Publié dans Bouquinade, Roman

Nos Constellations (Florence Quentin)

Amis du jour, bonjour !

S’il y a un truc qui me rend à la fois euphorique et nerveuse, c’est quand on vient me voir avec un texte en me disant : « j’ai ce roman, faut que tu le lises, je pense que ça va te plaire ». La pression ! Surtout quand c’est quelqu’un qui a bossé dessus, alors là, je me sens pousser des ailes, et je fais un peu pipi dans ma culotte, parce que… et si j’aimais pas…?

Le Pitch :
L’été de leurs 11 ans a probablement été pour Maxence et Aurélien le plus doux de tous les étés. Il a vu naître une tendre amitié, et… un peu plus ? Sept ans plus tard, Maxence a tenté de mettre fin à ses jours, Aurélien a perdu sa maman. Rien n’est plus pareil, pourtant, c’est auprès d’Aurélien, qu’il n’a pas revu depuis, que Maxence demande à passer un nouvel été…

Mon avis :
C’est Sonya qui est venue me trouver pour me proposer cette lecture. Les dramas, les trucs qui font pleurer, vraiment, c’est pas un argument de vente chez moi. « Rassure-toi », m’a-t-elle dit, « je suis certaine que ça peut te plaire, et j’ai vraiment envie de porter ce texte ». (Tu la sens la pression là ?) Bon, quand faut y aller, faut y aller. Et purée, j’ai pris une claque.

C’est clairement une lecture à se faire en été. La douceur du Sud sauvage (on est du côté d’Avignon si je me souviens bien), les terrasses des cafés dans les petits villages, les promenades en forêt et les bivouacs en bord de lac… En juin prochain, tu sais ce que tu lis.

Stylistiquement, c’est doux, c’est beau, c’est fort, violent parfois. Mais surtout, on n’en fait pas des caisses. C’est toujours juste. Pourtant, on avait matière à tomber dans le pathos, je te le dis ! Et pas du tout. Il est pourtant question de harcèlement scolaire, d’homophobie, d’amour maternel inexistant, et de deuil. Mais la douceur de ce qui se crée entre Maxence et Aurélien fonctionne bien mieux qu’un Mercurochrome, le pansement des héros ! Se réparer, s’écouter, s’accepter. C’est le chemin qu’ils vont arpenter.

Drame : check. Romance : check (et avec élégance s’il-vous-plaît). Les cigales, les douces brises chaudes : check. La douceur des petits villages, l’esprit communautaire : check et check. Donc on arrête de tourner autour du pot, on prend un billet pour Avignon, et on laisse Maxence et Aurélien nous faire vivre le plus beau des étés !

Pour info :
éditions Didier Jeunesse, 471 pages, 2025

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique), Uncategorized

Violette Hurlevent et le jardin sauvage (Paul Martin / Jean-Baptiste Bourgois)

Amis du jour, bonjour !

Il faut savoir qu’en un an de bookclub, mon roman n’a été tiré au sort qu’une seule fois (enfin, une deuxième fois depuis le premier jet de ce billet). Et il a fallu que ce soit cette fois où j’ai trouvé mon roman très moyen. Quand ça veut pas…

Le Pitch :
Violette vient d’emménager dans la très vieille (et très mal entretenue) maison de son grand-père avec sa mère, pour échapper à un père violent. Perdue, triste, elle n’a aucune envie d’habiter dans une maison qui pue le renfermé, ni de courir dans le jardin abandonné qui ressemble à un terrain vague. Mais elle n’est pas au bout de ses surprises, puisque le jardin, lui, n’attendait qu’elle…

Mon avis :
Je n’ai jamais lu Le Jardin secret, de Frances Hodgson Burnett, bien que j’en connaisse plus ou moins l’histoire. En choisissant ce roman, j’étais certaine d’y trouver à peu près ce que j’aurais pu trouver dans le roman de Burnett : un jardin que j’imagine être la métaphore d’une échappée dans l’imaginaire pour soigner les maux d’un monde réel trop difficile à appréhender (oui, genre Le Labyrinthe de Pan aussi). Effectivement, on fait aisément le parallèle entre ce jardin et les événements plus ou moins traumatisants que traverse Violette. C’est bien écrit, les dessins sont mignons. Mais alors quoi ?

Eh bien dans son jardin, Violette, échappe effectivement à sa réalité, ainsi qu’au temps qui s’y écoule. Mais ses aventures sont plus un empilement de missions étranges nées d’idées qui, pour moi, ont parfois manqué de cohérence. Créer des péripéties, des pépins, appelez ça comme vous le voudrez, tout au long du roman pour que l’héroïne découvre sa force et son courage, OK. Mais là, c’est bourré de quêtes secondaires un brin WTF (encore une fois, ce n’est pas parce qu’on écrit pour des enfants que tout ce qui est magique est merveilleux…). Parfois, j’ai eu la sensation d’un manque de direction, ou de but, d’un chapitre ou d’une aventure de remplissage. Sincèrement, ça aurait pu fonctionner si on avait eu « Les aventures de Violette dans son jardin : un jour, une mission ». Mais comme l’enjeu est de taille, je me suis demandé ce que venait faire tout ça au milieu de la quête de mon héroïne.

Bref, ce n’est pas non plus un roman détestable, mais la structure et la forme ne m’ont pas convaincue, même si, effectivement, Violette trouve sa force et son courage. Visiblement, je fais partie des rageux jamais contents puisque le roman a été récompensé du prix Lecteurs du Journal de Mickey, donc n’hésitez pas à vous faire un avis 🙂

Pour info :
éditions Sarbacane, 496 pages, 2019

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Le Livre perdu des sortilèges, T1 (Deborah Harkness)

Amis du jour, bonjour !

Vous n’êtes sans doute pas sans savoir que nous avons créé, avec ma binôme Maéva, un club de lecture. Lors de ce club, on cause de nos lecture favorites, on échange de bons titres, bref, ce qu’on doit faire pendant un bookclub. Le roman du jour a été cité un bon nombre de fois, suffisamment pour que sa réédition me donne envie de me jeter dessus…

Le Pitch :
Lorsque Diana Bishop, sorcière malgré elle, sort des rayons antiques de la bibliothèque universitaire le manuscrit d’alchimie Ashmole 782, égaré depuis des siècles, elle devient le centre d’intérêt de la moitié des créatures du pays (démons, sorcières, vampires). C’est ainsi qu’elle fait la connaissance de Matthew Clairmont, un vampire mystérieux et redoutable, dont on lui dit de se méfier…

Mon avis :
Ma foi, ce fut une sympathique lecture. Pas la révélation à laquelle je m’attendais, mais pas mal (t’as la ref ?). Recherches universitaires, plongée au cœur des folklores vampiriques et démoniaques, entre potions et sortilèges, entre les rayonnages poussiéreux d’archives universitaires ou les murs d’un château perché sur mes monts d’Auvergne (bah ouais, #chauvine, on ne se refait pas), tout était là pour me plaire. Et puis, et puis, et puis…

Si j’ai adoré certains aspects, que j’ai trouvé sous-développés (on retiendra tout l’aspect mental autour des démons et de leur intelligence, les pratiques de la sorcellerie, toussa toussa), la romance prend quand même beaucoup de place, on ne va pas se mentir. Le personnage féminin a l’apparence d’une femme forte, cartésienne, refusant son héritage de sorcière pour des raisons qui sont relativement obscures mais bon elle veut faire genre, et elle se laisse quand même vachement dicter sa conduite ! De temps en temps, elle se rebiffe, ok. Mais ça reste une oie blanche. Et Matthew… Sombre, ténébreux, mystérieux… et se prend pour le boss. Je crois que je suis un peu passée à autre chose, et que réduire des personnages à leur fonction au point de laisser de côté ce qui m’intéresse le plus, à savoir le lore qui se construit tout autour, c’est trop peu pour moi. Je suis tout de même heureuse d’avoir fait cette lecture, qui, si elle ne restera pas dans les annales, reste une chouette proposition plutôt bien fichue pour les amateurices d’urban fantasy.

Pour info :
éditions Calmann-Lévy (Orbit), trad. de Pascal Loubet, 528 pages, 2011

Publié dans Bouquinade, Roman

Hyper (Emilie Chazerand)

Amis du jour, bonjour !

Je n’étais pas certaine de rédiger cette chronique, pour des raisons qui m’appartiennent, mais je le fais, parce que le roman fut malgré tout un beau moment de lecture.

Le Pitch :
Myriam a 17 ans, elle est grosse. Non, d’après elle, elle est énorme. Elle partage sa vie avec sa mère, qui se comporte comme une ado sans cervelle. D’ailleurs, Myriam a vécu un drame dans son enfance, un drame qui ne semble avoir touché qu’elle. Alors dans un moment d’épuisement et de désespoir, elle tente d’en finir… ce qui la mène droit chez le psy. D’après lui, tenir un journal, en plus des séances, lui ferait du bien. Mais connaissant sa fouineuse de mère, Myriam préfère en tenir deux…

Mon avis :
Ce qui commence comme un drama plutôt drôle d’un point de vue d’adulte tourne vite au crève-cœur. Myriam est en détresse, elle ne sait plus quoi faire de son corps, ni communiquer avec une mère qui semble avoir baissé les bras. Elle se sent vide, alors pour remplir ce vide, elle mange. Beaucoup. Parce que Myriam est trop. Trop grosse, trop grande, trop grande gueule. Myriam est HYPER casse-burettes.

Elle est enfermée dans une sorte de paranoïa de la persécution, tout semble injuste. Myriam est constamment en colère. Néanmoins, le roman se paie le luxe d’être dôle et de faire preuve de finesse (quand il le peut). L’évolution de la relation entre Myriam et sa mère suscite quelque chose de très fort, qui oscille entre l’amour (parfois vache) et la haine. Mais c’est aussi un chemin vers le dialogue et la compréhension, vers l’acceptation et le pardon. Bref, c’est un roman qui m’a émue.

Pour info :
éditions PKJ, 288 pages, 2025

Publié dans Bouquinade, Roman

Sainte-Marie-des-Haines-Infinies (Louise Mey)

Amis du jour, bonjour !

Tu le sais peut-être, je fonctionne beaucoup par auteurice. Quand j’aime une plume, en général, je la suis. Dans ce cas précis, je garde en mémoire l’efficacité et la concision de Louise Mey. Alors quand je vois paraître, chez le même éditeur engagé que L’Orage qui vient, le nouveau roman de Louise Mey, je dis banco.

Le Pitch :
Sainte-Marie est un collège privé, dans lequel a été envoyée notre héroïne après son déménagement. Si les élèves y sont issus de familles aisées, les hypocrisies fleurissent telles des taches de moisissure sur les murs des couloirs. Il reste trois lundis. Trois lundis pour fignoler le plan. Trois lundis avant que tout n’explose, avant que les humiliations, le harcèlement et les passe-droits ne prennent fin…

Mon avis :
Encore une claque. On conserve ici tout ce qui fait des romans de Louise Mey des textes percutants. En tant que lecteurice, tu plonges à pieds joints dans la fange, tu sens gonfler la rage adolescente, celle qui écorche et qui étouffe. C’est une thématique récurrente chez Louise Mey. Plus que la rage adolescente, c’est la rage d’une jeune femme que tente de contenir ce tout petit livre, et il frappe fort.

Tantôt témoins, tantôt complices, il nous est impossible de prendre de la distance. La colère finit par nous étouffer, le chagrin par nous aveugler, et c’est là que le roman fait très fort : il crée une soupape de décompression pour apporter satisfaction et apaisement à la dernière page. Il y avait quelque chose de très cathartique dans la rage de cette ado, et en même temps, j’ai été touchée par sa détresse… J’aurais peur d’en dire beaucoup plus et de rédiger un avis plus long que le roman, mais sache qu’il y est question de thèmes importants, comme la sexualité, la responsabilité face à ses agissements, le harcèlement… bref, un roman qui parlera forcément aux plus jeunes comme aux moins jeunes.

Pour info :
éditions La Ville Brûle, 144 pages, 2025

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Trilogie des Torches, T1 : Songlight (Moira Buffini)

Amis du jour, bonjour !

Vous le savez, j’aime quand un roman me surprend. De fait, il m’arrive souvent de prendre un bouquin dont je n’ai entendu parler qu’une ou deux fois et que j’ai peu vendu (c’est souvent gage de qualité en litté ado… pardon, j’ai eu un relent de sarcasme). Me voilà donc avec Moira Buffini pour quelques heures d’écoute… plutôt concluentes.

Le Pitch :
Elsa habite Brightland ; à Brightland, il est très mal vu de développer ce sixième sens, le Chant Lumière. C’est une sorte de télépathie, un don que possède une très petite partie d’une population gangrenée par le patriarcat, les guerres et les jeux de pouvoir. Elsa ne peut se permettre d’être repérée, et pourtant, en projetant son Chant, elle fait la connaissance d’une autre Torche. Entre manipulations, discriminations et humiliations, ces être exceptionnels sont obligés de se cacher, de trahir les leurs. Mais au-delà des mers, il existe un pays où les Torches brillent de mille feux…

Mon avis :
Mais quel régal ! J’avoue avoir eu très peur en lisant les premiers chapitres. Peur que ce chant de liberté que l’on me promettait ne se transforme en une banale histoire d’amour. La romance, ça va bien 2 minutes, mais elle a tendance à grignoter tous les textes prometteurs. Pas que je n’apprécie pas une bonne histoire d’amour si elle se glisse entre les lignes de mes romans, au contraire ! Mais je déteste ces romans où les péripéties ne sont que des prétextes à ces marivaudages niais faits de mensonges et de non-dits.

Au lieu de ça, je découvre un univers qui relève presque du léger post-apo ; en tout cas, il s’est passé un truc à un moment, et les humains ont fait un bond en arrière, technologiquement et socialement. Naturellement, quand l’homme fait un bon en arrière, c’est la femme qui trinque, et ce roman ne fait pas exception à la règle. Utérus sur pattes, marchandise d’échange, les jeunes filles ne peuvent aspirer qu’à une vie conjugale sans violence.

Lorsqu’elles ne sont pas humiliées avant d’être réduites en esclavage, les Torches sont utilisées par les personnalités politiques en place, dans le but de contrôler un peu plus la population. On nous parle de futilité des guerres, de l’hypocrisie du pouvoir, mais aussi d’espoir, parce qu’au-delà de la mer, il existe un pays libre, porteur de valeurs de fraternité et d’égalité. C’est ce vers quoi fuit Elsa, mais son voyage nécessitera des sacrifices. Bref, c’est un roman bourré d’action, engagé, intelligent et original, qui mérite bien plus que le timide accueil qu’il a reçu, chez moi en tout cas.

Pour info :
éditions La Martinière Fiction, trad. de Thomas Leclere, 464 pages, 2024

Publié dans BD, Bouquinade

Son odeur après la pluie (Cédric Sapin-Defour/José Luis Munuera)

Amis du jour, bonjour !

C’est un fait, je ne suis pas lectrice d’essais ni de témoignages. Aussi n’ai-je pas, lorsque le livre de Cedric Sapin-Defour est sorti, été plus attirée que ça par cette déclaration d’amour d’un maître à son chien. Un texte qui racontait le deuil, mais aussi la joie, la vie, la liberté… Reste que franchement, ça ne me disait rien… Mais, mais, mais… Mais José Luis Munuera, et tout a basculé.

Le Pitch :
La vie de l’auteur, Cedric Sapin-Defour, sa passion pour l’escalade, et surtout, l’amour qu’il porte à ses compagnons de vie à 4 pattes. La rencontre avec la femme de sa vie, les amitiés qu’il crée, et la vie si éphémère de ces petites bêtes qui nous accompagnent dans les meilleurs et les pires moments…

Mon avis :
Je suis ravie de ne pas avoir lu cette histoire sous sa forme d’essai. Sans le trait vivant et tendre de Munuera, je ne suis pas certaine que j’aurais apprécié le personnage. Cédric Sapin-Defour, s’il est honnête sur ses points de vue et son comportement, n’en reste pas moins assez détestable. Condescendant et à la limite de l’irrespect parfois, si je peux comprendre que le monde qui l’entoure l’exaspère, je ne suis pas certaine que son attitude soit le meilleur moyen de faire entendre ses points de vue. Il devient charmant à travers le regard de ses voisins, de sa compagne, et bien sûr, de son chien, qui parviennent à tirer le meilleur de lui.

Les planche de Munuera sont, comme toujours, le gros point fort de cet ouvrage. Tantôt silencieuses et douces, elles savent traduire par la couleur, le trait, et cette sorte de vie qu’il insuffle à son dessin, les nuances d’une palette d’émotions qui va du bonheur simple au chagrin le plus profond. C’est intelligemment retranscrit, et la rencontre entre le texte et l’image se fait de manière incroyablement fluide. Bref, je vous recommande la lecture de cette bande-dessinée, que vous aimiez ou non les chiens (team chats ici) ou l’escalade (team no sport ici), parce que c’est une belle aventure humaine…

Pour info :
éditions Le Lombard (2025), 136 pages

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

L’Encyclopédie féérique d’Emily Wylde, T1 (Heather Fawcett)

Amis du jour, bonjour !

J’avais presque réussi à ne pas prendre de retard sur mes retours de lecture pour cette année 2025… bon, bah, c’est mort, on est toujours en mai.

Le Pitch :
Emily Wylde, dryadologue émérite, n’a qu’une idée en tête : inclure dans son Encyclopédie Féérique les Recluses, des fées aussi dangereuses que rares. Elle se rend donc dans le village nordique d’Hrafnsvik, dont la population redoute les enlèvements de plus en plus fréquents. Bravant les dangers des bois et l’animosité des villageois, elle pourra (en partie) compter sur son agaçant confrère Wendell Bambleby pour l’aider à mener à bien ce projet colossal.

Mon avis :
On m’avait vendu ça comme de la cosy fantasy les enfants… Mais oh, c’est pas parce que la protagoniste fait un super home staging dans un cottage délabré que c’est cosy ! En dehors de ça (et de quelques irrégularités de temporalité) j’avoue avoir été agréablement surprise par le texte, tant dans le style que dans le contenu. Eh oui, Sabran, c’est De Saxus, alors moi vous savez, j’y vais toujours un peu à reculons. Style correct donc, sans être du grand art, mais surtout très factuel et un brin froid. En effet, Emily est un personnage très cartésien, il s’agit de son journal de bord, donc c’est presque normal.

Et les personnages dans tout ça ? Emily est… scolaire, froide, méthodique, ça, vous l’aurez compris. Personnellement, je trouve que ça lui donne son petit charme. Alors oui, c’est moins doudou que si elle avait été un gros sucre d’orge, mais sincèrement, à côté de la nonchalance de Wendell, c’est parfait ! Et parlons de Wendell ! Imbus de lui-même, beau garçon, bien mis, peu concerné par ce qui l’entoure, il semble pourtant fasciné par Emily. La relation de ces deux-là était donc à la fois drôle et touchante, c’est peut-être ce qui m’a le plus plu dans le roman.

Quant au lore, à la construction de l’univers, il est assez complexe. Vous trouverez pas mal de textes de référence en notes de bas de page (j’avoue ne pas avoir fait de recherches plus poussées que ça), et Emily reste une universitaire, elle est donc très à cheval sur la rigueur scientifique de ses recherches. Si le monde est très riche, ce n’est pourtant pas toujours indispensable. Certes, les textes cités donnent à l’œuvre globale un accent de vérité, mais comme on reste dans le domaine de l’imaginaire, l’acuité de ces précisions m’est parfois passé au-dessus.

Bref, que faut-il en retenir ? Des protagonistes opposés dont la synergie fonctionne parfaitement bien, un style froid et méthodique, qui pourra rebuter les lecteurs. Zéro cosy, donc si ça fait partie de vos attentes, passez votre chemin. Pour ma part, si je suis curieuse de savoir où les aventures d’Emily et Wendell vont les mener, je ne saute pas pour autant sur la suite. Une chouette lecture, donc.

Pour info :
éditions Sabran, trad. Christophe Rosson, De Saxus, 2024

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Eversion (Alastair Reynolds)

Amis du jour, bonjour !

Je vous parle souvent de ces romans qui croisent ma route au hasard d’une balade sur les réseaux ou d’une discussion avec les copines. L’occasion d’acheter celui-ci s’est présentée lorsque, après avoir entendu Armance en parler, je l’ai trouvé en librairie…

Le Pitch :
Silas Coad est médecin à bord de la goélette Demeter et file le long des côtes de la Norvège, dans une expédition financée par un riche commanditaire à la recherche d’une sorte d’anomalie. Une structure si grande qu’elle en est presque inconcevable, et dont personne n’est jamais revenu… Bientôt, d’étrange événement pousseront le lecteur à s’interroger sur cette étrange expédition…

Mon avis :
Il est indéniable que la plume d’Alastair Reynolds n’a rien à prouver. Raffinée, élégante, elle entraîne dans ses volutes un lecteur qui se laisse endormir… avant de brusquement le réveiller et de partir ailleurs comme rien ne s’était passé. J’étais perdue ! Un premier élément perturbateur, coup de bigot à une proximité (comme dirait l’autre) pour lui demander si c’est moi qui ne comprends rien où si c’est le roman qui me trimballe comme un vieux chiffon. « Eh eh » me répond-elle. Ok, je m’y replonge. Et voilà qu’il recommence, je n’ai plus aucun repère, ni où, ni quand, et ça ne semble choquer personne. Mais enfin, va-t-on m’expliquer ce qu’il se passe ?

Vous le saurez si un jour vous avez, ou avez eu, Eversion entre les mains. Je peux seulement vous dire que c’est un voyage qu’il vous faudra entreprendre aux côtés de Silas Coad ; laissez Alastair Reynolds faire sa tambouille, et suivez docilement. Plus que dans La Millième Nuit, il a été question ici de mathématiques, de géométrie et de tout un tas de trucs métaphysiques auxquels personnellement je n’ai pas compris grand chose. Là encore, pas très grave puisqu’on comprend le principal. Reste que c’est un roman qui demandera toute votre attention au risque de vous perdre en chemin. La fin est belle et puissante, touchante dans son évidence. Bref, c’est une lecture que j’ai beaucoup appréciée, bien qu’elle ait failli me rendre chèvre…

Pour info :
éditions Le Belial (2023), trad. de Pierre-Paul Durastanti, 384 pages

Publié dans Bouquinade, Roman historique

Le Garçon au pyjama rayé (John Boyne)

Amis du jour, bonjour !

Je m’apprête à vous faire un retour de lecture qui risque de m’attirer les foudres de beaucoup d’entre vous. Je vous demanderai donc de prendre une grande inspiration et de bien lire ce que j’écris pour ne pas lancer un débat haineux que je n’aurai pas provoqué. Je préfère prévenir.

Le Pitch :
Nous sommes à Berlin, en 1942. Le père du jeune Bruno, 9 ans, se voit confier une importante mission qui les oblige, lui et sa famille, à déménager dans un endroit désolé, où les seuls enfants avec lesquels il pourra jouer sont de l’autre côté d’un étrange grillage…

Mon avis :
En dehors des textes de Sarah Cohen-Scali, je suis dans la totale incapacité de lire des textes qui se rapportent à la Shoah. La faute aux images d’archives qu’on nous montrait au collège et qui se sont imprimées sur ma rétine si puissamment que j’en ai encore des nausées. Je ne conçois pas la violence et l’inhumanité de ce qui a poussé les nazis à commettre de tels actes.

En revanche, ce texte-là, dont on m’avait dit qu’il me ferait verser toutes les larmes de mon corps, n’a réussi qu’à m’exaspérer et à déclencher, dans les derniers chapitres, une crise de panique. Sous couvert de la naïveté d’un enfant de 9 ans, des choses graves deviennent irritantes, sources de caprices (soupir, on se rappelle qu’on lit à hauteur d’enfant), et les mots sont déformés. Jamais Hitler ou Auschwitz ne sont correctement nommés. Eh, ce n’est pas parce qu’on ne peut pas nommer quelque chose qu’on ne peut pas comprendre son sérieux ou sa gravité. C’est sous-estimer l’intelligence émotionnelle des enfants.

Aussi, lorsque la naïveté va au-delà du bon sens, c’est cette intelligence d’un enfant de 9 ans que l’on insulte. Bruno, dans sa jeunesse, peut ne pas comprendre ce qu’il se passe, de même que son camarade, Shmuel, de l’autre côté des barbelés. Mais de là, à ne pas comprendre que l’un d’eux est du bon côté de la barrière, c’est franchement pousser très loin. On ne peut même pas parler d’un endoctrinement de l’enfant allemand (comme c’est le cas dans Max, de Cohen-Scali justement) puisque Bruno ne porte aucun amour au moustachu, ni aucune admiration au travail de son père. Il s’agit donc d’un môme sans le moindre discernement qui ne comprend pas la richesse, la pauvreté, la faim, la cruauté. Les enfants sont observateurs, ils comprennent bien plus que ce que l’on peut croire. Là, je vois surtout un adulte tenter d’avoir le regard d’un enfant et échouer lamentablement.

La fin, je la vois comme une sorte de revanche sadique. Elle dénote d’une cruauté simple, qui n’avait pour moi d’autre but que de choquer. John Boyne, irlandais de culture catholique (bien qu’ayant écrit des textes à charge contre l’Eglise), fait porter à Bruno, de manière invraisemblable, toute la culpabilité de ses pairs et met au pilori un gosse un peu bête. C’est cette espèce d’inversement de situation qui m’est insupportable, comme si faire subir à son prochain ce que l’on a subi soi-même (et encore, aucun auteur juif, que je sache, n’a mis d’allemand au four) pouvait montrer l’horreur. Ca ne la montre pas, ça la perpétue. C’est mon avis de personne peu éduquée sur le sujet, très isolé certes, sur ce texte que je ne recommanderai pas, parce qu’il n’enseigne rien, si ce n’est un pathos un peu facile, et le peu d’estime que l’on porte à l’intelligence enfantine.

Pour info :
éditions Gallimard Jeunesse (2006), collection Folio Junior, trad. de Catherine Gibert, 204 pages