Publié dans Mini-interview

5 questions à : Christophe Mauri

Amis du jour, bonjour !

Chose promise, chose due… Christophe Mauri s’est très gentiment prêté au jeu des 5 questions, sans rechigner malgré les nombreuses interviews auxquelles il a été soumis. Le tout avec une belle plume, s’il vous plaît ! Merci Christophe, à très bientôt !

L’interview des lecteurs sur le blog de Gallimard Jeunesse, cliquez ici.

1. On connaît tous plus ou moins ton parcours, mais histoire de resituer tout ça, est-ce que tu peux nous dire d’où tout est parti : depuis combien de temps tu écris, pourquoi ?
J’écris depuis la fin de mon année de 4e, au collège. À cette époque, il y a trois raisons évidentes qui m’y ont poussé. D’abord, une prof de français qui a eu une idée singulière. Elle a fait écrire à chacun des élèves, au fil des rédactions de l’année, un premier petit roman. Nous devions imprimer le texte, écrire une biographie, inventer une maison d’édition, bref : jouer le jeu jusqu’au bout. À la fin de cette année, la moitié de la classe voulait devenir écrivain…

La deuxième raison est ma plus belle lecture d’enfant : la déferlante Harry Potter. Lorsque j’ai commencé à écrire, le tome 4 frappait tout juste le monde du livre, comme un grand coup de tonnerre.
La troisième raison est liée à la simplicité de l’écriture : elle a l’immense avantage de ne nécessiter qu’un stylo et une feuille pour s’exercer. À treize ans, ce n’est pas un détail !

Et pourquoi pour la jeunesse ?
Il n’y a pas de raison particulière à mon choix d’écrire pour la jeunesse ; il n’y d’ailleurs aucune raison, seulement des envies. J’adore cette littérature ; je n’aime rien tant que de feuilleter les pages d’un album, dans une librairie. Il me suffit d’ouvrir un tome de Harry Potter pour ressentir la même émotion qu’à la première lecture. Et pourtant, j’ai écrit autant – depuis mes vingt ans – de projets pour les adultes que de projets pour la jeunesse. Je n’écris pour le moment que ce dont j’ai envie, et j’espère continuer longtemps à procéder de cette manière !

2. Comment est né Mathieu ? C’est quand même un personnage hors du commun qu’on ne rencontre pas tous les jours en littérature de jeunesse…
Merci de considérer Mathieu ainsi. À vrai dire, Mathieu Hidalf a eu deux naissances. Il est présent dans mes manuscrits depuis que j’ai treize ans. Mais il était alors un adulte charmeur, excellent escrimeur et provocateur. En grandissant, ce personnage ne me convenait plus. C’est alors que le vrai Mathieu Hidalf est né, celui qui compte le plus pour moi, celui qui briserait son ancêtre s’il devait l’affronter un jour.

Le vrai Mathieu est d’abord né de sa relation avec son père. Cet élément est essentiel à mes yeux. En dehors de l’intrigue qui structure la série, je pourrais écrire avec bonheur mille et une aventures du quotidien de ce personnage, de cette famille. Mathieu est un enfant que j’aurais aimé être : il est tout simplement insouciant, et cette insouciance le rend redoutable. Et quoiqu’il veuille grandir à tout prix, il a la liberté d’un Peter Pan.

3. Mathieu est un savant mélange de puérilité et de pragmatisme. Pourquoi avoir choisi de lui donner des armes pourtant réservées aux adultes (contrats, procès, etc.) ?
En réalité, je n’ai pas vraiment fait un choix. Mathieu tel qu’il est s’est vraiment imposé de lui-même. C’est sur cet équilibre entre puérilité et précocité que repose, à mes yeux, son personnage. Et le fait qu’il emploie les armes du monde des adultes renforce peut-être cette impression de précocité, tout en accentuant le ridicule des moments où il se comporte comme un enfant.

Bien sûr, M. Rigor Hidalf n’est pas non plus étranger à tout cela ; c’est lui qui, en voulant asseoir son autorité par des contrats, a donné à ses enfants les moyens de l’affronter.

4. La série devrait compter 5 tomes si mes renseignements sont exacts, et le troisième tome sera en librairie cette semaine. Est-ce que tu sais où va Mathieu ? Vas-tu le faire grandir, ou bien suit-on son évolution sur une courte période, comme pour les 3 premiers tomes ?
Pendant l’écriture du deuxième et du troisième tome de la série, j’ai toujours eu un œil posé sur les quatrième et cinquième tomes. En fait, je pense que je sais où va la série. En revanche, j’ignore complètement où va Mathieu Hidalf.

Il y a parfois dans l’écriture de petits riens qui font basculer un personnage, une action, un chapitre, un livre tout entier. Je pense que Mathieu grandira d’une année ou deux, mais qu’il restera très jeune. Mais peut-être que cette vision des choses évoluera.
En écrivant le tome 3, je ne pensais pas que Mathieu consentirait aux sacrifices auxquels il consent pourtant. C’est une des choses merveilleuses dans l’écriture ; depuis trois ans que je passe mon temps avec ce personnage, il finit par me mener par le bout du nez, et par me surprendre. Et j’adore être à l’orée du champ des possibles ; je sais qui est Mathieu, d’où il vient, ce qu’il est ; en revanche, je n’ai pas de réelles certitudes sur celui qu’il deviendra.

5. D’autres projets littéraires ?
J’ai beaucoup d’autres envies, que je garde en moi pour l’instant, parce que j’ai choisi de me consacrer aux aventures de Mathieu Hidalf. Mais j’espère que ces envies deviendront bientôt des projets !

Publié dans Bouquinade, Roman

Les quatre filles du docteur March (Louisa May Alcott)

Bonjour à tous, bonjour à toutes !

J’espère que vous avez été de bons lecteurs pendant mon absence et que vous avez bien acheté le dernier Mathieu Hidalf ! Ou bien la série si vous n’en aviez aucun. Bien, nous pouvons donc continuer notre petit bonhomme de chemin littéraire. Et cette fois-ci, pour un classique de la littérature de jeunesse… lu pendant les 22h de bus qui séparent Clermont-Ferrand de Berlin. Faut bien que ça serve aussi…

Sarakontkoi ?
États-Unis, pendant la Guerre de Sécession (deuxième moitié du XIXe siècle). Meg, Jo, Beth et Amy March ont entre 11 et 16 ans. Jeunes filles sans fortune, elles sont élevées dans une famille humble par une mère pieuse, patiente et aimante, tandis que leur père a pris le chemin du front. Pendant l’année qui s’écoule au fil du roman, chacune grandit et apprend de ses erreurs : la belle Meg tente de refouler sa coquetterie mal placée ; Jo, le garçon manqué, se lance corps et âme dans l’écriture et contrôle tant bien que mal son impulsivité ; Beth, toujours tendre et attentive, va pourtant combattre sa timidité maladive ; enfin, Amy apprend la patience et met de côté ses petits besoins personnels. Les amitiés, les premiers amours et les projets rythment cette année haute en couleur, qui scelle le destin de la famille March.

Tenpenskoi ?
Voilà un bout de temps que je voulais le lire ! La version cinématographique, avec Winona Ryder et Susann Sarandon entre autres, m’avait particulièrement touchée, et je m’étais entichée de cette chère Jo March, qui est encore aujourd’hui mon héroïne. Alors pour le coup, c’est le processus inverse qui s’est opéré : d’abord le film, ensuite le livre. J’avoue tout de même que j’avais peur que ma Jo soit différente sur le papier (oui, on sait à quel point Hollywood aime créer des personnages forts, parfois tirés à l’extrême). Qu’elle soit plus mièvre. De 1868 à 1995, il y a un monde et les interprétations changent beaucoup. Mais je dois avouer que je n’ai pas été déçue.

En revanche, ayant étudié un peu la littérature de jeunesse, je m’étais penchée sur les mécanismes moralisateurs des auteurs de l’époque… C’est un peu comme voir les fils des marionnettes, on capte consciemment un message censé être distillé dans l’inconscient collectif. On sent bien les petits discours sur la religion, la patience, la compréhension et la générosité. Mais on apprécie aussi les jeunes femmes de caractère que dépeint Louisa May Alcott, pleines de vie et de projets, des femmes indépendantes. Bref, un petit délice. Je vais plonger sur la suite (si je la trouve, parce que le tome 2, Les filles du Docteur March se marient, est pas facile facile à trouver…).

Pour info :
Gallimard Jeunesse, collection Folio Junior, 374 pages, probablement pas plus de 5,80€ chez votre libraire !

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Mathieu Hidalf, tome 3 : Le sortilège de Ronces (Christophe Mauri)

ATTENTION, AVANT-PREMIERE (sortie le 27 septembre).

Amis du jour, bonjour !

Je vous parle d’un lointain passé puisque nous sommes le 30 août et que vous ne lisez probablement cette chronique que le 20 septembre. Le privilège du métier (qui ne sera plus mien lorsque je publierai ce billet),  j’ai pu lire le tome 3 des aventures de Mathieu en avant-première. Comment vous dire que j’aime mon boulot… Dieu sait que j’ai dû tanner toute l’équipe pendant des jours (je salue la patience de mes collègues), et que j’en suis devenue monomaniaque… pas une nouveauté pour moi. En attendant sa sortie dans quelques jours, voici Mathieu dans sa troisième aventure. Et en sus, je vous poste dans pas longtemps une mini-interview de Christophe, qui a accepté de se soumettre au jeu des 5 questions.

Sarakontkoi ?
À la fin du tome 2, Mathieu venait de remporter son épreuve du prétendant et pouvait intégrer la célèbre et secrète école de l’Élite, non sans avoir au passage rafflé un Exploit (avoir fait sortir la Foudre fantôme de ses bois), ce qui lui épargnait l’épreuve suivante. Cette fois, ridiculisé en public par son père qui a annoncé son mariage prochain avec Marie-Marie du Chateau Boisé, Mathieu doit se cacher à l’intérieur de l’École, et ce une semaine avant la rentrée officielle, pour échapper à cette abomination. Mais un malicieux complot est sur le point de couper l’école de toute aide extérieure afin de détruire l’Élite de l’intérieur. La Foudre fantôme est menacée, et on compte un traître parmi les Élitiens…

Tenpenskoi ?
Mathieu laisse de côté ses soucis et ses complots puérils. Plus question de la « bêtise » légère du premier tome sur laquelle le royaume entier parie. Il est sur le point d’entrer dans ce monde des adultes auquel il veut tant appartenir de la manière la plus abominable qui soit : le mariage. L’amour, beurk ! Voilà, nous retrouvons notre petit garçon de 11 ans. Mathieu ne change pas, ses allégeances non plus. Mais il utilise toute son intelligence au service de son héros : le capitaine Louis Serra. Et comme les réflexions d’un enfant ne son pas celles que l’on attendrait pour sauver un royaume, on assiste à un délicieux mélange sucré-salé qui nous fait hurler de rire, mais aussi – et pour la première fois en trois tomes – pleurer.

Pleurer ? Oui, parce que même si on ne s’en rend pas compte, même s’il ne l’admet pas, Mathieu grandit, Mathieu mûrit. Je me suis dit « oh, non ! s’il mûrit, ça ne sera pas aussi drôle qu’avant ! ». Balivernes. Et c’est là le tour de magie de Christophe. Au-delà de la grandiloquence exacerbée de Mathieu, tant dans le drame que dans l’action, et sans même qu’il se l’avoue, Mathieu a peur, mais Mathieu est prêt à faire le sacrifice ultime. Un petit d’homme qui n’a pas froid aux yeux.

Pour info :
Gallimard Jeunesse, collection Hors Série Littérature, 400 pages (15€ chez tous les bons libraires)

Publié dans Bouquinade, Policier / Thriller

Vagabonde, tome 1 : Les voleurs de têtes (Hervé Jubert)

Amis du jour bonjour !

Je profite d’un vendredi RTT dans ma campagne (où j’ai enfin Internet, et donc le moyen de communiquer avec la civilisation) pour vous concocter une sympathique petite chronique sur le dernier Rageot Thriller que j’ai lu (merci Clour, c’est vrai qu’avec tous les cahiers, j’ai bien mieux compris). Et après, je retourne à mon boulot (pas de repos pour les braves).

Sarakontkoi ?
Billy Bird a 15 ans et une allure de piou-piou arc-en-ciel. Elle a un petit frère, Séraphin, petit ange blond légèrement démoniaque à ses heures. Son père a une profession peu courante : il est voleur professionnel. Or, il a disparu, ne lui laissant qu’un carnet d’adresses énigmatique et les clefs de la Vagabonde – alias le Vévé – une sorte de combi Volkswagen. Ni une ni deux, la voilà sur la piste d’antiques têtes de zodiaques chinoises en bronze sans lesquelles elle ne retrouvera pas son paternel vivant. Aidée d’Octave (un mystérieux étudiant en Art) et de son amour de petit frère, elle va tenter un sans faute, une course contre la montre entre les falaises à pic de Saint-Jean-Cap-Ferrat et les salles de vente aux enchères de Londres. Entre plans foireux et faux semblants, la missions s’avère périlleuse.

Tenpenskoi ?
Ma foi, voilà un texte qui ne manque pas de chien, bien sympathique et très drôle au demeurant. Parfois un peu tiré par les cheveux, mais l’auteur sait conduire son récit de manière à nous tenir serrés ; on a très envie de démêler le complot qui se trame entre le secret des salles de vente et les manoirs de richissimes manias de la robinetterie. Cela dit, je dois avouer que les personnages sont à mon grand regret un peu stéréotypés : le petit démon à bouille d’ange, la jeune-petite-frêle ado qui sort un peu du lot et qui n’a pas sa langue dans sa poche, et enfin le grand dégingandé estudiantin très secret. Surtout la petite mignonne au « yeux marrons avec des éclats dorés qui n’aime pas faire les soldes » en fait…

Le récit est à plusieurs voix, et j’ai parfois trouvé le changement de main un peu fastidieux, et lourd dans la manière de faire. En même temps, je me dis que je ne suis pas très indulgente parce que c’est une adolescente de 15 ans qui narre. Cela dit, certaines transitions n’étaient pas nécessaires. Pour ma part, j’ai comme l’impression que l’auteur a tenté de combler certains trous dans son intrigue en donnant la parole à d’autres personnages, et le point de vue interne de la jeune Billie (qui ne peut donc pas tout savoir) n’est pas assumé. Mais voilà, malgré tout, le résultat est là, j’ai envie de sauter sur le tome 2, que j’ai oublié à Paris (damned !). Courir après Billie, après Octave, après ces fameuses têtes en bronze, et parcourir les routes à bord du Vévé. Ca donne des envies de road trip. À goûter !

Pour info :
Rageot, collection Thriller, 224 pages, 9,90€ (à ce prix, on ne se prive pas de rendre une petite visite à son libraire adoré !)

Publié dans Mini-interview

5 questions à : Trevor Shane

Amis du jeudi soir, bonsoir !

Demain est notre dernier jour avant le week-end, le saint vendredi libérateur, annonciateur de grasse-matinée et j’en passe… Une nouvelle mini-interview, des plus enrichissantes puisqu’elle m’a permis d’ouvrir sur Enfants de la paranoïa (chroniqué il y a quelques jours) des yeux nouveaux. Si vous ne l’avez pas encore lu, j’espère que cette petite intrusion dans la tête de l’auteur guidera vos pas vers ce livre-là.

Tout a donc commencé avec ce conseil de Maëlle (pour rappel, c’est elle qui m’a tendu le livre en me conseillant de le lire). Et puis après ma lecture, et suite à ma réaction enthousiaste, elle m’a dit, comme si c’était la chose la plus évidente et la plus naturelle du monde : « bah, écris-lui, je suis certaine que ça lui fera plaisir d’entendre que son travail t’a plu. » Ni une ni deux, je saute sur mon clavier, et me fends d’un mail élogieux. Et figurez-vous que la magie opère ! Quelques jours plus tard, le voici qui me répond (du fin fond de son New Jersey, USA) qu’il sera heureux de se prêter au jeu de la mini interview. Et pour le coup, il n’a pas fait les choses à moitié ! Je laisse donc la parole à Trevor…

1 – Trevor, ma première question, assez bateau, mais elle nous aidera à cerner l’auteur (toi!) : depuis combien de temps écris-tu ? Pourquoi ?

J’ai toujours raconté des histoires, et j’écris depuis que je suis tout petit mais, jusqu’à Enfants de la paranoïa, je ne partageais ces histoires qu’avec mes amis. Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours voulu être écrivain, mais j’ai toujours pensé qu’il était important de vivre et d’expérimenter des choses avant que ce soit possible. Certains auteurs peuvent griffonner des histoires qui trouvent un échos chez les lecteurs avant même d’avoir réellement vécu et « expérimenté ». Je ne suis pas de ceux-là. Et puis j’ai eu 30 ans, et je me suis dit que j’avais vécu une portion assez substantielle de ma vie ; là, l’idée de Enfants de la paranoïa m’a frappé et je me suis dit : « ça y est, j’ai enfin une idée qui vaut le coup d’être partagée avec le monde. »

2 – D’où te vient cette idée d’une guerre secrète – dans laquelle les notions de Bien et le Mal ne sont pas si nettement délimitées ? Essayais-tu de remettre en question ces notions, notre Morale ?

Tout a commencé avec les personnages en fait, ou tout du moins avec Joseph, le personnage principal. Je voulais construire une intrigue autour d’un tueur, tout en amenant les lecteurs à s’identifier à lui. Le seul moyen que j’aie trouvé pour en arriver à ce résultat a été de lui faire croire que ces meurtres étaient justifiés. Cela dit, ce que je voulais éviter à tout prix, c’était une bataille du Bien contre le Mal, donc sans l’ambiguïté morale qui existe dans notre monde. Dans le monde réel – contrairement aux livres tels que Harry Potter ou bien les films tirés de comics (bien que ceux-ci soient très bien aussi) – on trouve rarement des méchants qui se voient en tant que tels. Dans le monde réel, il est rare que quelqu’un se voie autrement que comme le héros.

3 – Pourquoi as-tu choisi de fixer ces trois règles ? Que représent-elles ?

Les règles sont fixées parce que toute guerre a besoin de limites arbitraires. J’ai toujours été fasciné par les règles de la guerre parce qu’elles n’avaient jamais fait sens pour moi, avant. Comment une guerre, qui voit deux parties s’entretuer, peut-elle avoir des règles ? Cependant, en écrivant Enfants de la paranoïa, le but de ces règles m’est apparu. Elles sont faites pour permettre aux participants de ne pas devenir fous, de garder les pieds sur terre. À partir du moment où on ordonne à quelqu’un d’enfreindre le plus basique des commandements humains et de tuer un autre être humain, qu’est-ce qui va l’empêcher de faire n’importe quoi après ? Les guerres ont besoin de règles, pas parce que les règles sont morales, mais parce que sans elles, le monde sombrerait dans le chaos. Bien entendu, dans Enfants de la paranoïa, il y a aussi la question sous-jacente de savoir si les règles ne sont pas simplement là pour perpétuer la guerre elle-même, la garder secrète, et s’assurer qu’il y aura bien des générations dans le futur qui continueront à combattre.

4 – Toi-même, connais-tu les raisons de cette Guerre ? Vas-tu les expliquer dans un autre tome, en expliquer les enjeux ?

Comme tu le sais, Enfants de la paranoïa est écrit comme un journal par un des soldats qui prennent part à cette Guerre (Joseph, ndlr). Par conséquent, les lecteurs ne savent que ce qu’il sait, et ne découvrent que ce qu’il découvre. À un tel niveau personnel, ce qui importe n’est pas comment la Guerre a commencé, mais pourquoi chaque individu continue à se battre. En y regardant bien, dans un grand nombre de conflits dans le monde, il n’est pas rare que les soldats ne connaissent pas le but ultime de la guerre, mais ils peuvent tous te donner une raison pour laquelle eux ont choisi de se battre. En ce qui concerne Joseph et ses amis, ils se battent pour se venger, et parce qu’on leur a dit que c’était pour une noble cause.

Cela dit, au fil de la trilogie, j’espère étancher la soif des lecteurs quant aux origines de ce conflit.

5 – Celle-ci est en lien avec la précédente, mais tu nous laisses sur un cliffhanger (une fin qui n’en est pas vraiment une)… prévoies-tu d’écrire une suite ? De nous raconter le combat de Maria, et de nous dire si cette Guerre peut finir ?

Enfants de la paranoïa est le premier volume d’une trilogie (le second volume sort aux USA en avril, mais je ne connais pas sa date de sortie en France). En ce moment, je suis en train de finaliser la première version du troisième tome. Le deuxième et le troisième volume vont souvent dans une direction attendue par la plupart des lecteurs je pense (ou du moins je l’espère, j’ai tout mis en œuvre pour ça), mais il y a également un bon nombre de surprises tout au long de l’intrigue.

Voilà, à présent, je vous laisse sauter sur Enfants de la paranoïa, qui en vaut franchement la peine ! Merci à Trevor, bien entendu, on se retrouve pour le tome 2 !

Publié dans Bouquinade, Utopie / Dystopie

La sélection (Kiera Cass)

Amis du jour, bonjour !
J’ai décidé de laisser une autre chance à la collection « R » de Robert Lafon. Alors, n’écoutant que les conseils de mon amie Cleo, j’ai saisi l’occasion qui s’offrait à moi pour lire un bon truc de fille. Et même que, cette fois, j’ai réussi à résister à la tentation de corner les pages qui contenaient des coquilles. Même pas une pliure, promis ! Oui, parce que j’avais emprunté le bouquin, mais aussi parce que (et Cleo, je t’aime) j’en connais une qui est complètement maniaque avec ses livres. Mais revenons à nos moutons.

Sarakontkoi ?
Dans un futur pas si lointain et après une crise économique dévastatrice, les États-Unis ont été rachetés par la Chine, non sans se battre et déclarer de nouveau leur intépendance. Désormais, il s’agit du royaume d’Illéa. C’est dans cette société faite de castes (de 1 à 8, 1 désignant la famille royale, 8 les castes les plus basses) qu’évolue la jeune America, une 5. Elle et Aspen, un 6 doivent cacher leur idylle, mais pour America, ça ne fait aucun doute, un jour, elle l’épousera. C’est sans compter sur la fierté du jeune homme, et sur la Sélection, une espèce de show-réalité pendant lequel le prince Maxon, l’héritier du royaume, devra choisir sa fiancée.

Tenpenskoi ?
Cleo m’a dit, en me tendant le livre soigneusement rangé dans une pochette transparente : « tu verras, c’est sympa. Une histoire de fille, et il va falloir que ça se développe dans le 2, mais c’est une belle histoire d’amour ». OK, le ton était donné. Et en effet, l’histoire est bien sympathique. Le thème dystopique du royaume puissant tombé, qui s’est reconstruit en une société parfaite organisée en castes, ça se digère bien. America est l’humble jeune fille qui se moque de ces castes et se préoccupe des êtres humains qu’elle a en face d’elle. Elle est généreuse et attentionnée, elle nous est ma foi fort aimable. Et puis, le côté peste-pousse-toi-de-là-que-je-m’y-mette des filles sur fond de télé-réalité, c’est pas mal. Un peu une version romancée du Bachelor.

En bref, on termine le livre avec assez peu d’infos sur le complot principal, un peu mis au second plan au bénéfice de la romance : les attaques rebelles sur le palais, visiblement à la recherche d’une chose dont on ignore tout (jusqu’à sa nature). Donc oui, on espère que le « niveau » du roman va décoller et que les personnages vont prendre un peu d’épaisseur. Mais le tome 2 me tente, c’est déjà ça. Pas grand chose à dire, lisez-le, ne le lisez pas. Pas un indispensable, mais distrayant.

Pour info :
Robert Lafon, collection R, 360 pages, 16,90€ chez votre libraire

P.S. : Le Publishers Weekly, journal américain, a comparé La Sélection à Hunger Games (chroniqué ici). Ca n’a rien de comparable, et les similitudes s’arrêtent au royaume-déchu-qui-s’est-relevé, où règne sous l’apparente paix une réelle injustice sociale. Après, Hunger Games est plus profond, ses personnages plus creusés, et la lecture se fait sur plusieurs niveaux. La Sélection est bien plus léger.

Publié dans Le mot du jour

Le mot du jour

Amis du soir, bonsoir !

Les grosses chaleurs ont fait leur apparition (furtive, ou cela va-t-il durer ?), et avec elles, les activités de saison : piscine, plage, bronzette et autres jeux d’eau, peinture… peinture ? Oui oui, par 43°C, certains font de la peinture dans leur appartement. Alors je remercie mon popa – et pas seulement parce que c’est lui qui m’a donné ce mot du jour, mais parce qu’il a pris un week-end pour venir peindre chez moi – ainsi que notre acolyte du rouleau, j’ai nommé Maëlle.

Le mot du jour : réchampir.

« Les murs sont prêts, vous pouvez commencer à peindre… arrêtez-vous avant le plafond, je m’occuperai de réchampir. » Récham… quoi ? Mon papa a alors pris un air docte, ravi d’apprendre à sa fille chérie, qui ne sait absolument pas se servir de ses dix doigts, que réchampir, c’est « passer doucement la brosse (pas le pinceau, ça c’est pour Picasso, pas pour les peintres en bâtiment) le long de l’arête d’un mur pour ne pas dépasser sur le plafond » (ça marche aussi le long des arêtes de portes, ou des angles quand on n’a pas mis de scotch). Ah, d’accord ! Et sur ce, minutieusement, il joint le geste à la parole.
Le TLFI, lui élargit un peu : « Faire ressortir les ornements du fond sur lequel ils sont peints, soit en en marquant les contours, soit en les peignant d’une couleur différente de celle du fond ».

Moi, la seule chose que je veux retenir de tout ça, c’est ce que mon popa a dit… parce que mon popa, c’est lui le plus fort !

En voilà un autre qui aime les mots… mais repassez par ici quand même !
http://jclat.typepad.com/think/2005/05/rechampir.html

 

Publié dans Le mot du jour

Le mot du jour

Amis du soir, bonsoir !

Voilà longtemps que je n’en avais pas posté (vilaine moi), mais j’avoue que je suis à court de temps (et de filtres à café soit dit en passant…). Et pour la reprise, un mot sympa (il faudrait que je les note, je vous dis pas le nombre de mots dont je pense qu’ils feraient un bon mot du jour, mais que j’oublie !).

Le mot du jour : glabelle.

Allez, je vous la fait courte, je dois aller bosser. La glabelle vient du latin glabellus, qui désigne un endroit où il n’y a pas de poils. La glabelle, chez nous les humains, c’est cette zone normalement non-poilue entre les sourcils… en général là où vous avez mal à force de les froncer.
Et saviez-vous que la petite touffe de poils qui pousse sur la glabelle, donc entre les sourcils, s’appelle la taroupe ? Bah maintenant, c’est fait. Pour votre prochain RDV chez l’esthéticienne, vous pouvez demander demi-jambes, aisselles, lèvre et taroupe… 😉

 

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Enfants de la paranoia (Trevor Shane)

Amis du jour, bonjour !

Je commence avec l’info OSEF (= on s’en fout) du jour : j’ai fait une dictée. Une dictée de grand, super difficile ! J’ai fait des fautes, mais je suis assez fière de mon résultat. Bon, le bulletin info perso étant clos, passons au petit chef-d’œuvre que m’a conseillé ma très chère amie Maëlle.

Sarakontkoi ?
Joseph, la vingtaine passée (23 si ma mémoire est bonne), est un assassin professionnel. Depuis l’âge de 16 ans, il est engagé dans une guerre invisible entre le Bien (son camp) et le Mal (les autres), endoctriné pour chasser et haïr le camp adverse. La Guerre a des règles. Trois : on ne tue pas les innocents (ceux qui ne sont pas engagés dans la Guerre), on ne tue pas les enfants de moins de 18 ans, on ne fait pas d’enfants avant 18 ans. Mû par un besoin de vengeance après la perte de ses proches, Joseph parcourt le pays de mission en mission. Mais une rencontre peut tout changer…

Tenpenskoi ?
Absolument délicieux ! À peine avez-vous mis un pied dans le roman que vous êtes aspirés par une spirale infernale, de froides certitudes d’abord, puis de doutes et enfin de courses-poursuites. Le Bien et le Mal se veulent tranchés, et les camps se sont tous deux déclarés du côté des gentils. Les complots se tissent, et les liens aussi. Des liens au-delà de la raison, des liens qui font s’écrouler des murs de certitude. Joseph n’est pas le gentil. Il n’est pas l’anti-héros non plus. Ni naïf, ni particulièrement intelligent. Il est ce que vous et moi serions, fait ce que vous et moi ferions si nous avions pris part à cette guerre. Et Maria… Maria est un bonbon acidulé, coloré, piquant, qui nous file un coup de fouet, un courant d’air en été.

En voyant la couverture, je me suis dit « diantre, que m’a-t-on ramené là ? ». Je n’osais pas vraiment dire à Maëlle que le genre vieux polar kitch n’était pas mon truc (oui, la couverture jaune et noir, la typo, tout ça, franchement, ça m’encourageait pas). Et puis, j’ai commencé à le lire, et il m’a accompagnée pendant mes voyages en RER. J’ai appris à aimer Joseph, Maria, et à vouloir protéger avec eux leur secret. J’ai été particulièrement touchée par la scène finale. Il devait y avoir une suite, mais à l’heure où je vous parle, rien n’est moins sûr. J’aimerais pourtant que vous le lisiez, et que, comme moi, vous parcouriez le chemin qu’a fait Joseph, qui questionne notre morale. Tuer, être tué, ou bien… ?

Soit dit en passant, rapport à mon dernier billet, celui-ci, vous pouvez le prendre dans votre sac de plage !

Pour info :
Michel Lafon, 368 pages, 19,95€ chez votre libraire adoré (ou dans le point relay de votre gare / duty free)

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

La Couleur de l’âme des anges (Sophie Audoin-Mamikonian)

Chers amis bloggeurs/lecteurs,
Me voilà de retour de vacances, officielles pour ce qui est du travail, officieuses pour mes lectures et mes billets ici. Mais me revoilà. Vous, par contre, êtes très certainement en train de siroter un coktail au bord d’une piscine, ou de vous tartiner de crème solaire, ou peut-être même de surfer sur le net à la recherche d’un plan pas cher de dernière minute… ce qui vous amène peut-être fortuitement ici. Pour ma part, je m’en vais vous parler d’un livre que vous… ne devriez pas mettre dans votre valise.

Sarakontkoi ?
Jeune prodige de la finance, Jérémy est sauvagement assassiné. Devenu un ange, il essaie de comprendre pourquoi et de se faire à cette nouvelle vie, où les anges se nourissent… des sentiments humains. Chaque sentiment a sa couleur et le caractère et la couleur des anges dépend des sentiments dont ils se nourissent (pour la faire courte, les bons sentiments sont plutôt bleus, les autres plutôt rouges). Jérémy tente de protéger Allison, qui a été témoin de son meurtre. Mais était-elle là par hasard ? Et comment la protéger alors qu’il ne peut interagir avec elle ? Aidé de personnages hauts en couleurs, il s’efforce de la garder en vie. Parallèlement, c’est aussi l’avenir du monde des vivants qui est en jeu, et les magouilles politiques pleuvent entre les anges rouges (les méchants) et les anges bleus (les gentils) pour obtenir le légitime pouvoir d’influencer, pendant la décennie à venir, le sort de la planète.

Tenpenskoi ?
Les personnages n’ont aucun reflief, j’aurais pu écrire sans les lire chaque réplique. Le déroulement est sans surprise et la banalité est déconcertante. Le style est plat, parfois lourd – notamment à cause de l’utilisation constante de périphrases qui sont invariablement les mêmes – et il reste des coquilles. Le héros meurt au début (je ne spoile pas, c’est la première scène), et toute une pseudo-enquête parcourt le livre. Mais le chemin labyrinthique des réflexions des protagonistes ne m’a pas emportée. Le gentil gagne toujours, il est très intelligent, il est un élu, bref, rien de bien surprenant. Les coups de foudre pleuvent et vas-y que je te tombe amoureux, youkaïdi-youkaïda. Cela dit, l’idée de départ aurait pu être bonne, mais même là, sans exemple à l’esprit, je n’ai en tête qu’un sentiment de déjà-vu.

Comme je le disais, lui accorder une place dans votre valise serait pour moi une perte de temps et d’espace. Je n’ai pas l’habitude de descendre des livres en flèche, mais pour le coup, j’ai l’impression d’avoir perdu mon temps et mon argent. D’ailleurs, je ne vous ai pas précisé qu’il s’agissait du premier tome d’une trilogie (je crois). Vous ne verrez pas les suites ici en tout cas. Cela dit, comme je suis bonne joueuse, je vous passe deux critiques, l’une élogieuse, l’autre mitigée :

Les rats de bibliothèque
Carnet de lecture et autres futilités

Pour info :
Robert Laffont, collection R, 447 pages (18,15€ en librairie)