l’amour qu’il aurait dû donner son fils sur sa nouvelle petite fille. Sa colère lorsque la négligence de son fils lui a enlevé Qinaya. Mais surtout une prise de conscience : celle que l’enfant qui a besoin de lui n’est pas celui qui vit à l’autre bout du monde, mais celui qui paie aujourd’hui presque de sa vie les choix qu’il a faits. C’est un éveil, une ouverture, une prise de conscience. J’ai trouvé cette seconde partie sincère et touchante. Quant à la première partie, si j’ai été amusée des réactions des proches de Lynette et Alain, j’ai parfois fulminé face aux commentaires indiscrets. J’ai vu ces parents un peu perdus, et je me suis dit : « adoption ou pas, c’est sans doute ça, être parent… se rendre compte qu’en fait, on ne sait rien »… Bref, une merveilleuse lecture très réaliste, loin des contes de fée, et plus proche de la réalité de cet acte fort qu’est l’adoption.

Un mot sur le dessin, ces douces aquarelles, colorée, fines, qui donnent au propos toute sa force… c’est un régal !

Pour info :
éditions Bamboo, collection Grand Angle, 152 pages, 24.90€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

La Quête d’Ewilan (Pierre Bottero)

Ami du jour, bonjour !

Je t’en ai parlé rapidement sur les réseaux sociaux, depuis quelques temps, j’essaie de ne pas chronique une série avant de l’avoir terminée. D’une part parce que c’est plus simple pour toi de suivre si les articles concernant les différents tomes ne sont pas éparpillés, mais aussi parce que résumer un tome 2 ou 3 peut divulgacher une partie de l’intrigue, alors qu’il est plus facile pour moi et plus sympa pour toi d’avoir un résumé global. Je te parle donc de ma lecture (ou plutôt de mon écoute, tu l’auras deviné à l’image ci-dessous) de la trilogie La Quête d’Ewilan, de Pierre Bottero, un must-read de fantasy jeunesse.

Sarakontkoi ?
La jeune Camille, 12 ans, surdouée, vit avec des parents adoptifs snobs et peu aimants. Elle étudie au collège du quartier, où sa seule consolation est son meilleur ami Salim. Mais un jour, alors qu’elle traverse la rue et manque de se faire renverser, elle effectue un pas sur le côté, un acte magique qui lui permet de se rendre en Gwendalavir, un monde parallèle au nôtre où la magie et les créatures enchantées existent. C’est aussi un royaume en guerre, au bord de l’invasion. Camille, accompagnée de Salim et d’une bande de (plus ou moins) joyeux compagnons, devra alors apprendre à se servir de son pouvoir, le Dessin, en allant le puiser dans l’Imagination. À sa quête de paix s’ajoutera très vite une quête d’identité, puisqu’elle se révèle être la fille d’un puissant couple de Dessinteurs, protecteurs du royaume, aujourd’hui disparus…

Tenpenskoi ?
C’est une lecture que je devais faire. Premièrement parce que c’est une des ventes les plus régulières à la librairie, mais aussi parce que j’étais curieuse. Personnellement, j’ai connu Pierre Bottero à travers la série A comme Association qu’il a co-écrite avec Erik L’Homme (du moins les premiers tomes, puisque son décès à forcé L’Homme à terminer seul). Comme dans A comme Association, Bottero écrit une protagoniste féminine (c’est aussi le cas dans la trilogie dérivée Ellana). Et c’est chouette ! Pour une fois qu’un personnage féminin n’est pas cantonné au rôle d’ado boutonneuse ou amoureuse, ni à celui de side-kick intello, ça vaut la peine d’être noté. Mais ça en fait également un livre très compliqué à conseiller aux jeunes garçons (ah, ces parents qui ne veulent pas de roman au protagoniste féminin pour leur viril bambin).

Ceci dit, c’est un récit rythmé et intelligent, plein de personnages hauts en couleur (parfois un peu caricaturaux, mais on passera l’éponge là-dessus tellement ils sont attachants). La trilogie en elle-même n’a pas la portée d’un Harry Potter par exemple, parce qu’elle se déroule sur un court laps de temps. Mais l’univers étendu, avec la seconde trilogie Les Mondes d’Ewilan et celle d’Ellana en font une œuvre riche. Et ça se lit vite et bien !

Bref, à conseiller aux filles comme aux garçons (oui oui, on peut faire lire aux garçons des livres avec des filles dedans… sinon, comme le dirait une collègue, on peut aussi cesser de faire lire Harry Potter aux filles hein…) qui souhaitent se lancer dans une belle aventure !

Pour info :
Tome 1, D’un monde à l’autre : éditions Rageot, 320 pages, 8.10€
Tome 2, Les Frontières de glace : éditions Rageot, 352 pages, 8.10€
Tome 3, L’Île du destin : éditions Rageot, 352 pages, 8.10€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

La Nuit des temps (René Barjavel)

Ami du jour, bonjour !

Si tu me suis sur les réseaux sociaux, et notamment sur Instagram, tu sais que je suis une fervente défen…seuse (?) de René Barjavel et de son œuvre. Probablement par nostalgie, parce que d’aussi loin que je me souvienne, ma maman m’a toujours parlé de Barjavel (c’est d’ailleurs elle qui me l’a fait découvrir). Mais aussi parce que je trouve que cet homme a une vision tout à fait intemporelle de nos sociétés. Le gars a compris, comme l’avaient fait Verne ou Huxley, où nous allions en se basant sur sa simple observation du comportement humain. Et j’aime sa clairvoyance et la fragile humanité qu’il insuffle à ses romans. J’ai donc prévu de développer un peu le sujet plus tard. Pour l’heure, parlons de ce chef d’œuvre qu’est La Nuit des temps.

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Sarakontkoi ?
En Antarctique, les expéditions vont bon train pour tenter de dévoiler les mystères de ce continent de glace. Les zones de recherche sont réparties entre les différents pays, mais ce sont les chercheurs français qui découvrent un signal envoyé par une sonde enterrée sous la terre. Ce signal les conduira à une découverte incroyable : des corps cryogénisés depuis plusieurs dizaines de milliers d’années, ceux d’un homme et d’une femme. En éveillant ces êtres venus d’un autre âge, le Dr Simon et l’équipe constituée de scientifiques du monde entier pourraient bien faire une découverte qui changera à jamais l’Histoire de l’humanité.

Tenpenskoi ?
D’aucuns diraient que Shakespeare a écrit l’une des plus belles tragédies lorsqu’il a donné vie à Roméo et Juliette. Je les trouve pourtant bien petits face à Elea et Païkan. Et c’est à travers les liens presque physiques qui unissent ces deux personnages que Barjavel, ce génie, parvient à dépeindre une société digne de la légende de l’Atlantide.

J’aurai beaucoup de mal à vous parler de La Nuit des temps, parce que c’est un roman qui se ressent plus qu’il ne se discute. C’est à la fois un huis-clos et un vertigineux voyage dans les limbes d’une civilisation inconnue, plus ancienne que tout ce que nous connaissons et qui remet en cause les fondements de notre Histoire. Et je dis Histoire, mais je pourrais parler d’histoire, puisque nous prenons connaissance, à travers le récit d’Elea, de l’universalité, et de l’individualité qui s’y cache.

Bref, Barjavel était un visionnaire, un homme de son temps qui a pourtant, comme d’autres grands auteurs, su lever les yeux vers l’avenir. Je m’arrête ici, et termine sur ce conseil : lisez ce livre. Voilà.

Pour info :
éditions Pocket, 416 pages, 7.60€

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Hunger Games : La Ballade du serpent et de l’oiseau chanteur (Suzanne Collins)

Ami du jour, bonjour !

Encore une fois, si tu me suis sur les réseaux, tu sais que je viens de finir le préquel de la merveilleuse et célèbre trilogie Hunger Games. Encore mieux, si tu me suis depuis un peu longtemps, tu sais à quel point j’ai aimé la merveilleuse et célèbre trilogie Hunger Games… Et si tu ne t’en souviens pas, je pose ça , et tu peux aller lire mon billet 🙂 Alors quand, plus d’une décennie plus tard, Collins rempile pour te faire une origin story du grand méchant, ça a de quoi te rendre curieux…

Sarakontkoi ?
Avant de devenir l’un des hommes les plus sadiques de Panem, Coriolanus Snow était juste un gosse de riche, dont les parents ainsi que la fortune étaient morts pendant la révolte des districts. Ruiné, il tente tant bien que mal, avec sa grand-mère et sa cousine, de vivre de la contrebande et de sauver les apparences. Alors lorsqu’on lui fait l’insigne honneur de lui attribuer un tribut lors de la 10e édition des Hunger Games — faisant ainsi de lui un des premiers mentors de l’histoire des jeux — il saisit l’occasion de se démarquer. C’est sans compter sur son tribut, une jeune femme nommée Lucy Gray Baird, qui fait naître en lui une véritable fascination. Amour ? Pouvoir ? Faux semblants ? Coriolanus devra faire des choix, et se révéler peu à peu comme l’homme qu’il deviendra.

Tenpenskoi ?
Je vais redire un peu ce que j’ai dit en story sur Insta, mais les préquels sont pour moi un exercice très dangereux parce qu’il y a deux écueils à éviter : le fan service et les raccords un peu trop évidents ou capillotractés avec l’œuvre originale. Malheureusement, sans être un échec cuisant, cette tentative-là n’y a pas échappé.

Personnellement, j’ai trouvé le récit bien trop centré sur Snow. Je sens bien qu’on tente d’en faire un personnage complexe. Cela dit, je me suis demandé tout au long de ma lecture si Snow était un pervers narcissique de base, ou s’il l’était devenu. OK, on nous montre les souffrances qu’ils a vécues pendant la guerre, mais ça reste insuffisant.

Le roman a beaucoup de longueur qui, d’après moi, tentent de recréer la tension pré-jeux du tome 1 de la trilogie originale. Mais la situation est différente : l’arène est bien moins développée, et les jeux ne sont qu’un ersatz de combat de gladiateurs dans une arène que j’apparenterais à un stade de foot. Alors pas de quoi nous pondre 300 pages. Idem pour les jeux en eux-mêmes. Ce que j’aurais aimé voir, c’est comment les arènes sont devenues aussi sophistiquées, et les tributs adulés (on a une ébauche dans l’épilogue sur 3 pages), comment le Capitole est sorti de la misère dans laquelle il était. Comment les habitants du Capitole sont passés de presque mandiants à des individus extravagants qui bouffent à s’en faire vomir… je veux dire, je peux deviner ce qu’il s’est passé. Mais j’aurais aimé qu’à un moment, on dézoome de Snow pour nous montrer un plan d’ensemble plus large, qu’on nous cause un peu politique, tactique.

Et pour finir, le fan service. On a essayé de raccrocher Lucy Gray et Snow à tous les symboles de rébellion qu’a créés Katniss, jusqu’à son prénom… Une bonne dizaine de fois, je me suis dit « comme par hasard… » ! Du coup, pas étonnant que Snow déteste Katniss si elle est la si parfaite incarnation du moment exact où tout a failli basculer dans sa vie… bref, on tire un peu trop sur les ficelles à mon goût, tout en me donnant des petits coups de de coude avec un clin d’œil complice, genre « hey, t’as vu, c’est Hunger Games hein ! ».

Bref, je ne dirais pas que j’ai détesté ma lecture. Disons, que j’ai bien aimé. Et bien aimé, pour un tome de la saga Hunger Games, c’est insuffisant. Pas mémorable, et peu utile dans le développement politique opéré dans la trilogie originale. C’est comme regarder un film d’actions avec Stalone. C’est sympa, mais c’est jamais très profond… (sauf Demolition Man, parce que j’adore Demolition Man… même si c’est pas très profond).

Pour info :
éditions PKJ, 560 pages (selon Amazon, parce que le mien en fait bien 600), 19.90€