Publié dans Bouquinade

Vango, tome 2 (Timothée de Fombelle)

Suite et fin des aventures de notre mystérieux héros. En refermant ce livre, des boum-boum plein le cœur (si si, j’assume), je n’ai pu que me demander : comment ? Comment a-t-il fait pour pondre cette OVNI ? C’est d’ailleurs la question que je lui ai posée, à laquelle il a répondu « on ne se rend pas compte de ce qu’on fait, c’est fait de petites avancées, on revient dessus, on assemble, et on se retrouve avec ça… »

À la fin du tome 1, nous avons laissé Vango aux côtés d’Ethel, sur le départ pour les États-Unis, à la poursuite de l’homme qui a tué ses parents. Son périple s’annonce long, et sa vie est menacée à chaque seconde. Dans cet univers où personne n’est vraiment ce qu’il semble être, fait d’identités secrètes, Vango comprendra qu’il est devant un choix difficile : s’entêter dans sa quête d’identité ou bien disparaître afin d’épargner la vie de ceux qu’il aime. Mais, bien qu’il ne soit pas spécialement philanthrope, la guerre qui gronde, la montée du fascisme, l’apparition de la résistance auront raison de sa retraite. Un voyage autour du monde, mais aussi dans le temps, au cœur de l’Histoire, des conflits politiques où nous guide le florilège de personnages qui gravitent autour de Vango.

Et encore une fois, on assiste à cette conjugaison parfaite de la grande Histoire – de cette Seconde Guerre mondiale si souvent traitée dans la littérature contemporaine – et de la fiction, la vie de Vango. Et, comme le jaune d’œuf sert d’émulsifiant dans la mayo (c-à-d. permet au corps gras et au reste des ingrédients de se mélanger), la griffe de Timothée de Fombelle est le petit coup de baguette magique qui permet à ces deux dimensions de porter les aventures de Vango. Une petite souris m’a dit qu’il manquait le bisou de la fin. Pas faux, mais après cette essoufflante course à la vie, la simplicité de la relation entre les personnages est une vrai bouffée d’air frais. J’aime !

Pour info :
Gallimard Jeunesse, collection Roman Ado / Grand format littérature, 400 pages

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

La Douane volante (François Place)

Depuis le temps que j’en entends parler, il fallait bien que je finisse par me forger ma propre opinion. Niune, ni deux, le bouquin est dans le bureau, j’en profite, je le subtilise et le rends aussi sec, ni vu, ni connu… Mais entre temps, j’aurais voyagé.

Gwen, un jeune garçon de 14 ans, vit dans un petit village breton. Malgré sa santé fragile, ses parents le poussent à travailler sur un bateau de pêche. Une tempête dont il ressort en piteux état lui vaut une toux permanente et incontrôlable, et le surnom de Gwen le tousseux. Bon à rien, Gwen part donc en apprentissage chez le rebouteux du village, que tout le monde craint (bien que chacun soit heureux de le trouver lorsque besoin est). À la mort du rebouteux, Gwen récupère sa maison. Un soir, alors qu’il dort, il entend le bruit d’une charette. C’est la grande Faucheuse qui vient le chercher, ça ne fait aucun doute… à son réveil, il se retrouve dans un pays étrange où une « Douane Volante », omniprésente, fait régner l’ordre d’une main de fer, et où on n’apprécie pas beaucoup les étrangers qui prétendent descendre de la charette de la Mort en personne…

Le voyage initiatique d’un jeune garçon à travers un pays aux mœurs étranges, l’histoire de rencontres, mais aussi l’occasion d’en apprendre plus sur soi. Personnellement, je me suis demandé, comme chaque personne qui a lu ce livre, où l’auteur pouvait bien vouloir en venir. Pas de grande quête, pas question de sauver le monde. Il s’agit simplement pour Gwen de rentrer chez lui, et la question que je me pose après coup est : pourquoi ? Rien ne le retenait en Bretagne, et même si ce monde étrange dans lequel il était arrivé peut paraître injuste, il réussit petit à petit à se créer une vie. Bref, on se rend compte à la fin que le but n’est pas tellement la chute du roman, mais le plaisir d’en parcourir les péripéties… À lire tranquillement couché dans son lit, sous ses petites couvertures.

Pour info :
Gallimard Jeunesse, collection Roman Jeunesse / Hors série littérature, 333 pages

Publié dans Le mot du jour

Le mot du jour

L’autre jour, je feuilletais mon petit Onomasticon pensivement, cherchant un mot qui ferait « tilt » (oui, parce que j’ai beau avoir laissé tomber cette histoire de rencontre due au hasard, je n’en cherche pas moins des mots qui émoustillent), lorsque je suis tombée sur ce mot. Il faisait parfaitement échos à un drame personnel que nous traversons en ce moment, ma famille et moi.

Le mot du jour : stellionat.

Qu’il est pourtant doux à mon oreille, ce mot scélérat (tiens, je chercherais bien ce qu’il veut dire, celui-ci aussi…). Il désigne tout d’abord l’action de vendre une chose qui ne nous appartient pas (ou la même chose à plusieurs acheteurs), en référence au stellion, ce lézard qui change de couleur, et a donné son sens au mot latin stellio, fourbe. Désigne également (version à vérifier) la connaissance du nom des astres et des constellations (rien à voir, je ne cherche même plus). Enfin, il désigne une retraite volontaire et momentanée, des vacances passées dans un lieu isolé.

Pourquoi donc ce mot évoquerait-il quoi que ce soit pour moi ? Eh bien parce qu’il y a quelques jours de cela, mes parents ont appris que notre maison de famille – que dis-je ? – notre sanctuaire familial, avait été cambriolé. Des souvenirs inestimables (une guitare vieille de plus de 30 ans, unique bagage encombrant les bras paternels lorsqu’il fit le choix d’abandonner son Yonne natale pour rejoindre la femme qu’il aimait, sans déconner), des milliers d’euros de matériel de musique (passion paternelle, là encore), électroménager, vinyles et j’en passe. Volés, arrachés des murs. Ces mains malsaines qui ont souillé notre toit et détruit ce qui était sur leur passage, qui revendront au plus offrant une vie de labeur dont nous avions décidé de profiter pleinement lors de nos réunions. La colère et l’incompréhension montent encore en moi lorsque je pense à ces fainéants de stellionataires (les coupables de stellionat) qui vivront quelques mois d’un butin que nous avions mis des années à rassembler.

Le pathétique est au rendez-vous, mais la tristesse est bien présente elle aussi. Le désarroi. Mais vous avez votre mot du jour, pas vrai ?

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Mathieu Hidalf, tome 2 : La Foudre Fantôme (Christophe Mauri)

Le tome 2 des aventures du jeune Mathieu (que nous avions laissé au lendemain de sa bêtise colossale dans le tome 1) que je ne peux résister à vous pré-présenter (merci les privilèges).

Je n’en dirai pas grand chose (motus et bouche cousue, au moins jusqu’à une semaine avant sa sortie), simplement que le résultat est… bluffant. Un second tour de magie, une étincelle de génie, ou de folie. Et ce petit quelque chose de malicieux et de généreux mais d’inavoué dans l’œil de Mathieu, comme dans celui de son « papa » (Christophe Mauri, ndlr), que les jeunes lecteurs ont pu rencontrer lors du salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil. Un grand merci à Christophe (et à ses éditeurs de chez Gallimard, si, si !). Et tenez-vous prêts pour ce second tome !

Me voici, en retard de deux bonnes semaines, comme à mon habitude. Certains le savent et s’y attendent, pour les autres, je vous présente mes plus sincères excuses…

Crédits couverture : Benjamin Bachelier,    © Gallimard Jeunesse

Nous retrouvons Mathieu, à la veille de ses 11 ans, et de son examen d’entrée à l’école de l’Élite, son rêve. Mais pensez-vous qu’il a lu la centaine d’ouvrages qui s’imposent ? Qu’il a révisé, travaillé ? Bien sûr que non, les Contes de la grand-mère édentée sont bien plus intressants ! Qui plus est, Mathieu a un plan : il va tricher, au vu et au su de tous. De courses dans les couloirs sombres de l’école en morts qui ne le sont pas vraiment, en passant par des prophéties et des secrets, des amours secrètes et des alliés inattendus, Mathieu, fidèle à lui même, nous entraîne dans sa quête à l’exploit.

Ce mot est sur toutes les bouches lorsque l’on parle de Mathieu Hidalf, mais peut-on trouver un meilleur épithète que « facétieux » ? Un gamin capricieux d’un égoïsme incroyable, mais si attachant, et dont les farces et les plans le servent autant, sinon plus, que l’intérêt général. Mais lorsque son héros, le capitaine de l’Élite, est en danger et que chacun de ses plans pour rester dans l’école se solde par un échec, Mathieu doute. Et si lui n’a pas toujours les idées qu’il faut au moment où il le faut, il sait utiliser les qualités, les forces et les faiblesses de chacun pour arriver à ses fins. Tant mieux si elles collent avec le bien du royaume, mais ce n’est que par hasard.

Une histoire drôle, pleine de rebondissements – et croyez-moi, quand je parle de rebondissements, c’est qu’on y croit à chaque fois – et de révélations. Une récréation après le métro, un sorbet en pleine canicule, un bain chaud après le ski. Bref, un roman rempli de bonne humeur, que je conseille autant aux enfants et aux ados qu’aux adultes qui ont gardé leur âme d’enfant (et aux autres aussi).

Pour info :
Gallimard Jeunesse, Roman Jeunesse / Hors série littérature, 352 pages

Publié dans Le mot du jour

Le mot du jour

Je me suis toujours dit que les plus belles rencontres étaient celles qui étaient dues au hasard, celles que l’on pouvait raconter à ses amis, à sa famille rien que pour le plaisir de voir s’agrandir leurs yeux et soupirer « c’est un conte de fée ». Mais le hasard est ce qu’il est. Il ne fait pas bien les choses. Il ne les fait pas mal non plus. Il ne fait que faire tourner le monde, prendre des décisions irréfléchies et totalement aléatoires. La seule force qu’il ait réellement est le temps qui passe, qui fait que les choses finissent forcément par arriver.

Alors pourquoi est-ce que je parle du hasard ? Eh bien, parce que je pensais que c’était la même chose avec ces mots étranges et fascinants. Je pensais que je devais les croiser dans leur contexte pour qu’il y ait un intérêt à vous les présenter, pour vous montrer que oui, ils existaient. Depuis quelques temps, je m’en étais désintéressée, et j’avais pris le cadeau que m’avait fait ma Binôme pour un présent empoisonné : une sorte de dictionnaire, Le Petit Onimasticon (aux éditions Tornade). Je pensais qu’il allait me rendre fainéante, qu’il allait fermer mon esprit aux éventuelles « rencontres » dues au hasard. Entre temps, le concept de ce « mot du jour » s’était essouflé pour moi. Et le revoilà qui s’affirme aujourd’hui, grâce à quelques encouragements innocents. Merci Binôme pour cette merveilleuse leçon : une rencontre provoquée peut être tout aussi belle à raconter. Tout dépend de la personne, et non des circonstances.

Bien, après cette interminable digression, je vais vous le pondre, ce mot du jour (qui a un air de vacances et un parfum de plage), rencontré dans Le Petit Onomasticon, justement.

Le mot du jour : arénation.

Grâce à mes cours de latin, je savais ce que ce mot signifiait avant même d’avoir lu la définition (trop fière !). On pratique une arénation… lorsque l’on enterre tout ou une partie du corps sous le sable ! Ce mot vient du latin arena – qui signifie sable, justement – et que l’on retrouve d’ailleurs dans le mot « arène » (dont la piste est recouverte… de sable !).
En parlant d’arène d’ailleurs, arénation désigne également le verdict que l’on rend d’un geste du pouce vers le haut (salut) ou vers le bas (mise à mort), comme le faisait Jules César au cirque qui se déroulait… dans l’arène.
Enfin, dernière définition (si quelqu’un peu m’éclairer, je ne vois pas trop le rapport, même si je l’aime bien aussi) : remise à l’eau d’un poisson que l’on a pêché, mais que l’on estime trop petit (???).

Enfin, moi, ce que j’en retiens, c’est que même étant gamine, je détestais l’arénation : tout ce sable qui vous rentre dans le maillot de bain… yeurk !

Publié dans Mon mot du jour

Mon mot du jour

Un mot qui va tout à fait avec le temps qu’il fait en ce moment ET avec le ressenti que j’ai de Paris les soirs de profonde dépression (oui oui, ça m’arrive). Un pléonasme à lui tout seul (comme monter en haut, descendre en bas…):

Mon mot du jour : groche.

Ca sonne tout à fait comme ce que ça veut dire : gris et moche. Comme je temps qu’il fait, comme le manteau que j’avais acheté chez Promod mais que j’ai ramené parce que, réflexion faite, ça n’allait pas. Comme les deux poches que j’ai sous les yeux ces derniers temps. En fait, quasiment tout ce qui est gris est moche, si vous me permettez une remarque dénuée de tout objectivité. Le béton. Ce manteau Promod. Le ciel. Et parfois mon humeur.

Remarque : ne pas confondre avec une météo neigeuse : le ciel est blanc dans ces cas-là !

Publié dans Bouquinade, Roman

La belle Adèle (Marie Desplechin)

On continue dans la lignée des Gallimard Jeunesse (je vais devoir arrêter, ou demander une augmentation… il m’en reste 3 ou 4 et ensuite, j’essaie de passer à autre chose). Je vous présente donc La Belle Adèle, sympathique roman sur l’adolescence et la difficulté de s’intégrer.

Adèle est une collégienne dont la réputation n’est plus à faire. Un peu garçon sur les bords, le maquillage, c’est pas son truc. Au contraire, son meilleur ami Frédéric – un jeune garçon dont les parents sont asiatiques et parlent à peine notre langue – est une tête en français et a tendance à se faire marcher dessus. Bref, ni l’un ni l’autre n’est vraiment intégré. Alors ils s’aident l’un-l’autre : elle le défend, il fait ses devoirs pour elle.
Leur petite routine leur va. Mais c’est sans compter sur la tante d’Adèle, qui aimerait en faire une vraie fille et lui offre une séance de maquillage pour son anniversaire. De là naît une idée : et si pour s’intégrer, Adèle jouait la fille et Frédéric son petit copain ? Les couple, eux, sont intégrés. Mais un battement d’ailes de papillon peut faire naître un raz de marée. Et de petit mensonge en séance photos improvisée, leur vie ne sera plus la même.

On ne peut pas s’empêcher de l’aimer et de la trouver agaçante cette Adèle. Une ado, une vraie. Parce qu’il y a plusieurs type d’adolescentes. Elle est loin des chichis et des trucs entre filles, bien qu’elle soit fille unique d’une mère célibataire. Une bonne partie des jeunes lecteurs se retrouveront dans ce sentiment de malaise, cette sensation de n’être à sa place nulle part. On est loin de la caricature, même si les traits de caractère des deux adolescents sont poussés à leur paroxysme. Ils sont plutôt deux représentants de leur génération.

L’écriture de Marie Desplechin a cela d’original qu’elle est à la fois très universelle, mais aussi générationnelle. En nous replongeant dans nos années collège, elle remue nos souvenirs de jeunes ados complexés, mais elle nous montre aussi l’écart qui peut exister entre une génération de jeunes comme la mienne (collège d’il y a dix ans) et celle d’aujourd’hui. Et c’est là son tour de force. La fin est un peu abracadabrante ou alors expédiée, mais c’est ça qui a coincé pour moi. Bref, à faire lire aux collégiens, ça risque de faire mouche !

Pour info :
Gallimard Jeunesse, collection Romans Junior, 154 pages (8,50€)

Publié dans Le mot du jour

Le mot du jour

Et c’est le grand retour !

Voilà bien longtemps que le mot du jour n’avait pas fait son apparition parmi les billets (irréguliers en ce moment, je vous l’accorde) du blog. Eh bien, le voici le voilà, tout juste aperçu dans un livre qui sera bientôt chroniqué ici : Le Combat d’hiver, de Jean-Claude Mourlevat. On peut dire qu’il tombre à pic !

Le mot du jour : prognathe.

Et pour fêter ce grand retour, je vais vous laisser imaginer la définition de cet étrange mot (que je connais, moi, hi hi). Ce qui est drôle, c’est de ne pas tricher, c’est-à-dire dico interdit ! J’attends donc vos propositions, et surtout amusez-vous, après tout, au final, la définition tombera !

À vous de jouer !

Le mot a été laissé en suspens un peu longtemps (je vais m’acheter un pense-bête). Voici donc la définition qui tombe : il s’agit d’un trait physique s’appliquant au visage. Un visage prognathe est une bouille à la forme particulière, à savoir que les mâchoires (en particulier la mâchoire inférieure) sont saillantes, plutôt en avant.

Pour certains singes dont les dents sont en avant et le menton fuyant, on peut également utiliser cet adjectif. Mais là où il prend tout son sens, je veux dire là où il est utilisé au sens littéral du mot (pro– en grec veut dire « en avant », et gnathos signifie « mâchoires »), c’est lorsque l’on parle de certains insectes dont l’orientation de la tête est un prolongement de son corps (qu’elle n’a pas de cou). Le TLFI dit : « lorsque les pièces buccales (les mandibules,  la bouche) sont placées au-devant de la tête ». Moi je dis : comme chez 90% des insectes, où voulez-vous qu’elles soient ?

Bref. Beaucoup d’attente pour pas grand chose.

Publié dans BD, Bouquinade

Le Viandier de Polpette (Olivier Milhaud / Julien Neel)

Et c’est parti pour un second round !

On change de registre avec cette fois une bande-dessinée, un petit coup de cœur perso, et une bouffée d’air frais : le tome 1 du Viandier de Polpette : L’ail des ours.

L’auberge du Coq Vert est un endroit paisible où clients et personnel vivent ensemble dans une parfaite harmonie. Polpette, le cuisinier, Alméria, l’employée survoltée et sa bande de furets, Fausto, le délicat propriétaire des lieux, ont construit leur petit paradis. Mais le jour où Fausto apprend que son père, qu’il n’a pas vu depuis plus de 10 ans (et qui n’a jamais eu, soyons honnêtes, de geste paternel après la mort de sa mère), vient lui rendre visite, c’est la panique. Et il ne vient pas seul : il est accompagné de ses cousins, des brutes épaisses que Fausto n’aime pas du tout. Un complot est sur le point d’être déjoué, dans la bonne humeur du Coq Vert…

Quel titre étrange me direz-vous. Certes. Mais le bouquin est truffé de recettes illustrées de coktails, de sandwichs parfumés, de plats simples au final. On parle donc ici de viandier comme on parlerait d’un herbier. Et ces petites touches gourmandes qui ponctuent l’histoire nous mettent l’eau à la bouche, et font de cette lecture oisive un plaisir des sens dans sa plus grande exhaustivité. On y reconnaît bien entendu le trait gracieux et léger de Julien Neel, le papa de Lou (oui, la petite Lou de la BD), qui fait de ce petit coin de paradis, et de cette histoire qui comme ça n’a l’air de rien, un délice. Bref, à lire !

Pour info :
Gallimard, collection Hors Série BD, 140 pages

Publié dans Bouquinade, Roman

Rien de grave (Justine Levy)

Amis du jour, bonjour !

Je continue sur ma lancée (je le sens bien là) et j’enchaîne avec un livre qui m’a été offert par ma précieuse amie Allyson (juste après une rupture, ça tombait très bien, et vous allez comprendre pourquoi).

Louise raconte sa rupture avec Adrien, celui qu’elle pensait être l’homme de sa vie, et la trahison de ce dernier avec la femme de son père, la mort de sa grand mère et le cancer de sa mère, l’absence d’un père qu’elle pensait pourtant être le pillier de sa vie, la descente aux enfers, les pseudo-solutions lorsqu’elle sent que l’amour fuit le regard d’Adrien, les soupçons. Et la guérison progressive, la cicatrice qui reste, pas bien grosse, mais là quand même, l’indifférence qui survit à cet amour trop fort. À trop se regarder l’un l’autre, ils n’allaient nulle part. Finalement, cette rupture c’est peut-être ce qui pouvait lui arriver de mieux.

Loin des récits mièvres de rupture, où la rage donne aux protagonistes des paroles fort inspirées chargées d’acides, mais néanmoins accrocheuses, il ne s’agit pas ici de s’appitoyer, mais d’exorciser. De raconter avec le recul, de revivre pour tenter de comprendre. Et surtout d’ouvrir les yeux. De voir ce que cache cette pseudo-perfection chez l’autre, de cracher la haine que les convenances nous empêchent d’éprouver. De dire ce qu’on aurait voulu dire. Et surtout de montrer. De montrer la douleur dans toute la simplicité de son horreur.

Le ton n’a rien de pathétique. Justine – parce que c’est bien d’elle qu’il s’agit, et de sa rupture avec celui qui deviendra le futur ex de Mme Bruni-Sarkozy – nous raconte sans nous épargner, avec le sang froid d’un chirurgien qui opère, les labyrinthes dans lesquels elle s’est perdue. Elle ne cache rien de ses déboires, de ses mensonges. Elle fait vivre son récit par un style lapidaire et épuré. Pas de déclaration grandiloquente, de regard dédaigneux, de pique bien trouvée, mais l’explosion de la colère pure, le chagrin dévastateur, et le calme de l’indifférence qui suit la tempête. Un bijou. Moi ça m’a guérie… un peu. À lire !

Pour info :
Stock, 194 pages
Perso, je l’ai lu chez Le Livre de poche, collection Littérature & Documents, 220 pages