Publié dans Bouquinade, Roman

Sauvage (Jamey Bradbury)

Ami du jour, bonjour !

On change de registre aujourd’hui, et on repart sur les grands espaces (tu te souviens, je t’avais parlé de ce besoin d’air frais, de balades en forêt, avant même le confinement). Et pour le coup, on fait pas semblant. C’est un roman que j’ai failli acheter l’an dernier, mais la libraire m’avait mise en garde sur le contenu, disons, peu conventionnel du bouquin. À la place, et histoire de rester chez Gallmeister, j’avais acheté Fay, de Larry Brown. Mais là, Audible l’ayant mis en avant, je me suis dit : « l’occasion, le larron, toussa toussa… » Me voilà donc partie vers les grands froids de l’Alaska !

sauvage_bradbury.jpg

Sarakontkoi ?
Trace est une adolescente de 18 ans. Elle vit avec son père et son petit frère. Sa mère est décédée dans un accident de voiture il y a peu. Trace vit également avec des chiens de traineaux. Mais depuis la mort de sa mère et son exclusion de l’école, les chiens restent dans la cour, et il n’est plus question de sortir les traineaux, encore moins de participer à des courses. Trace a un secret, un secret qu’elle partageait avec sa mère. En buvant le sang d’un animal, elle peut voir à travers ses yeux, le comprendre. Sa mère lui a fait promettre de s’en tenir aux animaux, de ne pas faire couler le sang d’un humain. Mais une rencontre dans les bois bouleverse l’équilibre fragile que Trace tente de construire.

Tenpenskoi ?
J’ai déjà évoqué avec toi le roman d’ambiance. C’est exactement ce dont il s’agit ici. Le roman est fait d’aller-retours dans le temps, un savant tissage de souvenirs, de sensations, et de présent. Le personnage de Trace a développé un lien très particulier avec la forêt, avec la nature sauvage. La chasse, le grand air sont des besoins vitaux pour elle. Et s’il est vrai que le roman évoque un rapport au sang très particulier, il n’en est pas gore pour autant. Il n’est pas question de vampirisme ou de canibalisme. Simplement du sang en tant que vecteur de vie, de mémoire, d’instinct.

Au premier abord, le lecteur pourrait faire une grimace écœurée, et c’est probablement ce que vous avez fait à la lecture de cet article (si si, ne mentez pas !). Mais j’ai trouvé que c’était au contraire un très beau cri identitaire, quelque chose de profond, de plus profond que ce que nos cultures occidentales ont puritainement voulu souiller. Le caractère de Trace est sauvage comme celui de Buck, dans L’Appel de la forêt, a pu l’être. Toutes les péripéties du livre ne font que la reconduire vers chez elle, vers ce foyer où elle ne peut vivre que seule, et en harmonie avec son environnement, au-delà de toute considération sur l’humanité. Je ne relirai pas ce livre, parce que je n’en ai pas besoin. Je garde en moi la sensation qu’il a fait naître, et ça me suffit. Mais si tu te sens de taille à affronter les grands froids de l’Alaska, et surtout si tu penses pouvoir suffisamment ouvrir ton esprit, je te conseille Sauvage

Pour info :
édition Gallmeister, collection Totem, 336 pages, 10€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Fondation (Isaac Asimov)

Ami du jour, bonjour !

Causons peu, causons bien ; comme tu le sais, nous sommes dans une situation un peu spéciale à la librairie, puisque nous avons été réquisitionnés pour bosser au Drive. Depuis quelques temps cela dit, notre responsable ayant remarqué que nous dépérissions à vue d’œil, elle nous a autorisés à passer un peu de temps à la librairie, histoire de trier, ranger, réorganiser les rayons, et pour moi, réétiqueter tous les Pocket (merci Pocket). Ce sont donc de loooongues heures que je passe seule dans l’Espace Culturel, accompagnée, pour mon plus grand plaisir, de mes livres audios. Je prends le temps de découvrir des classiques, par exemple, des choses que je ne suis pas certaine de pouvoir terminer en lecture suivie, par manque d’intérêt ou de temps. C’est ce que j’avais fait pour Zola, notamment. Et là, j’ai découvert Asimov.

Screenshot_20200417_095015.jpg

Sarakontkoi ?
Les humains ont conquis l’espace, ils vivent maintenant sur des planètes dans différents systèmes solaires colonisés au nom de l’Empire. Si bien que beaucoup d’entre eux ne savent même plus sur quelle planète est née l’humanité. Le professeur Seldon, psycho-historien, prédit la chute de l’Empire, qui, tel un colosse aux pieds d’argile, emportera toutes les connaissances humaines dans sa chute. Pour éviter aux humains un âge sombre trop long (30 000 ans estime-t-il), il demande le droit de répertorier toutes les connaissances dans une encyclopédie. Mais il a un autre plan en tête : créer, au sein de ce géant empire, une micro-société, tout en prévoyant grâce à la psycho-histoire les grandes crises qu’elle va traverser.

Tenpenskoi ?
Eh bien je suis déroutée. Je m’attendais à une sorte de Space Opéra, une sorte d’utopie à la base de la création d’une micro-société dans laquelle on suivrait des personnages évoluer. Pas du tout, il faut voir plus grand… beaucoup plus grand ! Parce que le roman n’est pas construit à l’échelle d’un personnage, mais de générations différentes affrontant les crises prévues par Seldon sur plusieurs siècles !

Moi, je m’attendais à un roman. En fait, je dirais qu’il s’agit d’un essai psycho-politique novélisé. Je ne me suis pas renseignée plus que ça sur la question, mais en gros, Asimov, au lieu d’écrire un essai, a simplement écrit un roman avec des personnages mettant en scène son idée de l’Histoire, et de l’impact de la psychologie humaine sur les grands mouvements politiques et historiques. C’est très intéressant, le pouvoir de la religion, du commerce et de l’érudition sur une société. Asimov, en plus, ne porte aucun jugement sur la question. Tel l’historien, il se contente de reporter, d’observer. C’est ce qui rend ce livre si intéressant !

Mais encore une fois, ce n’est pas du tout ce à quoi je m’attendais. Le roman est suivi de quatre autres tomes je crois. Pour ma part, je vais m’arrêter là. Mais si le sujet vous intéresse, et que vous n’avez pas lu Fondation, je vous le conseille vraiment, parce que c’est une mise en application d’idéologies sur des personnages de roman, un genre d’expérience sociale… Bref, lecture intéressante.

Pour info :
Folio, collection Folio SF, 416 pages, 7.50€

 

Publié dans Bouquinade, Roman

Sans foi ni loi (Marion Brunet)

Ami du jour, bonjour !

Mars au féminin est passé sans que j’aie eu le temps de te parler de ma lecture de Sans foi ni loi… et au final, ce n’est pas plus mal. Pépite du Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil l’an dernier, j’ai tanné mon amie M., éditrice chez PKJ. pour qu’elle me l’envoie. Ce qu’elle a fait. Le problème, quand tu places beaucoup d’attentes dans un livre (ou autre chose d’ailleurs), c’est que tu es souvent déçu. Fut-ce mon cas ? Je m’en vais te le dire de suite !

sans_foi_ni_loi_brunet.jpg

Sarakontkoi ?
Ambiance braquage de banque au Far West. Abigail Stenson s’enfuit avec un sacré magot et se réfugie chez le pasteur local, un homme violent et strict. Afin de couvrir sa fuite, elle prend en otage son fils, Garett. Garett a 16 ans, il est introverti, usé déjà par les sévices paternels. Alors si au premier abord Ab le terrorise, elle finit par le fasciner. Leur voyage les mènera jusqu’aux racines d’Ab, et à la liberté de Garett. Mais tout a un prix.

Tenpenskoi ?
Sur le papier, c’est une super idée, nous raconter la vie badass d’une meuf badass, qui se conduit comme un mec, s’habille comme un mec, boit comme un mec. La nana qui gagne sa place au comptoir, dégaine plus vite que son ombre. Celle qui va ouvrir les yeux d’un tout jeune gamin et lui offrir la liberté. Ouaip, sur le papier c’est chouette. Et je dirais même que je n’ai pas détesté la fin, ce dernier quart de roman où tout s’emballe, où les personnages se révèlent, où ça tire, ça se bat, ça s’enfuit. Chacun courant vers son destin.

Mais et les 3 premiers quarts ? me demanderas-tu. Bah c’est… long en fait. Toutes les trois lignes, on te montre à quel point Ab est une femme forte, habillée en mec, solitaire, cachant ses sentiments. Et non seulement on te le fait comprendre, mais en plus, comme on est sur le point de vue subjectif du personnage de Garett, qui la trouve trop forte, bah on nous le dit. Et on nous le répète encore et encore. Ce roman, c’est un motel à Vegas avec un panneau clignotant qui dit « ceci parle d’une femme forte ». Au final, les personnages sont trop peu développés à mon goût, il ne se passe pas grand-chose, sauf à la fin, et cette initiation à la vie, cette leçon qu’une femme devait apprendre à un tout jeune garçon, et que j’attendais tant, bah je l’ai pas eue. Si, il a appris à tirer. Et même pas avec la nénette, avec un pote à elle. Bref, on a trop martelé le message, et le tout manque de subtilité mais pas de longueurs… c’est dommage, l’intention était honorable, ça manque juste d’approfondissement… j’ai trouvé ça bien mais pas top.

Pour info :
éditions PKJ.,  224 pages, 16,90€

Publié dans Bouquinade, Roman

L’Appel de la forêt (Jack London)

Ami du jour, bonjour !

Il y a quelques temps, nous sommes allés au cinéma, Chéri, mes parents et moi, pour se mater L’Appel de la forêt. J’étais pas franchement chaude parce que Jack London me fait un peu peur, je pensais que ça serait contemplatif… Mais l’amour de maman pour Harrison Ford l’a emporté. Ce que Mère veut… Et j’ai adoré le film en fait ! À tel point que je voulais presque adopter un chien, alors que je déteste les chiens ! Du coup, vu la taille du bouquin, je me suis dit « qu’à cela ne tienne, je vais me l’écouter, c’est pas bien long » (merci Audible).

appel_de_la_foret_london.jpg

Sarakontkoi ?
Buck est un chien de salon. Bien charpenté, aimé de ses maîtres, fier de sa position… or, dans le grand Nord, les chercheurs d’or paieraient cher pour un chien comme lui, assez fort pour tirer les lourds traîneaux dans la neige. Il se fait kidnapper (ou dognapper ?) et est embarqué malgré lui dans la plus grande aventure de sa vie ; de travail rude en maître violent, en passant par de paisibles marchands, Buck apprendra à renouer avec ses racines, avec son instinct, et entendra un appel qui vient du plus profond de lui. L’appel de la forêt.

Tenpenskoi ?
Je ne sais pas si avoir vu les images magnifiques du film y a fait (c’est probablement le cas), mais ce livre m’a fait l’effet un courant d’air revigorant. Je vous le disais dans un de mes derniers billets, en ce moment, j’aime ce qui me parle de grands espaces, de nature, d’instinct. Et là, on est pile poil dedans. London adopte le point de vue d’un animal, qui pense, réagit. Qui observe. On est sans arrêt en mouvement avec Buck, tantôt sur les routes enneigées du courrier, tantôt dans les forêts des cimes. Bref, on ne s’ennuie pas. J’ai d’ailleurs suggéré ce livre à un jeune collégien qui l’avait sur la liste que lui avait donnée sa prof. Lui qui n’aimait pas lire, il s’est laissé emporter, c’est dire !

L’édition que j’ai prise (la version audio d’Audible, qui proposait gratuitement des classiques sur une courte période) comporte également un épilogue de London, expliquant sa démarche. Il s’y défend face au président Roosevelt et John Burroughs, naturaliste de son état, qui l’accusent d’être un « maquilleur de la nature » prêtant aux animaux un instinct mais surtout une intelligence que Rossevelt et Burroughs nient. Toute sa réflexion sur le fait que les animaux raisonnent est extrêmement intéressante. C’est ce genre de considération, parmi beaucoup d’autres, qui a probablement mené à l’évolution du statut juridique, inscrit au Code Civil, que nous accordons depuis le 17 février 2015 à nos compagnons : l’animal est officiellement reconnu comme « un être vivant doué de sensibilité » et non plus comme un « bien meuble ». Du coup, quand on comprend la portée du roman, on y voit autre chose, et je pense le relire un jour avec le filtre de cette réflexion en tête. Bref, à lire, à relire, c’est court, c’est génial, ça cause de nos compagnons à poils… et allez voir le film, il vaut le coup !

Pour info :
Le livre de poche jeunesse, 192 pages, 4,95€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique), Policier / Thriller

Les Sept Morts d’Evelyn Hardcastle (Stuart Turton)

Ami du jour, bonjour !

Je te l’ai dit, en ce moment, je lis très lentement, et je m’endors quand je lis 3 pages. Heureusement, j’ai mon compte Audible, et je peux écouter mes romans dans la voiture… Celui-ci m’a été chaudement recommandé par ma collègue Camille (si chaudement que je l’ai commandé pour mon rayon à la librairie). Et voilà que j’ai passé mes après-midis à l’écouter !

les_sept_morts_evelyn_hardcastle.jpg

Sarakontkoi ?
Aiden Bishop se réveille au petit matin dans une forêt, amnésique, dans un corps qui n’est pas le sien, criant le nom d’une femme qu’il ne connaît pas. Il ne se souvient même pas de son propre nom. Il croise un personnage masqué qui l’informe que cette journée se répétera 7 fois, et qu’il la vivra dans le corps de 7 hôtes différents. Son objectif : trouver qui a tué Evelyn Hardcastle, et ce avant les autres hôtes envoyés dans la demeure de Blackheath, et bien entendu, avec la fin du 7e jour. Alors seulement, il sera libéré de cette boucle infernale et retrouvera ses souvenirs. Mais les apparences sont trompeuses et il se peut que son enquête l’entraîne sur un terrain qu’il ne souhaitait pas arpenter…

Tenpenskoi ?
Comme je l’ai expliqué au début de ce billet, ce roman m’a été conseillé par ma collègue, à la suite de quoi je l’ai commandé pour mon rayon. Et c’est en le recevant et en voyant cette magnifique couverture bleu nuit et fer à dorer (ça brillait quoi) que j’ai subitement eu envie de le lire. Mais j’avais peu de temps et une PAL qui ne désemplissait pas, bien au contraire. J’ai donc fait ce que je fais dans ce genre de situation : chercher la version audio, afin de pouvoir l’écouter en faisant autre chose.

Et je n’ai pas été déçue ! On peut se dire qu’une journée qui tourne en boucle, c’est long. Et répétitif. Aucunement, vous répondrai-je. Parce que des incidents qui se produisent au début du livre et qu’on ne comprend pas prennent tout leur sens au fur et à mesure de la lecture. Ce qui est dangereux avec ce genre d’exercice, c’est que l’auteur peut vite se perdre dans sa propre chronologie, semer des détails qu’il ne réutilisera pas (ce qui frustre le lecteur) et laisser des incohérences. Ici, chaque détail a son importance, et si le « pourquoi » du meurtre a au final peu d’importance (et n’a selon moi rien d’extraordinaire), on se laisse emporter par ce qui n’est au départ qu’un jeu de piste mais se termine en course haletante contre la montre.

Il y est question de faux-semblants bien entendu, mais aussi de rédemption, de choix, et de destin. C’est une ambiance à la Agatha Christie (et je ne parle jamais d’Agatha à la légère), un récit intelligent, du genre qui cache son jeu. C’est une façon originale d’aborder le polar, et un chouette puzzle. Bref, tout comme Camille, je ne saurai que trop vous conseiller la lecture de ce délicieux polar…

Pour info :
Grand format : éditions Sonatine, 544 pages, 22€
Poche (dispo le 4 juin 2020 si le confinement le permet et que la date n’est pas repoussée) chez 10/18, 9,10€

Publié dans BD, Bouquinade

La tête dans les étoiles (Jen Wang)

Ami du jour, bonjour !

Je t’avais dit qu’on allait parler BD, premièrement parce que j’avais envie de BD ces derniers temps, et secondement parce que j’ai une flemme internationale de lire des romans en ce moment (enfin, j’en écoute et je lis un peu dans mon dodo, mais trèèèèès lentement). C’est donc avec une BD que je reviens te voir. Et quelle BD !

la_tete_dans_les_etoiles_wang.jpg

Sarakontkoi ?
Christine est une adolescente chinoise très calme et posée. Sa famille, très impliquée dans la communauté chinoise d’une petite ville des États-Unis, décide un jour de venir en aide à une mère célibataire et sa jeune fille, Moon, du même âge que Christine. Moon est aussi excentrique, créative et passionnée que Christine est calme, posée et studieuse. Entre les deux adolescentes naît une amitié qui les changera à jamais.

Tenpenskoi ?
Je tiens à dire que le résumé en 4e de couv’ m’a perdue. On y parle d’êtres célestes, d’une autre planète… Et s’il est vrai que Moon évoque ses amis invisibles dans le récit, ce n’est pas du tout ce que pourrait penser le lecteur. D’ailleurs, ce résumé alambiqué est en partie responsable de mon refus de lire cette BD d’une autrice/illustratrice que j’avais pourtant adorée après Le Prince et la couturière ! Pour le coup, un big up au résumé Amazon qui rattrape un peu celui du bouquin.

Mais que voulez-vous, j’ai fini par me laisser convaincre, curiosité oblige, et je dois avouer que je ne suis absolument pas déçue ! Le dessin de Jen Wang, si épuré, laisse toujours autant de place à l’émotion. Rien n’est surfait, rien n’est de trop. Le trait et la couleur sont doux et portent magnifiquement cette histoire d’amitié.

Quant à l’histoire, elle est en partie inspirée de celle de l’autrice. Les liens qui unissent ces communautés, ces familles, et surtout ces deux jeunes filles, sont précieux. Et s’il est parfois question d’élans passionnels, de chamailleries et de jalousie, c’est toujours le positif que l’on retient. J’ai même versé une petite larme. Bref, de 7 à 77 ans, et même après, lisez La Tête dans les étoiles.

Pour info :
éditions Akileos, 218 pages, 19€

Publié dans BD, Bouquinade

Thérapie de groupe (Manu Larcenet)

Ami du jour, bonjour !

Causons peu, causons bien, causons BD. Je te l’ai dit, je me suis fait, avant le confinement, une petite razzia du côté de nos amis les livres à phylactères (et si tu vois pas de quoi ça s’agit, je te propose un petit tour par ici). Je vais donc continuer de publier régulièrement sur le sujet. Et celui du jour m’est tombé dans les mains à la suite de de La Grande Librairie consacré à mon héros, Daniel Pennac. Le rapport entre Pennac et la BD (en dehors, merci ceux qui suivent, du petit trésor dont nous avons parlé il y a quelques semaines) ? C’est l’invité de l’émission, Manu Larcenet, qui est venu parler de son travail.

therapie_de_groupe_larcenet.jpg

Sarakontkoi ?
Manu Larcenet aime se mettre en scène dans ses BD. Enfin, lui et sa bipolarité. Ici, tout part d’une interview avec un journaliste à la radio, et de la question qu’il lui pose : quelle est votre prochaine idée ? De là part toute une réflexion, à la limite de la folie, sur l’inspiration, la naissance des idées, et surtout, la poursuite de l’idée du siècle…

Tenpenskoi ?
Bien qu’il m’arrive de ne pas être sensible à l’humour, et en particulier à l’humour noir, en BD, j’avoue que j’ai été captivée par la réflexion. En dehors du traitement complètement loufoque et borderline du sujet, Manu Larcenet nous expose un point crucial : la création demande du travail, des heures de réflexion, de doute, des pages blanches arrachées. Si certains peuvent vous pondre un livre par an, un tableau par jour, une symphonie par semaine, tant mieux pour eux. Mais la majorité de ces génies que l’on acclame s’arrache les cheveux, pleure sur son nouveau document Word intitulé Nouveau document Word, dont la page est aussi vierge qu’une nonne tout juste ordonnée.

Mélangez cet enfer créatif avec les troubles bipolaires dont l’auteur souffrait, et ça donne un sacré bazar ! De délires psychédéliques en désespoir profond, Manu Larcenet nous emporte dans un processus créatif très éloigné des paillettes illusoires du showbiz littéraire, là où le créateur, l’artiste, vend son âme à son œuvre et oscille entre génie et folie. C’est drôle, et c’est vrai. J’ai aimé.

Pour info :
éditions Dargaud, 56 pages, 15€

Publié dans Bouquinade, Roman

Dans les branches (Emmanuelle Maisonneuve)

Ami du jour, bonjour !

Dans le présent billet, je reviens à mes premières amours, la littérature dite « de jeunesse » (parce qu’en vrai, on peut tous la lire), avec un titre conseillé par ma responsable. J’ai mis un peu de temps à m’y mettre, mais bon, comme c’est ma chef, et que c’est toujours bien de pouvoir échanger avec son/sa chef, bah je me suis dit « go ma petite, faut t’y mettre ». Et m’y voilà.

dans_les_branches.jpg

Sarakontkoi ?
Mo est un adolescent de 14 ans, passionné par son jeu vidéo en ligne, Endof World. Solitaire, il vit sa vie dans un monde virtuel. Alors que sa mère, suite à un accident de voiture qui l’a partiellement handicapée, décide de retourner dans sa région natale auprès de son frère, Mo va vivre une expérience qui changera sa vie : il se perd dans les bois. Terrorisé, il sera persuadé d’être poursuivi par un troll, un vrai troll, comme dans Endof World. Un troll qui lui sauve la vie ? Mo n’aura alors de cesse de trouver la vérité… et de se trouver lui-même.

Tenpenskoi ?
Sincèrement, à la lecture des première pages, j’ai été déroutée… Disons que d’habitude, les registres trop familiers à base de contractions, de négations incomplètes (hors dialogue), toussa toussa, ça me gonfle. Et là, BOUM. Pas du tout ! L’écriture est cohérente avec le personnage, sans en faire trop. Un bon point pour l’autrice donc.

Je continue ma lecture, persuadée qu’il s’agira d’un roman fantasy ou un peu fantastique. Et là, BIM, pas du tout. Je ne veux pas en dire trop, parce que je pense, tout comme ma responsable, que chaque lecteur doit faire son bonhomme de chemin aux côtés de Mo. Mais laisse-moi te dire que j’ai été retournée. J’ai tour à tour été furieuse, attendrie, triste. J’ai été menée en bateau, et j’ai aimé ça. Malgré le côté très ouèch que se donne le texte, il parviendra, j’en suis certaine, à emballer petits et grands. Et quelle intelligence dans l’écriture ! Partir d’un récit centré sur les MMORPG (jeux vidéos en ligne) et parvenir à attirer le lecteur vers le personnage, puis vers son environnement physique, c’est du génie ! Bref, à mettre entre toutes les mains. Et pis, ça m’a bien donné envie d’une bonne balade en forêt moi !

Pour info : 
Le Livre de Poche, 352 pages, 6,90€

Publié dans BD, Bouquinade, Uncategorized

Le Cercle du dragon-thé (Katie O’Neill)

Ami du jour, bonjour !

Tu l’auras compris (et tu le verras probablement sur mes prochains billets) je suis dans une période bande-dessinée. J’ai envie de bouquins qui se lisent vite, avec de jolis illustrations, mais pas des albums. Ergo : la BD. Et celle-ci, je l’ai attendue un bout de temps… toute une aventure, je te jure. Mais y’a un mais…

cercle_dragon_the.jpg
Sarakontkoi ?
Dans un univers féerique, peuplé de faunes, de dragons et d’hommes, Greta apprend le métier ancestral de forgeron. Un jour, elle rencontre un drôle de petit dragon qui semble s’être échappé de la boutique de thé, à la limite de la ville. En l’y rapportant, elle fait la connaissance d’Hesekiel, Erik et Minette, qui élèvent et soignent les dragons-thé. Mais ces soigneurs sont de plus en plus rares, et Greta décide d’apprendre elle aussi à soigner ces créatures mystérieuses.
Tenpenskoi ?
Alors, pour le coup, j’ai du très bon, et du moins bon. Pour commencer, le très bon : le dessin est sublime, c’est craquant de mignonnerie, c’est coloré, c’est des bonbons à la bergamote qui fondent sur la langue. J’aime aussi beaucoup l’univers, cette idée que les feuilles qui poussent sur les cornes des dragons-thé renferment les souvenirs qu’ils partagent avec leur soigneur. Bref, toute la mythologie est vraiment sympa et originale, pour ce que j’en connais. L’autrice met aussi un point d’honneur à souligner l’importance du passage de savoir faire, ici dans le soin du dragon-thé ou dans la forge et la ferronnerie, mais en général aussi. Perso, je trouve que ce sont des messages nécessaires à faire passer aux jeunes générations.

Ceci dit, même si pour toutes les raisons énumérées au-dessus, j’ai apprécié ma lecture, j’avoue que deux choses m’ont gênée. Premièrement, j’ai trouvé l’histoire un peu courte : l’univers a l’air super riche, c’est dommage qu’il ne soit pas plus développé. Ou alors, il faut supprimer l’histoire des personnages secondaires, parce que soit on m’en dit trop, soit pas assez. Bon, disons que c’est pour un jeune public, et que ça suffit.

La seconde chose qui m’a fait hérisser le poil, c’est un problème de relecture / correction de la dernière partie de la BD (extraits du Guide du dragon-thé) : des coquilles orthographiques, grammaticales, et parfois même, des mots qu’on a oublié de supprimer en modifiant la phrase. Sans compter que la traduction, je suis désolée, laisse à désirer sur cette partie — autant dans les dialogues, ça passe parce que c’est court, autant dans un texte plus long… Outre les coquilles, certaines tournures sont à peine correctes et le texte pue la traduction à plein nez. C’est très dommage ! C’est comme si on me donnait Brad Pitt, mais que quand il ouvrait la bouche, il s’avérait bête comme ses pieds. Bref, lecture en demi-teinte, et comme mon Brad Pitt un peu neuneu, je l’exposerai, pour faire joli… 😦

Pour info :
Bliss comics éditions, 60 pages, 15€

Publié dans BD, Bouquinade

Un amour exemplaire (Daniel Pennac / Florence Cestac)

Ami du jour, bonjour !

Nouvelle lecture, et une fois n’est pas coutume, il s’agit d’une bande dessinée. Et pas n’importe laquelle ! Un scénario de Pennac (pour lequel vous connaissez mon amour) ! Figurez-vous que je n’aurais jamais su que cette BD existait si la médiathèque de mon quartier — dont je n’ouvre jamais les newsletters, mais là, si — ne m’avait pas envoyé un rappel pour m’inscrire à une rencontre avec — attention — M. Pennac himself ! Peu m’importait la raison pour laquelle il passait dans notre patelin, il était impératif que je participe à cette rencontre. Il s’avère qu’il s’agissait d’un échange avec des collégiens autour de ladite BD et du spectacle qui en a été tiré. Joué par un couple d’acteurs au top, accompagné de Pennac, et Cestac…

un_amour_exemplaire_pennac_cestac.jpg

Sarakontkoi ?
Pennac nous raconte l’histoire d’un couple atypique qu’il a connu dans son enfance, un vieux couple sans enfant. L’époux, un aristo déshérité amoureux des livres, a tout abandonné pour la couturière qui confectionnait la robe que sa mère devait porter à son mariage. Ils ont vécu toutes sortes d’aventures avant de faire leur nid dans la maisonnette d’un gardien de domaine. C’est là que le jeune Daniel a fait leur connaissance tout gamin.

Tenpenskoi ?
Sincèrement, j’ai beaucoup de mal à discerner la BD de la pièce, que je suis allée voir du coup. Cette BD est écrite du point de vue d’un enfant, le jeune Daniel Pennac, qui voue un amour inconditionnel à ses voisins, les Bosignac. Entre intrigues de village (est-ce que Bosignac triche aux cartes ?) et histoires extraordinaires (Mme Bosignac enlevée par son père après son mariage et j’en passe), ce livre, plein de tendresse, trace le portrait du bonheur. Pas le tout beau, pas le parfait, mais le vrai.

Et comme d’habitude, quand c’est Pennac qui raconte, dans la BD comme sur scène, c’est doux, c’est frais, et ça donne à réfléchir. Le spectacle se détache de la BD, selon les mots de l’auteur, en ce que le point de vue n’est plus celui du gamin qui vit cette histoire, mais celui des Bosignac, qui regardent avec une tendresse cet enfant s’attacher à eux, eux qui n’ont pas pu donner la vie. C’est un mélange de scènes entrecoupées de narration, relevées par le dessin, en direct s’il vous plaît (à la manière d’une lecture dessinée pour ceux qui connaissent) de Florence Cestac. Et en cela, les deux œuvres sont complémentaires. Du coup, lisez la BD, parce que c’est drôle, touchant et très vrai. Et puis, si d’aventure il passait par chez vous, allez voir le spectacle, parce qu’il vaut le détour !

Pour info :
éditions Dargaud, 64 pages, 15€