Publié dans Bouquinade, Roman

À un cheveu (Maëlle Desard)

Ami du jour, bonjour !

Je t’ai rebattu les oreilles avec cette autrice, je t’ai parlé et reparlé de ses romans, et, forcément, lorsque j’ai appris, par le plus grand des hasards, qu’elle publiait chez Slalom, j’ai sauté sur ma chargée de relations libraires favorite, et je l’ai suppliée de m’envoyer le texte en numérique (une envie pressante, ça n’attend pas). Toutes affaires cessantes, je me suis donc jetée sur le manuscrit, espérant recevoir le roman papier par la suite… Il est arrivé, c’est donc le moment pour moi de poster mon avis. Prépare-toi, c’est drôle, c’est percutant, et ça sort le 28 avril.

Sarakontkoi ?
C’est un nouveau départ pour Emma, 17 ans, qui vient d’emménager dans un nouvel appartement avec ses parents et son frère, d’un an son aîné. Très protecteur envers elle, il a déclenché une bagarre dans leur ancien lycée. La raison ? Emma est atteinte d’alopécie, une maladie congénitale à cause de laquelle elle perd peu à peu tous ses cheveux, jusqu’à devenir quasiment chauve et le centre de l’attention moqueuse de ses anciens camarades. Dans ce lycée, ce sera différent : dissimulé sous une perruque, son crâne ne sera plus la cible des mauvaises blagues, ni des regards scrutateurs, même si pour cela, Emma doit abandonner sa passion, la natation, et mentir chaque jour, en vivant dans la terreur que son secret ne soit révélé.

Tenpenskoi ?
Si un roman porte le nom de Maëlle, tu l’auras compris, je fonce sans réfléchir. Au-delà des personnages hors-normes à qui elle prête sa plume, son style désinvolte, désopilant et sarcastique cache toujours sous sa légèreté un message d’auto-acceptation. Et c’est ce que j’aime : au final, que tu acceptes ses personnages, elle s’en tape un peu, l’important, c’est toujours qu’ils s’acceptent eux-mêmes. On arrête donc de faire du pied au lecteur avec de jolis textes bien pensants, on sort son plus beau chapelet d’injures fleuries, et on fonce.

Maëlle parle ici de différence et d’acceptation, mais surtout d’un sujet qui la touche personnellement, ce qui rend le texte et cette espèce de résilience face à la fatalité très réels. Et elle ne s’arrête pas là : elle aborde des sujets comme les relations toxiques que l’on entretien parce qu’on s’y sent obligés pour ne pas perdre pieds ; l’exposition des ados aux réseaux sociaux, leurs bienfaits comme leurs risques ; et enfin, les liens qui unissent les membres d’une même famille, parfois complexes, forts, inavoués, désintéressés. C’est plein de bonnes ondes, mais ça dit ce que ça a à dire. Ce roman est d’utilité publique, il est urgent de le lire, petits et grands lecteurs, de le lire, et de partager votre lecture. Maëlle rend ses lettres de noblesse à une littérature ado/YA française contemporaine dont je n’attendais plus grand chose. Et rien qu’avec cet argument, toi qui connais la parcimonie avec laquelle je distribue les compliments, tu devrais déjà avoir sauté dans ta voiture pour aller te procurer ce livre chez ton libraire !

Pour info :
éditions Slalom, 317 pages, 14.95€

Publié dans BD, Bouquinade

Les Campbell – Récit complet (Munuera)

Ami du jour, bonjour !

Changeons de registre, veux-tu ? Je te cause un brin BD, avec cette intégrale que m’a (fortement) suggérée mon collègue. En même temps, c’est vrai que c’était chouette (la meuf qui divulgache ses billets –‘).

Sarakontkoi ?
On est sur de la bonne piraterie les enfants ! Campbell a raccroché sa vie de pirate après le décès de son épouse. Aujourd’hui, il s’occupe seul de ses deux filles. Mais un écho venu du passé, un secret de famille bien enfoui, refait surface et l’oblige à reprendre du service.

Tenpenskoi ?
Je suis très mauvais juge en ce qui concerne les illustrations, parce que je n’y connais rien. En revanche, ce que je peux te dire, c’est que celles-là m’ont plu. Le dessin très cartoonesque nous rend les personnages hyper sympathiques. Et cette colorisation ! Toujours dans les tons un peu jaunâtres, elle sait jouer finement pour différencier le présent du passé. Parce que les sauts dans le passé sont le fondement de cette histoire.

L’histoire, venons-y justement. Si sur les premières pages, je me suis dit « moui, pourquoi pas, m’enfin ça casse pas trois pattes à un canard boiteux », au fil du récit et des retours dans le passé, je me suis très fortement attachée à notre protagoniste. On découvre ses ambitions, son amour de la liberté, de la justice (au sens moral du terme), sa fougue et son enthousiasme. Cet amour pour un frère protecteur et omniprésent. Et on commence à rattacher les morceaux petit à petit. C’est beau ! Toute l’histoire tourne autour de la famille au sens large comme au sens intime du terme. Des rancœurs qui restent et qui gangrènent, qui pourrissent. De la rédemption. Du pardon. Petite larmichette sur les dernières pages tout de même… Vraiment, c’était beau, bien construit et touchant, saupoudré de cet humour que je qualifierais d’asterixesque, rapport aux nombreuses références anachroniques un peu chelou, et au nom de certains personnages. Bref, une lecture que je te recommande, sous forme d’intégrale, ou bien tome par tome (la série en compte 5 si je ne m’abuse).

Pour info :
Intégrale : éditions Dupuis, 304 pages, 30.90€
Tomes individuels :
1 – Inferno, 56 pages, 14.95€
2 – Le redoutable pirate Morgan, 56 pages,14.95€
3 – Kidnappé !, 56 pages, 14.95€
4 – L’or de San Brandamo, 14.95€
5 – Les trois malédictions, 64 pages, 14.95€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Virgile & Bloom (Joanne Richoux)

Ami du jour, bonjour !

Parfois, les livres qui nous obsèdent sont ceux qui nous déçoivent le plus. Pas qu’ils soient intrinsèquement mauvais, mais nos attentes semblaient un peu trop élevées. Peut-on imputer la déception à ce pauvre roman dans ce cas ? Tentons de répondre à cette question.

Sarakontkoi ?
Bloom est étudiante en psycho et prend, à ses heures perdues, des cours de violoncelle avec Virgile. Virgile, beau, ténébreux, mystérieux, qui ne boit jamais le café qu’il se sert, et qui semble préférer l’abris des ombres aux plages ensoleillées. Bloom le sait, c’est un vampire. Et un vampire dépressif qui plus est. Or, la dépression et les vampires ne font pas bon ménage, alors pour chasser sa morosité, Bloom lui propose un voyage en forêt de Brocéliande, afin de le forcer à s’y sociabiliser avec d’autres créatures de l’ombre…

Tenpenskoi ?
Moi, j’étais en manque de Maëlle Désard, c’est tout ce que je sais. Et si tu ne sais pas de quoi je parle, zyeute-moi un peu cet article sur Les Tribulation d’Esther Parmentier. Je voulais de ce genre de récit drôlissime, sans prise de tête, avec une héroïne brute de décoffrage au langage peu châtié, qui ne s’en laisse pas conter. De côté-là, je suis servie. Le style très familier rythme une intrigue qui peine parfois à décoller, et emprunte quelques raccourcis malheureux. Et puis, parfois, il fait mouche. Parfois, on kiffe.

Mais jamais Bloom n’arrive à la cheville d’Esther. Dans le rôle de la jeune adulte paumée et désabusée, on en fait un peu trop. Et comme on arrive en plein milieu du schmilblick (Bloom et Virgile se connaissent déjà, et elle lui avoue qu’elle sait qu’il est un vampire dans les premières pages), on n’a pas le temps de comprendre ce qu’est leur relation qu’on est déjà sur la route. Et c’est un peu symptomatique de tout le récit ; en dehors des jérémiades de Bloom, toutes les péripéties sont plus ou moins survolées. Une fin du monde s’annonce ? C’est 10 pages avant la fin du roman. Virgile doit passer des épreuves super difficiles pour intégrer cette petite communauté de monstres ? Elles n’ont de douloureux que quelques mots au détour d’un couloir. On ne voit rien, tout nous est reporté dans des dialogues et quelques observations des personnages. Ce qui fait que je n’ai développé aucune empathie avec Virgile, ni avec Bloom. Et les flashbacks de la vie de Virgile n’ont pas aidé. Trop longs et un peu « meh » à mon goût, ils coupent le rythme que je trouvais déjà un peu lent.

Dommage donc, parce que l’idée de base est sympa, et même originale. Et même si le style est assez cool, et incisif, ça manque trop de développement pour que je m’implique réellement. C’est un tant pis/20.

Pour info :
éditions Actes Sud Junior, 304 pages, 16€

Publié dans Bouquinade, Roman

Today, tonight, tomorrow (Rachel Lynn Solomon)

Ami du jour, bonjour !

L’année commence bien, même si j’aurais préféré entamer 2022 avec une bonne lecture. D’ailleurs, ne pense pas que je suis à jour dans mes billets parce que je te parle de la lecture que je viens de terminer ; simplement, ce roman sortira aussi vite de ma tête qu’il est entré dans ma bibliothèque, donc je t’en parle rapidement, avant d’oublier. Tu l’auras compris, je ne suis guère convaincue par cette romance ado…

Sarakontkoi ?
Dernier jour de lycée pour Rowan, qui marque aussi la fin de sa rivalité avec son plus grand adversaire : Neil McNair, toujours premier lorsqu’elle est seconde, toujours sur ses talons lorsqu’elle arrive en tête. En dehors de ses études, Rowan a un intérêt : la littérature sentimentale, intérêt dont ses proches se moquent gentiment. Ce soir, c’est la dédicace de l’autrice favorite de Rowan, mais c’est aussi la Traque, jeu de piste géant organisé pour les Séniors par les 3e année. Ce soir, Rowan devra jongler avec ses amies, un Niel McNair pas si agaçant, et une passion dont elle a honte. Et si cette nuit était la clé pour tout changer ?

Tenpenskoi ?
Je suis un peu triste de te dire ce que j’ai réellement pensé de ce roman. Parce qu’il est bourré de bonnes intentions ! D’ailleurs, commençons par là : l’autrice aborde des thèmes tels que la libération de la sexualité chez les adolescentes et l’inexpérience d’un jeune homme face à une jeune femme expérimentée, le dialogue autour des envies sexuelles dans un couple adolescent, les préjugés face à une communauté donnée (ici, la communauté juive). Et tout ça, c’est vraiment cool !

Mais c’est fait avec une telle maladresse… et j’en suis la première désolée. Les solutions sont téléphonées aux protagonistes de manière peu subtiles. Tu cherches une réponse à une énigme ? Bah justement, t’appelles ta mère pour tout autre chose et elle te raconte une anecdote pleine de nostalgie qui n’a rien à voir avec le schmilblick et qui contient la réponse. Les dialogues manquent cruellement de naturel. Et puis alors ce troisième acte (tu sais, celui où les n’amoureux ils sont plus si z’amoureux parce qu’il y en a un qui comprend un truc de travers)… Là, j’ai pas compris. J’ai eu envie de frapper Rowan. Cette colère n’avait aucun sens, ça sortait de nulle part. Ca servait juste l’intrigue, et dans ces quelques paragraphes, je ne lisais que : « scénario scénario scénario, scénario scénario, scénario ! »

Parlons de la passion de Rowan pour la littérature sentimentale. Elle en fait des caisses, des montagnes même ! Et vas-y que « la littérature sentimentale est un genre écrit pour les femmes qui se penche sur leurs envies et qui elles sont vraiment », ou encore c’est « le seul genre où les relations entre les personnages sont au centre de l’action », et je te passe les scènes d’aveux à ses proches, genre « bonjour, je m’appelle Rowan Roth, j’aime la littérature sentimentale, accepte-le ». À un moment, j’ai eu envie de hurler « Rowan, c’est pas un coming out ma fille, remets-t’en ». Ce roman n’est pas une purge, loin de là. Mais il manque de style et de subtilité. Ma note : dommage/20. J’en ai un autre de la collection, on verra bien ce que ça donne.

Pour info :
éditions Milan (trad. de l’anglais par Leslie Damant-Jeandel), 416 pages, 16.90€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Lore (Alexandra Bracken)

Ami du jour, bonjour !

Aujourd’hui vient la douloureuse. Je casse le mythe de ce coup de cœur des réseaux, et je m’en vais t’expliquer comment faire d’un scénario prometteur un roman sans grand intérêt.

Sarakontkoi ?
Tous les sept ans, depuis que les dieux majeurs de l’Olympe ont défié Zeus, a lieu l’Agon. C’est une chasse punitive d’une semaine lors de laquelle Athéna, Artemis, Arès, Apollon et les autres sont envoyés sur terre en tant que mortels, et chassés par les héritiers des grandes maisons (celles d’Achille, de Persée, de Thésée, etc.). Lorsqu’un dieu est tué, le mortel qui a porté le coup prend sa place et est à son tour chassé lors de l’Agon suivant. Lore vit à New-York, elle est la dernière descendante des Perséides, et refuse d’être mêlée à l’Agon. Mais lorsque celui qui a tué ses parents reçoit les pouvoirs d’Arès, la vengeance la pousse à entrer dans le jeu… Et si tout cela n’était que manipulation ?

Tenpenskoi ?
Avant même de te parler du contenu, je vais te causer un brin conjugaison. Putain tu publies pas un roman quand tu ne connais pas la concordance des temps et des modes. Ca m’a rendue dingue ! Quand tout ton récit est au passé, tu ne peux pas conjuguer les verbe d’une proposition introduite par « après que » au présent ! Je te donne quelques exemples :
– « Il restèrent plusieurs minutes sans rien dire après que Lore a fini d’expliquer… »
– « les documents [qu’on lui avait obtenus] après que sa famille a été assassinée« 
– « leur extinction était survenue après que les lignées ont décidé d’adopter […] »
J’ai mal, mais j’ai mal ! C’est le premier De Saxus que je lis en français, et après leur « communiqué » sur l’embauche de nouveaux collaborateurs pour un meilleur rendu final, j’y croyais. Mais comment un traducteur, un correcteur ET un éditeur ont-ils pu laisser passer ça ?

Après cette purge grammaticale, j’ai tout de même tenté de rester concentrée sur l’histoire. Dans sa globalité, c’est un « pourquoi pas ». Perso, je m’attendais à un Hunger Games (et c’est un peu ce qui nous avait été vendu) dans un trip mythologie grecque. On est bien en-dessous. Dans les faits, les descriptions de combats sont tellement brouillonnes que je me demande comment, physiquement, certains personnages se retrouvent là où ils sont, sont blessés là où ils le sont. J’ai dû relire certains passages 4 ou 5 fois, sans comprendre la physique de la scène. Je ne sais pas si c’est le texte original qui manque de précision, ou la traduction qui est trop inexacte… Et toutes ces généalogies, et ces alliances, c’est d’un compliqué ! C’est dommage, parce que le retournement de situation aurait pu être surprenant…

En bref, une bonne idée, ça ne fait pas un bon roman. J’ai passé toute ma lecture les sourcils froncés ou les yeux levés. Je dis donc bye bye à mon exemplaire, qui, je l’espère, fera un heureux. Et je suis dégoûtée, parce que la version hardback du livre est vraiment belle, toilée, avec cette tête de Méduse dorée… Un réel déchirement. Pour moi, De Saxus, c’est terminé. Si je veux lire leurs publications, ce sera en VO.

Pour info :
éditions De Saxus (trad. de l’anglais par Jean-Baptiste Bernet), 628 pages, 19.90€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

La Vie invisible d’Addie Larue (V. E. Schwab)

Ami du jour, bonjour !

Parlons peu, parlons bien, parlons lecture (en même temps, quoi d’autre ?) avec un roman que j’ai écouté (merci Audible) après en avoir entendu parlé au moins un million de fois sur les réseaux. Les avis étaient tantôt très positifs, tantôt de l’ordre du « meh ». Il fallait que je me fasse mon avis.

Sarakontkoi ?
1714, France. Adeline Larue vit heureuse avec ses parents, jusqu’à ce qu’ils décident de la marier avec un homme qu’elle n’aime pas. D’abord résolue à faire ce qu’on attend d’elle, elle ne peut se résoudre à passer sa vie à étouffer ses rêves de liberté. Dans un acte de désespoir profond, elle en appelle à un dieu peu miséricordieux, qui exauce son vœu. Elle vivra sa vie, libre et sans attache, aussi longtemps qu’elle le voudra. Mais jamais elle ne pourra laisser sa marque en ce monde, ni dans les mémoires. Un siècle, puis deux s’écoulent dans la plus grande des solitudes, jusqu’à ce qu’un jour, elle entende enfin ces mots qu’elle n’attendait plus : « je me souviens de vous ».

Tenpenskoi ?
Team WAOUH ! J’ai adoré de bout en bout. Alors bien entendu, on est loin du page turner, du roman d’aventures, dont le suspens nous tord les entrailles. Le roman s’écoule telle une rivière paisible, parfois profonde et glaciale, parfois fraîche et chantante. Dans les faits, il t’embarque dans la vie d’Addie, à travers les hauts, les bas, les guerres, les instants de désespoir, et ceux, bénis, qui précèdent l’oubli. Parce qu’il est impossible de se souvenir d’elle une fois qu’on lui a tourné le dos, sa vie est d’abord un enfer, puis un terrain de jeu. Je n’avais rien lu de Victoria Schwab avant ça, même si j’en entends beaucoup parler (coucou Shades of Magic) ; j’avais très peur de sa plume, qu’elle ne soit qu’une copie de Anne Robillard ou Sophie Audouin-Mamikonian, que je trouve lourdes et bourrées de stéréotypes. Mais pas du tout. C’était emprunt d’émotions, et même sincèrement poignant par moment (bah oui, j’ai versé ma larmichette).

On y aborde le thème du souvenir, de la mémoire, de l’impact qu’on a sur les êtres dont le chemin croise le nôtre. Du prix de la liberté aussi. Sans tomber dans le mélodrame, le roman crie la solitude, le besoin d’amour et de reconnaissance. Addie est une femme intelligente, qui fait preuve de ressources, fière, parfois fragile ; il lui arrive de se planter lamentablement, mais toujours, elle avance. En bref, c’est un roman emprunt de mélancolie, loin pourtant de te plonger dans la dépression, il est fort, et il a chanté à mon oreille la chanson de l’éternité. Pour le coup, je me suis même procuré la version papier, histoire de pouvoir le prêter…

Pour info :
éditions Lumen (traduit de l’anglais par Sarah Dali), 696 pages, 17€

Publié dans Bouquinade, Roman

Là où chantent les écrevisses (Delia Owens)

Ami du jour, bonjour !

Tentons de nous mettre à jour dans nos retour de lecture… surtout moi ! Et pour le coup, cette lecture (cette écoute pour être exacte) a attendu dans mes tiroirs un petit bout de temps, tout de même. Depuis ma merveilleuse lecture de Dans la forêt, je n’avais pas réellement relu de nature writing survivaliste, et celui-ci me faisait de l’œil depuis le rayon littérature de mon collègue. Qu’à cela ne tienne, merci mon abonnement Audible, j’ai sauté sur l’occasion !

Sarakontkoi ?
Successivement abandonnée par sa mère, ses frères et sœurs plus âgés, et enfin par son père alcoolique et violent, la jeune Kya, 10 ans, la « Fille des marais » comme l’appellent les habitant de la Barkley Cove (Caroline du Nord), n’a d’autre choix que de survivre par elle-même. Incollable sur la faune et la flore des marais, elle pêche et cueille, et vend le fruit de son travail en ville. Sa rencontre avec le jeune Tate, qui voit en elle autre chose que la sauvageonne analphabète, bouleverse sa vie… Lorsqu’une quinzaine d’années plus tard, un corps est retrouvé dans la boue du marais, c’est forcément sur elle que portent les soupçons.

Tenpenskoi ?
Un récit initiatique survivaliste ? Il n’en fallait pas plus pour m’intriguer, m’appeler, m’obséder, et pour finalement me faire craquer. Et j’en ai eu pour mon argent. Le roman a deux temporalités : une première, fin des années 70, où le corps du beau gosse, star locale, est retrouvé dans le marais, et où le lecteur suit l’enquête du shérif. Et la seconde dans les années 60, qui s’étend sur une dizaine d’années, où l’on voit Kya survivre, s’instruire, grandir dans une solitude quasi totale. Les connaissances qu’elle acquiert et emmagasine te donnent juste envie de dévorer des bouquins sur le biotope du marais. Kya y met un tel amour, une telle passion, surtout chez une gamine qui part de rien, c’est juste une pure merveille.

Le style de Delia Owens se fait tantôt poétique, presque lyrique, lorsque Kya observe la nature autour d’elle, et plus directe et factuel lorsqu’il s’agit d’humains, comme si Kya ne pouvait voir en ses semblables la beauté qu’elle observe dans son marais. Si le récit de l’enquête puis le procès — dont les passages s’intercalent avec l’enfance et l’adolescence de Kya — restent très anecdotique, l’évolution de la jeune femme qu’elle devient est fascinante. J’ai avalé ce roman comme on déguste un met étranger : avec un peu de méfiance au début, puis une gourmandise inattendue. J’ai particulièrement aimé la fin, que j’ai trouvée touchante à sa manière. Beaucoup m’ont demandé si je l’avais lu parce que Reese Witherspoon en avait parlé pour son club de lecture et avait adoré. Que nenni, je n’avais rien entendu à son sujet avant de l’ouvrir. Bref, une lecture que je recommanderai aux curieux, aux amoureux de nature writing et aux amateurs de chemin de vie.

Pour info :
éditions Points (traduit de l’anglais par Marc Amfreville), 480 pages, 8.50€

Publié dans Bouquinade, Roman

Attention Spoiler (Olivia Dade)

Ami du jour, bonjour !

Avant de partir en congés cet été, j’ai remarqué dans le rayon littérature sentimentale de mon collègue un roman dont le personnage féminin sur la couverture était assez hors du commun (du genre bien en chair). Je me suis dit : romance + perso féminin en surpoids. Idéale pour les vacances, je prends, on verra bien…

Sarakontkoi ?
Marcus, acteur dans une série TV à succès, et April, géologue complexée par son corps, ont une chose en commun : ils écrivent des fan-fictions sur la série dans laquelle joue Marcus. Lui répare les désolantes platitudes des scénaristes en écrivant sous pseudos, elle développe une romance totalement sous-valorisée à l’écran. Sans savoir qui ils sont, ils échangent via le serveur créé par April. Jusqu’au jour où April ose poster une photo d’elle dans un cosplay de la série, et que certains commentaires plus qu’haineux poussent Marcus, révolté, à intervenir…

Tenpenskoi ?
Mon intuition s’est avérée exacte : lecture de vacances très sympa. Je dois te prévenir, le roman contient des scènes explicites. Oui, ça veut dire qu’on parle de sexe et qu’on décrit dans le menu détail quelques parties de jambes en l’air. Le roman, fort heureusement, ne se résume pas à ça. Il met en scène des personnages quarantenaires (ou presque), un peu écorchés, elle par son aspect physique que ses parents ne peuvent s’empêcher de pointer du doigt, lui par des difficultés personnelles (que je vous laisse découvrir) l’empêchant d’être le fils parfait de ses deux universitaires de parents. Ils se réduisent l’un comme l’autre à d’insignifiantes déceptions parentales. Mais leur rencontre, sur les réseaux comme IRL, les amène à reconsidérer l’image qu’ils ont d’eux-mêmes.

Beaucoup de positivisme dans cette sympathique romance. La relation d’April et Marcus, loin de ce que je peux voir passer, n’est pas malsaine, ni destructrice. Ils se poussent l’un-l’autre à avancer, à trouver leur valeur, à accepter d’être ce que l’autre recherche. Une belle construction de personnages donc. On ne va pas se mentir par contre, le roman est construit comme une comédie romantique (se rencontrer – s’apprivoiser et s’aimer – se disputer – se réconcilier). J’ai aimé qu’April s’accepte peu à peu, D’aucuns diront que le roman a un petit côté moralisateur. Je ne le vois pas comme ça. Certes, le côté acceptation de soi est très poussé chez April comme chez Marcus, mais je me dis que c’est un premier pas vers la désuniformisation des personnages. Marcus est beau gosse mais il cache ses propres fêlures. Bref, une chouette lecture, même si elle ne sera pas la plus mémorable de cette année. Et puis, que la meuf hors canons physiques se tape le beau gosse, c’est un peu mon guilty pleasure

Pour info :
éditions Hauteville (trad. de l’anglais par Claire Allouch), 512 pages, 18.50€

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Le Trône des sept îles (Adalyn Grace)

Ami du jour, bonjour !

C’est drôle la vie… Tu fais des piles à lire, tu te dis que tu dois commencer tel ou tel roman… et puis ta copine dit qu’elle entame un roman que tu as dans ta PAL et que tu ne pensais pas choisir avant un millénaire, et BOUM ! tu te lances. Et voilà un bouquin que je pensais voir prendre la poussière pendant un moment qui en sort et est lu en moins d’une semaine.

Sarakontkoi ?
Le royaume de Visidia est divisé en sept îles, et chaque île pratique sa propre magie (magie des éléments, de l’esprit, de la matière, etc.). Il est impossible de pratiquer plusieurs formes de magie sous peine de mourir de folie. La princesse Amora, héritière du trône, doit produire une démonstration de sa magie. Mais rien ne se passe comme prévu, la démonstration échoue, et Amora fuit avec l’aide de Bastian, un jeune pirate, afin de se racheter et de sauver le royaume d’une menace sourde qui gronde au sud.

Tenpenskoi ?
Comme j’ai lu le roman en anglais, je poste la photo de mon exemplaire, intitulé All the stars and teeth. Je vais être très honnête, les récits de piraterie et moi ne sommes vraiment pas copains ces temps-ci. Je te laisse remonter le fil de mes chroniques pour comprendre pourquoi. Là, j’ai vu venir le truc du couple « princesse de caractère + pirate rebelle = amour toujours (mais avant on se tourne autour des plombes) » et point. En fait, pas du tout, la configuration des personnages, la jeune princesse un peu paumée, le mystérieux pirate solitaire, le fiancé promis qu’on est obligés de se coltiner a quelque chose de comique et crée une dynamique très sympa. N’oublions pas le personnage de la sirène, qui arrive un peu plus tard dans le roman et donne un nouveau souffle au trio de base.

De chouettes personnages donc, mais aussi un univers aux règles peu communes, une magie pas si innée qu’on le pensait, de lourds secrets qui pèsent sur la famille royale et la création du royaume, et un méchant aux motivations pas si machiavéliques que ça. Qu’on se le dise, il ne s’agit pas de piraterie à proprement parler, plutôt d’un roman d’aventures en mer. Mais il nous offre ce dont on manquait depuis longtemps (coucou La Carte des Confins et Daughter Of The Pirate King). Le petit groupe de personnages fonctionne très bien. Et la génèse de toute cette tambouille t’en bouche un coin. Je me réconcilie donc avec toi, piraterie (ou presque). Attention cela dit, la version française est parue chez De Saxus, et au vu du soin discutable accordé à la relecture des textes que j’ai eu l’occasion de lire chez eux, je ne me prononce pas quant à la qualité de cette traduction. La VO est très correcte, sans être un gros coup de cœur en termes de style, mais elle se lit très bien. Fallait le préciser.

Pour info :
éditions De Saxus (trad. de l’anglais par Aurélie Orkan), 411 pages, 21.90€

Publié dans Bouquinade, Roman

Le plan extravagant de Vita Marlowe (Katherine Rundell)

Ami du jour, bonjour !

Laisse-moi te présenter aujourd’hui la petite chose que j’ai reçue au courrier, ce roman sur lequel je ne me serais probablement jamais arrêtée si Gallimard Jeunesse ne me l’avait envoyée, et si ma copine Charlotte ne m’avait pas proposé de le lire avec elle. Laisse-moi te présenter Vita Marlowe.

Sarakontkoi ?
Dans le New-York des années 20, la jeune Vita Marlowe (12 ans) tente avec sa mère de convaincre son grand-père de rentrer en Angleterre avec elles. Le vieil homme se morfond depuis la mort de son épouse et la perte de son manoir au profit d’une canaille de la pire espèce, un type louche qui semble tirer profit des propriétaires du quartier. Vita n’entend pas abandonner son grand-père au désespoir si facilement. Aidée d’un jeune acrobate et d’un dresseur d’animaux, ainsi que d’une pique-pocket, elle met en place un plan ingénieux… mais dangereux.

Tenpenskoi ?
On revient sur mon histoire de « roman à couettes », trop guilleret pour que je l’apprécie vraiment… bah c’est pas le cas ici. Vita est une gamine vive d’esprit, qui porte les séquelles d’une maladie infantile, mais qui ne s’en laisse pas compter. Et si parfois son courage semble vaciller, elle n’en reste pas moins pleine de ressources. Les autres gosses ne sont pas en reste. Artistes d’un cirque ambulant établi dans le théâtre situé en face de chez son grand-père, leurs rêves et leur talent sont leurs plus gros atouts.

Une histoire de gangster pour gosses qui fleure bon le New-York post Première Guerre Mondiale, des cabrioles, des retournements de situation, bref, un roman d’aventure comme on les aime. Des gosses suffisamment inconscients pour qu’on ait peur pour eux, des méchants crédibles (genre vraiment méchants), et cette étincelle d’effronterie propre aux enfants. Tu l’auras compris, j’ai du mal à développer sur le sujet, mais ce fut une chouette récréation pour moi, bien écrite qui plus est. Katherine Rundell a le chic pour écrire des personnages attachants, et pour raconter des histoires aux jeunes sans les prendre pour des imbéciles. Donc pas de romans à couettes, juste des lectures très cools, que je recommande sans hésiter ! Personnellement, je me ferais bien Cœur de loup, et L’Explorateur, de la même autrice, histoire de vérifier que je transforme bien l’essai…

Pour info :
éditions Gallimard Jeunesse (trad. de l’anglais par Alice Machand), 320 pages, 16€