Publié dans Le mot du jour

Le mot du jour

Allez, histoire de dire que non, je ne fais pas plus rien… Un mot du jour (et sa définition) croisés dans un documentaire philosophique pour enfants.*

Le mot du jour : profane.

C’est étrange. Tout le monde (ou presque) sait à peu près ce que profane veut dire. On en a même fait un verbe : profaner. C’est passé dans l’opinion publique comme signifiant « anti-religion » dans le sens de « hostile à, contre telle religion ». En fait, profane signifie simplement « étranger à la religion », qui n’a rien à voir avec.
La faute aux origines latines du mot : pro veut dire devant et fanum désigne le temple, le lieu sacré. C’est donc tout ce qui reste devant, en dehors des lieux sacrés et donc des rites et des croyances.

À utiliser un mot pour un autre, on finit par tout comprendre de travers.

 

*Pourquoi on écrit des romans…, Danièle Sallenave, Gallimard Jeunesse/Giboulée, collection Chouette ! Penser.

Publié dans Bouquinade, Roman historique

La jeune fille à la plume (Katherine Sturtevant)

Bonjour à tous, bonjour à toutes !

Je suis fière de moi, je tiens un rythme de la mort en ce moment (en même temps lire 40 bouquins à la fois fait que vous les finissez moins vite, mais tous en même temps, donc ça en fait des choses à dire).

Fin XVII siècle, en Angleterre. Meg est une jeune fille de 16 ans, indépendante et passionnée par les livres et l’écriture. Sa chance : son père est éditeur-libraire (à l’époque, les éditeurs publiaient les livres avec la permission du pouvoir en place et les vendaient), et elle l’aide au magasin. Sa malédiction : être une femme à une époque où les écrivains de sexe féminin sont mal perçus, au cœur de tous les scandales. Pour cette raison, son père lui interdit de prendre la plume. Pourtant, un jour, le frère de sa meilleure amie se fait enlever par des pirates et est vendu comme esclave à Alger. Pour payer sa rançon, Meg mettra sa plume à contribution. Au retour d’Edward, une nouvelle chance d’écrire se présente à elle… et la poussera à aller à l’encontre des esprits étriqués de son siècle.

Une belle histoire ma foi. On en apprend beaucoup sur la condition des femmes dans l’Angleterre du XVIIe, mais aussi sur le regard que portaient les occidentaux sur le monde qui les entoure. Et puis, on a cette passion pour les mots que bien des jeunes filles, même aujourd’hui, connaissent. On se prend à rêver d’aventures et de succès littéraire avec Meg, la sauce prend. Les personnages, extrêmement vivants, portent cette histoire à bout de bras et acheminent le message du roman jusque dans les jeunes esprits ; on y parle liberté, tolérance, ouverture d’esprit, amour du livre et de la pensée.

Quelques faiblesses cependant, notamment des lieux communs sur le personnage de Meg. Mais surtout, impardonnable, de nombreuses coquilles et de gros problèmes de concordance des temps. Je me demande si je ne vais pas me fendre d’une lettre à Bayard Jeunesse pour leur remonter les bretelles. Parce que si M. Moore, le père de Meg, prend son métier très au sérieux, il serait bien venu que Bayard en fasse de même et se rende compte de la responsabilité qui pèse sur ses épaules ! À lire tout de même.

Pour info :
Bayard Jeunesse, collection Millezime, 320 pages

Publié dans BD, Bouquinade

Princesse aime princesse (Lisa Mandel)

Un petit truc tout sympa qui nous tombe par hasard entre les mains… qu’est-ce que c’est chouette de bosser chez Gallimard Jeunesse !

Codette, 16 ans, est une réfugiée originaire du Watakou. Elle habite maintenant dans un pays (j’aurais tendance à dire une France très américanisée) qui lui est étranger, avec son père et sa belle-mère. Désireuse de s’intégrer, elle suit sa cousine dans une grande fête sur le toit du plus grand building de la ville. De fil en aiguille, les défis stupides pleuvent au sein du groupe, et le sien n’est pas des plus simples : aller embrasser Végétaline, fille de la richissime propriétaire de l’immeuble, l’organisatrice de la fête et des nombreuses autres qui ont précédé, mais que l’on a jamais vue à aucune d’entre elles…

Une histoire de premier amour, de découverte sexuelle, mais pas que. Ça parle d’ados, de parents étouffants (littéralement pour le coup), d’appartenance ethnique, le tout condensé, mixé, et ma foi, le mélange fonctionne, on passe un bon petit moment. Soutenue par un graphisme simple (qui n’est pas sans rappeler le style actuel de certaines BD indépendantes, mais en colorisé), la BD nous emporte à 1 000 lieue de nulle part, mais c’est agréable.

Autant ne pas vous le cacher, c’est totalement barré, comme écrit sous ecsta, et bourré de métaphores. Mais l’histoire est bien ficelée, et les quelques minutes (une demi-heure, pas plus) que l’on vole pour parcourir ce petit OVNI sont un réel délice, comme un grand verre de sirop-fraise. C’est simple, mais c’est bon.

Pour info :
Gallimard Jeunesse, collection Bayou, 128 pages

Publié dans Le mot du jour

Le mot du jour

Et re-bonjour !

Me revoici, non pas pour je ne sais quel mot farfelu, mais pour le mot du jour, celui que vous trouverez dans le dico. Enfin, les mots pour aujourd’hui…

Les mots du jour : emmener/amener
emporter/apporter

Histoire de rompre tout malentendu. Parce que même moi je me mélange, et qu’il est temps d’utiliser les mots pour ce qu’ils sont. Combien de fois ai-je entendu : « ok, je viens manger chez toi, mais j’emmène le dessert ! ». Mpf, allez, remettons de l’ordre dans tout ça !

Emmener suggère que c’est une personne (donc capable de se déplacer par ses propres moyens, mobile quoi) que l’on mène avec soi, n’importe où, la destination importe peu..
Exemple : Je sors, j’emmène les filles avec moi (je suis chez moi au moment où je parle).
Amener suggère toujours que c’est une personne que l’on mène, mais implique aussi le fameux point B, on amène à soi. La personne qui parle se trouve au point de destination. Aussi, en toute logique, ne devrait-on pas dire « j’amène ». L’objet (la personne amenée) est pour ainsi dire passive.
Exemple : Amène-moi ta sœur, je dois lui parler (l’interlocuteur est au point de destination, ma sœur et moi devons nous y rendre).

Emporter suggère que l’objet est inerte, on le porte avec soi. « On le prend avec soi en quittant un lieu » (dixit le TLFI), ce qui n’implique aucune destination précise.
Exemple :  Elle est partie (où ?) en emportant tous ses bijoux. / Plats à emporter (où, ça c’est notre problème).
Même notion d’objet inerte que l’on porte, mais apporter implique que la personne qui parle se trouve au point de destination.
Exemple : il vient travailler à la maison ; je lui ai demandé d’apporter ses cours.

Maintenant, ne manque plus que votre attention lorsque vous parlez. Tournez votre langue 7 fois dans votre bouche, vous aurez le temps d’y réfléchir.

Publié dans Le mot du jour, Mon mot du jour

Mon mot du jour

Et c’est parti pour une deuxième édition ! Ce mot du jour, c’est Estelle (ma Binôme) et moi qui l’avons fabriqué, suite à la visite du musée d’art juif de Berlin. Ne cherchez pas le rapport, parce que dans les boutiques des musées, tout n’a pas toujours un rapport avec ce qu’il y a dans le musée…

Le mot du jour : coufouillère (n.f.)

Qu’est-ce que c’est que cette chose ? Pas un animal, ni une serpillère… mais alors quoi ? Eh bien il s’agit d’un tout en un couteau-fourchette-cuillère. Les anglais ont déjà un mot pour ça : spork (spoon : cuillère, et fork : fourchette, mais ils ont oublié le couteau, ndlr). Nous avons maintenant le nôtre ! Et si vous vous demandez toujours quelle peut bien être la différence entre ça et un couteau suisse, voilà la démo :

Exemple : chouette, un pique-nique avec salade, fromage et compote (pas à boire ; ou taboulet, plus facile à manger avec une cuillère qu’avec une fourchette) ! Heureusement que j’ai apporté ma coufouillère !
Synonyme : foucouillère.

Publié dans Le mot du jour, Mon mot du jour

Mon mot du jour

Une nouvelle rubrique, pour laquelle je m’élance sans filet… On a tous, un jour ou l’autre, fait l’expérience du mot valise. Bigard se laisse poustache, d’autres parlent de ripopourri… Bref, c’est drôle, ça dit bien ce que ça veut dire ! Ce midi, le déclic (l’idée avait germé il y a déjà quelques temps, à Berlin, avec ma binôme… mot de demain). Je crée mes propres mots (ou je note ceux qu’on me propose). Je veux moi aussi enrichir la langue française !

Mon mot du jour : slort.

Jules me dit ce midi en regardant passer les midinettes sur le Pont Royal : « celle-là, c’est un slip ou un short qu’elle porte ? » Bonne question en effet, puisqu’avec la mode de l’archi court, on a du mal à faire la différence entre les sous-vêtements et les vêtements qui sont censés les dissimuler. Comment appelle-t-on ces micro-shorts alors ? Eh bien un slort pardi ! Mi-slip, mi short.

« À ne pas confondre avec slut » (salope en anglais, ndlr), me précise mon chéri, « même s’il faut parfois être un peu slut pour porter un slort« . Le sage a parlé.

Exemple : Tiens, il fait bien chaud, j’ai très envie de dévoiler la totalité de mes jambes… si je mettais mon slort !
Synonyme : shlip.

Publié dans Le mot du jour

Le mot du jour

Bonjour à tous !

Je cherchais une motivation pour continuer cette rubrique-là. Eh bien, l’exemple de ce midi en est une parfaite. Un débat autour d’un mot, et ce qu’il englobe (ou pas). Le meilleur, c’est cette seconde de flottement, juste avant que la page du TLFI ne s’affiche et affirme/infirme mes dires. Donc…

Le mot du jour : animal.

C’est un mot débile ? Alors, question : que classeriez-vous dans cette catégorie, bande de petits malins ? Les trucs à poils ? Le mammifères, bien, oui. Les trucs à plumes ? Les oiseaux, ok. Les trucs à écailles ? Poissons et reptiles, oui. Les insectes ? Les « fruits de mer » ? C’est là tout le sujet du désaccord. Que diriez vous ? Hum.
Figurez-vous que les insectes et les fruits de mer (pour lesquels on n’utilise cette appellation, à mon sens, que lorsqu’ils sont dans notre assiette) SONT des ANIMAUX. Car voici la définition que donne le TLFI : « Être vivant, organisé, élémentaire ou complexe, doué de sensibilité et de mobilité ». L’insecte, comme le crustacé ou le gastéropode, est vivant, organisé, élémentaire peut-être, mais doué de sensibilité et de mobilité, non ?
Toujours pas convaincu ? Le TLFI poursuit : « être animé privé de raison ». Ce qui nous amène à la connotation péjorative de ce substantif lorsqu’il désigne un homme. Bref.

Pas si évident, hein ?
Moralité : aucune, j’aime avoir raison.

Publié dans Le mot du jour

Le mot du jour

Bonjour bonjour !

Je vous prie, chers deux ou trois lecteurs qui lisez avidement mes billets inutiles, de me pardonner ces absences de plus en plus longues, ponctuées de courtes apparitions pas toujours très pertinentes. Pour ma défense, les mots que je trouve ne m’inspirent plus grand chose (plus le truc du « oh, c’est trop bien, faut que je leur dise ! »). Et puis, l’amour et le travail ne laissent pas beaucoup de temps et d’énergie pour le reste. Mais voici le survivor, le mot du jour !

Le mot du jour : gémination.

Alors celui-ci, c’est une aubaine. Je vagabondais comme une âme en peine sur Internet, à la recherche de mon mot. Celui qui ferait battre mon cœur et s’envoler mon esprit… Et boum, il est tombé. Je me suis dit, après un petit tour sur le TLFI, « allez, hop, je me lance ». Alors, qu’est-ce qu’une gémination ? Eh bien, fondamentalement, c’est un principe de paire. En botanique, c’est une disposition par paire (des pistils par exemple). On s’en fout.
Le second sens a attiré mon attention pour des raison personnelles, et il est pour toi ma Lou : en matière de chirurgie dentaire, une gémination est l’union anormale de deux dents. Tu vois, tu ne les aimes peut-être pas, mais elles ont un joli nom, la prochaine fois, tu pourras apprendre quelque chose aux imbéciles que ça fait rire !
Et puis, vous savez, cette façon archi-débile qu’on a de parler aux bébés : « qui qui a fait pipi dans la coucouche ? », « tu as vu la jolie fleu-fleur ? », « tu veux jourer à la baballe ? ». Bah, ça, ça s’appelle aussi la gémination.

Comme quoi, même les trucs les plus débiles ont un nom !

Publié dans Bouquinade, Roman

Le mec de la tombe d’à côté (Katarina Mazetti)

Un titre bizarre. Un truc qui, quand on le croise, nous fait l’effet d’une jolie fille dans la rue : on se retourne et on l’envisage, même distraitement. Le Mec de la tombe d’â côté, je l’ai croisé par hasard sur l’affiche d’un théâtre (oui, parce que c’est aussi une pièce). Je me suis dit « tiens, pourquoi pas ? » Et puis j’ai oublié. Le bouquin a recroisé ma route dans une librairie gay, au hasard d’une promenade nocturne dans les rues de Paris avec ma Binôme…

C’est l’histoire d’une rencontre. Celle de Désirée, bibliothécaire palote (voire fade), et Benny, fermier un peu rude. Elle a perdu son mari (avec qui ses relations étaient plus platoniques que passionnelles) et lui sa mère (qui s’occupait de toute son administration et de tenir sa maison). Plusieurs fois par semaine, ils partagent le banc du cimetière. Il la trouve agaçante et nunuche avec ses vêtement pâles et son bonnet en feutrine, elle trouve la tombe pleine de fioritures qu’il couvre de fleurs complètement ridicule. Et pourtant, un simple sourire va les rapprocher. Mais est-ce bien suffisant ?

Je l’ai dévoré. Je n’ai pas pour habitude de m’intéresser à ce qu’on appelle le « phénomène de la littérature nordique » ; de fait, je suis passée à côté de Millenium. Mais là, je ne sais pas… les critiques parlent de rapprochement malgré les « classes sociales ». C’est peut-être vrai. C’est ça, mais c’est aussi un point de vue féminin et indépendant et un point de vue masculin. Il ne s’agit pas de machisme ni de féminisme, mais de savoir comment intégrer à sa vie bien rangée, encombrée de petites habitudes et autres maniaqueries (dans les deux sens), les bibelots, horaires et autres points de vue du conjoint. Comment accepter l’autre. Est-ce un combat, celui qui gagne le plus de terrain sur l’autre ? Le problème dans ce couple, c’est que les concessions ne sont envisagées qu’à sens unique.

Le style est extra. Très oral tout en restant correct, on a vraiment deux témoignages différents, deux points de vue sur un même détail / événement / conflit. Deux points de vue sur la rencontre, l’amour et la vie. L’auteur utilise intelligemment ses deux plumes pour faire raisonner les voix totalement opposées de Désirée et Benny. On montre du doigts, on juge, mais au fond, nous aussi, on y réfléchit… À lire !
Pour info :
Actes Sud, collection Babel, 253 pages.

Publié dans Bouquinade, Roman historique

Mon enfant de Berlin (Anne Wiazemsky)

Une lecture longtemps repoussée, remise à l’agenda par mon cher et tendre qui m’a offert la version Folio (la Blanche* traîne quelque part chez moi).

 

Claire est la fille de François Maurillac, célèbre écrivain français. Mais être fille de, ce n’est pas ce à quoi elle aspire. Un peu par défiance, un peu pour assouvir son besoin de liberté, mais surtout pour combler ce vide dans sa vie, Claire s’engage en tant qu’ambulancière dans la Croix-Rouge française à la fin de la guerre. D’abord postée à Béziers, elle accepte de se rendre à Berlin. Elle sera chargée de retrouver et de transporter les français que l’on a envoyés de force en Allemagne, pour les soustraire au goulag russe qui les attend pour avoir servi l’ennemi. Berlin devient sa maison, sa vie. Elle y croise l’inattendu, l’amour, en la personne d’un jeune russe naturalisé français : Wia.

La première raison qui m’a poussée vers ce livre, c’est la mention de Berlin dans le titre. Parce que Berlin, c’est ma maison aussi. C’était pour moi l’occasion de découvrir cette ville que j’aime tant sous un autre jour. Et puis, en lisant, je me suis demandé : « c’est vrai tout ce qu’elle raconte ? ». Et en effet, Anne s’est inspirée de lettres de ses parents, Claire et Wia, du journal de sa mère et du témoignage de ses amies Plumette et Olga pour construire son récit.

Et parlons-en de ce récit. S’il perturbe le lecteur peu averti au début, par son aspect décousu, on y prend vite goût. Le style est léger, fluide, et le récit nous passionne pour la vie quotidienne, presque ordinaire, de ces petites personnes de l’Histoire. Anne, dans un entretien, nous fait part de ses recherches. Malgré tout, je trouve les descriptions de Berlin parfois un peu sommaires. Mais l’histoire en vaut la peine et on découvre les coulisses souvent ignorés (et évincés par la tragédie juive) de la vie des berlinois après la guerre… À découvrir.

Pour info :
Gallimard, collection Blanche, 247 pages
Gallimard, collection Folio, 260 pages
Entretien avec Anne Wiazemsky ici.

*La Blanche est une collection de chez Gallimard. La sobriété et les couleurs crème et bordeaux en sont la marque de fabrique (cf. couverture du bouquin).