Publié dans Bouquinade, Roman

Leçons de chimie (Bonnie Garmus)

Amis du jour, bonjour !

Je vous le dis souvent, il m’est extrêmement difficile de parler d’un livre qui a chamboulé mon univers. Mon esprit, tel un culbuto, oscille entre le besoin viscéral (passez-moi le cliché) de vous en parler, et l’angoisse de ne pas trouver les mots qui vous pousseront immanquablement à vous procurer ce livre. Enfin, tentons tout de même la chose.

Sarakontkoi ?
Dans un récit construit entre un passé qui se dévoile et un présent étouffant, le lecteur découvre la vie singulière d’Elizabeth Zott, chimiste de son état, dans ces années 50-60 qui ne prêtaient guère aux femmes qu’une place dans leur cuisine. D’injustices en victoires insignifiantes, Elizabeth parvient pourtant, à travers l’émission de cuisine dans laquelle elle a été catapultée, à enseigner aux femmes quelques notions de chimie, mais aussi l’étincelle de la rébellion.

Tenpenskoi ?
Dieu que ce résumé me paraît pauvre en comparaison du chef-d’œuvre que j’ai lu ! Je l’ai dit sur Instagram lorsque j’ai terminé ma lecture, je suis persuadée que ce roman peut changer des vies. Beaucoup de lecteurices à qui je le conseille me demandent s’il s’agit d’une histoire vraie. Je réponds « non », mais j’ai envie de dire qu’Elizabeth Zott a vécu en Katherine Goble, en Joan Clarke, en Marie Curie, en toutes ces femmes qui se sont un jour entendu dire où est leur place, ce à quoi elles doivent ressembler, ce qu’il convient ou pas de dire… En plus donc de me parler en tant que femme, Leçons de chimie (paru en grand format sous le titre La Brillante destinée d’Elizabeth Zott) est une leçon d’écriture à bien des égards.

Premièrement, les personnages. Bien que le roman soit majoritairement écrit du point de vue d’Elizabeth, il donne une voix à beaucoup d’autres, aux antagonistes comme aux adjuvants. Certains partis pris sont surprenants, et pourtant… que serait ce récit sans le chien Six-Trente, la toute jeune Mad, l’infâme directeur de laboratoire ? Les femmes se trahissent puis se comprennent, les hommes sont démunis mais accompagnent. Rien n’est blanc, rien n’est noir. Et ce casting nous sert un délicieux melting pot d’interactions tantôt inspirantes, tantôt révoltantes.

Ensuite, comment ne pas parler du style ? Factuel et neutre, laissant les lecteurices s’indigner ou s’attendrir, dessinant des sourires de connivence sur les lèvres de ceux qui sauront lire l’ironie d’une histoire qui s’écrit sans que sa protagoniste en soit vraiment consciente. J’ai eu dans le regard, grâce à la plume de Bonnie Garmus, la tendresse d’une mère qui regarde son enfant inconscient faire son chemin dans la vie, tantôt inquiète, tantôt fière.

Enfin, au-delà du style, Elizabeth Zott est un parangon de résilience. Tout ce qui peut arriver de pire à une jeune femme dans sa situation… eh bien tout arrive. La loi de Murphy les amis. Mais, froide et directe, peu encline à se laisser aller, Elizabeth continue d’avancer. On ne s’appesantit pas sur les non-dits, les drames, les injustices. Ça ne veut pas dire que rien n’a d’importance. Simplement qu’elle n’a pas le choix. Et lorsque ses forces l’abandonnent, ce sont tous ces merveilleux personnages qui la portent jusqu’au crépuscule de ses journées.

Je n’ai plus de mots pour tenter de vous convaincre de lire ce roman. Je vous laisse donc maîtres de votre décision. Mais moi, si j’étais vous, je le lirais.

Pour info :
éditions Pocket (trad. de Christelle Gaillard-Paris), 544 pages, 9.50€

Publié dans BD, Bouquinade

La Bibliomule de Cordoue (Wilfrid Lupano / Léonard Chemineau)

Amis du jour, bonjour !

Vous l’aurez peut-être remarqué, je parle assez rarement de bande-dessinée ici. Premièrement parce que j’en lis peu. Secondement (est-ce que c’est un mot ? disons que oui…), je ne me sens pas très légitime. Je connais mes goûts, mais je juge le dessin comme un parent juge les œuvres d’art de ses enfants : en dilettante. Alors excusez les enfants, je vais faire avec mon bagage…

Le pitch :
Califat d’Al Andalus, Espagne, année 976. Après des années de paix, de prospérité et d’émulation scientifique, le calife al Hakam II meurt jeune, et son fils ne peut prétendre au pouvoir. L’un de ses vizirs en profite, avec l’aide de religieux obscurantistes, pour vider la grande bibliothèque et brûler les livres. Tarid, eunuque en charge de la bibliothèque, tente de sauver un maximum d’ouvrages et s’enfuit en les chargeant sur une mule. Commence alors un long périple semé de dangers en compagnie d’un voleur, d’une copiste, et d’un animal qui ne pense qu’à manger les livres qu’il transporte…

Mon avis :
C’est sur les très chaudes recommandations de mon collègue — qui n’a de cesse de me faire lire ses bandes-dessinées favorites (on se souvient de Les Campbell par exemple) — que j’ai découvert La Bibliomule de Cordoue. Forcément, ça cause de sauvetage de bouquins, c’est drôle, il se dit que je ne peux qu’aimer. Et c’est le cas. D’abord un peu effrayée par la dimension historique dont je suis peu familière (moi à part la prise de Grenade en 1492, seul souvenir de mes cours d’histoire pour le brevet…), je me suis vite laissé prendre au jeu. Tarid est un personnage touchant dont on découvre le passé et l’ascension au sein de la bibliothèque, son amitié avec le défunt calife… Il n’est pas seul dans son voyage, puisqu’il est accompagné de Lubna, une jeune copiste noire, et Marwan, son ancien apprenti devenu voleur, qui s’entendent comme chien et chat. Ajoutons l’animal têtu et vorace — une mule friande de livres… au sens propre — et vous pouvez imaginer la galère pour traverser l’Espagne dans l’espoir de solliciter auprès d’anciennes amitiés un asile pour eux et pour les livres.

Un mot sur le dessin, même si je suis extrêmement mal placée pour en parler. Si Lupano a très bien écrit ses personnages (ce qui n’était pas gagné d’avance, parce que je n’avais pas aimé Blanc Autour), c’est Léonard Chemineau qui de son trait rond et sympathique, a su leur insuffler une étincelle de vie. Le jeu de couleurs aide également beaucoup à la compréhension, notamment sur les scènes issues de souvenirs. Enfin, concernant la note historique en fin d’ouvrage : intéressante et relativement complète sur cette période historique, elle n’en reste pas moins un brin indigeste dans sa mise en page… c’est un peu bof en termes d’accessibilité. Bref, une lecture que je suis heureuse d’avoir faite, drôle, touchante, révoltante, instructive. Je recommande.

Pour info :
éditions Dargaud, 264 pages, 35€

Publié dans Bouquinade, Roman

Maïté coiffure (Marie-Aude Murail)

Amis du jour, bonjour !

Les auteurices francophones dont j’achète un roman les yeux fermés sont au nombre de 6 : Timothée de Fombelle, Maëlle Désard, Flore Vesco, Christelle Dabos, Cécile Alix… et Marie-Aude Murail bien entendu ! Et en ce qui concerne MAM, j’ai toujours eu le plus grand respect pour son travail auprès du jeune public, sans pour autant réellement m’arrêter sur ses romans. Cette erreur est réparée depuis ma lecture tardive de Angie !, suite à quoi je n’ai plus hésité à picorer ses écrits ici ou là. Cette chronique est le fruit de mes errances littéraires.

Le pitch :
Louis est un collégien un brin paumé. Les cours, c’est pas son truc, et en plus, comme tous les gosses de 3e, il doit trouver un stage d’une semaine. Son père, chirurgien émérite, cherche à le pistonner pour une place qui en jette un peu. Mais quand sa grand-mère lui dit que sa coiffeuse pourrait chercher quelqu’un, l’idée semble germer dans la tête de Louis… après tout, pourquoi pas ?

Mon avis :
Le roman était court, j’avais un peu de temps en caisse (tu sais comment ça marche maintenant, plutôt que de ne rien faire pendant mon heure de caisse, je préfère prendre un bouquin), c’était l’occasion rêvée. Dès le début, ça matche, y a un truc qui connecte. Ce gosse paumé, les attentes de parents bourgeois, lui qui n’aime pas les cours, et cette opportunité qui lui est présentée de faire quelque chose… d’inattendu. Oui, j’ai été séduite.

Au-delà du comique de la situation, accentué par l’écart de comportement, de culture et de génération entre Louis et ses nouveaux collègues, c’est un joli pêle-mêle d’histoires qui se nouent et de drames qui se jouent. La vieille, l’homo, l’allumeuse, toutes ces petites gens s’enroulent et se déroulent telles des bobines Super 8 sur l’écran vierge qu’est Louis, laissant leur empreinte, l’obligeant à se sentir concerné par le monde qui l’entoure. Et petit à petit, il fleurit, il s’anime et le roman s’emballe. C’est une naissance, une rédemption, une main tendue dont les mots se grave sur les pages et dans le cœur sous la plume simple et touchante de son autrice. Comme quoi, pas besoin d’en faire des caisses, de pondre des pages et des pages. Et c’est encore une master class de Marie-Aude Murail. Mic drop.

Pour info :
éditions l’école des loisirs, collection Médium Poche, 178 pages, 7.50€

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Le Clan Bennett, T1 : Le Chant du loup (T. J. Klune)

Amis du jour, bonjour !

Je continue ma découverte de l’univers de T.J. Klune avec, pour le moment, le roman le plus sérieux que j’aie lu de lui. Cette fois, exit les paillettes, les blagues potaches et les personnages farfelus, bonjour jeunes adultes mutiques et torturés, toujours dans un esprit queer et de tolérance, tout de même.

Le pitch :
On le lui a toujours dit, du moins son père qui s’est barré, Ox est lent du ciboulot. Adolescent effacé, il vit seul avec sa mère. Jusqu’au jour où les Bennett emménagent dans la maison au bout de la rue. Alors il rencontre le jeune Joe Bennett, dont le débit de parole ne tarit jamais alors qu’il n’avait pas prononcé un mot depuis plus de deux ans. Les Bennett qui l’accueillent dans leur clan, dans leur meute… Les Bennett dont le passé est sur le point de les rattraper.

Mon avis :
Je connais T.J. Klune décomplexé, drôle, aux personnages hauts en couleur. Alors quand j’ai vu le tour que prenait le roman, je me suis gratouillé le crâne. Est-ce que T.J. Klune sérieux, ça marche ? Bah oui, tous les personnages c’est mes copains ! Dans le désordre et la complicité de la famille Bennett, j’ai entrevu les Cullen de ma jeunesse… et oui, je cite Twilight parce que les sujets et les tropes sont similaires. Parce que peut-être que tu l’auras deviné, avec les pattes de chien, le titre étou étou, il s’agit d’un roman de loup-garou.

Côté personnages, on est servi : ça communique, c’est chou, c’est douillet, rassurant. Et c’est très bien contrebalancé par quelques scènes assez violentes qui accentuent la tension dramatique. Ox est touchant dans sa réserve comme Jo l’est dans son hyperactivité, et le rapprochement des deux jeunes hommes est si progressif que leurs liens semblent indéfectibles. La sensation d’appartenance, même pour le lecteur, est prégnante, parce que le clan Bennett accueille Ox, mais aussi sa famille, et, un par un, ses amis les plus chers, formant ainsi une meute uni(qu)e. Si je lui ai trouvé quelques longueurs, et que j’ai ragé une ou deux fois (parce qu’on communique, mais on ne changera pas un personnage qui manque de confiance en lui en 30 pages), je reste très friande de l’ambiance. Ceci dit, je préfère l’auteur dans le cosy, l’humour débridé, le too much… et le one shot.

Pour info :
éditions Bookmark, trad. de Christine Gauzy-Svahn, 600 pages, 23€

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La Millième Nuit (Alastair Reynolds)

Amis du jour, bonjour !

Dernièrement, peut-être à cause des films Dune, peut-être à cause de ma découverte de Aurora Squad (et ma relecture de Red Rising), j’ai eu envie de lire un peu de SF. Et pas n’importe quelle SF : du space opera (genre avec un vaisseau dans l’espace). Et c’est totalement influencée par Armance (Armance around the corner, sur Instagram) que j’ai découvert les écrits d’Alastair Reynolds. C’est d’ailleurs un de mes premiers achats au Grenier des Chimères, chez ma très chère Livia.

Sarakontkoi ?
Grosso modo, une nana nommée Gentiane a créé 999 clones d’elle-même et les a envoyés explorer l’univers à la recherche de bourgeons de race humaine qui ont fleuri un peu partout, sans interférer avec eux. Les clones évoluent chacun à leur façon et se retrouvent tous les 200 000 ans afin de partager leurs observations et leurs découvertes et construire un savoir absolu. Ces retrouvailles et ces échanges, qui s’organisent dans une sorte de symbiose, durent très exactement 1000 nuits. Mais cette fois-ci, certains récits montrent quelques incohérences… et si la lignée Gentiane n’était pas si neutre qu’elle le prétend ?

Tenpenskoi ?
Alastair Reynolds a travaillé à l’ESA (Agence Spatiale Européenne), et nous propose ici de plonger dans son univers. Bienvenue dans de la hard-SF accessible, où les complexités de l’espace-temps vont vous être révélées. Loin de me rebuter, moi la nulle en sciences, j’ai même trouvé qu’il rendait des notions nébuleuse très accessibles. Et c’est le premier bon point : même si tu ne bites rien à la science, tu n’es pas laissé de côté. L’espace et le temps sont ici sans commune mesure puisque ce sont des distances et des durées que nous, humains actuels, ne pouvons appréhender. Mais en lisant, je me dis « pourquoi pas, oui, on pourrait finir comme ça ».

Ces questionnements scientifiques sur l’éthique de l’observateur ont une réelle résonnance et l’on n’imagine que trop bien qu’il est quasiment impossible à un être vivant à l’ego aussi développé de ne pas tenter de se prendre pour Dieu. Ce court roman touche du doigt les manigances de quelques individus avides d’expériences plus que de connaissance. Tester, faire, essayer, plutôt que d’observer, comprendre et accepter. C’est une problématique très actuelle qui nourrit un roman visionnaire. Je suis impatiente de lire d’autres textes d’Alastair Reynolds, dont Eversion, qui est déjà dans ma bibliothèque.

Pour info :
éditions Le Bélial’ (trad. Laurent Queyssi), collection Une Heure Lumière, 144 pages, 10.90€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

La Fille renard et la merveilleuse boutique-sur-pattes (Andy Sagar)

Amis du jour, bonjour !

Vous connaissez ces romans qui vous font envie de ouf, dont le pitch fait palpiter votre petit cœur de lecteurice, mais qui tombent complètement à plat ? J’ai bien peur que ma lecture du jour soit de ceux-là.

Sarakontkoi ?
Felicity Fox déteste ses oreilles de renard, qui lui valent d’être exhibée dans un cirque ambulant depuis sa plus tendre enfance. Lorsqu’un corbeau, familier de la sorcière de thé Miss Dumpling, vient la délivrer et lui annonce qu’elle a été choisie pour devenir l’apprentie de sa maîtresse, Felicity n’hésite pas. En chemin, elle fait pourtant une rencontre étrange, un homme qui lui propose de la débarrasser de ses oreilles… mais le contrat est truqué et le temps de Felicity est compté…

Tenpenskoi ?
Comme je l’ai dit, j’avais très très envie d’aimer ce livre. Un salon de thé qui marche bon sang ! Des thés qui soignent, des pâtisseries, un RENARD ! Mais que s’est-il passé ? Tout a commencé à la page 20, quand une gamine s’égare dans la forêt parce qu’elle perd de vue l’animal qui est venu la délivrer (bravo le guide !), et qu’elle tombe sur un mec louche, à qui elle ne fait pas confiance, mais elle SIGNE quand même un contrat avec lui. Cinq minutes de lecture et je me dis déjà qu’il y a un souci de construction. Le roman me prend un peu pour une débile tout le long, me martèle des choses qu’il pense que je n’ai pas comprises… Le tout m’a donné une impression décousue.

Les péripéties s’enchaînent, mais parfois c’est trop long (tu comprends en lisant une phrase par page), parfois ça saute du coq à l’âne. Des violons magiques qui charment les monstres sortent d’une poche (WTF ?), et moi, tout ce que j’entends, c’est « ta gueule, c’est magique… et c’est pour les mômes ». Et je me demande pourquoi on prend les mômes pour des teubés. Trop de questions explicitement posées sans réponse, de deus-ex-machina (le truc qui sort de nulle part où tu te dis « comme par hasard »), alors que bon sang, le roman regorge de thèmes et d’items géniaux, comme les thés concoctés spécialement pour chaque consommateur, chaque situation, l’idée de pacte faustien, de recherche des origines, d’estrangelins (êtres magiques abandonnés chez les humains qui ont donc oublié la magie)… Et puis, on en parle de cette traduction ? Pourquoi un nom aussi signifiant que Yesterday Crumb (littéralement « hier » et « miette », ce qui aurait une réelle importance dans la construction du personnage) devient un banal Félicity Fox (oui, on avait compris qu’elle avait des oreilles de renard) ? Bref, je suis en colère, parce le potentiel était incroyable et qu’on s’est laissé aller à la facilité. C’est un peu paresseux, et c’est très dommage.

Pour info :
éditions PKJ (trad. Emmanuelle Gros), 336 pages, 16.20€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Gwendy et la boîte à boutons (Stephen King/Richard Chizmar)

Amis du jour, bonjour !

Dans l’un de mes billets je faisais mention du challenge « Automne du King » et de la liste de lectures que m’avait concoctée mon amie Laura. C’est de cette même liste qu’est issue la lecture d’aujourd’hui.

Sarakontkoi ?
Gwendy est une enfant rondouillette qui expérimente, depuis sa récente entrée au collège, la cruauté de ses camarades. Un jour, elle croise au parc un homme chapeauté qui lui offre une boîte ornée de plusieurs boutons et leviers. L’un d’entre eux lui donne un chocolat par jour, qui miraculeusement fait que tout dans sa vie s’améliore, l’autre lui donne une pièce en argent d’une grande valeur. Quand aux autres boutons, mieux vaut ne pas trop les actionner…

Tenpenskoi ?
Comme pour Elévation, on retrouve ici ce que King sait faire le mieux : lâcher une petite grenade surnaturelle au milieu d’une vi(ll)e bien rangée. Gwendy est une petite fille gentille, attachante, intelligente et en tant que lectrice, je n’ai pu qu’avoir peur de l’impact qu’aurait un tel objet sur elle. Parce que le pouvoir avilit souvent les adultes, et que le bonheur et la facilité ne réussissent pas à tout le monde. L’apparition de cette boîte magique émerveille puis effraie Gwendy ; ce qui est intéressant, c’est de suivre l’évolution de sa mentalité face à ce qui lui est offert, ses peurs, ses espoirs.

Encore une fois, je suis soufflée par la capacité de King à infiltrer le quotidien pour y trouver le meilleur comme le pire, à tracer des lignes d’existence pour nous proposer d’en explorer un segment, comme si nous ne faisions que traverser la vie de ses personnages, et qu’ils existaient au-delà de nous et de son œuvre. Bref, je n’ai pas grand chose de plus à dire sur ce très court roman, si ce n’est qu’encore une fois, King m’a donné un bon cours d’efficacité !

Pour info :
éditions Le Livre de Poche (trad. Michel Pagel), 160 pages, 7.70€

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Elévation (Stephen King)

Amis du jour, bonjour !

Il y a très très longtemps (40 chronique de retard), c’était, comme chaque année en automne, le challenge « l’Automne du King », organisé sur son compte Insta par TomaBooks. Ma copine Laura, grande amoureuse de Stephen King devant l’Eternel, sachant que je n’avais pas trop le temps de lire des romans que je n’avais pas dans ma PAL, m’a gentiment proposé toute une liste de courts textes de l’auteur, pour mon plus grand plaisir ! Vous l’aurez compris, Elévation en faisait partie.

Sarakontkoi ?
Scott, soixantenaire divorcé bien-portant, va voir son médecin avec une problématique particulière : chaque jour, son poids diminue un peu plus. Il n’a pas perdu de masse, simplement, sa masse pèse de moins en moins. Ce phénomène étrange entraîne toutes sortes de transformations dans sa vie, et dans ses interactions avec son entourage.

Tenpenskoi ?
Question : pourquoi j’en ai eu quelque chose à faire de ce vieux gars insipide et de ses histoires de divorce et de voisinage ? C’est toute la magie de King. En instaurant un élément surnaturel dans une petite ville tranquille au voisinage bien rangé (ouais, on pense un peu à Stars Hollow avec une ambiance Wisteria Lane), il met un beau coup de pied dans la fourmilière. Scott n’est pas le personnage le plus attachant de prime abord, il est vieux, divorcé, ne fait pas grand chose de sa vie, et pourtant, en devenant de plus en plus léger, en cachant son secret, il sort de ses routines, s’interroge sur ses comportements, et succombe à l’envie de s’impliquer dans la vie des gens qu’il aime.

Et ses proches le lui rendent bien. Les incompréhensions s’envolent, les liens se tissent, et si l’issue semble fatale (oui, Scott a finalement tout d’un personnage tragique), on ne peut que sentir notre cœur s’alléger pour accompagner Scott dans son cheminement. J’ai refermé le livre la gorge serrée et une larme au coin des yeux. C’est rapide à lire, efficace. Vous n’allez pas comprendre ce qui vous arrive, mais je garantis que vous serez embarqués.

Pour info :
éditions Le Livre de Poche (trad. de Michel Pagel), 160 pages, 7.70€

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Sur la route d’Indianapolis (Sébastien Gendron)

Amis du jour, bonjour !

C’est avec ce billet que s’achève la série de chroniques de mon mois de septembre 2023 (je sais, on est en juin 2024, tout va bien, personne ne panique, c’est toi qui paniques !) Un très court roman, qui a croisé ma route, simplement (fortement aidé par ma copine Maëlle).

Sarakontkoi ?
1976. Lilian, 11 ans, passe quelques jours chez sa tante à Chicago. Il doit rejoindre son père en bus à Indianapolis. Alors qu’il descend se soulager lors d’un arrêt, le bus repart sans lui. Commence alors une longue course poursuite semée d’embûches.

Tenpenskoi ?
En voilà un résumé qui promet de l’action ! Et ce n’est pas peu dire, le roman ne s’arrête jamais ! Lilian rencontre des bandits en fuite, un flic véreux, prend un hélico qui tombe en panne… et tout ça parce qu’un imbécile de chauffeur a refusé de l’attendre. Alors oui, on se délecte du pétrin dans lequel se fourre ce petit frenchy dans un immense pays qui n’est pas le sien, et on sourit aux petites touches de culture US qu’on y trouve.

Mais sous couvert d’aventures, c’est beaucoup de nostalgie que l’on ressent à la lecture de ce court roman. Lilian est un jeune garçon qui vit seul avec son papa depuis le décès de sa maman, qui pense qu’il n’est pas assez bien et qu’il doit mentir pour impressionner les autres. Un jeune garçon qui mobilise des ressources insoupçonnées pour se sortir de tous ces ennuis qui lui tombent dessus, dépouillé de tous les outils qui lui auraient facilité la vie (un portable par exemple), qui a su malgré tout retrouver son chemin et renouer avec son père. Bref, c’est court et efficace, un chouette road trip à lire à partir de 8 ans.

Pour info :
éditions PKJ, 192 pages, 6.20€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

La Société très secrète des sorcières extraordinaires (Sangu Mandanna)

Amis du jour, bonjour !

Encore un roman que j’ai vu passer partout, encore une opportunité pour moi de râler… foutue hype ! Je sais que je dois me faire confiance, je le sais ! Et j’ai toujours l’impression d’être la grincheuse de service… Mais enfin, il faut ce qu’il faut.

Sarakontkoi ?
Mika est une jeune sorcière moderne, qui aime parler potions sur Youtube (parce que personne ne croit vraiment à la magie, n’est-ce pas ?). Elle mène une vie solitaire jusqu’au jour où elle reçoit un message lui demandant de venir aider trois jeunes sorcières qui vivent dans un manoir ; mais les sorcières n’ont normalement pas le droit de vivre en communauté, trop de pouvoir concentré en un endroit. Mika fait la connaissance d’une drôle de famille : Ian et Ken, vieux couple heureux, la gouvernante de la demeure, et Jamie, le bibliothécaire râleur…

Tenpenskoi ?
L’idée de base, à savoir la modernité des réseaux sociaux mélangés à l’art ancestral de la sorcellerie, une found family, je me suis dit « mais oui, banco » ! C’est doux, c’est tout bon pour l’automne ! Côté réseaux sociaux, c’est tout de même léger-léger, je pense même qu’on peut dire que ce n’est qu’une mention dans le roman. Ça, déjà, c’est mort. Bon, la found family, ça, ça peut pas louper ? Alors, tu peux me le dire, hein, que c’est une famille soudée, qu’ils se protègent les uns les autres, mais en dehors de l’affection que Ian et Ken se portent et portent aux autres personnages, c’est pas foufou non plus !

Et bien sûr que le bibliothécaire est ronchon ! Et bien sûr que Ian est un vrai soleil (d’ailleurs calqué d’après moi sur Ian McKellen, mais c’est pas grave, on l’aime bien) ! Les personnages ont l’air d’avoir 5 ans alors qu’ils en ont plus de 30 (en dehors des gamines). Le prétexte utilisé pour faire appel à Mika est un peu léger, du coup, là, roman, tu m’as perdue. C’est trop. Trop forcé, trop ronchon, trop solaire, attention à pas péter ton chausse-pieds pour faire tout rentrer. Et, SPOILER, d’un coup d’un seul, voilà que Jamie a un crush ? Qu’il donne lieu à une scène « chauds les marrons » hyper cringe et oscille entre le ramassis de clichés et le cours d’anatomie. FIN DE SPOILER Les autrices, si vous n’êtes pas à l’aise avec le smut (la fesse, pour toi maman), n’en écrivez pas, parfois, la suggestion fonctionne bien mieux !

Bref, je suis heureuse tout de même de voir un peu de diversité (un couple queer, une sorcière aux origines indoues si ma mémoire est bonne). J’adore le principe de found family, mais c’est assez mal foutu. En soi, j’ai l’impression de goûter la tarte de printemps de dame Séli, et comme le dit Arthur à sa belle-mère : « le plus intéressant c’est, comment est ce que vous arrivez à faire un truc aussi immonde avec des ingrédients normaux ? […] Non mais c’est incroyable. J’ai l’impression de bouffer de la terre avec de la bouse et du gravier, ça sent le poulailler, mais c’est du céleri et des oignons, c’est prodigieux. » Ok, j’exagère, c’est pas immonde, mais c’est pas bon quoi…

Pour info :
éditions Lumen, trad. de Laureline Chaplain, 406 pages, 17€