Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Sombre Solstice : duologie (Lizzie Felton / Johanna Marines)

Amis du jour, bonjour !

J’ai eu la chance l’an dernier de découvrir, grâce à la journée de présentation de l’éditeur, le premier tome de cette duologie. Les deux autrices, présentes lors de l’événement, avaient tellement éveillé ma curiosité que je me suis laissé tenter. Naturellement, il a bien fallu enchaîner sur le tome 2…

Le Pitch :
Dans les années 70, quatre jeunes décident de partir randonner dans le Vermont. Ils tombent sur un lac qui ne figure sur aucune carte et décident d’y établir leur camp. Sur l’autre berge du lac, un village semble abandonné. Très vite, la bande se rend compte que ses habitants sont en fait tous réfugiés dans la chapelle pour prier. En pleine nuit, alors qu’une étrange cloche sonne sept coups, des milliers de phalènes s’envolent de la surface du lac et foncent sur le village…

Mon avis :
On ne va pas se mentir, ça partait très bien ! Dans le genre paumé, ambiance de totale isolation (pas de portable, pas de GPS), comportement étrange d’habitants étranges, eau du lac salé, je me suis dit « ouat ze feuk » ! J’aurais pu être happée, alors quoi ?

L’ambiance poisseuse est super bien travaillée, on a le frisson : ces milliers d’yeux sur des ailes de papillons affolés qui observent, les bêtes de la forêt… Et doit-on rappeler la population chelou d’un village perdu dans les bois ? En soi, rien que l’histoire du village m’aurait suffit. Mais il fallait des témoins extérieurs qui se posent les questions que nous, lecteurs, nous posons. Et c’est là que ça se complique. Je n’ai pas du tout accroché aux adolescents qui constitue notre groupe de randonneurs. T’en as un qui a l’air d’avoir vécu un drame qu’on ne nomme pas de tout le tome 1 et, bon, j’ai peut-être un cœur de glace, mais même un deuil ne vaut pas tout ce tintouin ! Dis-le dès le départ quoi ! T’en as une autre, elle est là juste pour faire beau et elle s’intègre à peine, ça en est gênant. Je n’ai aimé ni leur façon de s’exprimer, ados ou pas, ni leurs réactions. C’est LE genre de personnage que tu as envie d’engueuler dans un film d’horreur. Bref, ça partait mal de leur côté.

En revanche, j’ai eu une sorte de fascination morbide pour le mystérieux village. C’est lugubre, cracra, leur histoire, elle se tient ! Bon, la conclusion est peut-être tirée par les cheveux, mais niveau frissons, on y est. C’est donc une lecture très mitigée pour moi. Je ne les déconseillerai pas, mais l’impression qui m’en reste, c’est un très bon premier jet, dont certains éléments auraient mérité un éclaircissement. Ou alors, il aurait peut-être moins fallu tirer sur la corde, pour que je ne m’attende pas à des révélations de fou. Très beau travail de fabrication sur les jaspages et les couvertures, sur lesquels je n’ai absolument rien à redire, si ce n’est que tout passait sur un roman… pour le reste, c’est à vous de vous faire votre propre opinion.

Pour info :
éditions Slalom, 2025
Le Lac tempête, 272 pages
Le Village-du-dessous, 304 pages

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La Maison aux sortilèges (Emilia Hart)

Amis du jour, bonjour !

J’aime qu’on me conseille des bouquins, mais surtout, j’aime aimer les bouquins qu’on me conseille. C’est le cas ici, alors forcément, je suis heureuse de vous en parler !

Le Pitch :
Trois femmes. Trois époques. Mais toujours le joug des hommes. Légal. Familial. Physique. Trois cris à travers les époques ; d’une femme accusée de sorcellerie à l’originale de la famille, jusqu’à la femme soumise qui ose enfin dire stop. La fin d’une boucle, le début d’une histoire.

Mon avis :
J’ai toujours très peur de ce genre de récits. Ils sont souvent violents, et entendre les cris de détresse d’êtres innocents, ressentir dans mes os l’injustice qu’ielles subissent me met souvent en PLS puis en rage, physiquement. Sincèrement, c’est pas beau à voir.

Alors forcément, quand on me dit que ce n’est pas un destin brisé mais trois que je vais devoir me farcir, j’ai juste envie de pleurer. On me dit aussi que le roman est fort et qu’il vaut le coup. Bon, ok, je m’y jette. Et quelle réussite ! Si effectivement certains passages m’ont fait monter la bile dans la gorge, le rouge aux joues, les larmes aux yeux, je n’ai jamais autant souri, ni entamé le bitume des trottoirs d’un talon si victorieux qu’en écoutant ce roman. Toute cette rage qui se déchaîne, ces trois femmes qui relèvent les yeux au pire moment. La parole qui se libère, et surtout la force intrinsèque de chacune…

Le tout porté par un style doux, qui sait se faire factuel, urgent, implorant… Chaque femme a sa voix, une voix de son époque. Je n’ai rien à redire. Je ne peux que vous le conseiller, et garder en mémoire toutes ces femmes que nous devons être aujourd’hui. C’est un régal !

Pour info :
éditions Les Escales, trad. de Alice Delarbre, 504 pages, 2023

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Les Ensorceleuses (Alice Hoffman)

Amis du jour, bonjour !

Si vous ne l’avez pas encore compris, il m’arrive d’être un pigeon. Ici un joli livre, là un trope un peu hypé, ou encore une lecture de saison — je vous le donne en mille — automnale. Bref, comme toute instagrameuse qui se respecte, bien entendu, je regarde Les Ensorceleuses, avec Nicole Kidman et Sandra Bullock (que j’adore, oui).

Le Pitch :
À la mort de leurs parents, Sally et Gillian sont recueillies par leurs tantes, deux vieilles filles, un peu sorcières. Tandis que Gillian, dénuée de pouvoir, semble beaucoup s’intéresser à la magie, sa sœur aînée, dotée de grands pouvoirs, n’aspire qu’à une vie normale. En grandissant, Sally s’attire de plus en plus d’ennuis, jusqu’à une nuit fatale, où les bagages qu’elle traîne sont devenus trop lourds…

Mon avis :
Je vais être très brève ici, parce que je n’ai franchement pas grand chose à dire. Clairement, j’adore le film… mais le livre est pour moi sans intérêt. La narration est incroyablement décousue, passant de souvenirs d’enfance ou d’adolescence à leur vie d’adultes. Tout n’est qu’enchaînement d’anecdotes ; dès que je commençais à entrer dans l’histoire, le roman passait immédiatement à autre chose. Résultat : zéro attachement à des personnages que j’aimais pourtant déjà beaucoup, des adolescentes détestables (bouh la gamine de Sally), un inspecteur qui manque de charme…

Le roman construit des ponts, des liens, sans réellement se demander si moi, lectrice, je visualise. Bref, le film a pris un matériau brut pour en faire le bijou de nostalgie que l’on connaît. Amoureux.ses de Sally et Gillian, contentez-vous du film, ne perdez pas votre temps avec le roman.

Pour info :
éditions Flammarion, trad. Marie-Odile Masek, 252 pages, 1999

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Rosaces & Dragons (Ielenna)

Amis du jour, bonjour !

Causons aujourd’hui d’un roman qui, à la base, m’a plutôt fait lever les yeux au ciel (dans le genre archi cucul qui en fait trop, on peut difficilement faire pire) jusqu’à ce que j’entende le pitch qu’on nous en a fait en présentation libraire…

Le Pitch :
Les habitants d’Arc-en-Flammes sont tous, dès la naissance, liés à un dragon. En général, les garçons se lient à d’imposants mâles, les filles à de gracieuses femelles. Carl est lié à Brodeverre, une minuscule et bavarde dragonne rose. Dans la famille de Carl, on est vitrailliste de père en fils. Alors être maladroit et avoir à charge un petit être si énergique, ça ne lui facilite pas la tâche. Surtout lorsqu’un étrange dragon sème la terreur dans la ville et semble s’en prendre à ses vitraux…

Mon avis :
Si on se souvient bien (et bien sûr qu’on se souvient, c’est écrit 2 paragraphes au-dessus), ma première impression, c’était « meh ». Ensuite, le pitch m’a fait pousser un petit « eeeeeh » de contentement. Et la lecture… Ma foi, rien ne m’a rebutée. Cette petite chose qui cause beaucoup trop est adorable (on veut tous une Brodeverre), bien qu’un brin excitée du bulbe. Carl est maladroit mais fait de son mieux, alors on l’aime bien. Son père est bourru et refuse de communiquer, j’ai clairement eu envie de le tarter. La mère est cool… et tous les personnage qui gravitent autour de l’enquête sont relativement sympas à suivre. Le style est correct, sans être transcendant. Mais alors quoi ?

J’ai eu l’impression d’une avalanche de péripéties qui n’étaient là que pour remplir le roman. Aucune d’elle n’était franchement nécessaire ni palpitante, sans être complètement ennuyante. J’ai eu l’impression qu’on avait un postulat de base assez intéressant, une fin que, pour ma part, j’ai appréciée (ni trop facile, ni trop ouverte). Et puis au milieu, on a mis plein de rebondissements à l’efficacité d’un ballon de basket dégonflé. Rien n’était totalement essentiel. Je veux dire : lisez Pullman par exemple. Dans un roman comme Les Royaumes du Nord, impossible de se priver d’un tout petit chapitre, d’une péripétie ! Tout est si bien intriqué que la moindre pièce manquante fait s’effondrer le bousin ! Ici ce n’est pas vraiment le cas. De plus, si on apprécie beaucoup le message d’ouverture d’esprit, d’acceptation et de réalisation de soi, j’ai plus d’une fois eu l’impression de me retrouver sur le banc d’une classe de CM2 à qui on explique ce qu’est la tolérance. C’est très scolaire quoi.

Malgré tout, je ne peux pas affirmer que ma lecture fut déplaisante. Elle reste néanmoins anecdotique.

Pour info :
éditions Slalom, 384 pages, 2025

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Heartless Hunter : duologie (Kristen Ciccarelli)

Amis du jour, bonjour !

Je vous parlais il n’y a pas si longtemps de mon utilisation des crédits audios pour faire baisser ma PAL de SP. J’ai écouté la duologie Heartless Hunter dans ce cadre, sans grande attente, et pourtant…

Le Pitch :
Depuis la chute des horribles Sœurs Reines, la Nouvelle République punit tout acte de magie, enferme et exécute les sorcières. Rune cache son secret sous des airs frivoles et superficiels de courtisane : elle est le Sphinx Rouge, qui fait sortir les sorcières du pays. Gideon, redoutable chasseur de sorcières, est à la recherche du Sphinx, et semble penser qu’il est lié à Rune. Chacun a besoin de l’autre pour acquérir des renseignements vitaux. Commence un dangereux jeu de séduction entre ennemis insoupçonnés…

Mon avis :
J’ai deux avis très distincts sur ces deux romans. Alors que je n’attendais rien, ni de l’un, ni de l’autre, j’ai été très agréablement surprise par le tome 1, au point d’enchaîner avec le second opus. C’est là que ça se complique…

Si le tome un présente une intrigue somme toute classique, les personnages n’en sont pas moins intelligents, la verve est vive, les regards langoureux, et le roman exploite son lore de manière intéressante. Bref, je me retrouve avec une intrigue prenante et des papillons dans le ventre. Rune est un personnage complexe rongé par la culpabilité, forcée à faire des choses horribles pour survivre dans sa jeunesse, mais prête à tout pour se racheter. Quant à Gideon, trompé, formé dans la haine des sorcières, il entame un chemin vers l’acceptation et la tolérance (je divulgache un peu sans trop en dire, mais en vrai, tu t’en doutes un chouilla tout de même !). Et puis… bah la fameuse crise des 80% basée sur un malentendu nul qui fait basculer la duologie d’une chouette lecture à une séance de soupirs exaspérés.

Parce que le tome 2 cesse de s’intéresser à l’intelligence et aux talents de ses personnages pour dissimuler un secret de Polichinelle (gars, je l’ai vu venir à 300 bornes ton grand reveal). C’est chiant, personne se parle, tout le monde présume de tout, surtout du pire, les protagonistes n’ont qu’une envie, c’est de se lécher la poire, mais non, ils peuvent pas, parce qu’ils vont être trahis, bla bla bla. Infernal. En attendant, le roman avance cahin-caha en arrière plan de tout ce flan inutile, pour arriver à un final qui ne fait pas plus de bruit qu’un pétard mouillé. En un mot : dommage.

Pour info :
éditions PKJ, traduction Guillaume Fournier, 464 et 560 pages, 2024 et 2025

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Violette Hurlevent et le jardin sauvage (Paul Martin / Jean-Baptiste Bourgois)

Amis du jour, bonjour !

Il faut savoir qu’en un an de bookclub, mon roman n’a été tiré au sort qu’une seule fois (enfin, une deuxième fois depuis le premier jet de ce billet). Et il a fallu que ce soit cette fois où j’ai trouvé mon roman très moyen. Quand ça veut pas…

Le Pitch :
Violette vient d’emménager dans la très vieille (et très mal entretenue) maison de son grand-père avec sa mère, pour échapper à un père violent. Perdue, triste, elle n’a aucune envie d’habiter dans une maison qui pue le renfermé, ni de courir dans le jardin abandonné qui ressemble à un terrain vague. Mais elle n’est pas au bout de ses surprises, puisque le jardin, lui, n’attendait qu’elle…

Mon avis :
Je n’ai jamais lu Le Jardin secret, de Frances Hodgson Burnett, bien que j’en connaisse plus ou moins l’histoire. En choisissant ce roman, j’étais certaine d’y trouver à peu près ce que j’aurais pu trouver dans le roman de Burnett : un jardin que j’imagine être la métaphore d’une échappée dans l’imaginaire pour soigner les maux d’un monde réel trop difficile à appréhender (oui, genre Le Labyrinthe de Pan aussi). Effectivement, on fait aisément le parallèle entre ce jardin et les événements plus ou moins traumatisants que traverse Violette. C’est bien écrit, les dessins sont mignons. Mais alors quoi ?

Eh bien dans son jardin, Violette, échappe effectivement à sa réalité, ainsi qu’au temps qui s’y écoule. Mais ses aventures sont plus un empilement de missions étranges nées d’idées qui, pour moi, ont parfois manqué de cohérence. Créer des péripéties, des pépins, appelez ça comme vous le voudrez, tout au long du roman pour que l’héroïne découvre sa force et son courage, OK. Mais là, c’est bourré de quêtes secondaires un brin WTF (encore une fois, ce n’est pas parce qu’on écrit pour des enfants que tout ce qui est magique est merveilleux…). Parfois, j’ai eu la sensation d’un manque de direction, ou de but, d’un chapitre ou d’une aventure de remplissage. Sincèrement, ça aurait pu fonctionner si on avait eu « Les aventures de Violette dans son jardin : un jour, une mission ». Mais comme l’enjeu est de taille, je me suis demandé ce que venait faire tout ça au milieu de la quête de mon héroïne.

Bref, ce n’est pas non plus un roman détestable, mais la structure et la forme ne m’ont pas convaincue, même si, effectivement, Violette trouve sa force et son courage. Visiblement, je fais partie des rageux jamais contents puisque le roman a été récompensé du prix Lecteurs du Journal de Mickey, donc n’hésitez pas à vous faire un avis 🙂

Pour info :
éditions Sarbacane, 496 pages, 2019

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Le Livre perdu des sortilèges, T1 (Deborah Harkness)

Amis du jour, bonjour !

Vous n’êtes sans doute pas sans savoir que nous avons créé, avec ma binôme Maéva, un club de lecture. Lors de ce club, on cause de nos lecture favorites, on échange de bons titres, bref, ce qu’on doit faire pendant un bookclub. Le roman du jour a été cité un bon nombre de fois, suffisamment pour que sa réédition me donne envie de me jeter dessus…

Le Pitch :
Lorsque Diana Bishop, sorcière malgré elle, sort des rayons antiques de la bibliothèque universitaire le manuscrit d’alchimie Ashmole 782, égaré depuis des siècles, elle devient le centre d’intérêt de la moitié des créatures du pays (démons, sorcières, vampires). C’est ainsi qu’elle fait la connaissance de Matthew Clairmont, un vampire mystérieux et redoutable, dont on lui dit de se méfier…

Mon avis :
Ma foi, ce fut une sympathique lecture. Pas la révélation à laquelle je m’attendais, mais pas mal (t’as la ref ?). Recherches universitaires, plongée au cœur des folklores vampiriques et démoniaques, entre potions et sortilèges, entre les rayonnages poussiéreux d’archives universitaires ou les murs d’un château perché sur mes monts d’Auvergne (bah ouais, #chauvine, on ne se refait pas), tout était là pour me plaire. Et puis, et puis, et puis…

Si j’ai adoré certains aspects, que j’ai trouvé sous-développés (on retiendra tout l’aspect mental autour des démons et de leur intelligence, les pratiques de la sorcellerie, toussa toussa), la romance prend quand même beaucoup de place, on ne va pas se mentir. Le personnage féminin a l’apparence d’une femme forte, cartésienne, refusant son héritage de sorcière pour des raisons qui sont relativement obscures mais bon elle veut faire genre, et elle se laisse quand même vachement dicter sa conduite ! De temps en temps, elle se rebiffe, ok. Mais ça reste une oie blanche. Et Matthew… Sombre, ténébreux, mystérieux… et se prend pour le boss. Je crois que je suis un peu passée à autre chose, et que réduire des personnages à leur fonction au point de laisser de côté ce qui m’intéresse le plus, à savoir le lore qui se construit tout autour, c’est trop peu pour moi. Je suis tout de même heureuse d’avoir fait cette lecture, qui, si elle ne restera pas dans les annales, reste une chouette proposition plutôt bien fichue pour les amateurices d’urban fantasy.

Pour info :
éditions Calmann-Lévy (Orbit), trad. de Pascal Loubet, 528 pages, 2011

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Trilogie des Torches, T1 : Songlight (Moira Buffini)

Amis du jour, bonjour !

Vous le savez, j’aime quand un roman me surprend. De fait, il m’arrive souvent de prendre un bouquin dont je n’ai entendu parler qu’une ou deux fois et que j’ai peu vendu (c’est souvent gage de qualité en litté ado… pardon, j’ai eu un relent de sarcasme). Me voilà donc avec Moira Buffini pour quelques heures d’écoute… plutôt concluentes.

Le Pitch :
Elsa habite Brightland ; à Brightland, il est très mal vu de développer ce sixième sens, le Chant Lumière. C’est une sorte de télépathie, un don que possède une très petite partie d’une population gangrenée par le patriarcat, les guerres et les jeux de pouvoir. Elsa ne peut se permettre d’être repérée, et pourtant, en projetant son Chant, elle fait la connaissance d’une autre Torche. Entre manipulations, discriminations et humiliations, ces être exceptionnels sont obligés de se cacher, de trahir les leurs. Mais au-delà des mers, il existe un pays où les Torches brillent de mille feux…

Mon avis :
Mais quel régal ! J’avoue avoir eu très peur en lisant les premiers chapitres. Peur que ce chant de liberté que l’on me promettait ne se transforme en une banale histoire d’amour. La romance, ça va bien 2 minutes, mais elle a tendance à grignoter tous les textes prometteurs. Pas que je n’apprécie pas une bonne histoire d’amour si elle se glisse entre les lignes de mes romans, au contraire ! Mais je déteste ces romans où les péripéties ne sont que des prétextes à ces marivaudages niais faits de mensonges et de non-dits.

Au lieu de ça, je découvre un univers qui relève presque du léger post-apo ; en tout cas, il s’est passé un truc à un moment, et les humains ont fait un bond en arrière, technologiquement et socialement. Naturellement, quand l’homme fait un bon en arrière, c’est la femme qui trinque, et ce roman ne fait pas exception à la règle. Utérus sur pattes, marchandise d’échange, les jeunes filles ne peuvent aspirer qu’à une vie conjugale sans violence.

Lorsqu’elles ne sont pas humiliées avant d’être réduites en esclavage, les Torches sont utilisées par les personnalités politiques en place, dans le but de contrôler un peu plus la population. On nous parle de futilité des guerres, de l’hypocrisie du pouvoir, mais aussi d’espoir, parce qu’au-delà de la mer, il existe un pays libre, porteur de valeurs de fraternité et d’égalité. C’est ce vers quoi fuit Elsa, mais son voyage nécessitera des sacrifices. Bref, c’est un roman bourré d’action, engagé, intelligent et original, qui mérite bien plus que le timide accueil qu’il a reçu, chez moi en tout cas.

Pour info :
éditions La Martinière Fiction, trad. de Thomas Leclere, 464 pages, 2024

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L’Encyclopédie féérique d’Emily Wylde, T1 (Heather Fawcett)

Amis du jour, bonjour !

J’avais presque réussi à ne pas prendre de retard sur mes retours de lecture pour cette année 2025… bon, bah, c’est mort, on est toujours en mai.

Le Pitch :
Emily Wylde, dryadologue émérite, n’a qu’une idée en tête : inclure dans son Encyclopédie Féérique les Recluses, des fées aussi dangereuses que rares. Elle se rend donc dans le village nordique d’Hrafnsvik, dont la population redoute les enlèvements de plus en plus fréquents. Bravant les dangers des bois et l’animosité des villageois, elle pourra (en partie) compter sur son agaçant confrère Wendell Bambleby pour l’aider à mener à bien ce projet colossal.

Mon avis :
On m’avait vendu ça comme de la cosy fantasy les enfants… Mais oh, c’est pas parce que la protagoniste fait un super home staging dans un cottage délabré que c’est cosy ! En dehors de ça (et de quelques irrégularités de temporalité) j’avoue avoir été agréablement surprise par le texte, tant dans le style que dans le contenu. Eh oui, Sabran, c’est De Saxus, alors moi vous savez, j’y vais toujours un peu à reculons. Style correct donc, sans être du grand art, mais surtout très factuel et un brin froid. En effet, Emily est un personnage très cartésien, il s’agit de son journal de bord, donc c’est presque normal.

Et les personnages dans tout ça ? Emily est… scolaire, froide, méthodique, ça, vous l’aurez compris. Personnellement, je trouve que ça lui donne son petit charme. Alors oui, c’est moins doudou que si elle avait été un gros sucre d’orge, mais sincèrement, à côté de la nonchalance de Wendell, c’est parfait ! Et parlons de Wendell ! Imbus de lui-même, beau garçon, bien mis, peu concerné par ce qui l’entoure, il semble pourtant fasciné par Emily. La relation de ces deux-là était donc à la fois drôle et touchante, c’est peut-être ce qui m’a le plus plu dans le roman.

Quant au lore, à la construction de l’univers, il est assez complexe. Vous trouverez pas mal de textes de référence en notes de bas de page (j’avoue ne pas avoir fait de recherches plus poussées que ça), et Emily reste une universitaire, elle est donc très à cheval sur la rigueur scientifique de ses recherches. Si le monde est très riche, ce n’est pourtant pas toujours indispensable. Certes, les textes cités donnent à l’œuvre globale un accent de vérité, mais comme on reste dans le domaine de l’imaginaire, l’acuité de ces précisions m’est parfois passé au-dessus.

Bref, que faut-il en retenir ? Des protagonistes opposés dont la synergie fonctionne parfaitement bien, un style froid et méthodique, qui pourra rebuter les lecteurs. Zéro cosy, donc si ça fait partie de vos attentes, passez votre chemin. Pour ma part, si je suis curieuse de savoir où les aventures d’Emily et Wendell vont les mener, je ne saute pas pour autant sur la suite. Une chouette lecture, donc.

Pour info :
éditions Sabran, trad. Christophe Rosson, De Saxus, 2024

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Eversion (Alastair Reynolds)

Amis du jour, bonjour !

Je vous parle souvent de ces romans qui croisent ma route au hasard d’une balade sur les réseaux ou d’une discussion avec les copines. L’occasion d’acheter celui-ci s’est présentée lorsque, après avoir entendu Armance en parler, je l’ai trouvé en librairie…

Le Pitch :
Silas Coad est médecin à bord de la goélette Demeter et file le long des côtes de la Norvège, dans une expédition financée par un riche commanditaire à la recherche d’une sorte d’anomalie. Une structure si grande qu’elle en est presque inconcevable, et dont personne n’est jamais revenu… Bientôt, d’étrange événement pousseront le lecteur à s’interroger sur cette étrange expédition…

Mon avis :
Il est indéniable que la plume d’Alastair Reynolds n’a rien à prouver. Raffinée, élégante, elle entraîne dans ses volutes un lecteur qui se laisse endormir… avant de brusquement le réveiller et de partir ailleurs comme rien ne s’était passé. J’étais perdue ! Un premier élément perturbateur, coup de bigot à une proximité (comme dirait l’autre) pour lui demander si c’est moi qui ne comprends rien où si c’est le roman qui me trimballe comme un vieux chiffon. « Eh eh » me répond-elle. Ok, je m’y replonge. Et voilà qu’il recommence, je n’ai plus aucun repère, ni où, ni quand, et ça ne semble choquer personne. Mais enfin, va-t-on m’expliquer ce qu’il se passe ?

Vous le saurez si un jour vous avez, ou avez eu, Eversion entre les mains. Je peux seulement vous dire que c’est un voyage qu’il vous faudra entreprendre aux côtés de Silas Coad ; laissez Alastair Reynolds faire sa tambouille, et suivez docilement. Plus que dans La Millième Nuit, il a été question ici de mathématiques, de géométrie et de tout un tas de trucs métaphysiques auxquels personnellement je n’ai pas compris grand chose. Là encore, pas très grave puisqu’on comprend le principal. Reste que c’est un roman qui demandera toute votre attention au risque de vous perdre en chemin. La fin est belle et puissante, touchante dans son évidence. Bref, c’est une lecture que j’ai beaucoup appréciée, bien qu’elle ait failli me rendre chèvre…

Pour info :
éditions Le Belial (2023), trad. de Pierre-Paul Durastanti, 384 pages