Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Trilogie : La Marque des anges (Laini Taylor)

Ami du jour, bonjour !

Finir une série entamée plusieurs années auparavant, ça me donne toujours une sensation de travail accompli. Non pas que la lecture soit une tare, mais tant qu’une série n’est pas terminée — et bien entendu SI j’ai choisi de la terminer — elle reste dans un coin de ma tête. Mettre fin à ce voyage entrepris il a parfois plusieurs années, c’est comme libérer de l’espace dans le petit disque dur qu’est mon cerveau. Bref, tout ça pour dire que je suis ravie de pouvoir archiver cette lecture et de la supprimer de la mémoire tampon, si tu suis le raisonnement…

Sarakontkoi ?
Karou, 17 ans, vit à Prague. Elle partage sa vie entre le monde que nous connaissons — ses cours à l’école d’Arts, ses amis — et son activité de coursière pour Brimstone, une chimère qui vit dans un univers parallèle au nôtre. Elle a toujours vécu ainsi, entre les mondes. Sa famille se compose de monstres mi-humains, mi-animaux. Mais lorsque son chemin croise celui d’Akiva, une sorte d’ange, elle commence à questionner son passé. Qui est-elle ? Pourquoi Brimstone la garde-t-il secrète ? Pourquoi Akiva lui semble-t-il si familier ?

Tenpenskoi ?
Pour commencer, si tu es observat.eur.rice, tu verras que je parle dans l’intitulé du billet d’une trilogie et qu’il n’y a sur la photo que deux livres. La raison en est simple : le 3e tome n’est jamais sorti en France. J’ai donc dû l’écouter en VO sur Audible, et je ne peux pas te montrer de visuel.

Pour ce qui est du texte, je te l’ai déjà dit, la première lecture, il doit y avoir 10 ans maintenant, m’a complètement transportée. C’était avant que l’autrice ne soit connue pour sa duologie Le Faiseur de rêves. J’avais trouvé, et je trouve encore, l’univers original. Le thème de la chimère revient assez peu en littérature, et le traitement qu’en fait Laini Taylor était — et est toujours — novateur. Je n’ai pas lu tous les livres du monde dans le monde, mais c’est mon ressenti. C’est un jeu avec les époques, un constant aller-retour entre le passé commun de Karou et d’Akiva, et leur combat présent. On ne va pas se mentir, le couple maudit, très roméo-et-juliettien (oui oui, je viens d’inventer l’adjectif), c’est du déjà vu. Mais c’est bien fait, c’est intense, et juste, c’est empreint de combats pour la paix, l’acceptation de ce qui est différent.

La construction du premier livre, notamment les révélations sur le passé de Karou, dont le flash-back prend une bonne partie du roman, a gêné beaucoup de lecteurs. Pas moi. J’ai trouvé tout ça très fluide. Alors oui, ça demande d’être un minimum attentif à ta lecture, mais franchement, comme le style n’est pas exigeant, c’est pas la mer à boire. Si le premier tome est clairement le meilleur pour moi, le second se défend pas mal, et le troisième, malgré quelques longueurs, conclut bien la trilogie. Un bémol sur une sous-intrigue qui s’ouvre en fin de tome 2, devient l’intrigue principale en milieu de tome 3 et se conclut un peu vite sur la fin de la trilogie. Bon, vu la longueur du 3e tome, on aurait effectivement pu un peu mieux doser tout ça. Cela dit, je garde une très bonne impression de ma lecture, et j’espère que Gallimard Jeunesse ne t’aura pas ressorti le premier tome en poche pour ne jamais te traduire la suite… d’ailleurs, je te pose un visuel de la nouvelle couverture juste en dessous, histoire que tu voies à quoi ça ressemble.

Pour info :
Fille des chimères, en poche (seule dispo à la vente actuellement), Gallimard Jeunesse, collection Pôle fiction, 528 pages, 8.70€

Publié dans Bouquinade, Roman

Se cacher pour l’hiver (Sarah St Vincent)

Ami du jour, bonjour !

Mes billets arrivent nettement moins vite que mes stories. Tu l’auras deviné, il est plus facile pour moi de dégainer mon téléphone et de te causer d’une lecture que je viens de terminer que de me poser devant mon clavier pour essayer de mettre au clair mes idées. Bref, voici donc enfin mon avis posé et réfléchi sur cette lecture.
Précision : le roman m’a été envoyé par Delcourt dans le cadre du club de lecture Picabo River Book Club, géré par Léa, qui fait un travail de fou pour qu’on puisse recevoir des livres issus de partenariats.

Sarakontkoi ?
Depuis l’accident de voiture qui a tué son époux et l’a salement amochée, Kathleen mène une vie recluse dans le parc naturel des Blue Ridge Mountains. Elle vit avec sa grand-mère et travaille dans un snack minable, vide la plupart du temps, en particulier en hiver, lorsque les touristes désertent la région. Son quotidien, baigné dans la torpeur des anti-douleurs, est bousculé lorsqu’arrive un étranger qui semble tout faire pour demeurer invisible. De discussion en jeux d’échecs, il ouvrira pour Kathleen les lourds bagages de son passé, et déchirera chez elle des plaies qu’elle pensait oubliées.

Tenpenskoi ?
Honnêtement, si tu as suivi mes avis en cours de lecture sur Insta, tu sais que le début m’a gênée. Quelques passages maladroits, que j’avais imputés à une traduction malheureuse, et une sale manie de l’autrice de donner trop ou pas assez de détails sur ses scènes. Bref, si j’en étais restée là, je me serais dit « mouais, c’est sympa comme lecture ». Mais j’ai continué, parce que le livre exerçait sur moi une fascination que je ne comprenais pas encore.

C’est au fur et à mesure que Kathleen sort de sa torpeur, qu’elle se révèle, que le roman commence à nous engloutir. On est loin des rythmes endiablés, mais Sarah St Vincent donne à son texte quelque chose d’envoûtant. Curiosité malsaine ou simple intérêt, avant qu’on ne s’en rende compte, le roman a refermé sur nous son piège, et nous pousse à travers les méandres de souvenirs brumeux et douloureux, qui révèlent enfin, sur la dernière partie, l’horreur d’un silence trop longtemps gardé.

Avec le recul, je comprends mieux la démarche, les maladresses. Et si c’est un roman sur lequel je ne me serais certainement pas arrêtée, je suis vraiment heureuse d’avoir croisé sa route. Parce qu’il évoque avec un détachement pourtant presque passionné un sujet grave qui pourrait vite devenir larmoyant. Il m’a coupé le souffle, me l’a redonné, et a serré ma gorge. Je n’en dis pas plus, parce que je pense que chaque lecteur doit faire son propre chemin. Et lorsque je ferme ce livre pour la dernière fois, les maladresses du début son oubliées, et je n’ai qu’une envie : me lever et marcher. Chapeau bas à Sarah St Vincent, avocate spécialisée dans les droits de l’Homme (oui oui, comme Marc Darcy), qui, en un roman, parvient magnifiquement à transmettre l’essence des histoires qu’elle croise.

Pour info :
éditions La Croisée (anciennement Delcourt Littérature), 264 pages, 21.50€

Publié dans Bouquinade, Roman, Roman historique

La Capucine (Marie Desplechin)

Ami du jour, bonjour !

Je t’en ai brièvement parlé sur les réseaux, cette lecture, je l’ai faite dans le cadre de la rencontre VLEEL (Varions les éditions en Live) avec Marie-Aude Murail et Marie Desplechin, une grande chance pour moi puisque je les considère, chacune à leur manière, comme des piliers de la littérature destinée à la jeunesse.

Sarakontkoi ?
On est au début du XXe, en région parisienne, à Bobigny précisément. Louise a 13 ans, et une grande connaissance de la terre qu’elle cultive pour Gaston, le propriétaire de l’exploitation maraichère en question. Au début du XXe, Bobigny est un peu le potager de Paris, et ses légumes sont exportés jusqu’en Russie. Et si Louise connaît si bien sa terre, si elle l’aime si fort, elle ne peut pourtant pas résister à l’appel de Paris, où elle pense sortir de sa condition miséreuse et échapper aux coups de Gaston…

Tenpenskoi ?
En voilà un roman qui hume bon le début du siècle, le terreau bien fabriqué et l’encens des séances de spiritisme. Ce qui est fascinant, c’est d’entendre l’autrice parler de son roman, nous expliquer qu’en fait, ce sont les cultivateurs et maraichers de Bobigny qui ont développé les méthodes de permaculture que l’on connaît aujourd’hui. Et lorsqu’au détour de l’entretien, elle lâche « moi, quand je rencontre les gosses dans les écoles, j’ai envie de leur dire de faire un métier utile, d’aller travailler la terre, parce qu’il n’y a rien de plus gratifiant ! », on comprend tout l’amour qu’elle y a mis, dans ce roman. Et l’amour de la terre, on le ressent à travers Louise, que la vue d’un bon crottin et de quelques épluchures ravit parce qu’ils nourriront son jardin, qui chérit les simples parce qu’elles protègent ses légumes.

Le roman s’intègre dans une trilogie, Les Filles du siècle, qui met en scène de jeunes adolescentes de 13 ans, fin du XIXe début du XXe. Chaque roman, à sa façon, dépeint les conditions de vie de ces jeunes filles, issues de milieux bien différents (des bourgeoises forcées au mariage aux gamines des rues en passant par les travailleuses silencieuses). Si le style reste agréable, il ne s’adapte pas moins au parler de l’époque, qui donne un aspect franchouillard sympathique aux personnages (et je dis ça sans mauvaise pensée, au contraire). On n’en est pas au féminisme échevelé, au poing brandi et aux seins nus, mais à des voix adolescentes qui cherchent leur chemin, questionnent leurs contemporains, leurs mœurs et surtout, décident de leur avenir.

Bref, c’est une chouette lecture parce qu’on y lit la passion, la détermination, les projets, l’espoir. Et c’est ce que j’aimerais transmettre à la nouvelle génération.

Pour info :
éditions L’École des loisirs, collection Médium, 219 pages, 15€

Publié dans BD, Bouquinade

Les Sœur d’Ys (M.T. Anderson / Jo Rioux)

Ami du jour, bonjour !

J’ai toujours beaucoup de mal à parler de graphique (bande-dessinée, manga, et compagnie) parce que je ne me sens jamais légitime. D’une part parce que j’en lis assez peu (tendance qui semble s’inverser dernièrement) et ensuite parce qu’il faut parler de style graphique. Et alors autant parler texte, je peux faire (oui oui, je pense après toutes ces années pouvoir juger des qualités intrinsèques d’un texte… pas de manière parfaite et absolue, mais je le peux). Autant tout ce qui est visuel m’est totalement étranger. Je vous présente donc mon humble avis, qui n’aura rien de très professionnel, en la matière.

Sarakontkoi ?
La légende de la ville d’Ys est un mythe fondateur des légendes bretonnes. On y découvre la ville d’Ys, protégée de l’assaut des eaux par une digue. Le roi de la ville a eu deux filles avec une fée venue d’un royaume nordique. Tandis que l’une se tourne vers la nature, les animaux et le peuple environnant, l’autre sacrifie son âme à la magie et au pouvoir. Mais aucun pouvoir n’est gratuit…

Tenpenskoi ?
La légende telle qu’elle nous est racontée dans Les Sœurs d’Ys est très différente de celle que l’on trouve dans les versions classiques, plus christianisée. Ces versions ne font état que d’une fille, Dahut, débauchée qui mènera la ville à sa perte. Ici, il est plus question de l’opposition entre le progrès et la nature, le pouvoir et la mesure. Les sœurs sont deux, Rozenn et Dahut, et représentent chacune une idéologie. Tels les Atlantes, les habitant de la cité d’Ys paieront cher leur arrogance et leurs abus.

On se détache de l’aspect hagiographique du mythe, c’est à dire de son rapport avec la vie des saints (saint Corentin en l’occurrence) pour partir du côté des légendes celtiques. Et c’est ce côté celte qui ressort beaucoup ici, à travers les couleurs et les motifs (d’ailleurs, les roux ont encore le mauvais rôle). Personnellement, cette mise en cases très floue, le dessin très rond aux courbes ondulées, tout ça me parle beaucoup (oui, ok, la couverture verte et dorée n’y est pas pour rien).

En bref, un mythe celtique (si on peut dire), servi par un dessin doux et violent à la fois, l’histoire d’une rivalité entre frangines, l’opposition du progrès et de l’opulence avec l’état naturel des choses… j’ai trouvé la revisite résolument moderne. Je me suis régalé les yeux, et j’ai découvert un petit morceau de folklore breton. Je recommande donc. Attention cependant : à ne pas mettre entre les mains des plus jeunes. Je sais que le graphisme est sympa avec toutes ces bouilles rondes et ces jolies couleurs, mais le propos est un brin violent.

Pour info :
éditions Rue de Sèvres, 220 pages, 20€

Publié dans Bouquinade, Roman

La Dernière Abeille (Bren MacDibble)

Ami du jour, bonjour !

On change un peu de registre, je te propose un joli roman, avec une jeune héroïne attachante, et qui porte un chouette message. C’est parti !

Sarakontkoi ?
Pivoine a 9 ans, presque 10. Avec son grand-père et sa grande sœur, elle vit dans une ferme fruitière. Elle rêve d’être une Abeille pour aller polliniser les fleurs sur les arbres. Parce que dans le monde de Pivoine, les abeilles ont presque disparu. Mais ses plans sont dérangés lorsque sa mère la force à la suivre en ville, pour travailler avec elle et « avoir un avenir et une vraie vie ». La ville enferme, la ville étouffe, et Pivoine ne pense qu’à une chose : retrouver sa ferme. Esméralda, la riche enfant gâtée, pourra-t-elle l’aider ?

Tenpenskoi ?
J’ai vu passer le roman sur les réseaux cet été, et je l’ai de suite mis dans un coin de ma tête. Outre le sujet essentiel qu’il aborde (l’écologie, et la mort des abeilles), le personnage de Pivoine avait l’air tout à fait délicieux. Et je ne me suis pas trompée ! Pivoine est une petite sauvageonne aux pieds nus et au caractère bien trempé, qui a mieux compris que bien des adultes ce qui est important dans la vie. Cette gamine, c’est une bourrasque printanière !

L’intelligence de ce roman, c’est de faire rencontrer à cette gamine qui est heureuse d’un rien une riche enfant que tout effraie. Le contraste entre Esméralda et Pivoine fonctionne à merveille ! Tandis que l’une ne pense qu’à quitter ses chaussures et aller courir dans l’herbe, la seconde a peur de tout et ne peut y poser un orteil. C’est l’échange entre les deux enfants qui rend le roman si riche. On y aborde d’ailleurs aussi le deuil, l’absence, et l’abandon.

Bref, un court roman, superbement orchestré et dosé, qui montre sans culpabiliser, et qui nous propose une autre façon de vivre. Je ne peux que vous le conseiller, quel que soit votre âge !

Pour info :
éditions Helium, 162 pages, 14.90€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Le Prince cruel (Holly Black)

Ami du jour, bonjour !

Allez, je suis prête à me faire taper sur les doigts, parce que je vais te causer d’un bouquin que je n’ai pas aimé, alors que les critiques ont été majoritairement dithyrambiques, et que certains attendaient même sa sortie en français depuis longtemps…

Sarakontkoi ?
Jude, sa sœur jumelle Taryn et leur demi-sœur Vivienne ont été enlevée enfants par le père de Vivienne, un cruel général fae, qui a tué leurs parents sous leurs yeux. Toutes deux humaines, Jude et Taryn doivent se battre chaque jour pour survivre à la cruauté de leurs camarades faes. Farouchement déterminée à prouver sa valeur, Jude n’hésite pas à défier le plus jeune prince du royaume, quitte à mettre les pieds dans un complot qui la dépasse et qui pourrait mettre tout le royaume en danger.

Tenpenskoi ?
Après l’avoir vu passer si souvent, avant même sa sortie en France mais surtout après avoir écouté les lectrices en pâmoison parler de la VO, j’ai décidé de donner une chance à ce roman. Une fois sur deux, c’est un désastre. Ici, c’est pas de chance, ce fut la cas.

J’ai trouvé le début tellement long ! On a compris que Jude était badass, qu’elle ne se laissait pas faire, qu’elle ne reconnaissait aucune autorité. Mais sur 1/3 du bouquin, c’est long. Et toutes ces intrigues qui s’entrecroisent, les faux-semblants, perso, je me suis complètement paumée ! Après, ce sont des intrigues de Cour donc, oui, forcément, c’est compliqué. Et puis, oui, c’est bon, j’ai capté que le prince était cruel, que toute sa famille l’était aussi. Que les faes étaient parfois très méchants. Mais franchement, me faire entrer l’info dans le crâne à coups de marteau, c’est un peu lourd. Même les relations entre les personnages ne sont pas très claires : ils s’aiment, se haïssent, se sont aimés…

Bref, beaucoup de clichés, de lieux communs et j’en passe pour une histoire trop compliquée à mon goût. La chronique est courte, mais je ne sais pas quoi dire d’autre. C’était pas une daube intersidérale. Mais clairement, je ne perdrai pas mon temps avec la suite.

Pour info :
éditions Rageot, 544 pages, 18.90€

Publié dans Bouquinade, Roman

Dry (Neal & Jarrod Shusterman)

Ami du jour, bonjour !

J’ai repoussé un peu la rédaction de cette chronique, des éléments de compréhension du roman m’ayant poussée à faire quelques recherches avant de pouvoir en parler correctement. Pour moi, il s’agissait simplement de parler politique et écologie (en très gros). Mais Dry a visiblement plusieurs niveaux de lecture qu’il est intéressant de garder en tête.

Sarakontkoi ?
USA, de nos jours. Une grave crise de l’eau touche la Californie, crise que les médias ont appelée Tap Out. Les barrages construits en amont des fleuves dans les états voisins ont été fermés. Mais cette fois, ça paraît sérieux. Alyssa et son frère Garret, dont les parents sont partis chercher de l’eau sur la côte, se retrouvent seuls, avec pour seul allié Kelton, leur voisin survivaliste un peu taré. Ensemble, ils prennent la décision de partir à la recherche des parents d’Alyssa, et traversent la désolation d’un état dévasté par la folie de ses habitants assoiffés.

Tenpenskoi ?
Mais c’est flippant ! La restriction d’eau est déjà effrayante les étés quand la mairie demande de ne pas remplir les piscines ni arroser les jardins, mais là c’est pire ! Plus d’eau pour boire, se laver, ni même préparer un simple biberon à son bébé. J’en ai eu la gorge sèche tout le long de ma lecture ! Des gestes du quotidien deviennent impossibles, et les jeunes protagonistes font face à la bestialité humaine. Tu as vu les deux folles se battre pour 3 rouleaux de PQ et un paquet de riz ? Imagine ce qu’il en serait pour de l’eau ! Du coup, forcément, ça a fait un peu échos aux premières semaines du confinement.

Le bouquin est criant de réalisme, et l’alternance des points de vue rend le récit tellement vivant ! Et de temps en temps s’intercale ce que les auteurs appellent un « arrêt sur image », une sorte de photographie prise à un instant T par un journaliste ou un passant sur un événement dû à la crise. Pour le coup, les auteurs jouent plus d’une fois avec nos nerfs jusqu’à un climax final de folie !

Je vous parlais de recherches personnelles parce que pour moi, le roman était surtout un cri d’alerte par rapport à notre situation écologique catastrophiques, aux sécheresses, à la désertification de certains milieux. Et franchement, ça marche pour moi. J’ai à peine osé me doucher tellement j’avais peur de gaspiller de l’eau. Mais en parlant avec mon amie Maëlle, qui m’a conseillé ce bouquin, j’ai entrevu un autre thème sous-jacent (merci Maëlle d’avoir mis le doigt dessus) : les californiens ici souffrent de la même gestion merdique des ressources en eau que les palestiniens. Le sujet est très complexe, mais pour simplifier, Israël a construit des barrages sur le Jourdain et creusé des puits qui limitent l’approvisionnement en eau en Palestine et Cisjordanie (on estime que la quantité d’eau par palestinien est 4 fois inférieur à celle d’un israélien). L’eau est d’ailleurs un élément central du conflit israélo-palestinien. C’est trèèèès résumé, mais je te mets un lien vers un article assez bien fait (pour le reste, ou si tu souhaites compléter, je te laisse la parole en commentaire et corrigerai mon billet le cas échéant). Bref, une remise en perspective d’un conflit dans un contexte occidental qui, avouons-le, nous le rend plus tangible. En gros, la question est : et si c’était toi ?

Bref, très efficace, bien écrit, je te conseille Dry. Un conseil cela dit : garde une bouteille à portée de main…

Pour info :
éditions Robert Laffont, collection R, 450 pages, 17.90€

Publié dans Bouquinade, Roman, Roman historique

Mille femmes blanches (Jim Fergus)

Ami du jour, bonjour !

On entame les chroniques des livres que j’ai lus il y a un petit moment, ceux dont j’ai bien souvent parlé rapidement sur les réseaux sans jamais prendre le temps de poster les billets… enfin, de les écrire, pour commencer. Ma tenue du blog, c’est un peu du up and down. Parfois je te ponds une rafale de billets, parfois je ne parviens pas à poster pendant des mois. Et puis, cette année, c’est un peu le yoyo émotionnel quand même. Bref, je te parle de ma lecture de Mille Femmes blanches.

Sarakontkoi ?
1874. May Dodd a décidé de couper les ponts avec sa riche famille pour vivre hors mariage avec un homme qu’elle aime, avec qui elle a deux enfants. Sa famille ne l’entend pas de cette oreille et la fait interner, pratique courante pour éviter le scandale dans les milieux aisés.
Dans le même temps, le Président Grant accepte un marché avec le chef cheyenne Little Wolf : échanger mille femmes blanches contre mille chevaux indiens, afin de mêler les sangs. Bien entendu, Grant recrute le premier contingent de femmes dans les prisons et hôpitaux psychiatrique. May voit là sa chance d’être de nouveau libre.

Tenpenskoi ?
Depuis ma lecture de Ici n’est plus ici, de Tommy Orange, j’ai eu une période où toute cette histoire de natifs américains m’intriguait beaucoup. J’ai retenu deux titres qui traitaient du sujet, L’Envol du moineau, de Amy Belding Brown, et celui-ci. Si les faits énoncés ne sont pas des faits historiques (Wikipedia dit qu’en effet, Little Wolf s’est rendu à Washington en 1973, et que « la teneur des propos échangés est inconnue »), ils sont ici le prétexte à la découverte de la culture indienne via les yeux d’une jeune femme.

Je ne vais pas te mentir, c’est la découverte à la dure, mais on a de la chance, notre héroïne a un fort caractère. Comme on voit la culture indienne à travers les yeux d’une blanche, forcément, leurs coutumes nous sont décrites comme barbares (je parle des séances de transe, de la polygamie, et des rapports hiérarchiques au sein de la tribu). Alors oui, je me suis offusquée bien souvent de l’étroitesse d’esprit des occidentaux, de ce qu’ils trouvaient barbare, ne comprenant pas qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise culture (lol), simplement des êtres humains qui voient le monde différemment. Mais disons que c’était en 1874, et que le monde n’était pas ce qu’il est aujourd’hui (est-il meilleur aujourd’hui ?).

Bref, un livre intéressant, mais pas le waouh auquel je m’attendais. Après, j’étais consciente qu’on serait loin de Pocahontas hein ! Mais il se répète parfois, et visiblement, le tome 2 est un peu une redite, donc je pense que je vais m’en tenir là. Je dois voir maintenant si je me prends L’Envol du moineau. Bref, une potentielle bonne lecture si ce qui gravite autour de la cuture native américaine t’intéresse.

Pour info :
éditions Pocket, 512 pages, 7.95€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Duma Key (Stephen King)

Ami du jour, bonjour !

Bon, c’est toujours un peu la même rengaine mais si tu me suis sur les réseaux sociaux, tu sais un peu de quoi que j’m’apprête à te causer. C’est la deuxième année que j’essaie de lire un peu de King et en général, le challenge #automneduking est une bonne excuse. Et quand je veux lire du King, mais que je ne sais pas trop quoi lire, je me tourne vers mon amie Laura, qui est une grande admiratrice de l’auteur. C’est ce que j’ai fait cette année, avec pour consigne « un long King, en un tome » parce que je les écoute et qu’en ce moment, j’ai beaaaaaucoup de temps (j’écoute en bossant) mais un nombre de crédits limités. Elle m’en a proposé plusieurs, et mon choix final s’est porté sur Duma Key, puisque c’est celui dont je vais te parler.

Sarakontkoi ?
Edgar Freemantle, la cinquantaine, a tout pour être heureux. Son entreprise de construction se porte mieux que jamais, il aime sa femme et ses deux filles, surtout la plus jeune, Ilse. Mais un grave accident de grue lui coûte une partie de ses capacités physiques, son avant-bras droit et son mariage. Après une période de convalescence, son psy lui conseille de changer d’air, et Edgar trouve une maison sur une petite île de Floride, une key comme on les appelle, du nom de Duma. Là, il se met à peindre frénétiquement des tableaux surréalistes, dans lesquels il peint parfois le futur, parfois un passé qui lui est inconnu. Pire, il semble avoir réveillé une présence malfaisante sur l’île. Mais quel est le lien entre lui, la vieille propriétaire riche et sénile, son gardien, et l’horrible passé des habitants de Duma ?

Tenpenskoi ?
Lorsqu’elle m’a conseillé ce bouquin, Laura m’a dit « tu verras, c’est très introspectif, c’est une ambiance particulière, et il y a une grosse réflexion autour de l’art ».

Alors, pour ce qui est de l’ambiance, je valide. Cette espèce de malaise poisseux ne vous lâchera pas de tout le bouquin (en plus, en audio, le liseur est particulièrement bien choisi, il a une voix très profonde). Je l’ai dit sur les réseaux, mais je le redis ici, le roman prend son temps (on parle de plus de 800 pages tout de même). J’avoue que j’ai dû pousser un peu pour avancer sur la première partie, parce que c’était surtout le quotidien d’un homme blessé, diminué, et que, bon, ça a duré un peu quand même. Est-ce que je couperais ? Est-ce que j’accélèrerais ? Pas du tout, cette entrée en matière est nécessaire à l’élaboration de la suite du roman.

Au début, c’est un vrai sac de nœuds. On mélange deux récits : celui d’Edgar, de son quotidien, et un second niveau de récit, qui parle d’art, de dessin. Au début, on ne voit pas bien où veut en venir King. Et puis peu à peu, cette seconde voix se dessine et trouve sa placet, jusqu’au déclic, le « aaaaaaaah, mais oui, c’est bien sûr ». Que dire d’autre ? On a deux ou trois petits moments de frayeur, mais je vous rassure, seul un m’a réellement ébranlée, le reste fait partie du décorum. Donc si comme moi tu es une flipette, tu peux tout de même y aller. Parce qu’on est plutôt dans le fantastique que dans l’horreur. Alors certes, il est question de présence, de marches qui grincent, d’apparitions, mais ce n’est pas une histoire de fantômes. On y parle plus du pouvoir de l’art, de sa capacité à donner vie, à transcender la réalité, à la dépasser. L’acte de création est puissant.

En bref, j’ai beaucoup aimé. C’est du grand King, c’est un vrai travail sur l’ambiance, les personnages, qui apporte une réflexion sous-jacente sur la place de l’art dans l’esprit humain. Du moins, c’est la lecture de j’en ai faite.

Pour info :
éditions Le Livre de Poche, 864 pages, 9.70€

Publié dans Bouquinade, Roman, Roman historique

Alma, T1 : Le vent se lève (Timothée de Fombelle)

Ami du jour, bonjour !

Enfin, je te présente ce roman que j’ai mis si longtemps à terminer (pas pour les raisons que l’on pourrait croire) ! Et pour le coup, comme je ne sais pas du tout quand vont sortir les tomes suivants, je vais déroger à ma règle et ne pas attendre d’avoir lu la trilogie pour t’en parler.

Sarakontkoi ?
1786. Alma vit paisiblement dans une vallée d’Afrique noire avec son père, sa mère et ses deux frères. Mais lorsque le plus jeune, nourri des histoires que lui raconte Alma sur le monde au-delà des montagnes, décide de s’enfuir, Alma part à sa recherche.
Joseph Mars est un tout jeune homme et embarque clandestinement à bord de la Douce Amélie, un navire négrier, afin de trouver un fabuleux trésor. Le destin des deux jeunes gens semble lié, et les poussera inexorablement l’un vers l’autre.

Tenpenskoi ?
Avant de donner mon avis, il faut que tu saches que j’ai une relation très particulière avec les romans de Timothée de Fombelle. C’est un auteur dont je trouve la plume exceptionnelle. Il a ce côté poétique sans le vouloir, sans en faire trop, qui me fascine et me berce. Alors, lorsque j’ai entendu parler de son prochain roman, Alma, je l’a attendu, attendu. Et forcément, plus l’attente se prolongeait, plus j’avais peur de ce roman. Entamer un Timothée de Fombelle, pour moi, c’est un peu comme réessayer ton jean préféré après des mois : il est familier, il est beau, tu sais qu’il te fait un cul d’enfer, mais tu as toujours cette peur, lorsqu’arrive le moment de le boutonner, qu’il ne ferme pas et qu’il ne t’aille plus. Voilà, c’est l’état dans lequel je me trouvais en ouvrant le livre.

Et puis — je me permets de réutiliser ma propre analogie — j’ai ouvert le roman. Et là, c’est un peu comme l’été sur la plage. Au début, t’as chaud, t’es pas bien. Tu transpires un peu, c’est étouffant. Alors arrive une délicieuse brise tiède, un souffle qui te caresse, te rafraîchit, qui sent bon le sable et les embruns. C’est ça. En commençant ma lecture, j’étais mal, je cherchais mes repères. Et puis la plume, et puis les mots, et puis le rythme, tout ça m’a murmuré « fais confiance, laisse-toi faire ». Alors j’ai fait confiance, et j’ai terminé.

J’ai vu beaucoup de critiques sur les réseaux qui trouvaient le livre trop lent, les différentes intrigues trop inégales, et le sujet traité de manière trop académique. Personnellement, ça n’a pas été mon cas. Je ne peux pas être aussi dithyrambique que d’autres, qui ont parlé d’une pure merveille. Je ne recommanderai pas ce roman à tous les lecteurs, parce qu’il faut être réceptif à la sensibilité parfois un peu perchée de l’auteur, à ses récit labyrinthiques dont lui seul possède la clef. Mais si tu lui fais suffisamment confiance, alors tu sentiras, toi aussi, cette douce brise d’été sur ton visage. Et si, comme moi, tu es hyper sensible et que la violence et l’injustice te rendent physiquement malade, rassure-toi, le monstrueux commerce qu’était la traite des Noirs n’est pas ici prétexte à des scènes trop violentes. C’est ce qui me faisait le plus peur. Mais tout est induit. Et puis bon, le livre en lui-même est magnifiquement agrémenté des dessins de François Place, qui avait déjà illustré Tobie Lolness. Et c’est un duo qui fonctionne. Sur ce, je te laisse juge de ta décision : lira, lira pas, c’est à toi de voir 🙂

Pour info :
éditions Gallimard Jeunesse, 400 pages, 18€