Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

Des fleurs pour Algernon (Daniel Keyes)

Sur conseils de Nico. Moi la SF, c’est pas mon truc, mais là, j’avais promis. On a parfois de bonnes surprises à suivre des conseils…

Charlie est un jeune arriéré mental. Il ne demande rien à personne et mène tranquillement sa vie, qu’il partage entre son job à la boulangerie et ses cours du soir pour apprendre à lire et à écrire. Son plus grand souhait : devenir intelligent. Un jour, on lui propose une opération qui pourrait faire de lui un génie. Commence alors une longue série de tests, durant lesquels Charlie devra notamment mesurer son intelligence à celle d’Algernon, une souris qui a elle aussi subi l’opération. Après l’opération, rien n’est plus pareil.

L’histoire d’un homme qui, en devenant intelligent, prend conscience de sa condition. La question de l’humanité : qu’est-ce que c’est ? Un homme est-il toujours humain ? Quel rapport avec la conscience qu’il a de ses actes ? Il est clair que la différence gêne, qu’elle soit issue d’une infériorité ou d’une supériorité mentale. Charlie ne trouve pas sa place. Et l’intelligence, si  elle est parfois un moteur si utilisée à bon escient, est aussi le nid des secrets, de la mesquinerie et des peines.

Un récit extrêmement bien mené, où Charlie nous conte lui-même son histoire. On peut ainsi le voir progresser, et comprendre ses comportements qui nous paraîtraient odieux vus de l’extérieur. On est témoins de sa fulgurante ascension et de ses conséquences, de sa vie qui ne lui appartient plus, qui ne lui a jamais appartenu, des révélations sur ses amis. Témoins oui, mais tellement impuissants face à son désarroi… on est aspirés dans un vortex de réflexions sur la nature humaine, sur l’intelligence, et j’ai peur de citer la psychologie, de peur que ce gros mot ne vous fasse passer à côté de ce petit bijou, classique de la S.F. (légère la S.F., on n’est pas dans un lointain futur avec voitures volantes et voyages sur Mars). À lire.

Pour info :
J’ai lu, collection Science-fiction, 252 pages.

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Céleste, ma planète (Timothée de Fombelle)

L’oreille tendue dans le service où je travaille actuellement, j’ai entendu pas mal d’éloges au sujet de ce livre. Et puis, Timothée de Fombelle, je connaissais pour Tobie, et c’est un peu la star de chez Galli Jeunesse. Alors bon, je n’ai pas pris un grand risque.

Un jeune collégien vivant dans un futur possible, une ville où l’on ne pose pas pied à terre, où l’on passe d’un immeuble à un autre via des passerelles, où même les ascenseurs des centres commerciaux sont des centres commerciaux miniatures, ou le sommets des tours se perd dans des nuages de pollution condensés. Une ville qui pourrait être partout et nulle part. Le garçon a décidé de ne plus tomber amoureux, ça fait trop mal. Mais un jour, il tombe sur Céleste, il tombe sous son charme, il tombe amoureux et il tombe de haut. Lorsque Céleste disparaît, il se lance à sa recherche et découvre une terrible vérité.

Une histoire d’amour, mais pas que. Parler de ce livre comme d’un simple traité écologique serait aussi très réducteur. C’est avant tout l’histoire d’un espoir. D’une confiance en l’avenir, en l’être humain, et en sa capacité à ouvrir les yeux sur ce qui l’entoure. Sauver l’amour de sa vie, sauver sa Maison, sa planète. Timothée nous montre que les deux combats ne sont pas si éloignés l’un de l’autre.

Un texte très court, très simple. Adressé aux enfants (ou du moins aux jeunes de plus de 10 ans) de par son ton et ses personnages, ce petit livre reste une magnifique métaphore de l’amour que l’on peut porter à sa planète si on la regarde bien. Loin des discours moralisateur, De Fombelle nous dessine simplement, en quelques pages, ce qui pourrait être. Ce que nous pourrions être. Un vrai petit rayon de soleil ! À lire, pour les grands comme les petits (en même pas une heure, c’est fait).

Pour info :
Gallimard Jeunesse, collection Folio Junior, 92 pages

 

Publié dans Le mot du jour

Le mot du jour

Arf, toujours pas inspirée. Pas les propositions qui manquent, mais je ne suis toujours pas tombée sur celui qui me fera jubiler… bon, contentons-nous de ce que nous avons.

Le mot du jour : plutonique.

Pourquoi celui-ci ? Eh bien parce qu’on peut tout à fait l’utiliser dans la vie courante (surtout si on est auvergnat… et Dieu sait que mon Auvergne me manque). Et puis parce que c’est le mot qu’a utilisé mon copain Romain pour nous faire ses adieux (il s’en retourne dans sa ville de Nantes).
Plutonique est un terme géologique que l’on utilise pour parler de certaines roches. On y reconnaît la racine Pluto-, qui en latin désigne le dieu des Enfers, Pluton, qui réside dans les entrailles de la terre. À noter que dans la mythologie grecque, les Enfers n’étaient pas l’enfer des chrétiens, mais simplement le royaume où se rendaient les âmes des morts. Donc, revenons à notre roche. Une roche plutonique est simplement une roche qui vient du plus profond de la Terre, produite par l’action des forces internes qui y sont à l’œuvre. La roche volcanique est une roche plutonique par essence (d’ailleurs, Romain, je ne comprends pas ton opposition volcanique/plutonique).

Ah, mon Auvergne volcanique, mon Auvergne plutonique… !

Mea culpa : Romain je te présente mes excuses ; j’ai discuté hier avec un étudiant en géologie partiellement éméché par la vodka et la bière et il m’a expliqué la différence entre volcanique et plutonique. Une roche volcanique refroidit instantanément. Une roche plutonique refroidit lentement et a le temps de cristalliser. Elle remonte à la surface grâce à l’érosion.

Publié dans Bouquinade, Litté de l'imaginaire (SF, Fantasy, Fantastique)

L’amour dure plus qu’une vie (Ann Brashares)

Une des dernières acquisitions de Gallimard Jeunesse (un achat à l’étranger quoi). Le titre était prometteur (en particulier pour les fleur bleues)… et il s’agit de l’auteure de la quadrilogie Quatre filles et un jean (également publié chez Galli Jeunesse). Alors je me suis dit : Let’s see!

Lucy est une lycéenne à première vue banale. Et comme toutes les lycéennes banales, elle en pince pour le mystérieux Daniel, qui ne semble pas lui prêter plus d’attention que ça. Au bal de fin d’année du lycée, il vient pourtant la voir et lui affirme qu’ils se connaissent depuis longtemps. Plusieurs siècles. Lucy, submergée par un flot de sentiments contradictoires et de souvenirs qui ne sont pas les siens, s’enfuit. Quelques années plus tard, elle cherche à connaître la vérité. Son chemin la mènera vers ses passés communs avec Daniel.

C’est le premier roman du genre que je lis. Les réincarnations, tout ça, c’est peut-être du vu et revu, pour moi c’était tout neuf. Et il y a aussi la question de la mémoire. Que faire lorsque l’on se souvient de ses vies antérieures, que l’on dispose de cette Mémoire ? N’être qu’une personne tout au long de son existence, constante dans son caractère, ses centres d’intérêt jusqu’à son prénom, au-delà des contraintes de sexe, d’époque et de milieu social ? Ou bien vivre chaque vie comme elle nous est proposée et construire des liens et une nouvelle vie dans chacune d’entre elles ? Daniel a fait le premier choix. Et c’est au long de ses nombreuses vies que son amour, sa passion pour Lucy, se sont renforcés.

Le livre est plein d’aller-retours dans le temps. J’ai eu peur, au début, que ça ne perturbe la lecture. Mais il s’avère que chaque période est bien ancrée et délimitée, et suit l’avancée logique et chronologique de cette histoire d’amour pas comme les autres. Chaque chapitre est daté et localisé. Pas de soucis de ce côté là. Mais quelques longueurs dans le récit, pour pas grand chose parfois. Je dirais que c’est sympa, mais un peu lourd et un peu long pour une fin dont on ignore si elle est la fin du livre ou la fin de l’histoire (une suite ?). Pas de forte impression sur celui-ci. Mais je vais enfin pouvoir lire Promise ! C’est le bon côté de la chose.

Pour info :
Gallimard Jeunesse, collection Hors Série Littérature, 368 pages

Publié dans Le mot du jour

Le mot du jour

Allez, histoire de dire que non, je ne fais pas plus rien… Un mot du jour (et sa définition) croisés dans un documentaire philosophique pour enfants.*

Le mot du jour : profane.

C’est étrange. Tout le monde (ou presque) sait à peu près ce que profane veut dire. On en a même fait un verbe : profaner. C’est passé dans l’opinion publique comme signifiant « anti-religion » dans le sens de « hostile à, contre telle religion ». En fait, profane signifie simplement « étranger à la religion », qui n’a rien à voir avec.
La faute aux origines latines du mot : pro veut dire devant et fanum désigne le temple, le lieu sacré. C’est donc tout ce qui reste devant, en dehors des lieux sacrés et donc des rites et des croyances.

À utiliser un mot pour un autre, on finit par tout comprendre de travers.

 

*Pourquoi on écrit des romans…, Danièle Sallenave, Gallimard Jeunesse/Giboulée, collection Chouette ! Penser.

Publié dans Bouquinade, Roman historique

La jeune fille à la plume (Katherine Sturtevant)

Bonjour à tous, bonjour à toutes !

Je suis fière de moi, je tiens un rythme de la mort en ce moment (en même temps lire 40 bouquins à la fois fait que vous les finissez moins vite, mais tous en même temps, donc ça en fait des choses à dire).

Fin XVII siècle, en Angleterre. Meg est une jeune fille de 16 ans, indépendante et passionnée par les livres et l’écriture. Sa chance : son père est éditeur-libraire (à l’époque, les éditeurs publiaient les livres avec la permission du pouvoir en place et les vendaient), et elle l’aide au magasin. Sa malédiction : être une femme à une époque où les écrivains de sexe féminin sont mal perçus, au cœur de tous les scandales. Pour cette raison, son père lui interdit de prendre la plume. Pourtant, un jour, le frère de sa meilleure amie se fait enlever par des pirates et est vendu comme esclave à Alger. Pour payer sa rançon, Meg mettra sa plume à contribution. Au retour d’Edward, une nouvelle chance d’écrire se présente à elle… et la poussera à aller à l’encontre des esprits étriqués de son siècle.

Une belle histoire ma foi. On en apprend beaucoup sur la condition des femmes dans l’Angleterre du XVIIe, mais aussi sur le regard que portaient les occidentaux sur le monde qui les entoure. Et puis, on a cette passion pour les mots que bien des jeunes filles, même aujourd’hui, connaissent. On se prend à rêver d’aventures et de succès littéraire avec Meg, la sauce prend. Les personnages, extrêmement vivants, portent cette histoire à bout de bras et acheminent le message du roman jusque dans les jeunes esprits ; on y parle liberté, tolérance, ouverture d’esprit, amour du livre et de la pensée.

Quelques faiblesses cependant, notamment des lieux communs sur le personnage de Meg. Mais surtout, impardonnable, de nombreuses coquilles et de gros problèmes de concordance des temps. Je me demande si je ne vais pas me fendre d’une lettre à Bayard Jeunesse pour leur remonter les bretelles. Parce que si M. Moore, le père de Meg, prend son métier très au sérieux, il serait bien venu que Bayard en fasse de même et se rende compte de la responsabilité qui pèse sur ses épaules ! À lire tout de même.

Pour info :
Bayard Jeunesse, collection Millezime, 320 pages

Publié dans BD, Bouquinade

Princesse aime princesse (Lisa Mandel)

Un petit truc tout sympa qui nous tombe par hasard entre les mains… qu’est-ce que c’est chouette de bosser chez Gallimard Jeunesse !

Codette, 16 ans, est une réfugiée originaire du Watakou. Elle habite maintenant dans un pays (j’aurais tendance à dire une France très américanisée) qui lui est étranger, avec son père et sa belle-mère. Désireuse de s’intégrer, elle suit sa cousine dans une grande fête sur le toit du plus grand building de la ville. De fil en aiguille, les défis stupides pleuvent au sein du groupe, et le sien n’est pas des plus simples : aller embrasser Végétaline, fille de la richissime propriétaire de l’immeuble, l’organisatrice de la fête et des nombreuses autres qui ont précédé, mais que l’on a jamais vue à aucune d’entre elles…

Une histoire de premier amour, de découverte sexuelle, mais pas que. Ça parle d’ados, de parents étouffants (littéralement pour le coup), d’appartenance ethnique, le tout condensé, mixé, et ma foi, le mélange fonctionne, on passe un bon petit moment. Soutenue par un graphisme simple (qui n’est pas sans rappeler le style actuel de certaines BD indépendantes, mais en colorisé), la BD nous emporte à 1 000 lieue de nulle part, mais c’est agréable.

Autant ne pas vous le cacher, c’est totalement barré, comme écrit sous ecsta, et bourré de métaphores. Mais l’histoire est bien ficelée, et les quelques minutes (une demi-heure, pas plus) que l’on vole pour parcourir ce petit OVNI sont un réel délice, comme un grand verre de sirop-fraise. C’est simple, mais c’est bon.

Pour info :
Gallimard Jeunesse, collection Bayou, 128 pages

Publié dans Le mot du jour

Le mot du jour

Et re-bonjour !

Me revoici, non pas pour je ne sais quel mot farfelu, mais pour le mot du jour, celui que vous trouverez dans le dico. Enfin, les mots pour aujourd’hui…

Les mots du jour : emmener/amener
emporter/apporter

Histoire de rompre tout malentendu. Parce que même moi je me mélange, et qu’il est temps d’utiliser les mots pour ce qu’ils sont. Combien de fois ai-je entendu : « ok, je viens manger chez toi, mais j’emmène le dessert ! ». Mpf, allez, remettons de l’ordre dans tout ça !

Emmener suggère que c’est une personne (donc capable de se déplacer par ses propres moyens, mobile quoi) que l’on mène avec soi, n’importe où, la destination importe peu..
Exemple : Je sors, j’emmène les filles avec moi (je suis chez moi au moment où je parle).
Amener suggère toujours que c’est une personne que l’on mène, mais implique aussi le fameux point B, on amène à soi. La personne qui parle se trouve au point de destination. Aussi, en toute logique, ne devrait-on pas dire « j’amène ». L’objet (la personne amenée) est pour ainsi dire passive.
Exemple : Amène-moi ta sœur, je dois lui parler (l’interlocuteur est au point de destination, ma sœur et moi devons nous y rendre).

Emporter suggère que l’objet est inerte, on le porte avec soi. « On le prend avec soi en quittant un lieu » (dixit le TLFI), ce qui n’implique aucune destination précise.
Exemple :  Elle est partie (où ?) en emportant tous ses bijoux. / Plats à emporter (où, ça c’est notre problème).
Même notion d’objet inerte que l’on porte, mais apporter implique que la personne qui parle se trouve au point de destination.
Exemple : il vient travailler à la maison ; je lui ai demandé d’apporter ses cours.

Maintenant, ne manque plus que votre attention lorsque vous parlez. Tournez votre langue 7 fois dans votre bouche, vous aurez le temps d’y réfléchir.

Publié dans Le mot du jour, Mon mot du jour

Mon mot du jour

Et c’est parti pour une deuxième édition ! Ce mot du jour, c’est Estelle (ma Binôme) et moi qui l’avons fabriqué, suite à la visite du musée d’art juif de Berlin. Ne cherchez pas le rapport, parce que dans les boutiques des musées, tout n’a pas toujours un rapport avec ce qu’il y a dans le musée…

Le mot du jour : coufouillère (n.f.)

Qu’est-ce que c’est que cette chose ? Pas un animal, ni une serpillère… mais alors quoi ? Eh bien il s’agit d’un tout en un couteau-fourchette-cuillère. Les anglais ont déjà un mot pour ça : spork (spoon : cuillère, et fork : fourchette, mais ils ont oublié le couteau, ndlr). Nous avons maintenant le nôtre ! Et si vous vous demandez toujours quelle peut bien être la différence entre ça et un couteau suisse, voilà la démo :

Exemple : chouette, un pique-nique avec salade, fromage et compote (pas à boire ; ou taboulet, plus facile à manger avec une cuillère qu’avec une fourchette) ! Heureusement que j’ai apporté ma coufouillère !
Synonyme : foucouillère.

Publié dans Le mot du jour, Mon mot du jour

Mon mot du jour

Une nouvelle rubrique, pour laquelle je m’élance sans filet… On a tous, un jour ou l’autre, fait l’expérience du mot valise. Bigard se laisse poustache, d’autres parlent de ripopourri… Bref, c’est drôle, ça dit bien ce que ça veut dire ! Ce midi, le déclic (l’idée avait germé il y a déjà quelques temps, à Berlin, avec ma binôme… mot de demain). Je crée mes propres mots (ou je note ceux qu’on me propose). Je veux moi aussi enrichir la langue française !

Mon mot du jour : slort.

Jules me dit ce midi en regardant passer les midinettes sur le Pont Royal : « celle-là, c’est un slip ou un short qu’elle porte ? » Bonne question en effet, puisqu’avec la mode de l’archi court, on a du mal à faire la différence entre les sous-vêtements et les vêtements qui sont censés les dissimuler. Comment appelle-t-on ces micro-shorts alors ? Eh bien un slort pardi ! Mi-slip, mi short.

« À ne pas confondre avec slut » (salope en anglais, ndlr), me précise mon chéri, « même s’il faut parfois être un peu slut pour porter un slort« . Le sage a parlé.

Exemple : Tiens, il fait bien chaud, j’ai très envie de dévoiler la totalité de mes jambes… si je mettais mon slort !
Synonyme : shlip.